Les performances du marché du travail au tournant du XXIe siècle

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De fin 1996 à fin 2001, la France a accumulé les records de créations d'emplois et de baisse du chômage avec 2,1 millions d'emplois supplémentaires et 750 000 chômeurs de moins. Quels sont les moteurs de ces performances ? Qui a bénéficié de cette embellie ? La nature des emplois s'en trouve-t-elle améliorée ? Comment les comportements d'activité ont-ils évolué ? Les causes et les aspects de ce retournement sont analysés dans cet article.
Publié le : dimanche 30 décembre 2012
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Emploi 3
Les performances du marché du travail
eau tournant du XXI siècle
Christine Gonzalez-Demichel, Emmanuelle Nauze-Fichet, Sébastien Seguin*
De fin 1996 à fin 2001, la France a accumulé les records de créations
d’emplois et de baisse du chômage avec 2,1 millions d’emplois
supplémentaires et 750 000 chômeurs de moins. Quels sont les moteurs
de ces performances ? Qui a bénéficié de cette embellie ? La nature des
emplois s’en trouve-t-elle améliorée ? Comment les comportements
d’activité ont-ils évolué ? Les causes et les aspects de ce retournement
sont analysés dans cet article.
n cinq ans, de fin 1996 à la création de 900 000 em- développement du secteur ter-
à fin 2001, l’emploi plois. Avec 430 000 emplois tiaire non marchand. L’emploiE(hors contingent) a pro- créés, l’année 1969 était celle salarié concurrentiel a ainsi dé-
gressé en France de 2,1 millions qui avait connu le plus d’em- passé au cours de l’automne 1997
de postes de travail. Cette aug- plois créés : elle est désormais le maximum historique atteint à
mentation résulte d’une hausse distancée par les trois derniè- la fin de l’année 1990.
erecord des effectifs salariés et res années du XX siècle, avec
d’une dégradation limitée des en tête l’an 2000 (610 000 em-
effectifs non salariés. Par com- plois créés) (figure 1). Croissance soutenue et
paraison, lors du précédent politique de l’emploi
cycle conjoncturel (phase de L’emploi salarié a profité du dy- dynamique ont stimulé
croissance de fin 1985 à fin namisme exceptionnel des secteurs
l’emploi
1990), une hausse moitié concurrentiels (deux fois plus
moindre du nombre de salariés d’emplois y ont été créés par
et un recul plus sensible de celui rapport à la fin des années Dans l’ensemble, les évolutions
des non salariés avaient conduit quatre-vingt), combiné au fort de l’emploi suivent celles de la
* Christine Gonzalez-Demichel, Emmanuelle Nauze-Fichet et Sébastien Seguin font partie du département Emploi et Revenus d’activité
de l’Insee.
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conjoncture économique. Ainsi,Figure 1 - Les variations annuelles de l’emploi salarié et
non-salarié de fin 1954 à fin 2001 la vigueur de l’emploi sur la pé-
riode récente est liée avant tout
au retour en France d’une crois-
sance économique soutenue. Elle
a été de 3 % par an, en moyenne
annuelle, sur la période 1997-
2001 contre1%sur la période
1991-1996, marquée notamment
par la récession économique de
1993. À la fin des années quatre-
vingt, la croissance de l’emploi
avait été plus faible, malgré une
croissance économique plus forte
en moyenne. De fait, la productivi-
té apparente du travail (rapport
entre la valeur ajoutée et l’emploi)
s’est sensiblement infléchie dans
les secteurs concurrentiels depuis
dix ans:1% environ en rythme
annuel au cours des années
quatre-vingt-dix contre 2,2 % du-
rant les années quatre-vingt.Figure 2 - Variations d’emplois
En milliers d’emplois
Cet enrichissement de la crois-De fin 1985 De fin 1996 Niveau
sance en emplois peut être imputéà fin 1990 à fin 2001 fin 2001
en partie à la politique de l’em-Emploi total 906,9 2 143,6 24 457,2
ploi, beaucoup plus dynamiqueEmploi non salarié : - 291,5 - 147,2 2 117,3
ces dernières années que lors deAgriculture - 281,7 - 97,3 542,5
