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La Mer Rouge ou l'épreuve du Deux

De
170 pages
Le monde actuel nous alarme par ses divisions intolérables et criminelles. Injustices, inégalités, sexisme, misogynie, homophobie, haine de l'autre, meurtres et guerres tous azimuts imposent jour après jour le fantôme d'un Dieu Deux terrifiant et cruel. Cet essai examine l'état divisé de notre société mais il s'efforce aussi de trouver des remèdes à ses maux : dans ces moments de grâce il rencontre les propositions de la littérature et il se transforme parfois en une rencontre amoureuse sur les bords de la Mer Rouge.
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La Mer Rouge Créations
ou l’épreuve du Deux
Michèle Ramondau
Le Deux met en péril l’humanité, il est l’origine de toutes les
inégalités, de toutes les injustices, de toutes les discriminations,
des ressentiments qui en dérivent, des haines et des guerres
qui les assouvissent, il détruit nos vies, nous le critiquons et le féminin
maudissons, et nous cherchons à porter remède à cette fatalité en
improvisant des échappatoires philosophiques ou libertaires. Or,
même si nous arrivons parfois à créer l’illusion sociale ou politique
du multiple et de l’hétérogène, les confits demeurent, ils se
pérennisent et s’aggravent, nous nous retrouvons toujours dans
la maison du Dieu Deux et la diplomatie reste sans effet durable. La Mer Rouge
Peut-on échapper au Deux, raciste et sexiste ? C’est la question
que pose ce petit essai en rêvant, à travers l’actualité, la littérature
et la fction d’une rencontre amoureuse sur les bords de la Mer
Rouge, aux diverses possibilités d’un Deux interactif et créateur, ou l’épreuve du Deux
seul capable de contrarier les politiques séculaires de confits
idéologiques et de guerres mondialisées.
Michèle Ramond est hispaniste, Professeure émérite de
l’Université Paris 8. Elle a écrit de nombreux articles et plusieurs
ouvrages sur la littérature espagnole, sur Federico García Lorca
et sur les créations des femmes (Quant au féminin. Le féminin
comme machine à penser, 2011). Elle a aussi publié des fctions, en
particulier aux Éditions des femmes et chez Orizons (Les rêveries
de Madame Halley, 2014).
Mise en page : Luiz Ferraz.
Illustration de couverture : Evanescencia, photographie d’Adriana Veyrat, 2013. Essai-fctionLogo de la collection : Javier Termenón. http://javiertermenon.blogspot.com/
Créations
ISBN : 978-2-343-04738-6 au
16,50 euros féminin
Créations au féminin
La Mer Rouge
Michèle Ramond
ou l’épreuve du DeuxLa Mer Rouge
ou l’épreuve du Deux Créations au féminin
Collection dirigée par Michèle Ramond

La nouvelle collection accueille des essais valeureux sur ce « féminin »
que les créations des femmes comme celles des hommes construisent
dans le secret de leur fabrique imaginaire, au-delà des stéréotypes et
des assignations liées au sexe. Nous ne nous limitons pas, même si en
principe nous les favorisons, aux écrivains et aux créateurs
« femmes », et nous sommes attentifs, dans tous les domaines de la
création, à l'émergence d'une pensée du féminin libérée des
impositions culturelles, comme des autres contraintes et tabous.
Penser le féminin, le supposer productif et actif, le repérer,
l'imaginer, le théoriser est une entreprise sans doute risquée ; nous
savons bien cependant que l'universel est une catégorie trompeuse
et partiale (et partielle) et qu'il nous faut constamment exorciser la
peur, le mépris ou l'indifférence qu'inspire la notion de féminin,
même lorsqu'elle concerne l'art et les créations. Malgré les
déformations simplistes ou les préjugés qui le minent, le féminin
insiste comme notion philosophique dont on peut difficilement se
passer. Cette collection a pour but d'en offrir les lectures les plus
variées, imprévues ou même polémiques ; elle prévoit aussi des
livres d'artistes (photographes, plasticiens...) qui montreront des
expériences artistiques personnelles, susceptibles de faire bouger les
cadres et les canons, et qui paraîtront sous forme de e-books.

