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Psychologie générale - compte-rendu ; n°3 ; vol.88, pg 426-440

De
16 pages
L'année psychologique - Année 1988 - Volume 88 - Numéro 3 - Pages 426-440
15 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Psychologie générale
In: L'année psychologique. 1988 vol. 88, n°3. pp. 426-440.
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Psychologie générale. In: L'année psychologique. 1988 vol. 88, n°3. pp. 426-440.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1988_num_88_3_29289Analyses bibliographiques 426
française). A partir d'une table chronologique des événements importants
et de leur problématique, et sur la base d'une bibliographie de langue
anglaise presque exclusivement, l'auteur expose les présupposés philo
sophiques et épistémologiques des théories, leurs concepts et les réponses
qu'elles apportent à diverses questions telles que les relations de la
psychologie avec la biologie et l'éthique. En bref, un bon manuel de
travail pour un enseignement d'histoire et d'épistémologie de la psychol
ogie trop souvent négligé aujourd'hui en France, mais très justement
présent à l'étranger.
P. Oliviéro.
PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE
Bandura (A.). — Social foundations of thought and action : A social
cognitive theory, Englewood Cliffs (nj), Prentice Hall, 1986, 618 p.
Très important ouvrage à plus d'un titre : par la longueur; par le
nombre d'articles et ouvrages cités (plus de 1 900 dont beaucoup datent
des cinq dernières années) ; par la notoriété de l'auteur — son œuvre
scientifique, tant théorique qu'empirique, est très ample ; par l'étendue
de sa culture en psychologie — aucun domaine n'est étranger à son
savoir, ni à son argumentation : psychologie de l'apprentissage, psycho
logie cognitive, de l'enfant, psychologie clinique et patho
logique, psychologie appliquée, et, bien évidemment, psychologie sociale,
de laboratoire et de terrain, qui constitue sa base de départ, mais qui se
trouve, avec lui, située dans un contexte élargi qui en renouvelle les
approches, en étend la portée et enlève tout fondement aux inquiétudes
de ceux qui pensent que la psychologie sociale est en crise ; par l'exem
plarité d'une démarche théorique toujours appuyée sur des épreuves
expérimentales.
Mais ce qui est sans doute le plus fascinant pour le lecteur, c'est
l'ampleur de la théorie elle-même, une des rares et peut-être la seule
« grande théorie » qui ait été proposée depuis longtemps aux psychologues
plus habitués à des théories locales, à moyenne et même très courte
portée. L'ouvrage, du fait de sa richesse, peut être utilisé comme source
d'informations sur de nombreux points de la psychologie contemporaine ;
il est l'aboutissement d'un énorme travail de connaissance, de réflexion
et d'intégration, une somme, le « grand œuvre » d'un constructeur qui a
toujours remis ses réponses en chantier et cherché à les améliorer vers
le « bas » — dans le détail des conditions et des processus d'émergence
des phénomènes — et vers le « haut » — dans la mise en relation entre et entre processus et dans l'élaboration d'un système hiérar
chique de fonctionnement psychologique, suffisamment complexe et
flexible pour rendre compte des niveaux, des changements et adap
tations, mais aussi des biais du fonctionnement. Psychologie générale 427
II s'agit d'une théorie « socio-cognitive » générale de la pensée et de
l'action : sociale, parce que l'accent est mis sur les origines sociales de la
pensée et de l'action humaine, ainsi que sur les conditions de
leur fonctionnement ; cognitive, parce que les processus de pensée y
sont décrits comme exerçant une influence causale sur les motivations,
les affects et les actions de l'homme. Une des clefs de la théorie — et
c'est sans doute ce qui donne solidité à son architecture conceptuelle — ,
est un modèle tricomponentiel et interactionniste de la causalité psycho
logique : les événements du milieu, les processus cognitifs et le compor
tement s'influencent les uns les autres et réciproquement. Ainsi Bandura
s'éloigne-t-il du pur behaviorisme à la Skinner en montrant l'influence
des processus de pensée sur le comportement, mais sans nier
des conséquences du comportement ; il s'écarte aussi du pur cogni-
tivisme en montrant comment le savoir est transformé en performance
et comment l'individu réagit à ses propres actions ; il montre enfin est capable de réfléchir sur ses propres pensées et
actions et en vient à acquérir la capacité de s'autoréguler.
