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Analyse micro-économique de la contrebande et de la fraude documentaire, avec références aux économies africaines - article ; n°2 ; vol.45, pg 165-192

De
30 pages
Revue économique - Année 1994 - Volume 45 - Numéro 2 - Pages 165-192
A microeconomic analysis of smuggling and documentary fraud, with reference to african economies
This paper presents two partial equilibrium models describing two types of activities on the cross-border parallel markets : smuggling and documentary fraud. The main analytical difference between these two activities is the possibility of being covered in the case of documentary fraud, which is obtained by the recorded imports and acts on the risk of being caught. Comparative static exercices show the effects of several factors on illegal volumes : probability of detection, penalty rate, parallel market exchange rate, world prices of consumer goods, international and producer priees of export crops (in the case of smuggling), and import duties (in the case of documentary fraud). The roles of risk aver­sion, of economies of scope and of the foreign exchange trade balance of the representative agent are brought out. Several hypotheses concerning the form of the utility function and the endogeneity or exogeneity of the probability of detection are analysed for each variable.
Analyse micro-économique de la contrebande et de la fraude documentaire, avec références aux économies africaines
Cet article présente deux modèles d'équilibre partiel qui décrivent deux types d'activités sur les marchés parallèles frontaliers : la contrebande et la fraude documentaire. La principale différence analytique entre les deux activités est, dans le cas de la fraude documentaire, la possibilité de couverture, obtenue par la quantité déclarée, qui diminue le risque d'être pris. Des exercices de statique comparative montrent les effets, sur les volumes frauduleux, de la probabilité de détection, du taux d'amende, du taux de change du marché parallèle, des prix mondiaux des biens de consommation, du cours international et du prix au producteur de la culture de rente (dans le cas de la contrebande), et des droits de porte (dans le cas de la fraude documentaire). Les rôles du degré d'aversion au risque, des économies d'envergure et du solde de la balance commerciale en devises de l'agent représentatif sont mis en évidence. Plusieurs hypothèses concernant le type de fonction d'utilité retenue et le caractère endogène ou exogène de la probabilité de détection sont examinées pour chaque variable.
28 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Cécile Daubrée
Analyse micro-économique de la contrebande et de la fraude
documentaire, avec références aux économies africaines
In: Revue économique. Volume 45, n°2, 1994. pp. 165-192.
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Daubrée Cécile. Analyse micro-économique de la contrebande et de la fraude documentaire, avec références aux économies
africaines. In: Revue économique. Volume 45, n°2, 1994. pp. 165-192.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/reco_0035-2764_1994_num_45_2_409518Abstract
A microeconomic analysis of smuggling and documentary fraud, with reference to african economies
This paper presents two partial equilibrium models describing two types of activities on the cross-border
parallel markets : smuggling and documentary fraud. The main analytical difference between these two
activities is the possibility of being covered in the case of documentary fraud, which is obtained by the
recorded imports and acts on the risk of being caught. Comparative static exercices show the effects of
several factors on illegal volumes : probability of detection, penalty rate, parallel market exchange rate,
world prices of consumer goods, international and producer priees of export crops (in the case of
smuggling), and import duties (in the case of documentary fraud). The roles of risk aver-sion, of
economies of scope and of the foreign exchange trade balance of the representative agent are brought
out. Several hypotheses concerning the form of the utility function and the endogeneity or exogeneity of
the probability of detection are analysed for each variable.