Dernières parutions

Nadia SETTI et Maria Graciete BESSE, Clarice Lispector : une pensée en
écriture pour notre temps, 2014.
Annie COHEN, Mademoiselle Clara. Théâtre rêvé, 2013.
Adélaïde DE CHATELLUS y Milagros EZQUERRO (dir.), Alejandra
Pizarnik: el lugar donde todo sucede. Études, 2013.
François BARAT, Face à la jeune fille suivi de La jeune fille des Gobelins.
Récits cinéma, 2013
Elisabeth CAMPAGNA-PALUCH, La légende des femmes. Récit
anthropologique, 2013.
Clara JANES, Le mot et le secret. A propos de T.S. Eliot, Vladimir Holan,
Yves Bonnefoy, Rilke..., 2012.
Nadia MEKOUAR-HERTZBERG, Une autre écriture de l’intimité. Les
jardins et les labyrinthes de Clara Janés, 2012. Michèle Ramond




La Mer Rouge
ou l’épreuve du Deux


Essai – fiction







































































































































































































































































































































































































© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-04738-6
EAN : 9782343047386DU MÊME AUTEUR
Aux Éditions Guy Chambelland
LE PRESTIDIGITATEUR, 1972.
MOUVANCE, 1975.
Aux Éditions des femmes-Antoinette Fouque
VOUS, 1988.
L’OCCUPATION, 1991.
FEU LE FEU, 2004.
VOYAGE D’ÉTÉ, 2006.
LISE ET LUI, 2008.
Aux Éditions L’Harmattan
LES NUITS PHILOSOPHIQUES DU DOCTOR PASTORE, 1997.
LA QUESTION DE L’AUTRE DANS FEDERICO GARCÍA LORCA, 1999.
MASCULINFÉMININ OU LE RÊVE LITTÉRAIRE DE GARCÍA LORCA, 2010.
QUANT AU FÉMININ, LE FÉMININ COMME MACHINE À PENSER, 2011.
Aux Éditions Orizons
LES RÊVERIES DE MADAME HALLEY, 2014.
LES SAISONS DU JARDIN, 2014.
Aux Éditions Messene
LE THÉÂTRE IMPOSSIBLE DE GARCÍA LORCA, avec Simone Saillard, 1998.
Aux Éditions Indigo
FEMMES, POUVOIRS, CRÉATIONS, direction de l’ouvrage, 2005.
TERRA INCOGNITA (FEMMES, SAVOIRS, CRÉATIONS), direction de
l’ouvrage, 2006.
AMOURS IBÉRIQUES. SIX THÈMES CONCERTANTS DE LA LITTÉRATURE
ESPAGNOLE, avec F. Bravo, A. Jarry, T. Keane-Greimas, N. Ly,
B. Rodriguez, 2010.
Torres Agüero Editor
LA OCUPACIÓN, traducción de María Victoria Rossler, Buenos Aires,
1997.
