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La revue de presse : un art du montage - article ; n°1 ; vol.64, pg 43-71

De
30 pages
Langage et société - Année 1993 - Volume 64 - Numéro 1 - Pages 43-71
Une approche du phénomène citationnel en revue de presse radiophonique focalisée sur l'opposition de deux exercices d'Ivan Levaï permet d'examiner comment le journaliste intègre dans l'oral les fragments sélectionnés d'articles de ses confrères de la presse écrite. Nous tentons de cerner la spécificité de la pratique langagière du directeur de l'Information de France Inter et de dégager quelques caractéristiques du genre revue de presse. La recherche sur la modalité de la reformulation et l'exploration des procédés de montage des citations prouve une similarité du fonctionnement des deux émissions qui ne s'opposent que par le rapport à l'actualité et la dimension de l'événement. Cette première approche expose certains rituels et modes de construction du sens et esquisse en quoi le phénomène citationnel est une composante essentielle de ce genre médiatique.
Claquin, Françoise - The press review: an art of mounting.
In this approach to the phenomenon of quoting in a radio press review, we contrast two performances by Ivan Levaï which show how selected passages of articles written by other journalists get to be integrated into a verbal presentation. We attempt to uncover what is specific to the news director of France Inter in his verbal practises ; we also highlight some features of the press review as a genre. Our examination of the modalism of reformulating and our exploration of the processes used in quotation mounting show the two programs to operate in similar ways, the main differences being their relation to the news and the dimension of the event. This preliminary approach uncovers some rituals and ways of constructing meaning ; it also shows how quoting devices constitute an essential component of this media genre.
29 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Françoise Claquin
La revue de presse : un art du montage
In: Langage et société, n°64, 1993. Les tailleurs de l'information. pp. 43-71.
Résumé
Une approche du phénomène citationnel en revue de presse radiophonique focalisée sur l'opposition de deux exercices d'Ivan
Levaï permet d'examiner comment le journaliste intègre dans l'oral les fragments sélectionnés d'articles de ses confrères de la
presse écrite. Nous tentons de cerner la spécificité de la pratique langagière du directeur de l'Information de France Inter et de
dégager quelques caractéristiques du genre revue de presse. La recherche sur la modalité de la reformulation et l'exploration
des procédés de montage des citations prouve une similarité du fonctionnement des deux émissions qui ne s'opposent que par
le rapport à l'actualité et la dimension de l'événement. Cette première approche expose certains rituels et modes de construction
du sens et esquisse en quoi le phénomène citationnel est une composante essentielle de ce genre médiatique.
Abstract
Claquin, Françoise - The press review: an art of mounting.
In this approach to the phenomenon of quoting in a radio press review, we contrast two performances by Ivan Levaï which show
how selected passages of articles written by other journalists get to be integrated into a verbal presentation. We attempt to
uncover what is specific to the news director of France Inter in his verbal practises ; we also highlight some features of the press
review as a genre. Our examination of the modalism of reformulating and our exploration of the processes used in quotation
mounting show the two programs to operate in similar ways, the main differences being their relation to the news and the
dimension of the event. This preliminary approach uncovers some rituals and ways of constructing meaning ; it also shows how
quoting devices constitute an essential component of this media genre.
Citer ce document / Cite this document :
Claquin Françoise. La revue de presse : un art du montage. In: Langage et société, n°64, 1993. Les tailleurs de l'information.
pp. 43-71.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/lsoc_0181-4095_1993_num_64_1_2613LA REVUE DE PRESSE
UN ART DU MONTAGE
Françoise CLAQUIN
Université de Provence
Aix-Marseille I
Le discours d'autrui est partout. Les propos "empruntés" à
divers degrés, les dictons, les slogans publicitaires, les
expressions perçues comme citations foisonnent. Je me propose
d'analyser un cas spécifique de d'origine écrite intégrées
dans le flux de l'oral grâce à un corpus constitué de revues de
presse radiophoniques. Cette recherche exige un corpus contrastif
mais je présente ici quelques éléments issus d'un travail focalisé1
sur deux revues de presse d'Ivan Levai, Directeur de l'Informa
tion de France Inter.
Point de vue médiatique
La revue de presse radiophonique se situe d'emblée dans
une perspective intermédiatique. A ce titre, elle répond dou
blement aux caractéristiques d'un médialecte . On peut la
définir comme l'exposition orale de l'examen d'un ensemble
d'articles qui donne un aperçu des différentes opinions sur
l'actualité.