Résumé
Analyse micro-économique de la contrebande et de la fraude documentaire, avec références aux
économies africaines
Cet article présente deux modèles d'équilibre partiel qui décrivent deux types d'activités sur les marchés
parallèles frontaliers : la contrebande et la fraude documentaire. La principale différence analytique
entre les deux activités est, dans le cas de la fraude documentaire, la possibilité de couverture, obtenue
par la quantité déclarée, qui diminue le risque d'être pris. Des exercices de statique comparative
montrent les effets, sur les volumes frauduleux, de la probabilité de détection, du taux d'amende, du
taux de change du marché parallèle, des prix mondiaux des biens de consommation, du cours
international et du prix au producteur de la culture de rente (dans le cas de la contrebande), et des
droits de porte (dans le cas de la fraude documentaire). Les rôles du degré d'aversion au risque, des
économies d'envergure et du solde de la balance commerciale en devises de l'agent représentatif sont
mis en évidence. Plusieurs hypothèses concernant le type de fonction d'utilité retenue et le caractère
endogène ou exogène de la probabilité de détection sont examinées pour chaque variable.Analyse micro-économique
de la contrebande et de la fraude
documentaire, avec références
aux économies africaines
Cécile Daubrée*
Cet article présente deux modèles d'équilibre partiel qui décrivent deux types
d'activités sur les marchés parallèles frontaliers : la contrebande et la fraude docu
mentaire. La principale différence analytique entre les deux activités est, dans le
cas de la fraude documentaire, la possibilité de couverture, obtenue par la quant
ité déclarée, qui diminue le risque d'être pris. Des exercices de statique comparat
ive montrent les effets, sur les volumes frauduleux, de la probabilité de détection,
du taux d'amende, du taux de change du marché parallèle, des prix mondiaux des
biens de consommation, du cours international et du prix au producteur de la cul
ture de rente (dans le cas de la contrebande), et des droits de porte (dans le cas
de la fraude documentaire). Les rôles du degré d'aversion au risque, des écono
mies d'envergure et du solde de la balance commerciale en devises de l'agent
représentatif sont mis en évidence. Plusieurs hypothèses concernant le type de
fonction d'utilité retenue et le caractère endogène ou exogène de la probabilité de
détection sont examinées pour chaque variable.
INTRODUCTION
Depuis plus de dix ans, de nombreux pays en voie de développement, et
notamment les pays d'Afrique sub-saharienne, sont entrés dans une ère de
restriction et de rigueur, après les années fastes puis le brusque retournement
de situation qu'ils ont connus. Malgré l'aide financière et les conseils de politi
que économique qu'ils ont reçus, ces pays n'ont pas réussi à retrouver la
croissance des années soixante-dix, et certains d'entre eux ont même vu leur
niveau de vie décroître.
* Des versions précédentes de cet article, qui est extrait de ma thèse de doctorat por
tant sur les marchés parallèles, ont fait l'objet de communications, en 1991, aux
VIIIe Journées de microéconomie appliquée à Caen, et aux Ires journées du SESAME à
Clermont-Ferrand. Je tiens à remercier J.-P. Azam, J.-C. Berthélémy, F. Bourguignon,
P. et S. Guillaumont, J.-D. Lafay, J. Lecaiüon, J.-Y. J^esueur ainsi que deux rapporteurs
anonymes de lu Revue économique pour leurs commentaires, sans que leur responsabilité
puisse être impliquée quant au résultat final.
165
Re\ue économique — N° 2, mars 1994, p. 165-192. Revue économique
Ainsi, on peut se demander si certaines réformes mises en œuvre ont toujours
été appropriées, et avant cela si les analyses faites pour l'élaboration des plans
d'ajustement structurel ont pris en compte toutes les données du problème,
notamment celles concernant le fonctionnement des marchés et l'existence d'un
secteur informel mal connu.
En effet, comme le disent Puetz et von Braun [1991], de meilleures connais
sances sur les interactions des marchés officiel et parallèle sont peut-être fonda
mentales dans certains pays pour analyser leur situation économique et pour
créer des politiques appropriées. Et comme chez Devarajan, Jones et Roemer
[1989], on peut dénoncer le fait que les hypothèses de base sur le comportement
des marchés ne sont pas toujours examinées de manière critique, même si les
conclusions tirées en dépendent de façon primordiale. Ainsi une politique fi
scale aura rarement les effets escomptés si l'on oublie de prendre en compte les
marchés parallèles lors de son élaboration.
L'objet de cet article est d'analyser les conséquences, sur le développement
des marchés frontaliers, de l'évolution des conditions du marché mais aussi de
la politique économique du gouvernement, notamment de la politique douan
ière. En effet, on voit, par exemple, que la fixation d'un certain niveau de taxe
à l'importation n'est pas sans influence sur l'ampleur de la sous-déclaration en
douanes. Ainsi, alors que les décideurs peuvent avoir pour objectif d'augmenter
les recettes fiscales et qu'ils pensent y parvenir grâce à une augmentation des
taux d'imposition, cette mesure peut entraîner un effet plutôt en sens inverse, à
savoir une diminution des recettes consécutive à la forte baisse de l'assiette du
fait de l'augmentation des importations non déclarées.
