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Quelques données sur la population de Saint-Domingue au XVIIIe siècle - article ; n°4 ; vol.28, pg 859-872

De
16 pages
Population - Année 1973 - Volume 28 - Numéro 4 - Pages 859-872
Alors que la population du Canada français a pu être suivie dès son début, les données démographiques sur les Antilles avant la Révolution sont rares et incertaines en particulier pour la population noire. Et cependant Saint-Domingue était estimé par les économistes et politiques très au-dessus du Canada car il rapportait sous la forme de « produit net », bien davantage. Des registres paroissiaux étaient cependant établis, mais les troubles entraînèrent d'importantes destructions. M. Jacques Houdaille, chargé de recherches à l'INED, a dépouillé des registres paroissiaux et présente ici sur la population de Saint-Domingue différentes données en partie inédites en particulier sur la mortalité des Blancs et des libres ou affranchis.
SUMMARY The purpose of this paper is to estimate the number of French people who died in Saint-Domingue {now Haiti) from 1710 to 1803. Despite their poor quality, parish registers are used since those which have been lost or destroyed can be completed with population counts. Nearly 60 % of the 100 000 Frenchmen who left for that colony and did not return to France were from the South West (Poitou and Aquitaine). The part played by Marseille and its vecinity became important in the last decades of the \%th century. Among early settlers, there was a sizeable number of people from other French colonies {especially Saint Kitts). Some 200 Acadian réfugiées died in Saint Domingue after 1760. The scarcity of white women brought about much racial intermixture. Light skinned Creoles were becoming an important social group on the eve of the French Revolution. From 1794 to 1803 vital events of former slaves were recorded but few registers have been preserved for that period. As the African origins of these former slaves are mentioned, comparisons can be made with those of Africans who were granted freedom before the Revolution. The number of soldiers in General Leclerc's expedition, who died from yellow fever in 1802 and 1803, had to be estimated from other sources.
RESUMÉN Se trata de estimar aqui cuantos franceses se murieron en Santo Domingo {hoy en dia Haiti) en el sigh xvni. A pesar de ser muy incompletos, los registros parroquiales se pueden utilizar ya que existen otras fuentes estadisticas que indican el numero de los habitantes blancos en la mayoria de las parroquias. El 60 % de los 1 00 000 franceses que se murieron alii eran del Suroeste (Poitou y Aquitaine). Sin embargo, Marseille desempeňó un papel importante a fines del siglo xvni como puerto de salida hacia las Antillas. Entre los primeros colonizadores se encuentran hombres y mujeres nativos de otras colonias (especialmente San Cristoforo). Unos 200 refugiados de Acadia se murieron en Santo Domingo des pues de 1760. La falta de mujeres blancas dió origén a muchos mezclos de raza : los criollos de tez clara llegaron a ser un grupo social de mucha impor- tancia en vis per as de la Revolución. De 1794 a 1803, se registraron las muertes de toda la población pero pocos documentes del registro civil referentes a ese periodo han sido conservados. Los origenes de los africanos son mencionados de modo que se puede hacer comparaciones con los africanos emancipados antés de la Revolución. Para estimar el numero de los soldados pertenecientes a la expedición del general Leclerc que se murieron de la fiebre amarilla en 1802 y 1803, se han utilizado otras fuentes que los documentos del registro civil.
14 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Jacques Houdaille
Quelques données sur la population de Saint-Domingue au
XVIIIe siècle
In: Population, 28e année, n°4-5, 1973 pp. 859-872.
Citer ce document / Cite this document :
Houdaille Jacques. Quelques données sur la population de Saint-Domingue au XVIIIe siècle. In: Population, 28e année, n°4-5,
1973 pp. 859-872.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pop_0032-4663_1973_num_28_4_15523Résumé
Alors que la population du Canada français a pu être suivie dès son début, les données
démographiques sur les Antilles avant la Révolution sont rares et incertaines en particulier pour la
population noire. Et cependant Saint-Domingue était estimé par les économistes et politiques très au-
dessus du Canada car il rapportait sous la forme de « produit net », bien davantage. Des registres
paroissiaux étaient cependant établis, mais les troubles entraînèrent d'importantes destructions. M.
Jacques Houdaille, chargé de recherches à l'INED, a dépouillé des registres paroissiaux et présente ici
sur la population de Saint-Domingue différentes données en partie inédites en particulier sur la mortalité
des Blancs et des libres ou affranchis.
