La concentration de l'emploi dans le Sillon mosellan

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Dans un contexte lorrain de faible dynamique de l’emploi, les taux de croissance plus forts polarisés dans les grandes agglomérations, contribuent à renforcer encore le rôle occupé par le Sillon mosellan. Combinés au phénomène de périurbanisation, l’augmentation et l’allongement des flux quotidiens domicile-travail soulignent l’interdépendance accrue des territoires urbains avec les zones rurales proches des villes, mais amplifient les disparités de développement pour ceux qui en sont géographiquement éloignés. Les implantations ou extensions, en cours ou annoncées, de grands établissements porteurs de créations de nouveaux emplois ne semblent pas à court terme corriger ce mode de développement. L’élévation du coût des carburants et les nouvelles attentes environnementales sont des facteurs dont il faudra suivre les impacts sur l’organisation du territoire. Le nord de la région, et de fait, l’ensemble du territoire régional, se remodèlent sous l’effet de la dynamique luxembourgeoise, mais ils se doivent de faire émerger un projet stratégique d’aménagement concerté pour saisir les nouvelles opportunités qui s’y présentent.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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La concentration de l'emploi142
dans le Sillon mosellan
Dans un contexte lorrain de faible dynamique de l’emploi, les taux
de croissance plus forts polarisés dans les grandes agglomérations,
contribuentàrenforcerencorelerôleoccupé parleSillonmosellan.
Combinés au phénomène de périurbanisation, l’augmentation et l’allongement
des flux quotidiens domicile-travail soulignent l’interdépendance accrue
des territoires urbains avec les zones rurales proches des villes,
mais amplifient les disparités de développement pour ceux qui en sont
géographiquement éloignés.
Les implantations ou extensions, en cours ou annoncées, de grands
établissements porteurs de créations de nouveaux emplois ne semblent
pas à court terme corriger ce mode de développement. L’élévation du coût
des carburants et les nouvelles attentes environnementales sont des facteurs
dont il faudra suivre les impacts sur l’organisation du territoire.
Le nord de la région, et de fait, l’ensemble du territoire régional,
se remodèlent sous l’effet de la dynamique luxembourgeoise, mais ils
se doivent de faire émerger un projet stratégique d’aménagement concerté
pour saisir les nouvelles opportunités qui s’y présentent.
Près des trois quarts des actifs lorrains plois*, soit respectivement 19% et 18% de
quittent chaque jour leur commune de résidence l’emploi lorrain (contre 18% et 16% en 1999),
pour aller travailler dans une autre (contre 67% en et constituent toujours les deux pôles d’em-
1999 et 58% en 1990). L’analyse de leurs déplace- ploi majeurs de la région.
ments domicile-travail permet de déterminer Ils sont secondés par Thionville (47 000 em-
quels sont les principaux pôles d’emploi vers les-
plois), Épinal (36 000), Forbach (25 000)et
quels ils se dirigent ainsi que les zones de recru- quatorze autres pôles comptant de 5 000 à
tement qui leur sont associées. Chaque 20 000 emplois (par ordre décroissant : Sarre-
ensemble “pôle d'emploi” et “zone de recrute-
guemines, Saint-Avold, Saint-Dié-des-Vosges,
ment” constitue autant de “bassins d’emploi”.
Bar-le-Duc, Verdun, Longwy, Remiremont, Sarre-
bourg, Toul, Pont-à-Mousson, Lunéville,
Ay-sur-Moselle**, Creutzwald et Gérardmer).Nancy et Metz,
pôles d’emploi majeurs
En 2004, les agglomérations de Nancy et * emploi salarié et non salarié, hors militaires
Metz regroupent 158 000 et 146 000 em- ** communes d’Ay-sur-Moselle, Ennery et TrémeryVingt-cinq agglomérations de taille Comté, autre région voisine de la de la construction où en cinq ans,
inférieure et trois communes de Lorraine, n’en attire que 1 500. ils ont trusté à eux trois seule-
la région proposent également de ment, près du tiers des
2 000 à 5 000 emplois. Ces pô- 640 000 m² de locaux neufs bâtisEffets taille, tertiaire,
les d’emploi secondaires sont no- à destination commerciale et prèsSillons mosellan et sarrois