Aux Éditions Gallimard
BONHEURS DU LEURRE, Traduction de TRAMPANTOJOS de Saúl
Yurkievich, 2008.Prologue
Un monde éclaboussé de sang
e Deux fait mal, il fait saigner. Il a toujours fait mal car ilLest l’origine de toutes les guerres, de tous les conflits, de
toutes les haines jusqu’à l’intérieur d’une même nation, d’une
même maison. À commencer par la guerre des sexes dont les
variantes sont si nombreuses que nous n’avons plus la force
de les évoquer. Une lassitude nous gagne quand nous
songeons aux crimes partout commis sur les personnes, sur
les populations, aux fémicides, aux viols (le viol n’est-il pas,
bien plus que la prostitution, le plus vieux métier du
monde ?) et aux abus de toute nature contre les femmes
jusque dans le monde plus civilisé ou plus normé du travail.
Dernièrement 270 jeunes lycéennes nigérianes ont été
enlevées à Chibok, le 14 avril 2014 exactement, par la secte
Boko Haram pour être vendues, prostituées ou mariées de
force ; la communauté internationale s’émeut, comme
s’émeut la société devant les viols, les agressions sexuelles,
les assassinats intrafamiliaux dont les femmes et les enfants –
en particulier les fillettes – sont victimes de par le monde, en
Europe, en Amérique Latine, en Inde, en Égypte, en
Afrique... Quand le Deux prend le visage de la crise
internationale, comme lorsque l’accusé est l’Afrique, non pas
le peuple africain mais les dirigeants dont l’incompétence
éclate au grand jour, par exemple dans l’affaire des lycéennes
du Nigeria, la communauté internationale semble se situer
toujours du bon côté du Deux, du côté des contestataires
honnêtes et civilisés, animés par de bons sentiments et prêts
à livrer une bataille au moins morale contre des bandits
7sanguinaires d’une part et contre des ministres, des
présidents et des conseillers africains misérables et sans
autorité, d’autre part. Ce serait oublier que cette même
communauté internationale donneuse de leçons qui occupe
semble-t-il la place honorable de l’adversaire honnête et bien
intentionné, à l’intérieur du Deux toujours polémique, était
depuis toujours au fait de la corruption des dirigeants
africains, indulgente à leur égard, son seul intérêt étant dans
l’approvisionnement en pétrole et dans l’accroissement ou au
moins le maintien des ressources offertes par le continent
africain. La communauté internationale sait réviser ses
discours et ses postures le moment venu, pour autant son
hypocrisie n’enlève rien à l’incompétence des ministres
nigérians ni à l’ignominie de Boko Haram. Ainsi va la vie
hypocrite du Deux qui s’affronte à l’intérieur d’une structure
binaire reconduite d’âge en âge et dont le conflit est la clé de
voûte : l’éternel et proliférant conflit entre une minorité de
possédants et une majorité de démunis et de déclassés
irrémédiablement au fil des décennies se creuse, créant par
exemple au Nigeria le phénomène des méchants Boko
Haram, produits d’une société qui fabrique à la fois une
masse d’exclus, une montagne de ressentiment, et le
phénomène criant des victimes propitiatoires de ce système
d’exclusion et de vindicte bien visible médiatiquement, sans
qu’une solution immédiate puisse être apportée aujourd’hui
au lamentable sort des lycéennes, probablement déjà
victimes de leurs bourreaux. Il ne peut y avoir de paix dans une
société injuste et inégalitaire qui produit la misère, en
réaction à la misère, la méchanceté et, au bout de la chaîne
des horreurs, le nombre incalculable des victimes
propitiatoires qui sont très souvent des femmes.
Nous sommes loin du Contrat social rêvé par Rousseau.
