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Geneviève Oléron
Influence de la structuration des données sur la mémoire à court
et à moyen terme
In: L'année psychologique. 1968 vol. 68, n°1. pp. 83-95.
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Oléron Geneviève. Influence de la structuration des données sur la mémoire à court et à moyen terme. In: L'année
psychologique. 1968 vol. 68, n°1. pp. 83-95.
doi : 10.3406/psy.1968.27597
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1968_num_68_1_27597Abstract
We take into consideration three levels of mnemonic activity, short term which corresponds to the
immediate storing of the data, intermediate in which the raw data are fixed, reinforced by rehearsal and
organized, and long term which corresponds to any acquisition due to past activity. We are trying to find
out how the decline of mnesic traces is attenuated over time when the elementary data received can be
organized and structured into words whose schemas are stored in long term rnemory.
We have compared the results of evocation after a short delay of 1.8 second to those obtained after a
delay of 8 seconds.
We observe that after the short delay, the subjects evoke the same number of letters, whether they
belong to the tri-S series or to the tri-S series. On the other hand, for the 8 seconds delay, the tri-S or
organized words enhance the delayed evocation of the letters. If we tell the subjects in the instructions
about the existence of the words, the mental activity thus developed tends to render the evocation after
a long delay more efficient for the letters belonging to words.
Auditive presentation brings about more errors than does visual presentation, due to phonetic
confusions. We have found individual differences in the utilization of coding.
Résumé
Nous considérons trois niveaux d'activité mnémonique : à court terme qui correspond au stockage
immédiat des données, à moyen terme où se fixent et s'organisent les données brutes, à long terme qui
correspond à tout l'acquis dû à l'activité passée.
Nous recherchons comment le déclin des traces mnésiques dans le temps est atténué si les données
élémentaires reçues peuvent s'organiser en mots dont les schèmes sont stockés en mémoire à long
terme.
Nous avons comparé les résultats d'évocation après un court délai de 1,8 seconde à ceux obtenus
après un délai de 8 secondes. Le matériel à évoquer comprend des séries de trois lettres présentées
isolément qui peuvent constituer des mots, ou des syllabes dépourvues de sens.
On utilise deux conditions de présentation, visuelle et auditive, en utilisant dans les deux cas les mêmes
séquences temporelles : de présentation des données, de travail mental (calcul) avant l'évocation.
Après le délai court les sujets évoquent le même nombre de lettres, qu'elles appartiennent aux mots ou
aux syllabes dépourvus de sens. Par contre, après le délai de 8 secondes, les mots réorganisés
favorisent l'évocation différée des lettres. Si l'on indique préalablement aux sujets la possibilité de
constituer des mots avec les lettres, l'activité mentale ainsi développée améliore l'évocation des lettres
appartenant aux mots après le long délai.
La présentation auditive suscite plus d'erreurs que la présentation visuelle, en raison des confusions
phonétiques. On trouve des différences individuelles dans la capacité à découvrir le codage et à
l'utiliser. temps est atténué si les données élémentaires reçues peuvent s'organiser en mots dont les
schèmes sont stockés en mémoire à long terme.
Nous avons comparé les résultats d'évocation après un court délai de 1,8 seconde à ceux obtenus
après un délai de 8 secondes. Le matériel à évoquer comprend des séries de trois lettres présentées
isolément qui peuvent constituer des mots, ou des syllabes dépourvues de sens.
On utilise deux conditions de présentation, visuelle et auditive, en utilisant dans les deux cas les mêmes
séquences temporelles : de présentation des données, de travail mental (calcul) avant l'évocation.
Après le délai court les sujets évoquent le même nombre de lettres, qu'elles appartiennent aux mots ou
aux syllabes dépourvus de sens. Par contre, après le délai de 8 secondes, les mots réorganisés
favorisent l'évocation différée des lettres. Si l'on indique préalablement aux sujets la possibilité de
constituer des mots avec les lettres, l'activité mentale ainsi développée améliore l'évocation des lettres
appartenant aux mots après le long délai.
La présentation auditive suscite plus d'erreurs que la présentation visuelle, en raison des confusions
phonétiques. On trouve des différences individuelles dans la capacité à découvrir le codage et à
l'utiliser.Laboratoire de Psychologie expérimentale et comparée
de la Sorbonne
associé au C.N.R.S.
