La transformation du paysage syndical depuis 1945

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En soixante ans, le taux de syndicalisation a été divisé par quatre en France. Dans le même temps, la présence institutionnelle des organisations syndicales de salariés s'est renforcée : en 2004, plus de la moitié des salariés déclarent qu'un syndicat est présent dans leur entreprise ou leur administration, et la plupart des organismes de protection sociale sont gérés de façon paritaire. Depuis le milieu des années quatre-vingt-dix, le recul des effectifs syndiqués semble toutefois endigué. La dernière décennie est principalement marquée par la poursuite des implantations syndicales et par une reconfiguration des rapports entre organisations. La présence syndicale et la syndicalisation sont beaucoup plus fortes dans le secteur public que dans le secteur privé. Dans certains secteurs, ainsi que dans les établissements de moins de 50 salariés - qui emploient près de la moitié des salariés du privé -, l'absence de représentants syndicaux est la règle. Dans le public comme dans le privé, le développement de la flexibilité constitue un frein à la syndicalisation.
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Conditions de travail et relations professionnelles 4
La transformation du paysage syndical
depuis 1945
Thomas Amossé, Maria-Teresa Pignoni*
En soixante ans, le taux de syndicalisation a été divisé par quatre en France.
Dans le même temps, la présence institutionnelle des organisations
syndicales de salariés s’est renforcée : en 2004, plus
de la moitié des salariés déclarent qu’un syndicat est présent dans
leur entreprise ou leur administration, et la plupart des organismes
de protection sociale sont gérés de façon paritaire. Depuis le milieu
des années quatre-vingt-dix, le recul des effectifs syndiqués semble toutefois
endigué. La dernière décennie est principalement marquée par la poursuite
des implantations syndicales et par une reconfiguration des rapports entre
organisations. La présence syndicale et la syndicalisation sont beaucoup
plus fortes dans le secteur public que dans le secteur privé. Dans certains
secteurs, ainsi que dans les établissements de moins de 50 salariés – qui
emploient près de la moitié des salariés du privé –, l’absence de
représentants syndicaux est la règle. Dans le public comme dans le privé,
le développement de la flexibilité constitue un frein à la syndicalisation.
uelques années après la hérents. La France n’a certes ja- moins urbanisée, elle n’a pas
guerre, en 1949, plus mais étéunpaysdesyndicalisme connu les grandes concentrationsQ d’un salarié sur quatre de masse : pour des raisons qui ouvrières de l’Angleterre et de
eétait syndiqué. Le syndicalisme, à tiennent à l’histoire plus lente de l’Allemagne du XIX siècle ; par
dominante ouvrière, regroupait son industrialisation et à l’émer- ailleurs, elle n’a pas opté pour un
alorsplusdetrois millionsd’ad- gence d’une classe ouvrière syndicalisme de service comme
∗ Thomas Amossé et Maria-Teresa Pignoni appartiennent à la direction de l’Animation, de la recherche, des études et des statistiques du
ministère de l’Emploi, de la Cohésion sociale et du Logement.
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en Europe du Nord. Toutefois, plus élevés parmi les pays indus- organisations perdent la moitié
les organisations syndicales ont trialisés. Ce paradoxe apparent de leurs effectifs. La création des
longtemps pu se prévaloir d’une renvoie à la singularité du mo- comités d’entreprise en 1946 et
base militante étendue dans les dèle français de relations profes- l’instauration de la gestion pari-
sionnelles où les organisations taire des organismes de protec-entreprises et les administrations.
