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De la transformation d'une race dolichocéphale en une race bracliycéphale et vice versa - article ; n°1 ; vol.2, pg 73-83

De
12 pages
Bulletins de la Société d'anthropologie de Paris - Année 1901 - Volume 2 - Numéro 1 - Pages 73-83
11 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Dr Adolphe Bloch
De la transformation d'une race dolichocéphale en une race
bracliycéphale et vice versa
In: Bulletins de la Société d'anthropologie de Paris, V° Série, tome 2, 1901. pp. 73-83.
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Bloch Adolphe. De la transformation d'une race dolichocéphale en une race bracliycéphale et vice versa. In: Bulletins de la
Société d'anthropologie de Paris, V° Série, tome 2, 1901. pp. 73-83.
doi : 10.3406/bmsap.1901.5944
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bmsap_0301-8644_1901_num_2_1_5944BLOGII. — TRANSFORMATION D'UNE HACK DOLICHOCÉPHALE 73 ADOLPHE
DE LA TRANSFORMATION D'UNE RACE DOLICHOCÉPHALE EN UNE RACE
BRACHYCÉPHALE, ET VICE-VERSA,
Par M. Adolphe Bloch.
Au dernier Congrès d'anthropologie et d'archéologie préhistoriques,
qui s'est tenu à Paris au mois d'août 1900, j'ai cherché à démontrer que
les brachycéphales néolithiques de la France étaient issus directement des
dolichocéphales de la même époque, sans l'intervention d'aucune race
étrangère.
Mais antérieurement déjà, en l'année 1897, au XIIe Congrès interna
tional de médecine de Moscou (section d'anthropologie) j'avais montré
qu'un phénomène semblable, c'est-à-dire la transformation d'une race
dolichocéphale en une race brachycéphale, s'était produite chez certaines
populations anciennes de la Russie, dont les squelettes ont été découverts
dans les Kourganes.
Poursuivant mes recherches sur ce sujet j'ai observé que cette modifi
cation de l'indice céphalique — qu'on attribue le plus souvent au mélange
— se retrouve également dans d'autres parties de l'Europe.
Réciproquement une race brachycéphale peut se transformer sponta
nément en une race dolichocéphale, et je me propose donc d'en donner des
preuves basées sur des faits que l'évolution seule peut expliquer, et non
l'hypothèse du croisement.
Notre démonstration peut être faite aussi bien sur le vivant que sur le
squelette.
Démonstration sur le vivant. (Japonais actuels).
Je choisis le Japon parce, que cette contrée est bien limitée, et qu'elle
constitue un champ d'observation où les études anthropologiques sont
faites avec toute la. précision désirable, non par des voyageurs qui n'y s
éjournent que temporairement, mais par des savants européens qui ont
été chargés de l'enseignement à l'Université de Tokio, et qui y disposent
d'un nombre considérable de sujets. De cette Université sont sorties,
comme on le sait, l'anthropologie des Aïnos par le Dr Koganéi et celle
des Japonais par le Dr Baeltz.
De plus, le Japon, malgré son étendue, ne contient en réalité, que deux
races bien distinctes, les Aïnos et les Japonais proprement dits. Mais ces
deux races ne se mélangent guère, paraît-il, et ce n'est donc pas le crois
ement qui peut en altérer la pureté. Quant aux mélanges provenant de
l'extérieur, ils ne sont pas non plus assez importants pour pouvoir modif
ier le type originel du Japonais. Enfin c'est justement au Japon que Ton
peut constater l'évolution dont nous parlons, c'est-à-dire la transformation
au moins partielle, d'une race brachycéphale en une race dolichocéphale. 74 17 JANVIER 1901
Le professeur Baeltz l nous dit que les Japonais offrent deux types dif-
férentSj que d'autres explorateurs avaient d'ailleurs déjà constatés avant
lui, mais son observation, comprenant une période de sept ans d'études,
porte sur 1200 hommes et 200 femmes, et sur chacun des sujets il a fait
jusqu'à 70 mensurations.
Il a examiné à l'hôpital et à la polyclinique un grand nombre d'indi
vidus de toutes les parties du Japon. Les soldats et les étudiants, qui
venaient des diverses provinces du paysy ont été également mensurés.
