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Idoles (pierres roulées) à tête de chouette du Sahara Central (Tassili des Azdjer) - article ; n°1 ; vol.10, pg 180-197

De
19 pages
Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris - Année 1909 - Volume 10 - Numéro 1 - Pages 180-197
18 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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G.-B.-M. Flamand
Lt-Col Emm Laquière
Idoles (pierres roulées) à tête de chouette du Sahara Central
(Tassili des Azdjer)
In: Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, V° Série, tome 10, 1909. pp. 180-197.
Citer ce document / Cite this document :
Flamand G.-B.-M., Laquière Emm. Idoles (pierres roulées) à tête de chouette du Sahara Central (Tassili des Azdjer). In:
Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, V° Série, tome 10, 1909. pp. 180-197.
doi : 10.3406/bmsap.1909.8060
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bmsap_0037-8984_1909_num_10_1_80606 mai 1909 180
IDOLES (PIERRES ROULÉES). A TÊTE DE CHOUETTE DU SAHARA CENTRAL
(Tassili des Azdjer).
Par MM. G.-B.-M. Flamand et le lieutenant-colonel Emm. Laquièrb.
Historique. — Les idoles sahariennes à tête de chouette que nous allons
décrire dans cette note ont été découvertes, ne 1905, par M. la capitaine
Touchard, chef du bureau des Affaires indigènes de Touggourt, au cours
de sa reconnaissance dans le Sud-Constantinois (région de Djanet) ; elles
ont été signalées depuis par cet officier lors de la publication de son rap
port, en décembre 1906, dans le Bulletin du Comité de l'Afrique française
(N° 12 des Renseignements coloniaux^ p. 376, lre et 2e colonne) *, Antérieu
rement le cliché photographique que M. le capitaine Touchard avait pris
de ces monuments (cliché positif sur verre) avait été adressé à l'un de
nous par M. le Commandant supérieur Cauvet du cercle de Touggourt
(1905) ; c'est un agrandissement de cette reproduction que donne la
fig. 1, et c'est cette même image qui fut présentée par nous, à l'une des
séances du Congrès des Sociétés savantes à Alger (avril 1905, séance pré
sidée par M. Meyer, de l'École des Chartes) ; cette même photographie
figurait, à la même époque, à l'Exposition préhistorique organisée par nos
soins au Musée des Antiquités Algériennes de Mustapha (avril 1905).
Vers la fin de 1906 l'un de nous, en mission scientique dans le Sud, et
de passage à Touggourt s'entretînt avec M. le capitaine Touchard de cette
remarquable découverte, et, sur le très vif désir à lui exprimé, de pos
séder au moins un exemplaire de ses-précieuses statues, M. le capitaine
Touchard offrit immédiatement de profiter de la première occasion qui se
présenterait de retourner dans ces régions du Tassili, pour charger des
hommes de confiance du soin de rapporter les monolithes en question.
Cinq mois après, deux chaanbâ du Maghzen furent envoyés chez les
Touareg Azdjer ; au retour ils se détournèrent de 200 kilomètres pour
passer au lieu dit qui leur avait été indiqué ils en rapportèrent les pierres
sculptées. Déposées d'abord au Service géologique des Territoires du Sud,
nous convînmes de les joindre aux collections du Musée des Antiquités
algériennes où elles figurent aujourd'hui.
Postérieurement à la découverte faite par M. le capitaine Touchard
d'autres idoles (pierres roulées) à tête de chouette ont été trouvées dans les
mêmes parages, et trois ou quatre d'entre elles existaient en 1907 à
1 Loc. cit., les quelques lignes par lesquelles M." le capitaine Touchard consigne sa
découverte, en fixe l'emplacement: « on atteint à environ 12 kilomètres de Tobalbelet
« un petit Oued à l'embouchure duquel se trouve un amas de pierres intéressantes. Trois
« d'enlre elles de grés gris, hautes d'environ 0 m. 50, ont la forme d'un ellipsoïde de
« révolution allongé. Par relief de deux millimètres à peine sont dessinés sur chacune
« de ces pierres, deux légers enfoncements imitant les yeux. Les Touaregs donnent à
« ces pierres une origine surnaturelle. » LAQU1ÈHE. — IDOLES A TÈTE DE CHOUETTE 181 FLAStAKDET
In-Sahah où M. le colonel Laperrine les avait fait réunir; nolre-n°6
fig. 8, provient de ce lot. Une neuvième idole avait été offerte à l'un de
de nous lors d'une tournée d'inspection dans les oasis ; elle est remarqua
blement belle, supérieure comme régularité de forme et de sculpture aux
précédentes.
