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Revue d'anthropologie - article ; n°1 ; vol.11, pg 515-530

De
17 pages
L'année psychologique - Année 1904 - Volume 11 - Numéro 1 - Pages 515-530
16 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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J. Deniker
Revue d'anthropologie
In: L'année psychologique. 1904 vol. 11. pp. 515-530.
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Deniker J. Revue d'anthropologie. In: L'année psychologique. 1904 vol. 11. pp. 515-530.
doi : 10.3406/psy.1904.3688
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1904_num_11_1_3688XI
REVUE D'ANTROPOLOGIE
I. — ANTHROPOMÉTRIE
1. Méthodes. — On a souvent reproché aux anthropologistes le
manque de contrôle dans les déductions qu'ils tirent des séries de
chiffres fournis par les mensurations. On a surtout attaqué les
moyennes, qui, suivant la formule consacrée, ne donnent pas l'idée
de la véritable composition de la série. Ainsi, l'indice céphalique
moyen de 80 (sous-brachycéphale pour le crâne) peut provenir
d'une série très homogène de 100 crânes dont les indices indivi
duels ne diffèrent que de 1 ou 2 unités, comme il peut
d'une série composée par moitiés égales de crânes très brachycé-
phales (à 90 d'indice moyen) et très dolichocéphales (à 70 d'indice).
Dans ces derniers temps, surtout en Allemagne, on est allé si loin
qu'on ne donne plus des moyennes des séries, mais seulement le
pourcentage de chaque catégorie de crânes (brachycéphales, dol
ichocéphales, etc., catégories établies par des coupures conventionn
elles) dans la série; ainsi, dans notre exemple, on dirait que la
première série se compose de 80 p. 100 de sous-brachycéphales et
de 20 p. 100 de mésocéphales; tandis que la seconde renferme en
quantités égales des ultrabrachycéphales et des ultradolicocéphales.
Cette façon de représenter les choses est certainement plus exacte,
mais elle se prête plus difficilement à la comparaison des séries entre
elles; et pour peu que celles-ci deviennent nombreuses la compar
aison est rendue presque impossible.
N'y aurait-il pas moyen d'indiquer à côté du chiffre de la moyenne
sa véritable signification? On l'a déjà fait pour indiquer l'écart
probable de la moyenne obtenue par rapport à la moyenne véritable,
à l'aide d'une formule fournie par le calcul des probabilités :
où R est l'écart probable de la moyenne d'une mesure donnée,
r l'écart moyen de chacun des cas individuels pour cette
mesure et n le nombre de cas dans la série l.
1. La valeur de r se calcule d'après la formule suivante :
r = 0,6745 n — 1
où le chiffre de 0,6745 est une constante et ô représente la différence de
moyenne de chaque cas d'avec la moyenne générale. 516 REVUES GÉNÉRALES
Cet écart n'indique cependant que le degré de probabilité de la
moyenne sans nous dire si ce degré dépend du nombre de chiffres
individuels ou de la « qualité » de ces chiffres. C'est-à-dire qu'il
peut présenter des valeurs identiques pour les grandes séries très
hétérogènes de composition, comme pour les séries homogènes mais
trop faibles.
Afin de pouvoir réunir dans une même formule les deux indica
tions et établir pour ainsi dire 1' « utilisabilité » (Brauchbarkeit)
de la série et sa comparaison possible avec d'autres, M. Bartels a
essayé de faire dépendre la valeur R d'une autre valeur S, fournie
par l'amplitude des oscillations de la série (différence entre les
chiffres maximum et minimum). Représentant le tout en valeur
centésimales, il a ainsi la formule pour son indice d'utilisabilité :
R. 100
s •
Plus cet indice est petit, plus l'utilisabilité est grande.