Quand on examine 100 étudiants, dit-il, on a sûrement une moyenne pour
tout le Japon et non pourTokio seul. Deux séries de 25 individus ne four
nissent pas, selon lui, des chiffres concordants, et il faut au moins 100
individus pour établir une moyenne précise.
L'auteur a aussi mesuré une soixantaine de crânes et une grande quant
ité de squelettes, et cependant il en conclut que l'étude anthropologique
des pièces osseuses n'est pas aussi convaincante, pour apprécier les dif
férences des races, que l'examen des caractères extérieurs sur le vivant.
Quoiqu'il en soit, les deux variétés de Japonais, qu'il a reconnues, se
rapportent l'une à un type fin, l'autre à un type grossier ainsi caracté
risés :
Japonais du type grossier. — Tète brachycéphale, face ronde, nez court
et large, cou charnu et peu élevé, thorax bien développé et musculeux,
membres courts et vigoureux, etc., c'est le type des classes laborieuses.
Japonais du type fin. — Taille plus haute et plus élancée dans toutes ses
parties, que celle du type grossier; tète se rapprochant de la dolichocé-
phalie, face allongée, nez long et mince, musculature en général plus
faible.
Chez la femme il y a une différence encore plus marquée entre les deux
types.
Le type fin se rencontre particulièrement dans les familles nobles, chez
des femmes qui mènent une vie très retirée. Elles sont faibles de consti
tution et prédisposée à la phtisie. La taille est plus petite que celle des Japo
naises au type grossier, les muscles sont grêles et la charpente osseuse est
mince. La face longue, étroite, se termine en pointe vers le menton; le nez
fortement convexe et étroit a une forme sémitique, le front est peu élevé.
Les pommettes sont modérément saillantes, les lèvres minces, la mâchoire
supérieure et les incisives quelque peu prognathes; le cou est élancé, le
thorax très allongé, les seins sont petits, les hanches étroites et peu char
nues, les jambes courtes et maigres.
La Japonaise au type grossier est tout l'opposé de la précédente. Les
femmes sont plus petites, plus vigoureusement bâties, et exubérantes de
santé. La tète est plus arrondie, plus brachycéphale ou bien mésaticé-
phale; la face large avec de fortes pommettes. Le bord supérieur de la
1 Baeltz. Mitthcil <1. duut>ch. Gesellsch fNaturu Volkerk. Ostasiens, t. TU et IV,
1884-1888. ■
BLOCH. — TRANSFORMATION D'UNE RAGE DOLICHOCÉPHALE 75 ADOLPHE
fente palpébrale est recouvert par la paupière supérieure qui se replie à
ce niveau ; l'œil est petit, le dos du nez plat, le nez large et camus, la bou
che longue avec des lèvres épaisses; le menton plein et large, le cou et les
épaules sont charnues, la poitrine est foiie, les seins sont volumineux,
les membres épais, les hanches larges, les mollets très développés. Enfin
la peau est d'un jaune plus foncé que dans le type fin où l'on rencontre
même des individus qui ont la peau presque blanche.
Le type grossier se remarque surtout chez les femmes de la cam
pagne et chez celles qui portent des fardeaux, ou qui servent comme
domestiques. Il existe même un troisième type intermédiaire entre les
deux précédents, et qui se voit surtout chez les femmes de la classe bour
geoise. Il se rapproche beaucoup du type grossier; mais toutes les transi
tions possibles peuvent se rencontrer entre les deux types extrêmes. D'ail
leurs le type fin' n'est pas le monopole des familles nobles, car il peut s'ob
server également sur les gens du peuple, de même que le type grossier
peut se trouver chez des grands personnages.
Au reste, comme le fait remarquer l'auteur, il y a, dans tous les pays,
des types grossiers qui se rencontrent particulièrement dans les campag
nes, et des types fins qui se voient surtout chez les habitants des villes,
mais nulle part, dit-il, la différence n'est aussi sensible qu'au Japon.
Pour terminer cette description, nous dirons encore quelques mots au
sujet de l'indice céphalométrique des Japonais. Chez les étudiants la
moyenne est de 78, et chez les ouvriers de 79.1. Les hommes du type fin
ont 76,3 — chiffre trouvé sur plusieurs milliers de sujets — mais les
femmes du même type ont 82, à peu près comme celles du type grossier
81. Pourtant chez une Japonaise du type fin, âgée de 26 ans, on a trouvé
un indice de 76.