1. F. Berthelot-Claquin, Approche du phénomène citationnel dans un corpus
radiophonique, Mémoire de DEA, sous la direction de F. François, Université de
Paris V, 1991.
2. Voir P. Charaudeau, 1984 : 13-23 ; et P. Charaudeau et alli, 1984.
langage et société n* 64 - juin 1993 44 FRANÇOISE CLAQUIN
Ivan Levai prend l'antenne à 8h 30. La revue de presse clôt la
session matinale d'informations de 7h à 9h. L'auditeur a pu
entendre un journal toutes les demi-heures. Les interventions du
chroniqueur ne donnent pas un surplus d'informations mais
décrivent un état de la presse nationale. Cette tranche matinale
réunit 50% des auditeurs quotidiens de France Inter. Le choix du
rédacteur de la revue de presse est donc capital. Il doit imposer
un style reconnais sable et représenter d'une certaine manière la
station. Ces dix minutes d'antenne ont une valeur stratégique
déterminante mais le journaliste doit garder à l'esprit que l'au
diteur, d'après les études réalisées, ne peut écouter, avec une
attention soutenue, que 6 à 7 minutes. De plus, l'auditeur n'a pas
la capacité de mémoriser beaucoup plus de 5 à 6 informations
successives. Ces contraintes imposent des règles strictes à l'exer
cice et bien sûr, elles se ressentent au niveau du nombre et du
choix des citations.
Point de vue énonciatif et discursif
Loin de considérer la revue de presse comme un catalogue de
citations, il faut au contraire chercher à la définir dans une pers
pective d'homogénéité. En effet, le statut d'une citation n'est
jamais neutre. Il renvoie aux fondements idéologiques et textuels
du discours citant. Sous couleur de donner la parole à d'autres
discours, la revue de presse ne fait en réalité que mettre en oeuvre
ses catégories propres. Dès lors, le "débrayage énonciatif' (Gelas,
1978 : 169) spécifique de chaque citation est essentiel : il se doit
de marquer une hétérologie sans menacer pour autant la cohérence
du discours citant.
Dans une revue de presse, le journaliste s'efface au profit de
l'énonciateur présumé de la citation. Il se produit alors un phéno
mène d'illusion par la création d'une équivalence fallacieuse avec
les mots d' autrui : la citation semble avoir une existence indé
pendante puisque l'énonciateur n'assume pas pour son propre
compte la "vérité" de ce qui est dit entre "guillemets". Il s'éclipse
de façon ostentatoire. La citation est un piège, un « simulacre de
non-intervention absolue » (Authier, 1978 : 51).
Dans son emploi habituel en revue de presse, la citation n'est
ni l'acte de prélever, ni l'acte de greffer mais seulement la chose LA REVUE DE PRESSE : UN ART DU MONTAGE 45
citée. Tout se passe comme si les manipulations du sujet citateur
n'existaient pas, si la citation ne supposait pas l'acte de
souligner et de découper. Le sujet-citant s'absente, dégage sa
propre responsabilité, renvoie renonciation. L'énoncé cité
devient formule, et se convertit lui-même en texte. Mais l'aut
onomie de l'énoncé rapporté est purement fictive. En effet, le
chroniqueur s'implique dans la mesure où il reconstruit l'énoncé
rapporté en fonction de sa situation d'énonciation propre. C'est
lui qui contrôle le texte introducteur et donc le sens qui se dégage
de la citation.
L'effet citationnel résulte de l'ambivalence constitutive du dis
cours de la revue de presse. Citer, même fidèlement, c'est déplacer
d'un contexte à l'autre et donc construire du sens avec du sens.
Dans l'exercice de la revue de presse, le journaliste ne manie
plus des faits mais des citations, marque de la subjectivité de
leurs auteurs originels. Ce type de discours journalistique propose
donc une mise en regard de plusieurs subjectivités orchestrées
par celle du chroniqueur.
Entre l'omniprésence de la subjectivité et le règne de l'implic
ite, la revue de presse se présente comme une série de choix
que sa structure tend à justifier, à valoriser. Etudier une citation
de presse écrite, un discours rapporté, c'est essayer de décoder
correctement ce discours, de percevoir les éventuels changements
que le journaliste a opéré à partir de l'énoncé original, d'en
mesurer l'importance et de mettre à jour - lorsque c'est possible -
l'intention qui a présidé à ces variations.