tamment nombreux dans les de la moitié des 266 000 m² de
Vosges,lecentredelaMoselle ceux à usage de bureaux.La situation dominante de Nancy,
et le sud meusien où ils partici- Metz, et à un degré moindre Des pôles d’emploi de taille plus
pent à la structuration des d’Épinal, s’est renforcée entre modeste, situés en milieu rural et
espaces ruraux. 1999 et 2004 : le pôle d’emploi conservant une spécificité indus-
de Nancy a gagné 13 000 em-Toutefois, ils se classent après deux trielle ou militaire, illustrent a con-
plois (+9%), celui de Metz 12 000pôlesd’emploisituéshorsdes limi- trario les difficultés à se
(+9% également) et celui d’Épinaltes régionales, dans un étranger développer hors de ce schéma :
2 700 (+8%).proche, le Luxembourg et l’Alle- Commercy et Ligny-en-Barrois
magne, où se rendent chaque jour La taille des pôles, leur spécificité dans la Meuse ; Bouzonville, Bou-
55 000 et 23 000 travailleurs fron- économique et leur situation géo- lay-Moselle, Morhange et Dieuze
talierslorrains(les frontaliers vers le graphique ont des effets discrimi- en Moselle ; Saint-Dié-des-Vos-
Luxembourg sont 64 000 en 2007). nants sur l’évolution de l’emploi ges, Moyenmoutier, Raon-l’Étape,
expliquant que ce sont bien les Baccarat et Lunéville le long de laEnfin, l’Alsace voit converger vers
plus grandes agglomérations du Meurthe ; Forbach et Creutzwaldelle 11 900 actifs lorrains (dont
Sillon mosellan et les plus tour- dans le Bassin Houiller.3 800 vers Strasbourg***), la région
nées vers le tertiaire qui, en ter-parisienne en attire 11 700, la Seuls ou presque à voir leur
mesdecroissancedel’emploi,Champagne-Ardenne 6 000 (dont nombre d’emplois progresser, les
sortent grands vainqueurs de la2 100 à Saint-Dizier***) et la Belgique pôles de Sarrebourg, Sarralbe et
période observée.3 800. À noter que la Franche- Sarreguemines semblent bénéfi-
La suprématie des pôles d’emploi cier d’un second “effet Sillon” po-
de Nancy, Metz et Épinal s’est éga- sitif : le Sillon sarrois.
*** agglomération lement exercée dans le domaine
Le Luxembourg :
Nancy, Metz, Thionville, Épinal et le Luxembourg ème
3 pôle d’emploi... lorrain
regroupent la moitié des emplois
Pôles d'emploi en 2004 (agglomérations de 2 000 emplois ou plus. Hors Lorraine, emplois occupés Le développement le plus specta-
par des actifs lorrains)
culaire et caractéristique en ter-
Luxembourg
Belgique mes d’évolution récente d’emplois
55 000
VilleruptLongwy occupés par des actifs lorrains est
Cattenom toutefois dû à un phénomène exo-Villers-la-Montagne
Thionville gène àlarégion:le dynamisme
47 000 Allemagne
Bouzonville économique du Luxembourg, et23 000
Ay-sur-Moselle
Forbach son corollaire, le développement duCreutzwald
25 000
Batilly travail frontalier.
SarregueminesBoulay Saint-AvoldJarnyVerdun Metz -Moselle 20 000
Bitche146 000 Entre 1999 et 2004, le nombre
Faulquemont
Sarralbe
de Lorrains ayant un emploi au
Grand-Duché est en effet passéPont-à-Mousson Morhange
Saint-Mihiel de 39 000 à 55 000, soit une
Dieuze
Phalsbourg hausse de 42%, correspondant à
Sarrebourg
Bar-le-Duc 3 200 emplois supplémentairesCommercy Nancy
Toul 158 000 chaque année. Le Luxembourg
StrasbourgLigny-en-Barrois
Lunéville s’est hissé ainsi au rang de troi-
Saint-Dizier sième pôle d’emploi pour les ac-
Baccarat
Raon-l'Étape tifs lorrains.
MoyenmoutierCharmes
Rambervillers Dans le même temps, les fronta-Neufchâteau
Saint-Dié-des-Vosges
Mirecourt liers à destination de l’Allemagne
Bruyères ont vu leur nombre ramené deVittel Épinal
Contrexéville 36 000 23 300 à 23 000 (-1%)etceux
Gérardmer vers la Belgique augmenter de
La BresseVagney 3 300 à 3 800 (+14%).
Remiremont
Depuis 2004, la forte attractivité
Le Thillot
exercée par le Luxembourg s’est
Sources : Insee, DADS et estimations d'emploi poursuivie : on observait 64 000
2
IGN-Insee
2008mouvements pendulaires quoti- dans les espaces ruraux. Ces der- s’effectuent par la route est de
diens vers ce pays en 2007, soit niers constituant parallèlement un 21 minutes en heure creuse et
encore 3 000 actifs lorrains sup- bassinderecrutement,voire un de 24 minutes en heure pleine
plémentaires par an. Quant aux réservoir de main-d’œuvre indis- (contre 19 et 23 en 1999).