Il a vérifié cette formule sur plusieurs séries de crânes mesurés par
lui et par d'autres, et il a trouvé des résultats satisfaisants, qui lui
permettent de dire que la série est utilisable quand l'indice (qui est
toujours positif) ne dépasse pas le chiffre 2; elle est parfaite quand
l'indice est de 1. Les séries avec les indices 7, 8, 10 n'ont aucune
valeur pour représenter un type, soit parce qu'elles sont trop
faibles, soit parce qu'elles sont hétérogènes, soit parce qu'elles sont
faibles et hétérogènes à la fois (car dans le cas rare, mais possible,
après tout, d'une série faible mais homogène, l'indice s'abaisse).
L'emploi de cette formule est une sorte de réhabilitation de la
méthode des moyennes et permet d'établir par des chiffres le degré
de confiance qu'on doit avoir pour chaque série donnée, autant
qu'une représentation d'un type de race.
N'étant pas mathématicien nous nous abstenons de juger le tra
vail de M. Bartels, nous contentant de le signaler pour passer à un
autre sujet.
Sans nous arrêter sur les diverses innovations dans les méthodes
anthropométriques que propose R. Martin, nous allons donner la
nouvelle formule d'évaluer la capacité du crâne d'après les mesures
directes, proposée par J. Beddoe. L'on sait que Broca, Manouvrier,
Ranke, Lee et tant d'autres ont proposé de déduire approximative
ment le volume du crâne d'après les mesures des différents dia
mètres. M. Beddoe trouve tous ces expédients insuffisants et, consi
dérant le crâne comme un ovoïde, il propose d'évaluer son volume
d'après les mesures des courbes, horizontale, sagitale (du nasion à
l'inion) et transverse (du centre d'un trou auditif à l'autre, passant
par le bregma ou pas loin en arrière). Ce volume est égal au pro
duit de la multiplication des deux premières courbes divisé par
trois et multiplié par la moitié de la courbe transverse. Comme le
volume ne croit pas aussi rapidement que la surface il faut ajouter
au résultat obtenu un demi pour cent par unité d'indice céphalique
au-dessus de 80 et retrancher autant, par unité, dans le cas où DENIKER. — REVUE D'ANTHROPOLOGIE 517 J.
l'indice est au-dessous de 80. Le procédé s'applique aussi bien pour
le crâne que pour le vivant; dans ce dernier cas on multiplie toutes
les trois courbes et l'on divise le produit par 3, et l'augmentation
est d'un tiers p. 100 pour chaque unité d'indice au-dessus de 50.
Pour simplifier encore la chose, Beddoe arrive par le calcul au
résultat suivant : 570 millimètres de circonférence correspondent à
1 500 centimètres cubes de capacité crânienne ; chaque millimètre de
circonférence en plus ou en moins équivaut à 9 centimètres cubes.
2. Corrélation des mesures pendant la croissance. — Si l'on veut
étudier. les rapports des différentes mesures de la tête avec la taille
chez les enfants il est important de savoir quelle est la loi de crois
sance. Nous avons déjà attiré l'attention sur ce sujet * à propos du
travail du Dr Godin qui a pu suivre individuellement la croissance de
centaines d'enfants français de 13 à 18 ans. Cl. Wissler a eu à sa dis
position des mesures analogues prises sur les écoliers américains;
mais le nombre d'enfants suivis pendant 5 ou 6 ans est relativ
ement restreint (70). Wissler supplée à cette insuffisance, établissant
la « corrélation » de la croissance d'une année à l'autre d'après les
moyennes prises sur des enfants différents mais de même âge. Il
donne des résultats intéressants, parmi lesquels le principal est
celui-ci : les enfants déjà grands à 12 ans. le seront à 16; cela est
surtout dû à la croissance relativement rapide avant 14 ans.
Le travail de Rietz sur les élèves des lycées et des écoles primaires
de Berlin, fait d'après la méthode de la comparaison des mesures de
divers sujets de même âge, ne fournit guère de renseignements
nouveaux, si ce n'est que, comparés avec les écoliers de même âge
des autres villes d'Allemagne, d'Italie, du Danemark, de Suède, de
la Russie et des États-Unis, les lycéens berlinois sont plus grands de
i à 2 centimètres.