la reprise de la fin des annéesIndustrie 62, 3 - 11,8 202,9
quatre-vingt. Diverses mesuresConstruction - 100,7 - 9,6 166,5
ont été successivement mises enTertiaire 28,6 - 28,5 1 205,4
œuvre, visant à créer des emplois
Emploi salarié : 1 198,4 2 290,8 22 339,9
1 par le partage du travail et
dont secteurs concurrentiels 886,1 1 808,8 15 431,7
l’abaissement de son coût. Il
Agriculture 8,0 - 9,2 343,2
s’agit des mesures générales
Industrie - 162,5 58,9 4 166,3
d’allégement de charges sur les
dont : Biens intermédiaires - 44,7 30,1 1 485,8
bas salaires, appliquées progres-
Biens d’équipement - 9,0 37,9 849,7
sivement depuis 1993, et relayées
Automobile - 32,7 17,0 299,6
par les dispositifs de réduction du
Biens de consommation - 40,4 - 44,3 707,5
temps de travail (dispositifs Robien
Construction 110,6 119,0 1 266,7
- de 1996 à 1998 - et Aubry).
Tertiaire 1 259,6 2 104,8 16 588,5
dont :
Parallèlement, des mesures plus
Tertiaire concurrentiel 938,0 1 630,8 9 998,7
ciblées se sont développées en
dont : Commerce 215,4 345,4 2 955,5
faveur de publics prioritaires,
Transports 56,4 138,0 1 050,9
notamment les jeunes et les chô-
Services marchands aux entreprises 426,1 777,1 3 166,1
meurs de longue durée dans le m aux particuliers 176,1 327,6 1 854,6
cadre de la lutte contre les exclu-2Tertiaire non concurrentiel 321,6 474,0 6 656,2
sions. Fin 2001, 500 000 personnes
dont Emplois aidés - 13,6 81,9 494,0
bénéficiaient d’un emploi-jeune,
1. Les secteurs concurrentiels comprennent l’industrie , la construction et le secteur tertiaire
d’un contrat emploi-solidarité ouconcurrentiel.
2. Le tertiaire non concurrentiel comprend l’administration, la santé, l’action sociale, l’éducation et les d’un emploi-consolidé.
activités associatives. Ces emplois aidés non mar-
Source : Insee. chands ont fortement contribué
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au dynamisme du secteur tertiaire fortement accéléré en début de se sont nettement développés de-
non marchand : près d’un emploi reprise avant de reculer en 2001. puis 1990. De fait, en mars 2002,
créé sur cinq depuis fin 1996, Au total, il a contribué pour près ces emplois représentent 9,9 %
contre une contribution nulle à la d’un cinquième aux créations de l’emploi salarié (soit + 3,0
fin des années quatre-vingt. d’emplois salariés concurrentiels points en douze ans). Les entre-
depuis cinq ans. prises y ont eu souvent recours
au début de la reprise (en
Services et commerce : Dans la construction, après plus 1997-1998) et ces formes d’em-
de 200 000 suppressions d’em- ploi ont alors contribué pourles principaux moteurs
plois depuis le début des années moitié à l’augmentation dede l’emploi salarié
quatre-vingt-dix, les effectifs (hors l’emploi. Au cours de la précé-
concurrentiel
intérimaires du secteur) sont re- dente reprise (en 1994-1995), ce
partis à la hausse depuis fin 1997. phénomène s’était aussi produit
Depuis la fin 1996, tous les sec- Au total, autant d’emplois ont été mais de manière encore plus
teurs concurrentiels ont bénéficié créés dans ce secteur entre 1996 nette puisque ce type d’emploi
de la vigueur de l’activité. Cepen- et 2001 qu’entre 1985 et 1990. avait contribué pour trois quarts
dant, le dynamisme de l’emploi à l’augmentation de l’emploi. En
repose essentiellement sur le ter- Après plusieurs années de baisse, fait, les emplois temporaires pré-
tiaire, principalement sur les ser- les effectifs industriels (hors inté- sentent une évolution cyclique,
vices aux entreprises, le com- rimaires du secteur) ont augmen- autour d’une tendance à la
merce et les services aux particu- té de 60 000 postes en cinq ans, hausse. Les entreprises les utili-
liers (figure 2). Les services aux dont l’essentiel en 2000, soit une sent car ils leur permettent de
entreprises ont créé deux fois plus performance inédite depuis les s’ajuster plus aisément aux fluc-
d’emplois depuis 1996 que sur la années soixante-dix. tuations de l’activité.
