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L'insertion professionnelle des apprentis et des lycéens professionnels : des emplois proches des formations suivies

De
28 pages
Le taux de chômage des jeunes dépend de leur niveau de formation. Même si les apprentis et les lycéens professionnels préparent un diplôme de niveau identique (un BEP ou un baccalauréat professionnel), les premiers reçoivent plutôt une formation pratique, les seconds bénéficient d'un enseignement plus théorique. Savoir si leur formation favorise ou non leur insertion nécessite de s'interroger sur leur rapidité d'accès à l'emploi à la sortie de leur cycle de formation mais aussi sur la correspondance entre la formation reçue et l'emploi effectivement occupé. Quelle que soit la filière suivie, l'obtention du diplôme favorise l'accès à l'emploi et protège du chômage, davantage cependant les hommes que les femmes. Les apprentis sont plus fréquemment employés sur des contrats à durée indéterminée tandis que les lycéens sont de plus en plus recrutés sur des emplois temporaires (CDD, intérim). Quand ils n'occupent pas un emploi, les apprentis sont plus souvent au chômage que les lycéens. En effet, ces derniers entreprennent plus facilement une formation complémentaire (contrats de qualification ou d'adaptation, stages). L'obtention d'un emploi permanent ou temporaire dans leur spécialité de formation dépend aussi des modes de recrutement propres aux secteurs d'activité. Au total, il existe quand même une forte proximité entre spécialités de formation et emplois occupés à court terme, tant pour les lycéens professionnels que pour les apprentis.
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MARCHÉ DU TRAVAIL
L’insertion professionnelle
des apprentis et des lycéens
professionnels : des emplois
proches des formations suivies
Une enquête réalisée en région Centre
Le taux de chômage des jeunes dépend de leur niveau de formation. Même si
les apprentis et les lycéens professionnels préparent un diplôme de niveau
Liliane identique (un BEP ou un baccalauréat professionnel), les premiers reçoivent
Bonnal, plutôt une formation pratique, les seconds bénéficient d’un enseignement plus
Ludovic théorique. Savoir si leur formation favorise ou non leur insertion nécessite
Fleury et de s’interroger sur la rapidité d’accès à l’emploi à la sortie de leur cycle
Marie-Béatrice de formation mais aussi sur la correspondance entre la formation reçue
Rochard* et l’emploi effectivement occupé.
Quelle que soit la filière suivie, l’obtention du diplôme favorise l’accès à l’emploi
et protège du chômage, davantage cependant les hommes que les femmes.
Les apprentis sont plus fréquemment employés sur des contrats
à durée indéterminée tandis que les lycéens sont de plus en plus recrutés
sur des emplois temporaires (CDD, intérim). Quand ils n’occupent pas un emploi,
les apprentis sont plus souvent au chômage que les lycéens. En effet, ces derniers
entreprennent plus facilement une formation complémentaire (contrats
de qualification ou d’adaptation, stages). L’obtention d’un emploi permanent
* Liliane Bonnal appar-
ou temporaire dans leur spécialité de formation dépend aussi des modestient au GREMAQ et
LEERNEA de l’universi- de recrutement propres aux secteurs d’activité. Au total, il existe quand même
té de Toulouse 1 ;
une forte proximité entre spécialités de formation et emplois occupés à courtLudovic Fleury au LEO
CRESEP de l’université terme, tant pour les lycéens professionnels que pour les apprentis.
d’Orléans ; Marie-Béa-
trice Rochard au Centre
associé au CEREQ
n attend généralement que la formation (apprentissage, contrat de qualification) soit enet LEO CRESEP de
l’université d’Orléans. Oprofessionnelle, qui s’est fortement déve- lycée professionnel. La formation en lycée pro-
Les auteurs remercient loppée ces dernières années, favorise l’accès à fessionnel comprend aussi des périodes de sta-
Françoise Desnos et
l’emploi. Cette formation peut être acquise de ges en entreprises mais d’une durée plus courteNathalie Sergent pour
leur aide logistique. différentes façons, soit directement en exerçant et les lycéens gardent un statut scolaire, tandis
Les noms et dates entre un emploi (c’est ce qu’on appelle généralement que les apprentis signent un contrat de travail et
parenthèses renvoient à l’expérience professionnelle), soit par alter- reçoivent une rémunération. Devant les forts
la bibliographie en fin
nance entre un centre de formation et un emploi taux de chômage que connaissent les jeunes lad’article.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 323, 1999 - 3 3Encadré 1
DEUX ENQUÊTES SUR L’INSERTION PROFESSIONNELLE
L’enquête Insertion dans la vie active (IVA) Ces données sont exploitées et analysées par la
DPD (rectorat), en collaboration avec le Service aca-
Chaque année en février, les chefs d’établissements démique d’information et d’orientation et le Centre
adressent un questionnaire à tous les élèves qui ont régional associé (CA) au Céreq. Cette collaboration
quitté le système scolaire au cours ou à la fin de donne lieu à la publication annuelle des résultats
l’année précédente et qui ne poursuivent pas d’étu- sous forme d’un document de 4 ou 6 pages.
