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Pour un atlas des terroirs africains - article ; n°1 ; vol.4, pg 56-72

De
18 pages
L'Homme - Année 1964 - Volume 4 - Numéro 1 - Pages 56-72
17 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Gilles Sautter
Pierre Pelissier
Pour un atlas des terroirs africains
In: L'Homme, 1964, tome 4 n°1. pp. 56-72.
Citer ce document / Cite this document :
Sautter Gilles, Pelissier Pierre. Pour un atlas des terroirs africains. In: L'Homme, 1964, tome 4 n°1. pp. 56-72.
doi : 10.3406/hom.1964.366609
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/hom_0439-4216_1964_num_4_1_366609UN ATLAS DES TERROIRS AFRICAINS POUR
Structure -type d'une étude de terroir
par
G. SAUTTER et P. PÉLISSIER
L'Afrique Noire a longtemps été considérée comme un domaine exclusivement
voué à l'agriculture itinérante dont les techniques expéditives ne laissent partout
que les mêmes traces éphémères et anonymes. Mais l'examen des photographies
aériennes, dont on dispose depuis quelques années, révèle une diversité considé
rable des paysages ruraux africains. En même temps, les analyses approfondies
à la suite d'enquêtes sur le terrain prouvent l'existence de types très variés d'amé
nagements agraires, qui comportent toutes les formes de passage entre les clai
rières les plus discrètes ouvertes dans la forêt, les paysages définitivement trans
formés par une sélection volontaire opérée au sein de la végétation naturelle et
les terroirs les plus authentiquement construits. La diversité de ces paysages n'a
d'égale que la variété des climats, la brutalité des contrastes opposant les densités
de population, la richesse de la gamme des civilisations rurales. Alors qu'en
Amérique intertropicale les vraies paysanneries occupent une position marginale
en altitude ou aux confins du désert, qu'en Asie des Moussons s'impose la marque
prépondérante de la riziculture inondée, l'Afrique Noire doit son originalité
essentielle à des terroirs enracinés, consacrés à ces cultures sous pluie que l'on
désigne de coutume et non sans paradoxe sous le nom de « cultures sèches ».
Assorti de techniques spécifiques assurant la pérennité de l'exploitation, ce
caractère distinctif ne prive cependant l'Afrique ni des formes banales de l'agr
iculture à longues jachères, ni des paysages agraires stabilisés grâce à une sub
mersion périodique, notamment sous la forme de rizières inondées, ni des enclaves
homogènes introduites dans la forêt spontanée par les plantations.
C'est l'étude systématique de cette diversité des terroirs qu'on souhaiterait
mener à bien en s' appuyant sur les collections existantes de photographies
aériennes et en multipliant sur le terrain les enquêtes spécialisées. Cette recherche POUR UN ATLAS DES TERROIRS AFRICAINS 57
se fera dans un esprit géographique impliquant l'analyse du paysage humanisé,
à l'intérieur d'un espace nettement circonscrit. Ainsi conçue, chaque étude de
terroir prendra le caractère d'une monographie. Élaborés suivant une méthode
commune, respectant le même plan général et publiés dans le cadre d'une collec
tion homogène, ces travaux constitueront, dès qu'ils seront suffisamment nomb
reux, un Atlas des terroirs africains où viendront progressivement figurer des
exemples représentatifs de toute la variété des paysages agraires africains, les
documents de base d'une typologie des formes d'occupation du sol. A cette fin, des
recherches ont déjà eu lieu en Afrique même, sous la forme de missions organisées
et financées par l'École Pratique des Hautes Études (6e Section). D'autres sont
en cours. La collection que nous lançons est ouverte à tous les chercheurs animés
de la même curiosité à l'égard des terroirs africains, qu'ils opèrent pour leur
propre compte ou à des fins pratiques, qu'ils travaillent isolément ou au sein
d'organismes spécialisés1. Il leur est seulement demandé de soumettre leurs
enquêtes et les travaux qui en résulteront à un certain nombre de normes suscept
ibles d'assurer l'unité de la collection et de faciliter les indispensables comparais
ons. C'est notamment à leur intention que ce texte a été rédigé, compte tenu
de l'expérience acquise à l'occasion de recherches antérieures.