syndicales négocient pour l’en- tion sociale (Agirc en 1947,
semble des salariés et non pour Unedic en 1958 et Arrco enAujourd’hui, le paysage syndical
leurs seuls adhérents. Il est aussi 1961) ont ainsi étonnamment ac-a complètement changé : le taux
le fruit d’un double mouvement compagné un premier déclin dede syndicalisation est passé sous
d’institutionnalisation et de dé- la syndicalisation.la barre des 10 % à la fin des an-
syndicalisation qui caractérisenées quatre-vingt ; il est resté à
l’évolution depuis 1945 du fait À la faveur de la croissance, lece niveau historiquement bas de-
syndical en France, plus que taux de syndicalisation se stabi-puis (encadré 1 et figure 1).Dans
dans tout autre pays européen lise dans les années soixante. Ille même temps, la présence insti-
(encadré 2). progresse même au début de latutionnelle des organisations syn-
décennie suivante. Derrière cettedicales n’a cessé de se renforcer.
apparente stabilité, des reconfi-Alors que de plus en plus de sa-
gurations d’ampleur sont àlariés sont représentés par des Une
l’œuvre : le recul de la CGT sesyndicats sur leur lieu de travail, institutionnalisation
poursuit au profit de FO et de ladans leur entreprise ou leur ad- progressive,
CFDT, reconnue comme repré-ministration, les organisations
une désyndicalisation sentativededroitaprèslascis-comptent de moins en moins
par paliers sion de la CFTC en 1964 ; lesd’adhérents.
fédérations de l’industrie perdent
De la fin de la guerre au début des adhérents alors que la syndi-La France est l’un des pays in-
des années soixante, alors que de calisationdescolsblancssedustrialisés qui a le plus faible
nouvelles dispositions réglemen- poursuit. L’activité syndicale esttaux de syndicalisation. Et pour-
taires visent à étendre le parita- intense sur le terrain et, en 1968,tant, neuf salariés sur dix sont
risme et à renforcer la présence les sections syndicales et leurscouverts par une convention col-
syndicale dans les entreprises, les délégués sont légalement recon-lective, soit un des niveaux les
Encadré 1
La connaissance statistique des syndicats de salariés
En France, l'estimation du nombre rents à l'ensemble des organisations Les enquêtes relations profession-
de salariés adhérant à une organi- syndicales. nelles et négociations d'entreprises
sation syndicale s'est longtemps (Réponse), réalisées en 1992-1993,
appuyée sur les seules déclarations Bien qu'elles aient été peu exploi- 1998-1999 et 2004-2005, complè-
des syndicats. Jusqu'à aujourd'hui, tées en ce sens, des données d'en- tent la connaissance statistique des
les principaux travaux, tant natio- quêtes permettent également différentes organisations syndica-
naux qu'internationaux, présentant d'étudier la syndicalisation. Depuis les, et en particulier de leur im-
l'évolution des effectifs syndiqués 1996, le dispositif des enquêtes per- plantation dans le secteur privé,
et des taux de syndicalisation en manentes sur les conditions de vie sur le champ des établissements de
France ont été élaborés à partir de des ménages de l'Insee (EPCV) per- vingt salariés et plus.
ces informations. Les recherches met de repérer les personnes qui
d'A. Bevort et de D. Labbé ont per- déclarent être « membres d'un Des fichiers administratifs fournis-
misd'établir lessériesderéfé- groupement syndical ou profes- sent des précisions concernant leur
rence de 1949 à 1993 : à partir sionnel ». Il fournit également audience : dans la Fonction pu-
d'une collecte minutieuse, ef- deux indicateurs de la présence blique (d'État, territoriale et hospi-
fectuée fédération par fédération, syndicale, « sur le lieu de travail » talière), les résultats des élections
des cotisations enregistrées par la et « dans l'entreprise [ou l'adminis- aux commissions administratives
CGTetlaCFDT, A. Bevort apu tration] ». Ces enquêtes, réalisées paritaires fournissent un état des
calculer le nombre d'adhérents de chaque année auprès d'un échantil- lieux des audiences syndicales
ces deux organisations depuis la lon représentatif de 8 000 person- pour chaque cycle électoral ; dans
guerre ;D.Labbé en aensuite nes âgées de plus de 15 ans, le secteur privé, les résultats des
étendu la portée en estimant, à permettent d'étudier les détermi- élections aux comités d'entreprise
partir des résultats aux élections nants de l'adhésion syndicale et de et délégations uniques du person-
professionnelles, le nombre d'adhé- la présence syndicale. nel jouent le même rôle.