Abstract
SUMMARY The purpose of this paper is to estimate the number of French people who died in Saint-
Domingue {now Haiti) from 1710 to 1803. Despite their poor quality, parish registers are used since
those which have been lost or destroyed can be completed with population counts. Nearly 60 % of the
100 000 Frenchmen who left for that colony and did not return to France were from the South West
(Poitou and Aquitaine). The part played by Marseille and its vecinity became important in the last
decades of the \%th century. Among early settlers, there was a sizeable number of people from other
French colonies {especially Saint Kitts). Some 200 Acadian réfugiées died in Saint Domingue after
1760. The scarcity of white women brought about much racial intermixture. Light skinned Creoles were
becoming an important social group on the eve of the French Revolution. From 1794 to 1803 vital
events of former slaves were recorded but few registers have been preserved for that period. As the
African origins of these former slaves are mentioned, comparisons can be made with those of Africans
who were granted freedom before the Revolution. The number of soldiers in General Leclerc's
expedition, who died from yellow fever in 1802 and 1803, had to be estimated from other sources.
Resumen
RESUMÉN Se trata de estimar aqui cuantos franceses se murieron en Santo Domingo {hoy en dia
Haiti) en el sigh xvni. A pesar de ser muy incompletos, los registros parroquiales se pueden utilizar ya
que existen otras fuentes estadisticas que indican el numero de los habitantes blancos en la mayoria de
las parroquias. El 60 % de los 1 00 000 franceses que se murieron alii eran del Suroeste (Poitou y
Aquitaine). Sin embargo, Marseille desempeňó un papel importante a fines del siglo xvni como puerto
de salida hacia las Antillas. Entre los primeros colonizadores se encuentran hombres y mujeres nativos
de otras colonias (especialmente San Cristoforo). Unos 200 refugiados de Acadia se murieron en Santo
Domingo des pues de 1760. La falta de mujeres blancas dió origén a muchos mezclos de raza : los
criollos de tez clara llegaron a ser un grupo social de mucha impor- tancia en vis per as de la
Revolución. De 1794 a 1803, se registraron las muertes de toda la población pero pocos documentes
del registro civil referentes a ese periodo han sido conservados. Los origenes de los africanos son
mencionados de modo que se puede hacer comparaciones con los africanos emancipados antés de la
Revolución. Para estimar el numero de los soldados pertenecientes a la expedición del general Leclerc
que se murieron de la fiebre amarilla en 1802 y 1803, se han utilizado otras fuentes que los
documentos del registro civil.QUELQUES DONNEES
SUR LA POPULATION
DE SAINT-DOMINGUE
AU XVIIIe SIÈCLE
suivie Alors dès que son la début, population les données du Canada démographiques français a pu sur être les
Antilles avant la Révolution sont rares et incertaines en par
ticulier pour la population noire. Et cependant Saint-Domingue
était estimé par les économistes et politiques très au-dessus
du Canada car il rapportait sous la forme de « produit net »,
bien davantage.
Des registres paroissiaux étaient cependant établis, mais
les troubles entraînèrent d'importantes destructions.
M. Jacques Houdaille, chargé de recherches à l'INED,
a dépouillé des registres paroissiaux et présente ici sur la popul
ation de Saint-Domingue différentes données en partie
inédites en particulier sur la mortalité des Blancs et des libres
ou affranchis.
Découverte par Christophe Colomb à son premier voyage, l'île
d'Hispaniola fut occupée par les Espagnols, mais, dès le début du
xviie siècle, sa partie Ouest et, en particulier, l'île de la Tortue servirent
de repaire aux boucaniers. En 1654, un groupe de Français s'établit sur
la côte nord et réussit à s'y maintenir, malgré une expédition espagnole
qui saccagea leurs villages. A partir de 1660, quelques engagés de la
Rochelle s'embarquèrent pour Saint-Domingue et, en 1661 (1), le roi
nomma un gouverneur de cette colonie, dont la possession fut reconnue
à la France, en 1697.
Au cours du xviiie siècle, Saint-Domingue connut une grande
prospérité, grâce à la culture de la canne à sucre et, à partir de 1760,
(11 G. Debien, Les engagés pour les Antilles, 1639-1715, Paris 1951, p. 99.
