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Muller et Pilzecker Nouvelles recherches expérimentales sur la mémoire - compte-rendu ; n°1 ; vol.7, pg 573-598

De
27 pages
L'année psychologique - Année 1900 - Volume 7 - Numéro 1 - Pages 573-598
26 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Victor Henri
Muller et Pilzecker Nouvelles recherches expérimentales sur la
mémoire
In: L'année psychologique. 1900 vol. 7. pp. 573-598.
Citer ce document / Cite this document :
Henri Victor. Muller et Pilzecker Nouvelles recherches expérimentales sur la mémoire. In: L'année psychologique. 1900 vol. 7.
pp. 573-598.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1900_num_7_1_3249IV
MÉMOIRE
Nouvelles recherches expérimentales sur la mémoire,
faites par G.-E. MULLER et PILZECKER.
Le professeur de Götlingue G.-E. Müller, vient de publier avec un
de ses élèves une monographie sur la mémoire. Ce travail est sans
aucun doute, un des meilleurs, de tous ceux qui ont paru pendant
Tannée 1900 sur les questions de psychologie expérimentale. Déjà,
en 1893, Müller avait publié avec Schumann une première monog
raphie sur la mémoire ; elle contenait une série de recherches
expérimentales poursuivies pendant cinq années sur la mémoire
des syllabes et sur. les différentes associations qui s'établissent entre
les d'une série, que l'on lit un nombre plus ou moins grand
de fois. Les auteurs avaient développé et perfectionné la méthode
introduite par Ebbinghaus, en 1885, pour l'étude de la mémoire; leur
travail est remarquable, non seulement par les résultats expérimen
taux obtenus et par la discussion de ces résultats, mais aussi par
l'élaboration d'une méthode d'étude très systématique. Dans le tra
vail présent, publié par Müller et Pilzecker, les auteurs résument les
résultats des expériences qu'ils ont poursuivies, depuis 1892 jus
qu'en 1899 plus de 20.000 expériences ont été faites par eux pen
dant cette période, et nous verrons que les résultats obtenus sont
d'une très grande importance.
Ce qui caractérise les travaux de G.-E. Müller, c'est leur logique
parfaite, la grande précision dans les mesures expérimentales
employées et l'analyse minutieuse et profonde des processus psy
chologiques étudiés dans ces expériences. Jamais on ne rencontre
une expérience exposée sans dire la raison qui a conduit à la
faire ; l'observation interne suit toujours les résultats numériques
des expériences ; la discussion de ces résultats est faite avec un soin
tout particulier, de sorte que tout ce que l'on pouvait déduire de
ces résultats a été fait. Passons à l'étude du travail des auteurs.
Plusieurs questions générales ont dominé et dirigé ces recherches.
Il s'agissait d'abord d'étudier une nouvelle méthode d'expériment
ation, et de voir comment elle devait être employée. Cette méthode
est appliquée à l'étude de la question de l'influence du nombre de
répétitions d'une série sur la force des associations formées entre
les différentes syllabes de la série. Mais la question principale qui a 574 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
surtout occupé les auteurs et qui est complètement nouvelle, c'est
l'étude de la concurrence de plusieurs associations simultanées ou
successives. Lorsqu'une même représentation se trouve associée
avec deux représentations différentes, quelles seraient les condi
tions de production de ces associations? Quelles seront celles qui
prédomineront, et quels sont les facteurs qui détermineront l'appa
rition de telle association plutôt que de telle autre? Enfin comment
se comportera, au point de vue de l'intensité, une association double
comparée à une simple? Voici toute une série de ques
tions de grande importance, qui touchent au mécanisme même de
la combinaison et de la concurrence des associations entre repré
sentation et qui n'ont pas été étudiées jusqu'ici d'une façon méthod
ique. Il existe bien quelques expériences faites en Amérique sur
des sujets analogues; mais ces ne concernent que
quelques points isolés.
La méthode employée par Ebbinghaus et élaborée surtout par
Müller et Schumann pour l'étude de la mémoire consiste à déter
miner le nombre de lectures nécessaires pour apprendre par cœur
une série de syllabes ; si on étudie l'influence d'un facteur quel
conque, on construit des séries diverses, les unes contenant ce
facteur étudié et les autres normales ne le contenant pas, on déter
mine alors le nombre de répétitions nécessaires pour apprendre
ces deux sortes de séries et, de la différence entre les nombres de
répétitions, on déduit l'influence du facteur introduit. Nous avons
à plusieurs reprises décrit cette méthode dans les années précé
dentes.