période 1985-1990. Ils sont tirés
par les activités de conseils et Les emplois temporaires sont des
d’assistance, en accélération sur formes d’emplois très ciblées :Moins d’emplois à durée
la période récente, et le travail l’intérim relève davantage de l’in-limitée et à temps
temporaire. dustrie et les CDD du tertiaire.
partiel en 2002
Ils concernent davantage les dé-
Le travail temporaire a connu un butants sur le marché du travail
profil heurté, coïncidant avec ce- Les emplois temporaires (contrats à que leurs aînés : 17 % des jeunes
lui de l’activité dans l’industrie, durée déterminée, intérim, contrats en phase d’insertion (c’est-à dire
premier secteur utilisateur. Il a d’apprentissage et contrats aidés) sortis de l’école depuis moins de
cinq ans) contre 6 % des moins
de 50 ans en 2002.
Figure 3 - Les emplois temporaires de mars 1990 à mars 2002
Depuis 1997, l’intérim est la
forme d’emploi temporaire qui a
le plus progressé, loin devant
l’apprentissage et les CDD, alors
que les emplois aidés se sont
stabilisés (figure 3). Les emplois
à durée limitée ont néanmoins
reculé entre mars 2000 et mars
2002. Apprentissage, contrats
aidés et CDD ont chuté, en
partie du fait de la politique de
l’emploi : celle-ci, centrée sur
le dispositif de réduction du
temps de travail, a joué en fa-
veur des embauches stables.
L’intérim a continué de progres-
ser jusqu’au début 2001, puis un
retournement à la baisse s’est
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1Figure 4 - Proportion des actifs ayant un emploi à temps partielproduit, suivi d’une reprise début
2002.
Désormais, les emplois temporai-
res débouchent davantage sur
des emplois stables. Les titulaires
d’un contrat à durée limitée ob-
tiennent plus souvent que par le
passé un contrat à durée indéter-
minée au bout d’un an. C’est le
cas de 35 % d’entre eux entre
mars 2001 et mars 2002, contre
29 % entre mars 1997 et mars
1998. Les jeunes débutants ont
bénéficié de cette amélioration à
partir de 1999.
Par ailleurs, l’essor du temps par-
tiel a été particulièrement net en
France depuis dix ans, comme
dans la majorité des pays de
l’OCDE : 11,9 % des actifs ayant Figure 5 - Évolution de l’emploi total par statut
un emploi travaillaient à temps
partiel en 1990, 17,2 % en 1999 Janvier 1990 Mars 1997 Mars 2002
avant de retomber à 16,2 % en
Effectifs (en milliers)
2002 (figure 4). Le temps partiel
Ensemble 22 550 22 223 23 942concerne 30 % des femmes et
Hommes 13 140 12 409 13 1035 % des hommes. Surtout pré-
Femmes 9 410 9 814 10 838sent dans les secteurs tertiaires,
Non salariés 3 469 2 847 2 575les plus féminisés, il progresse
Salariés 19 081 19 376 21 367également dans l’industrie. Du
1fait des incitations mises en place Taux d’emploi (en %)
en 1993, son développement s’est
Ensemble 49,7 47,8 50,0
accéléré dans un premier temps,
puis il a marqué le pas à partir Emplois à durée limitée (part dans l’emploi salarié en %)
de 1999, en relation avec une
Ensemble 6,9 9,3 9,9
réglementation rendue moins
Intérimaires 1,2 1,7 2,4
favorable dans le cadre de la ré- 2
CDD 3,1 4,3 4,2
duction du temps de travail.