Le plan de l'ouvrage reflète à la fois comment l'auteur a construit sa
théorie par palliers successifs et comment l'individu acquiert peu à peu,
au contact des autres et par réflexion sur ce qu'il pense et fait, les
capacités nécessaires aux actions adaptées et contrôlées ; cette double
lecture est assez complexe. Les dix chapitres de l'ouvrage sont les
suivants : 1. « Les modèles de la nature humaine et de la causalité psycho
logique » ; 2. « L'apprentissage par observation » ; 3. « L'apprentissage
en acte » ; 4. « Diffusion sociale et innovation» ; 5. « Le savoir prédictif
et la prévision » ; 6. « Les motivants incitateurs » ; 7. « Les motivants
vicariants » ; 8. « Les mécanismes autorégulateurs » ; 9. « L'autoeffi-
cience » ; 10. « Les régulateurs cognitifs ».
Bandura s'exprime dans un langage simple, clair, à l'opposé du jargon
théorique trop souvent rencontré en psychologie et spécialement en
psychologie sociale. On peut cependant lui reprocher de croire que le
lecteur a la même aisance que lui-même à se mouvoir intellectuellement
à ce niveau : il y a trop peu de redondance et une absence totale de
résumés dans le cours et à la fin de ces gros chapitres ; le lecteur moyen
aimerait que, de temps en temps, on lui rappelle où on en est et où
on va. Une simple lecture ne suffit certes pas à assimiler tout ce que dit
l'auteur, mais l'effort est payant et il faut espérer que cet essai théo
rique, d'une rare qualité, contribuera, par son exemple, à rendre les
chercheurs conscients de la nécessité, maintenant, en psychologie,
d'éviter l'éparpillement et le cloisonnement, par la mise en perspective
des phénomènes particuliers qu'ils explorent, dans le contexte du fonc
tionnement psychologique général.
G. de Montmollin. Analyses bibliographiques 428
Kühl (J.) et Atkinson (J.). — Motivation, thought and action, New
York, Praeger, 1986, 382 p.
La recherche de la motivation qui pousse à l'action demeure le souci
lancinant d'une psychologie explicative. Cette recherche de l'explication
du comportement et non plus seulement de l'évaluation quantitative
de la performance comportementale exige le passage de modèles épiso-
diques à des modèles dynamiques du comportement. Des propositions
simples telles que : les motivations persistent dans le temps, se ren
forcent avec le temps et ceci d'autant plus qu'elles sont répétées, mais
s'atténuent lorsqu'elles s'assouvissent, conduisent à des implications
surprenantes sont appliquées à un modèle dynamique des
motivations. Dans cette perspective, le choix d'un comportement peut
immédiatement affecter les comportements suivants. Cette propriété
reflexive est au centre de cet ouvrage. En effet, le développement des
mémoires des ordinateurs permet actuellement le calcul, par simulation,
des dérivées différentielles qu'une telle propriété de réflexivité exige.
Ainsi, un programme (écrit en trs dos basic et décrit en fin de volume)
a été développé, permettant la simulation de conséquences pour le
comportement et sa motivation à partir d'antécédents complexes. De
plus, des chapitres explorent non seulement la valeur de la simulation
mais surtout sa capacité explicative. La validité de certains intitulés
sous-tendant des domaines de recherche classiques en psychologie tels
que l'expression des traits de personnalité, le test tat de mesure de la
motivation, le contrôle cognitif de l'action et la prise de décision, peu
vent être évalués par cette simulation dynamique.
Cette simulation aboutit d'ailleurs à des conclusions qui apparaissent
paradoxales pour une approche non A titre d'exemple, il
est généralement accepté que les impulsions motivationnelles conscientes
et inconscientes divergent principalement quant à l'intensité d'acti-
vation des structures mnésiques alors que la simulation de la dyna
mique de l'action nous présente plusieurs différences qualitatives entre
les processus conscients et inconscients.
L'avènement des machines séquentielles puis des machines à tra
itements parallèles de l'information permet la modélisation de plus en
plus fiable de la connaissance. Ce livre fournit le premier maillon pour
une étude fructueuse de l'intelligence artificielle qui se prolongera par
l'étude de la vie artificielle où se profile la motivation de l'immortalité
de l'être humain.