des à temps plein dans un autre établissement.
Jusqu’en 1995, tous les élèves de classe terminale L’enquête Insertion par l’apprentissage (IPA)
préparant une formation professionnelle (CAP, BEP,
baccalauréat professionnel) ont été interrogés (ainsi De 1990 à 1994, l’enquête IPA était menée selon le
que ceux qui ont abandonné en cours de formation), même protocole que l’enquête IVA : en février de
de même que tous les sortants de l’enseignement chaque année, les directeurs de Centre de formation
secondaire, de la cinquième à la classe de première, par l’apprentissage adressaient un questionnaire à
quelle que soit la classe dont ils étaient issus. À par- tous les apprentis qui avaient achevé leur apprentis-
tir de 1995, le champ de l’enquête est restreint aux sage l’année précédente.
seuls sortants de l’enseignement professionnel. Les
élèves inscrits en terminale d’enseignement général De 1995 à 1998, le protocole d’enquête a changé :
n’ont jamais été interrogés dans la mesure où la ma- les apprentis étaient interrogés deux fois par an, en
jorité d’entre eux poursuivent leurs études dans février et en décembre, par un questionnaire postal
l’enseignement supérieur. Les taux de réponse plus restreint. Seule leur situation leur était deman-
varient de 55 % à 75 % selon les classes. dée. Les informations concernant la classe dont ils
étaient issus et leur spécialité de formation étaient
Dans la région Centre, l’enquête est réalisée de pré-renseignées par l’établissement. À partir de
façon exhaustive. C’est pourquoi nous avons utilisé 1999, l’enquête IPA se déroulera de nouveau selon
les données disponibles en région Centre car il n’y a le même protocole que l’enquête IVA.
pas de fichiers individuels au niveau national avant
l’année 1996 (1) : seuls sont disponibles des
tableaux récapitulatifs par établissement. Par ailleurs,
toutes les variables recueillies par le questionnaire
ne sont pas reprises dans ces tableaux récapitula- 1. Depuis 1996, l’ensemble des questionnaires de l’enquête
tifs. En particulier, aucune information n’est auprès des sortants du système éducatif sont saisis directe-
ment par les établissements, mais un nouveau protocoledisponible concernant les emplois occupés. Toute-
d’enquête ne permet pas d’effectuer des comparaisons avecfois, bien que l’étude soit réalisée sur la région
les élèves issus de lycées professionnels. Ce travail sera pos-Centre, les résultats obtenus semblent suffisamment
sible fin 1999, car un protocole comparable pour les lycéens
concluants pour retenir l’hypothèse qu’ils sont géné-
et les apprentis va être restauré.
ralisables au niveau national, d’autant que d’après
2. Chaque année, la direction de la Programmation et du Dé-
les exploitations annuelles, la région Centre se veloppement (DPD) du ministère de l’Éducation nationale, de
différencie peu de la moyenne nationale (2). la Recherche et de la Technologiepublieunesynthèsedesex-
Il conviendra néanmoins de le vérifier, quand les résul- ploitations annuelles faites par les différentesacadémiesdans
tats des enquêtes nationales seront disponibles. les dossiers d’Éducation et Formation.
Encadré 2
LES NIVEAUX DE FORMATION
- Niveau VI : sorties du premier cycle du second de scolarité du second cycle long en seconde ou
degré (sixième, cinquième, quatrième, CPA, première – niveau V général.