On a cherché depuis longtemps à établir la relation entre la crois
sance du corps et celle de la tête. On a pris pour cela les rapports
entre la taille et la circonférence de la tête, entre la taille et les
différents diamètres de la tête, etc. Tout récemment encore Czeka-
nowski a montré que le diamètre vertical de Broca et la projection
vertex-trou auditif externe sont les mesures les plus étroitement
liées avec le volume de la tête. Dans toutes ces recherches l'idée
dominante est que les dimensions de la tête révèlent en quelque
sorte le volume et le poids du cerveau qui, suppose-t-on, est en
rapport avec l'intelligence. M. Seggel est allé plus loin : il a voulu
déterminer à l'aide d'une mesure de la tête le développement plus
ou moins grand d'une portion du cerveau, et notamment des lobes
frontaux qu'il considère, à tort ou à raison, comme étant plus par
ticulièrement chargés de fonctions psychiques ou intellectuelles .
Cette mesure, il la prend entre les centres des deux pupilles, le
regard étant dirigé à l'infini, et il l'appelle la ligne de base. Plus elle
est grande, plus les lobes frontaux sont développés en largeur.
Leur développement en hautenr est ensuite estimé, plus ou moins
1. Année psychologique, t. X, Paris, 1904, p. 297. 518 REVUES GÉNÉRALES
approximativement (chez les adultes) par la hauteur du front (front
à la Napoléon, à la Bismarck, etc.) et par sa courbure.
La ligne de base augmente chez les enfants (700 élèves d'une école
de Munich) de 6 mm. 1/2 dans l'espace de onze années (de neuf à
vingt ans), soit 0,6 de millimètre par an, avec de forts écarts indi
viduels.
L'écartement augmente en raison directe de la taille dans les
moyennes, mais pas dans les cas individuels ; son accroissement est
plus lent que celui de la taille de treize à dix-sept ans; il est inté
ressant de noter que ce ralentissement coïncide avec le peu de
croissance du poids du cerveau à cette époque, comme on le cons
tate par les pesées directes qui figurent dans les tableaux de
Vierordt et de Marchand. Ceci serait donc une preuve du rapport
entre la ligne pupillaire et le poids du cerveau.
Quant à la preuve du rapport qui existe entre la longueur de
cette ligne et l'intelligence, l'expérience a été faite par M. Seggel
lui-même, et il en ressort que les élèves les mieux doués et les plus
capables ont la ligne de base notablement plus grande que les
cancres. Mais il y a là aussi un peu d'influence de la forme crâ
nienne (osons dire de la race) et du sexe : les brachycéphales ont
la ligne de base plus longue que les dolichocéphales; d'autre part,
les hommes ont cette ligne plus développée que les femmes.
On peut donc, en tenant compte de toutes les causes de pertur
bation, juger du développement intellectuel de l'enfant par l'a
ccroissement de la ligne interpupillaire rapportée à la taille. Sui
vant que cet accroissement est plus lent ou plus rapide que celui
de la taille, le psychique retarde ou avance.
Il serait intéressant de reprendre cette étude sur des enfants de
nos écoles, afin d'avoir une idée plus étendue de ce nouvel indice
physique extérieur du développement de l'intelligence.
3. Influence de la forme du crâne sur son volume. — En admettant
pour le moment que le volume du cerveau, et par conséquent du
crâne, est en rapport avec le développement intellectuel, il est indi
spensable de savoir comment la forme du crâne influe sur son
volume. Sous ce rapport le mémoire de A. Thomson mérite d'ar
rêter l'attention. Le savant professeur d'anatomie d'Oxford part de
ce fait, incontestable aujourd'hui, que la forme du crâne dépend
des deux forces qui se manifestent pendant sa croissance : la pres
sion extérieure provenant du développement de l'appareil mastica
teur (et surtout du maxillaire inférieur) et la poussée intérieure
provenant de la croissance du cerveau.
En conséquence il examine chacune de ces influences. En ce qui
concerne l'appareil masticateur il trouve qu'à la largeur bicondy-
lienne égale, les mâchoires des dolichocéphales sont plus longues (du
condyle à la symphyse mentonnière) que celles des brachycéphales;
elles ont donc besoin des muscles temporaux plus puissants pour
opérer les mouvements de la morsure1 et de la mastication.
