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Revue générale de psychologie comparée - article ; n°1 ; vol.11, pg 494-514

De
22 pages
L'année psychologique - Année 1904 - Volume 11 - Numéro 1 - Pages 494-514
21 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Georges Bohn
Revue générale de psychologie comparée
In: L'année psychologique. 1904 vol. 11. pp. 494-514.
Citer ce document / Cite this document :
Bohn Georges. Revue générale de psychologie comparée. In: L'année psychologique. 1904 vol. 11. pp. 494-514.
doi : 10.3406/psy.1904.3687
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1904_num_11_1_3687■
X
REVUE GENERALE SUR LA PSYCHOLOGIE
COMPARÉE
A. — TENDANCES GÉNÉRALES
Les travaux relatifs à la psychologie comparée faits en 1904 sem
blent indiquer un désarroi dans les esprits. Il viennent en effet
après un mouvement réactionnel très marqué contre les tendances
« anthropomorphisante et psychologante » en biologie comparée.
Si quelques savants, comme le Dr Nuel, continuent à. suivre le mou
vement et n'hésitent pas à déclarer qu'ils ne peut pas y avoir de
psychologie comparée animale, beaucoup hésitent, tâtonnent.
I. La lutte contre l'anthropomorphisme. — Je résumerai tout
d'abord la très catégorique profession de foi du DrNuel, qui accom
pagne un exposé critique assez complet de la question de la vision
chez les animaux, dans la première partie d'un ouvrage remar
quable, la Vision.
Dr J.-P. Nuel. La Vision (1). — La première partie comprend
113 pages et 25 paragraphes.
§ 1 à 3. — Nuel, après avoir montré que le raisonnement par
analogie, tout comme celui basé sur les dissemblances, ne saurait
nous mener à la certitude, ne pourrait servir à fixer l'échelon de
la série animale chez lequel apparaissent les sensations visuelles,
s'élève vivement contre les tendances anthropomorphisante et psy
chologante en biologie comparée. D'après lui, c'est avec une désin
volture phénoménale que les auteurs les plus appréciés admettent
chez les animaux toutes les qualités psychiques humaines sur la
foi d'observations qui, au fond, dénotent tout simplement que la
lumière provoque chez eux des mouvements et rien de plus; or,
ces mouvements, en apparence « volontaires », devraient être
envisagés comme des conséquences de processus physiologiques,
c'est-à-dire physiques, et non comme étant incités par des états de
conscience (sensations). En grande partie, la cause des errements
signalés par Nuel résiderait dans la nécessité qui nous force à
employer pour les animaux une terminologie créée par un être
organisé tout autrement, c'est-à-dire pour l'homme.
i à 7. — Nuel expose le grand et fécond mouvement d'idées §
qui a abouti à la formation d'une nouvelle école en biologie comparée.
Les noms de Loeb, Bethe, Uexküll, Th. Beer, Ziegler représentent BOHN. — SUR LA PSYCHOLOGIE COMPARÉE 495 G.
les différents termes de ce mouvement réactionnel contre « la ten
dance qui suppose partout aux actions des animaux des motifs
psychologiques identiques à ceux qu'un esprit non familiarisé avec
l'analyse physique et physiologique suppose à nos actions à nous
hommes ». On voit se dégager cette vérité fondamentale : « l'hypo
thèse de l'âme des animaux, impliquée dans celle de leurs sensa
tions, ne peut en rien avantager nos connaissances, mais elle donne
lieu à des confusions »; à Wasmann, qui fait observer que, si on
renonce au raisonnement par analogie, il faut renoncer à la psy
chologie comparée, Uexkiill répond : « parfaitement, c'est ce que
nous faisons, nous proposons de ne plus parler de psychologie
comparée, mais de physiologie nerveuse comparée, ou de biologie
comparée; le mot de « psychologie » comparée est un leurre, c'est
un des termes qui fait accroire que nous savons quelque chose
des faits internes éventuels chez l'animal, alors que nous n'en
savons absolument rien. Pour Uexkiill, il n'y a pas de psycho-phys
ique comparée; il en est de même pour Nuel, qui déclare que pour
décrire, pour expliquer, génétiquement, les phénomènes de vision
comparée, il suffît d'invoquer comme seules prémisses l'irritabi
lité, la conduction des processus physiologiques, ainsi que la con-
tractilité, c'est-à-dire uniquement les propriétés fondamentales de
la matière vivante, animale ou végétale, dans lesquelles
personne ne voit plus aujourd'hui des manifestations psychiques.
