Structuration de l'espace régional: 58 bassins de vie des bourgs et petites villes

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Pour analyser de façon précise l'accès des habitants aux services et à l'emploi, le territoire de la France métropolitaine, en dehors des grandes agglomérations, a été découpé en 1 745 "bassins de vie des bourgs et petites villes", dont 58 en Haute-Normandie. C'est l'occasion d'analyser sous un angle nouveau les structures économiques locales ainsi que l'implantation des équipements et services. Si certains bassins disposent essentiellement d'une économie résidentielle, d'autres ont des structures industrielles plus développées. Le degré d'autonomie des bassins, en matière de services et d'emploi, est également très variable.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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STRUCTURATION DE L’ESPACE RÉGIONAL
58 bassins de vie des bourgs et petites villes
Nadine POULLAIN
Catherine REBOUL
58 BOURGS OU PETITES VILLES D’un point de vue purement démogra-Pour analyser de façon précise
AU COEUR D’UN BASSIN DE VIE phique, certains ont profité du phénomènel’accès des habitants aux
de périurbanisation, qu’il soit lié à l’étale-services et à l’emploi, le
Au plan national, 1 745 bassins de vie ment francilien sur la façade est du départe-
territoire de la France
des bourgs et petites villes ont ainsi été ment de l’Eure (des bassins comme ceux
métropolitaine, en dehors des
définis. En Haute-Normandie, en dehors des de Gaillon, Gasny, Ezy-sur-Eure ou
grandes agglomérations, a été
sept grandes agglomérations de plus de Ivry-la-Bataille ont vu leur population à peu
découpé en 1 745 “bassins de 30 000 habitants, ce sont 58 bourgs ou peti- près doubler depuis 40 ans) ou à celui des
vie des bourgs et petites villes”, tes villes qui structurent chacun un bassin de grosses agglomérations régionales (Du-
dont 58 en Haute-Normandie. vie. Ces 58 bassins de vie couvrent 84% du clair, Barentin ou Bourg-Achard pour
C’est l’occasion d’analyser sous territoire régional et 44% de la population. Rouen, et Criquetot-l’Esneval ou
un angle nouveau les structures Reflets d’un espace haut-normand relative- Saint-Romain-de-Colbosc pour Le Havre).
ment dense et maillé assez finement, les A l’inverse, les bassins de l’ouest de l’Eureéconomiques locales ainsi que
bassins régionaux présentent la particularité ont connu un faible développement démo-l’implantation des équipements
d’être plutôt moins étendus qu’au niveau na- graphique et ceux de l’est de la Seine-Mari-et services. Si certains bassins
tional mais aussi plus peuplés. Dans la très time ont stagné voire perdu des habitantsdisposent essentiellement d’une
grande majorité des cas, leur superficie est (Londinières, Aumale, Neufchâtel-en-Bray,économie résidentielle, d’autres
comprise entre 100 et 250 km2 et leur popu- Forges-les-Eaux).
ont des structures industrielles
lation entre 5 000 et 20 000 habitants. Mais au delà de ces tendances déjà
plus développées. Le degré
Selon leur situation géographique, leur bien connues, ce nouveau découpage du
d’autonomie des bassins, en distance aux principaux pôles urbains ou territoire donne surtout l’occasion d’analy-
matière de services et d’emploi, tout simplement leur histoire, les bassins de ser à un échelon géographique assez fin
est également très variable. vie ont des caractéristiques très diverses. les structures économiques locales.
epuis maintenant plusieurs décen- MÉTHODE DE DÉFINITION DES BASSINS DE VIEDnies, les territoires administratifs
Afin de mieux qualifier l’espace à dominante rurale, le CIADT a confié à l’Insee, fin 2002, l’ani-
traditionnels - communes, cantons - cor-
mation d’un groupe de travail composé de l’INRA, du SCEES, de l’IFEN et de la DATAR. Il
respondent de moins en moins à des es- s’agissait de mieux caractériser les pôles qui animent l’espace à dominante rurale et de définir
des indicateurs qui rendent compte des dynamiques à l’œuvre (peuplement, emploi, équipe-paces pertinents pour étudier les
ments, tourisme…).