INFLUENCE DE LA STRUCTURATION DES DONNÉES
SUR LA MÉMOIRE
A COURT ET A MOYEN TERME
par Geneviève Oléron
L'organisation de données perçues intervient pour modifier
l'efficacité de leur évocation. Des études sur la mémoire imméd
iate, Fraisse (1938), Miller (1956), Glanzer (1966), soulignent
l'importance du rôle du groupement des éléments lors de l'évo
cation en mémoire immédiate. Cependant, dans ces expériences,
le délai de réponse très bref est laissé libre et le sujet peut répéter,
implicitement ou explicitement, les éléments avant de les évoquer.
Dans une perspective très proche de celle que nous adoptons,
Fraisse et Florès (1956) montrent que la perception, même
correcte, d'un stimulus n'implique pas nécessairement l'intégra
tion de ce à l'expérience passée. Ils distinguent la
réponse perceptive, évocation qui intervient juste après la pré
sentation du stimulus, et la réponse mnémonique consécutive
à une fixation temporaire après un délai d'évocation. Ces auteurs
concluent à partir de leurs résultats que les processus de percep
tion et de mémoire à « court terme » sont deux processus fonc-
tionnellement indépendants.
Par ailleurs, Broadbent (1958) propose un schéma théorique
qui vient rendre compte de l'ensemble des processus mnémon
iques dits à court terme et à long terme. Il est clair que, pour
Broadbent, le délai imparti à l'évocation en « mémoire à court
terme » est très proche de celui utilisé pour la réponse dite per
ceptive dans l'expérience de Fraisse et Florès. Ces auteurs ne
sont pas sans souligner l'ambiguïté qu'il y a entre appréhension,
mémoire immédiate et perception dans bien des cas. MÉMOIRES ORIGINAUX 84
Dans une perspective théorique postulant une activité mné
monique à trois niveaux, court terme, moyen terme, long terme,
nous proposons de considérer, comme faisant intervenir les pro
cessus de mémoire à court terme, toute réponse d'évocation qui
intervient aussitôt après la disparition du stimulus et au cours
d'un délai de 0 à 2 secondes environ. En fait, des expériences,
celles de Sperling (1960) en particulier, tendent à montrer un
déclin très rapide des traces mnésiques même au cours de ce
délai. Broadbent, dans son schéma des mécanismes mnémoniques,
propose l'existence d'une mémoire à court terme qui serait le
stockage brut immédiat des données de la perception. L'évoca
tion immédiate de celle-ci dépendrait à la fois de la capacité
du canal de transmission (limite de la capacité d'appréhension)
et par ailleurs du fonctionnement d'un filtre qui sélectionnerait
les données, avant le passage dans le canal. Nous faisons l'hypo
thèse qu'au niveau de ce filtre il y a déjà organisation des stimul
us et des données acquises. La série d'expériences que nous
rapportons ici se propose de préciser le développement de cette
organisation des traces en mémoire dite à moyen terme.
Le filtre fonctionne, d'après le schéma de Broadbent, grâce à
l'influence des éléments acquis stockés en mémoire à long terme.
Nous proposons de distinguer ces données, schemes complexes
parfois difficilement évocables, des éléments stockés après stimu
lation en mémoire à court terme, puis à moyen terme, traces
qui sont aisément car acquises par une expérience
récente.
L'activité de la mémoire à moyen terme, selon notre hypot
hèse, d'une part serait sollicitée immédiatement par chaque
arrivée des éléments bruts stockés en mémoire à court terme, et
d'autre part dépendrait de l'attitude sélective prise soit avant la
réception des données, soit au cours de celle-ci, conformément
au shéma de Hunt (1963). Celle-ci rendrait disponibles des él
éments stockés en mémoire à long terme.
Comme il s'agit d'étudier le déclin des traces mnémoniques,
on évite que toute « autorépétition » implicite ou explicite des
données stockées puisse être effectuée par le sujet pendant le
délai qui précède l'évocation. Fraisse et Florès (1956) avaient
pris la précaution de faire nommer par les sujets des pastilles
colorées, immédiatement après la présentation du stimulus.
Dans un but analogue, Brown (1954) et par la suite Peterson et
Peterson (1958) ont utilisé des tâches de calcul mental. Nous
avons utilisé également cette technique. On peut dans ces condi- GENEVIÈVE OLÉRON 85
tions faire l'hypothèse que toute répétition explicite est bien
exclue. La répétition implicite est plus difficile à contrôler, car
beaucoup plus rapide, comme le souligne Broadbent.
POSITION DU PROBLÈME ET HYPOTHÈSES
Dans cette perspective générale nous voulons montrer que
l'efficacité de la mémoire « à moyen terme » dépend particulièr
ement de l'organisation des données élémentaires. S'il est possible
de retenir celles-ci en mémoire à court terme, l'évocation avec
un certain délai doit être améliorée si les éléments se structurent
conformément aux schemes stockés en mémoire à long terme.