Apprentis 1,2 1,2 1,3
3
Contrats aidés 1,4 2,1 2,0
Au cours des années quatre-
Proportion d’actifs occupés à temps partiel (en %)vingt-dix, parallèlement à la
montée du chômage, les situa- Ensemble 11,9 16,6 16, 2
tions de sous-emploi ou temps Hommes 3,3 5,4 5,1
partiel subi s’étaient multipliées, Femmes 23,6 30,8 29,7
affectant 1 450 000 personnes en
Taux de sous-emploi parmi les emplois à temps partiel (en %)
mars 1997. Leur poids parmi les
Ensemble 30,0 39,4 31,6salariés à temps partiel s’était
Hommes 33,1 51,5 39,1accru de 10 points, pour at-
Femmes 29,5 36,7 30,0teindre 39,4 % en 1997 (figure 5).
Depuis, l’amélioration du marché 1. Part des actifs occupés dans la population totale des plus de 15 ans.
du travail et l’ajustement des ryth- 2. CDD : Contrats à durée déterminée (hors État, collectivités locales)
3. Contrats d’aide à l’emploi (CES, CIE, etc.) et stages de la formation professionnelle classés dansmes de travail aux 35 heures se
l’emploi au sens des critères du bureau international du travail (BIT).sont traduits par un recul du
Source : Insee, enquêtes Emploi.sous- emploi. Sa fréquence s’est
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réduite de 7,8 points : 1 225 000 chômage. Ce résultat reste supé- Les jeunes, premiers
personnes sont concernées en rieur à celui des États-Unis (taux bénéficiaires de
mars 2002. Ce sont plutôt des de chômage de 6,1 %) et de la
l’amélioration du
hommes et des jeunes de moins zone Euro (8,3 %). Il constitue
marché du travailde 25 ans. néanmoins une performance,
compte tenu de l’ampleur de la
baisse. Lors du précédent cycle La baisse du chômage a été par-
conjoncturel, le taux de chômage ticulièrement marquée pour lesUne baisse du chômage
avait reculé de 1,9 point jeunes de moins de 25 ans. Leur
d’une ampleur inégalée
(- 430 000 chômeurs) entre mars situation a commencé à s’amé-
1987 et mai 1990. Il avait égale- liorer bien avant celle de leurs
En juin 1997, 12,2 % de la popu- ment baissé temporairement d’un aînés, dès janvier 1997, et le repli
lation active était au chômage. point entre mai 1994 et juillet du chômage a été de plus forte
Depuis, le chômage a baissé de 1995, soit - 270 000 chômeurs. ampleur : – 10 points de taux de
façon quasiment ininterrompue chômage jusqu’en mars 2001.
jusqu’en mai 2001 (- 3,6 points Cette amélioration a bénéficié Mais ils ont également été les
pour le taux de chômage et tant aux hommes qu’aux femmes, premiers touchés par la re-
- 840 000 chômeurs en quatre ans) même si le risque de chômage montée du chômage.
(figure 6). La hausse a ensuite re- est demeuré plus élevé pour les
pris : en mai 2002, 8,9 % de la femmes (10,0 %) que pour les En fait, la situation des jeunes
population active était au hommes (8,0 %). sur le marché du travail sur-réa-
git à la conjoncture. En tant que
débutants sur le marché du tra-1
Figure 6 - Évolution du chômage (au sens du BIT ) vail, ils sont surreprésentés dans
les embauches récentes, et no-
tamment parmi les emplois tem-
poraires. Or ces derniers sont
précisément les plus sujets aux
à-coups de l’activité. En mars
2002, 42 % des jeunes salariés
occupaient un emploi à durée
limitée contre seulement8%des
salariés adultes. Par ailleurs, de-
puis 1997, les mesures spécifi-
ques de la politique de l’emploi
ont été fortement orientées vers
les jeunes : emploi-jeune, forma-
tion en alternance, programme
TRACE d’accès à l’emploi. Les
jeunes ont donc tiré meilleur
parti de la conjoncture favorable
de fin 1996 à début 2001 et du
dynamisme des emplois tempo-
raires sur cette période.