1. Il faut remarquer qu'il résulte des chiffres de Thomson que le bras J. DENIKER. — REVUE D'ANTHROPOLOGIE 519
Le développement de ces muscles ne peut que comprimer le crâne
latéralement et la dolichocéphalie est donc due en partie au déve
loppement de l'appareil masticateur. Aussi voyons-nous chez les
singes anthropoïdes les jeunes sujets brachycéphales devenir dol
ichocéphales à partir de l'éruption des grosses molaires par suite
du développement excessif de la mandibule et des muscles qui la
mettent en mouvement. Peut-être en est-il ainsi chez les Nègres,
mais on n'a pas de mesures suffisantes sur leurs enfants.
Mais l'action de l'appareil masticateur sur la croissance du crâne
est contrebalancée par celle du développement du cerveau qui aug
mente de volume et pousse devant lui la voûte crânienne (provenant
de l'ossification du crâne membraneux) ne pouvant pas refouler la
base du crâne (provenant de l'ossification plus rapide, et par consé
quent de résistance plus grande, du crâne cartilagineux). Ce fait
qui se vérifie par la constatation journalière du peu de différence
que l'on constate dans les dimensions de la base du crâne chez
les normaux, les microcéphales et les hydrocéphales, a conduit
M. Thomson à faire une expérience assez ingénieuse.
Il a remplacé sur un crâne scié horizontalement, tout près de sa
base, la voûte crânienne par une poche ou un ballon en caoutchouc
fixé solidement. En insufflant de l'air à l'aide d'un tube passant
par le trou occipital il pouvait à volonté gonfler plus ou moins ce
ballon. Or, il se produit ce phénomène remarquable qu'au début de
l'expérience, quand il y a peu d'air dans le ballon (ce qui corres
pond à une faible capacité crânienne) la forme que prend celui-ci
ressemble à s'y méprendre à celle des crânes très dolichocéphales
du Pithecanthropus et des hommes de Spy et de Neanderthal : même
proéminence des arcades sourcilières, même enfoncement et fuite
de la partie frontale du crâne, même développement médiocre en
hauteur et en largeur (surtout vers les tempes). Mais à mesure qu'on
insuflle plus d'air, augmentant ainsi le volume, le crâne se développe
rapidement en largeur et en hauteur, le front se redresse, puis se
bombe, effaçant la proéminence des arcades sourcilières, et définit
ivement on obtient une forme presque sphéroïdale d'un crâne très
brachycéphale.
Il y a là donc une transformation du dolicho en brachycéphale
due à l'augmentation du volume.
Si l'on complète l'expérience, comme l'a fait M. Thomson, en
fixant sur les parois du ballon de caoutchouc des cordons de soie
simulant les fibres du muscle temporal et chargés d'un poids
représentant la traction exercée par le muscle, on voit que la forme
décrite s'accuse encore davantage avec l'augmentation du poids
simulant la traction, ce qui répond bien au plus grand développe
ment des muscles temporaux chez les dolichocéphales.
De plus, la disposition des arcades sourcilières proéminentes
de levier du côté de la puissance (distance entre le condyle et l'apophyse
coronoïde) est aussi plus long chez les dolichocéphales, mais il faut croire
que son allongement est moins grand, relativement, que celui du bras de
levier du côté de la résistance. REVUES GENERALES 520
chez les dolichocéphales est aussi due en partie à l'action de la
force masticatrice : le front bombé, malgré la ténuité de ses parois
osseuses, offre une résistance à la pression de la mâchoire infé
rieure sur la mâchoire supérieure aussi grande que celle de la
masse osseuse considérable des arcades sourcilières, et cela parce
qu'il est situé sous un angle presque droit par rapport au plan de
la pression, tandis que le front fuyant, situé sous un angle aigu, a
besoin de toute la masse osseuse des arcades pour résister à la
pression.
