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— Psychologie sociale - compte-rendu ; n°2 ; vol.53, pg 635-649

De
16 pages
L'année psychologique - Année 1953 - Volume 53 - Numéro 2 - Pages 635-649
15 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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VII. — Psychologie sociale
In: L'année psychologique. 1953 vol. 53, n°2. pp. 635-649.
Citer ce document / Cite this document :
VII. — Psychologie sociale. In: L'année psychologique. 1953 vol. 53, n°2. pp. 635-649.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1953_num_53_2_30138■
— Psychologie sociale. VII.
1° La psychologie des groupes
a) Points de vue théoriques.
(1) BION (W.). — Group dynamics : a review (La dynamique de
groupe: une revue). — ■ Internat. J. Psychoanal., 1952, 33, 235-247.
— (2) CATTELL (R.). — On the theory of group learning (De
la théorie de V apprentissage de groupe). — J. soc. PsychoL, 1953,
37, 27-52. — (3) HOROWITZ (M.), PERLMUTTER (H.). —
The Concept Of the SOCial group (Le concept de groupe social). —
J. soc. PsychoL, 1953, 37, 69-95. — (4) JAQUES (E.). — On
the dynamics Of SOCial Structure (De la dynamique de la structure
sociale). — Hum. Relat., 1953, 6, 3-24. — (5) LIPPITT (R.). —
Group dynamics. II : Group dynamics and personality dynamics
(La dynamique de groupe. II : Dynamique de groupe et dynamique
de personnalité). — Amer. J. Orthopsychiat., 1951, 21, 18-31.—
(6) SHAKOW (D.). — Group dynamics. Ill : Discussion (La dyna
mique de groupe. III : Discussion). — Amer. J. Orthopsychiat.,
1951, 21, 32-35. — (3) SNYDER (R.). — A theory of group
dynamics (Une théorie de la dynamique de groupe). — Relig.
Educ, 1951, 46, 39-43.
Bion (1) a consacré huit années de recherches à l'étude théorique
et expérimentale de la dynamique des groupes; il en présente la
synthèse en montrant à quelles théories il aboutit en appliquant un
certain nombre de concepts surtout psychanalytiques à l'explica
tion du comportement des groupes; l'essence du groupe ( groupness)
peut être définie comme les effets que les participants peuvent avoir
sur les idées, les émotions, les motivations de l'individu.
Cattell (2) se fonde sur l'analogie structurale de la personnalité
individuelle et de la «syntalité » du groupe pour définir, l'apprentis
sage de groupe comme le processus qui amène des changements
dans la syntalité du groupe comme tout. Il distingue l'apprentissage
des moyens par lequel un groupe cherche à atteindre un but fixe,
accepté par l'ensemble des membres, et qui a fait l'objet de nomb
reuses études expérimentales et cliniques, et l'apprentissage des
fins, qui vise à modifier l'intégration dans le groupe, c'est-à-dire à ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 636
contrôler, modifier, supprimer et adapter les désirs individuels, de
telle sorte qu'une satisfaction plus totale résulte de l'appartenance
au groupe. Cet apprentissage ne suit jamais les lois du conditionne
ment; il est essentiellement un processus adaptatif, dynamique,
précédé par une insight de la situation ou atteint par tâtonnement
essai-erreur; lorsqu'il est réussi, il se prolonge en un apprentissage
qui n'a aucune correspondance en psychologie individuelle : l'a
pprentissage synergique d'expansion, par lequel, les membres du
groupe fonctionnant comme un tout, perçoivent dans l'environne
ment de nouvelles possibilités de satisfaction et les choisissent comme
buts afin d'augmenter la somme totale des intérêts des individus
d'appartenir au groupe (synergie du groupe). L'apprentissage des
moyens est mesurable par les changements apportés dans les dimens
ions de syntalité qui se réfèrent également aux caractéristiques de
structure et de population du groupe; de même l'apprentissage des
fins serait mesuré par les changements opérés dans la synergie du
groupe; une analyse des variables fourniraient les facteurs qui déter
minent, dans l'un et l'autre cas, l'efficience- du groupe. En fonction
de ces réflexions théoriques, Cattell fait la revue d'un certain nombre
de problèmes techniques pour l'étude des changements de la synergie
d'un groupe, des différentes variables pouvant influer sur la réussite et qui ont déjà fait l'objet d'études dispersées : deux
de ces variables semblent particulièrement rendre compte de la
variance : le mode de distribution de la récompense, et le mode de
structuration du groupe. Horowitz et Perlmutter (3) examinent les
différentes critiques adressées à la conception du groupe-comme-tout,
accusée le plus souvent de tendances a-scientifiques à la réification