Enfin sur 64 crânes, l'indice cépbalique est en moyenne de 80.
Nous avons dû insister un peu longuement sur les caractères anthropol
ogiques du Japonais pour bien montrer la différence considérable qui
sépare les deux types. On dirait deux races absolument étrangères l'une
à l'autre, et cependant elles ne sont que deux variétés divergentes,
issues d'une seule et même souche qui est le type grossier originel.
M. Baeltz, comme presque tous les anthropologistes, admet que c'est le
croisement de trois races différentes, qui a pu donner naissance aux deux
variétés en question. Ce sont les Mongols, les Malais et les Aïnos. Il élimine
cependant les Aïnos, en raison de leur petit nombre, pour s'en tenir aux
deux autres. Or, après avoir comparé entre eux, le Mongol et le Malais, 0-
finit par reconnaître qu'ils ont un trop grand nombre de caractères com
muns pour que l'on puisse préciser, avec certitude, quelle est la part de
chacun d'eux dans la formation du type fin japonais, mais il croit néan
moins que ce sont les Mongols qui sont les ancêtres du iype fin et les Mal
ais ceux du type grossier.
Nous ne pouvons adopter cette manière de voir, car le métissage ne
produit pas de telles transformations^ même après de nombreuses génér
ations. En effet, notre savant collègue M. Sanson, en parlant du croise- 76 17. janvier 4901
ment des animaux domestiques, nous apprend « qu'une population ani-
« maie, résultant d'un croisement entre deux races^ n'est jamais arrivée à
« l'uniformité et à la fixité de caractères typiques, qui est le propre de la
« race. L'on constate toujours ce qui s'appelle la variation désordonnée',
« c'est-à-dire le retour plus ou moins complet tantôt à l'un, tantôt à l'autre
« des deux types naturels préalablement croisés ; et quant à la reproduc-
« tion humaine, ajoute-t-il, elle n'échappe pas aux lois naturelles qui
« régissent celle des populations animales *. »
En ce qui concerne les Japonais, quel est le Mongol qui a pu transmettre
le nez mince et convexe, grâce auquel les Japonais du type fin ressem
blent aux Sémites?
Il n'existe pas de Mongol qui ait le nez mince et convexe, si ce n'est
cependant le Coréen du type fin, car chez les Coréens il existe aussi,
paraît-il, deux types différents ; mais M. Reclus nous dit que le type du
noble Japonais se rencontre principalement a Kioto et dans les parties du
Japon tournées vers l'Océan pacifique, c'est-à-dire sur les rivages opposés
à la Corée. Ce n'est donc pas le Coréen qui a pu contribuer à la format
ion du type fin du Japon; aussi Reclus 2 croit-il plutôt à une influence po
lynésienne, malgré l'éloignement des îles orientales. (M. Baeltz de son côté
trouve que les Japonais du type fin sont plus répandus dans les provinces
du centre.)
Ce type quasi-sémitique avait déjà attiré l'attention de Kaempfer3, un
voyageur qui en 1691 visita le Japon, et il pensait que cette variété de
Japonais était venue de la Chaldée, lors de la confusion des langues, qui
dispersa les peuples sur toute la terre.
Et pourquoi aussi la race mongole serait-elle justement la souche du
type fin ou malingre du Japon, tandis que la race malaise, serait celle du grossier ou vigoureusement constitué ?
Pour l'indice céphalométrique nous avons vu qu'il est de 76 chez les
Japonais du type fin, et ce n'est pas là une anomalie toute fortuite, car
les mensurations ont été faites sur des milliers d'individus. Or les Mongols
et les Malais sont généralement brachycéphales. Par contre, les femmes
Japonaises du même type fin restent brachycéphales, et c'est là le seul
caractère anthropologique qui pourrait les rapprocher de la race mongole
ou malaise, car tous les autres caractères les en éloignent au contraire.