Nous remercions l'auteur de cet ouvrage qui a bien voulu relire le présent
article et nous suggérer d'importantes corrections. 860 LA POPULATION DE SAINT-DOMINGUE
du café. Selon le premier recensement en 1687, il n'y avait que 8 000
habitants dont 4 500 Blancs. A la veille de la Révolution, on y dénombra
28 000 Blancs, 30 000 libres et affranchis et 406 000 esclaves, pour la
plupart noirs. Le chiffre relatif à la population des libres et affranchis
(noirs et métis) était très controversé. Par crainte de l'influence politique
de ce groupe social, les statistiques officielles tendaient probablement à le
sous-estimer ni.
La population indigène des Arawaks avait à peu près disparu. Dès
1570, l'administration espagnole ne dénombrait plus qu'une centaine
d'Indiens, dans toute l'île, contre une trentaine de mille, en 1514, lors
des premières estimations, non fondées sur de simples impressions (2).
Quelques uns s'étaient réfugiés dans les montagnes du centre de l'île.
D'autres s'étaient mêlés aux esclaves noirs importés à Hispaniola, dès
1520, à raison de 4 000 par an. Les Espagnols avaient d'ailleurs déporté
d'autres Indiens des Antilles, notamment des Caraïbes (31. Les registres
paroissiaux de la fin du xvnie siècle mentionnent quelques Indiens (4),
mais il est difficile de savoir s'il s'agit des descendants des Arawaks ou
d'immigrés plus récents. Les inventaires de plantations font état de
quelques esclaves indiens. Tout porte à croire qu'ils étaient pris sur
place car, à l'inverse des Africains, leur ethnie ou « nation » n'est jamais
précisée.
П| Selon l'état général de la population (Bibliothèque Moreau de Saint-Méry,
12, 31), «dans la population des gens de couleur, le nombre des femmes est de
beaucoup supérieur à celui des hommes » et « les données sur cette partie » sont
très incertaines (Document communiqué par Mmp Thésée).
<2> Voir S.C. Cook et W. Borah. Essays in Population History, 1971, p. 399.
(3) D'après J. Alvarez, Studies on the blood factors... in the Dominican
Republic, American Journal of Physical Anthropology, 1951, 127-148, l'analyse
des groupes sanguins en République dominicaine indique que les Indiens ont
contribué à la formation de la population de cette région. La composition ethnique
de celle-ci serait la suivante: Noirs, 43%, Blanc 40%, Indiens 17%. Les
groupes О et M, caractéristiques des Amérindiens, seraient particulièrement fré
quents dans la région de Bahoruco, à proximité de la frontière haïtienne, où les
indigènes se défendirent contre les Espagnols jusque vers 1530. On sait que
l'analyse des groupes sanguins ne permet pas de connaître exactement la compos
ition ethnique d'une population puisqu'ils peuvent être liés à une prédisposition à
certaines maladies. Ces résultats prouvent, cependant, que les Arawaks ne dispa
rurent pas complètement, mais qu'ils se mêlèrent rapidement au reste de la
population.
(4> Nous en avons relevé 3 dans le présent sondage, ce qui, compte tenu des
lacunes des registres, correspondrait à une centaine de personnes, mais il ne s'agit
ici que des libres et affranchis décédés à plus de 15 ans. Dans les trois paroisses
du Sud, dont les registres ont été dépouillés exhaustivement pour une étude par
reconstitution des familles, pour la période 1780-1789, nous avons relevé 1 % de
naissances d'enfants de mère indienne, mais, parmi celles-ci, figure une native
d'Aruba en Amérique du Sud. Voir J. Houdaille. « Trois paroisses de Saint-
Domingue ». Population, 1963, p. 106. XVIIIe SIÈCLE 861 AU
Dépouillement. Les registres que nous avons dépouillés pour la présente
étude sont d'ailleurs très incomplets, en particulier pour
la région nord qui, à partir de 1791, fut le théâtre d'une guerre raciale
sans merci. Il n'en existe à peu près aucun pour la période antérieure à
1777, date à laquelle les curés furent tenus d'envoyer un double au
ministère des colonies. Pour l'Ouest et le Sud, ils couvrent une période
plus étendue. Quelques uns remontent au début du xviir siècle (11, mais
ce ne sont souvent que des copies où des actes peuvent avoir été omis.
Pour quelques paroisses, les registres vont jusqu'à 1803. Aucun n'est
postérieur à l'Indépendance, époque à laquelle Saint-Domingue devint
la République d'Haïti.
Nous avons relevé, par sondage au 1/1 0e, les actes de décès des
Européens, des Créoles (nés dans la colonie) et des libres et affranchis
(Noirs ou personnes de couleur) de plus de 15 ans. Il existe, en effet, de
fortes présomptions de sous-enregistrement des décès d'enfants.