CPPN) et des formations professionnelles en un
an (CEP). - NiveauIV : inscrits au baccalauréat qui sont sortis
de l’appareil scolaire sans avoir obtenu un diplôme
- Niveau Vbis : sorties de troisième et des classes d’études supérieures ; y sont donc compris à la fois
du second cycle court professionnel avant l’année des non-bacheliers et des bacheliers, que ces derniers
terminale. aient cessé leurs études immédiatement après le
baccalauréat ou après un passage (non diplômant)
- Niveau V : sorties de l’année terminale des cycles dans l’enseignement supérieur. L’enquête IVA ne
courts professionnels – niveau V technique, prépara- concerne pas les sortants d’année terminale de l’ensei-
tion au certificat d’aptitude professionnelle (CAP) ou gnement général, ni les étudiants ayant commencé
brevet d’études professionnelles (BEP) – et abandons un cycle d’enseignement supérieur.
4 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 323, 1999 - 3question se pose de savoir si ce type d’acquisi- ment décrites mais il manque souvent quelque
tion de la formation professionnelle favorise ou chose pour arriver à la perfection de la cuisinière.
non l’insertion sur le marché du travail. Dans cette logique, il semblerait alors que les appren-
tis auraient plus de facilité à s’insérer dans des
Pour analyser l’évolution de la situation des secteurs à fort savoir informel et les lycéens pro-
lycéens professionnels et des apprentis au cours fessionnels dans des secteurs utilisant plutôt des
de cette dernière décennie, nous avons comparé savoirs formels. D’ailleurs, l’apprentissage s’est
la situation des lycéens professionnels à celle traditionnellement développé dans le secteur arti-
des apprentis, sept mois après l’achèvement de sanaletlebâtimentetsur lesbas niveauxde
leur formation. Nous retenons l’hypothèse que qualification, même si dans les années récentes,
de par leur expérience professionnelle, acquise il s’étend progressivement à des niveaux de quali-
en grande partie par le travail en entreprise, les fication plus élevés (des titulaires de baccalau-
apprentis bénéficieraient d’une formation pra- réats professionnels jusqu’aux ingénieurs) et à
tique qui leur permettrait d’accéder à l’emploi une plus grande variété de métiers.
plus rapidement que les lycéens professionnels,
qui, eux, acquièrent leurs connaissances prati- Les enquêtes d’insertion menées chaque année
ques au cours de situations de travail simulées auprès des élèves et des apprentis, sept mois
au lycée. La formation des apprentis, dispensée après leur sortie de formation, dans le cadre des
principalement « sur le tas » par le maître d’appren- dispositifs « IVA et IPA » (la présentation de
tissage et les autres ouvriers, leur permettrait, ces enquêtes figure dans l’encadré 1) de la Di-
en outre, d’acquérir des aptitudes au travail rection de la Programmation et du Développe-
(adaptation aux situations de travail, capacité ment (DPD) du ministère de l’Éducation
de travailler en équipe) susceptibles de favori- nationale permettent de donner des réponses
ser leur recrutement. Savoir si la formation aux questions posées par l’insertion de ces jeu-
acquise par les apprentis est facilement transfé- nes sur le marché du travail.
rable dans d’autres types d’entreprises que
celles où ils ont fait leur apprentissage de-
Deux jeunes sur trois sans diplômevient alors important. On peut penser qu’ils
s’inséreraient préférentiellement dans le sec- entrent en apprentissage
teur artisanal et dans leur spécialité de forma-
tion. En revanche, les non-apprentis dont la La création de filières professionnelles organi-
formation est plus conceptuelle et plus théori- sées répondant à l’objectif de conduire une ma-
que, ne pouvant se prévaloir d’une expérience jorité de jeunes au niveau du baccalauréat a
professionnelle, seraient plutôt recrutés dans progressivement transformé le BEP en un
des entreprises plus grandes et mieux organi- diplôme permettant aux jeunes de préparer un
sées pour assurer leur adaptation au poste de baccalauréat professionnel. La préparation de
travail (tutorat, formation interne, etc.). CAP dans les lycées professionnels s’est raré-
fiée et l’apprentissage est devenu, en 1993, la
seule possibilité offerte aux jeunes de préparer
Savoir informel et savoir formel un CAP en région Centre. L’apprentissage con-
tinue d’offrir aujourd’hui aux jeunes les moins
D’après la théorie du capital humain (Becker, formés l’opportunité d’acquérir une formation
1964 ; Cahuc et Zylberberg, 1996), la forma- professionnelle. Depuis 1990, environ deux
tion de l’apprenti s’apparente à l’acquisition de jeunes sur trois sortant du système éducatif sans
compétences spécifiques : capacité à repro- formation (niveau VI), et plus de la moitié de
duire le coup de main que son maître d’appren- ceux qui abandonnent leurs études sans avoir
tissage lui a transmis durant sa formation. Le achevé leur formation en lycée professionnel
lycéen, lui, verrait son avantage matérialisé (au niveau V bis) préparent un diplôme par ap-
dans la compréhension rapide d’une procédure prentissage (cf. encadré 2).