Pour cette analyse, deux grandes catégories d'activités illégales sur les mar
chés parallèles frontaliers sont distinguées : la contrebande et la fraude docu
mentaire, et l'aversion au risque des commerçants est prise en compte. On part,
en effet, de l'hypothèse que les marchés parallèles sont « les marchés sur les
quels les agents, lors de leurs activités d'import-export, violent les règles du jeu
légal en ne respectant pas les limitations de quotas, les licences de commercialis
ation, la réglementation des prix, les prohibitions d'importation et/ou en ne
s'acquittant pas des droits de porte et des différentes taxes dus à l'entrée ou à la
sortie du territoire » (Daubrée [1993], d'après Lindauer [1989]). Ainsi les
agents prennent un risque lorsqu'ils mènent ce type d'activités . Morris et New
man [1989] étudient les marchés céréaliers au Sénégal et montrent que la réali
sation de certains objectifs de régulation du marché a été possible en grande
partie grâce au développement des activités des marchés parallèles, ce qui remet
1. Le présent article n'a pas pour objet d'étudier le caractère adéquat des « règles du
jeu » édictées par les gouvernements africains, malgré tout l'intérêt qu'une telle analyse
représenterait. On part ici d'une situation de fait : il existe des réglementations ; et sans
porter de jugement, on constate que certains agents contournent ces règlements. Certains
gouvernements qui raisonnent par rapport à une situation sans marchés parallèles, toutes
choses égales par ailleurs, peuvent être tentés de trouver là une explication à la crise de
leurs finances publiques.
166 Cécile Daubrée
en cause le fondement des politiques et des règles officielles. Comme eux, on
suppose ici que les activités se déroulant sur ces marchés, internes ou frontal
iers, sont illégales, du point de vue des réglementations gouvernementales.
La contrebande concerne l'importation de biens de consommation et l'expor
tation de produits « de rente », alors que ces activités sont normalement réser
vées aux offices de commercialisation para-étatiques et à quelques
commerçants privilégiés ; l'importation de ces biens de consommation est donc
contingentée et prohibée pour les commerçants privés, et l'exportation de la cul
ture de rente interdite hors des offices nationaux. La contrebande se fait donc,
comme dans le modèle Bhagwati-Hansen [1973], par des «points d'entrée
illégaux ».
La fraude documentaire décrit le fait de masquer à la douane une partie des
biens de consommation importés1, afin d'alléger le paiement des taxes et droits
de porte, souvent très élevés, auxquels ces biens sont soumis. Cette fraude se
traduit par une sous-facturation des valeurs ou des quantités, et concerne donc
des biens dont l'importation par les commerçants privés est libre, mais sur les
quels la protection est forte. Comme chez Pitt [1981], on suppose ici que cette
fraude se fait par des « points d'entrée légaux », et que le commerce légal per
met de masquer les activités frauduleuses. Mais alors que pour Pitt le volume
déclaré agit négativement sur les coûts de la fraude, on suppose ici qu'il agit
négativement sur la probabilité de détection.
La principale différence analytique entre ces deux types d'activités — contre
bande et fraude documentaire — réside ainsi dans la possibilité de se couvrir
dans le cas de la fraude documentaire : le risque d'être contrôlé est d'autant plus
faible que la quantité déclarée en douane est importante. Cette possibilité de
jouer sur la probabilité de détection n'existe pas dans le cas de la contrebande,
puisque cette activité s'effectue par des points d'entrée et de sortie illégaux.
Cette caractéristique amène donc deux approches de modélisation distinctes,
qui sont présentées successivement.
Comme Martin et Panagariya [1984] qui analysent la réponse de l'économie
face à un renforcement des lois contre la contrebande dans un modèle de type
Pitt, on prend explicitement en compte le risque et l'incertitude associés aux
activités illégales dans l'analyse, mais on adopte ici une forme plus générale de
la fonction d'utilité de l'agent.
Après avoir discerné à la première section, par un modèle simplifié, les varia
bles qui expliquent le développement de ces deux activités, on détermine quel
les sont, face à des chocs ponctuels sur les conditions du marché ou sur les
politiques économiques menées, les réactions des volumes de contrebande et de
fraude documentaire, aux sections 2 et 3 respectivement. Dans chaque section,
1. La fraude documentaire à l'exportation, qui existe lorsque les exportations sont
libres mais fortement taxées, n'est pas prise en compte dans notre modèle puisque ce sec
teur est supposé monopole d'État.