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nus dans les établissements et les développement de syndicats au- ces syndicats. Ainsi, tout en en-
entreprises de plus de 50 salariés. tonomes (notamment la FEN), la cadrant strictement le pluralisme
loi de 1950 sur les conventions syndical, cette loi permet aux
Du point de vue institutionnel, collectives reconnaît comme seu- confédérations minoritaires de
une autre décision marque ces les organisations représentatives conclure un accord. Elle est pré-
périodes et marquera encore plus de droit dans le secteur privé les cisée en 1966, de façon à inclure
fortement les suivantes. Alors confédérations CFTC, CGC, CGT la CFDT comme cinquième
que dans la Fonction publique la et CGT-FO. Elle rend possible la confédération représentative.
représentativité de fait de toute signature de conventions ou d’ac- Dans ce système, le développe-
organisation syndicale permet le cords collectifs par un seul de ment des organisations peut se
limiter à une stratégie d’implan-
Figure 1 - Les taux de syndicalisation depuis 60 ans tation – de façon à être présentes
lorsdesnégociations–,sanspro-
en % gression de la syndicalisation.
30
Quelques années après le pre-
25 mier choc pétrolier, la situation
se dégrade à nouveau : le
20 nombre d’adhérents diminue à
partir de 1977-1978 dans l’en-
15 semble des branches et pour l’en-
semble des organisations. Alors
10 que les lois Auroux (1982) ten-
dent à renforcer le droit d’expres-
5 sion des salariés et les missions
des comités d’entreprise, le déclin
0 s’accentue avec la montée du
1945 1950 1955 1960 1965 1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000 2005 chômage de masse et la restruc-
turation des bassins industriels.
Champ : salariés (secteurs privé et public).
En quinze ans, les organisationsSources : de 1949 à 1993 inclus, estimation à partir du nombre de cotisations syndicales (en déduisant les 20 %
de cotisations correspondant aux salariés en retraite) ; de 1996 à 2004 inclus, estimation à partir de l’enquête syndicales ont de nouveau perdu
permanente sur les conditions de vie des ménages de l’Insee.
la moitié de leurs effectifs. La
Encadré 2
La situation française dans le contexte européen
À partir du début des années Les taux de syndicalisation recou- Au-delà de cette baisse de la syn-
quatre-vingt-dix, le taux de syn- vrent des réalités disparates. En Bel- dicalisation dans la plupart des
dicalisation recule dans tous les gique, les chômeurs représentent un pays, les organisations syndicales
pays européens. Cette tendance syndiqué sur cinq. En Italie, les re- parviennent de moins en moins à
est due à un ensemble de fac- traités regroupent la moitié des adhé- pesersur lesréformesdelapro-
teurs économiques, sociaux et rents. Le syndicalisme britannique, tection sociale. Partout l'État in-
politiques qui ont des origines avec plus d'un quart des salariés syn- tervient de plus en plus en
communes, mais son ampleur est diqués, se concentre dans quelques matièrederéformessocialeset
très variable d'un pays à l'autre. secteurs, laissant les deux tiers des sa- sur le fonctionnement du marché
En Belgique et dans les pays lariés sans convention collective. du travail. Le modèle du partena-
scandinaves, le syndicalisme de riat social est remis en question,
service qui assure des fonctions Partout le secteur public résiste y compris dans les pays nordi-
sociales comme la gestion de mieux que le secteur privé et, dans ques les plus rompus à la concer-
l'assurance chômage ou celle de plusieurs pays, la féminisation des tation.
la formation professionnelle ont syndicats reflète principalement la
permis de limiter la désyndicali- forte présence des femmes dans les Finalement, replacée dans ce
sation. À l'inverse, suite à la réu- services publics ou le recul de la syn- contexte international, les difficul-
nification, le syndicalisme dicalisation masculine, comme au tés précoces du syndicalisme fran-
allemand a perdu de nombreux Royaume-Uni. Les difficultés à attirer çais apparaissent a posteriori
adhérents, alors qu'il avait vers le syndicalisme les jeunes et les comme un signe avant-coureur de
jusque-là résisté aux transforma- travailleurs immigrés sont partagées l'affaiblissement du syndicalisme
tions du monde du travail. dans l'ensemble des pays européens. dans les pays européens.