Population blanche. La répartition, en pourcentages, des décès des
Blancs, selon leur origine, par décennies figure
au tableau I. Le nombre réduit des observations nous a conduit à grouper
la période 1710-1740.
Malgré l'imprécision de certains actes, surtout ceux des hôpitaux,
nous avons distingué les marins et les soldats du reste de la population.
La proportion des marins ne cesse de décroître. Celle des soldats
augmente brusquement dans les années 1760, du fait de l'envoi de
troupes destinées à protéger la colonie après la guerre de Sept ans.
La faible proportion des femmes est remarquable. Il est assez
difficile de préciser le rapport de masculinité, tout au moins si on essaie
de ne pas tenir compte des marins et des soldats, non destinés à rester à
la colonie. L'imprécision de bien des actes nous a contraint, en effet, à
grouper les Créoles et les personnes dont l'origine n'est pas spécifiée.
Chez les hommes, parmi les actes qui n'indiquent que le nom du décédé,
doivent figurer un certain nombre de natifs de France, marins ou non.
qu'il convient d'évaluer au mieux.
La proportion de la catégorie « créoles et origines indéterminées »
est toujours beaucoup plus élevée pour les hommes que pour les femmes.
(1) Le plus ancien, celui de Léogane, remonte à 166, mais c'est celui des
mariages. Ces registres sont conservés aux Archives de la France d'Outre-Mer.
Voici la liste des paroisses dont les registres couvrent la plus grande partie du
xviiť siècle avec mention de l'année des sépultures les plus anciennes : Jacmel 1709,
Port au Prince 1713, Fond des Nègres 1716, Saint Louis du Sud 1714, Verettes
1715, Baynet 1718, Cavaillon 1719, Cayes de Jacmel 1718, Cayes du Fond 1720,
Fort Dauphin 1720. Léogane 1720. Croix des Bouquets 1720, Saint Marc 1723. 862 LA POPULATION DE SAINT-DOMINGUE
Tableau I. — Répartition des décès de Blancs
SELON L'ORIGINE ET LE SEXE
Avant 1740 1750 1760 1770 1780
1769 1779 1791 1740 1749 1759
Hommes
Habitants
Nés en France 37 27 35 33 49 49
Autres colonies 2 1 1 1 1
Etrangers 2 2 2 1 3 4
Marins
28 29 21 13 10 Nés en France 36
Etrangers ou
autres colonies 1 2 2 2 1 2
Soldats
Nés en France 4 4 8 23 9 6
Etrangers ou autres
colonies 1 2 1 1
Créoles et origines
indéterminées 20 16 11 8 12 15
Femmes
Nées en France 1 2 3 3 4 3
Autres colonies et
étrangères 1 1 1 1 2
Créoles et origines
indéterminées 7 7 6 5 7 7
100 100 100 100 100 100
Nombre d'obser
488 892 vations 370 602 779 1205
Dans cette catégorie, il n'y a, sans doute, à peu près aucun non créole
chez les femmes et beaucoup chez les hommes. On peut donc admettre
qu'avant 1740, par exemple, 20 — 7 = 13 % des hommes y figurant
étaient nés en France (1). Nous supposerons que la moitié d'entre eux marins, afin d'évaluer le rapport de masculinité parmi ces décès.
Voici l'évolution de ce rapport par décennies tirée du tableau I :
П| Cette manière de procéder implique que, chez les Créoles, il y avait
autant d'hommes que de femmes, c'est-à-dire que l'émigration était la même dans
les deux sexes. En réalité, les hommes devaient se déplacer plus facilement, pour
faire leurs études en France, par exemple. Mais, parmi les femmes créoles blanches,
figurent certainement quelques quarteronnes. On constate en effet que le rapport
de masculinité dans cette catégorie ethnique est plus élevé que parmi les mulâtres.
Ce passage de la ligne de couleur plus aisé pour les femmes compense l'émigration
plus forte des hommes. XVIIIe SIECLE AU 863
Tableau II. — Masculinité d'après les sépultures
DANS LA POPULATION BLANCHE
Avant 1740 1750 1760 1770 1780
1740 1749 1759 1769 1779 1792
Hommes 52,5 42,5 46,5 41,5 61,5 65,0
Femmes 8 10 10 10 12 12
Rapport de masculinité 650 425 465 415 512 542
La remontée, à partir de 1760, peut tenir à une plus grande
imprécision des actes du fait d'arrivées plus nombreuses de Français de
condition sociale modeste. Retenons de ces estimations que l'on comptait
de 4 à 5 Blancs pour une Blanche à Saint-Domingue, ce qui explique le
métissage rapide de la population.