L’inégalité qui caractérise nos sociétés où la répartition des
ressources et des richesses est déséquilibrée au profit d’une
infime minorité s’enracine, il convient de ne pas l’oublier,
8dans cette inégalité première et ancestrale entre les hommes
et les femmes. Ces deux fléaux que sont l’inégalité et son
double inévitable l’injustice conservent le Deux en bonne
santé comme si le plus important était le maintien du Deux
au meilleur de sa forme par tous les moyens, à commencer
par la maltraitance, à des niveaux divers, des femmes,
l’infériorisation de la condition féminine étant la clé de
l’équilibre global du Deux, toujours au bord de la ruine, de la
maladie, de la désagrégation mais fort heureusement pour lui
toujours survivant à tous les cataclysmes de l’Histoire. Les
intérêts économiques du capital et des États-Unis furent, on
le sait, complaisants à l’égard du nazisme et d’Hitler qui
acquirent une surpuissance telle que la guerre ne put être
évitée – de là à penser que la guerre fut recherchée par des
intérêts plus puissants que ceux des peuples et des nations
qui comptent toujours bien peu. Les États-Unis ne se
décidèrent à entrer en guerre contre l’occupant que lorsque
l’URSS vainquit Hitler, afin de sauver leurs intérêts en
Europe, et deux ans plus tard en juin 1944 le débarquement
allié sur les côtes normandes ne mit pas fin à la guerre qui
dura encore un an : toutes ces souffrances et ces millions de
morts, ces pays, ces villes dévastés ont servi les intérêts du
Deux, des affairistes US (General Motors, General Electric,
Singer, Goodrich, Esso, Ford...) et allemands et du capital.
eOn a célébré à Ouistreham le 6 juin 2014 le 70 anniversaire
d’une hécatombe évitable.
Et que dire des événements dans le Nord du Mali, à
Kidal, le 17 mai 2014, plus ou moins au moment où j’écris
ces lignes, où en moins d’une journée, alors même que le
Mali semblait se pacifier à la suite de l’intervention de
l’armée française, l’armée nationale malienne a été mise en
déroute par une coalition d’apatrides, de narcotrafiquants et
de criminels djihadistes ? Que doit faire la communauté
internationale, en particulier la France et les Nations unies,
devant cette déroute de l’armée et du gouvernement
9maliens ? Dans ce nouveau conflit qui déchire et qui
pérennise le Deux y a-t-il des coupables et des innocents à
part entière, des absolument bons et des intégralement
mauvais ? Le Deux qui ne vit que des conflits qu’il anime et
qu’il entretient n’est-il pas responsable, du fait même de sa
structure phylogénétique, des éternelles reconductions de
tous les conflits les plus sanglants ? Des apories, des conflits
insolubles, des vindictes infondées et des anathèmes
étourdis ? Ce sont bien sûr, on le sait, toujours les femmes qui ont
provoqué les violeurs aux pires méfaits, même d’ailleurs
lorsqu’elles sont voilées et accompagnées de leur fiancé, ce
sont toujours elles les tentatrices et ce sont des hordes
apatrides poussées par la misère à la révolte sanglante et
impie qui mettent des gouvernements et des armées
impuissants et défaillants en situation de victimes dans un
pays notoirement mal gouverné face à une armée française
elle-même mal perçue, critiquée par les Maliens, en partie
sans doute à raison. Aqmi (constitué d’Algériens et de
Mauritaniens), le Mujao (essentiellement des ressortissants
ouest-africains) et les groupes rebelles nationaux du MNLA
(Mouvement national de libération de l’Azawad) constituent
la face maudite du dispositif duel actuellement actif au Nord
Mali, les forces spéciales françaises et celles de l’ONU
représentant la face noble du Deux toujours bifide et
manichéen, ce manichéisme qui gorge les conflits est la
racine du mauvais état du monde dont on refuse de voir les
vrais coupables ou les vrais responsables ; les organisateurs
des conflits sont toujours à rechercher parmi les
bénéficiaires de cette décomposition de la planète.
Sortir du Deux permettrait enfin de dénoncer cette
hypocrisie qui consiste à voir toujours, comme dans un
Western, des bons et des méchants qui s’affrontent. Cette
illusion cinématographique peut produire un certain plaisir ;
quand elle se transporte au monde c’est une autre chanson
qui nous arrive, son imperceptible refrain reprend toujours la
10même rengaine venue du fond inégalitaire de toutes les
sociétés. Tous ceux qui pillent l’Afrique sont responsables de
ses malheurs, et la folie débridée d’un capital toujours plus
vorace et gangrené par une corruption aujourd’hui à visage
découvert et somme toute décomplexée est responsable de
la montée des intégrismes religieux, de tous les djihads qui
chaque jour nous saisissent par l’horreur de leurs crimes, les
crimes du capital passant inaperçus à la faveur du Deux, car
le Deux désigne d’autres responsables, les plus voyants, ceux
qui ont du sang sur les mains pour notre consternation et
notre honte collective.