La deuxième méthode pourrait être appelée méthode des associa
tions. Au lieu de lire une série jusqu'au moment où on la sait par
cœur, on la lit un nombre moindre de fois, et puis on étudie la
force des associations entre les différentes syllabes successives.
Les séries sont composées d'un certain nombre de syllabes,
douze en général, qui sont lues avec un rythme particulier, dans
lequel on appuie sur les syllabes impaires, comme l'indique le
schéma suivant : 1,2; 3, 4; 5,6. 7,8; 9, 10; 11, 12. 11 en ré
sulte que chaque syllabe impaire se trouve associée avec une
syllabe paire qui la suit; donc, si après avoir lu une série plu
sieurs fois de suite, on montre l'une des syllabes impaires au sujet,
il pourra y associer une syllabe paire, et cette association se fera
d'autant mieux que la série se trouve mieux apprise.
. On peut donc, en répétant l'expérience un nombre suffisant de fois,
avoir un certain nombre de réponses exactes, et un nombre de r
éponses fausses; ces nombres pourront indiquer dans les séries comp
aratives le degré de force d'une association entre une syllabe impaire
et la syllabe paire qui la suit. En même temps que l'on détermine le
nombre de réponses exactes ou fausses, on peut mesurer aussi la
durée de la reproduction de l'association, et cette durée pourra aussi
donner des renseignements sur la force de l'association entre deux
syllabes de la série. Tel est le principe de la méthode employée.
Voyons maintenant quelques détails. MÉMOIRE 575
Les auteurs ont expérimenté avec des séries de syllabes cons
truites en tirant au sort trois lettres (une voyelle et deux con
sonnes) et en évitant que les syllabes représentent des mots, que
2 syllabes successives ne commencent et ne finissent par la même
lettre, etc.
Ces séries étaient écrites sur des feuilles de papier que Ton collait
autour d'un cylindre horizontal; une fente placée devant ce
cylindre permettait de voir les syllabes qui passaient devant de bas
en haut avec une vitesse appropriée; le sujet devait lire ces syllabes
à haute voix dans le rythme trochaïque indiqué plus haut. Dès qu'il
avait lu ainsi une série un nombre déterminé de fois, on passait,
soit aux expériences d'association, soit à d'autres séries; dans tous
les cas, pendant l'intervalle, le sujet devait, autant que possible, ne
pas penser aux syllabes lues, et dans le cas où certaines syllabes
lui revenaient à la mémoire, il devait en avertir l'expérimentateur.
La mémo précaution avait été prise pour les expériences avec un
intervalle de 24 heures. De plus, le sujet ne devait pas s'occuper du
but des expériences que l'on faisait sur lui.
Pour faire les expériences d'association, on montrait au sujet une
syllabe écrite sur une feuille de papier, laquelle était collée sur un
prisme horizontal à 12faces. Un écran, muni d'une fenêtre, était main
tenu à une certaine hauteur par un électro-aimant; dans cette posi
tion, il mas quaitlasyllabe écrite sur le prisme. L'expérimentateur i
nterrompait le courant électrique, l'écran tombait, et le sujet voyait la
syllabe; à ce moment, le chronoscope se mettait en mouvementée
sujet devait chercher à dire, aussi vite qu'il le pouvait, la syllabe
qui lui venait à l'esprit; si aucune syllabe ne lui venait, il devait
dire le mot « rien ». On notait donc chaque fois la durée de la
réponse.
Les réponses obtenues peuvent être soit exactes, soit fausses,
soit nulles (lorsque le sujet dit « rien »), soit enfin exactes en
partie, lorsque une partie de la syllabe indiquée par le sujet
était exacte. Les auteurs ont noté ces différents cas. L'expériment
ateur ne disait jamais au sujet, si sa réponse était exacte ou fausse ;
mais le sujet devait indiquer si les réponses lui paraissaient bonnes
ou mauvaises, s'il en était sûr ou non. De plus, lorsque, après avoir
dit une syllabe, une deuxième apparaissait à l'esprit du sujet, il
devait l'indiquer également. Enfin toutes les remarques relatives à
la manière dont apparaissaient les représentations et à la manière
dont se comportait le sujet étaient notées avec soin.