ou d’une instruction. En d’autres termes, on
pourrait considérer un savoir informel comme Cependant, la comparaison de la situation des
le « coup de main de la cuisinière », à savoir apprentis et des lycéens nécessite de prendre un
celui qui ne se transmet que de cuisinière à cui- certain nombre de précautions. D’une part,
sinière (une diffusion de proximité) et un savoir l’origine scolaire de chaque population n’est
codifié, que l’on peut interpréter comme « le pas identique : certains jeunes préparent un
elivre de cuisine », dont la diffusion peut se faire CAP ou un BEP après une classe de 3 ,soiten
quel que soit l’endroit et quel que soit le trans- lycée professionnel, soit par apprentissage,
emetteur : toutes les instructions y sont parfaite- d’autres s’orientent dès la 5 et commencent
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 323, 1999 - 3 5par faire deux années préparatoires soit en niveau du cursus scolaire, de l’insertion que
pré-apprentissage soit en lycée professionnel de la carrière professionnelle (Couppié et
avant d’aborder le cursus du CAP ou du BEP Fournier, 1994). Par ailleurs, même si les
(Sollogoub et Ulrich, 1997). D’autre part, il spécialités de formation des apprentis et des
faut tenir compte également de la différencia- lycéens ne sont pas strictement identiques,
tion entre les hommes et les femmes car les il est intéressant de savoir si choisir de
spécialités préparées ne sont pas les mêmes. préparer un diplôme par l’apprentissage offre
Enfin, les spécialités de formation préparées une probabilité plus grande d’accéder rapide-
par l’apprentissage et les lycées professionnels ment à l’emploi ou non.
ne sont pas similaires.
Les lycéens sont plutôt en mesureLes enquêtes disponibles ne permettent pas
d’analyser l’influence du cursus scolaire des pour l’emploi ou en stage
jeunes. En revanche, mener une analyse diffé-
renciée par sexe, comme le font généralement Sur l’ensemble de la période (1990-1998), les
les travaux réalisés en économie du travail, femmes sont plus fréquemment au chômage
est important car le profil des hommes et que les hommes (cf. tableau 1). Leurs taux
des femmes sont très différents aussi bien au d’accès à l’emploi sur CDI ou CDD sont plus
Tableau 1
Répartition des sortants selon les différents états du marché du travail
erau 1 février de l’année suivant la sortie du système éducatif
A - Lycéens et apprentis
En %
Lycéens Apprentis
1990 1994 1996 1998 1990 1994 1996
CDI 28,6 11,9 20,2 19,8 46,2 19,4 33,4
CDD-Intérim 22,5 16,2 26,0 35,3 19,5 14,9 10,3
Mesures sous contrat de travail 14,3 6,7 9,8 9,3 12,9 8,1 9,5
Stages 13,7 19,2 5,0 5,4 4,6 7,2 7,3
Chômage 19,4 42,9 36,2 27,5 15,9 49,5 38,1
Non recherche d’emploi 1,5 3,1 2,8 2,7 0,9 0,9 1,4
Total 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0
Effectifs 5 957 3 295 2 981 3 071 2 857 1 949 638
B - Lycéennes et apprenties
En %
Lycéennes Apprenties
1990 1994 1996 1998 1990 1994 1996
CDI 17,9 12,1 18,3 17,6 31,0 18,2 28,9
CDD-Intérim 17,1 13,7 25,5 30,0 13,4 11,8 3,7
Mesures sous contrat de travail 28,3 9,9 7,7 7,2 17,9 10,3 11,3
Stages 11,0 15,3 5,1 4,8 4,3 7,3 6,0
Chômage 23,6 46,1 41,2 37,5 32,5 50,3 47,2
Non recherche d’emploi 2,1 2,9 2,2 2,9 0,9 2,1 2,9
Total 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0
Effectifs 8 815 4 330 4 539 4 057 1 571 1 442 415
Les chiffres en italiques indiquent que les valeurs ne sont pas pondérées pour les apprentis en 1996.