Celle-ci intervient soit spontanément, soit plus efficacement, grâce
à l'attitude prise parle sujet averti préalablement par la consigne.
Première hypothèse. — En mémoire à court terme, la mémor
isation d'une série brève de trois lettres, consonne, voyelle,
consonne, sera la même, que les syllabes qu'elles peuvent consti
tuer aient un sens ou n'en aient pas.
Par contre, en mémoire à moyen terme avec délai, les syllabes
significatives seront mieux évoquées. Bien entendu les lettres
sont toujours présentées une à une successivement. La syllabe
doit être reconstituée pour exister, elle n'est pas donnée d'emblée.
On utilise un nombre de lettres qui ne dépasse pas la capacité
du canal de transmission.
Peterson, Peterson et Miller (1961) ont montré que les syllabes
présentées visuellement et épelées par le sujet étaient d'autant
mieux retenues après un certain délai qu'elles plus signi
ficatives. Cependant, dans cette épreuve, on présentait simulta
nément les lettres d'un trigramme, CVC, et le sujet les épelait.
Deuxième hypothèse. — L'effet sera d'autant plus considé
rable que les sujets recherchent cette organisation des éléments.
Les trois expériences réalisées se proposent de faire varier
cette attitude : a) Par la consigne ; b) Par la modalité de présen
tation des éléments ; et c) Par celle des réponses.
On pense ainsi obtenir trois niveaux de difficulté de codage.
Il y a codage quand il y a substitution d'un mot à la série de
3 lettres après leur structuration.
TECHNIQUE ET PLAN DE L'EXPÉRIENCE
Cette étude comprend trois expériences qui ont en commun une
même tâche réalisée dans des conditions différentes.
Le sujet doit s'efforcer de retenir le mieux possible les trois lettres MÉMOIRES ORIGINAUX 86
qui lui sont présentées successivement à la cadence d'une lettre par
seconde. L'évocation a lieu après un calcul mental bref ou long. Ces
lettres doivent être évoquées au signal, « rappel », dans l'ordre de la
présentation par oral ou par écrit.
Le calcul consiste, selon la technique de Peterson et Peterson (1958),
à soustraire le chiffre 3 d'un nombre donné. Celui-ci est présenté à la
suite des lettres une seconde après. Pour l'évocation à court terme, il y a
un seul calcul, ce qui correspond à un délai de 1,8 seconde et, pour
l'évocation à moyen terme, 5 calculs analogues successifs, ce qui corre
spond à un délai de 8 secondes.
On utilise 24 trigrammes significatifs S et 24 trigrammes non signi
ficatifs S. Ces deux ensembles sont répartis en deux sous-ensembles
équivalents quant à la difficulté mnémonique qu'ils présentent (ceci
en se référant à une expérience antérieure d'apprentissage incidental.
Le produit de ces deux facteurs, délais et significations, fournit
quatre modalités expérimentales : 1,8 x S, 1,8 x S, 8 x S, 8 x S.
Les 48 trigrammes affectés selon ce plan aux différents délais sont
présentés au hasard dans une liste. Celle-ci sera la même pour toutes
les expériences.
Aucun indice ne permet au sujet de prévoir le délai d'évocation qui
doit intervenir et la nature du trigramme qui sera présenté.
Les trois expériences que nous avons réalisées se proposent de favor
iser, tant par les modalités de présentation des données que par la
nature des réponses fournies par les sujets, la propension à l'organisation
des trois lettres en unités significatives.
a) Dans l'expérience Vi, la présentation des lettres se fait à l'aide
d'une bande de papier entraînée par un tambour devant une fenêtre.
Il n'y a qu'une seule lettre visible à la fois. On utilise la même program
mation temporelle que pour la présentation sonore. Un signal rouge
prévient de l'arrivée de la première lettre, un signal vert indique au
sujet qu'il doit évoquer les lettres une à une à haute voix.
La présentation visuelle suivie de l'évocation lettre par lettre est
par hypothèse la situation qui favorise le moins la structuration en
unités, syllabe ou mot.
b) Dans l'expérience Au, la présentation est sonore, les lettres sont
énoncées une à une ainsi que les nombres nécessaires au calcul mental.
Le mot « attention » avertit le sujet du début du trigramme ; de même,
le « rappel » commande l'évocation immédiate. La réponse est
alors donnée par écrit. Le sujet peut ainsi découvrir que certains tr
igrammes sont des mots. Il peut ainsi être entraîné spontanément à
rechercher cette organisation ou à la négliger (le premier mot de la
liste est significatif).
c) Dans l'expérience Au-At la condition expérimentale est exacte
ment la même que la précédente, mais on avertit les sujets de la nature
du matériel, c'est-à-dire que certains trigrammes sont des mots. Dans ce
cas, l'attitude préalable renforce la tendance spontanée à l'organisation. GENEVIEVE OLERON 87
L'épreuve Vi est individuelle (12 sujets). Les épreuves Au et Au-At
sont collectives, l'une avec 12 sujets, l'autre avec 14.