Cette conception nouvelle entraîne forcément une terminologie nouv
elle, proposée par Beer, Bethe, Uexkiill, exposée et adoptée par Nuel.
§ S à 13. — Nuel fait l'étude critique des diverses « photo
réactions ».
§ 9. — Phototropisme ou hëliotropisme animal. — Exposé succinct,
mais clair, de toutes les observations antérieures à celles de Loeb
et critique très vive des hypothèses psychologiques auxquelles elles
ont donné naissance : l'héliotropisme positif n'est pas la manifestat
ion d'une curiosité instinctive, l'héliotropisme négatif n'est pas la
peur d'un objet inconnu.
Il faut remarquer que Nuel s'en tient comme explication non
psychologique à celle de Loeb, trop générale et par suite inappli
cable dans bien des cas.
§ 10. — Photoréactions (rétractions) déterminées par des variations
brusques de l'intensité lumineuse.
§ 1\. — Dermaloptiquc. — Exposé très succinct des recherches
anatomiques de Hesse et d'Apathy ; critique très vive de divers tra
vaux.
§ 1'6. — Valence motrice des photoréactions. — Nuel s'inspire ici
des idées toutes nouvelles et originales développées par Rädl dans
un travail récent '. Comme je l'indiquerai plus loin, on peut trouver
là un point de départ pour des expériences nouvelles et suscepti
bles de modifier les idées classiques sur les tropismes.
§ 16 et il . — Nuel étudie les réactions provoquées par la percep-
1. Radl, Untersuchungen über den Phototropismus der Tiere, Leipzig, 1903. 496 REVUES GÉNÉRALES
tion visuelle de corps en mouvement (motoréactions) et celles provo
quées par la perception des formes (iconoréactions).
Vient ensuite un exposé des photoréactions dans la série animale.
Toute la partie du livre de Nuel dont je viens de rendre compte
est des plus intéressantes et suggestives.
II. La méthode de l'essai et de l'erreur. — Le professeur
Mills Wesley a consacré (2) une revue d'ensemble aux travaux de
psychologie comparée faits dans ces dernières années, intitulée :
Some aspects of the development of comparative psychology. Mills
Wesley rend compte particulièrement de la série des travaux faits
en Amérique depuis 1898 sur la psychologie des Vertébrés supé
rieurs. Thorndike, Hobhouse, Small, Kinnaman ont institué, sur
les Singes, les Éléphants, les Rats, les Pigeons, des procédés nou
veaux d'investigation, — sur lesquels j'insisterai plus loin à propos
du récent travail de Porter sur le Moineau. Presque tous ces pro
cédés se rattachent à une méthode générale, dite « de l'essai et de
l'erreur ». Par exemple, un animal mis en présence de vases de
différentes formes, dont un seul contient de la nourriture, après
s'être trompé un certain nombre de fois de vases, finit par aller
directement au vase de forme déterminée qui contient l'aliment.
Cette méthode, qui n'est pas à l'abri de toute critique, hante en
Amérique l'esprit de tous les psychologues qui s'occupent des an
imaux supérieurs, et même, comme je l'indiquerai bientôt, de ceux
qui étudient les manifestations des animaux inférieurs.