A propos de l'influence des muscles masticateurs sur la forme
crânienne, il faut rappeler l'intéressante expérience du Dr Anthony
sur un chien, chez lequel il avait pratiqué l'ablation du muscle
crotaphyte d'un côté. Cette expérience démontre parfaitement la
compression exercée par le muscle temporal sur le crâne. Toutef
ois cette compression se traduit plutôt par l'épaississement de la
paroi du crâne du côté où manque le muscle crotaphyte, que par la
modification de la forme générale du crâne, ce qui contredirait la
supposition de Thomson. M. Anthony croit que les impressions du
cerveau, visibles extérieurement sur le crâne chez beaucoup d'an
imaux et chez l'homme (voir à ce propos le travail de Schwalbe),
sont dues à l'amincissement de la paroi par compression des cro-
taphytes. Quant à l'influence sur la mâchoire inférieure, elle ne se
traduit pas par son raccourcissement du côté opéré, mais par son
atrophie générale, et la diminution de ses dimensions transversales
à mesure que l'on va, à partir de la symphyse, dans la direction du
muscle excisé.
La tentative de M. Sanielevici d'expliquer la brachycéphalie par
le travail de la mastication n'est basée sur aucune recherche origi
nale et pèche par la base. Ainsi l'auteur commence par une pré
misse bien étrange et fausse, d'ailleurs, dans ses deux parties : « que
toutes les races sont dolichocéphales, excepté la race mongole qui
est brachycéphale ».
II. — CARACTÈRES ANTHROPOLOGIQUES EN RAPPORT AVEC
LES PARTICULARITÉS PSYCHOLOGIQUES
1. Hérédité de la forme crânienne. — L'hérédité de la forme, plus
ou moins allongée (dolichocéphale) ou arrondie, de la tête a, depuis
longtemps, intrigué les anthropologistes; mais les matériaux néces
saires à la solution du problème sont encore excessivement rares.
Aussi faut-il signaler un nouveau travail de M. Boas sur ce sujet.
Utilisant les mensurations prises par M. Fischberg sur 49 familles
juives de New-York, il a pu établir, par le calcul mathématique, la
règle provisoire suivante : l'indice céphalique (qui exprime approxi
mativement la forme de la tête) des individus de la même race ne
dépend pas de la valeur moyenne des indices qu'ont leurs parents;
au contraire, une moitié des enfants ressemble à cet égard au père,
tandis que l'autre ressemble à la mère; eu, pour mieux préciser : .
DENIKER. — REVUE D'ANTHROPOLOGIE 521 J.
une moitié des enfants d'un couple appartenant à une race donnée
a le type, dont la moyenne est égale à la moyenne de deux fois le
type paternel et d'une fois le type de la race, tandis que l'autre
moitié a une moyenne égale à deux fois le type maternel plus une
fois le type de la race.
2. Crânes des anormaux. — Dans deux mémoires successifs,
A. Binet1 a montré que les sourds-muets et les aveugles français
ont la tête plus petite et plus arrondie (brachycéphale) que la
moyenne de la population dont ils proviennent. M. Waldenburg
vient de constater le même fait chez les Juifs allemands. 41 sourds-
muets juifs provenant de toutes les parties de l'Allemagne, donnent
une proportion de brachycéphales modérés (82 à 86,9 d'indice chez
le vivant) presque égale à celle que l'auteur constate chez 34 Juifs
normaux, d'une communauté très endogamique du nord de l'All
emagne, et chez 24 Juifs de Berlin, bien doués au point de vue phy
sique et moral; mais le nombre des hyper- et des ultra-brachyeé-
phales est de beaucoup plus grand dans le premier groupe
(38,1 p. 100) que dans les deux derniers (8,8 et 8,3 p. 100). Il est
curieux aussi de noter que dans un groupe de 52 juifs normaux,
mais apparentés avec les 41 sourds-muets déjà cités, on rencontre
aussi un nombre assez considérable (30,1) de brachycéphales
extrêmes, quoique pas aussi fort que parmi les sourds-muets
eux-mêmes.