Origines provinciales. L'origine provinciale des Français qui partirent
pour les colonies a fait l'objet d'études très
détaillées, surtout pour le Canada. Les actes de décès relevés précisent
souvent le lieu de naissance, mais les indications sont parfois plus vagues.
Tableau III. — Origines régionales des natifs de France
(en %) décédés À Saint-Domingue au xviiie siècle
Population
de la région Hommes Femmes Marins et par rapport soldats à celle de jusqu'en l'an XI jusqu'à 1791 la France
en 1801
Aquitaine 19,3 11,7 16,2 6,6
Poitou Charentes 5,2 12,1 21,4 11,8
Pays de la Loire 4,8 10,1 7,0 12,3
Provence 8,8 9,2 6,5 4,4
Midi-Pyrénéen 8,3 2,2 2,4 7,4
Région parisienne 7,0 6,4 5,2 5,2
Normandie 6,0 15,0 8,3 8,9
Bretagne 5,1 3,8 10,7 6,6
Rhône- Alpes 4,5 5,9 3,9 6,6
Centre 3,5 5,4 1,3 5,2
Picardie-Nord 3,2 2,2 9,0 9,3
Limousin-Auvergne 3,1 1,1 1,5 7,0
Languedoc 2,4 2,2 1,3 3,7
Bourgogne-Franche Comté 2,6 2,2 4,0 7,7
Champagne 2,2 1,1 3,8 3,7
Alsace Lorraine 1,8 3,2 1,8 7,7
Total 100,0 100,0 100,0 100,0
Nombre d'observations 2031 186 1473 LA POPULATION DE SAINT-DOMINGUE 864
C'est pourquoi nous n'avons distingué que de grandes régions. Pour celles
qui n'avaient fourni que peu d'émigrants, nous avons même fait quelques
regroupements. Pour les marins et les soldats, nous n'avons pas tenu
compte des décès postérieurs à 1791, car l'envoi de plusieurs bataillons
départementaux (Aube, Aisne, Charente, Seine Inférieure...), en 1792,
risquait de fausser les résultats.
Le quart sud-ouest de la France fournit environ 4 emigrants sur 10.
Cette proportion est un peu plus faible pour les femmes. Plus de la
moitié des hommes devaient être de langue d'oc. Ces dialectes ont dû
influencer le créole d'Haïti, mais il est probable que le Français était la
langue la plus parlée à Saint-Domingue.
La répartition des origines par décennies est assez stable. La part
de la Provence, cependant, n'a cessé d'augmenter, passant de 5,8 %
avant 1760 à 10,8 % de 1780 à 1791, du fait de l'importance grandis
sante de Marseille, comme port de départ vers les îles.
Pour les marins et les soldats, la part de la Bretagne et du Nord
de la France est loin d'être négligeable.
Age au décès On sait que le calcul de l'âge moyen ou médian
des natifs de France. au décès n'a pas grande signification pour une
population non fermée. Il permet, cependant,
quelques comparaisons entre les diverses catégories distinguées.
Voici les résultats :
Tableau IV. — Age médian au décès
Femmes Hommes Marins Soldats
Décès Décès
1740-1769 1770-1791 1740-1791 1740-1791 1740-1791
Age médian au décès 36,6 ans 39,2 ans 38,7 ans 26,5 ans 27,0 ans
Nombre d'observations 489 875 154 154 482
L'âge médian au décès aurait donc légèrement augmenté chez les
hommes, mais cette tendance peut tenir à une élévation de l'âge des
immigrants. Un sondage, dans les registres de départs de quelques ports
de France (1), donne 23,3 ans comme âge médian des immigrants de
1760 à 1791 (332 observations). Nous ne disposons d'aucun renseigne
ment pour la période ancienne. Au reste, les retours en France, assez
fréquents, ont pour effet de diminuer l'âge médian au décès. Contraireà l'attente, celui des femmes n'est guère plus élevé que celui des
<-1) Série Colonies F 5 aux Archives Nationales. Nous avons utilisé les départs
des personnes dont le nom commence par A et RA. XVIIIe SIECLE 865 AU
hommes bien qu'à leur départ, elles aient eu 25,9 ans (âge médian sur
100 observations). Naturellement, les marins et les soldats mouraient plus
jeunes que les immigrants fixés dans la colonie.