Source : IVA et IPA 1990à1996 (ou 1998), rectorat, région Centre.
6 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 323, 1999 - 3faibles, aussi bien pour les lycéennes que Les apprentis sont plus fréquemment
pour les apprenties. En février 1994, les diffé- en CDI mais aussi au chômage
rences dans l’accès à l’emploi des hommes et
des femmes tendent à se réduire, résultats – Les apprentis s’insèrent plus fréquemment sur
semble-t-il – d’une année de conjoncture défa- un CDI et sont généralement moins nombreux à
vorable, tandis que les écarts se creusent de bénéficier des mesures associées à une forma-
nouveau après 1994. tion professionnelle (contrats de qualification,
d’orientation ou stages). De ce fait, ils sont éga-
Les lycéens sont plutôt en mesure pour l’em- lement plus souvent au chômage.
ploi ou en stage de 1990 à 1994 pendant la
période de conjoncture défavorable et en Si l’on s’intéresse au niveau de formation, l’ac-
emplois temporaires après. Pour l’ensemble cès à l’emploi se différencie très nettement sur
de la population, les résultats montrent la la période considérée entre hommes et femmes
sensibilité de l’insertion à court terme (et donc et entre apprentis et non apprentis. Les femmes
de l’enquête) à la conjoncture. En 1990, la ont, sur toute la période, des taux d’accès à
part des jeunes au chômage est la plus faible l’emploi significativement inférieurs aux hom-
aussi bien pour les hommes que pour les mes. Les taux d’accès à l’emploi, favorables
femmes, pour les lycéens que pour les apprentis. aux apprentis en 1990 diminuent en se rappro-
Cette année-là, la part des jeunes sous contrat chant de celui des lycéens jusqu’en 1994 mais,
de travail en alternance (contrats de qualifica- alors qu’ils se redressent ensuite pour les
tion, d’adaptation, d’orientation et CES) est lycéens, ils stagnent pour les apprentis. Ceci est
la plus forte. Ces mesures diminuent très à mettre en relation avec le fait que les apprentis
significativement par la suite, du fait d’une sont plus fréquemment employés sur CDI et
restriction de l’accès aux CES pour les que la reprise profite surtout au recrutement des
jeunes. lycéens sur contrats d’emplois temporaires.
La relance économique se manifeste diffé- Pour les lycéens, l’accès à l’emploi est crois-
remment au niveau de l’emploi pour les lycéens sant avec leur niveau de formation (cf. encadré 2)
et pour les apprentis (aussi bien pour les sur toute la période, excepté en 1996 où les lycéens
hommes que pour les femmes). Les lycéens du niveau VI semblent connaître un avantage
profitent plus rapidement et de façon plus exceptionnel par rapport à ceux du niveau V
importante de la période de reprise de 1994 à (cf. graphiques I et II). Pour les apprentis, la
1996 : ils sont proportionnellement plus différence s’estompe entre le niveau V et le ni-
nombreux que les apprentis à accéder à un veau IV après 1994, pour les hommes comme
emploi salarié (tout types d’emplois confon- pour les femmes.
dus) et la proportion de chômeurs diminue
également. En 1996, la part des lycéens en
Les spécialités de formation sont différentesCDI augmente mais c’est surtout sur les em-
plois temporaires qu’ils accèdent à l’emploi pour les garçons et pour les filles
après 1996 (26 % des garçons et 25,5 % des
filles contre 20 et 18 % pour les CDI). Ainsi il La répartition des élèves inscrits par spécialité
semble qu’après 1994, le recrutement des lycéens, de formation n’est pas rigoureusement sembla-
garçons et filles, se fasse plus fréquemment sur ble d’une année à l’autre (1). Des différences
des emplois temporaires et moins sur des contrats peuvent apparaître par la création ou la dispari-
de travail en alternance ou sur des stages. Les tion de classes ou par une modification des
lycéens, en période de conjoncture difficile, orientations des élèves. Les variations les plus
utilisent peut-être ce temps pour parfaire leur importantes sont imputables aux modifications
formation par une expérience profession- de la carte scolaire. Ainsi, l’augmentation des
nelle en entreprise et acquérir un complé- métiers de la santé à partir de 1994 en région
ment de formation nécessaire par rapport Centre correspond à l’ouverture de classes pré-
aux apprentis qui bénéficient déjà d’une expé- paratoires au BEP sanitaire et social.