P. de Witte.
McClelland (J. L.) et Rumelhart (D. E.) and the pdp Research
Group. — Parallel distributed processing : Explorations in the micro-
structure of cognition, vol. 1 : Foundations, vol. 2 : Psychological and
biological models, Cambridge, Londres, mit Press, 1986, 548 et 612 p.
Vol. 1. : Foundations. — Cet ouvrage est le premier tome d'une série Psychologie générale 429
de trois volumes concernant l'approche dite « connexionniste » ou « neuro
mimétique ». Le titre choisi par les auteurs : traitement parallèle dis
tribué, évoque le fait qu'un réseau neuro-mimétique est une structure
parallèle contenant un grand nombre d'unités interconnectées, Chaque
unité effectue un traitement élémentaire de l'information. L'ensemble
du réseau peut ainsi effectuer des opérations telles que : apprendre,
reconnaître des formes, associer des informations... L'ambition des
auteurs est de proposer successivement une vision en intension : des
cription synthétique, et en extension : exemples de modèles, de ce
domaine. Gomme le sous-titre le laisse clairement apparaître, le point
de vue adopté est un point de vue cognitif, fondé sur des bases psychol
ogiques (spécialité des auteurs), voire neurobiologiques, par opposition
avec un autre point de vue largement répandu actuellement : celui des
physiciens.
La première partie présente une description relativement claire de la
problématique du connexionnisme, des idées de bases de l'approche,
illustrée par des applications typiques. Suit une tentative d'élaboration
d'un cadre général pour toutes les approches connexionnistes, et de
classification des grands courants connexionnistes dans ce cadre. Les
deux derniers chapitres de la partie 1 exposent des considérations
générales, relevant parfois de la philosophie, concernant la notion de
représentation distribuée, de niveau d'étude des phénomènes, de rela
tions avec le neuronal, avec le cognitif... Deux types d'approches se
dégagent de cette analyse : représentation localisée de l'information
(une unité = un concept), distribuée (un concept est
diffus dans un ensemble d'unités).
La seconde partie de l'ouvrage est consacrée à certaines approches
spécifiques, étudiées sous l'angle de l'apprentissage, d'un point de vue
relativement technique. Successivement, sont décrits : l'approche « Comp
etitive Learning » directement liée aux travaux de l'un des auteurs
(Rumelhart), la théorie de l'harmonie, l'apprentissage dans les machines
de Boltzmann (nom donné à une approche probabiliste, inspirée des
travaux du célèbre physicien), l'apprentissage dans les réseaux multi-
couches (par rétropropagation de gradient). Dans les différents cas, de
nombreux exemples illustratifs sont fournis.
La troisième partie du livre nous propose quelques exposés sur des
sujets divers allant de bases formelles (algèbre linéaire) à des considé
rations techniques sur les dimensions des réseaux.
L'ouvrage se termine par la description d'un système (et du pr
ogramme correspondant) de simulation de réseaux connexionnistes,
aspect qui sera développé largement dans le volume 3.
Mon point de vue subjectif sur cet ouvrage peut se résumer ainsi :
— cet ouvrage est le premier qui tente une présentation synthétique des
réseaux connexionnistes, c'est-à-dire d'un domaine relativement peu
stabilisé ; 430 Analyses bibliographiques
— la motivation des auteurs, le point de vue adopté, est celui de psycho
logues cognitivistes ; néanmoins les problèmes sont étudiés avec un
souci d'exhaustivité, d'objectivité, tout à fait louable dans un
domaine en plein essor comme celui-ci.
Si l'on tient compte de ces deux aspects, l'ouvrage est très intéressant,
pédagogique, agréable à lire ; par exemple, la partie 1 à elle seule peut
constituer une introduction au domaine, relativement complète et claire.
A. Grumbach.
Vol. 2 : Psychological and biological models. — Le second volume
est publié par les meilleurs avocats des modèles connexionnistes ou pdp.