Les personnes de 25 à 49 ans ont
également bénéficié de la baisse
du chômage : - 3,2 points pour le
taux de chômage depuis juin
1997 (figure 7). Pour les person-
nes de 50 ans ou plus, l’améliora-
tion du marché du travail a été
plus tardive et moins massive : le
chômage n’a reculé que de
1,9 point à partir du printemps
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1999, bien après celui des jeunes à l’horizon d’un an, un chômeur 6,1 % entre mars 1997 et mars
(janvier 1997) ou des adultes de âgé a moins de chances de retrou- 2002. Rappelons également le
25 à 49 ans (juillet 1997). ver un emploi qu’un jeune chô- faible taux d’emploi des plus
meur (15 % contre 40 %) et plus âgés, conséquence des nom-
Au total, les disparités du risque de risques de rester au chômage breuses mesures qui ont joué à
de chômage se sont fortement (70 % contre 50 %). Par ailleurs, la baisse sur la population ac-
réduites entre les 15-24 ans et chez les plus jeunes, les actifs ne tive depuis vingt ans, que ce soit
les 50 ans ou plus : l’écart entre représentent qu’une faible part de les préretraites ou les dispenses
leurs taux de chômage a diminué la population, la grande majorité de recherche d’emploi.
de 6,2 points entre l’été 1997 et étant scolarisée. De fait, la part de
mai 2002. Il convient cependant chômeurs au sein de l’ensemble
de relativiser ce constat. En effet, des 15-24 ans a chuté de8%à Recul du chômage pour
tous les niveaux de
diplôme et pour toutes
Figure 7- Évolution des principales caractéristiques du chômage
1 les catégories(au sens du BIT )
socioprofessionnelles
Janvier 1990 Mars 1997 Mars 2002
Le risque de chômage a dimi-
Nombre de chômeurs (en milliers) nué à tous les niveaux d’études,
y compris pour les moins diplô-Ensemble 2 254 3 105 2 341
més : la baisse du nombre deHommes 969 1 496 1 123
chômeurs sans diplôme ou titu-Femmes 1 285 1 609 1 218
laires du seul certificat d’études
Taux de chômage selon le sexe (en %)
primaires représente près de la
moitié de la diminution globaleEnsemble 9,2 12,3 8,9
du chômage. L’écart entre lesHommes 7,0 10,8 7,9
moins diplômés et les plus di-Femmes 12,0 14,1 10,1
plômés s’est donc réduit. Mais
Taux de chômage selon l’âge (en %)
le diplôme constitue encore au-
15-24 ans 19,1 28,1 20,2 jourd’hui le meilleur atout pour
25-49 ans 8,1 11,5 8,3 trouver un emploi. Ainsi, en
50 ans ou plus 6,5 8,5 6,3 mars 2002, le taux de chômage
des personnes sans diplôme
Taux de chômage de quelques catégories sociales (en %)
s’élevait encore à 14,1 %, alors
Cadres et professions intellectuelles supérieurs 2,6 5,1 3,8 que pour les diplômés de l’en-
Professions intermédiaires 4,1 7,0 5,4 seignement supérieur, il se si-
Employés 11,9 14,4 10,5 tuait autour de 5,5 %.