Gisement. — Les Idoles sahariennes « à tête de chouette » du Sahara
ont été rencontrées par M. le capitaine Touchard à environ 10 ou 12 kilo
mètres de Tebalbalet et au Sud-Ouest de ce point, le long de la bordure
orientale de la vallée au confluent d'un petit oued venant de l'Ouest.
Tebalbalet (puits) est situé à 650 kilomètres au Sud de Touggourt (alt
itude 250 mètres environ) c'est-à-dire à 850 kilomètres de Biskra, 1.100 du
littoral méditerranéen.
Fig. 2. — Croquis des environs de Tebalbalet, par M. le Capitaine Touchard.
Echelle approximative : 1/500.000
Ces monuments primitifs sont constitués par des blocs rocheux, d'abord
érodés et roulés, puis, par pl.ace, repris par épannelage. Leur forme est
grossièrement ellipsoïdale ou subcylindrique avec troncature normale à
la base, calotte sphérique au sommet, ou parfois, à terminaison cylindro-
ogivale aux deux extrémités.
Il existe dans des régions très étendues du Sahara central des affleure- . 6 mai 1909 482
ments puissants d'assises gréseuses qui donnent naissance par corrasion et
abrasion à des masses de forme bien voisines de celles-ci, soit qu'elles
proviennt de blocs éboulés des sommets, et ayant subi une série de chocs
ou de glissements, au cours de la descente des pentes, soit qu'elles se
rencontrent dans le lit des torrents où elles abondent — , particulièrement
aux débouchés des plaines, dans les cônes de déjection ; ainsi, l'on ren
contre de ces blocs naturels, de véritables cailloux roulés dont les formes
générales se rapprochent de très près de celles des idoles kyliôlithiques
de Tebalbalet, et, il ne faudrait, en tous cas, qu'un travail bien peu consi
dérable pour les y amener tout à fait. Considérée au point de vue litho
logique, la roche qui constitue les idoles est un grés subquartziteux à
ciment primitif calcaire partiellement ou entièrement remplacé par de
la silice secondaire; le grès à l'intérieur, dans les cassures fraîches, est
blanc, parfois par place légèrement teinté de jaune pâle par des oxydes
defer; la patine silico-ferrugineuse rougeâtre ou jaune-brun clair est peu
intense ; nous reviendrons plus loin sur cette question.
Les grains de quartz de ces grès sont de dimensions variables suivant
les idoles considérées, et suivant les différentes parties de celles-ci, en
général ils sont fins, mais dans quelques zones de la roche, ils devien
nent très hétérogènes, ce qui produit . sur les surfaces des irrégularités •
que le travail intentionnel n'a pu faire entièrement disparaître.
De petites dimensions relatives, ces mégalithes varient en hauteur entre
24 et 37 centimètres (Tebalbalet : — Exemplaires de la photographie n° 1).
Elles présentent soit à la base ou dans la partie médiane, suivant les
pierres considérées, un diamètre maximum n'excédant pas 20 centimètres.
Le chiffre de 50 centimètres donné pour la hauteur de ces monuments
par M. le capitaine Touchard (loc: cit.) vise vraisemblablement un monol
ithe, le n° 3, dont nous ne possédons que la partie supérieure (Cf. figure l,
idole n° 3). L'idole n° 6, que nous décrivons plus loin, étrangère à ce
groupe, atteint 46 centimètres.
Légendes et peintures. — D'après M. le capitaine Touchard « les Touareg
« donnent à ces pierres une origine surnaturelle. Une famille composée
« d'un homme et deux femmes * s'étant rendue coupable . de crimes
« dont la tradition a oublié la nature aurait été, par châtiment divin, pétri-
« fiée *. Lorsqu'un campement s'installe à proximité les hommes et
1 Ce qui ne correspond pour l'ensemble de Tebalbalet qu'aux trois .idoles numéros
1, 2, 4, (cf. fig. \) et laisse la quatrième, la plus fruste ; ce manque de précision de
la part du narrateur Targui permet le doule sur l'origine bien ancienne de la légende.