Et que dire des filières maghrébines, syriennes, libanaises,
tchétchènes et de tous les jeunes candidats en Europe qui se
sont rendus spontanément dans le Nord syrien via la
Turquie sans passer par le moindre intermédiaire pour faire
le djihad ? Là aussi les communautés, internationale et
européenne, jouent la carte de l’innocence et de la candeur.
Pourtant même des jeunes gens mineurs d’âge ont pu
prendre l’avion à l’aéroport de Bruxelles-National sans
autorisation parentale, ce qui en principe est strictement
interdit. Quel est le rôle du Dieu Deux dans cette affaire qui
commence bien tard à préoccuper les consciences comme si
le Mal avait subitement eu raison de la naïveté du Bien, de la
naïveté des communautés et des États ? Qui avait intérêt à
laisser s’enflammer et partir des jeunes gens galvanisés par
des prêches intégristes et encouragés avec l’argent de
l’Arabie Saoudite afin qu’ils fassent à Bachar el Assad la
guerre que la communauté internationale et les États-Unis
refusaient de livrer ? Les djihadistes belges, français,
européens sont devenus, peut-être à leur insu, les mercenaires de
l’OTAN en Syrie. Mais en retour, les pays de l’OTAN sont
devenus des complices de mouvements terroristes que la
part bonne, humaine, en principe ou selon les apparences,
du Dieu Deux blâme et stigmatise. L’équilibre géostratégique
mondial ne s’en porte que mieux mais une escroquerie dort
11là-dessous qui commence à se voir et qui met en péril
maintes vies humaines comme on l’a vu lors de la tuerie au
Musée Juif de Bruxelles. Les dérives du Deux sont
incalculables, mais les vrais responsables de ces dérives sont,
tout en haut de l’échelle, les criminels insoupçonnés,
protégés par leur stature morale, financière et politique, plus
actifs encore dans leur toute-puissance décisionnaire que
ceux qui agissent en riposte et sans camouflage et qui
commettent en plein jour des forfaits visibles mais
inévitables selon la loi de propagation, en cascade, des effets
de l’inégalité sociale, économique et civique. C’est ainsi que
les autorités belges ont laissé le groupe Sharia4Belgium
radicaliser et polariser la communauté musulmane de
Belgique et recruter des jeunes fragiles et manipulables. Elles
n’ont assigné son porte-parole Fouad Belkacem en justice
que lorsqu’il s’est attaqué aux non-musulmans, entre autres à
certaines personnalités politiques belges. Mais lorsque
l’organisation Sharia4Belgium a diffusé des appels à la haine
et à la violence contre des chiites, celle-ci n’a jamais été
inquiétée. Nous avons là un bel aperçu de la gangrène qui
ronge le Dieu Deux, qui ne laisse moralement indemnes ni
les fauteurs bien visibles de crimes contre l’humanité qui
soulèvent jour après jour notre indignation, ni les Nations,
États, gouvernements et autres dignitaires, au sommet de la
pyramide sociale, politique et financière, qui laissent se
commettre de tels crimes. La raison de ce détachement, de
ce non interventionnisme qui prend aujourd’hui le relais
d’immixtions armées brutales et inconséquentes en faveur
d’un clan contre un autre (interventions militaires en Irak, en
Libye...) est que ces crimes servent toujours, lorsqu’on
regarde les choses de près, les intérêts d’un pouvoir politique
et économique dont on aura le plus grand mal à identifier
clairement les responsables, organisations ou États.