Ouvriers 12,2 15,8 11,4
Les disparités par catégorie so-
Taux de chômage par diplôme (en %)
cioprofessionnelle ont sensible-
Sans diplôme ou CEP 13,0 17,5 14,1 ment diminué. C’est en effet
BEPC, CAP, BEP 8,4 11,4 8,3 pour les ouvriers, catégorie so-
Baccalauréat 6,5 11,4 8,2 la plus ex-
Bac + 2 3,7 8,2 5,6 posée au chômage, que le risque
e e
Diplôme du 2 ou 3 cycle du supérieur 3,5 7,3 5,7 s’est le plus réduit : - 4,4 points
pour le taux de chômage entreProportion de personnes au chômage depuis un an ou plus (en %)
mars 1997 et mars 2002. De
Ensemble 39,7 39,0 31,7 fait, le taux de chômage des ou-
Hommes 37,3 37,0 30,2 vriers s’est aujourd’hui rappro-
Femmes 41,5 40,9 33,1 ché de celui des employés
(10,5 % en mars 2002, en recul1. Est chômeur au sens du BIT une personne en âge de travailler (15 ans ou plus) qui (a) recherche un
emploi avec démarches effectives, est disponible, et qui n’a pas eu d’occupation professionnelle au cours de 4 points). Les autres catégo-
de la semaine de référence ; ou qui (b) est disponible et a trouvé un emploi qui commence plus tard. ries socioprofessionnelles ont
Source : Insee, enquêtes Emploi. connu une diminution moins
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marquée du chômage, mais elles (en recul de 1,3 point) et 5,4 % de quatre ans de baisse du chô-
sont aujourd’hui proches du plein pour les professions intermédiai- mage, certaines catégories se
emploi : taux de chômage de res (- 1,6 point). sont même nettement rappro-
3,8 % pour les cadres et profes- chées du plein emploi : les ca-
sions intellectuelles supérieures L’amélioration, particulièrement dres, professions intellectuelles
marquée pour les ouvriers et pour supérieures et professions inter-
les moins diplômés, a sans doute médiaires ou les personnes titu-
été favorisée par les mesures d’al- laires d’un diplôme égal ou
légement de cotisations sur les supérieur au niveau Bac + 2.Encadré 1
bas salaires. Ces dernières ont en
Les facteurs d’évolution effet contribué à la stabilisation Néanmoins, des inégalités subsis-
de la population active du nombre des emplois salariés tent, même si certaines se sont
non qualifiés en 1994 et à leur réduites. Elles révèlent à la foisDébut 2001, les actifs représen-
tent 45 % de la population totale. augmentation, dès 1997. En com- une adéquation insuffisante entre
paraison, les emplois salariés non les compétences de la population
Le « modèle français » de par-
qualifiés n’avaient cessé de dimi- active et la nature des emplois
tage de l’activité se distingue par
nuer tout au long de la période offerts, des effets de file d’attenteune concentration de la vie ac-
tive aux âges intermédiaires, les 1984-1994. et l’existence de discriminations
taux d’activité les plus élevés sociales. Les catégories les plus
étant observés entre 27 et 50 ans. exposées au chômage restent les
À chaque âge, l’activité féminine
moins diplômés ou les moinsLe noyau dur duest plus faible que celle des hom-
qualifiés, les jeunes, les femmesmes, en particulier à partir de 27 chômage de longue
ans, du fait des sorties d’activité et les immigrés.
durée a été entaméliées à la maternité. Parmi les
personnes âgées de 15 à 64 ans,
la participation moyenne à l’acti-
L’embellie sur le marché du tra- Une population activevité est de 68%:74% pour les
hommes et 62 % pour les femmes. vail, combinée aux politiques encore dynamique avant
d’aide à l’emploi, a permis d’enta- un retournement à laEn dix ans, de 1991 à 2001, la mer le noyau dur du chômage.
population active a augmenté de baisse à partir de 2006
En effet, entre mars 1997 et1,4 million de personnes, avec
mars 2002, l’ancienneté moyenneun effet démographique prépon-
dérant (+ 1,2 million), combiné à de chômage a reculé de 2,2 mois, Début 2001, la France métropo-
un effet plus limité des compor- pour s’établir à 12,8 mois en litaine comptait 26,4 millions
tements d’activité. L’évolution de
2002, son niveau le plus bas de- d’actifs, en progression de
la population active depuis les
puis mars 1993. Le chômage de 700 000 personnes depuis 1997.années soixante décrit essentiel-
lement l’histoire des générations longue durée (un an ou plus) a Sur la période, certaines évolu-
massives du baby-boom, nées diminué fortement, les bénéfices tions des comportements d’activi-
entre 1945 et 1975. Celles-ci ont de la reprise s’étendant progressi- té se sont infléchies (encadré 1).