Au point de vue de la manière dont se comporte le sujet pendant
les expériences d'association, il existe de grandes différences indi
viduelles : quelquefois, en voyant la syllabe, le sujet a une repré
sentation purement visuelle de la syllabe associée ; d'autres fois
c'est une représentation acoustique ou une représentation visuelle
et acoustique qui se présente; d'autres fois encore le sujet a des
représentations motrices, et ici la syllabe associée est prononcée soit
après avoir eu conscience de ces représentations motrices, soit
(plus rarement J d'une manière automatique. Tous ces cas ne sont ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 576
en général pas purs, il y a des mélanges et des intermédiaires. Dans
les cas où le sujet voyant une syllabe ne trouve pas immédiatement
la syllabe associée, il la cherche intentionnellement, et ici encore il
y a de grandes différences individuelles. Les uns attendent si une
syllabe ne leur viendrait pas à l'esprit, d'autres prononcent à voix
basse la syllabe montrée et augmentent de cette manière soit la
représentation motrice, soit l'acoustique. Quelquefois le sujet se
sert de points de repère secondaires : ainsi, par exemple, il se rap
pelle que la syllabe montrée était à la fin de la série, et cette loca
lisation semble l'aider dans la recherche de l'association ; d'autres
fois, en voyant une syllabe, le sujet se rappelle toute une partie de
série, 4 ou 6 syllabes, et arrive ainsi à trouver la syllabe associée.
Enfin, dans quelques cas, le sujet se rappelait un signe extérieur ou
caractéristique de la syllabe associée ; il savait, par exemple, que
c'était une syllabe facile à prononcer, ou courte, ou rappelant un
certain mot, etc.
Au point de vue de la sûreté des réponses, de nouveau il existede
grandes différences individuelles; cette sûreté ne va pas toujours
parallèlement avec l'exactitude des réponses. Il y a toute une série
de facteurs divers qui influent sur la sûreté.
Les syllabes montrées au sujet dans les expériences d'association
étaient, en général, reconnues par lui, comme ayant été lues dans
les séries; mais souvent le sujet ne savait pas dans quelle série il les
avait lues; il pouvait savoir la position de la syllabe dans la série,
sans se rappeler la série dans laquelle il avait lu cette syllabe.
I. Relation entre la vitesse de reproduction et la force d'association
1° Influence du nombre de répétitions. — La première ques
tion étudiée par les auteurs était l'influence du nombre de lectures
d'une série de syllabes sur la force des associations formées entre
les différentes de cette série. liest évident a priori que
plus le nombre de lectures sera grand, plus les associations seront
fortes; mais cette précision générale ne devait pas arrêter l'étude
détaillée du phénomène, afin de pouvoir suivre d'après quelle loi se
faisait l'accroissement de la force d'association ; de plus, l'étude de
cette question devait permettre de déterminer quelle relation il y a
entre le nombre de réponses exactes et la vitesse de ces réponses.
Donnons un exemple de la manière dont les expériences ont été
faites. Première série : expériences faites tous les jours de 4 à 5,
pendant 24 jours successifs. Les séries lues se composent de ^syll
abes; les nombres de lectures étudiés sont 8, 13 et 18. Chaque
jour, on expérimentait avec 4 séries : le sujet lisait une série le
nombre indiqué de fois, par exemple 13 fois ; ensuite, après un
intervalle de 3 minutes, il s'asseyait devant l'écran, et on commenç
ait les expériences d'association, dans lesquelles on lui montrait
une syllabe impaire de la série lue précédemment, et il devait dire
la paire associée ; on faisait ainsi 6 expériences, dans
lesquelles on montrait, dans un ordre bien déterminé, les 6 syllabes MEMOIRE
impaires. L'ordre dans lequel on montrait les syllabes impaires était
choisi de façon que jamais 2 syllabes impaires successives ne- se
suivissent; par exemple, on montrait les syllabes : 11, 7, 3, 9, 5, 1,
Ces 6 expériences d'association étant terminées, le sujet passait,
après un repos de 1 minute, à la lecture d'une nouvelle série, et
ainsi de suite. L'ordre des syllabes montrées était permuté d'une
manière régulière de façon à éviter l'influence de cet ordre.