et à la métaphysique. Beaucoup de psychologues sociaux (Allport,
Klineberg, Krech...) ont rendu insoluble le problème des processus
de groupe en mettant l'accent sur l'individu-dans-le-groupe ou en
refusant au groupe tout champ physique sous-jacent. Or, poser la
question de l'existence d'un groupe, cela signifie en psychologie
objective de l'étude du comportement, demander quels sont les
critères scientifiques de l'existence du groupe. C'est en fait le groupe
qui donne son sens à la fonction de la partie; et la psychologie des
groupes consiste à observer, à décrire et à expliquer les parties,
membres du groupe, d'un point de vue focalisé sur le groupe comme
tout d'un point de référence « total »; c'est le caractère de groupement
(groupness) qui en est l'objet, et non les différences individuelles des
comportements partiels qui ne sont considérées que comme des
indices d'une Gestalt totale qui doit être inferrée à partir des interac
tions complexes. Ces interactions ne sont pas seulement verbales,
elles ne peuvent être comprises qu'en termes de situation totale
de groupe. Il semble aux auteurs que puisqu'on peut ainsi observer
un comportement de groupe, on peut définir une existence empi
rique du groupe en termes de mémoire, apprentissage, perception PSYCHOLOGIE SOCIALE 637
de groupe, même en l'absence d'un cerveau unique de réception et
de direction. Les lois au niveau de groupe seront celles par lesquelles
les individus dans la situation totale du groupe, tirent leurs propriétés
du groupe même. Il convient, pour comprendre ce niveau d'expli
cation, de considérer un modèle hiérarchique d'explication scienti
fique : les lois, à chaque niveau, décrivent les propriétés uniques de
ce niveau, requièrent des méthodes d'études différentes, expriment
de nouvelles relations d'organisation entre les différentes parties et
l'ensemble. Ici est cité Schneirla : « Toute organisation sociale repré
sente un niveau qualitativement nouveau qui émerge et qui n'équi
vaut pas à ce qui peut être atteint par une simple sommation des
propriétés de ses constituants individuels... » Ce modèle de synthèse
psychologique des deux niveaux individuel et collectif se réfère au
principe d'incertitude d'Heisensberg selon lequel l'exactitude de
la prédiction d'un événement est proportionnelle à la connaissance
de la totalité dans laquelle se produit cet événement; plus isolée est
une partie, moins certaine est la prédiction de son comportement : les
lois de la psychologie sont par conséquent essentiellement, hiéra
rchiquement et dynamiquement relatives; l'existence empirique du
groupe, plus complexe à étudier et à définir, est paradoxalement
plus fondée que celle de l'individu. La psychologie sociale doit donc
continuer à définir objectivement son objet, c'est-à-dire vérifier
expérimentalement les lois de l'organisation, du développement,
de la maturité, de la cohésion, de la dislocation et du changement
des groupes.
L'article de Jaques (4), contrairement au schéma précédent,
trouve le fondement d'une dynamique du groupe dans la force qui
pousse l'individu à entrer dans des associations organisées, pour se
défendre contre l'anxiété et la dépression. Certaines institutions
sont ainsi inconsciemment utilisées par leurs membres comme méca
nismes de défense; les conflits intimes se trouvent projetés dans des
personnages du monde extérieur (identification projective) et quel
quefois ré-intériorisés à la manière de problèmes objectifs (identi
fication introjective), selon deux processus psychanalytiques, mis
en évidence l'un par Freud, l'autre par Melanie Klein. De plus, le
fait de partager inconsciemment ces mécanismes avec les autres
membres du groupe apporte une satisfaction et un renforcement non
négligeables. Il y a ainsi deux niveaux de structuration des inst
itutions sociales : une forme et un contenu manifestes et acceptés
consciemment; une forme et un contenu que l'auteur appelle « ima
ginaires » (fantasy) ou phantasmiques qui restent inidentifiés,
évités, niés. Il y aura changement social là où les relations sociales
phantasmiques dans une institution ne serviront plus à renforcer
les défenses individuelles contre l'anxiété psychotique. Cette pers
pective dynamique permet, par l'observation des processus sociaux,
d'étudier comme dans un miroir grossissant la manière dont opèrent 638 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
les processus d'anxiété et de défense, d'expliquer le mécanisme des
changements sociaux et le caractère insoluble de certains problèmes.