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syndicalisation atteint son plus se situe toujours à un niveau éle- ser sur les orientations retenues,
bas niveau, entre 8 % et 9 %, au vé (65,7 % en 2004). ont été à l’origine d’une nouvelle
début des années quatre-vingt-dix. période de turbulences. En ter-
La division des syndicats à l’oc- mes d’audience aux élections
casion des récentes réformes professionnelles, dans le public
Fin gouvernementales en matière de comme dans le privé, la CGT
retraites, d’assurance maladie et s’impose de nouveau comme lade la désyndicalisation
de dialogue social, ainsi que les première organisation syndicaleou amorce
difficultés qu’elles ont eues à pe- devant la CFDT. Dans les élec-
d’un nouveau repli ?
Figure 2 - La présence syndicale sur le lieu de travail
La dernière décennie est
marquée par une pause dans la en %
tendance longue au déclin de la 70
syndicalisation. Avec 1,8 million
d’adhérents, les différentes or- Présence syndicale
60 dans l'entreprise ouganisations ont stabilisé leurs
l'administrationeffectifs. Ils représentent 8 %
des salariés en 2004. Dans le 50
même temps, la présence syndi-
cale a continué de se renforcer
40
sur les lieux de travail, dans les
Présence
entreprises et les administra-
syndicale sur le
30tions (figure 2). L’instauration lieu de travail
en 1993 des délégations uniques
du personnel – qui peuvent 20
remplacer dans les entreprises 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004
de moins de 200 salariés les co-
Champ : salariés (secteurs privé et public).mités d’entreprise et délégués
Lecture : en 2004, 56,7 % des salariés déclarent qu’un syndicat est présent dans leur entreprise ou leurdu personnel – et l’intense acti-
administration, contre 50,6 % en 1996.
vité de négociation à l’occasion Sources : Insee, enquête permanente sur les conditions de vie des ménages, de 1996 à 2004.
de la réduction du temps de tra-
vail (de 1998 à 2002), y ont con-
tribué. Figure 3 - L’implantation syndicale dans le secteur privé
Bien qu’elles concernent l’en- en %
semble des organisations syndi- 40
cales, ces évolutions ont été
35particulièrement marquées pour
la CFDT et la CFTC. Dans les 30
élections aux comités d’entre-
25prise et délégations uniques du
personnel, le recul des voix non 20
syndiquées entre 1991-1992 et
152001-2002 reflète ainsi principa-
lement l’augmentation de l’au- 10
dience de ces deux organisations
5(figure 4). Signe de l’institution-
nalisation des organisations, l’é- 0
volution des audiences ne CFDT CFE-CGC CFTC CGT CGT-FO
s’effectue pourtant qu’à un 1993 1999 2005
rythme lent au regard de celle Champ : salariés d’établissements de 50 salariés ou plus du secteur privé.
des implantations (figure 3). La Lecture : en 2005, 36,2 % des établissements de 50 salariés ou plus sont couverts par un délégué syndical
de la CFDT ; en 1993, cette proportion n’était que de 24,9 %.participation à ces élections, cer-
Source : Dares, enquête Réponse, 1992-1993, 1998-1999, 2004-2005.