Et comme ce type de modèle gagne sans cesse du terrain depuis quelques
années, on serait mal avisé de les ignorer. Rappelons succinctement les
principes fondamentaux exposés dans le volume 1. Un des objectifs
étant de rendre compte des processus de traitements réalisés en parallèle
ces modèles font appel à un grand nombre d'unités hypothétiques de
traitement. Ces unités sont interconnectées entre elles au sein d'un
réseau, et peuvent transmettre des messages excitateurs ou inhibiteurs
à d'autres unités. Mais, contrairement aux modèles symboliques, ces
unités ne correspondent pas à des concepts ou à des opérations singu
lières ; tout au plus elles peuvent être éventuellement identifiées à des
traits élémentaires au niveau des microstructures. Dans les modèles
connexionnistes, chaque état psychique ou nerveux correspond à un
pattern particulier d'activation. Et la répétition d'un état ne résulte pas
d'un stockage de ce pattern, mais de sa reconstitution. La représentation
est ainsi « distribuée » dans le réseau.
L'apprentissage est conçu non comme un processus consistant à
encoder et à entreposer des connaissances, mais comme un processus
modifiant la force et la distribution des interconnexions, et de ce fait
le pattern d'activation engendré par un même input : les différents
modèles de cette classe se différencient entre eux notamment par la
structure du réseau et les mécanismes de modification de la force des
connexions. Le mécanisme le plus simple, déjà formulé par Hebb, stipule
que la force de la connexion entre deux unités augmente quand celles-ci
sont activées simultanément.
Le volume 2 présente six applications en psychologie et six en neuro
biologie. Les modèles psychologiques sont envisagés dans des domaines
aussi divers que le tic-tac-too, l'analyse phonologique du discours et la
segmentation en mots, la lecture, la constitution de prototypes dans la
mémorisation, l'apprentissage du passé des verbes, la compréhension
des phrases. Précisément, un des objectifs exposés par Rumelhart et al.
dans le chapitre 14 est de transcrire dans les modèles connexionnistes
les concepts qui ont fait le succès des modèles symboliques, comme Psychologie générale 431
celui de schéma. La performance de certains de ces modèles est impres
sionnante. Tel est le cas des modèles trace I et II de McClelland et
Elman (chap. 15) pour la compréhension de discours, avec des unités
réparties en trois niveaux, traits, phonèmes et mots ; exposés à des
inputs naturels ou synthétiques, le modèle exhibe progressivement des
propriétés nouvelles effectivement observées chez les sujets humains.
Un autre modèle ayant des performances étonnantes est celui de Rumel-
hart et McClelland (chap. 18), qui, « entraîné » par la présentation de la
racine et de la forme passée de 420 verbes anglais, manifeste les trois
stades observés dans l'acquisition de passé par des enfants dont la
langue maternelle est l'anglais, avec diverses autres particularités.
La partie consacrée à la neurobiologie ne présente que deux modèles
effectivement « implémentés » avec indications des résultats de la simul
ation, l'un de Zipser sur la localisation spatiale, l'autre de McClelland
et Rumelhart sur l'amnésie. Les autres travaux mentionnent les pro
priétés fondamentales du système nerveux à prendre en compte dans la
modélisation, ou formulent des hypothèses sur certains phénomènes
comme la plasticité neuronique. Relevons l'article de Smolensky, qui,
partant d'une interrogation sur l'interprétation des modèles pdp, se
demande comment ce type de modèle pourrait aider à conceptualiser
les relations entre le cerveau et le psychisme.
Le qualificateur de « connexionniste » appliqué à ces modèles pourr
ait suggérer qu'il s'agit d'une résurgence seulement plus sophistiquée
de behaviorisme associationniste. Les choses sont plus complexes. En
effet, l'apprentissage réalisé par ces systèmes ne dépend plus seulement
des co-occurrences entre les inputs, mais de l'analyse des inputs et de
son architecture ; par ailleurs, ces modèles n'imposent pas l'abandon
des grands concepts et principes de la psychologie cognitive. S'il n'y a
pas concurrence avec les modèles symbolistes, quel sera le critère de
répartition du travail ? Rumelhart et al. suggèrent (p. 56) qu'il pourrait
s'agir de niveaux différents de description, ou d'une séparation entre
des processus très rapides, et des processus plus lents (> .25 ou .50 s).
C. George.
Chomsky (N.). — Knowledge of language : Its nature, origin and use,
Serie convergence, New York, Praeger Publishers, 1986, 308 p.