I. — Le domaine d'étude : le terroir
II convient, avant tout, que soit nettement délimité le terrain de chaque
enquête monographique. D'emblée entrent ici en jeu la notion de terroir et les
relations entre terroir et communauté rurale. Sans vouloir régler le problème
au fond, on entend communément sous le premier vocable la portion de territoire
appropriée, aménagée et utilisée par le groupe qui y réside et en tire ses moyens
d'existence. Le terme ne convient, bien entendu, que dans la mesure où le sol fait
l'objet d'une exploitation de caractère agricole. La marque de celle-ci dans le
paysage peut, du reste, aider grandement à reconnaître les limites d'un terroir
en l'individualisant par rapport à la nature vacante ou vis-à-vis des cellules
rurales voisines. Mais est-il toujours possible d'isoler pour l'étudier un espace
répondant à cette définition empirique ? Déjà, il arrive souvent qu'aucune
discontinuité bien visible n'attire l'attention sur la ligne ou la frange de contact
entre deux terroirs contigus. Il faut alors se fier à des indices ténus et pousser
i. A l'organisation de ces recherches se trouve associé, d'autre part, M. Jean Hurault,
Ingénieur en chef à l'Institut Géographique National, dont on connaît les importants travaux
en Afrique et en Guyane.
Nous tenons également à mentionner ici le nom de M. J.-L. Chambard, à qui nous devons
l'idée initiale d'une recherche, qui n'est à vrai dire que l'application aux conditions par
ticulières de l'Afrique tropicale d'une méthode dont ce chercheur a brillamment posé les
bases et prouvé l'efficacité dans l'Inde. 58 G. SAUTTER ET P. PÉLISSIER
l'enquête sur le plan historique, agricole ou foncier pour avoir les bases objectives
d'une démarcation. Dans nombre de cas, enfin, on se heurte à une difficulté de
principe : ouvert, morcelé, flottant ou discordant avec l'habitat, l'espace exploité
n'offre plus les caractères associés à l'idée même de terroir. Des solutions de
remplacement sont alors à prévoir.
A. — Les cas litigieux.
a) La notion de terroir ne se concrétise de façon évidente qu'en fonction
d'un habitat groupé. Or, si le village constitue, en Afrique Noire, la forme de
peuplement de loin la plus courante, il n'est pas rare que la population se disperse
sur une partie de l'espace exploité ; il arrive même qu'elle soit totalement dissé
minée. Quand la collectivité rurale est émiettée en hameaux, voire en fermes
familiales, les contours du terroir s'estompent inévitablement et l'existence de ce
dernier peut être mise en cause.
b) L'expression de « terroir » recouvre habituellement un territoire continu,
tout entier soumis, selon une intensité et des modalités variées, à l'exploitation
agricole. Mais une situation moins simple résulte parfois de la présence de cultures
nouvelles introduites par l'économie de marché au sein d'agricultures demeurant
largement vivrières. Cette présence peut prendre la forme de secteurs de product
ion spécialisés, nettement isolés dans l'espace bien que relevant de la même
collectivité ou du même village. Des difficultés particulières seront soulevées par
l'étude de ces véritables terroirs dissociés.
c) Inversement, les espaces exploités par deux ou plusieurs communautés
voisines se présentent fréquemment en partie ou totalement imbriqués. On est
alors fort en peine pour décider où commence le domaine de chaque village. Une
difficulté analogue apparaît loisqu'un groupe d'agriculteurs a reçu collectivement
une dotation de terres (ou simplement le droit de cultiver) à l'intérieur de l'espace
contrôlé par une communauté antérieurement installée, tout en conservant son
autonomie sociale, voire sa personnalité ethnique. On pourrait alors parler de
terroirs emboîtés.
d) Les formes les plus extensives de l'exploitation agricole en Afrique s'accom
pagnent souvent, aujourd'hui encore, d'une mobilité qui n'affecte pas seulement
les champs, mais aussi l'habitat par lequel se matérialise l'implantation des groupes
humains. L'idée de permanence, de fixité, attachée au mot « terroir » se trouve
alors en défaut. L'espace cultivé cesse d'être enraciné ; il se déplace avec les
hommes.