Mais pourquoi chercher au dehors l'origine de cette brachycéphalie
féminine alors qu'on peut la trouver dans le pays même? Pourquoi la
Japonaise du type fin ne serait-elle pas une Japonaise de race, aussi bien
que celle du type opposé? Est-ce que les Français des campagnes qui ont
des traits grossiers, un nez mésorrhinien, une grande bouche et une forte
musculature ne sont pas de la même race que les Français des classes
aisées qui ont de beaux traits, un nez mince, une petite bouche et une
1 Sanson. Bul. Soc. Anth., 1898, p. 274-265. Id. L'hérédité norm, et path., Paris, 4897
2 Reclus (ë). Nouvelle géographie universelle. Paris, 1882, t. VII.
3 Kaempfer. Hist. nat. civile et ecclësiasl. du Japon, trad franc., Paris, -1758. ADOLPHE «LOCH. — TRANSFORMATION D UNE RAGE DOLICHOCEPHALE ~'i
taille fine? Il y a même plus : l'indice céphalique des ruraux (du moins
dans certaines régions de l'Europe) est en général différent de celui des
urbains, car il est plus dolichocéphale chez ces derniers. Durand (de Gros),
le premier en 1868, signala ce phénomène dans le département de l'Avey-
ron et bien que le fait ait été nié par Broea,il a été confirmé depuis, pour
d'autres populations, par MM. deLapouge1 etAmmon2, qui ont fait, comme
on le sait, d'intéressantes recherches sur l'indice céphalique des principales
villes de l'Europe. Or, cette différence dans l'indice des urbains et des ru
raux ne peut provenir, selon nous^ que d'une modification spontanée dans
la forme du crâne, chez les descendants de ceux qui ont émigré dans les villes,
et cette transformation serait déjà sensible dès la première génération.
Nous devons maintenant nous occuper de l'écart considérable qui existe
entre l'indice céphalique des Japonais du type fin et celui des Japonaises
du même type : 76 par 5 hommes et 82 pour les femmes.
C'est une différence entre les deux sexes que l'on remarque quelquefois
au milieu d'une population bien homogène, et nous devons en rechercher
la cause. Nous ne pouvons pas supposer que les hommes sous-dolichocé
phales sont d'une autre race que les femmes brachycéphales, mais nous
croyons qu'il s'agit d'un phénomène d'évolution, dans lequel interviennent
à la fois l'hérédité et la variation. En effet le type grossier est celui de la
race jaune brachycéphale avec ses autres caractères spécifiques sur le
squels nous n'avons pas besoin d'insister. Quant au type fin, il est issu d
irectement du type grossier sous l'influence de la variation qui est elle-
même le résultat de J'innéité de race, phénomène physiologique que l'on
peut ainsi définir : une force contraire à l'hérédité, en vertu de laquelle
apparaissent, au sein d'une race, certains caractères qui diffèrent plus ou
moins des caractères habituels de cette race, et qui à la longue deviennent
eux-mêmes définitifs et héréditaires.
Les hommes du type fin ont donc acquis leur sous -dolichocephalie par
suite de la variation, et les femmes du même type ont conservé leur bra-
chycéphalie par suite de l'hérédité qui semble persister plus longtemps
dans le sexe féminin. C'est une lutte entre l'hérédité et la variation qui
durera longtemps encore, mais après un certain nombre de générations,
la variation l'emportera et la brachycéphalie des femmes du type fin
diminuera aussi pour se transformer comme celle des hommes en un
indice moins élevé. Déjà, comme nous l'avons vu, une Japonaise du type
fin avait un indice de 76, et il est probable que ce cas n'est pas unique.
Du reste, pour d'autres parties du corps, l'hérédité de race s'est déjà
effacée devant la variation, puisque toutes ks femmes du type fin sont très
différentes des femmes du type grossier. Mais d'autre part, l'hérédité de
1 Lapouge (Vacher de). Les sélections sociales, Paris 1896. — L'Aryen, son rôle
social, Paris, 1899.
,'- Ammon (G.). Die natûrliche Auslose beini Menschen lena, 1890. — Anthrop. der
Bndener, Ièna, 1899, 17 JANVIER 1901 78
race, en ce qui concerne l'indice crânien est encore persistante chez des
Japonais du type fin, car l'un d'eux avait un indice de 86.
Quant à la transformation des autres caractères anthropologiques, elle
est plus ou moins rapide suivant les individus, car nous savons qu'il
existe un type intermédiaire entre les deux types extrêmes, avec de nom
breuses transitions. I.