Libres et affranchis. Les registres paroissiaux des esclaves ont dis
paru, probablement lors de l'abolition de l'escl
avage en 1794 (1). Les libres et affranchis étaient enregistrés avec les
Blancs. Leur catégorie ethnique est presque toujours indiquée à partir
de 1760, mais, de ce point de vue, les actes de sépulture sont proba
blement moins précis que ceux de baptême.
Voici la répartition, en pourcentages, des sépultures des libres et
des affranchis, selon ces catégories.
Tableau V. — Sépultures des libres et des affranchis
Avant 1760 1760-1769 177Û-1779 1780-1791
Noirs nés en Afrique 8 7 5 6
Noirs créoles ou d'origine 42 36 66 48 non spécifiée
Griffes (' ) et mulâtres 24 38 45 44
Quarterons et tiercerons (2) 2 7 8 14
Total 100 100 100 100
Nombre d'observations 108 105 193 445
(1) 3/4 de sang noir (2) Enfants de quarteronnes et de blancs
Ces proportions indiquent un fort métissage et pourtant, dans les
registres anciens, il est douteux que tous les métis aient été mentionnés
comme tels.
Voici maintenant l'évolution du rapport de masculinité dans les
populations noire et métisse :
VI. — Masculinité des Tableau POPULATIONS NOIRE ET METISSE
Avant 1760 1760-1769 1770-1779 1780-1791
Noirs 45 42 42 50
Métis 210 100 122 121
A toutes les époques, il y a près de 2 femmes noires pour un homme;
chez les métis, au contraire, les femmes sont en minorité, sauf en 1760,
probablement parce que les curés, cédant à une tendance raciste, indi-
(1> Quelques registres anciens, ceux de Fort-Dauphin, en particulier, donnent
de longues listes de baptêmes d'esclaves. Ceux de la période républicaine, postérieurs
à l'abolition de l'esclavage, portent sur l'ensemble de la population. LA POPULATION DE SAINT-DOMINGUE 866
quèrent plus soigneusement l'ethnie des décédés. Dans les décennies
suivantes, la proportion grandissante des quarterons facilita « le passage
de la ligne de couleur », pour les femmes. Pour la dernière période, dans
ce groupe, on compte, en effet, 4 hommes pour 3 femmes.
Dans la mesure où les registres subsistants sont représentatifs de
l'ensemble de la colonie, on peut tenter de préciser la proportion des
libres et affranchis par rapport aux Blancs. Pour calculer les chiffres
ci-dessous, nous avons exclu les marins et les soldats. Voici les résultats :
Tableau VÎT. — Nombre de Blancs pour 1 libre ou affranchi
Avant 1740 1740-49 1750-59 1760-69 1770-79 1780-91
Blancs 247 272 348 517 678 939
Libres et 24 24 60 105 193 445 affranchis
Proportion
Blancs parmi 10,2 11,4 5,8 4,9 3,5 2,1 les libres et
affranchis
Avant 1760, ces proportions portent presque uniquement sur la
population de l'Ouest et du Sud, où les personnes de couleur étaient plus
nombreuses. A la veille de la Révolution, période où les registres repré
sentent mieux l'ensemble de la colonie, la proportion des libres et affran
chis augmente beaucoup. On compte, cependant, encore deux fois plus
de Blancs mais il ne s'agit ici que des décès de personnes de 15 ans et
plus.
Estimation Les registres subsistants permettent d'étu-
du nombre total de décès. dier la structure de la population mais, il
serait intéressant d'estimer ce qu'a repré
senté le peuplement de Saint-Domingue pour la France. Pour y parvenir,
même de façon approximative, nous pouvons compléter les lacunes des
registres paroissiaux, au moyen des renseignements sur la population
fournis, par l'ouvrage de Moreau de Saint Méry.
Lorsque les lacunes portent sur des années isolées, nous avons estimé
le nombre des décès, au moyen de ceux de la même décennie. Dans
quelques cas, assez rares, subsistent quelques années relatives à une
période ancienne, 1730-1739 par exemple, puis la série recommence en
1776. Il est alors facile d'interpoler. Il n'en va pas ainsi pour le Nord, où
les registres commencent presque tous à une date tardive.
Les chiffres de Moreau de Saint-Méry sur la population des
paroisses ne se rapportent pas tous aux mêmes années. Ils sont d'ailleurs