Présentation du corpus
Pour explorer le phénomène citationnel dans cette catégorie
très particulière du discours oral, j'ai exclu toute conception
extensive de la citation et je pose une définition stricte et interne
au corpus : est tout discours rapporté originellement écrit
dont l'énonciateur est identifiable. Je ne m'appuie pas sur la
perception des marques orales (intonatives, etc.) d'une énoncia-
tion répétante mais cette définition résulte de la confrontation de
la bande son avec les journaux cités.
La revue de presse constitue un endroit privilégié de la fusion
des discours. Je m'interrogerai donc sur la "reprise-répétition" 46 Françoise Claquin
des discours des journaux dans la revue de presse en précisant
le statut de la citation, en recherchant les marqueurs citationnels,
en commentant la sélection des éléments placés entre les "guil
lemets" de la citation et leur mode de montage.
Afin de mettre en lumière les différentes composantes de la
revue de presse, je propose l'étude de deux revues de presse.
L'établissement du corpus s'est effectué en deux temps : j'ai tout
d'abord enregistré toutes les revues de presse de I. Levai' pendant
les mois de décembre 1990 et janvier 1991, en lisant chaque jour
l'ensemble des journaux cités. Puis, une étude grossière de chaque
enregistrement m'a permis de sélectionner deux revues de presse
particulières. En effet, j 'ai établi un corpus contrasté et je compare
ce qui m'a paru être une "revue de presse ordinaire" (RO) du 17
décembre 1990 où I. Levai aborde de nombreux sujets plus ou moins
graves, sur le ton du billet d'humeur, et celle, "exceptionnelle"
(RE) du 16 janvier 1991, entièrement consacrée au déclenchement
de la guerre en Irak, structurée autour des citations de quelques
journaux français. Le chroniqueur fait place ici au journaliste
politique, voire même au directeur de l'information de Radio
France. Je recherche des critères permettant d'étayer l'hypothèse
intuitive d'une opposition nette entre ces deux revues de presse.
Cette distinction se retrouve-t-elle dans les façons de citer ?
I - LA REFORMULATION
1.1 - Les modalités de la citation
I.l.a. Citation et discours rapporté
Soit notre définition initiale : « est citation tout discours rapporté
originellement écrit dont l'énonciateur est identifiable ». Il
convient de distinguer dans l'omniprésence du discours d'autrui,
la citation des autres formes de reprise termes à termes, résumé,
paraphrase, déplacement, ajout, modification du contenu, sup
pression etc.
J'utilise trois des catégories traditionnellement proposées de
discours rapporté :
- discours direct (avec incise, avec verbe introducteur ou sans)
3. Voir M. M. de GAULMYN, 1983 : 231. REVUE DE PRESSE : UN ART DU MONTAGE 47 LA
- discours indirect (complétive en que ou interrogative indi
recte après un verbe)
- discours narrativisé (mention de parole sous forme d'un
infinitif ou d'un syntagme nominal objet d'un verbe locutoire,
ou d'un substantif locutoire abstrait, ex : ces récriminations) .
J'ajoute une quatrième catégorie :
- les "îlots textuels ou quasi textuels" qui renvoient à la prise en
charge par le discours citant d'éléments limités du discours cité5.
Le relevé systématique au sein du corpus donne les résultats
suivants :
RO RE
Discours direct 25 25 indirect 6 3
Discours narrativisé 16 13
Dot textuel 4 1
On remarque dans les deux revues de presse l'emploi majorit
aire du discours direct.
L'ours + a un gros marteau + et il va frapper + prévient Jacques Isnard
(RE : L, 1. 4)
Les reprises termes à termes sont les plus nombreuses, part
iculièrement dans la revue de presse RE où le chroniqueur lit de
longs passages des journaux choisis.
Il faut remarquer dans les deux revues de presse la forte pré
sence du discours narrativisé qui permet au journaliste de décrire
les attitudes, les prises de position de ses confrères.
Michel Bassi s'inquiète dans Le Méridional d'aujourd'hui d'une révolution +
volée en Roumanie (RO : C, 1. 11)
Les discours indirects sont relativement rares, comme si le
citateur s'obligeait à éviter les formules les plus explicites du
rapport de discours.
Philippe Meyer dit qu'en matière de télévision y 'a: + un énorme gâchis
(RO : K, 1. 2)
4. Notion proposée par G. Genette, 1972 : 191.
5. J. Authier, op. cit. : 28. 48 FRANÇOISE CLAQUIN
Dans les cas suivants :
- c'est la dernière ligne droite + selon l'amiral Lacoste (RO : G, 1. 4)
- c'est là + que selon Alain Peyrefitte + Saddam Hussein s'est trompé (RE : O, L 2)
la confrontation avec les journaux montre qu'il n'y a reprise que d'un
terme caractéristique du propos : (dernière ligne droite, s'est trompé).