remplacé progressivement les
vement aux personnes les plus Pour les plus jeunes, l’activitégénérations précédentes moins
éloignées du marché du travail. s’est légèrement redressée depuisnombreuses, au fur et à mesure
de leur départ à la retraite. La proportion de chômeurs de 1997, compte tenu de sorties du
Quant à l’effet global des com- longue durée est ainsi passée de système scolaire un peu plus pré-
portements d’activité, il résulte
39 % en 1997 à 31,7 % en 2002. coces et d’une légère progression
d’évolutions contrastées selon le
Les disparités restent cependant des situations de cumul em-sexe et l’âge : une participation
croissante des femmes à l’activité ; importantes entre les chômeurs ploi-scolarité (apprentis et autres
une participation décroissante âgés et les plus jeunes, dont 53 % étudiants travailleurs), dans le
des plus jeunes, l’allongement et 15 % respectivement sont des contexte particulier de la sup-
progressif des études ayant
chômeurs de longue durée. pression du service national.conduit à retarder les entrées sur
Au-delà de 55 ans pour les hom-le marché du travail ; une parti-
cipation décroissante des plus Depuis 1997, aucune catégorie de mes et de 60 ans pour les femmes,
âgés, compte tenu de l’abaisse- la population n’est restée à l’écart la tendance à la baisse de l’acti-
ment de l’âge de la retraite et du
de l’embellie sur le marché du vité s’est également ralentie. En
développement des retraits anti-
travail et, en cinq ans, le nombre effet, les entrées en préretraitecipés d’activité (préretraites et
dispenses de recherche d’emploi). de chômeurs s’est réduit de près ont reculé depuis le milieu des
d’un quart. En 2002, après plus années quatre-vingt. Toutefois, le
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3 Emploi
nombre de dispensés de re- en place en 1993 ont par ailleurs mouvement semble ralentir. Aux
cherche d’emploi a fortement contribué à limiter la baisse du âges de la maternité, elle a par
augmenté, ce qui a joué en sens taux d’activité. Pour les femmes ailleurs été freinée par l’exten-
inverse. Pour les 60-64 ans, les de 25 à 59 ans, l’activité a conti- sion, à partir de juillet 1994, de
premiers effets de la réforme du nué à se développer fortement au l’allocation parentale d’éducation.
régime général des retraites mise fil des générations, mais ce Enfin, pour les hommes de 25 à
54 ans, le taux d’activité est resté
stable.
Encadré 2
À l’horizon 2006, la population
Projection de population active : active devrait encore progresser,
concept, méthode, scénarios mais à un rythme ralenti, en ga-
gnant près d’un demi-million deLa projection porte sur la popula- ciel de taux d’activité construit en
tion active au sens du Bureau simulant sur le futur les équations personnes. À partir de 2006, l’ar-
International du Travail (BIT). de taux d’activité estimées sur la rivée à l’âge de 60 ans des pre-
Celle-ci regroupe les « actifs occu- période 1968-2001. Les hypothèses mières générations du baby-boom
pés », qui ont travaillé ne serait-ce démographiques sont ainsi celles
devrait inverser la tendance : lequ’une heure au cours de la pé- d’une diminution progressive de la
nombre d’actifs devrait diminuer,riode de référence, et les « actifs descendance finale des femmes (de
au chômage », sans emploi, dispo- 2,1 enfants en moyenne pour les d’abord lentement (- 30 000 per-
nibles et recherchant effectivement générations nées avant 1955 à 1,8 en- sonnes par an entre 2006 et
un emploi. Cette nouvelle projec- fant pour celles nées à partir de
2010), puis de plus en plus rapi-
tion diffère en cela des exercices 1985), d’une poursuite de l’allonge-
dement au fur et à mesure dude projection antérieurs, qui rete- ment de la durée de vie moyenne
naient en général un concept d’ac- (de 79 ans actuellement à 88 ans vieillissement de la population
tivité plus large : population active d’ici à la fin du demi-siècle) et (- 80 000 personnes par an vers
au sens du recensement, aug- d’une stabilité du solde migratoire 2025). En 2050, la population ac-
mentée des préretraités et des per- au niveau moyen observé au cours
tive pourrait alors retrouver sonsonnes dispensées de recherche des dernières années (+ 50 000 per-
niveau du début des annéesd’emploi. sonnes par an, adultes ou enfants).