rience professionnelle reconnue dans leur
secteur. Peut-être aussi qu’en période de
crise les entreprises recrutent plus souvent
sur des mesures en faveur de l’emploi alors 1. C’est l’une des raisons pour lesquelles le choix a été fait
d’étudier l’insertion à court terme, année par année sur unequ’en période de reprise elles hésitent moins à
périodeassezlongue.Eneffet,l’influenced’unemêmespécialité
recruter sur de « vrais emplois », temporaires, sur l’accès à l’emploi ne peut être la même tous les ans quand
le plus souvent. le nombre de sortants varie.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 323, 1999 - 3 7Les spécialités préparées par les jeunes sont diffé- métiers du bois ont vu leurs effectifs se réduire
rentes selon le sexe et le mode de formation (lycée sur la période 1994-1998, contrairement à la
professionnel ou apprentissage). Les hommes comptabilité (progression de 5 %).
s’orientent majoritairement vers des forma-
tions industrielles (mécanique, BTP, alimenta- Les femmes apprenties se concentrent majoritai-
tion et hôtellerie) tandis que les femmes se rement sur trois spécialités : le commerce, l’hôtel-
préparent plus souvent à des métiers tertiaires (se- lerie et la coiffure. Les spécialités qu’elles
crétariat, comptabilité, commerce et santé). préparent en lycée professionnel concernent prin-
cipalement les métiers associés au secrétariat
Les spécialités préparées par les hommes en dont les effectifs augmententde20%surlapériode
apprentissage sont essentiellement associées aux étudiée, à la comptabilité, au commerce, à la
métiers de l’alimentation (baisse de 20 % entre santé et à l’hôtellerie.
1990 et 1996), de l’hôtellerie (hausse de plus de
10 % sur la période étudiée), de la mécanique et
Les formations industrielles favorisentdans une moindre mesure aux métiers de l’électri-
cité et du bois. Les diplômes préparés en lycée l’accès à l’emploi en période de croissance
professionnel concernent les spécialités asso-
ciées à la mécanique et à l’électricité. La spéciali- Avant 1994, les élèves issus de spéciali-
té du BTP et, dans une proportion plus faible, les tés industrielles accédaient plus rapidement
Graphique I Graphique II
L’accès à l’emploi des lycéens et des L’accès à l’emploi des lycéennes et des
apprentis* apprenties*
A - Lycéens A - Lycéennes
B - Apprentis B - Apprenties
* Apprentissage et service national exclu. Voir encadré 2 pour les *Apprentissage exclu. Voir encadré 2 pour les niveaux de forma-
niveaux de formation. tion.
Source : IVA et IPA 1990à1996 (ou 1998), rectorat, région Cen- Source : IVA et IPA 1990à1996 (ou 1998), rectorat, région Cen-
8 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 323, 1999 - 3à l’emploi que ceux issus des spécialités tertiai- niveau de 1990 (cf. graphiques III, IV, V et VI).
res. En 1994, la situation devient comparable On peut penser que les emplois du secteur indus-
dans toutes les spécialités de formation. Paral- triel ont diminué de façon structurelle et qu’ils
lèlement, l’écart observé entre l’accès à l’em- ne se développeront plus dans des proportions
ploi des femmes et des hommes tend aussi à se identiques à celles des années 70 et 80.
réduire. Ceci peut s’analyser comme le résultat
du recul de la part des hommes en emploi, lié à Malgré la dégradation de 1994, l’hôtellerie
la dégradation de l’emploi industriel, alors que garde un avantage comparatif sur toute la
le taux d’accès à l des femmes s’est période, aussi bien pour les sortants de lycées
maintenu. Dès 1996, la relance de l’emploi indus- professionnels que d’apprentissage. Par ailleurs,
triel redevient favorable aux hommes et de nou- les apprentis formés aux métiers de l’alimenta-
veau les écarts entre spécialités industrielles tion (abattage, travail des viandes, boulangerie)
et tertiaires se creusent. Néanmoins, les taux et aux métiers de la restauration accèdent re-
d’emploi en 1996 et en 1998 n’atteignent pas le lativement plus facilement à un emploi salarié.