Ces éléments fonctionnent comme autant d'allusions, d'îlots textuels.
Le discours direct est la forme la plus fréquente de la répétition
interdiscursive. Pour, le reste, on constate le relatif équilibre entre
les deux revues de presse. La distinction ordinaire-exceptionnelle
n'est donc pas opérante en ce qui concerne le critère des formes
de discours rapportés : celles-ci s'avèrent indépendantes du contenu
thématique. Un corpus élargi permettra de savoir si cet élément
est constitutif de la pratique langagière propre à I. Levai'.
I.l.b. Identification de l'énonciateur
L'étude comparative des textes de revues de presse et des
articles extraits des journaux montre que, de manière générale,
l'énonciateur des citations est nettement identifiable soit comme
organe de presse, soit comme signature .
On assiste à une personnification du journal qui peut devenir
le sujet d'un verbe de parole :
assassins + s'écrie L'Huma (RO : A, 1. 4)
d'un verbe d'opinion :
L'Humanité en juge tout autrement (RO : E, 1. 13)
L'ensemble du journal est envisagé comme un énonciateur. La
responsabilité des propos est attribuée à la ligne éditoriale du journal.
I.l.c. Le problème de la fidélité des citations
Les imprécisions relativement nombreuses concernent en
général des détails de peu d'importance, nullement gênants pour
la compréhension de l'idée générale transmise par les citations.
6. Dans la RO on peut distinguer : Journalistes : Denis Jeambar, Jacques Coubard,
Jean Leclerc du Sablon, Michel Bassi, Alain d'Anjou, Jean-François Revel,
Baudoin Bollaert, François d'Orcival, Claude Imbert, Philippe Meyer.
Journaux : Le Point, L' Humanité, Libération, Le Républicain Lorrain,
Le Quotidien de Paris, Presse Océan, Les Dernières Nouvelles d'Alsace,
La Montagne, La Nouvelle République du Centre, Le Monde, Le Figaro,
Le Méridional, Le Courrier de l'Ouest, l'International Herald Tribune,
France Soir, Le Journal du Dimanche, Valeurs Actuelles, Le Parisien. LA REVUE DE PRESSE : UN ART DU MONTAGE 49
Néanmoins, certaines imprécisions ont plus de conséquences. Par
deux fois, le citateur attribue à des personnalités des paroles qui
appartiennent à d'autres.
Jacques Berque remarque enfin qu'en cette : fin d'année mil neuf cent
quatre-vingt-dix je le cite encore — trois lieux saints + de l'Islam sont occupés
(RO : F, 1. 14)
Pourtant, dans Le Figaro, la réponse de Jacques Berque à
Nordine Chérif manifeste une prise en charge énonciative diffé
rente :
Les trois lieux saints de l'Islam sont occupés ou quasi occupés, comme
l'écrivait dernièrement un essayiste marocain : Jérusalem par les Israéliens,
La Mecque et Médine, elles, sont encerclées par les Américains.
Dans l'ensemble de la RO, nous avons relevé 16 cas de citations
imprécises, voire fausses . L'exemple le plus flagrant consiste
dans un montage d'expressions empruntées à Jacques Coubard,
l'éditorialiste de L'Humanité, et donné pour une citation :
Jacques Coubard [...] insiste : sur le caractère toujours vivant : d'un rêve
communiste : vieux selon lui de soixante-dix ans (RO : B, 1. 11)
Or, d'après l'éditorial de Jacques Coubard, le communisme a
deux cents ans et le cauchemar qui hante la bourgeoisie est celui
de la Révolution Russe. On comparera la citation d'I. Levai et le
propos du journaliste communiste pour déceler les traces du
montage citationnel :
depuis soixante-dix ans, un rêve - ou un cauchemar - hante les nuits et les jours
de la bourgeoisie française : comment se débarrasser d'un Parti Communiste
vivant, enraciné dans les terres de 1789 comme dans les luttes d'aujourd'hui
contre les Bastilles des privilèges formant l'injustice, l'arbitraire, le mépris.