tes en recul sur longue période,
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tions aux comités d’entreprise et cette loi pourrait en effet res- tation syndicale est de fait plus
délégations uniques du person- treindre le nombre d’élections importante dans les secteurs re-
nel, l’audience de la CFDT est re- aux comités d’entreprise et délé- levant principalement de la
tombée en deux ans au niveau gations uniques du personnel. Fonction publique comme
qui était le sien au milieu des an- Dans ce cadre, certains établisse- l’« Éducation, santé, social »
nées quatre-vingt-dix, principale- ments passeront en dessous des (51 %) ou le secteur « Adminis-
ment au profit de la CFTC et de seuils d’obligation pour ces élec- tration, association » (47 %). Les
la CFE-CGC, mais aussi des lis- tions, qui deviendront par ail- professeurs, chercheurs et méde-
tes non syndiquées. Dans les leurs deux fois moins fréquentes. cins hospitaliers (25 %), mais
commissions administratives pa- aussi lesingénieursetcadresde
ritaires de la Fonction publique, la Fonction publique (25 %) sont
le recul est de même ampleur, les professions les plus syndi-Implantation
mais il bénéficie cette fois aux quées.et syndicalisation
syndicats autonomes (notam-
vont de pair, elles sont
ment Solidaires ex-G10) et à la Historiquement composé d’entre-
beaucoup plus fortesCGT. prises publiques, le secteur de l’é-
dans le secteur public nergie se caractérise par une
D’un point de vue institutionnel, forte implantation des organisa-
de nouvelles dispositions ont vu Dans la Fonction publique, un tionssyndicales:deux salariés
le jour dans ce contexte de fragi- salarié sur deux signale l’exis- sur trois signalent la présence
lités syndicales. En dépit des tence d’un syndicat sur son lieu d’un syndicat sur leur lieu de tra-
transformations du paysage syn- de travail, et un sur six est effec- vail. Avec 17 % de salariés qui
dical au cours des quarante der- tivement syndiqué. Dans les en- déclarent être membres d’un
nières années, la réforme du treprises du secteur privé, la groupement syndical ou profes-
dialogue social de mai 2004 ne proportion est trois fois plus sionnel, l’énergie est également le
modifie pas les règles concernant faible : un salarié sur vingt est secteur d’activité le plus syndi-
la représentativité de droit des syndiqué (figure 5).L’implan- qué, devant l’« Éducation, santé,
syndicats. Cependant, en l’abence
de délégués syndicaux, elle auto-
Figure 4 - L’évolution des audiences aux électionsrise des représentants élus (délé-
professionnelles
gués du personnel, membres des
comités d’entreprise et déléga-
Élections aux commissions Élections aux comités d’entreprise
tions uniques) à signer des ac-
administratives paritaires et délégations uniques du personnel
cords collectifs. Enfin, sans
adopter le principe de l’engage- Évolution du
Évolution par Évolution par
ment majoritaire, cette loi per- Situation au Situation au 31/12/2002 par
rapport au rapport au
31/12/2004 31/12/2004 rapport aumet à un syndicat représentant
31/12/2001 31/12/2002
31/12/1992une majorité de salariés de s’op-
poser à la validation d’un accord
CFDT 18,0 - 1,5 21,2 - 1,5 2,3
minoritaire.
CFE-CGC 2,3 0,2 6,3 0,5 - 0,3
CFTC 3,3 - 0,1 6,4 0,6 1,4
En août 2005, l’introduction de
CGT 22,9 0,9 23,4 - 0,1 0,9
nouvelles dispositions légales tra-
CGT-FO 17,0 - 0,4 12,6 - 0,1 0,8
duit une inflexion de la position
FSU 11,0 - 0,7 /// /// ///
de l’État par rapport aux règles
UNSA 12,3 - 0,4
7,3 0,3 0,8de fonctionnement de la repré-
Divers 13,1 1,9
sentation du personnel en entre-
Non-syndiqués /// /// 22,8 0,4 - 6,0
priseetpeutinduire,pourla
Note : dans la fonction publique d’État, les commissions administratives paritaires sont renouvelées à unpremière fois depuis leur créa-
rythme triennal contre un rythme quadriennal pour la fonction publique hospitalière (dernières élections en
tion, une réduction du nombre
décembre 2003 et octobre 1999) et un rythme sexennal pour la fonction publique territoriale (dernières
d’institutions représentatives du élections en décembre 2001) ; les comités d’entreprise et délégations uniques du personnel sont
personnel. En excluant des ins- renouvelées à un rythme biennal.