Comme l’écrit Alexandra Schwartzbrod dans son éditorial
du journal Libération du 14 juin, l’Histoire « n’est qu’un
12enchaînement logique d’événements mal maîtrisés et
d’erreurs lamentables (et le mot est bien faible). Comme
l’explique un expert à notre correspondante à Washington, si
l’on reprend tout depuis le début (ou presque), c’est bien
l’incurie de la politique américaine en Afghanistan dans les
années 90 qui a préparé le terrain aux attentats du 11
septembre 2001. Lesquels ont entraîné la désastreuse
invasion de l’Irak qui a donné lieu à la création de l’État
islamique d’Irak, un groupe voué à la destruction de l’armée
américaine et des quartiers chiites de Bagdad. Celui-ci a fini
par se transformer, un jour de 2013, en État islamique en
Irak et au Levant (EIIL) à la faveur de la guerre civile en
Syrie que les Occidentaux ont laissé prospérer toute honte
bue. Tout a donc été fait à l’envers dans cette histoire, la
guerre civile syrienne servant de catalyseur à la montée en
puissance d’un homme – et d’un groupe derrière lui – appelé
à remplir le vide laissé par l’élimination de Ben Laden. Si cela
continue ainsi, mais on ose à peine le concevoir, la prochaine
étape devrait voir les Américains s’allier à Bachar al-Assad
pour combattre la menace que représente désormais Abou
Bakr al-Baghdadi. »
La distance philosophique évite à ces hauts lieux de
gouvernance mondiale de se salir eux-mêmes les mains dans
des conflits incarnés et sanglants mais somme toute
subalternes (villages rasés, au Nigeria, dans le nord du Mali,
villes martyres, Alep, Bagdad, exécutions barbares et
meurtres de femmes en Afrique, au Pakistan...) qui par
comparaison rehaussent leur crédit moral dont on attend des
miracles. D’autres États en revanche semblent œuvrer à
fonder des nations parfaites, mais en sommes-nous aussi
sûrs ? Pourquoi en France la loi sur la famille n’a-t-elle
abouti qu’à un résultat incomplet, imparfait alors que la
société bouge de façon aussi spectaculaire, pourquoi les
femmes qui souhaitent un don de sperme doivent-elles se
rendre à l’étranger, en Espagne souvent, ce pays de tradition
13catholique ? Pourquoi le gouvernement socialiste de la
France ne prend-il pas à cœur la situation des intermittents
du spectacle, indispensables à la survie de la culture autant
que les entreprises ou que les acteurs et auteurs de prestige ?
Le Dieu Deux a toujours sévi, depuis la nuit des temps,
pour autant que je puisse en juger au moins depuis la Bible,
en fracturant une société humaine en train de naître entre
agriculteurs bâtisseurs et nomades éleveurs. Pousser Caïn au
dépit et au ressentiment, n’était-ce pas armer son bras contre
Abel, programmer la disparition d’Abel, la vassalité de sa
classe, de ses semblables ? Abel, les Indiens des plaines, les
hommes bleus du désert : même déshérence et même
combat pour la survie. Aujourd’hui Touaregs du MNLA
(Mouvement national de libération de l’Azawad), les
hommes bleus qui nous faisaient rêver sont devenus des
criminels djihadistes qui déciment les habitants des villes et
qui contrôlent les villes du nord du Mali comme Kidal.
Geronimo nous le confirmerait, avec lui le Dieu Deux a
réussi son coup : Geronimo, Go Khla Yeh, de la tribu des
Apaches Bedonkohe, qui a combattu toute sa vie pour les
droits des Amérindiens et qui nous légua avant de mourir ses
mémoires. Aujourd’hui les Gitans, les Tziganes, les Roms...
nous le diraient aussi, ces mal aimés du système social
sédentaire, incompatible avec le nomadisme pour autant que
journellement éloge soit fait des talents musicaux et
artistiques de ces « races » toujours suspectes et proscrites
qui frappent aux portes de nos villes pour échapper à la
misère et à l’apartheid dans leurs pays d’origine.