conditions de vie des Français. C’est pour 2 812 «bassins de services intermédiaires» (BSI) avaient alors été définis, au niveau national, à
partir des données de l’inventaire communal. Ce découpage aurait pu être la maille territorialecette raison qu’un nouveau découpage du
de base. Cependant, de nombreux BSI, souvent de petite taille, se révèlent dépendants d’au-
territoire national a été élaboré (voir mé- tres bassins du fait de leur « sous-équipement » au regard de leur population ou de leur ca-
rence en emplois. Cette dépendance a été mesurée par un score, en appliquant unethode en encadré), les « bassins de vie
pondération de 3 pour les équipements concurrentiels, non concurrentiels, de santé et d’édu-
des bourgs et des petites villes », corres- cation et 8 pour l’emploi. Chaque bassin de moins de 5 000 habitants ayant un score inférieur
à 8 a été rattaché au bassin contigu avec lequel il a le lien le plus fort. L’ensemble des BSI ainsipondant aux plus petits territoires dans les-
regroupés ont été qualifiés de bassins de vie. Les bassins de vie ainsi constitués peuvent
quels puissent s’accomplir la majorité des donc être considérés comme les plus petits territoires sur lesquels leurs habitants ont accès
aux principaux services et à l’emploi. Appliqué à un « référentiel rural restreint » (ne compre-actes « courants » de la population (accès
nant que les 2 641 BSI appuyés sur une commune ou une unité urbaine de moins de 30 000 ha-
aux services privés ou publics relativement bitants), le découpage donne finalement 1 745 bassins de vie des bourgs et petites villes
(dont 58 en Haute-Normandie).courants, accès à l’emploi). Obéissant à
Les services à la population pris en compte dans la méthode sont ceux définis lors de l’éta-
des logiques de structuration différentes, blissement des « Territoires vécus, organisation territoriale de l’emploi et des services ». Ce
sont les services qui ne sont ni quotidiens (commerce de proximité comme la boulangerie) niles grosses agglomérations (plus de
très rares parce que trop éloignés (opéra par exemple). Ils ont été classés en quatre catégo-
30 000 habitants) ainsi que leur périphérie ries : services concurrentiels (commerces, services bancaires, etc.), non concurrentiels (servi-
ces publics ou assimilés hors éducation et santé), de santé et enfin d’éducation.immédiate (64% de la population nationale
Pour plus de précisions, on pourra se référer au rapport national, élaboré pour la DATAR, inti-
au total, 56% au niveau régional) n’ont pas tulé : « Structuration de l’espace rural : une approche par les bassins de vie » - juillet 2003.
Lien : http://www.datar.gouv.fr//Datar_Site/Rural.nsf/été prises en compte dans le découpage.
4 AVAL Lettre statistique et économique de Haute-Normandie - N° 37 - Septembre 2004
TERRITOIREUNE MAJORITÉ DE BASSINS tion économique structurant les différents répartissent donc essentiellement en deux
bassins de vie. grands groupes : ceux dont les emplois dé-ESSENTIELLEMENT «RÉSIDENTIELS»
Le premier type n’est pas représenté pendent majoritairement de «l’économie
Il faut d’abord noter que les 58 bassins dans la région ; il correspond à des bassins résidentielle» et ceux à «tendance indus-
de vie des bourgs et petites villes ne repré- à tendance « agri-alimentaire », fortement trielle», dont l’économie «exogène» est
sentent que 37% des emplois haut-nor- dépendants des activités agricole ou plus développée.
mands (pour 44% des habitants), agroalimentaire (au moins le quart des em- L’ «économie résidentielle» regroupe
conformément à la tendance générale à la plois locaux), qui sont plutôt l’apanage les activités essentiellement destinées à
concentration des emplois dans l’espace d’espaces ruraux isolés des influences ur- satisfaire les besoins de la population
urbain. De façon schématique, le groupe baines (un bassin sur dix sur le plan locale (commerces, services aux particu-
de travail pluridisciplinaire qui a mené national). liers -publics et privés-, activités financiè-
l’étude a défini trois grands types d’orienta- Les bassins de vie haut-normands se res et immobilières). Son poids est toujours
important (entre un tiers et deux tiers de
l’emploi dans tous les bassins de la région
sauf deux). Par convention, on qualifie de
«fortement résidentiels» les bassins dans
lesquels plus de la moitié des emplois relè-
vent de l’économie résidentielle. On en dé-
nombre 31 en Haute-Normandie, soit une
petite majorité.