Deux groupes contrôles qui n'ont pas eu de calcul à effectuer ont
été examinés dans les conditions Au (6 sujets) et Au-At (14 sujets),
dans les deux conditions avec délai et sans délai.
L'élaboration des protocoles des sujets a porté d'une part sur le
décompte des lettres correctement évoquées et d'autre part sur le des trigrammes S ou S correctement reproduits (les trois lettres
exactes et dans l'ordre).
RÉSULTATS
L'évocation des lettres en fonction des délais
1° Efficacité du rappel des lettres. — L'augmentation du délai
entre la fin de la présentation des lettres et le moment de l'évo
cation entraîne un abaissement de l'efficacité du rappel pour
tous les groupes expérimentaux qui effectuent un calcul mental.
Le tableau I présente aux lignes S le nombre moyen total
des lettres évoquées dans chacune des situations pour tous les
groupes contrôles et expérimentaux.
TABLEAU I
Nombre moyen de lettres évoquées (maximum 72)
Conditions
Vi Au Au-At
Délais 1,8 s 8s 1,8 s 8s 1,8 s 8 s
S 34,9 28 33,2 24,8 33 28,5
S. p < .006
Groupes 27,2 32,2 23,5 23,2 S 33,6 33 expérimentaux
S 68,5 55,2 65,4 48,3 66 51,7
s 32,7 33,3 32,4 34,1
S. p < .02 Groupes
s 33,4 31,3 34,9 31,8 contrôles
66,1 64,6 67,3 65,9 s
Les analyses de variance pratiquées dans chacune des situa
tions Vi, Au et Au-At à partir des notes individuelles permettent
de tirer les conclusions suivantes.
Pour tous les groupes expérimentaux, quelles que soient les
situations, le nombre global moyen de lettres évoquées est plus 88 MÉMOIRES ORIGINAUX
élevé pour le délai de 1,8 seconde que pour le délai de 8 secondes.
Les trois différences sont significatives à p .01.
Par contre pour les deux groupes contrôles dont les sujets
n'ont pas eu à effectuer les calculs, il n'y a aucune différence
significative comme cela était prévu par hypothèse.
On remarquera que les nombres moyens de lettres évoquées
sont plus élevés pour la présentation visuelle des lettres, situa
tion Vi, que pour les situations avec présentation auditive Au
et Au-At ; nous reprendrons ces résultats par la suite.
2° Rappel des lettres et significations des trigrammes. — a) Pour
le délai de 1,8 seconde, les nombres moyens de lettres évoquées
sont équivalents dans tous les groupes pour les tri-S et les tri-S.
On constate, comme on le prévoyait, le même résultat dans les
groupes contrôles.
Ainsi ces résultats nous semblent vérifier l'hypothèse selon
laquelle, en mémoire à court terme, lorsque le stockage imposé
ne dépasse pas l'étendue du champ d'appréhension, les données
élémentaires, les lettres, peuvent être stockées et évoquées
presque sans perte. La possibilité éventuelle de coder ces lettres
en mots n'améliore pas l'efficacité de la mémoire immédiate.
b) Pour le délai de 8 secondes les résultats sont différents et
nous devons considérer d'une part les différences constatées
entre les différentes conditions Vi, Au, Au-At ; et d'autre part
les différences à l'intérieur de chacune des conditions.
Pour l'évocation des lettres correspondant au tri-S, comme
pour celles des tri-S, nous constatons que le groupe expériment
al Vi est plus efficace que le groupe expérimental Au. La diff
érence constatée est significative à p < .10.
Or, dans ces deux conditions les sujets n'étaient pas avertis de
l'existence des mots. La supériorité du groupe Vi, aussi bien pour
les tri-S que pour les tri-S, semble donc due essentiellement à
l'absence des erreurs dues à des confusions phonétiques. Celles-ci
ont été nettement mises en évidence dans l'analyse des erreurs.
Par contre, la comparaison des conditions Au et Au-At est
plus intéressante. En effet, nous constatons une différence entre
les évocations des lettres appartenant aux tri-S et celles qui
correspondent aux tri-S. Cette différence de 3,7 lettres n'est
pas significative cependant, en raison de la grande dispersion
des notes individuelles en condition Au. Certains sujets ont, plus
que d'autres, utilisé spontanément le codage en mots. Cependant,
la différence constatée va dans le sens de l'hypothèse.