flux vers l’Allemagne, ils se sont pensable aux entreprises situées Toutefois, pour la moitié des actifs,
contractés pour se situer à en zone urbaine. la distance est inférieure à 7 kilo-
22 500, alors même que ceux mètres et le temps de trajet prend
vers la Belgique atteignaient 11 minutes en heure creuse et 13Allongement
4 500. En 2007, le cap des minutes en heure pleine.des distances et
90 000 frontaliers lorrains a été
En ne considérant que les actifs quides temps de trajetfranchi, ce qui représente un sa-
changent de commune pour allerlarié sur dix. Cette hausse de
La dissociation croissante entre travailler, la distance domicile-travaill’emploi au Luxembourg contraste
la localisation des emplois et le moyenne passe à 31 kilomètres etavec le repli observé dans les
lieu de résidence des actifs qui la moitié d’entre eux parcourentdeux autres pôles de Nancy et
s’accompagne d’une progression moins de 12 kilomètres. Quant auMetz (-0,9% et -1,6% d’emplois sala-
concomitante du nombre de dé- temps de trajet, il passe à 31 minu-
riés entre 2004 et 2006).
placements domicile-travail voit tes en heure creuse et à 34 minu-
aussi s’allonger les distances. tes en heure pleine.
Interdépendance
Ainsi, en 2004, la distance
économique croissante Nancy, une troisièmemoyenne que parcourt un actif
urbain-rural lorrain pour se rendre à son tra- couronne dans le Toulois
vail est de 21 kilomètres, contre et surtout le LunévilloisLa concentration des activités
15 en 1999 (en incluant les 28%
économiques dans les grandes
d’actifs qui résident et travaillent dans Le pôle d’emploi de Nancy cons-
agglomérations s’est accom-
la même commune et pour lesquels la titué par l’agglomération nan-
pagnée ces dernières années
distance est considérée comme nulle, céienne polarise très fortement
d’unecroissancecontinuede
mais en excluant les 9% de travail- l’emploi dans le sud meurthe-et-
l’habitat en zone périurbaine ré-
leurs frontaliers)etladurée mosellan : deux actifs sur trois
sultant de la stratégie résiden-
moyenne des navettes si elles résidant dans l’ensemble consti-
tielle des ménages à la
recherche de meilleures condi-
Une croissance de l'emploi concentrée surtout dans le Sillon mosellantions de vie et de logement,
sous contrainte de revenu.
Belgique Luxembourg Évolution de l'emploi entre 1999 et 2004
+ 16 000 dans les pôles d'emploi (hors Lorraine,En 2004, les 53 plus grands pô-
Longwy emplois occupés par des actifs lorrains)les d’emploi où travaillent les ac-
tifs lorrains regroupent 82% des Villers-la-Montagne Cattenom
AllemagneEsch-sur-Alzette-
emplois, mais n’y habitent que Villerupt Thionville
Bouzonville
62% des actifs. Dans les agglo- Ay-sur-Moselle ForbachCreutzwald
mérations de Nancy et Metz où
Batilly Boulay-viennent travailler chaque jour Verdun Moselle
SarregueminesMetzJarny BitcheSaint-Avold46 000 et 50 000 actifs qui n’y
+12000
Faulquemont
Sarralberésident pas, la main-d’œuvre ex-
Morhange
térieure occupe respectivement
29% et 34% des emplois. Saint-Mihiel
Pont-à-Mousson
Dieuze
Phalsbourg
Autre indicateur, la part des ac- Bar-le-Duc Sarrebourg
Commercy
tifs travaillant dans l’aggloméra-
StrasbourgToul Nancy
+13000tion de Nancy et habitant à plus
Lunéville
de 20 kilomètres de leur lieu de
Ligny-en-Barrois
Saint-Diziertravail est passée de 12% en
Baccarat
1999 à 20% en 2004. Dans l’ag-
Raon-l'Étape
glomération de Metz, cette part a Charmes MoyenmoutierNeufchâteau
Rambervillersprogressé dans le même temps Mirecourt
Taux d'évolution de l'emploi Saint-Dié-des-Vosgesde 14% à 21%. entre 1999 et 2004 (%) BruyèresVittel
20 et plus Épinal
De manière plus générale, cette si- Contrexéville + 2 700 Gérardmer
de 10 à 20
tuation traduit l’interdépendance de5à10 Vagney
de0à5 Remiremontcroissante (économie-emploi)des
La Bressede -5 à 0territoires urbains et ruraux pro- Le Thillot
de -10 à -5
ches des villes. Les pôles économi-
de -20 à -10
ques urbains fournissant les plus de -20
Sources : Insee, DADS et estimations d'emploi
emplois qui n’existent pas (ou plus)
3
IGN-Insee
2008tué par les zones d’emploi de Lu- Toutefois, pour les actifs du Tou- gny-lès-Metz, Verny et Ars-sur-Mo-
néville, Nancy et Toul y lois et du Lunévillois, entre 1999 selle au sud et à l’ouest ; Homé-
travaillent également. et 2004, la proximité du pôle court et Briey au nord-ouest bien
d’emploi de Nancy ne revêt pas la que situés en Meurthe-et-Moselle
Il se déploie selon trois axes en di-
même importance. Les premiers mais qui ont été intégrés en son
rection de Lunéville, Pont-à-Mous-
bénéficient encore d’un emploi lo- sein en 1999. Dans tous ces can-
son et Toul, suivant les grandes
cal (salarié et non salarié)orienté à tons, de 55% à 75% des actifs
voies de communication routiè-
la hausse (+6,4% en cinq ans)et travaillent dans le pôle messin.