* Les criminels ou les incroyants pétrifiés sont légion au Sahara ; les indigènes
arabes ou berbères, peu géologues, interprètent magiquement toute rencontre de
roche un peu irrêgulière, aberrante au milieu des formations lithologiques voisines ;
c'est tout aussitôt une légende qui se crée ou le plus souvent une simple adoptation FLAMAND ET LAQUIÈRE. — IDOLES A TÊTE DE CHOUETTE 483
« femmes ne manquent pas de se rendre en ce lieu, et s'imaginent faire
« œuvre pie en noircissant les sourcils les yeux, et la barbe de la pierre
« d'origine masculine, en peignant en rouge l'emplacement des lèvres des
« restes pétrifiés des deux femmes; en revêtant les unes et les autres
« pierres de chiffons de couleur figurant des couvre-chefs ou des mant
e teaux *. »
II y a là de la part des Touareg le fait d'un mélange de paganisme et
d'islamisme qui montre bien le caractère un peu flottant des croyances
plus primitives, moins cultivées de ces grands nomades berbères ; on sait
d'autre part que les musulmans transforment facilement en monument
sacré tout ce qui se distingue d'une façon quelconque par la couleur, le
port, ou le volume : arbres, buissons/pierres, qu'ils « habillent alors de
chiffons » et transforment ainsi en marabouts ».
Les « lieux vénérés » sont innombrables dans l'Afrique du Nord et dans
le Sahara central ; comme les dolmens furent en Bretagne christianisés *,
les mégalithes du Sahara sont devenues l'objet du culte des « croyants » ;
dans le Nord les Arabes les eussent blanchis à la chaux. Cette manifestat
ion de la vénération rendue par les nomades de passage à ces idoles
nous amène donc à dire un mot des peintures ou mieux des « peintu-
rages » qui aujourd'hui décorent quatre des pierres de Tebalbalet. On
remarquera que la photographie (Jig. i) ne porte aucune indication de ces
peintures qui au contraire sont très manifestes sur les idoles n°« i, 2, et 3,
U. (fig. 3, U, 5, 6) ; les idoles nos 5 et 6 en sont indemnes.
Ces peinturages masquent passablement le caractère géométrique du
dessin et en altèrent la simplicité et la ligne, c'est pourquoi nous avons
fait exécuter des moulages qui nous ont permis d'étudier ces idoles dans
leur état primitif. Néanmoins nous avons reproduit ici par photographies
celles de Tebalbalet avec peintures parce qu'elles sont directement prises
sur les objets eux-mêmes. Les figures 7 et S qui reproduisent sans peintures
deux autres monuments, sont suffisantes pour montrer tous les caractères.
d'une légende ayant cours en d'autres pays en des conditions matérielles approchées,
vengeance divine, intervention de saints marabouts. L'an de nous signalait dans la
région de l'Oudj de l'Erg occidental, dans la zone d'épandage de l'Extrême Sud
Oranais, celle d' « El Khadem »■ la « Négresse » et les cavaliers pétrifiés, sur un geste du
grand Sidi Chei&b, pour avoir douté de la puissance divine, en interrompant sa
prière. Et Khadem et le djich sont dans l'espèce des dépôts calcaires travertineux
noirâtres émergeant brusquement du sol blanc crayeux d'un fond de lac quaternaire.
Cf. G. B. M. Flamand. De l'Oranie au Gourara. Notes de Voyage, p. 43, Paris 1897.
1 M. le capitaine Touctfard ajoute cette seconde légende recueillie par lui surplace:
h Autrefois un indigène du Hoggar aurait commis le sacrilège d'emporter une de ces
« pierres dans son pays. Il fut aussitôt atteint d'une maladie de langueur devant
« laquelle les meilleurs tolba sahariens se déclarèrent impuissants. Un songe apprit
c au malheureux la cause et le remède à ses souffrances. Il lui suffit de rapporter la
« pierre maudite au lieu d'où il l'avait enlevée, pour qu'il recouvrât immédiatement
c la santé. »
8 A. de Mortillet. Les monuments mégalithiques christianisés. Rev. mens, de l'École
d'Anthrop, de Paris, 15 nov. 1897. r 6 mai 1909 184
Nous retrouvons ici dans les matières employées pour ce maquillage
les mêmes éléments que l'un de nous a déjà signalés comme constituant
les couleurs de l'écriture peinte targuie, c'est-à-dire l'écriture berbère « mo
derne » par opposition à l'écriture pétroglyphique plus ancienne des mê
mes peuples ; ce sont des argiles impures, souvent siliceuses, colorées par
des oxydes de fer, en vert, en rouge, en brun, en noir, avec, en ce cas,
souvent un mélange de bioxycle de manganèse ou de cuivre S le tout dé
layé dans l'eau.