167 Revue économique
c'est-à-dire pour chaque activité et pour chaque variable, différentes hypothèses
concernant les préférences du commerçant et le risque sont examinées, afin
d'appréhender l'apport analytique des hypothèses de décroissance de l'aversion
au risque et d'endogénéité de la probabilité de détection.
LE MODELE
Le cadre théorique développé ici représente une économie à deux biens :
biens de consommation et culture de rente, à deux secteurs : contrebande et
fraude documentaire, et à un facteur variable : la travail. Cette économie est
supposée price taker puisqu'on admet que ses variations d'offre ou de demande
nationales sont sans influence sur les prix mondiaux.
Le marché des biens
Les biens de consommation ne sont pas produits dans le pays : ils sont
importés soit officiellement par un organisme para-étatique ou par des importa
teurs payant des droits de porte, soit frauduleusement et de deux manières : con
trebande ou fraude documentaire. Leur prix en devise, qui est celui du marché
mondial, est converti en monnaie locale soit au taux de change officiel, soit au
taux de change du marché parallèle, selon la filière d'importation considérée.
Dans certains pays où la monnaie est inconvertible, tel qu'au Zaïre, au Nigeria
et au Ghana par exemple, s'est développé un marché parallèle des changes sur
lequel la monnaie locale subit une forte décote et grâce auquel les agents réus
sissent à se procurer les devises nécessaires à leurs activités « non déclarées »
(Azam et Daubrée [1991]).
Les biens de consommation
Les biens de sont répartis en deux groupes.
- Ceux soumis à un contingentement : leur importation est contingentée et
soumise à l'obtention d'une licence, ce qui n'est permis qu'à une minorité privi
légiée. On peut se procurer ces biens soit sur le marché officiel, au prix po fixé
par le gouvernement et en quantité Co rationnée ; soit sur le marché noir au prix
ps et en quantité C provenant de la contrebande. Les commerçants ont acheté
ces biens de contrebande sur les marchés frontaliers au prix e.pY qui est le prix
mondial des biens de consommation pl converti en monnaie locale au taux de
change du marché parallèle coté à l'incertain e. On voit sur la figure 1 que le
prix ps est un prix d'équilibre entre la quantité offerte par la contrebande et la
demande restant insatisfaite après consommation de Co. La discontinuité de la
courbe provient de la prime de change et des différences dans les coûts d'appro
visionnement et dans les marges prises sur les ventes.
168 Cécile Daubrée
Figure 1 . Le marché des biens de consommation
(importations contingentées et importations taxées)
P"* A prix I
0+OP".
quantités quantités
I-a- Importations contingentées I-b- Importations taxées
- Ceux soumis à une protection : leur importation est libre mais soumise au
paiement de droits de porte souvent très élevés. On peut se procurer ces biens
soit sur le marché officiel au prix p et en quantité CD, soit sur le marché noir au
même prix et en quantité CF . On fait l'hypothèse qu'il n'y a pas de segmentat
ion du marché et que le prix de vente s'équilibre à la marge ; en effet les biens,
qui sont supposés homogènes, proviennent du même marché mondial.
La culture de rente
La culture de rente est une production agricole entièrement exportée : on
néglige ici la part d'autoconsommation, la part de semences et la part commerc
ialisée sur le marché national, qui sont supposées faibles et constantes.
Les paysans vendent leur récolte soit à l'office national de commercialisation
au prix officiel qo et en quantité To, soit aux commerçants au « prix du marché »
qs et en quantité T. Ce « prix du marché » correspond à la rémunération monét
aire de la production, augmentée de l'équivalent monétaire des avantages reçus
par le paysan1, et diminuée de la prime de risque couru. On fait l'hypothèse que
ce prix est égal, en moyenne, au prix officiel2.
La culture de rente est ensuite échangée par les commerçants de l'autre côté
de la frontière au prix e.qY qui est le prix dans le pays voisin ql converti en monn
aie locale au taux de change du marché parallèle.
1. En Afrique, les avantages à vendre la récolte aux commerçants sont les suivants :
les paysans peuvent échanger leur production avant le début de la campagne, ils sont
payés immédiatement et en espèces, ils n'ont pas à livrer leur récolte, et ils peuvent prof
iter de la venue du commerçant pour se procurer des biens de consommation de pre
mière nécessité.