res : l’autoroute A31, les nationa-
affichent un des taux de chômage
les 4,57et59qui luiservent
Entre 1999 et 2004, le rayonne-les plus faibles de la région.
d’axes de rabattement, offrant fa-
ment de celui-ci s’est développé
En revanche, les seconds doiventcilité et gain de temps pour les
dans trois directions : vers le
fairefaceàuneérosion de l’em-déplacements.
Bassin Houiller, dont tous les can-
ploi local (-4,1% en cinq ans)etla
tons lui envoient davantage d’ac-Depuis 1999, il a vu le nombre zone d’emploi de Nancy est, avec
tifs, principalement ceux dede ses emplois augmenter mais a celle d’Épinal, la seule zone lor-
Faulquemont (+40%)etBou-également étendu son influence raine voisine où l’emploi croît (les
lay-Moselle (+70%), mais aussisur des secteurs périurbains de
zones de Sarrebourg et Saint-Dié-
Saint-Avold et Grostenquinplus en plus éloignés.
des-Vosges affichant également des
(+100%) ; vers le Saulnois, avec
pertes d’emploi).Le pôle nancéien exerce ainsi une les cantons de Delme et Châ-
attraction forte qui s’étend au-delà Au final, les 2 300 navettes sup- teau-Salins (+20% et +100%);et
de son périmètre urbain dans les plémentaires observées en cinq enfin à un degré moindre vers les
communes rurales des cantons de ans au départ de la zone d’emploi cantons meurthe-et-mosellans de
Jarville-la-Malgrange, Malzéville, de Lunéville vers celle de Nancy, Conflans-en-Jarnisy (+10%),
Neuves-Maisons, Pompey, Saint-Ni- ont donc permis de compenser Chambley-Bussières, Dieulouard
colas-de-Port et Seichamps où plus les 950 pertes d’emploi locales. et Pont-à-Mousson (+20%)et
de 75% des actifs qui y résident Thiaucourt-Regniéville (+40%).
L’attraction de Nancy déborde éga-viennent travailler chaque jour dans
lement de plus en plus hors desl’agglomération. Pour les actifs du Bassin Houiller,
frontières départementales et se
après la fin de l’extraction char-Mais il attire également entre 50% ressent jusqu’aux marges de la
bonnièrequi avudisparaîtreet 60% des actifs habitant dans Meuse, de la Moselle et des Vos-
4 300 emplois en cinq ans etles cantons de Bayon, Do- ges. Elle s’exerce en effet sur 10%
pour ceux qui n’ont pas été mismèvre-en-Haye, Haroué, Luné- à 20% des actifs de certains can-
en dispense d’activité, la proximi-ville-Nord, Nomeny et Vézelise pour tons de la Meuse (Vaucouleurs,
té de la zone d’emploi de Metz etlesquels il est le premier pôle d’em- Void-Vacon), de la Moselle (Châ-
de son pôle d’emploi en crois-ploi et qui constituent sa seconde teau-Salins surtout, mais aussi Delme
sanceaétélabienvenue.Pourcouronne, les transformant peu à et Vic-sur-Seille) et des Vosges (Char-
preuve, entre 1999 et 2004, lepeu en cantons dortoirs. mes et Coussey)oùlenombrede
nombre de navettes quotidiennes
navettes vers Nancy augmente parCe mouvement progressif dans le partant de la zone d’emploi du
ailleurs d’au moins 30%.temps s’opère également de fa- Bassin Houiller à destination de
çon concentrique, au profit désor- Quant aux échanges d’actifs avec celle de Metz est passée de
mais d’une troisième couronne l’agglomération messine, ils sont 4 000 à 7 000.
composée de cantons du Toulois légèrement déficitaires (2 500 dé-
(Colombey-les-Belles, Toul-Nord et parts pour 2 000 arrivées), alors
Le Luxembourg étend
Toul-Sud) et surtout du Lunévillois qu’ils sont équilibrés avec l’agglo-
son influence et entame(Arracourt, Gerbéviller, Lunéville et mération spinalienne (650 flux
l’attractivité de MetzLunéville-Sud). Ici, “seulement” dans les deux sens).