24 autres bassins, moins résidentiels
et à «orientation industrielle», ont une éco-
nomie davantage tournée vers l’extérieur
(l’industrie, ici, doit s’entendre comme
« sphère industrielle » au sens large, inté-
grant notamment les services aux entrepri-
ses, le commerce de gros, les transports).
De façon très schématique, on peut consi-
dérer que les bassins fortement résiden-
tiels disposent d’une économie
«minimale», de proximité, alors que les
bassins à orientation industrielle ont déve-
loppé une économie « supplémentaire »,
«exogène», tournée vers l’extérieur. D’ail-
leurs, les taux d’emploi sont en général
plus élevés pour ces derniers : le plus sou-
vent, on y dénombre presque autant d’em-
plois que d’actifs résidents (on atteint
même deux emplois par actif dans les bas-
sins de Notre-Dame-de-Gravenchon et de
Saint-Romain-de-Colbosc) ; à l’opposé, la
quasi totalité des bassins plus résidentiels
ne bénéficient que de 0,4 à 0,8 emploi par
actif résident.
Les 31 bassins de vie fortement rési-
dentiels sont plutôt représentés en
Seine-Maritime (Pays de Caux et Pays de
Bray) mais aussi dans l’ouest du départe-
ment de l’Eure. 13 bassins combinent une
économie résidentielle dominante avec
une sphère industrielle conséquente (en
majorité dans l’Eure, en particulier les bas-
sins de Gasny et d’Ezy-sur-Eure), 7 avec
une composante agri-alimentaire significa-
tive (Londinières, Neufchâtel-en-Bray…),
AVAL Lettre statistique et économique de Haute-Normandie - N° 37 - Septembre 2004 5Damville et de Thiberville, dans l’Eure.
CLASSIFICATION DES BASSINS SELON LEUR ORIENTATION ÉCONOMIQUE
Parallèlement à ces analyses plutôt
économiques, on a également cherché àLes emplois (actifs ayant un emploi, recensés en 1999 au lieu de travail et classés selon leur
activité économique) ont été repartis en trois grandes catégories : caractériser les différents bassins de vie
- les secteurs de l’économie résidentielle (Er) : commerces de détail, services marchands aux
en termes d’autonomie liée à la pré-particuliers, activités financières et immobilières, services administrés ;
- les secteurs « agri-alimentaires » (Ea) : agriculture et industries agricoles et alimentaires ; sence de certains équipements ou servi-
- les secteurs de la sphère industrielle au sens large (Ei) : tous les autres secteurs industriels,
ces. Dans cette logique, un indicateurservices marchands aux entreprises, commerce de gros, travaux publics et transport de
marchandises. synthétique tenant compte du niveau
Selon le poids, dans l’emploi local, de ces trois catégories d’emplois, on distingue d’abord les
d’équipements et du nombre d’emploisbassins fortement résidentiels, dans lesquels l’économie résidentielle domine (E r> 50% des
emplois). Parmi ceux-ci, certains bassins auront éventuellement une tendance industrielle as- offerts par rapport à la population a été
sociée (Ei > 1/3) ou une tendance agri-alimentaire (Ea>1/6 et Ea>Ei).