Graphique III
L’accès à l’emploi des sortants de BEP*
*Service national exclu.
Source : IVA et IPA 1990à1996 (ou 1998), rectorat, région Centre.
Graphique IV
L’accès à l’emploi des sortants de baccalauréat professionnel*
*Service national exclu.
Source : IVA et IPA 1990à1996 (ou 1998), rectorat, région Centre.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 323, 1999 - 3 9Ce fait n’est apparemment pas lié au taux de rée, excepté de façon ponctuelle les spécialités
maintien dans l’entreprise d’apprentissage. En de la mécanique, de l’électricité, de l’hôtellerie
effet, dans l’hôtellerie et la boulangerie, ce et du bois (cf. encadré 3 et annexe I).
taux se situe parmi les plus bas (respectivement
environ 9 et 3 %), il n’est que de 14 % pour
Le diplôme est déterminantl’ensemble des apprentis (Rochard, 1995). De
1994 à 1996, la relance profite aux apprentis pour l’accès à l’emploi de l’ensemble
comme aux lycéens du secteur industriel. des lycéens et des apprentis
La spécialité de formation ne joue pas un rôle La probabilité d’être en CDI ou en CDD est
déterminant sur les probalités d’être dans les généralement plus élevée pour les diplômés
différents types d’emploi (CDI, CDD, intérim, (sauf en 1994 pour les lycéens où l’effet
contrats de qualification) sur la période considé- diplôme ne joue pas). Jusqu’en 1994, le diplôme
Graphique V
L’accès à l’emploi des apprentis issus du CAP*
*Service national exclu. Voir encadré 2 pour les niveaux de formation.
Source : IVA et IPA 1990à1996 (ou 1998), rectorat, région Centre.
Graphique VI
L’accès à l’emploi des apprentis issus de baccalauréat professionnel*
*Service national exclu. Voir encadré 2 pour les niveaux de formation.
Source : IVA et IPA 1990à1996 (ou 1998), rectorat, région Centre.
10 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 323, 1999 - 3ne préserve pas réellement les lycéens du chômage. nes les moins diplômés. Ils sont le plus souvent uti-
Après 1996, la différence est très nette : les non- lisés comme complément de formation par les jeu-
diplômés sont plus fréquemment au chômage que nes déjà les plus diplômés. L’enseignement par
les diplômés. Par ailleurs, la probabilité d’être en alternance (apprentissage et contrat de qualifica-
stage, qui était plus grande pour les non-diplômés tion) s’est étendu aux niveaux IV et III de forma-
avant 1994 (du faitdelapossibilitépoureuxdesigner tion sur la période (Pérot et Simon-Zarca, 1998).
un CES) devient ensuite plutôt favorable aux diplô- La demande étant importante, la préférence dans
més. Les stages et les contrats de qualification ne les recrutements des contrats de qualification va
semblent plus offrir une deuxième chance aux jeu- aux plus hauts niveaux de formation.
Encadré 3
UNE MESURE DE L’EFFET DE LA FORMATION
PAR APPRENTISSAGE SUR L’INSERTION À COURT TERME
(MODÈLES LOGIT MULTINOMIAUX)
Afin de mesurer l’effet de la formation par apprentis- tème éducatif (états définis par la variable à expli-
sage sur l’insertion à court terme (7 mois) des quer). Afin de pouvoir réaliser des comparaisons, ces
jeunes de niveau V nous avons réalisé une étude probabilités ont été calculées selon le mode de pré-
logistique en considérant les différentes situations paration du diplôme et selon que le jeune a ou non
possibles sur le marché du travail (cf. encadré 4). obtenu son diplôme (cette variable ayant d’aprèsles
L’un des objectifs de cette étude étant de mesurer analyses logistiques un effet non négligeable) pour
l’évolution de l’insertion des jeunes 7 mois après les trois années considérées. Ces probabilités sont
leur sortie du système éducatif, il nous a semblé op- données respectivement par les graphiques A et C
portunderéaliser une estimation pour chacune des pour les lycéen(ne)s et les graphiques B et D pour
années observées (1990, 1994, 1996). En effet, ne les apprenti(e)s. Les trois spécialités retenues pour
disposant de la situation des jeunes qu’en février de les jeunes hommes (communes aux lycéens et aux
chaque année, il paraissait important de vérifier la apprentis) sont : le BTP, la mécanique et l’hôtelle-
stabilité ou non des résultats année par année, rie. Parmi les spécialités retenues pour les jeunes
sachant que l’intérêt de cette enquête réside préci- femmes, deux sont communes aux deux modes de
sément sur l’observation annuelle et régulière de formation (le commerce et l’hôtellerie), la troisième
l’insertion à court terme (Cart et Guegnard, 1994). est plus spécifique (la coiffure pour les apprenties et
De plus, les spécialités de formation étant relative- le secrétariat pour les lycéennes).