Signalons enfin la liste des types de phénomènes étudiés dans le
domaine de la dynamique de groupe (Lippitt, 5.) suivie de deux pro
jets de recherche de psychologie sociale situés dans une perspective
de « groupe-comme-tout »; une mise au point des différents niveaux
de la psychologie du comportement qui nécessitent chacun une
approche différente, le psychologue de l'individuel restant nettement
spécialisé dans les situations de « Stress » (Shakow, 6); et les défini
tions théoriques de Snyder (7) « le groupe est un champ de force qui
fournit un rôle à chacun de ses membres », qui, tout en distinguant
les groupes centrés sur les personnes dans lesquels les relations sont
surtout affectives, et les groupes centrés sur les tâches dans lesquels
elles sont surtout structurales et intentionnelles, montre que l'ef
ficacité collective doit être recherchée au point de rencontre de ces
■deux dynamisffies.
b) Points de vue méthodologiques.
(1) ARGYLE (N.). — Methods of studying small social groups
(Méthodes dû étude des petits groupes sociaux). — Brit. J.
Psychol., 1952, 43, 269-279. — (2) BALES (R.), STRODT-
BECK (F.). — Phases in group problem-solving (Phases dans
la résolution d'un problème par un groupe). — J. abn. soc.
Psychol, 1951, 46, 4, 485-495. — (3) CARTER (L.), HAY-
THORN (W.), MEIROWITZ (B.), LANZETTA (J.). — A note
on a new technique of interaction recording (Note sur une nouv
elle technique de V enregistrement de V interaction) . — J. abn.
soc. Psychol, 1951, 46, 2, 258-260. — (4) CARTER (L.),
HAYTHORN (W.), MEIROWITZ (B.), LANZETTA (J.). —
The relation of the categorization and ratings in the observation
of group behavior (Relation entre le classement par catégories et
V évaluation par échelle dans V observation des comportements de
groupe). — Hum. Relat, 1951, 4, 3, 239-254. — (5) BALES
(R.). — Some statistical problems in small group research (Quelques
problèmes statistiques dans l'étude des petits groupes). — - J. amer.
Statistic. Ass, 1951, 46, 311-322. — (6) BALES (R.), STODT-
BECK (F.), MILLS (T.), ROSEBOROUGH (M.). — Channels
Of communication in small groups (Voies de communication dans
les petits groupes). — Amer. Sociol. Rev, 1951, 16,461-468. —
(7) CARTWRIGHT (D.). — Achieving change in people : some
applications Of group dynamics theory (Réussir à faire changer
les gens : quelques applications de la théorie de dynamique de
groupe). — Hum. Relat, 1951, 4, 381-392. — (8) HENRY (W.),
GUETZKOW (H.). — Group projection sketches for the study PSYCHOLOGIE SOCIALE 639
of small groups (Dessins projectifs pour V étude des petits groupes).
— J. soc. Psychol., 1951, 33, 77-102. — (9) JAMES (J.). —
A preliminary study of the size determinant in small group inter
action (Etude préliminaire de la variable « taille du groupe » dans
l interaction de petits groupes). — Amer. Sociol. Rev., 1951, 16,
474-477. — (10) KING (G.), ERHMANN (J.), JOHNSON (D.).
— Experimental analysis of the reliability of observations of
social behavior (Analyse expérimentale de la fidélité des observa
tions du comportement social). — J. soc. Psychol., 1952, 35, 151-
161. — (11) LANDECKER (W.). — Types of integration and
their measurement (Types d'intégrations, et leur mesure). — -
Amer. J. Sociol., 1951, 56, 332-340. — (12) WITHALL (J.). —
The development of the climate Index (Développement d'un index
de climat social). — J. educ. Res., 1951, 45, 93-100. — (13)
WRIGHTSTONE (J.). — Measuring the social climate of a
■classroom (Mesurer le climat social d'une classe). — J. educ.
Res., 1951, 44, 341-351.