L'article de Mills Wesley, avec ses critiques hésitantes, le livre
de Nuel, avec ses déclarations catégoriques, indiquent Tun et
l'autre un besoin de s'arrêter pour synthétiser ce qui a été fait jus
qu'ici en u psychologie comparée ». C'est également le but que
semble avoir poursuivi Bohn dans une étude intitulée les premières
lueurs de l 'intelligence (3), où il combat l'anthropomorphisme, où il
montre les dangers des méthodes évolutive et morphologique et
combien pourrait être féconde la méthode physiologique et étho-
logique. Notons à ce propos que V Institut psychologique a nommé
une commission pour l'organisation d'un plan de recherches en
psychologie animale (Bulletin, IV, p. 437); l'idée est singulière et fo
rcément stérile, mais c'est là un indice du désarroi des esprits dont
je parlais plus haut. Chacun se demande ce qu'est la psychologie
animale, comment elle peut et doit se faire. Je doute qu'on trouve
une réponse à ces questions dans un livre du professeur Franz
Lucas, de Vienne, intitulé Psychologie der niedersten Tieren, dont le
premier fascicule vient de paraître (1903) \ et dans lequel l'exposi
tion se fera suivant l'ordre de la classification animale.
C'est suivant cet ordre que je classerai les divers travaux que j'ai
à analyser ici et dont les principaux ont porté sur les Protozoaires,
les Vers et les Mollusques, les Arthropodes, les Vertébrés inférieurs
et supérieurs.
{. Il n'en sera par conséquent rendu compte que l'année prochaine. BOHN. — SUR LA PSYCHOLOGIE COMPARÉE 497 G.
B. — PROTOZOAIRES
I. Des tropismes chez les Protozoaires. — Depuis longtemps déjà
les Infusoires ciliés ont attiré l'attention des physiologistes, des psy
chologues, des philosophes. Ceux-ci ont beaucoup discuté pour savoir
si les mouvements de ces animaux qui comptent parmi les plus
inférieurs étaient volontaires ou non. Du fait que les Infusoires sem
blent se diriger vers certaines régions du milieu où ils vivent (tro-
pismesj, quelques philosophes ont conclu que ces animaux avaient
tous ces éléments de la conscience supérieure : la perception, la
volonté et le sentiment. Mais des physiologistes tels que Loeb ont
donné une explication pui-ement biologique des tropismes : par
suite d'une excitation inégale des deux côtés du corps, il se pro
duirait une rotation dirigée vers le côté le plus excité et ne s'arrê-
tant que lorsque l'animal serait orienté vers le corps d'où émane
l'excitation.
Jennings, au lieu d'interpréter des faits incomplètement observés,
a observé ceux-ci à nouveau; on doit au savant américain toute une
série de travaux publiés depuis 1897 et dont les derniers viennent de
paraître (4 et 5). Petit à petit Jennings est arrivé à des conclusions
assez nettes et remarquables, que lui-même vient d'exposer syst
ématiquement dans un volumineux ouvrage, publié par les soins de
la « Carnegie Institution ».
Jennings. Contributions to the study of the behavior of lower
organisms (6). — Ce volume est une suite de sept mémoires fo
rmant un ensemble assez homogène; les premiers sortent du labo
ratoire de l'Université de Michigan (août 1903), les derniers de la
station zoologique de Naples. Je donnerai une analyse succincte de
chaque mémoire, en suivant l'idée fondamentale de l'auteur.
1CT mémoire. Réaction vis-à-vis de la chaleur et du froid chez les Infu
soires ciliés (p. 5-28). — Ces animaux réagissent vis-à-vis de la cha
leur et du froid de la même manière que vis-à-vis de la plupart des
excitants. Il en résulte que les conclusions de Jennings ont une
portée générale. Dès le début de ce mémoire, se refuse
d'appliquer aux Infusoires la théorie classique des taxies ou tr
opismes (Verworn, Loeb), qu'il expose d'une façon très nette;
en 1902, Mendelsohn, dans une série de travaux sur la thermotaxie
des organismes cellulaires, avait conclu à une théorie de la ther
motaxie en accord complet avec la théorie générale des tropismes ;
Jennings aboutit à une conclusion opposée. Après avoir indiqué le
dispositif expérimental qu'il a employé, il décrit avec minutie les
mouvements de chaque individu chez VOxytricha fallax et constate en
effet que le sens des rotations présentées par ces Infusoires ne
dépend pas de l'excitation inégale des deux côtés du corps. Les
observations ont également porté sur quelques autres Hypotriches,
et sur le Stentor cœruleus, la Bursaria truncatella et le Paramecium
caudatum. La figure 7 du mémoire représente d'une façon très frap-
l'année psychologique, xi. 32 498 REVUES GÉNÉRALES
pante les mouvements d'une Oxytricha fallax située dans une
région différente de celle où la température est optima : l'animal
avance pour reculer immédiatement, comme s'il cherchait à effectuer
un essai dans une direction déterminée, puis il subit une légère
rotation sur lui-même, toujours dans le même sens, pour répéter,
1' dans « essai une nouvelle », et ainsi direction, de suite, le mouvement jusqu'à ce qu'il d'avancée se trouve et de orienté recul,
vis-à-vis de la région où la température est optima. C'est là une
méthode d'orientation tout à fait différente de celle qui était prévue
par la théorie classique : les rotations se font toujours dans le
même sens et sont imposées par la structure du corps; elles ne
dépendent pas de la direction suivant laquelle s'exerce l'excitant.