ment différentes selon le sexe et le mode de
formation, il nous a paru préférablederéaliser les
estimations par strate selon le sexe et le mode de
formation (1). Nous avons réalisé des estimations à
l’aide de modèles logit multinomiaux selon les qua-
1.Nousaurionspuréaliseruneseuleestimationenintroduisanttre strates suivantes : les hommes et les femmes
des variables dichotomiques associées aux années, au sexe,ayant préparé leur CAP ou BEP par l’apprentis-
au mode et aux spécialités de formation. Toutefois, pour
sage (appelés apprenti(e)s), les hommes et les
mesurer l’évolution de ces différentes variables au cours du
femmes ayant préparé leur CAP ou BEP dans un
temps, il aurait été nécessaire de croiser les variables de
lycée professionnel (appeléslycéen(ne)s). Les esti- spécialité avec les variables d’année et le cas échéant avec le
mations ont été réalisées pour les sortants du mode de formation et le sexe. Le nombre de variables
système éducatif observésenfévrier 1990, 1994 et explicatives à introduire dans cette modélisation aurait été trop
1996. Dans la plupart des modèles, les situations élevé.
2. Plusieurs remarques doivent être faites à propos de cesconsidérées sont : les contrats à duréeindéterminée
issues :(CDI), les contrats à duréedéterminée (CDD) dans
- les lycéen(ne)s observé(e)s en apprentissage au mois delesquels on a inclu les contrats d’intérim, les contrats
février de l’année considérée ont été écartés. En effet, nous
de qualification ou d’adaptation (appelé CONTRAT
n‘observons pas les apprentis signant un nouveau contrat
dans les tableaux de résultats), les travaux d’utilité
d’apprentissage (ces derniers étant considérés comme en
collective (TUC), les contrats emplois solidarité poursuite d’études) ;
(CES) ou les autres mesures en faveur des jeunes -les jeunes effectuant leur service national au mois de février
(appelé STAGE dans les tableaux de résultats) et le de l’année considérée ont eux aussi été écartés de l’analyse ;
chômage (2). Les résultats des estimations sont don- - les situations Contrat et Stage ont, pour certains
sous-échantillons, été regroupées à cause du manquenés dans l’annexe I.
d’effectif dans l’une d’entre elles ;
- l’issue inactivité étant très peu observée, cette dernière a étéMesurer l’impact de la réussite au diplôme
regroupée avec l’issue chômage.
3. L’obtention du diplôme semble être une variable cruciale
Pour compléter cette analyse, nous avons cherchéà
pour l’obtention d’un emploi pour les lycéens mais plus encore
connaître l’impact delaréussite ou non au diplôme pour les apprentis (Bonnal, Mendes et Sofer, 1998).
(3). Nous avons calculé, pour les principales spécia- 4.Lasommedesprobabilitésassociéesauxdifférentesissues
lités communes aux deux modes de formation, les pour chacune des spécialités selon l’obtention ou non du
probabilités(4) d’être dans les différents états du diplôme est égale à 100, les probabilités étant exprimées en
pourcentage.marché du travail sept mois après la sortie du sys-
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 323, 1999 - 3 11Encadré 3 (suite) Graphique A
Probabilités d’être dans différentes situations pour les lycéens 7 mois
après la sortie du système éducatif selon la spécialité et l’obtention du diplôme
12 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 323, 1999 - 3