Le Dieu Deux savait ce qu’il faisait quand il commande à
Abraham de sacrifier son fils préféré, signe d’élection pour
Isaac dans l’Ancien Testament qui devient Israël au
détriment et désavantage de son demi-frère Ismaël condamné au
désert de Bersabée avec Agar sa mère, la servante égyptienne
de Sara. Douze fils, princes de douze tribus sont pourtant
14attribués à Ismaël le fils disgracié d’Abraham, ce sont des
tribus nomades de l’Arabie, rebelles et vagabondes à l’image
des onagres, qui occuperont toute la région de Hawila à
Chour en direction d’Achchour, aux confins orientaux du
delta du Nil. Et c’est la Terre Promise, Canaan, qui est
dévolue aux tribus d’Israël, jusqu’à la Transjordanie. Mais de
déportation en déportation au cours de l’Histoire, telle que
racontée par l’Ancien Testament, les Israélites furent
éloignés de leur Terre Promise, le royaume de Juda est
dévasté, Jérusalem est prise par Nabuchodonosor, puis
lorsque l’Empire néobabylonien s’écroule, Cyrus décide de
réparer le mal fait par ses prédécesseurs sur le trône de la
mythique cité de l’Euphrate et il publie un édit en faveur des
exilés de Juda, les autorisant, s’ils le désirent, à retourner à
Jérusalem ; tous les Israélites cependant ne souhaitèrent pas
retourner en Judée, la plupart préféra à un retour hasardeux
la quiétude de leur installation en terre d’exil. La diaspora
devient en quelque sorte le signe et le destin des Israélites
tout autant que leur rêve de Terre Promise ou de Terre de
Promission. Lorsque fin novembre 1947 l’Assemblée
générale des Nations unies vote sa résolution 181 qui prévoit
le partage de la Palestine entre un État juif et un État arabe,
déclenchant une guerre finalement gagnée en 1948 par Israël,
on voit que la communauté internationale, pour réparer les
crimes de la Shoah, accorde aux Juifs une Patrie en terre
historique de Palestine. A-t-on commis sous le couvert d’un
rachat moral historique une de ces erreurs fatales dont le
Dieu Deux garde jalousement le secret ? Plus de 700.000
Arabes de Palestine furent alors chassés de l’État hébreux en
train de naître, acte fondateur dont l’Histoire mondiale
n’allait jamais se remettre : cet acte a pour nom la Nakba, la
catastrophe en langue arabe, qui contribuait à anéantir la
communauté arabe de Palestine : exil forcé de civils
accompagné de la destruction de dizaines de villages arabes
dont quelques ruines subsistent au cœur des forêts plantées
par le KKL (Fonds national juif) ou entre les tours de béton
15et le long des chemins comme il arriva au village et à la
maison de Mahmoud Darwich, dont les murs, l’amandier et
la grive ne survivent pour l’éternité que dans sa poésie. Je
tiens mes informations sur la Nakba de la lecture de
Darwich et d’un bel article de Amir Bogen dans Yediot
Aharonot de Tel-Aviv, du 16 mai 2014, dont quelques
fragments ont été traduits dans le Courrier International n°
1230 (du 28 mai au 4 juin). L’auteur précise en note que la
littérature israélienne s’est peu intéressée à 1948 mais que,
par contre, plusieurs documentaires israéliens l’évoquent
comme House d’Amos Gitai ou Palestine, histoire d’une terre de
Simone Bitton. C’est bien parce que cette évocation de la
Nakba constitue le fond du douloureux refoulé juif que j’en
fais état ici avec cette précision, rendant hommage ainsi à la
souffrance de deux peuples dont le Deux tient absolument à
nous faire croire qu’ils sont des ennemis héréditaires, tous
deux responsables de leurs malheurs, quand ce sont des
décisions d’en haut, de l’En-Haut, dont on peut à présent
mesurer toute l’impertinence (je veux dire le manque de
pertinence), qui en sont l’origine, la cause historique
première. « La vérité est que personne n’a jamais été aussi
seul que le peuple juif et le peuple palestinien au milieu de
tant d’horreurs » écrivait Mario Vargas Llosa, le 5 juin 1982,
à propos des manifestations populaires organisées à
TelAviv en protestation à l’invasion du Liban. N’oublions pas, à
propos de tant d’horreurs et de solitude partagées, que
parallèlement à l’expulsion des Arabes de Palestine, et au
même moment, quelques 800.000 membres de la
communauté juive du monde arabo-islamique furent également
expulsés de ces pays constituant une première vague massive
du retour des Juifs en Palestine.
L’exode, la sortie d’Égypte des fils d’Israël, est en relation
avec le séjour d’Israël en Égypte, peu importe la durée
accordée dans les Écritures à ce séjour de la descendance
d’Abraham dans un pays qui n’est pas le sien, nous ne
16

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