25% à 35% des actifs travaillent
Un des éléments les plus structu-
à Nancy qui ne vient qu’en second Metz, de plus en plus rants dumarchédutravail de ces
rang derrière l’emploi dans le can-
dernières années dans la région aattractif pour les actifs
ton lui-même, à Lunéville ou à
été la poursuite du développementdu Bassin HouillerToul, mais entre 1999 et 2004,
du travail frontalier, notamment à
la progression des navettes vers
Le pôle d’emploi de Metz constitué destination du Luxembourg. De
le pôle nancéien y a été de l’ordre
par l’agglomération messine, se- 65 000 emplois hors des frontières
de 30% à 50%.
cond pôle d’emploi lorrain, com- occupés par des Lorrains en 1999,
L’attraction de Nancy est plus porte une couronne qui englobe on est passé à 82 000 en 2004 et
faible dans les cantons de l’ex- autour de la capitale régionale, les 87 000 en 2006, et parmi eux, le
trême est du Lunévillois (Badonvil- cantons de Woippy, Marange-Sil- nombre d’emplois au Luxembourg
ler, Blâmont et Cirey-sur-Vezouze) vange, Maizières-lès-Metz, Vigy, est passé de 39 000 en 1999 à
mais la progression du nombre Rombas et Moyeuvre-Grande au 55 000 en 2004 (puis 60 000 en
de navettes y est identique. nord ;Pange àl’est ;Monti- 2006 et 64 000 en 2007).
4Rayonnement de Nancy et Metz
Bassins d’emploi en 2004 (base cantonale)
BELGIQUE LUXEMBOURG
LONGWY
VILLERS-LA-
MONTAGNE
CATTENOMEsch-
Villerupt
THIONVILLE
ALLEMAGNE
Bouzonville
CREUTZWALDAY-SUR-MOSELLE
BATILLY FORBACHBoulay-Moselle
Jarny
SAINT-AVOLDVERDUN SARREGUEMINESMETZ
Bitche
Faulquemont
Sarralbe
Morhange
PONT-A-MOUSSON
Saint-Mihiel
Dieuze
Phalsbourg
SARREBOURG BAS-RHIN
BAR-LE-DUC Commercy
NANCY
TOUL
Ligny-en-Barrois
LUNÉVILLE
HAUTE-MARNE
Baccarat
Moyenmoutier
Raon-l'Étape
Charmes
Rambervillers
Neufchâteau
SAINT-DIÉ-DES-VOSGESMirecourt
Bruyères
ÉPINALVittel
Contrexéville
GÉRARDMER
Vagney
REMIREMONT
La Bresse
Le Thillot
Pôle d’emploi urbain
(Agglomération de 5 000 emplois ou plus)
Couronne périurbaine
(40% ou plus des actifs travaillent dans le pôle d’emploi urbain)
Pôle d’emploi rural
(Agglomération de 2 000 à 5 000 emplois)
Couronne Cantons dont 40% ou plus des actifs
(40% ou plus des actifs travaillent dans le pôle d’emploi rural) travaillent dans un pôle d'emploi
situé hors de la région
Cantons multipolarisés par des pôles urbains ou ruraux
Cantons ruraux «autonomes» Contour des bassins d'emploi
(40% ou plus des actifs travaillent dans leur canton de résidence) d'Épinal, Metz, Nancy et Thionville
Sources : Insee, DADS et estimations d'emploi
5
IGN-Insee
2008La zone d’emploi de Thionville, de C’est qu’entre 1999 et 2005, de Metz et de Briey, et touche
par sa situation géographique privi- l’emploi salarié total au Luxem- même la Meuse du Nord. Entre
légiée, fournit toujours le plus gros bourg est passé de 231 000 à 1999 et 2006, dans tous les can-
contingent de frontaliers à destina- 287 000, soit une hausse de tons situés entre Thionville et Metz,
tion du Grand-Duché (32 000 tra- 24%, alors qu’en Lorraine, sur la le nombre de frontaliers à destina-
vailleurs en 2004, 35 200 en 2006), même période, il n’a progressé tion du Luxembourg a doublé.
devant la zone d’emploi de Longwy que d’à peine 1% et a même bais- Conséquence, l’attraction de l’agglo-
(12 100 en 2004, 12 800 en 2006). sé de 4,1% dans la zone d’emploi mération de Metz sur les actifs de
Mais c’est cette dernière, égale- de Longwy. Demande de main- sa partie nord (cantons de Briey, Ho-
ment limitrophe, qui est la plus dé- d’œuvre d’un côté de la frontière,
mécourt, Maizières-les-Metz, Ma-
pendante du Luxembourg : près de raréfaction des emplois de l’autre
range-Silvange, Moyeuvre-Grande,
38% de ses actifs occupés y tra- ont fait le reste.