e) Une dernière contradiction surgit de la survivance, générale en Afrique
Noire, de liens de parenté solides et exigeants. Quand, par le jeu des essaimages
ou d'un principe de filiation opposé à la règle dite de « localité », les villages (ou
hameaux) en viennent à rassembler des éléments relevant de différentes lignes POUR UN ATLAS DES TERROIRS AFRICAINS 59
de filiation, et, chaque lignage, à se répartir entre un certain nombre de grou
pements composites, le lien agricole basé sur la résidence perd sa force. Soumis
aux servitudes contradictoires de la parenté et du voisinage, écartelés entre les
exigences sociales et les impératifs agricoles, les hommes réagissent par une
mobilité individuelle qui peut atteindre un haut degré. Les communautés villa
geoises se trouvent alors minées dans leur cohésion et leur stabilité. Pour peu que
le sol cultivable demeure sous le contrôle des lignages ou des clans, de vrais
terroirs n'ont plus aucune chance, faute d'assise foncière, de se constituer autour
des unités de résidence.
B. — Les cadres de remplacement.
Ces difficultés, parmi d'autres, empêcheront assez souvent d'appréhender sur
le terrain des terroirs répondant à la définition géographique habituelle et aux
critères ordinairement exigés de continuité dans l'espace et de permanence dans
le temps. Des cadres de remplacement offrant du terroir un équivalent acceptable
doivent donc être prévus.
a) Au terroir de plein exercice peut être substitué un terroir défait, c'est-à-dire
l'étendue simplement exploitée, à un moment donné, par une communauté
d'agriculteurs, à l'exclusion de toute idée d'implantation, d'aménagement ou de
véritable appropriation foncière. Il est certain qu'en pratique il faudra souvent
se contenter de cette acception restrictive, au moins dans les régions d'agriculture
itinérante et de peuplement instable.
b) II peut être légitime de faire appel au cadre physique (un bassin cultivé, une
colline, un versant), quand celui-ci établit une délimitation effective au sein d'un
paysage agricole par ailleurs non compartimenté.
c) A défaut d'une organisation autonome de l'espace exploité, l'articulation
recherchée se présentera dans certains cas sous une forme purement sociale : celle
d'un lignage par exemple, à condition qu'il ait une implantation territoriale précise
et que l'espace ainsi délimité offre un minimum de signification agricole. Cette
solution peut être précieuse pour résoudre le problème posé par l'habitat dispersé.
d) L'imbrication assez courante des champs relevant de plusieurs groupes
d'agriculteurs, installés à l'écart les uns des autres en communautés autonomes,
pose un problème particulier qui peut être résolu en élargissant le domaine
d'enquête. Il n'est pas exceptionnel que la continuité territoriale se rétablisse
au niveau d'un petit groupe de terroirs adjacents, considérés solidairement, en
même temps que les villages ou hameaux dont ils dépendent.
e) La même difficulté peut recevoir une solution exactement opposée consistant
à restreindre le terrain de la recherche. Au heu du village, on s'adressera au hameau
ou à un quartier bien délimité, ou encore à l'un des groupes sociaux constitutifs ÔO G. SAUTTER ET P. PÉLISSIER
de la communauté de résidence, à la condition que l'unité retenue dispose d'un
territoire agricole nettement délimité. L'étude de semblables « micro-terroirs » se
Justine plus particulièrement dans le cas d'enclaves ethniques mises en relief
par des techniques agricoles et un mode d'utilisation de l'espace tranchant sur
les pratiques environnantes.
/) Quand l'habitat prend la forme de villages bien caractérisés, la solution
la plus simple au problème posé par l'imbrication des cultures consiste à étudier,
en guise de terroirs, l'espace entier à l'intérieur duquel opèrent les agriculteurs
du groupe étudié. On retombe alors sur la notion empirique d'un terroir de fait.
Mais en outre il est impératif, pour rester dans la ligne d'une étude géographique
authentique centrée sur les rapports hommes-espace, de considérer en même
temps, à l'intérieur des limites obtenues, les champs et, d'une manière générale,
l'emprise des villages limitrophes.