Nous donnons dans les tableaux suivants les résultais de six
séries analogues à la précédente. Ces tableaux contiennent, d'une
part, les nombres d'associations exactes (e), fausses (/) et nulles (n)
(où le sujet disait « rien»)'; ces nombres sont rapportés à 100 expé
riences; puis nous donnons les durées de ces réponses en secondes
et centièmes de seconde, et nous désignons par Tc la durée des
associations exactes, T/ celle des associations fausses, et Tn celle
des nulles.
NOMBRE ASSOCIATIONS ASSOCIATIONS
OE LKCTUKKS
1™ Série. — 3 minutes entre la lecture et les associations.
Nombre d 'expériences : 192
secondes secondes seconde
8 39 2,23 38 3,20 18 3,99
14 13 57 2,34 27 3,37 4,40
3,77 7 18 69 2,27 19 4,74
2e Skiue. — 2 minutes entre la lecture et les associations.
Nombre d'expériences : 144
secondes secondes secondes
20 51 6,47 25 7,85 6 5,28
3,39 43 7,32 28 7,90 9 23
3,43 37 7,43 29 12 26 9,63
30 7,89 24 9,60 15 40 4,16
3e Série. — 3 minutes entre la lecture et les associations. minuies cuire lu leviurc ci
Nombre d'expériences : 144
secondes secondes secondes
2,80 5,23 27 7,53 6 34 32
2,72 36 5,94 17 7,45 9 35
5,71 26 7,82 12 38 2,52 26
5,25 19 8,25 15 38 2,31 34
4e Série. — 5 minutes entre la lecture et les associations.
Nombre d'expériences : 144
secondes secondes secondes
44 5,40 16 7,32 5 35 2,32
6,15 17 8,31 8 48 2,05 31
6,30 17 9,25 H 53 2,34 23
10 8,99 15 62 1,99 20 7,66
L ANNEE PSYCHOLOGIQUE. VII. 37 578 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
NOMBRE ASSOCIATION ASSOCIATIONS ASSOCIATIONS
DE LECTURES EXACTES FAUSSES T ( NUM-.ES
V e n /
'6e Série. — j minutes entre la le dure et let associatù ms.
Nombre cV expériences : 144
secondes secondes secondes
5 57 2,14 11 7,31 28 7,61
.00 66 2,18 8 4,42 23 9,i6
11 78 2,07 6 9,78 15 9,66
i4 79 2,10 5 6,96 H 11,19
6" SÉRIE. — 24 heures entre la lecture et les associations.
Nombre d'expériences : 144
secondes secondes secondes
5 33 3,93 18 6,34 45 9,49
8 44 2,99 17 5,69 35 9,95
11 48 18 3,88 6,95 31 9,71
14 47 11 2,51 8,44 37 9,70
Dans les deux dernières séries, les expériences ont été faites sur
le même sujet avec des intervalles de 5 minutes et de '24 heures
entre la lecture des séries elles associations. Etudions les résultats.
On voit d'abord, ainsi que l'on devait s'y attendre, que les nombres
des réponses exactes augmentent avec le nombre de lectures de
la série. xWais celte augmentation ne se produit pas de la même
manière chez les différents sujets. La comparaison des différentes
séries montre de plus combien les 'différences individuelles sont
grandes au point de vue de la mémoire des syllabes; ainsi, par
exemple, le sujet de la 5e série acquiert, après 5 lectures, la même
force d'association entre les syllabes que le sujet de la lrC série seu
lement au bout de 13 lectures. A ce point de vue, la méthode des
associations est plus sensible que la méthode qui consiste à déte
rminer le nombre de repétitions nécessaires pour apprendre par
cœur une série.
Si on compare entre eux les nombres de réponses fausses et les
nombres de réponses nulles (« rien »), on voit encore de grandes
différences individuelles : le sujet de la 5e série a plus de réponses
nulles que de fausses, tandis que les autres sujetsont plus
d'associations fausses que d'associations nulles.
Si maintenant nous étudions les durées des associations, nous
voyons que, d'une manière générale, T„ > T/- > T£, c'est-à-dire la
réponse « rien » dure le plus longtemps, puis vient la durée des .
réponses fausses, et enfin celle des réponses exactes. La différence
entre ces 2 dernières durées est intéressante; elle montre que
l'apparition d'une association fausse nécessite plus de temps que
celle d'une association exacte; c'est une confirmation d'un fait IKE" 579 MÉMO
connu par l'expérience journalière, et qui nous indique déjà une
relation entre la durée de la reproduction d'une association et le
degré de force de cette association.