C'est là le fait important établi par Jennings. Aussitôt après que ce
fait est établi, Vidée directrice de tout l'ouvrage apparaît : l'orientation
se fait par « exclusion >•>, ou par la méthode de V essai et de l'erreur.
2e mémoire. Réactions vis-à-vis de la lumière chez les In fusoires ciliés
et flagellés (p. 29-72). — Les réactions du Stentor cœndeus et celles
de YEuglena viridis sont étudiées avec les plus grands détails; quel
ques observations seulement ont été faites sur les Cryptomonas et
les Chlamydomonas. Les huit dernières pages comprennent les con
clusions générales, relatives les unes à la nature de la réaction proj
duite par la lumière, les autres à la nature de la cause de la réac
tion. Au sujet de la nature de la réaction, Jennings s'élève de
nouveau contre la théorie « orthodoxe » des tropismes, adoptée
par Holt et Lee en 1901 : ici encore les mouvements sont imposés
par la structure de l'animal; les figures 22 et 23 du mémoire
représentent les mouvements de l'Euglène : la trajectoire est une ligne
spirale qui résulte de ce que l'Infusoire effectue un double mouve
ment de translation et de rotation sur lui-même; la rotation se fait
toujours dans le même sens, sur une surface conique, et amène suc
cessivement le corps de l'animal en coïncidence avec les diverses
génératrices du cône : ainsi la tête de l'animal pointe successivement
dans un certain nombre de directions; la direction finale suivant
laquelle l'animal s'échappe de la surface conique sur laquelle il
vient de tourner diffère de la direction initiale en ce qu'elle se
rapproche davantage de la des rayons lumineux. On
retrouve là encore la méthode de l'essai et de l'erreur. Au sujet de
la nature de la cause de la réaction, Jennings insiste à nouveau sur
cette méthode, sur la série des essais que l'animal effectue avant de
s'engager dans une direction déterminée et qui donnent aux mou
vements l'apparence de mouvements oscillatoires; il rapproche ces
mouvements de mouvements observés par Rädl, et réfute la théorie
bizarre donnée par cet auteur, dans son intéressant livre sur le
phototropisme (1903) : le phototropisme résulterait d'une pression
mécanique exercée par la lumière sur -les organismes.
3e mémoire. Réaction vis-à-vis des excitants chez certains Rotifères
(p. 73-88). — Les réactions des Rotifères étudiés, vis-à-vis des sub
stances chimiques, de la chaleur, de la lumière, du courant élec
trique, sont essentiellement semblables aux réactions des Infusoires BOHN. — SUR LA PSYCHOLOGIE COMPARÉE 499 G.
ciliés; les conclusions de ce mémoire ressemblent singulièrement a
celles des mémoires précédents.
4e mémoire. La théorie des tropismes (p. 89-108). — Ce mémoire
comprend une série de paragraphes relatifs : — à l'extension de
la théorie des tropismes aux organismes inférieurs; — aux réac
tions vis-à-vis 1° des agents mécaniques, 2° des agents chimi
ques, 3° de Ja chaleur et du froid, 4° des changements de pression
osmotique, 5° de la lumière, 6° de la gravitation, 7° de l'électricité.