II. — Représentation graphique
L'idée même d'un « atlas » implique un travail basé sur la représentation
graphique des faits liés à l'exploitation du sol. Autrement dit : un jeu de plans
exprimant les relations entre un groupe humain et l'espace qu'il occupe, et schémat
isant le paysage qui en résulte à l'intérieur du terroir ou de son équivalent
approché. Indépendamment des indispensables croquis de repérage (position dans
la région, relations avec les terroirs du voisinage et les articulations naturelles),
un fond de carte sera établi donnant l'ensemble des points et lignes planimétriques
utilisables comme repères ; ce fond de carte servira lui-même à dessiner quatre
plans :
a) Plan donnant le canevas naturel où s'insère l'exploitation : figuré du relief,
position des eaux temporaires ou permanentes, éléments de la couverture végétale
spontanée, types de sols, affleurements rocheux ou latéritiques.
b) Plan des éléments permanents (construits ou sélectionnés) du paysage
rural : habitations et constructions annexes (greniers, hangars, étables, etc.),
chemins et sentiers, haies, végétation « volontaire » (arbres isolés, protégés ou
plantés ; parc résultant d'une sélection dans le peuplement originel ; plantations
permanentes), terrasses, canaux, points d'eau aménagés, limites des champs
quand elles sont matérialisées sur le terrain, etc.
c) Plan de l'exploitation du sol, levé en saison végétative, figurant les différentes
cultures ou associations de cultures, les jachères, éventuellement les pâtures
spécialisées et les parcs à bœufs, etc. Dans la mesure du possible et au moins pour
une portion du terroir représenté, ce plan sera démultiplié de façon à figurer l'util
isation de la terre durant deux (éventuellement plus de deux) saisons ou années
successives. On disposera ainsi d'une coupe dans le temps, faisant ressortir les POUR UN ATLAS DES TERROIRS AFRICAINS 6l
substitutions ou successions culturales, voire les assolements. Dans les régions
à longue saison des pluies, ou à deux saisons des pluies, autant de planches seront
nécessaires que de cycles de culture au cours de l'année agricole. Il existe aussi
des régions dont les habitants ne défrichent qu'une année sur deux, ou à plus
longs intervalles encore. Cette situation particulière oblige à prévoir autant
d' « états » successifs qu'il y a d'années dans le cycle qui va d'une phase de défr
ichement à la suivante.
d) Plan de répartition de la terre entre les individus, les ménages ou les personn
alités collectives faisant partie de la communauté étudiée. Trois sortes d'éléments
mériteront d'être pris en considération chaque fois qu'on les rencontrera : les droits
d'usage régissant l'utilisation effective du sol pour l'année en cours, sa répartition
de fait entre les diverses unités de production ; les droits impliquant un contrôle
permanent ou à long terme du sol, et qu'il est possible — sous certaines réserves —
de faire entrer dans nos catégories de la « propriété » ou du « droit eminent » ;
enfin, toute la variété des contrats, tacites ou explicites, dont terrains et parcelles
peuvent faire l'objet entre les détenteurs du fonds et ses utilisateurs (prêts,
métayages, fermages, mises en gage, baux emphytéotiques, etc.). Suivant la nature
et la complexité des faits, ils figureront tous sur une seule planche, ou séparément
sur deux ou trois cartes distinctes. Cette solution permettra, notamment, de régler
une difficulté, courante en Afrique Noire, qui tient à la coexistence, très habi
tuelle dans les régions d'agriculture stabilisée, de différents droits sur la même
terre : droits superposés et hiérarchisés conformément à une structure sociale
de caractère « féodal » ou pseudo-féodal ; droits individuels en cours de substitution
à des droits collectifs, qui ne renoncent pas à s'exprimer.
L'ensemble des plans prévus ne pourra être établi que sur la base d'un levé
de détail sur le terrain. Celui-ci devra être assez précis pour que tous les faits qui
viennent d'être évoqués puissent y trouver place. Il n'est pas question pour autant
d'atteindre à la qualité et à l'exactitude des levés cadastraux ou de ceux qui
servent à établir les cartes topographiques. Des erreurs de fermeture de l'ordre
du mètre pour un champ, de quelques dizaines de mètres pour l'ensemble d'un
terroir, restent largement dans les limites de tolérance. Des méthodes expéditives
(planchette Chaix, compteur à fil perdu) pourront donc être employées. Pour
établir le canevas planimétrique, afin d'éviter de graves distorsions d'échelle ou
de direction, il y aura le plus grand avantage à utiliser un canevas planimétrique
établi par des organismes spécialisés à partir des photographies au 40 ou au
50 000e de la couverture régulière de l'Afrique. Le prix de revient d'un tel travail
n'a rien de prohibitif (quelques dizaines de milliers d'anciens francs pour une
restitution au 10 000e sur l'étendue normale d'un terroir), et a pour contrepartie
une très grosse économie de travail sur le terrain. Dans le cas où la recherche,
intégrée dans un programme officiel, disposera de moyens financiers suffisants, des
4 62 G. SAUTTER ET P. PÉLISSIER
prises de vue à basse altitude, soit par l'Institut Géographique National, soit par
une société privée, sont hautement souhaitables pour un prix de revient de l'ordre
de i à 2 millions d'anciens francs métropolitains dans le cas d'un terroir isolé. Des
clichés obtenus, certains organismes spécialisés ont assez d'expérience pour être
capables de tirer, par exploitation en chambre à l'appareil Poivilliers, des plans
très détaillés dont il ne reste plus qu'à établir la légende, en les complétant au sol.