A quelle époque remonte cette transformation d'une partie de la race
brachycéphale Japonaise en un type plus finement constitué?
Bien qu'il soit difficile de déterminer cette époque, parce que la décou
verte du Japon par les Européens n'est pas très ancienne, l'on peut cepen
dant dire que cette transformation n'est pas l'effet de la civilisation que
les Japonais ont reçu des Européens depuis un quart de siècle, puisque
Kaempfer, comme nous l'avons vu, avait déjà signalé les deux variétés
d'indigènes en 1691.
Nous avons encore parcouru à ce sujet d'autres ouvrages comme ceux
de Mendez Pinto, de St-François Xavier, de François Caron et du père
Cordon qui visitèrent le Japon en 1543, en 1549-1551, au commencement
et dans la première moitié du xvne siècle, mais ils n'ont laissé aucune des
cription sur le physique des Japonais, et dans les Annales des Empereurs
du Japon il n'en est fait aucune mention^ ni directement ni indirectement.
Le plus ancien document dans lequel nous ayons pu retrouver quelques
descriptions des Japonais^ date de l'année 1586 et se rapporte à la venue
en Europe de trois princes chrétiens du Japon, envoyés en ambassade à
Rome, auprès du pape Grégoire XIIL en 1585. L'auteur nous dit que les
Japonais avaient la peau olivâtre, les yeux petits, le nez un peu large,
etc., * bien qu'ils fussent de la plus noble extraction.
Démonstration sur le squelette (Kourganes de la Russie, Reihengraeber, etc.)
Nous nous transportons maintenant dans une autre partie du globe, en
Russie où les Kourganes vont nous fournir les principaux éléments de
notre thèse.
On connait les travaux de Bogdanow s et d'autres savants russes sur
les squelettes qui ont été découverts dans ces tumuli. Les Kourganes du
gouvernement de Moscou, entre autres, renfermaient 140 crânes et 17 squel
ettes qui ont été décrits en 1867 par Bogdanow, et l'on voit que le nombre
des ossements est plus que suffisant pour qu'on ait pu donner le nom de
race des Kourganes aux restes de la population qui existait dans cette
contrée.
Pendant 15 ans, de 1867 à 1892, Bogdanow continua ses études anthro
pologiques sur des crânes venant d'autres Kourganes de la Russie cen~
1 GualtiÈNI. Relatione délia venuta degli ambosciatori giaponesi la Roma.
Rome 1586, p. 157.
2 Bogdanow. Société des amis des sciences naturelles de Moscou, année -1867 et
suivantes.
3Quelle est la race la plus ancienne de la Russie centrale? XI° Congrès
d'Anthrop. et d'Archéol. préhist. de Moscou, 1892. ■
«LOCH. — TRANSFORMATION D'UNE RAGE DOLICHOCÉPHALE 79 ADOLPHE
traie et méridionale, et il reconnu ainsi qu'une seule et même race dol
ichocéphale qu'on retrouve déjà à l'âge delà pierre^, occupait anciennement,
le pays. C'était un peuple pacifique (on a trouvé très peu d'armes de
guerre dans les Kourganes) et pour cela il était d'autant moins exposé
aux mélanges. La taille était haute et les os du squelette portaient des
empreintes musculaires très marquées. Le crâne, àparois épaisses, était
allongé et étroit mais bien conformé, le front bien dessiné et la face longue
(leptoprosope) ; etc.
Dans les tumuli du gouvernement de Moscou il y avait 56,4 0/0 de
crânes dolichoc. ou plutôt sous-dolichoc, et .22,7 0/0 demésaticéphales ; la
brachycéphalie vraie et prononcée était rare, et ne fournissait que 5, 6 0/0.
Mais peu à peu la dolichocéphalie et la sub-dolichocéphalie diminuent,
et graduellement la brachycéphalie finit par l'emporter dans les temps
modernes, bien que tous les types crâniens aient pu se trouver réunis
aux mêmes époques.
Pour établir la comparaison sur des crânes plus récents que ceux des
Kourganes, Bogdanow étudia des séries de crânes provenant des anciens
cimetières de Moscou, de Kiev et de Novgorod, et datant du xvie au
xviii6 siècle.