Un résumé et une discussion précèdent les conclusions générales.
Les considérations contenues dans ce chapitre portent sur les Infu-
soires et les Bactéries, mais encore sur les Rotifères et certains autres
Métazoaires. Jennings ne fait guère que répéter ce qu'il a dit dans
les mémoires précédents. Dans la théorie des tropismes qui est en
cours : 1° l 'orientation est primitive et détermine les mouvements des
organismes vers une région déterminée ou en sens inverse, leur
accumulation en certaines régions ou leur départ de ces régions;
2° l'action du stimulus en s'exerçant directement sur les organes
moteurs produit l'orientation. Les diverses réactions étudiées par
Jennings le conduisent aune théorie toute différente : lr orientation
nest pas primitive ; elle résulte d'une série de mouvements : mou
vements de recul alternant avec des mouvements de rotation ; ces
derniers ont lieu toujours dans le même sens, sont imposés par la
structure du corps; la direction des rotations est déterminée, non
par des facteurs externes, comme le veut la théorie classique, mais
par des internes.
5° mémoire. Des étals physiologiques comme facteurs déterminant les
mouvements des organismes inférieurs (p. 109-127). — C'est précis
ément dans le 5e mémoire que Jennings envisage ces facteurs
internes. Il commence par montrer l'importance des états physio
logiques pour l'étude des tropismes et réflexes. Il étudie ensuite la
corrélation entre les divers états physiologiques et les divers modes
de réaction successivement chez un Protozoaire, le Stentor, et
chez un Métazoaire, la Planaire; chez le Stentor, il signale 6 états
physiologiques différents et 6 manières différentes de réagir. C'est à
des états physiologiques différents qu'il faut attribuer certains
changements dans le sens des tropismes signalés par des divers
auteurs : Groom, Loeb, Sosnowski, Moore, Towle, Yerkes. Des exci
tations suffisamment intenses ou prolongées peuvent changer l'état
physiologique et par suite le mode de réaction.
6e mémoire. Les mouvements et réactions des Amibes (p. 129 à 234). —
Ce volumineux mémoire est un exposé critique de tout ce qui a été
écrit sur les mouvements et réactions des Amibes.
Il comprend surtout des considérations purement biologiques,
voire même physiques, sur lesquelles je ne puis insister ici :
1° Description des mouvements des Amibes. — Les mouvements des
granulations internes sont décrits d'après Rhumbler, Biitchli, Ber-
thold, Wallich, Schulze. Les mouvements de roulement sont étudiés
particulièrement chez VAmœba verrurosa. La formation des pseu
dopodes a été observée très exactement chez plusieurs espèces. Jen- — — . REVUES GENERALES 500
nings examine si ces mouvements peuvent trouver une explication
dans les propriétés caractéristiques de la substance de l'Amibe : la
fluidité, la transformation de l'ectoplasme en endoplasme et vice
versa, l'élasticité, la contractilité ;
2° Etude des réactions vis-à-vis les divers excitants ;
3° Exposé critique des théories physiques et des imitations physiques
des mouvements amiboïdes.
Mais je signalerai tout particulièrement des faits très curieux
exposés dans la quatrième partie de ce mémoire, relatifs encore
aux états physiologiques. Les diverses espèces d'Amibes et les
Amibes des divers habitats ne sont pas comparables entre elles;
elles présentent divers types de réactions, qui sont susceptibles de
varier et de se modifier. Ces réactions seraient adaptatives.
7e mémoire. La méthode de l'essai et de l'erreur (p. 235-252). — Le
chapitre précédent, dans lequel Jennings a beaucoup emprunté aux
auteurs qui l'ont précédé, rompt un peu la monotonie du livre
dont je rends compte, livre qui est fait surtout de répétitions. Le
7e mémoire n'est à vrai dire qu'une nouvelle manière d'exposer les
faits décrits dans les cinq premiers mémoires; il s'en dégage l'idée
fondamentale de l'auteur : appliquer la méthode de l'essai et de
l'erreur, si féconde pour l'étude des animaux supérieurs, à l'étude
des animaux inférieurs.