L'auteur en conclut que la brachycéphalie va de pair avec la
dégénérescence, mais là il s'engage suivant nous dans une voie bien
dangereuse. Pour comparer ses Juifs dégénérés, il lui faut un cr
itérium de perfection moral et physique, et où mieux le trouver, se
dit-il, que dans une population ayant conservé intact le « type ge
rmanique? » Imbus des idées, reconnues fausses depuis longtemps,
mais qui sont encore très répandues en Allemagne, grâce à l'auto
rité de R. Virchow, leur créateur, M. Waldenburg est allé chercher
le « type germanique » pur parmi les Frisons des îles Halligen,
qui s'égrènent le long de la côte ouest du Sleswig. Quelle ne fut
pas, cependant, sa stupéfaction, quand il constata que ces « types
germaniques » étaient plus brachycéphales que les Juifs dégénérés
(42,5 p. 100 de brachycéphales extrêmes). S'il avait voulu bien voir
ce qui a été publié sur la céphalométrie des races européennes,
il aurait vite compris qu'il n'y a là rien d'anormal, les Frisons
n'étant pas de race nordique pure, mais bien mélangée avec des
éléments brachycéphales, comme on l'a constaté en Hollande -.
Mais, sous la suggestion des idées préconçues, il soutient que toute
cette population est dégénérée par la syphilis et l'alcool et que les
formes crâniennes « germaniques » ont complètement disparu
parmi ces Frisons, si jamais elles y existaient.
Quoi qu'il en soit, et sous la réserve de la vérification du fait de
la dégénérescence, il est assez intéressant de constater l'extrême
1. Année psychologique, t. VIII, p. 363 et 368.
2. Voyez le résumé de toute la question dans notre mémoire : Les races
de i 'Europe, Indice céphaliquei Paris, 1899. 522 REVUES GÉNÉRALES
brachycéphalie de ces Juifs dégénérés issus d'une population méso-
céphale ou modérément brachycéphale.
M. Manouvrier a eu occasion de prendre quelques mensurations
sur un microcéphale de quinze ans qu'il a déjà mesuré lorsque
celui-ci n'avait que sept ans. La tête n'a pas beaucoup augmenté
dans ce laps de temps, le diamètre antéro-postérieur a passé de
130 à 133 millimètres, et le transverse de 106 à 110. Seule, la hau
teur du crâne a augmenté de 7 millimètres, mais les erreurs dans
cette mesure sont trop faciles pour attacher une trop grande impor
tance à l'accroissement dans le sens vertical. Néanmoins, l'enfant
est un peu plus développé intellectuellement : il se plaint lorsqu'il
est sale, il sourit toujours et embrasse sa mère, il sait remercier
en envoyant de sa main un baiser, il marche depuis l'âge de neuf
ans, il joue, il articule quelques mots, etc.
III. — CERVEAU
1. Particularités ethniques. — L'étude du cerveau dans les diffé
rente l'aces est encore à ses débuts et l'on ne peut signaler à ce
sujet que des travaux isolés.
Ayant eu occasion d'étudier trois cerveaux de Juifs (de Russie)
M. Weinberg trouva chez chacun d'eux des anomalies extraordi
naires : réunion de la scissure de Rolando avec celle de Sylvius des
deux côtés du même cerveau; extension de la scissure occipitale
sur toute l'étendue de la surface externe de l'hémisphère droit du
même cerveau; communication de la scissure occipitale avec la
scissure interpariétale des deux côtés d'un autre cerveau, etc. L'au
teur ne donne pas des détails sur l'état psychique des individus
auxquels appartenaient ces cerveaux. Néanmoins la réunion d'un
grand nombre d'anomalies sur trois cerveaux d'un groupe ethnique
donné, pris au hasard, est assez intéressante pour justifier des
études ultérieures dans cette direction.
D'autre part le travail de M. Da Costa Fer-eira ayant pour base les
mesures de la capacité crânienne de 557 Portugais des différentes
classes de la société confirme la règle observée jusqu'ici dans
d'autres groupes ethniques, celle de la capacité plus grande chez
les individus des professions libérales que chez les manœuvres. Les
23 crânes des sujets des professions libérales ont une capacité
moyenne de 1 629 centimètres cubes, tandis que les 164 crânes des
journaliers n'ont qu'une moyenne de 1 570 centimètres cubes.