A défaut d'une telle intervention, malheureusement coûteuse, des photographies
aériennes prises à l'aide d'un appareillage simple, de type Reflex, depuis des avions
d'aéro-club ou de liaison, pourront très largement aussi contribuer à simplifier
la tâche, et il ne faudra pas hésiter à y recourir. Elles aideront à ajuster les détails
(limites des parcelles ou des cultures à l'intérieur des parcelles, emplacement des
arbres, structure intime de l'habitat) à des mailles du levé. En outre,
certains des clichés pourront utilement s'insérer dans la publication ; ils aideront
le lecteur à se représenter le paysage, et montreront le fin détail qui ne peut
figurer sur une carte.
III. — Commentaire écrit
Les cartes énumérées ci-dessus ne serviront pas à « illustrer » le texte ; c'est
le texte, au contraire, qui servira de commentaire au jeu de plans, un peu à la
façon des notices jointes aux cartes géologiques, botaniques ou pédologiques.
Cette subordination par rapport aux documents graphiques suppose une rela
tive concision : 30 à 40 pages imprimées, format in-40. On ira du concret figuré
par les plans à l'interprétation abstraite des faits représentés ; en partant du
présent constatable et mesurable sur le terrain, on reconstituera l'évolution
passée des choses, et l'on cherchera à discerner les transformations en cours.
Cette façon de procéder suppose un plan conforme, dans ses grandes lignes,
au schéma suivant :
A. — Dans une première partie, descriptive, il s'agira, en utilisant au maximum
les cartes et, le cas échéant, les photographies aériennes à grande échelle, de
décrire en détail le terroir représenté et d'analyser le fonctionnement du système
de culture dont il est l'expression dans le paysage.
a) Les faits d'occupation purement agricole. — Quand le terroir étudié appar
aîtra découpé en zones ou en secteurs nettement individualisés, affectés par
exemple à des productions différentes ou caractérisés par des techniques spéci
fiques d'exploitation ou d'entretien du sol, chacune de ces parties sera examinée
à part : par exemple, les diverses couronnes de culture dans un terroir à éléments
concentriques. Ses particularités seront passées en revue, son originalité mise
en relief. C'est plus loin seulement, dans le commentaire interprétatif, que l'on POUR UN ATLAS DES TERROIRS AFRICAINS 63
dégagera le rôle respectif des diverses composantes du terroir dans la combinaison
agricole d'ensemble. Si, au contraire, le terroir forme un tout plus ou moins homog
ène, il faudra s'appuyer, pour ordonner la description en accord avec le paysage,
sur la notion de « types de champs », étant retenus comme tels ceux qui composent
l'éventail d'une exploitation agricole caractéristique
Les techniques mises en œuvre seront, bien entendu, envisagées de pair avec les
diverses subdivisions du paysage cultivé, ou les éléments variés qui se combinent
en lui. Une attention particulière sera prêtée à l'outillage et à son utilisation ;
aux méthodes de défrichage et de préparation du sol ; aux façons culturales ; aux
règles qui président à l'association, à la succession et à la rotation des cultures ;
aux procédés employés, le cas échéant, pour restituer leur fertilité aux champs
(fumure, modalités particulières destinées à accroître le pouvoir régénérateur
de la jachère naturelle) ; à la façon dont on irrigue, là où la question se pose ;
aux techniques appliquées à la conservation des récoltes.