Dans un excellent article N. Argyle (1) situe avec netteté l'étude
des groupes restreints dans l'ensemble de la psychologie sociale, il
en évalue l'importance, fait une revue critique des méthodes expé
rimentales employées dans ce domaine, ainsi que des principaux
résultats obtenus. A son avis, la psychologie sociale est devenue
l'étude des interactions humaines qui se jouent sur le fond général
d'une culture et des groupes sociaux qu'elle comprend. Elle doit
distinguer les groupes temporaires — objets artificiels de laboratoire
— dans lesquels on saisit les conduites sociales des individus dans
une culture donnée, des groupes primaires, caractérisés par leurs
•règles, la hiérarchie qui préside aux relations individuelles stables,
et dans lesquels on saisit la conduite sociale propre à. un système
social intégré à une culture. Si l'on s'attache actuellement à l'étude
du groupe social restreint c'est d'abord qu'on le considère comme un
phénomène en lui-même, une unité, un tout, susceptible d'une ana
lyse à son niveau propre, et comme une réalité en fait très impor
tante dans notre société. C'est ensuite qu'on y voit une réplique, à
petite échelle, de processus sociaux plus vastes, et qu'on pense pou
voir étendre aux grands groupes (classe sociale, foule, etc.) les résul
tats de détail, obtenus par des techniques expérimentales, sur des
groupes restreints. Mais la validité de ce passage pose un problème :
le simple fait de changer d'échelle peut faire surgir des phénomènes
nouveaux, et N. Argyle indique de quelles précautions méthodolo
giques il faut s'entourer. Le groupe restreint « face à face » est carac
térisé par le fait que les membres (au maximum au nombre de 15)
sont en interaction constante et se perçoivent les uns les autres, pen
dant une période donnée. L'expérimentation dans ce domaine consiste
à faire varier la situation ou le groupe, et à contrôler les observat
ions, de façon à pouvoir tester soit une hypothèse sur une relation 640 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
entre des variables (expérience cruciale), soit la présence — au
l'absence — de relation entre les variables (expérience d'explorat
ion).
Une première difficulté rencontrée est la constitution de groupes-
de contrôle, qui soient appariés, alors qu'on ne sait pas exactement
selon quelles dimensions apparier les groupes (caractéristiques des
individus? conduite de groupe? critères sociométriques?). Argyle
propose un remède, mais la difficulté demeure. Nouvel obstacle,,
propre au schéma expérimental « groupe constant, conditions suc
cessives... » : les premières conditions affectent les suivantes (apprent
issage, déception, etc.), ce qui brouille le schéma. Mais la plus grave
difficulté signalée par l'auteur est celle de la validité des généralisa
tions faites à partir de résultats expérimentaux valides. Il ne faut
jamais oublier, en effet, ni le caractère artificiel de la situation de
laboratoire, intransposable directement en situation de la vie réelle;,
ni l'ignorance où nous sommes des processus de formation des groupes
primaires (quoique actuellement on ait tendance à considérer tout
groupe temporaire comme un groupe primaire à l'état naissant);
ni le caractère partiel du point de vue auquel se place l'expériment
ateur, pour isoler, en fonction d'une théorie, les séquences causales;
ni l'influence de la personnalité de l'observateur; ni le fait que l'échant
illon expérimental n'est représentatif que d'un groupe ou d'un
sous-groupe culturel : d'où la prudence nécessaire à la généralisation.
Après une revue précise et ordonnée — quoique rapide — de tous*
les travaux importants récents portant sur les groupes restreints,
l'auteur conclut que, dans ce domaine, la recherche commence tout
juste à sortir d'une phase dans laquelle on a trop négligé les diff
érences individuelles; probablement était-ce parce que l'on pensait
ces termes de « normes sociales » ou en termes Lewiniens de « champ*
social », ce qui suppose une homogénéité complète des sujets.
Dans l'ensemble, malgré les difficultés, et malgré les piétinements;
et les lacunes, les techniques d'étude des groupes restreints sont
bien établies. Maintenant le besoin se fait sentir, en présence d'une
certaine anarchie dans les résultats, d'une théorie deductive plus,
comprehensive des systèmes sociaux que sont les groupes primaires,,
et l'auteur semble enclin à penser qu'elle s'élaborera en termes de-
processus individuels.
R. F. Baies et F. L. Strodtbeck (2) présentent une méthode visant
à tester l'existence empirique de phases différenciées au cours d'un
processus de groupe. Plus précisément : à certaines conditions par
ticulières du déroulement de l'interaction (interaction verbale sur
tout, ou discussion de groupe) ne correspond-il pas un certain type
de distribution des phases du processus de groupe? La réponse-
donnée à cette question ici, doit être comprise en fonction de caté
gories standard d'observation des conduites que R. F. Baies a ana
lysées et classées systématiquement dans un précédent travail. PSYCHOLOGIE SOCIALE 641
(cf. « A set of categories for the analysis of small group interaction. »
Amer. Soc. Rev., 1950, 2, 15, 257-263) :
L'hypothèse générale est qu'un groupe cherchant à résoudre un
problème tend à passer des problèmes <¥ orientation aux problèmes
<£ évaluation, et, de là, aux du contrôle, en même temps
que tend à croître la fréquence des réactions positives et négatives.