Rombas et Woippy) a baissé.
vaillent.
Cette envolée du travail auLe phénomène du travail fronta-
Luxembourg où les Lorrains ont Hors du Sillon mosellan,lier au Luxembourg a pris une
réussi à occuper un nouvel emploitelle importance qu’il est devenu peu de grands projets
créé sur trois, est en tout casaujourd’hui le premier pourvoyeur porteurs de nouveaux
tombée au moment propice etd’emplois dans quatre cantons du emploiselle est venue réellement porternord lorrain avant même le mar-
secours à un emploi local défi-ché local. Les actifs des cantons La concentration de l’emploi dans
cient, tout particulièrement àde Villerupt, Cattenom et Fontoy le Sillon mosellan et la périurbani-
Longwy.sont ainsi de 52% à 55% à tra- sation autour des grandes agglo-
vailler au Grand-Duché, ceux du Parallèlement, l’attraction du Luxem- mérations observées entre 1999
canton d’Herserange 43%. bourg s’est étendue jusqu’aux portes et 2004 ont accentué les dépla-
cements domicile-travail, mais
Influence du Luxembourg jusqu'aux portes de Metz aussi les disparités de développe-
ment au sein de la région. Les
Part des actifs travaillant au dans la population active occupée en 2006 (%) territoires éloignés de cet axe
central peinant à maintenir leur
niveau d’emploi et donc d’attracti-
Belgique vité, alors même qu’augmentent
Luxembourg
les conséquences environnemen-
Allemagne tales dues à l’accroissement des
flux automobiles en résultant.
Les évolutions d’emploi sur la
période 2004-2006 risquent
Bassin
par ailleurs de prolonger, voired'emploi
de d’amplifier le phénomène : seu-
Thionville
les quatre zones d’emploi sur
les 17 que compte la région
voient en effet leur emploi (sala-
rié et non salarié) progresser :
Metz (+0,7%)etÉpinal(+1,0%)
Bassin d'emploi dans le Sillon mosellan, Saint-
Dié-des-Vosges (+0,3%)etSar-
de Metz reguemines (+1,9%).
Quant aux événements les plus
récents et aux projets d’implanta-
tions futures concernant de
grands établissements industriels
ou commerciaux, ils sont eux aus-Part des actifs travaillant
au Luxembourg (%) si peu encourageants pour les
territoires en marge de l’axe Épi-50 et plus Zone d'emploi de Longwy : 38%
de 40 à 50 nal-Nancy-Metz-Luxembourg.Zone de Thionville : 27%
de 30 à 40 Bassin d'emploi de : 29%
de 20 à 30 Les fermetures, déjà effectives ou de Metz : 6%
de 10 à 20 Meurthe-et-Moselle : 6% annoncées, de KLÉBER à Toul (825
de5à10 Moselle : 10%
salariés)et ARCELOR-MITTAL àGan-Lorraine : 7%moins de 5
drange (575 salariés) vont forte-
ment affecter les secteurs de
Sources : Statec, Insee
Toul et Thionville. Celles de plu-
6
IGN-Insee
2008sieurs sites vosgiens de FAURÉCIA plois), FESTO à Woustviller, BOSCH toires lorrains limitrophes que
SIÈGES AUTOMOBILES (100 salariés), à Forbach et un centre pour poly- sont les cantons de Fontoy et Vil-
de GANTOIS à Saint-Dié-des-Vosges handicapés à Freyming-Merlebach lerupt et au-delà, les zones d’em-
(91 salariés)etdes PAPETERIES DU (100 emplois chacun), VIESSMANN à ploi de Longwy et Thionville. Ici, le
SOUCHE à Anould (61 salariés)vont Faulquemont (70 emplois), ATRYA Luxembourg a décidé de transfor-
pénaliser la Déodatie, tout (60 emplois) à La Bresse. mer les 500 hectares de friches
comme NOVACARE à Laval-sur-Vo- industrielles d’Esch-sur-Alzette en
logne (189 salariés) le secteur de poumon économique. Objectifs :Opportunités
Bruyères. La fin des TISSAGES KO- décentraliser une partie des ser-
luxembourgeoises
HLER àFerdrupt(41 salariés), des vices et activités installés à
FILATURES DE RAMONCHAMP (37 sa- Luxembourg-ville pour lutter
La situation géographique limi-
lariés), des TANNERIES GROSJEAN au contre l’hyperconcentration dans
trophe d’un des pays européens
Thillot (65 salariés) marquent la la capitale.