Dès ses premiers travaux (à la fin des années 50), Chomsky considère
que le but d'une théorie linguistique est de rendre compte de la struc
ture, de l'acquisition et de l'utilisation du langage. Ses recherches ont
abouti à la formulation de plusieurs modèles, connus sous le nom géné
rique de « grammaires generatives ». Parmi ceux-ci, le modèle développé
dans le livre Lectures on government and binding (Foris, 1981, traduction
française à paraître au Seuil), et complété dans Some concepts and Analyses bibliographiques 432
consequences of the theory of government and binding (mit Press, 1982,
traduction française La nouvelle syntaxe, Seuil, 1987), comporte des
modifications radicales par rapport aux grammaires chomskyennes
précédentes. Elles concernent les règles de catégorisation, le recours aux
transformations, la thèse de l'autonomie de la syntaxe... Les chan
gements sont si profonds qu'un lecteur non spécialisé pourrait se demander
si un point de vue unitaire peut être décelé au-delà de ces variations,
et aussi, quel serait le lien empirique et conceptuel entre les modèles
successifs. Un des mérites du livre que nous présentons ici est de montrer
que certaines thèses fondamentales, déjà présentes dans son premier
ouvrage (The logical structure of linguistic theory, 1955), restent toujours
valables. Ces thèses concernent : (i) la distinction entre grammaire uni
verselle et grammaires particulières ; (ii) la proposition selon laquelle
la théorie de la grammaire universelle est une hypothèse empirique sur
l'acquisition du langage; (iii) la conception des langues naturelles
comme des systèmes complexes caractérisés par l'interaction modulaire
de ses composantes. Ces thèses subsistent, bien que leur contenu concep
tuel et empirique ait changé qualitativement. Dans les premiers
chapitres du livre, Chomsky justifie les raisons de tels changements et
explique, entre autres, en quoi la théorie actuelle est plus satisfaisante.
D'une part, elle est plus restrictive, ce qui permet d'énoncer des hypo
thèses plus adéquates sur le fonctionnement du langage en général.
D'autre part, et ceci à travers la notion de « paramètre », la théorie
permet d'envisager sérieusement la construction d'un modèle de la
variation linguistique. D'après Chomsky, la maîtrise du langage résulte
d'un processus où les seuls facteurs pertinents sont un dispositif génétique
spécialisé ainsi que l'expérience linguistique. A l'état prélinguistique
initial, le dispositif génétique (dont la théorie des principes et para
mètres de grammaire universelle est une hypothèse empirique), projette
directement les données d'une langue particulière, sur l'état stable.
L'état stable atteint, où la grammaire de la langue à laquelle l'enfant
est exposé, est donc le résultat de l'application des principes sur l'expé
rience linguistique. Cette conception renvoie à l'hypothèse selon laquelle
la compétence linguistique est un système hautement différencié.
Elle donne une réponse à la question concernant la spécificité et la
richesse des systèmes cognitifs qui se développent chez l'homme, et ceci
en dépit de la « pauvreté » des informations disponibles dans l'enviro
nnement. Il s'agit de la question posée par Platon, selon l'auteur.
Un deuxième mérite du livre que nous présentons ici est de discuter
d'une façon plus technique (mais accessible au lecteur non spécialisé)
de certains problèmes empiriques couramment traités dans le cadre
théorique actuel, d'une part, et de certaines questions conceptuelles
concernant la notion de règle linguistique telle qu'elle apparaît dans
des ouvrages philosophiques, d'autre part. Quant au premier aspect,
Chomsky reprend, en les complétant, certains problèmes moins déve- Psychologie générale 433
loppés dans ses œuvres précédentes {i.e., les conditions portant sur la
représentation des faits linguistiques, l'établissement des « chaînes »...).
Parallèlement, il propose des reformulations importantes concernant le
rôle du lexique dans la syntaxe, la théorie du liage (qui rend compte de
la distribution et de l'interprétation des éléments anaphoriques et
pronominaux), et la théorie du Cas (qui traite des conditions structurales
agissant sur le processus de marquage casuel). Quant au deuxième
aspect, l'auteur confronte sa notion de « compétence linguistique »
aux notions d' « obéissance aux règles » défendues notamment dans les
œuvres de Wittgestein et Kripke.