2. On peut introduire une différence de prix d'achat au producteur pour illustrer l'aug
mentation des prix en période de soudure et leur chute lorsque la campagne est bien
avancée, en posant qs = a.q0 avec a > 1 avant le début de la campagne et a < 1 ensuite.
Mais cette hypothèse, si elle est plus réaliste, enrichit peu le modèle présenté ici.
169 Revue économique
Ainsi les exportations de culture de rente se font soit par le circuit officiel :
l'office de commercialisation, soit par les canaux informels : les commerçants
qui vendent la production sur les marchés parallèles frontaliers.
Les secteurs
Deux sont propres à cette économie.
— La contrebande d'une part C des biens de consommation importés et d'une
part T de la production de rente exportée. Ce qui est appelé « contrebande » ici
est l'importation et l'exportation de produits hors des canaux officiels, sans pas
ser par les postes frontaliers des douanes et en empruntant des chemins
secondaires : c'est une fraude physique. On suppose que les biens sujets à con
trebande sont soumis à une prohibition de commerce extérieur : seuls les orga
nismes para-étatiques ou les agents agréés peuvent les importer et les exporter.
On suppose donc qu'ils ne supportent pas de droits de porte. L'arbitrage pour les
agents est donc entre ne rien commercialiser sans risque, ou importer et exporter
en contrebande et risquer de se faire prendre.
Ce secteur emploie une quantité hs de facteur travail qui dépend positiv
ement des quantités de biens de contrebande C et T ; ainsi Ls = H(C, T). On
inclut dans les coûts du travail la rémunération des contrebandiers.
- La fraude documentaire se fait uniquement sur des biens de consommation
dont l'importation est libre mais fortement taxée au taux f1. L'agent importe une
quantité totale CG et choisit de ne déclarer qu'une quantité CD = CG- CF afin
d'éviter le paiement des droits et taxes sur la quantité frauduleuse : c'est une
fraude documentaire car elle se traduit, par exemple, en une sous-facturation
des valeurs ou des quantités. L'arbitrage pour l'agent économique est donc entre
ne déclarer qu'une partie des marchandises importées pour augmenter son profit
mais risquer de se faire prendre, et tout déclarer et payer des droits d'entrée sou
vent très élevés.
Ce secteur emploie une quantité LF de facteur travail qui est fonction à la fois
de la quantité non déclarée et de la quantité déclarée. On suppose en effet, toutes
choses égales par ailleurs, que plus la part non déclarée est importante, plus les
coûts liés à cette activité sont élevés ; on inclut ici la prime de risque pour les
contrebandiers.
Les activités de contrebande et de fraude documentaire sont des activités ri
squées puisque, si les agents sont découverts, ils sont condamnés à payer une
amende proportionnelle à la valeur des marchandises frauduleuses2. Diverses
1. On néglige ici la fraude documentaire éventuelle sur les exportations lorsqu'elles
sont taxées.
2. On suppose, comme chez Azam et Besley [1989], qu'il existe des économies d'en
vergure, c'est-à-dire que l'agent profite de ses exportations de culture de rente pour
importer des biens de consommation. Ainsi, les balances commerck -... ;s individuelles en
devises étant proches de l'équilibre, on admet que le risque de change est suffisamment
faible pour ne pas être pris en compte.
170 Cécile Daubrée
hypothèses seront faites sur la sensibilité de la probabilité d'être contrôlé, par
rapport aux volumes frauduleux, mais aussi par rapport aux quantités déclarées
officiellement (dans le cas de la fraude documentaire), dans la même logique
que Jones et Roemer [1987].
Les secteurs contrebande et fraude documentaire appartenant à un environ
nement incertain, les commerçants cherchent à maximiser l'utilité espérée de
leur profit. Devarajan, Jones et Roemer [1989] supposent que le fraudeur maxi
mise son profit espéré, ce qui revient en fait à considérer que l'agent n'a pas
d'aversion vis-à-vis du risque, ou encore que l'agent a accès à un marché d'as
surance parfait. Contrairement à ces auteurs, on adopte ici une démarche plus
globale où la fonction d'utilité est simplement croissante, mais pas forcément
linéaire a priori : le modèle théorique offre toutes les possibilités d'une aversion
vis-à-vis du risque positive, négative ou nulle.