Comparons les sujets au point de vue des durées de repro ductiondes
associations; nous voyons d'abord de grandes différences indivi
duelles ; et ces différences apparaissent surtout dans la comparaison
des durées des associations fausses et nulles avec celle des associations
exactes. Ainsi, chez le sujet de la première série Tc est inférieur à
T/ environ d'une seconde, et If inférieur à T„ aussi environ d'une s
econde ; c'est un sujet qui répond presque aussi vite lorsqu'il s'agii d'une
association fausse ou nulle que dans le cas d'une association exacte.
Chez les sujets de la 3e et 4e série, les associations fausses durent
environ 3 à 4 secondes plus que les exactes, et les
réponses nulles sont environ de 2 secondes plus longues que les
associations fausses; enfin le sujet de la 5e série est le plus rapide
pour les associations exactes; il a aussi le plus de réponses exactes;
il a, en somme, la meilleure mémoire de tous; et, au point de vue
de la durée des associations fausses et des réponses nulles, il est le
plus lent de tous. Voici donc un sujet qui, ayant lu une série de
syllabes, la retient le mieux de tous, et nous voyons qu'il se décide
à dire une association fausse ou à dire « rien », après un intervalle
plus long que ceux qui connaissent moins bien la série de syllabes.
Le résultat présenté de cette manière apparaît évident : lorsque
l'on connaît mieux une série de syllabes, si on vous montre une
syllabe en priant d'y associer la suivante, on reconnaît très bien
cette syllabe montrée, on se rend parfaitement bien compte
qu'elle existait dans la série lue, et on cherche avec plus de soin,
plus longuement, la syllabe associée, que dans le cas où on connaît
moins la série, où on se décide par conséquent plus facilementàdire
une association fausse.
Ces considérations expliquent parfaitement la manière dont se com
porte la durée des réponses nulles, lorsquele nombre de lectures aug
mente. Nous voyons qu'à mesure que la série de syllabes est lue un plus
grand nombre de fois, ladurée deces réponses nulles augmente ; ainsi,
dans la lre série, après 8 lectures, la durée est de 3SCC,99, et, après 18 lec
tures, elle est de 4SCC, 74; dans la 5e série, après 5 lectures, elle est de
7SCC6I , etaprès 14 lectures, de liscc, 19. L'explication de ce phénomène
est la même que précédemment ; nous ne nous y arrêterons plus.
Etudions les durées des associations exactes après des nombres
de lectures différentes. Nous voyons que leur durée ne diminue pas
d'une manière régulière, lorsque le nombre de lectures augmente.
Le nombre de réponses exactes augmente bien ; mais leur durée
moyenne reste à peu près la même. Ce résultat paraît être en con
tradiction avec la prévision. Or, en y réfléchissant plus, on voit qu'il
n'y a pas de contradiction.
En effet prenons la l'° série, si le sujet lit une série de syllabes
8 fois, il aura, dans les expériences de reproduction, 39 associations
exactes; parmi ces associations certaines sont plus fortes que
d'autres ; mais leur force est telle que, en voyant une syllabe ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES ä80
impaire, le sujet peut reproduire la syllabe paire correspondante ;
les autres 61 associations (100 — 39) ne sont pas assez fortes pour
pouvoir être reproduites d'une manière exacte, mais ces 61 associa
tions sont de forces inégales.
Supposons maintenant que le même sujet lise une série analogue
18 fois, les associations deviennent plus fortes; parmi les 61 associa
tions de force insuffisante, il s'en trouve 30 (69 — 39) dont la force
sera augmentée, de façon qu'elles donneront lieu à des réponses
exactes; ces associations ayant une force dépassant à peine le
seuil nécessaire pour une reproduction exacte, il s'ensuit qu'elles
auront des durées longues; les 39 associations fortes seront encore
plus fortes après 18 lectures, donc elles seront plus courtes; par con
séquent, les 69 associations exactes se composeront d'une partie
d'association courte et d'une autre partie d'association plus longue;
la moyenne des durées totales pourra donc ne pas changer; mais,
par contre, si on compte combien il y a eu d'associations exactes
ayant une durée inférieure à lscc,50, par exemple, on devra trouver-
qu'après 8 lectures il y en aura moins qu'après 13.