Dans la préface du livre, Chomsky dit qu'il a été depuis toujours
préoccupé par deux questions centrales ayant trait à la nature de la
connaissance chez l'homme. L'une de ces questions concerne le pro
blème posé par Platon, que nous avons mentionné ci-dessus, et auquel
l'auteur consacre son œuvre scientifique. La deuxième concerne le
problème posé par Orwell, à savoir : comment est-il possible que
l'homme ait si peu de connaissance dans des domaines où les infor
mations sont si riches ? Chomsky répond à cette question dans un
nombre important de livres politiques. A cet égard, Knowledge of
language inclut un dernier chapitre (Notes on Orwell's Problem) dans
lequel, avec la clarté et la rigueur qui le caractérisent, l'auteur démonte
les mécanismes et les pratiques d'endoctrinement qui masquent et
rendent difficile l'accès à l'information dans les sociétés démocratiques.
C. Jakubowicz.
Lafontaine (D.). — Le parti pris des mots : normes et attitudes lin
guistiques, Bruxelles, Mardaga, 1986, 164 p.
Après avoir présenté au cours du premier chapitre un rappel des
deux principaux courants relatifs aux attitudes linguistiques, courant
dit « de la psychologie sociale du langage » et courant sociolinguistique,
l'auteur propose dans les deux chapitres suivants une étude empirique
des « attitudes et normes subjectives chez les enfants et les adolescents »
(chap. 2) et des « attitudes et normes subjectives chez les enseignants » 3). Chacune de ces études empiriques est précédée d'une brève
revue de la littérature concernant la question traitée et permettant,
par la critique portée sur celle-ci, de justifier les travaux empiriques
présentés par l'auteur.
L'ouvrage a le mérite de la clarté et de la simplicité, sans doute les
contraintes éditoriales le conduisent à être exagérément bref à certains
moments et expliquent l'abondance des notes de fin de chapitre (83 notes
pour le chap. 1, 72 notes pour le chap. 2, 46 notes pour le chap. 4).
Toutefois, cette brièveté rend parfois l'exposé un peu sommaire. Par
exemple, on peut être étonné de ne trouver aucune référence, ne serait-ce
même que sous forme d'allusion, aux thèses de Bernstein et surtout 434 Analyses bibliographiques
au débat Bernstein-Labov. Même si ce débat est quelque peu marginal
par rapport à l'objet central de l'ouvrage, il permettrait de poser, sem-
ble-t-il, quelques questions intéressantes quant aux variables situa-
tionnelles. Ou encore, on peut être surpris de ne rien lire quant à d'autres
définitions des attitudes linguistiques, elles aussi produites par des
psycholinguistes et des psychologues sociaux, ne serait-ce que pour
indiquer que le syntagme « attitude linguistique » n'est pas dépourvu
d'ambiguïté conceptuelle.
Ceci étant, l'auteur pose un problème central : quelle est la validité
des résultats obtenus dans le domaine des attitudes et normes subjec
tives, eu égard aux modes de travail et de traitement des données et
surtout à la prise en compte des variables situationnelles ?
Pour l'essentiel, la réponse tient en une jolie phrase de l'auteur :
« (...) nous avons suivi une troisième voie qui tente de rompre aussi bien
avec la perspective "rien que les sujets" et la perspective "tout sauf
les sujets" » (p. 136). L'auteur, tant dans son travail théorique que dans
son travail empirique, met au centre de ses préoccupations les variables
situationnelles. D'une certaine façon, on peut dire qu'il propose un
triangle dialectique :
norme
sujet -^ ^_ situation
et tente d'en explorer certains aspects. Les résultats donnent quelques
indications sur la validité de cette approche, mais ne sont cependant
pas suffisants pour en éclairer totalement la pertinence. De plus, rien
n'est dit, sauf marginalement (cf. p. 79 et s.), sur les mécanismes appro-
priatifs des systèmes de normes, ce qui rend le souci dialectique par
tiellement vide.
Quoi qu'il en soit, ne serait-ce que parce qu'il attire l'attention tout
à la fois sur le poids des outils de recueil et de traitement des données
dans la production des résultats et sur les traitements discutables que
l'on fait subir à un sujet social que l'on ne se préoccupe pas de théoriser,
cet ouvrage présente un certain intérêt.
R. Ghiglione.
Paivio (A.). — Mental representations : A dual coding approach,
New York, Oxford, Clarendon Press, 1986, 322 p.
Postérieurement à son ouvrage de 1971, Imagery and verbal processes,
Allan Paivio a publié de nombreux écrits apportant à la formulation de
son modèle des spécifications rendues nécessaires à la fois par les don
nées issues des paradigmes les plus récents de la recherche cognitive