En matière de comportements quatre-vingt (figure 8).
La méthode de projection de la po- d’activité, la modélisation écono-
pulation active combine, pour métrique conduit à une stabilisa-
Ce scénario tendanciel (enca-
chaque catégorie de sexe et d’âge, tion rapide des taux d’activité pour
dré 2) ne décrit que l’un desles dernières projections de popu- toutes les catégories de population,
lation de l’Insee, utilisant les résul- sauf pour les femmes de 45 à 59 avenirs possibles, à conjoncture
tats du recensement de 1999, et de ans et pour les hommes et femmes et législation inchangées. La
nouvelles projections de taux d’ac- de 60 à 64 ans. Pour les premières, baisse de la population active
tivité, actualisées à la lumière des le développement de l’activité fé-
pourrait ainsi être retardée ouobservations récentes. Ces derniè- minine observé jusqu’aux généra-
res s’appuient sur une modélisa- tions nées vers le milieu des
tion économétrique des taux qui années soixante permet en effet
isole une tendance lourde d’évolu- d’anticiper une augmentation en-
Figure 8 - Population active
tion, appréhendée par une fonc- core sensible des taux d’activité
observée et projetée (scénariotion logistique du temps et lui après 45 ans. Pour les 60-64 ans, 1
tendanciel )superpose plusieurs facteurs d’in- l’allongement passé de la durée des
flexion : évolution du chômage, de études au fil des générations, qui
l’apprentissage, des préretraites, s’est traduit par des entrées plus
impact de la mise en place de l’al- tardives sur le marché du travail,
location parentale d’éducation de devrait conduire à terme à des re-
rang deux, de la réforme du ré- traits d’activité plus tardifs.
gime général de retraite décidée en
1993 et impact de l’allongement Autour de ce scénario, des varian-
passé de la durée des études sur tes de projection permettent de cer-
l’âge futur de cessation d’activité. ner le poids des différents facteurs
d’incertitudes. Ces variantes por-
À partir de cette méthode, un scé- tent soit sur d’autres hypothèses
nario tendanciel de population ac- démographiques (Pour en savoir
tive est construit, dans la lignée plus : Brutel, 2001) soit sur l’hypo-
des évolutions passées. Il combine thèse d’inflexions dans les compor-
le scénario central de population tements d’activité (Pour en savoir
de l’Insee (Pour en savoir plus : plus : Nauze-Fichet et Lerais,
Brutel, 2001) et le scénario tendan- 2002).
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Emploi 3
atténuée par une remontée de d’immigration différent aurait tenu de la forte croissance à ve-
l’activité de certaines catégories un effet immédiat sur l’évolu- nir de la population âgée, le
telles que les femmes, les plus tion de la population active, rapport entre actifs et inactifs
âgés et peut-être les plus jeunes. alors qu’une remontée ou une de 60 ans ou plus chuterait pro-
Une amélioration du contexte baisse de la fécondité ne mo- gressivement. Selon le scénario
économique pourrait y contri- difieraient les perspectives tendanciel, il se réduirait ainsi
buer, ainsi qu’un cadre institu- qu’au-delà de 2020. Dans tous de 2,2 en 2001 à 1,5 en 2020,
tionnel plus incitatif. Un niveau les scénarios envisagés, compte voire à 1,1 en 2050.
Pour en savoir plus
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n° 821, janvier 2002.premiers bénéficiaires de la baisse tions de l’emploi non qualifié de-
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