En lisant le livre de Jennings, on se demande avec crainte si
cette idée n'est pas une de ces idées anthropomorphiques que
combat la nouvelle école en biologie comparée dont j'ai parlé à
propos de l'ouvrage de Nuel : Jennings introduirait un élément
psychologique dans l'explication des tropismes chez les êtres uni-
cellulaires! C'est là sans doute une illusion; mais cette illusion se
dissipe difficilement lorsque l'on lit l'ouvrage volumineux et si dif
fus de Jennings! Le savant américain a fait connaître des faits
nouveaux, a émis des idées nouvelles : autour de ces faits, autour
de ces idées, philosophes, biologistes, psychologues discuteront
certainement avec acharnement!
II. Des émotions chez les Protozoaires. — Avec Jennings nous
sommes loin, en tout cas, de ces interprétations anthropomorphi
ques grossières, d'après lesquelles les animaux inférieurs posséde
raient nos sentiments, nos idées. Ainsi certains Rhizopodes ont la
propriété de rétracter leurs pseudopodes sous l'influence de divers
excitants; Pénard, dans un livre récent sur les Héliozoaires (7), voit
là une manifestation de la peur chez les animaux unicellulaires;
Piéron (Revue scientifique, 1904, I, p. 523), puis Bohn (Bull. Instit.
psychologique, IV, p. 381) ont protesté contre cette interprétation.
G. — VERS ET MOLLUSQUES *
Tropismes. — Jennings a eu le double mérite, en ce qui concerne
1. Aucun travail n'est à signaler relativement aux Cœlentérés, en dehors
de deux mémoires physiologiques sur les réactions des Méduses (8 et 9). ■ — SUR LA PSYCHOLOGIE COMPARÉE 501 G. BOHN.
les Protozoaires : 1° de montrer l'importance des états physiologi
ques dans l'étude des tropismes; 2° de battre en brèche la théorie
« orthodoxe » des tropismes. Or, G. Bohn, dans ses recherches sur
les Vers et les Mollusques : 1° a étudié systématiquement les états
physiologiques qui ont une influence sur les tropismes; 2° a montré
que la théorie des tropismes, telle qu'elle a été énoncée par Loeb,
n'est pas applicable aux Annélides et aux Mollusques gastéropodes.
Bohn annonce la publication de tout un mémoire à cet égard;
ici il ne sera donné qu'une analyse sommaire de la série des notes
déjà publiées (10-13).
1° Des états physiologiques et de leurs variations oscillatoires. —
L'idée dominante de Bohn est celle-ci : les divers états physiologi-
quent correspondent à des états chimiques différents, en particul
ier à l'hydratation variable des tissus (anhydrobiose de Giard) ; de plus
l'état chimique, et par suite l'état physiologique, subit incessam
ment des variations oscillatoires; certaines, en quelque sorte acci
dentelles, se produisent à la suite d'un changement brusque de
milieu (passage de l'eau à l'air, d'éclairement);
d'autres, au contraire, sont périodiques; les plus remarquables sont
celles présentées par les animaux marins littoraux (Hediste,. Convo-
luta, Littorines...) : elles correspondent aux diverses oscillations
de la marée; elles persistent même quand l'animal est placé en
. aquarium, dans un milieu constant. Toutes ces observations sont
du domaine de la biologie : une Convoluta retirée de son habitat
habituel continue des mouvements d'ascension et de descente dans
le sable humide, comme un cœur de Grenouille retiré de l'org
anisme continue ses battements dans l'eau salée. Mais ces observa
tions purement biologiques peuvent servir à expliquer certains
phénomènes auxquels on attribuait jusqu'ici le caractère psycho
logique.
2° Des excitations musculaires consécutives aux réceptions oculaires.