reChamp : fonctionnaires titulaires des trois fonctions publiques (1 colonne) ; salariés d’établissements ayantcrits les salariés de moins de
etenu des élections aux comités d’entreprise et délégations uniques du personnel (2 colonne).26 ans et en faisant passer la
re eSources : DGAFP, DGCL, DHOS (1 colonne) ; Dares (2 colonne) ; calculs Dares.
durée des mandats de 2 à 4 ans,
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4 Conditions de travail et relations professionnelles
Figure 5 - Les déterminants de l’implantation d’un syndicat sur le lieu de travail et de l’adhésion
syndicale
en %
Présence syndicale sur le lieu de travail Adhésion à un groupement syndical ou professionnel
État, collectivités locales, hôpitaux publics 52,7 15,1
Entreprises publiques, Sécurité sociale 70,7 15,6 privées 31,3 5,1
Établissements d’au plus 5 salariés 2,6 4,1
Établissements de6à9salariés 7,5 4,4 de 10 à 19 salariés 13,8 6,2
Établissements de 20 à 49 25,3 7,8 de 50 à 99 salariés 50,1 10,1 de 100 salariés ou plus 72,5 11,4
Agriculture 12,6 10,5
Industrie agricole et agro-alimentaire 49,4 4,7
Autres activités industrielles 54,3 7,4
Énergie 67,2 17,1
Construction, travaux publics 17,5 2,5
Commerce 19,2 2,6
Transport 55,4 10,3
Activités financières (banque, assurance) 42,1 11,0 immobilières 12,1 4,1
Services aux entreprises 31,5 6,4 aux particuliers 19,1 5,5
Éducation, santé, social 51,0 13,9
Administration, association 47,2 13,7
Cadre et profession intellectuelle supérieure 51,1 14,5
Profession intermédiaire 42,8 10,5
Employé 32,1 5,5
Ouvrier 35,5 6,1
Pas de diplôme général supérieur au bac 35,6 6,6
er
Diplôme du supérieur de niveau 1 cycle 41,5 9,6
er supérieur au 1 cycle 50,5 15,2
er
1 quartile de revenu 24,5 3,7
e
2 quartile de revenu 32,8 6,0
e
3 quartile de revenu 39,4 7,9
e
4 quartile de revenu 49,3 12,3
Homme 40,7 9,1
Femme 36,0 7,2
Moins de 30 ans 27,4 2,7
De 30 à 39 ans 38,5 7,8
De 40 à 49 ans 43,0 10,7
50 ans et plus 45,2 11,5
CDD, intérim, stage et contrat aidé 23,3 2,4
CDI à temps partiel 28,2 6,1
CDI à temps complet 42,6 9,4
Ensemble 38,6 8,2
Champ : salariés (secteurs privé et public).
Lecture : sur la période de 1996 à 2004 inclus, en moyenne, 52,7 % des salariés de l’État, des collectivités locales ou des hôpitaux publics déclarent qu’un ou plusieurs
syndicats sont présents sur leur lieu de travail ; 15,1 % déclarent être membre d’un groupement syndical ou professionnel.
Sources : Insee, enquêtes permanentes sur les conditions de vie des ménages, 1996 à 2004.