Mais cette succession de phases dépend de conditions diverses :
a) celles qui sont antérieures au processus d'interaction : les personn
alités des membres, dans leurs aspects idiosyncratiques, leurs
caractéristiques communes dues à leur culture parentale et à la
sub-culture du groupe particulier étudié, l'organisation du groupe
et la position que chacun occupe dans la structure d'ensemble.
b) celles qui naissent de ce processus même, produites par la nature
de la tâche en face de laquelle le groupe se trouve, et qui évolue au
cours du travail de résolution. Toutes ces conditions ne sont d'ail
leurs qu'énumérées, et leur analyse approfondie reste à faire.
Une idée intéressante (dont les auteurs amorcent la vérification
expérimentale, et qui rejoint les résultats obtenus dans d'autres
travaux) est que la résolution d'un problème externe par un groupe
produit une série de changements dans le domaine socio-émotionnel :
affaiblissement de la solidarité, différenciation des rôles, augment
ation de la fréquence des réactions négatives qui atteint un max
imum au moment où se posent les problèmes du contrôle, tous ces
changements se trouvant manifestés à travers l'interaction ver
bale. La vérification expérimentale a porté sur 22 groupes de 3 à
8 membres, placés dans des conditions différentes quant à leur taille
et à la tâche proposée; dans 14 groupes sur 22 l'hypothèse des
3 phases ne se trouve pas vérifiée, en même temps que les conditions
de l'interaction spécifiées dans l'hypothèse ne se trouvent pas remp
lies (ce qui ne constitue évidemment qu'une vérification partielle).
Les résultats cependant suggèrent qu'indépendamment des condi
tions externes variables, il y a des conditions plus ou moins inhérentes
à la nature même du processus d'interaction, ou à la communication
elle-même, et ce seraient en réalité ces conditions internes présumées
qui fonderaient le système des catégories de conduite que Bales a
utilisé dans ses travaux antérieurs sur les groupes restreints. Les
auteurs proposent deux schémas de méthode expérimentale suscept
ibles de mettre en lumière ces tendances internes du processus
d'interaction conduisant à la résolution d'un problème par un groupe.
Carter, Haythorn, Meirowitz et Lanzetta (3) critiquent précis
ément la technique d'enregistrement et de codification des conduites
proposée par R. F. Baies. Les 12 catégories sont insuffisantes, disent-
ils, il en faut de plus nombreuses. La prise en note n'est pas assez
simple (puisqu'elle comprend le contenu, la direction et la dimens
ion temporelle des interactions). Quant à l'appareil enregistreur de
Baies et Gerbrands, et au chronographe de Chappie, s'ils évitent 642 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
certains de ces inconvénients, ils en présentent d'autres. Enfin, les
catégories de Baies ne conviennent pas à l'enregistrement des con^
duites d'un groupe aux prises avec une tâche qui implique la mani
pulation d'un matériel. Malheureusement, les améliorations propos
ées par les auteurs restent minces : une machine à sténotypier
avec déroulement automatique et compteur, un code pour repérer
les sujets et les conduites (à vrai dire très peu différent de celui de
Baies) permettait d'enregistrer et de scorer avec un minimum de
gestes le processus d'interaction au fur et à mesure de son déroule
ment. La difficulté de limitation du nombre des catégories est signal
ée, mais les auteurs proposent cependant une liste de 90 catégories!
(qui est inspirée de celle de Baies et Gerbrands et à laquelle Baies
a renoncé).
Ainsi améliorée, ces mêmes auteurs ont utilisé cette technique
dans une étude expérimentale (4) sur la comparaison entre les deux
méthodes les plus généralement employées dans l'observation des
groupes restreints. La première consiste à évaluer les conduites,
après la période d'observation, en situant certains de leurs traits
sur une échelle de points, la deuxième à classer, dans un tableau
de catégories, les unités de conduite, au fur et à mesure de leur appar
ition. Les auteurs dénoncent les inconvénients liés respectivement
à ces deux méthodes, mais établissent, par une expérimentation
portant sur 5 groupes de 8 sujets (puis 10 groupes de 4 sujets), qu'elles
fournissent toutes deux des résultats d'une grande fidélité (parmi
les résultats obtenus, relevons que le type conduite observé — par
les deux techniques — dépend avant tout de la nature de la tâche
à laquelle se livre le groupe.)