Si la plupart des citations des deux revues de presse répondent
aux critères définitionnels (discours rapporté direct ou narrativisé,
énonciateur identifié, conformité aux dires), on notera que les
libertés de reformulation ou les imprécisions s'intègrent à la
cohérence du discours du chroniqueur. Les flux des deux énoncés
7. Dans la RE, les citations sont précises et exactes puisque le chroniqueur donne
explicitement lecture de larges morceaux des principaux éditoriaux. 50 Françoise Claquin
rapporteur et rapporté se mêlent sans qu'on ne puisse restituer la
forme de l'énoncé originel. Seul l'examen attentif des journaux
révèle ces libertés, l'effet citationnel étant maintenu tout au long
de la revue de presse.
1.2 - La sélection du texte cité
L'effet citationnel garde la trace d'un soulignement primitif.
Par la citation, le journaliste donne à entendre à l'auditeur quelque
chose qui renvoie à sa propre lecture. Citer, c'est souligner, ou
plutôt avoir souligné (au propre et au figuré). Je m'attacherai
maintenant à étudier ce qu'est le texte citationnel. La citation
résulte d'une sélection. Quelle est-elle ? Quels sont ses critères ?
L'opposition revue de presse ordinaire/exceptionnelle est-elle
pertinente en ce qui concerne la sélection ?
D'après le corpus, on constate que le journaliste recherche des
citations conformes à l'idée qu'il se fait de ce qui va être dit dans
tel ou tel journal, en même temps qu'il traque l'apparition de
l'inattendu dans le discours de l'autre.
I.2.a. Le principe de représentativité
- Les titres
Outre les deux revues de presse retenues pour constituer le
corpus, une écoute quotidienne pendant deux mois a montré la
vive attention que le chroniqueur portait aux titres. Enjeux de
la "Une" du journal9, ils sont souvent l'objet d'une recherche
poussée et sont chargés d'un poids symbolique : ils représentent
et décrivent l'événement que le journal estime être le plus
important.
La RO est révélatrice de ce souci du titre. Elle s'ouvre sur :
assassins + s'écrie L'Huma + en orthographiant le mot avec un H (RO : A, L 4)
"attaque" montre Le choix de cette citation et son utilisation en
que le journaliste recherche pour débuter quelque élément fort.
La RE renforce a contrario cette idée puisque le 16 janvier 1991,
8. Voir A. Compagnon, 1979 : 20-21.
9. Le titre est « l'inscription du journal par excellence », cf. M. Mouillaud et
J.-F. Têtu, 1989 : 116. LA REVUE DE PRESSE : UN ART DU MONTAGE 5 1
I. Levai commence par le titre le plus sobre de cette journée,
celui du Monde :
Vingt neuf pays face à une forteresse (RE : L, 1. 1)
alors que la plupart des journaux se déchaînent dans la nomination
de l'horreur à venir.
Les deux exemplaires de revue de presse pointent aussi une
autre utilisation des titres : le texte se construit en intégrant une
juxtaposition de titres :
Libération, Le Républicain Lorrain sont plus classiques quand ils titrent : Maroc
sous haute tension + jour de révolte à Fès ~ et Le Quotidien de Paris un tout
petit peu plus original avec son évocation des gamins de Saddam (RO : A, L 6 à 9)
Cette enumeration de titres permet d'associer un ensemble de
points de vue semblables :
Presse Océan, Les Dernières Nouvelles d'Alsace, La Montagne et La République du
Centre s'accordent de leur côté + pour juger + fragile le régime de notre ami le roi
(RO:A, 1. 9 à 11)
Les titres permettent donc de rassembler et de classer les jour
naux, ils aussi une transition. Dans la RE, après avoir
longuement commenté le point de vue de Serge July et avant de
donner celui de Jean Boissonnat, le journaliste propose un inte
rmède par l'énumération de quelques titres de quotidiens, dans
une revue de presse où comptent surtout les prises de position
des "patrons" de presse :
Quelle connerie la guerre répète une nouvelle fois ce matin L'Humanité +
comme une cantilène ~ un moulin à prières — Le Parisien parle d'angoisse —
et + La Tribune de l'Expansion + d'une parole laissée désormais au(x) canon(s)
(RE : Q, 1. 4 à 7)
- Le point de vue des éditorialistes
De manière générale, on constate que les extraits retenus par
I. Levai appartiennent aux éditoriaux et aux articles "de fond" des
journaux. Ceux-ci traitent successivement ou simultanément les
problèmes essentiels de l'actualité.
Les caractéristiques de l'éditorial ont été relevées par
S. Bonnafous et P. Fiala (1986) :

Un pour Un
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