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social » (14 %). Dans le secteur publics, au sein des cadres, ex- mage de masse et à la flexibilisa-
des transports, les entreprises pu- plique leur plus forte syndicalisa- tion de la main-d’œuvre. Les
bliques de transport en commun tion. Cependant, en entreprise formes d’emploi flexibles sont de
contribuent à une plus forte pré- également, les cadres sont plus fait un obstacle à la participation
sencesyndicale surlelieudetra- syndiqués que les autres sala- syndicale : seuls 2,4 % des sala-
vail (55 %). Dans les activités riés : dans le secteur privé, 7,5 % riés en CDD ou en intérim et
financières et assurancielles, la descadresd’entreprisesont 6,1 % des salariés en CDI à
syndicalisation (11 %) est supé- membres d’un groupement syn- temps partiel sont syndiqués,
rieure à la moyenne, en raison dical ou professionnel, contre contre 9,4 % pour les salariés en
notamment des organismes de 5%des ouvriers. CDI à temps complet. Les écarts
sécurité sociale et des mutuelles. sont encore plus importants lors-
Plus diplômés et mieux rémuné- qu’un syndicat est présent sur le
Dans le secteur privé, la plus pe- rés, les cadres ont davantage les lieu de travail, ce qui peut
tite taille des établissements et moyens d’adhérer à une organi- conduire à s’interroger sur la ca-
l’absence de protection statutaire sation. S’ils sont moins syndi- pacité des organisations syndica-
des salariés peuvent expliquer les qués, les ouvriers n’en sont pas les à représenter ces salariés. En
difficultés d’implantation et la pour autant moins militants : 2004, les formes d’emploi flexi-
faiblesse des taux de syndicalisa- alorsque lescadresdéclarent bles concernent un quart des
tion. C’est particulièrement le cas être en majorité de simples adhé- salariés, le tiers des femmes et
dans le commerce et la construc- rents, les ouvriers affirment plus des personnes de moins de
tion, véritables déserts syndicaux souvent exercer des responsabili- 30 ans.
où moins d’un salarié sur cinq si- téssyndicales(28 %contre19 %
gnale l’existence d’un syndicat des cadres). Souvent perçu S’ils sont moins souvent syndi-
sur son lieu de travail et où seu- commeuneprisederisquepar qués, ces salariés ne sont pas
lement 2,5 % des salariés sont rapport à l’employeur, l’exercice pour autant exclus de toute re-
syndiqués. Dans l’industrie, sec- de responsabilité syndicale peut présentation syndicale : plus
teur où la dimension collective aussi être une forme d’intégra- d’un quart des salariés en CDD,
du travail est plus anciennement tion professionnelle, voire de en intérim ou à temps partiel si-
ancrée, l’implantation syndicale promotion sociale pour les sala- gnalent qu’un syndicat est pré-
reste forte (54 %), mais la syndi- riés d’exécution. sent sur leur lieu de travail ;
calisation se situe en dessous de près de la moitié font état d’une
la moyenne (7 %). Pour comprendre le fait syndical présence syndicale dans l’entre-
aujourd’hui, sans doute est-il né- prise ou l’administration. Au ni-
cessaire de mieux cerner les for- veau de la branche, ce sont plus
mes de l’engagement syndical, ce de neuf salariés sur dix qui bé-Les cadres plus
qui suppose d’analyser autant les néficient de dispositions négo-syndiqués, les ouvriers
militants qui n’adhèrent pas à ciées par les fédérations
plus militants ?
une organisation que les adhé- syndicales.
rents qui ne participent pas aux
Si la syndicalisation n’est pas ré- activités qu’elle encadre. La France diffère en cela de pays
servée aux salariés d’exécution tels que les États-Unis, la Corée
– les cadres et professions intel- du Sud et le Japon. Ces pays ont
lectuelles supérieures adhèrent Les formes d’emploi àlafoisdestaux de syndicalisa-
trois fois plus souvent à un grou- tion et des niveaux de couvertureflexibles : un obstacle
pement syndical ou professionnel par des conventions collectivesà la syndicalisation
que les ouvriers –, les interpréta- très faibles. La France diffère
de la main-d’œuvre
tions à donner à ce constat chif- aussi d’un pays comme le
fré sont multiples. Royaume-Uni, qui présente un
La faible syndicalisation des ou- taux de syndicalisation relative-
Le poids des professions de l’en- vriers et des employés, mais aus- ment élevé mais un faible taux
seignement et de la santé, et plus si des femmes et des jeunes, peut de salariés couverts par une
généralement des emplois être reliée à la montée du chô- convention collective.
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4 Conditions de travail et relations professionnelles
Pour en savoir plus
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