Le travail de Beddoe, basé sur une méthode nouvelle (voir p. 180),
donne le même. résultat pour les Anglais des différentes classes.
M. Beddoe a opéré sur 526 sujets vivants; il trouve des capacités
variant de 1 725 centimètres cubes à 1 617 centimètres cubes chez
des sujets distingués de la Grande-Bretagne, et de 1 476 à 1505
les classes inférieures du même pays. D'une façon générale, la capac
ité est au maximum chez les Higlanders de l'Ecosse, très grands
comme on sait, et au minimum dans le sud-est de l'Angleterre. DENIKER. — REVUE D ANTHROPOLOGIE 523 J.
Elle est plus basse en général chez les Scandinaves que chez les
Anglo-Écossais, et encore plus basse chez les Grecs et les Italiens
(d'après 10 observations seulement; influence de la petite taille?).
Tous ces travaux sont donc d'accord pour montrer l'influence
de la race et de la classe sociale sur le cerveau.
Par contre Weigner, après avoir pesé 13a cerveaux conservés
dans un Institut pathologique de l'Allemagne, se croit en mesure
de nier toute relation du poids du cerveau avec la taille, ou l'inte
lligence, ou l'âge. Il est vrai que les cerveaux qu'il a examinés
proviennent de malades les plus divers et non de sujets normaux
et commanderaient plus de circonspection dans ses déductions, un
peu hâtives.
2. Cerveau des hommes distingués. — Le nombre des observations
anatomiques sur les cerveaux des hommes distingués, dont on
connaît la vie, augmente tous les jours.
D'après M. Sugar, le cerveau de Desidère Szilagy, homme d'État
hongrois bien connu, pèse 1 380 grammes, c'est-à-dire ne. dépasse
guère la moyenne. Il est caractérisé par un développement considé
rable des lobes frontaux, surtout du côté de la troisième circonvo
lution frontale gauche qui a 37 millimètres, dépassant ainsi de beau
coup la moyenne (23 mm.). Les circonvolutions autour de la scissure
rolandique (centres moteurs) sont très développées, ce qui s'explique
peut-être par la stature athlétique de M. Szilagy et par ses qualités
supérieures dans la plupart des sports.
Le cerveau du Dr Laborde, chef des travaux physiologiques à la
Faculté de Médecine, ne pèse que 1 234 grammes, mais il présente
quelques particularités intéressantes, entre autres un développe
ment exagéré de la troisième circonvolution frontale dont le pied
est beaucoup plus gros à gauche qu'à droite et semble absorber le
cap; celui-ci n'en est séparé que par une profonde incisure. « Or
Laborde possédait, dit M. Papillaut, qui a fait l'étude de son cer
veau, une faculté d'élocution qui, sans atteindre l'éloquence de
Gambetta, n'en était pas moins un des caractères dominants de sa
mentalité. N'est-il pas intéressant de rapprocher aussi leurs cer
veaux, qui présentent tous deux un assez faible développement
général avec une complexité remarquable du centre moteur
verbal? »
3. Cerveuu des criminels. — • L'examen des cerveaux de trois cr
iminels électrocutés, fait par Spitzka, est intéressant parce qu'il con
cerne trois frères et laisse voir l'influence de la parenté. La taille
des trois sujets, âgés de vingt et un, vingt-trois et vingt-sept ans,
était respectivement de 1 m. 75, 1 m. 78 et 1 m. 72. Le poids du
cerveau correspondant était de 1 600 grammes, 1 358 grammes et
1 340 grammes. Ainsi le sujet le plus grand avait le poids cérébral
presque égal à celui du plus petit.
Les mesures crâniennes correspondant à ces poids sont pour la
largeur 160 millimètres, 157 millimètres et 151 millimètres et pour
la circonférence 56, 54 et 53 centimètres respectivement.