Ceux de Moscou, décrits en 1878, se composaient de 120 crânes parmi
lesquels il n'y avait que 19, 65 0/0 de dolichocéphales, mais les brachycé-
phâles s'y trouvaient dans la proportion de 52, 99 0/0.
Quelques années plus tard une autre série de crânes extraits, de la même
localité, a été étudiée, et elle a donné les mêmes résultats, c'est-à-dire la
prépondérance de la brachycéphalie.
En somme depuis les temps les plus anciens le nombre des dolichocé
phales diminue, tandis que la fréquence des brachycépales et des mésa-
ticéphales augmente. En même temps la taille se rapetisse, le crâne
s'amincit — aussi les crânes dolicho, quoique plus anciens, se conservent-
ils mieux que les derniers — l'indice nasal qui était mésorrhinien s'est
transformé en leptorrhinien, l'orbite mésosème est devenu microsème.
Tout à changé, jusqu'aux dimensions de tous les diamètres de la boîte-
crânienne et de la face.
Comment peut-on expliquer un tel changement? Bogdanow l'attribuait
aux progrès de la civilisation, mais l'opinion générale est que le peuple
braehycéphale, qui a succédé au peuple dolichocéphale, représente une
race soi-disant slave, qui était venue du S.-O., se substituer aux dolichocé
phales en les absorbant. Or, d'après Bogdanow, le territoire de ce peuple
dolichoc. est très nettement limité au Nord, en Orient et au Sud par les
Kourganes, au lieu que dans le S.-O. cette limite n'existe pas, parce que,
de ce côté, on a découvert le même type dolichoc. dans les anciennes
sépultures de la Galicie et de l'Allemagne du Sud (Reihengrœber), etc.
En réalité, il n'y a eu aucune substitution de races là où existaient les
Kourganes; ce n'est qu'une succession normale degenerations, car nous
croyons que la race brachycéphale est issue directement de la race dol
ichocéphale par variation corrélative. Ici, c'est le contraire de ce qui se 80 17 JANVIER 1901
passe actuellement au Japon où l'on voit une race dolichoc, descendre
d'une race braehyc.
Bien que nous n'ayons pas de renseignements positifs sur les mœurs
de la race des Kourganes, l'on peut admettre, pour la raison déjà exposée,
que c'était un peuple pacifique et par suite très-peu exposé aux mé
langes ; et, en effet, dans le gouvernement de Tchernigov on trouve,
d'après Bogdanow, des Kourganes qui sont situés très loin des routes ordi;' naires suivies par les migrations malgré cela, les Kourganes et les cimet
ières de cette province présentent les mêmes dolichocéphales et les
mêmes brachycéphales successifs, que dans les gouvernements de Moscou,
de Kiev et autres localités. Même la race primitive n'y est pas encore
éteinte, car l'on trouve encore des dolichocéphales dans les tombeaux les
plus modernes.
Si l'on examine l'ordre successif des différentes formes crâniennes,
depuis les temps les plus anciens jusqu'à nos jours, l'on peut s'assurer
que ce n'est pas le mélange de deux races différentes, qui a pu amener
la brachycéphalie.
En effet, à l'origine même, nous remarquons déjà quelques brachycé
phales parmi les nombreux dolichoc. des Kourganes. Or, à ce moment les
brachycéphales, qu'on suppose être venus de l'extérieur, étaient trop peu
nombreux pour pouvoir modifier le type dolichocéphale de la population
qui occupait la contrée. Ils auraient été submergés dans la masse, et
il n'en serait resté aucune trace par la suite. Et cependant nous voyons
les brachycéphales augmenter de plus en plus, malgré la prépondérance
du type dolichocéphale primitif.
Il est évident qu'il y a eu un croisement continuel entre les dolichoc.
et les braehyc. des différentes époques, puisqu'ils étaient tous de la même
race, mais ce n'est pas le croisement, en lui-même, qui a pu faire dispa
raître le dolichocéphale pour laisser le brachycéphale seul dominant.
Et si les dolichocéphales et les brachycéphales avaient été réellement
deux races différentes, comment se fait-il que leur système d'inhumation
était le même, et que leur mobilier funéraire était semblable?