De même auront à être évoqués, à propos de chacune des divisions adoptées,
les aspects sociologiques de la vie agricole, particulièrement en ce qui concerne
l'organisation du travail et le partage foncier. C'est à cette place, notamment, que
l'on définira les unités sociales de production (et de consommation des produits
agricoles), ainsi que les rapports de travail qui se manifestent à l'occasion des
principales tâches imposées par la culture. Symétriquement seront présentés, selon
leurs diverses modalités, les liens de caractère juridique ou religieux que les
hommes entretiennent avec le sol exploité. Tous ces faits ne seront pas seulement
analysés et cernés, mais aussi décrits dans leurs relations avec la carte du terroir
et les principales divisions que le paysage souligne au sein de ce dernier. On
examinera enfin si ces différents aspects « sociologiques » s'intègrent en un ensemble
organique, cohérent et hiérarchisé, constituant de véritables institutions agraires.
b) Les éléments complémentaires de la vie agricole. — Indépendamment des
faits d'occupation agricole, au sens strict, les éléments suivants devront être pris
en considération :
— l'habitat, au sens géographique du mot ;
— les limites du terroir (par rapport à ses voisins ou au sein d'un espace
inoccupé) et, plus généralement, la façon dont, même en l'absence de limites,
s'opère le contact avec l'extérieur ;
— les faits d'élevage et tout ce qui se rapporte aux activités dites secondaires
(pêche, chasse, cueillette, artisanat), pour autant qu'ils impliquent une localisa
tion, ou interfèrent simplement, d'une façon ou d'une autre, avec la vie agricole.
Si le cas se présente, on s'attachera particulièrement à décrire les méthodes ou
les moyens mis en œuvre pour faire cohabiter sans dommage, en saison végétative,
troupeaux et cultures sur un même terroir ;
— le réseau des pistes, chemins et sentiers desservant le terroir ou le reliant
à l'extérieur, et la circulation qui le parcourt. G. SAUTTER ET P. PÉLISSIER 64
De même que pour les faits purement agricoles, la description de chacune
des activités complémentaires sera suivie de l'analyse des institutions qui les
animent ou les contrôlent, même si, comme il est fréquent, elles sont en état
de crise.
Suivant le cas ou l'opportunité, ces questions seront traitées à part ou bien
en même temps que seront décrits les faits et la vie proprement agricoles. Ainsi
l'habitat qui, dans le cas d'un village groupé, ferait l'objet d'une présentation
séparée, devra être étudié en même temps que les « jardins de cases », quand les
habitations se disperseront au milieu des cultures jardinées. Les mêmes options
se présenteront pour l'élevage, suivant que, par exemple, il sera aux mains d'un
groupe distinct, vivant en marge du reste de la communauté, ou pleinement
intégré aux exploitations du village.
B. — Dans une seconde partie, interprétative, les traits figurés sur les plans
seront considérés ensemble, dans leur signification profonde, en vue d'une expli
cation synthétique. L'organisation de l'espace et l'aménagement du milieu
naturel, dont on aura décrit précédemment les aspects variés, devront être exami
nés tour à tour comme l'expression d'un système agricole, d'un certain nombre
de rapports sociaux et de l'insertion d'un terroir dans un contexte régional.
a) Comme l'expression d'un système agricole dans l'acception la plus large,
combinant les éléments suivants :
— un outillage et des instruments de production, ainsi que tout le matériel
employé pour transporter et traiter les récoltes ;
— une sélection de plantes et de procédés culturaux associés dans l'espace
en « types de champs » plus ou moins nettement définis, quelquefois en soles ;
d'animaux domestiques et de techniques particulières appliquées à l'élevage
ou destinées à en tirer parti ;
— un calendrier agricole annuel, ordonnant la succession des tâches requises
pour l'exploitation du terroir, dans les limites imparties par les contraintes du
milieu physique et la capacité de travail des cultivateurs ;
— un mode de variation spécifique de l'occupation du sol avec le temps
(pouvant d'ailleurs différer, à l'intérieur du même terroir, suivant le genre de
cultures ou l'emplacement). A l'exploitation continue et aux assolements qui vont
en général de pair avec elle, s'oppose à cet égard la formule beaucoup plus courante
dans laquelle les agriculteurs font alterner plus ou moins consciemment la culture
et la jachère. Cette succession elle-même peut être inorganique ou bien réglée,
obéissant à une périodicité régulière. La phase d'exploitation, de son côté, est
brève ou dure jusqu'au moment où le sol donne des signes d'épuisement. Enfin,
du défrichage à l'abandon du terrain, tantôt les mêmes cultures se répètent,
tantôt elles sont remplacées par d'autres, en une succession dégradante ou une
« pseudo-rotation » ;