Si nous considérons les résultats uniquement dans la condi- GENEVIÈVE OLÉRON 89
tion Au-At, nous trouvons une différence significative p < .006
entre l'évocation des lettres des tri-S et celle des tri-S. Cette
différence confirme le rôle joué par la recherche de la structura
tion des lettres en mots. Lorsque cette structuration provoque la
découverte du mot, le stockage de ce dernier facilite l'évocation
des lettres après le délai de 8 secondes. Ce résultat va dans le
sens de l'hypothèse principale.
Dans les groupes contrôles, on constate également une diffé
rence entre les taux de rappel des lettres des tri-S et des tri-S.
Cependant, en raison des dispersions des résultats individuels,
cette différence n'est significative à p < .02 que pour le
groupe Au-At. Ainsi, même pour le groupe contrôle qui n'effectue
pas de calcul mental, la recherche explicite des mots favorise
l'évocation différée des lettres, alors que ces sujets ont toute
possibilité d'autorépéter les lettres au cours du délai.
Évocation des trigrammes complets
Ces résultats, présentés dans le tableau II, nous permettent
de conclure.
TABLEAU II
Nombre moyen de trigrammes reproduits
Conditions
Vi Au Au-At
Délais 1,8 s 8s 1,8 s 8s 1,8 s 8s
11,33 8,33 8,75 S 6,67 9,14 8,14
P< p < .035 .01 p < .006
Groupe S 10,58 7,75 8,92 4,67 9,36 4,93
expérimental
11,34 S 21,91 16,08 17,67 18,50 13,07
8,93 9,5 8,64 10,07 s
P< p < .1C .003 p < .07 Groupe 9,5 8,17 9,93 8,50 s contrôle
s 18,43 17,67 18,57 18,57
1° Pour la mémoire à court terme avec 1,8 de délai. — a) La
présentation visuelle est la condition d'acquisition qui permet
au sujet d'évoquer le plus de trigrammes totalement exacts.
Ce résultat confirme le fait que les erreurs commises dans l'évo
cation avec un délai court dépendent pour la plus grande part MÉMOIRES ORIGINAUX 90
de la modalité de réception. La présentation visuelle élimine,
en effet, les confusions phonétiques.
b) Dans cette même condition, on trouve qu'il y a signifi-
cativement plus de tri-S rappelés que de tri-S. La différence
est significative à p < .035.
Ce résultat statistique n'a pu être obtenu que parce que les
dispersions des notes individuelles sont très réduites, bien que la
réussite lors de l'évocation soit d'un niveau élevé tant pour les
mots que pour les syllabes sans signification.
c) II nous paraît intéressant de souligner une tendance inverse
dans les résultats des groupes contrôles pour ce même délai.
Pour les deux situations Au et Au-At, il y a moins de tri-S
complètement évoqués que de tri-S. Nous expliquons ce résultat
par la recherche explicite de la structuration qui nuit à la mémor
isation des traces élémentaires, des lettres. Ce résultat numér
ique, qui est l'indication d'une tendance stable, est confirmé
par l'observation des sujets eux-mêmes qui s'étonnent d'oublier
le mot qu'ils étaient en train de découvrir.
d) En fait, on peut considérer que pour le délai à court
terme de 1,8 seconde dans les situations auditives, il n'y a pas
de différence dans l'évocation des tri-S et des tri-S.
Il paraît plus difficile de structurer ou décoder rapidement les
lettres reçues auditivement.
2° Pour le délai de 8 secondes lors de la mémorisation différée,
nous trouvons des résultats conformes à notre hypothèse. — a) Les
groupes expérimentaux présentent moins de trigrammes complè
tement restitués que les groupes contrôles. Le calcul mental qui
empêche l'autorépétition nuit à la conservation des traces orga
nisées ou en train de s'organiser, ou non organisées.
b) Pour la condition d'acquisition visuelle, on ne constate pas
de différence significative entre la reconstitution des tri-S et des
tri-S. On peut supposer que la mémorisation à partir de la repré
sentation visuelle des lettres interfère moins avec le calcul mental.
c) Par contre, pour les conditions avec présentation auditive,
la possibilité de structurer les mots modifie la manière selon
laquelle les éléments sont stockés.
On peut affirmer qu'il y a un codage par découverte de mots
puisque pour tous les groupes expérimentaux ou de contrôle,
il y*a plus de tri-S évoqués complètement que de tri-S. Les diff
érences sont toutes significatives comme le montre le tableau II.
On constate que les différences sont plus élevées pour les