Mais, dira-t-on, ce n'est pas l'indice céphalique seul qui a changé, ce
sont encore d'autres caractères anthropologiques comme la taille, l'indicé
nasal, l'indice facial, etc., qui se sont modifiés. Nous répondrons comme
nous l'avons déjà fait pour les Japonais, que ces transformations multiples
sont la règle dans l'évolution de l'espèce humaine. En effet, quand une
variété nouvelle se forme au sein d'une race, la variation des caractères
anthropologiques est presque toujours corrélative; ce qui ne veut pas dire
cependant que toutes les parties de l'organisme se transforment simulta
nément chez tous les individus ; il y a certains caractères qui se modifient
chez les uns et pas chez d'autres dans une même génération, et par là on
retrouve souvent des liens de parenté entre deux races qui, au premier
abord, semblent totalement distinctes l'une de l'autre.
A défaut de monuments peut-on savoir quel était, sur le vivant, le type
de la race dolichocéphale des Kourganes, ou peut-on au moins se repré- BLOCH. — TRANSFORMATION D'UNE RACE DOLICHOCÉPHALE 81 ADOLPHE
senter la couleur des individus qui composaient cette population ?
La chose est réalisable : d'abord il y a le témoignage de certains auteurs
anciens, comme Hérodote ; ensuite dans des kourganes l'on a retrouvé des
échantillons de cheveux qui paraissaient blond foncé pour les dolichoc.
et châtains pour les brachyc. La première souche, comme la seconde,
appartenait donc à la race blanche, ce qui d'ailleurs ne fait l'objet d'aucun
doute pour les brachycéphales qui sont les ancêtres directs des Russes
contemporains.
Quel a été le laps de temps nécessaire pour que la brachycéphalie devint
prépondérante dans la Russie centrale et méridionale? Il ne semble pas
qu'il ait fallu pour cela des époques incommensurables, car c'est surtout
dans les temps historiques que l'on a vu les brachycéphales se multiplier.
Ainsi, dans le gouvernement de Novgorod les étaient rares
avant le moyen-âge, mais ensuite ils augmentent rapidement pour former
à cette époque les 49 0/0 du total des crânes examinés.
Dans les Kourganes slaves de Tschernigov, Tonne trouve que 140/0 de
brachycéphales, tandis que les sépultures du xir3 et xme siècle en ren
ferment 53 0/0. Puis ils deviennent de plus en plus nombreux pour finir
par être prépondérants dans les temps modernes. Mais l'on peut remar
quer aussi que la variation est plus ou moins rapide suivant les localités.
Enfin, ce n'est pas seulement en Russie que la transformation,, d'une
race dolichocéphale en une race brachycéphale peut être constatée; c'est
encore dans d'autres parties de l'Europe, comme le sud de l'Allemagne.
Ici également la dolichoeéphalie, autrefois prépondérante, est remplacée,
maintenant par la brachycéphalie, sous l'influence seule de l'évolution
naturelle des races humaines.
Ainsi d'après M. Ammon * qui s'est particulièrement occupé de l'anthro-
pologiejdes Badois, l'indice céphalique de la population s'est généralement
rapproché de la brachycéphalie depuis les temps primitifs germaniques.
En effet, les crânes dolichocéphales des Reihengrœber s'y trouvent dans
une proportion de 69,2 0/0 avec un indice inférieur à 80, et parmi les
habitants actuels dans une proportion de 45 0/0 seulement. Au contraire,
les brachycéphales avec un indice de 85 et au-dessus ne forment que les
9,4 0/0 chez les Germains, tandis qu'actuellement ils représentent les
33,8 0/0. (Aussi on attribue la cause de ce changement d'indice à la sélection
naturelle).
Pour la Bavière nous constatons les mêmes phénomènes d'après les
travaux de Ranke 2, c'est-à-dire la transformation spontanée de la doli-
chocéphalie en brachycéphalie.
Le tableau suivant suffira pour nous renseigner à ce sujet en nous
montrant le changement d'indice dans les temps historiques.
1 ÀMMON (0.). Die natûrlische Âuslese beim Menschen.
2 Ranke (J.). Frûhmittelaterliche Schâdel and Gebeine aus Laldau. Sitzungsb.
Dr Kôn. bayer. Akad, der Wissensch. — Miinchen 1897, t. 27
sou. d'anthrop. 4901. 6

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