Les traits en couleur de nos idoles sont tout à fait récents puisqu'ils ont
été faits entre l'époque du premier passage de M. le capitaine Touchard
auprès de ces monuments et le moment où ils ont été enlevés de leur
gisement par nos chaânba, c'est-à-dire qu'ils datent de l'hiver 1905-OC.
Sur les quatre pièces peinturées (et non trois), nous n'avons pu distin
guer de traces d'une barbe qui, suivant les dires des indigènes, rapportés
par l'auteur de la découverte, caractériserait l'homme ; — les trois autres
(non deux) étaient féminines (?)
Les idoles sahariennes à tête de chouette du Sahara sont des statues
mégalithiques sculptées en ronde bosse, à figuration schématisée.
A Tebalbalet, et comme les a trouvées, en place, M. le capitaine Tou
chard, elles font partie d'un tombeau (fig. 1) de forme ovale, long de
deux mètres dans sa plus grande dimension ; c'est une sorte de cromlech
dont les pierres de ceinture sont petites ; les idoles occupaient les quatre
sommets d'un quadrilatère y inscrit. Pour M. le lieutenant Cannac {Rapport-
notice du groupe d'observations des Agdjer — mai-décembre 1906 — iné
dit), ces pierres devaient être, à l'origine, dispersées sur plusieurs tom
beaux.
Figuration humaine. — Les idoles sahariennes ne montrent de sculpture
que dans leur partie supérieure ; celle-ci paraît coupée obliquement sui
vant une section oblique qui détache une surface de forme elliptique
constituant « le visage » ; un cadre formé par un léger relief extérieur ou
intérieur suivant la partie considérée, limite ce dernier ; partant du som
met de la calotte sphérique supérieure il s'étend jusqu'à la moitié de la
hauteur, quelquefois dépasse cette limite ; dans l'idole n° 5 au contraire
le « cadre » n'atteint que le deux cinquième de la hauteur du monument ;
on voit par cela que les « figures » sont très grandes par rapport à l'en-
* Dans le Nord, à Bieder, près de la frontière marocaine, nous avons vu les femmes
de potiers obtenir la belle teinte noire des poteries dites « Kabyles » en écrasant des
feuilles du lenstique et en étalant sur les pièces la bouillie vert-foncé ainsi obtenue,
à l'aide d'un pinceau formé d'un paquet de cheveux enserré dans un petit manchon
d'argile ; — par la cuisson cette peinture végétale devient d'un beau noir brillant
par place. (Quadrillages des amphores, etc.). FLAMAND ET LAQUIÈRE. — IDOLES A TÊTE DE CHOUETTE 185
semble des blocs roulés sur lesquels elles sont sculptées (voir les figures
de 3 à 8).
Le dessin du visage est des plus simples, sur la surface endopérigra-
phique l se distinguent trois traits en relief : le premier divise plus ou
moins le haut de la figure en deux et se fond à peu près au milieu du
visage ; vers son extrémité inférieure il constitue le nez ; les deux autres
transversalement placés, convexes par rapport au sommet, dessinent les
arcades sourcilières (fig. 7 à 3) ; ils sont plus ou moins incurvés.
La bouche fait toujours défaut.
L'ensemble représente donc dans un slyle très pur le schéma de la fi-*
gure humaine bien .connue dans l'art sous le nom de « tête de chouette »
(AOt/j/j ^auxwTTiç), ici d'une exécution très belle, mais réduite, puisque les
yeux ne figurent pas sous les arcades sourcilières, ou du moins quand ils
existent ils ont été surajoutés. Ce type de schéma humain se rapproche
par ce caractère de la gravure des anligrottes de Courjeonnet et de Coizard
(Maine) ' et peut être mieux encore de la sculpture du dolmen d'Auber-
genville suivant la figure 80, du mémoire de M. Salomon Reinach sur la
« sculpture en Europe ». (Anthropologie T. n° 5, p. 186, 1894).
Des six idoles kyliolithiques qu'il nous a été donné d'étudier, cinq sont
en bon état de conservation ; seule l'idole n° 4 de la figure f , a ses traits
complètement effacés, ainsi qu'on peut s'en rendre compte sur le moulage
et sur les photographies (fig. 6) ; néanmoins les femmes touareg ont pein
turé celle-ci remarquablement.