C'est, en effet, ce que l'expérience vérifie ; après 8 lectures, il y a
eu 11 associations de durée inférieure à tscc,50 et après 13 lectures
11 y en a eu 27.
Nous venons de voir que les différentes réponses exactes ne sont plus'
pas identiques entre elles, quant à leur durée; les unes sont
d'autres plus courtes; et nous avons fait un raisonnement longues,
dans lequel nous avons supposé que celles qui sont plus longues
correspondent à des associations moins fortes que celles qui sont
plus courtes. Cette supposition peut être vérifiée par l'expérience;
en effet, si vraiment les de courte durée sont aussi les
plus fortes en intensité, on devra s'attendre à ce qu'elles persisteront longtemps dans la mémoire.
C'est, en effet, le résultat obtenu dans plusieurs expériences faites
par les auteurs. Dans une série durant 16 jours successifs, le sujet
lit chaque jour certaines séries de syllabes 14 fois; puis, après
12 minutes, on fait les expériences d'association ; le lendemain,
après un intervalle de 24 heures, on montre de nouveau des syllabes
de la série précédente et on détermine les nombres de réponses
exactes. Sur les 95 réponses exactes faites après 12 minutes d'inter
valle, il y en a 48 de durée inférieure à 2 secondes et 47 plus longues
que 2 secondes ; après 24 heures, le premier groupe de syllabes
donne lieu à 66 0/0 de réponses exactes, et le second groupe en seulement 32 0/0.
Dans une autre série, on faisait les expériences d'association
immédiatement après avoir lu les syllabes et puis 24 heures après;
sur 47 associations exactes de durée inférieure à lscc,20, il y a eu
23 0/0 réponses après 2i- heures, et sur 47 associations
exactes de durée supérieure à lscc,20 seulement, 13 0/0 réponses ont été obtenues le lendemain.
Enfin, voici les résultats d'une 3e série d'expériences faites avec des
nombres de lectures différentes. On faisait les épreuves d'association, MEMOIRE 581
soit ö minutes, soit 24 heures, après la lecture des séries, et on
divisait les associations exactes en 2 groupes: celles de durée infé
rieure à lscc,60, et celles de durée plus longue. Voici les proportions
de réponses exactes détenues après 24 heures.
NOMBRE ASSOCIATION ASSOCIATION
DE DORÉE INFÉRIEURE A 1 ",60 h E UC T URES
54 0/0 5 43 0/0
68 47 8
57 0/0 H 53 0/0
62 47 14
On voit donc que l'énoncé précédent ne présente aucune except
ion; nous pouvons donc maintenant considérer comme certain que
les associations les plus fortes sont celles qui sont les plus courtes.
Si la durée de la reproduction d'une association est en relation
directe avec la force de cetle association, on doit se demander
comment cette durée variera, lorsque l'on reproduira la même asso
ciation de mémoire, après des intervalles de temps de plus en plus
longs. Puisque, a priori, on s'attend à voir diminuer la force de
l'association à mesure que l'intervalle de temps augmente, on devra
s'attendre, en vertu de l'énoncé précédent, à ce que la durée de augmentera aussi. Ce résultat ressort déjà de l'étude
des nombres de la 5° série correspondant à l'intervalle de 5 minutes
et à celui de 24 heures ; en effet, dans ce 2° cas, la durée des asso
ciations exactes a augmenté environ de 1 seconde.
Voici d'autres résultais : Dans certaines séries, les expé
riences d'association avaient lieu 12 minutes après la lecture des
séries, dans d'autres seulement 20 secondes après; pour des nombres
de réponses exactes égaux à 66 et à 64 on trouve comme durée
moyenne, après 12 minutes, 3sec,08 et, après 20 secondes, I6ec,92.
Dans d'autres expériences, npus trouvons, pour un certain nombre
de séries de syllabes où on faisait les expériences d'association après
un intervalle de 5 minutes, les nombres suivants :
Nombre do réponses exactes : Durées moyennes :
49 2", 48
2*,88 50
61
et pour d'autres séries de syllabes lues un plus grand nombre de fois
et après un intervalle de 24 heures:
Durées : Nombre de réponses exactes
3",09 50
3",24 M
3",04 57