Le degré de la relation entre les mesures obtenues par les deux
techniques est tel qu'il indique qu'elles saisissent un objet commun,
la même réalité psychosociologique. Quant aux intercorrélations
de certains traits de la conduite, quand elles sont tirées de mesures
dues à l'évaluation, elles sont extrêmement élevées : ce qui indique
que, tout en tenant compte de l'effet de halo, il y a une co-variance
réelle; quand elles sont tirées de la mise en catégories, ces intercor
rélations sont beaucoup plus fortes pour les groupes de 8 sujets que
pour les groupes de 4 sujets. Sans doute, dans les groupes nombreux,
la réduction de l'espace ou du degré de liberté de la conduite indi
viduelle fait-elle apparaître une structure de groupe qui rend plus
féconde l'application de la grille des catégories. Baies (5), après la
parution de son ouvrage Interaction Process analysis en 1950, a
appelé les statisticiens à s'intéresser au domaine des petits groupes :
l'interdépendance actuelle des variables laisse sans épreuves approp
riées pour tester la signification des différences dans les principales
distributions de mesures. Il pense du reste que la solution de ce
problème pourrait donner naissance à de nouvelles méthodes sta
tistiques de signification générale. PSYCHOLOGIE SOCIALE 643
Dans un autre travail (fait en collaboration) portant sur certaines
régularités qui apparaissent dans les fréquences des communications
entre membres d'un groupe restreint, il s'est également tourné vers
les mathématiciens, leur demandant un « modèle » qui puisse tenir
compte de variables nombreuses. Quoiqu'il soit convaincu que l'a
pproche la plus féconde pour pénétrer ces régularités soit l'analyse
sociologique des systèmes sociaux restreints, il pense que celle-ci
n'exclut pas, mais au contraire réclame une formulation mathémat
ique au statistique.
En vue d'assurer l'efficacité d'une technologie sociale, Cart-
wright (7) fait la revue des principes fondamentaux de dynamique
sociale : pour réussir à changer les gens, il est nécessaire d'utiliser
les pressions sociales qui agissent à l'intérieur des groupes auxquels
ils appartiennent, et ainsi d'agir sur la cohésion, l'attraction, le
prestige, la structure, la perception et l'information de ces groupes.
Par une technique audacieuse, peut-être même aventureuse, qui
se fonde à la fois sur les points de vue théoriques du groupe-comme-
tout et des processus de projection, Henry et Guetzkow (8) proposent
un test thématique de groupe. Cinq esquisses, dont les caractéris
tiques formelles ont été soigneusement étudiées, sont proposées
l'une après l'autre au groupe face-à-face; les consignes semblables
à celles du T. A. T. et les histoires finales présentées pour chaque
image par le groupe sont analysées en forme thématique ou syst
ématiquement représentées sur des échelles d'évaluation. De même
que l'individu a une personnalité une, qui se projette dans les objets
extérieurs et caractérise ses perceptions, de même un groupe face-à-
face peut être conçu comme ayant des caractéristiques constantes
et interreliées qui le déterminent à percevoir les interrelations sociales
selon des modes caractéristiques. Le test projectif proposé répond
au besoin d'une méthode plus rapide et plus pénétrante que les
procédés habituels (observations, mesures sociométriques ou caté
gorisations à partir de discussion de groupe.) Des exemples d'his
toires sont étudiés selon les deux méthodes d'analyse.
Une brève étude sociologique (9) donne une certaine validation à
l'étude des petits groupes. Des observateurs font le décompte du
nombre de participants — de presque 10.000 groupes définis comme
face-à-face, dans une grande variété d'événements publics et com
merciaux d'une grande ville. Il se trouve que la distribution du
nombre des participants n'est pas normale: elle compose une courbe
en J; 71 % des groupes sont composés de deux membres. L'étude
de King, Erhmann et Johnson (10) porte sur la fidélité des observa
tions du comportement social. 38 enfants sont observés et estimés
par deux observateurs qui utilisent une liste de 15 catégories de
comportement et une échelle de 5 points. Deux variables étaient consi
dérées : l'entraînement des observateurs et l'utilisation de l'informa
tion de base, en l'occurrence les réponses des parents interviewés;