La technique de l\. sculpture de ces monuments est un peu plus compli
quée que celle du dessin, elle comprend l'établissement des traits et le
dressage des différentes surfaces : frontal, joues, etc., et, avec moins
d'importance, l'épannelage des parties de la surface exopérigraphique.
Cette dernière surface paraît être le plus ordinairement naturelle, c'est-
à-dire produite, par l'érosion, les glissements ou les chocs de la pierre,
depuis l'instant où elle s'est détachée de la strate dont elle faisait partie,
telles les idoles 1,2,3,4, pro parle, et n° Q,fig. 8; — mais les régions avoi-<
sinant la tête et constituant une pseudo-calotte sphérique, — ainsi que.
l'extrémité inférieure de l'idole n° 5 (fig: 7), ont été certainement l'objet
d'un travail assez complexe,. consistant d'abord en un piquetage ou en
un bouchardage, puis en un polissage qui cependant n'a pas atteint la
perfection de celui des surfaces endopérigraphiques.
Celles-ci se décomposent ainsi : un frontal déterminé par une surface
courbe ou deux plans gauchis symétriques dont l'intersection crée une
ligne de relief séparant le front en deux, et donnant par un prolongement
de quelques centimètres la figuration du nez.
* Surface comprise^ l'intérieur du trait en relief qui la circonscrit, de evfov (comp
ris entre, en dedans), n«pt à l'entour, Tpctfixos (dessin), ypxfsv» dessiner.
1 Baron de Baye. Archéologie préhistorique, pi. III, p. 164-5.
soc. d'anthrop. 43 6 mai 19Ô9 486
Parfois cette ligne est à peine accusée sur le frontal et la ligne figura
tive du nez part alors du sommet de l'angle des sourcils.
Les arcades sourcilières sont le plus souvent accusées par l'abaissement
des niveaux des surfaces un peu au-dessous d'elles, a la places des orbites.
Quelquefois aussi l'arcade sourcilière est encore accentuée par un léger
abaissement de toute la zone voisine de son côté externe.
A son extrémité la ligne de relief du nez se fond dans la surface courbe
polie qui s'étend sans aucune indication de bouche, de lèvres ou de menton !,
jusqu'au trait périgraphique.
Yeux. — On peut voir sur plusieurs de ces idoles fig. 3, U, 5 (idoles n°
1,2, 3, de la fig. 1), des traces vagues pouvant représenter des yeux, et exa
gérées par les peintures. Ce sont des zones pointillées produites par un
piquetage grossier, bien visible sur les statues elles-mêmes, mieux que
sur les moulages et qu'accusent plus ou moins les photographies.
Très différentes d'aspects des surfaces qui les environnent, ces petites
zones se détachent irrégulièrement du fond de la roche ; elles présentent
une patine plus claire, très différente de celles des surfaces des visages;
elles sont donc postérieures à celles-ci ; — nous les considérons comme
surajoutées*.
Il est encore une particularité de la technique qu'il est intéressant de
signaler, c'est le procédé employé dans la sculpture du trait périphérique
du « visage ». Ce trait est accusé le plus habituellement par l'abaissement
de l'une des surfaces adjacentes. Nous l'appellerons alors « monoclinal »
(fig. 3, e, e2). OrdinairementMe haut du «visage» est limité par la surface
hémisphérique de la calotte terminale de la pierre, et le relief est ici ob
tenu par l'abaissement de toute la zone correspondante du frontal ; tout
au contraire pour la partie inférieure de la figure (zone mentonnière, c'est
la surface exopérigraphique de l'idole qui est surbaissée ; par suite, dans
ce cas, les régions latérales, points de passage des deux modes employés
pour accuser un relief, sont a peine indiquées. Dans d'autres exemplaires
(fig. U), le relief du trait est obtenu par abaissement des deux surfaces
adjacentes (trait en relief {diclinal) fig. I e. Ce trait en relief n'excède pas
* On peut citer comme monuments de cette famille, caractérisés par l'absence de
la figuration de la bouche : les blocs sculptés de Collourgues, la dalle de Gastelnau-
Valence, le menhir d'Aubergenville, les sculptures du Petit-Morin (Antigrottes de la
Marne) — les idoles en marbre de Troie, les plus nombreuses « urnes à visage »
d'Hissarlick — le vase calcaire de Folkton-Wold (Yorkshire), les peintures troglody-
tiques d'Australie, etc.