attribué à chaque bassin. Les équipe-Les autres bassins, où l’économie résidentielle n’est pas dominante, sont répartis en fonction
du poids des deux autres catégories d’emplois. Ceux dans lesquels l’économie industrielle ments de santé (hôpital, médecin, den-
est majoritaire (Ei>50%) sont qualifiés de fortement industriels et de plutôt industriels quand
tiste…), en matière d’éducationla domination de l’économie industrielle est relative (Ei>1/3 et Ei>Ea). Les bassins dans les-
quels les emplois agri-alimentaires sont en situation de domination relative (Ea>Ei et Ea>1/4) (collèges, lycées), des équipements
sont appelés bassins a.
concurrentiels ou non (hypermarchés, li-Enfin, les bassins ne correspondant à aucune des conditions précédentes sont considérés
comme diversifiés. brairie… et gendarmerie, notaire, pis-
cine…) ont servi au calcul de cet
indicateur. Le «score» sur 20 ainsi
les 11 autres sans spé- obtenu (de 10 en moyenne pour la
cialisation particulière. Haute-Normandie) permet de détermi-
ner la dépendance plus ou moins impor-
tante d’un bassin : plus ce score est
DIX BASSINS élevé, plus il dispose de suffisamment
TRÈS INDUSTRIELS d’équipements et d’emplois pour satis-
faire la population locale.
Les 24 bassins de
vie à «orientation éco-
nomique industrielle» UN DEGRÉ D’AUTONOMIE
se répartissent de façon QUI VARIE FORTEMENT
assez équilibrée sur les
deux départements Environ le quart des bassins haut-nor-
haut-normands. Parmi mands (15 sur 58) peuvent être considé-
ceux-ci, 10 sont classés rés comme relativement autonomes
«très industriels», en (score supérieur ou égal à 12) ; sans sur-
particulier les bassins de prise, les bassins les plus indépendants
Saint-Romain-de-Col- sont très souvent centrés sur une ville
bosc, Blangy-sur-Bresle, assez importante et relativement éloignés
Saint-Nicolas-d’Aliermont, de gros pôles urbains (les bassins de vie
Notre-Dame-de-Graven- de Bernay, Verneuil-sur-Avre et Eu, avec
chon et Ivry-la-Bataille. des scores de 19 ou 20 sont des exemples
Enfin, trois bassins significatifs). A l’inverse, 23 bassins ne dé-
ne correspondant pas passent pas le score de 8/20 : soit plu-
aux catégories précé- sieurs services sont absents, soit ils
dentes sont classés offrent trop peu d’emplois, ce qui les rend
Note de lecture : Pour mesurer le degré d’autonomie de chacun des bas-
comme « bassins diver- dépendants des bassins voisins. Ils sont
sins de vie des bourgs et petites villes vis-à-vis de l’emploi et des équipe-
sifiés ». La répartition souvent périurbains, à proximité de pôlesments, un score compris entre 0 et 20 a été construit. Il est constitué d’une
composante relative aux équipements et d’une autre relative à l’emploi. entre l’économie rési- urbains importants, sinon ruraux structu-
Le score partiel d’équipements (sur 12) tient compte du niveau absolu
dentielle, le domaine rés autour d’un pôle rural de taille mo-d’équipementsprésents danslebassinetd’unniveauattenduenfonc-
tion de la population résidente. Il accorde une même importance aux agri-alimentaire et la deste. Les moins bien notés sont très
quatre types d’équipements : de santé, d’éducation, non concurrentiels sphère industrielle y est dépendants à la fois en matière d’emplois
et concurrentiels.
plus équilibrée. Il s’agit et d’équipements : c’est le cas des bassinsLe score partiel d’emploi (sur 8) résulte à la fois du nombre d’emplois
dans le bassin et du taux d’emploi, défini comme le rapport des emplois des bassins de de Montfort-sur-Risle, Bosc-le-Hard,
offerts dans le bassin au nombre de personnes y résidant et ayant un Bosc-le-Hard en Ivry-la-Bataille et Yerville dont le score ne
emploi (plus le taux est élevé, plus le bassin de vie est attractif pour
Seine-Maritime, de dépasse pas 4l’emploi).
6 AVAL Lettre statistique et économique de Haute-Normandie - N° 37 - Septembre 2004

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