Critique de la théorie de Loeb. — La lumière reçue par un œil excite
les muscles du même côté, faiblement si les tissus sont très
hydratés, fortement s'ils sont peu hydratés. Par suite, toute inégal
ité d'éclairement entre les deux yeux détermine un mouvement de
manège qui se produit dans un sens ou dans l'autre, suivant l'état
d'hydratation, par conséquent suivant les heures de la marée pour
les animaux littoraux. Un cas particulier est celui des attractions et
répulsions exercées par les surfaces d'ombre et de lumière sur les an
imaux. En regard de ces surfaces, la trajectoire suivie par un animal
subit des déviations; mais ces déviations varient avec l'état d'hydrat
ation, c'est-à-dire avec les heures de la marée; il en résulte que
les trajectoires sont très variables d'un moment à un autre; or,
jusqu'ici, ces variations d'allure étaient attribuées à la volonté de
l'animal.
Depuis, Loeb a montré (15) que certaines substances, comme
l'alcool, l'acide carbonique, etc., — • qui sont en réalité des déshy
dratants, — sont susceptibles de faire varier le sens des tropismes.
Cela vient à l'appui des conclusions précédentes (voir aussi 14). 502 REVUES GÉNÉRALES
Bohn énonce une nouvelle théorie du phototropisme applicable
aux animaux qu'il a étudiés, que Ton pourrait peut-être
trouver en germe dans l'ouvrage récent de Rädl; l'orientation ne se
fait pas à la suite d'essais successifs, comme l'a constaté Jennings
chez les Protozoaires; elle est la conséquence forcée de l'éclaire-
ment dit symétrique des deux yeux, mais elle n'a pas lieu, comme
le veut Loeb, Rädl lui-même, par rapport à la direction des rayons
lumineux, pour l'excellente raison que les rayons lumineux sont
une abstraction de l'esprit humain !
D. — ARTHROPODES
Bohn donne une explication purement biologique, voire même
mécanique, des mouvements des Annélides et des Mollusques qui
vivent sur le littoral marin. Une pareille explication ne serait sans
doute pas suffisante pour expliquer les manifestations si complexes
des Crustacés et des Insectes.
Ces animaux ont été depuis longtemps un objet d'études pour
les psychologues qui leur ont attribué des facultés presque sem
blables à celles de l'Homme; en particulier les Bernard-l'Ermite
et les Fourmis avaient été présentés sous l'aspect de personnages
animés de sentiments humains ; on nous en avait montré les qual
ités et les défauts, les vertus et les vices, les sympathies et les
haines. Une réaction était nécessaire ; pour certains elle a été
poussée trop loin. A ce sujet, on a discuté au Congrès de Berne :
E. Wasman, A. Forel, Gô'ldi, Emery, von Butel-Reepen, H. Piéron
ont présenté des communications sur les Fourmis, et, dans une
discussion, Forel a fait une profession de foi, rapportée par Piéron
dans la Revue scientifique : « II est partisan de l'animisme véritabl
ement psychologique, mais il proteste aussi contre l'anthropomor
phisme, le subjectivisme exagéré. On ne doit parler, selon lui, des
sentiments chez les Fourmis, de l'amour ou de l'angoisse, mais on
doit dire que la Fourmi a de la mémoire, des sensations, des sent
iments de sympathie et d'antipathie, c'est tout. »
Certains travaux sont des études presque purement physiologi
ques des réactions présentées par les Arthropodes (16).
G. Bohn et H. Piéron, qui combattent, à des degrés divers,
l'arthropomorphisme, ont repris, l'un l'étude des Pagures, au point
de vue des perceptions, l'autre l'étude des Fourmis, au point de vue
de l'orientation.
I. Perceptions chez les Arthropodes. — G. Bohn. L'évolution des
connaissances chez les animaux marins littoraux (17).
Introduction. — Bohn combat« l'idéalisation en psychologie », qui
se manifeste particulièrement dans les récits de Van Beneden. Il
donne la liste complète des mémoires relatifs aux mœurs des
Pagures, et critique la plupart, sauf ceux de E. L. Bouvier et de
Thompson (1903).
I. Recherche des coquilles ou des tubes par les animaux qui habitent
des cavités. Étude analytique des connaissances de ces animaux. —