les plus riches et connaissant une
désindustrialisation de la Haute Ce projet gigantesque d’un mil-desplusfortescroissances,
Moselle. Enfin, 243 postes se- liard d’euros d’investissementsconstitue un levier indéniable d’ac-
ront supprimés d’ici 2011 chez publics et autant d’investisse-tion et de mutation territoriale
TOTAL PETROCHEMICALS àCarling, mentsprivésetqui doit créerpour la Lorraine, à l’heure où son
où la pérennité du site pétrochi- 20 000 emplois et accueillir deemploi total, salarié et non sala-
mique n’est pas assurée, et 220 5 000 à 7 000 résidents à hori-rié, stagne (+1% entre 1999 et
emplois sont en jeu chez INEOS et zon 2015, rapprochera l’agglo-2006), et où son emploi industriel
ARKEMA à Sarralbe. mération luxembourgeoise de lasalarié s’érode fortement (-16%
Lorraine, et devrait conforterentre 1999 et 2006, soit 29 200La refonte du plan de stationne-
encore une forme d’intégration depostes perdus).ment des Armées menace égale-
territoires de vie en partie
ment près de 8 000 emplois en Après avoir enregistré une partagés.
Lorraine, notamment à Metz hausse de l’emploi de 24% entre
Une évolution qui exige indéniable-(Châtel-Saint-Germain et Frescaty)et 1999 et 2005, le Grand-Duché
ment la construction d’une stra-Lunéville, mais aussi dans les pe- prévoit de garder un rythme sou-
tégie d’aménagement et detites villes de garnison de Bitche, tenu pour la décennie à venir,
développement concertée, à com-Commercy et Dieuze, où elle pose soit selon le scénario central de
mencer par la réorganisation in-une inconnue sur leur devenir. projection établi par le Statec
dispensable de l’offre de(Service central de la statistique et
Lesplusgrossesimplantations ou transport (route de contournement
des études économiques du Luxem-
extensions d’établissements, en d’Audun-le-Tiche et liaison ferroviaire
bourg), 80 000 emplois nou-
cours ou en projet, vont au con- Thionville-Belval-Longwy pour une meil-veaux d’ici 2020. Le ratio des
traire continuer de bénéficier au leuredessertedusited’Esch-Belvalannées passées où les actifs lor-
Sillon mosellan. Citons notam- par exemple)entre la Région Lor-rains ont réussi à occuper un
ment, du sud au nord : OSSABOIS raine, l’État français et les instan-emploi sur trois parmi les nou-
au Syndicat (127 emplois), la zone ces du Grand-Duché.veaux emplois créés au Grand-
commerciale des Terres Saint-
Duché, conduirait à voir le C’est le but que s’est fixé le nou-
Jean à Épinal (400 emplois), le
nombre de frontaliers lorrains veau Groupement Européen de
scieur POLLMEIER àNomexy (150
vers le Luxembourg passer de Coopération Territoriale (GECT)qui
emplois), FRANCE ÉLÉVATEUR àFlavi-
64 000 en 2007 à 90 000 en va voir le jour pour accompagner
gny-sur-Moselle (83 emplois), NOR-
2020. le développement de la ville nou-
DON àNancy (130 emplois),
velle de Belval et dont le péri-
ECOREVIA,lepôlederecherche et Toutefois, la progression de
mètre comprendra 8 communes
de production de nouvelles matiè- l’emploi frontalier peut se ralen-
lorraines et 4 luxembourgeoises,
res premières issues du recy- tir en raison de la volonté de pri-
soit environ 85 000 habitants sur
clage, à Toul (150 emplois), une vilégier un accroissement de la
cette terre où les frontières cultu-
zone multi-activité à Atton (1 000 population active de résidence.
relles, géographiques et histori-
emplois), une unité de conception La limitation du développement
ques s’effacent.
et d’assemblage de bimoteurs des infrastructures ou la satura-
SKYLANDER à Chambley-Bussières tion de celles existant, notam-
(300 emplois), un centre commer- ment de transports publics,
cial à Longwy (300 emplois). peuvent également être un frein Philippe DEBARD
conduisant à retenir un scénario
Seuls quelques grands projets
plus bas pour l’évolution future
connus se situent géographique-
de la main-d’oeuvre frontalière.
ment en dehors du Sillon mosel-
lan : CENTER PARCS qui ouvrira en Parmi les projets de développe-
2010 à Lorquin (670 emplois, pour ment luxembourgeois, celui
un équivalent temps plein de 450), d’Esch-Belval représente une for-
PARISOT à Mattaincourt (150 em- midable opportunité pour les terri-
7Savoir plus : Les années 2000 ont marqué mique et scientifique de Belval
un décrochage assez net de la sur les territoires lorrains limi-
- Les espaces urbains lorrains : Lorraine comparativement aux trophes ou sur les bassins de
entre agglomération et dispersion, évolutions nationales (indica- Longwy et de Thionville. Ces
Économie Lorraine n°121-122 -
teursdecroissanceetd’em- évolutions exigent indéniable-
mars 2008
ploi notamment). Ainsi, les ment la construction d’une
- Le travail frontalier : l’âge de la ma-
résultats 2007 non encore stratégie d’aménagement etturité, Économie Lorraine n°99 -
septembre 2007 consolidés font à peine espé- de développement concertée.