(Voir pour la bibliographie, le paragraphe, « le sexe » ci-après.
*Nous citerons comme figurations humaines dans lesquelles les yeux sont réduits
aux arcades sourcilières : la gravure de l'antigrotte de Courjeonnet (de Baye, arch,
prêh., pi. I), celle de Coizard (Id I bid, pi. Ill), — le menhir d'Aubergenville (cf.
fig. 80, Salomon Reinach. t La sculpt, en Europe ». Anthrop. p. i86, douteux). ET LAQUIÈRH. — IDOLES A TÊTE DE CHOUETTE 187 FLAMAND
quelques millimètres de hauteur au-dessus des surfaces adjacentes ; il est
rare qu'il atteigne un demi centimètre.
On doit remarquer que si l'on est bien en présence d'un type très simp
lifié de figuration humaine, que toutefois la schématisation n'y est pas
des plus rudimentaires ; le dessin des lignes courbes des arcades sourciliè-
res, l'établissement des surfaces; la régularité des traits, la symétrie et
surtout (fig. 8 idole n° 6) la véritable harmonie de l'ensemble, démontrent
que l'on est assez loin d'œuvres véritablement primitives1. Inférieures
comme représentation aux satues-menhirs, elles leurs sont supérieures technique *.
Voici les caractéristiques des six idoles kiliôlithiques de Tebalbalet :
Idole n° 1, fig. 1 et fig. 3, A, B et C.
Pierre conique, terminée à, son extrémité supérieure par une calotte sphé-
rique; cassure basale un peu oblique sur l'axe. Hauteur, 31 centimètres; base :
diamètres : 18,5X17 cent..
La figuration humaine consiste en un « visage » subtriangulaire encadré par
une ligne de relief à symétrie bilatérale, dimension du visage : . hauteur,
19 cent., diamètre transversal subnasal, 14 cent; nez : longueur, 4 cent.; traits
des arcades sourcilières légèrement courbés ; corde, 5 cent. La zone correspon
dant aux yeux creusée et polie; la partie ponctuée qui s'observe à la place des
yeux a été. gravée postérieurement; elle présente des points très irréguliers,
étrangers aux caractères précis des autres parties de l'œuvre; — patine plus
fraîche, de teinte claire, sans homogénéité (sesquioxyde de fer sporadique, et
non en place* unie), donc plus récente que celle des surfaces endo et exo-
périgraphiques.
1 Abbé Hermet. Les statues-menhirs de l'Aveyron et du Tarn. (R. Congrès inter,
national d'Anthrop. et Arch, préhistorique, XIIIe session, Monaco 1905, t. II, p. 210.
Contient p. 210 note 1 toute la bibliographie delà question.
Ch. Salomon Reinach. La sculpture en Europe. Anthropologie p. £5 et suiv. An-
thropologie 1904, p. 684. — GartaiLhac. Anthropologie, p. 148, 1894.
* Nous ne pensons pas que ce type d' « A0»iu»] ylu.màtnii » puisse être invoqué,
pour voir dans ces manifestations artistiques primitives la touche de l'aile du génie
archaïque de la Grèce, quoique ces figurations à «tête de chouette » soient de beau
coup d'une exécution plus parlaite et d'une tenue de ligne que l'on ne rencontre guère
dans les monuments antiques nord-africains jusqu'ici connus. Nous n'y voyons que
l'éclosion d'un type ici autochtone, qu'une conception spéciale d'art, répondant à
certaines raisons idéographiques.
C'est à une même conclusion que l'un de nous était arrivé dans ses recherches sur
l'origine du type du t bélier d'Ammon » à propos du « bélier à sphéroide » néolithi
que du Sud-Oranais.
G.-B.-M. Flamand. Les Pierres' Ecrites (Hadjrat Mektoubat). Bull. Soc. Anthrop.
de Lyon, p. 481 1901. C. R. Congrès Intern. Anthrop. Paris, p. 265, XII* section
1900, cf. Id Apud. Gaillard Bull. Soc. Anthrop. Lyon p. 69 1901. 6 mai 1909 188
Fig. i. — Monuments mégalithiques (pierres roulées) à figuration humaine (à tète
de chouelte). Tebalbalet (Touareg-Azdjer.) (M. le Capitaine Touchard, phol ).
fig. 3. —A, vue de face ; B, vue de profil ; G, dessin du profil accentué, pour montrer
la disposition glândiforme de la partie supérieure.