On adopte donc la même démarche que Allingham et Sandmo [1972] qui
maximisent l'utilité espérée du contribuable, en l'adaptant au cas d'un commerç
ant du marché parallèle. On suppose, en effet, que les préférences du satisfont les conditions telles que sa fonction objectif possède la propriété
de l'utilité espérée. Ainsi les fonctions d'offre de contrebande et de fraude docu
mentaire sont déterminées par maximisation de l'utilité espérée des gains.
Dans la suite du texte, les signes ( + ) et (-) sous les variables des fonctions
indiqueront des dérivées partielles positives et négatives, respectivement1.
LA CONTREBANDE
Fondements micro-économiques
Dans le secteur de la contrebande, le commerçant tire profit de la commerciali
sation de la culture de rente puisqu'il l'achète au paysan au prix officiel qo et
qu'il la revend sur les marchés parallèles frontaliers au prix e.qv La prime obte
nue de la vente de la culture de rente sur les marchés parallèles est donc égale à
la différence des deux : e.qi - qo. L'agent tire aussi profit de son commerce de
biens de consommation qu'il achète de l'autre côté de la frontière au prix e.pi
pour les revendre au pnxps, ce qui est d'autant plus avantageux que la monnaie
voisine est surévaluée. En équilibre partiel, on suppose que le prix intérieur est
indépendant du prix mondial.
Mais la contrebande est une activité risquée : si le commerçant est découvert,
son profit est diminué de l'amende dont il devra s'acquitter sur le montant de la
fraude : A(C, T). L'unique pénalité réside dans l'amende, mais son taux, appli-
1. Toutes les notations des variables et paramètres utilisées dans le modèle sont
regroupées dans l'annexe.
171 Revue économique
que à la valeur officielle de la fraude, peut être très élevé1. Ainsi le commerçant
ne cherche pas à maximiser son profit espéré, mais plutôt à maximiser l'utilité
espérée de son profit, c'est-à-dire :
E(U) = r(ô,C,T) -U[X] + [l-r(8,C,T)] • U [Y] (1)
sous les contraintes de quantités en contrebande positives, où X et Y sont définis
ci-dessous.
r (8, C, T) est la probabilité d'être pris. C'est une fonction croissante des
quantités de contrebande, et qui comporte un paramètre positif 8 fixé, corre
spondant à divers facteurs exogènes influençant cette probabilité, tels que la géo
graphie des régions frontalières, la saison (hivernage ou saison sèche), la
législation pénale à rencontre des douaniers, la volonté politique de lutter cont
re la fraude se traduisant par plus ou moins de moyens matériels mis à la dispo
sition de la douane, les opportunités de corruption, etc. (Vernhes-Daubrée
[1991]). La fonction r(— ) est donc positive, croissante et bornée
supérieurement : 0 < r(-) < 1 .
Sous l'hypothèse que la probabilité d'être pris est la même quand on importe
et quand on exporte en contrebande, les profits du contrebandier, à l'importation
et à l'exportation, peuvent être présentés sous une même expression. Ainsi X est
le profit du contrebandier quand il est découvert, alors que Y est son profit
quand il n'est pas pris : la différence entre les deux est donc l'amende payée ;
X = Y-A.
JPs-e-PJ • C - w ■ H(C, T) - A(C, T) (2a)
Y^(e-qi-qo)-T+(ps-ePl) ■C-wH(C,T) (2b)
A(C, T), qui est l'amende à payer, est proportionnelle à la valeur officielle de
l'infraction :
A(C,T) = Ac-e0-Pl-C + AT-q0-T (3)
avec eo le taux de change officiel, et Aç > O, AT > O les taux de pénalité.
Dans ce secteur, comme dans celui de la fraude, le salaire est supposé fixé et
les rendements du travail positifs et décroissants3. Par ailleurs, il existe des éco
nomies d'envergure, c'est-à-dire que le contrebandier bénéficie d'une réduction
de coûts lorsqu'il combine les deux activités : exportation de la culture de rente
et importation des biens de consommation. Ainsi HTC < O4.
1. Un taux égal à 1 équivaut à la saisie des marchandises.
2. On pose dr/dC = dr/dT = r' >0 et d2r/dC2 = d2r/dT2 = r" <0, respect
ivement les dérivées premières et secondes. On peut donc considérer une fonction de la
forme r = r(C + T).
32H/ac2 = Hcc> 0, et 3. Ainsi: 9H/ac = Hc>0, 3H/3T = HT>0,
4. La fonction de coût w.H n'est pas linéaire du fait de l'existence d'économies d'en
vergure.
772

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