- L’enjeu transfrontalier, au cœur du rer un retour au niveau d’em- Mais nos grandes villes ont
développement de la Lorraine - Une ploi de l’année 2000 (donc en aussi à se positionner en-
urgence : le Luxembourg, CES de croissance nulle). Un constat semble dans cette nouvelle
Lorraine - juin 2007
à mettre en parallèle avec les géographie économique du
- Potentiel de croissance écono-
taux de croissance de l’emploi territoire lorrain. Car l’on voit
mique et démographique, projection
national (supérieur à 4%) ou bien en parallèle que les effets2005-2055, Bulletin du Statec,
n°4-2005. encore du voisin luxembour- structurant l’organisation ter-
geois (+26%). ritoriale de notre région se
Site internet : concentrent aussi massive-
www.insee.fr ment sur les dynamiques desLes perspectives à court terme
deux grandes agglomérations(projets de créations, annonces
de Nancy et de Metz.de suppressions ou dynamique
grand-ducale même contenue) L’équilibre, fragile et sans
ne sont pas de nature à re- doute non satisfaisant, des
mettreencauseleprofildedé- fonctions - résidentielles/rura-
veloppement du territoire les/centres économiques ur-
lorrain : un développement bains - qui caractérisent les
mené par le Sillon lorrain, polari- différents types de territoires
sé, au sud, sur l’agglomération lorrains et participent encore
nancéienne et redessiné, au à une forme d’harmonie régio-
nord, de façon peut-être plus dif- nale, devra surmonter pour
fuse et nuancée, sur un espace l’avenir de nouvelles tensions.
élargi entre Metz et Luxem- On le sait du point de vue de
bourg. mutations économiques tou-
jours en œuvre. On le pres-
sent au regard de l’actualité
Dans ce contexte, de façon
récente du dossier de restruc-
Ministère de l’Économie, très nette, la présente publi-
turation des forces armées...de l’Industrie et de l’Emploi cation confirme, par l’éclai-
Insee Il paraît sans doute beaucoup
rage de données concrètes et
Institut National de la Statistique plus aléatoire de définir l’im-
très objectives, un phénomèneet des Études Économiques pact possible des contraintes
structurant et devenu majeurDirection Régionale de Lorraine
environnementales sur les15, rue du Général Hulot pour le territoire lorrain : les
CS 54229 normes de vie et schémas de
interactions qu’il nourrit avec
54042 NANCY CEDEX développement de ce début de
l’État voisin du Luxembourg.Tél :03 83 91 85 85 ème
XXI siècle et de mesurer
Fax :03 83 40 45 61 Cette situation géographique
leurs effets possibles sur leswww.insee.fr/lorraine frontalière d’un des pays euro-
territoires. Pour autant, cet
péens les plus riches etDIRECTEUR DE LA PUBLICATION
enjeu qui lie développement
Jean-Paul FRANÇOIS connaissant une des plus for-
durable, conditions de vie etDirecteur régional de l’Insee tes croissances, constitue un
de ressources des familles,
COORDINATION RÉDACTIONNELLE atout considérable et un levier
nous impose de nouvelles ré-Christian CALZADA indéniable d’action et de muta-
flexions.Faceàcesquestions,Gérard MOREAU tion territoriale pour la Lor-
tous les types de territoires
RESPONSABLE ÉDITORIAL ET raine. Parallèlement aux
auront à appréhender leurRELATIONS MÉDIAS évolutions quantitatives et
Brigitte VIENNEAUX nouveau futur possible...
qualitatives de l’emploi fronta-
RÉDACTRICE EN CHEF lier lorrain qui sont liées à la
Agnès VERDIN mutation de l’économie luxem-
SECRÉTARIAT DE FABRICATION bourgeoise, pour l’avenir il est Véronique CERUTTI,
MISE EN PAGE - COMPOSITION impératif de prendre en consi- Directrice des Études
Marie-Thérèse CAMPISTROUS Conseil Économiquedération les importants effets
Marie-Odile LAFONTAINE et Social de Lorrained’entraînement du projet d’a-
ISSN : 0293-9657
ménagement du pôle écono-
© INSEE 2008
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