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Un livre des éditions Uppr

Tous droits réservés - © Uppr 2014

Introduction

L’islam divise. L’attaque du 11 septembre 2001 contre le World Trade Center a cristallisé des inquiétudes anciennes qui n’ont fait que se renforcer tant la vision des pays musulmans que les média véhiculent jour après jour paraît menaçante. Simultanément ces réactions sont dénoncées comme signe des errances d’une société malade qui, dans une islamophobie délirante, prendrait prétexte de dérives propres à des groupes marginaux de fanatiques pour stigmatiser une grande religion.

Les jugements que suscitent les rapports entre l’islam et la démocratie reflètent cette opposition entre visions antagonistes.

Dans les grands surveys portant sur la place de la démocratie dans le monde, les pays musulmans sont mal placés. Si l’on en croit par exemple « l’indice de démocratie » élaboré par The Economist pour l’année 2011, aucun pays musulman ne peut être qualifié de démocratie à part entière, et deux seulement, le Mali et la Malaisie, rentrent dans la catégorie des « démocraties imparfaites ». Corrélativement, on voit affirmer que, si « la démocratie est le seul modèle de gouvernement attrayant et légitime dans l’ensemble du monde d’aujourd’hui », c’est à l’exception de « cette vaste partie du monde, de l’Indonésie à l’Afrique de l’Ouest où l’islam est une religion dominante » (1) . Les lendemains incertains du « printemps arabe », l’étouffement progressif des libertés en Turquie, naguère donnée en exemple de démocratie islamique, alimentent chez beaucoup le sentiment d’une incompatibilité radicale.

Mais d’autres voix proclament que si, de nos jours, les pays où l’islam prédomine ont des rapports problématiques avec la démocratie, c’est une pure affaire de circonstances sans que l’on ne puisse rien inférer de cette convergence. Pour les tenants de cette thèse, seule une vue superficielle, alimentée par un « essentialisme » naïf, permettrait d’associer l’islam à ce qui n’est que le fruit d’une série de situations historiques propres à chacun des pays concernés ; qu’il faut considérer l’action de forces sociales, des enjeux de pouvoir, des frustrations identitaires ; qu’en tout cas, si l’on veut vraiment faire des rapprochements, il faut mettre en avant les soubresauts de l’histoire, l’héritage de la période coloniale, la complicité de l’Occident avec des régimes répressifs et corrompus ou encore un simple manque d’expérience démocratique (2) .

Demeure malgré tout le fait que, dans leurs rapports avec la démocratie, les pays musulmans ont un air de famille qu’il paraît bien osé d’attribuer sans examen au seul hasard. Comment comprendre ce qui les rapproche ? Au milieu des passions, la tâche est délicate, entre d’un côté le risque d’exagérer les ressemblances entre des pays si différents à bien des égards et de l’autre celui de minorer, voire de nier ces ressemblances. Nous verrons que, pour progresser, il faut distinguer deux dimensions de la démocratie : d’un côté, la souveraineté du peuple qui exerce le pouvoir de façon collective ; et, de l’autre, le droit de chacun à choisir librement ses convictions, la place donnée à l’affrontement des opinions divergentes, le respect des minorités. De nos jours, l’Occident tend à considérer ces deux dimensions comme inséparables. Mais elles ne font pas bon ménage dans les pays musulmans. D’un côté, spécialement dans ceux qui ont connu de forts mouvements démocratiques (la Turquie, l’Egypte, la Tunisie), la volonté du peuple de prendre le pouvoir, le rejet des tyrans, sont fort vivaces. Mais il n’en est pas de même pour les droits de l’homme, le respect des minorités, la liberté de la presse ou le statut de l’opposition.