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Art contemporain, le paradoxe de la photographie

De
100 pages
Le monde de l'art contemporain se heurte avec la photographie à un dépassement du cadre traditionnel de ses usages et de son cadre malgré son institutionnalisation et son inscription dans le marché de l'art contemporain. Une photographie peut être une oeuvre d'art, tout comme elle peut être l'objet d'une oeuvre, la condition d'une oeuvre ou, inversement, la condition du sans-art. Photographier, c'est se rapporter à tout ce qui n'est pas de l'art, tout en étant au coeur des problèmes artistiques.
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CollectionEidos dirigée par Michel Costantini & François Soulages Comité scientifique international de lecture Aniko Adam (Univ Pázmány Péter, Piliscsaba, Hongrie), Michel Costantini (Univ Paris 8, France), Pilar Garcia (Univ Bellas Artes de Séville, Espagne), Alberto Olivieri (Univ Fédérale de Bahia, Brésil), Panayotis Papadimitropoulos (Univ d’Ioanina, Grèce), Gilles Rouet (Univ Matej Bel, Banska Bystrica, Slovaquie), Silvia Solas (Univ de La Plata, Argentine), François Soulages (Univ Paris 8, France), Rodrigo Zuniga (Univ du Chili, Santiago, Chili) Série Photographie Philippe Bazin,Face à faces Philippe Bazin,Photographies & Photographes Catherine Couanet,Sexualités & Photographie Benjamin Deroche,Paysages transitoires. Photographie & urbanité Michel Jamet,Photos manquées Michel Jamet,Photos réussies Anne-Lise Large,La brûlure du visible. Photographie & écriture Franck Leblanc,L’image numérisée du visage Panayotis Papadimitropoulos,Le sujet photographique Catherine Rebois,De l’expérience à l’Identité Photographique Catherine Rebois,De l’expérience à la re-connaissance Hortense Soichet,Photographie & mobilité François Soulages (dir.),Photographie & contemporain François Soulages & Julien Verhaeghe (dir.), Photographie, médias & capitalisme Marc Tamisier,Sur la photographie contemporaine Marc Tamisier,Texte, art et photographie. La théorisation de la photographie Christiane Vollaire (dir.), Ecrits sur images. Sur Philippe Bazin Série RETINA Manuela de Barros,Duchamp & Malevitch. Art & Théories du langage Eric Bonnet (dir.),Le Voyage créateur Eric Bonnet (dir.),Esthétiques de l’écran. Lieux de l’image Michel Gironde (dir.),Les mémoires de la violence Bernard Lamizet,L’œil qui lit. Introduction à la sémiotique de l’image Pascal Martin & François Soulages (dir.),Les frontières du flou François Soulages (dir.),La ville & les arts François Soulages & Pascal Bonafoux (dir.),Portrait anonyme Julien Verhaeghe,Art et Flux. Une esthétique du contemporain Suite de la collection et des sériesEidosp. 202
Publié avec le concours de
© L’Harmattan, 2014 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http ://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr EAN Epub: 978-2-336-69291-3
à Luther
Préface
La photographie a ceci de passionnant qu’elle ne se laisse pas facilement enfermer dans des catégories. Image fixe, image plate, elle déborde constamment, elle s’évapore, franchit les frontières qu’on lui assigne pour remettre finalement en cause l’idée même de frontière. La photographie présente un côté insaisissable qui oblige l’usager, le critique, le producteur mais aussi le chercheur à des basculements permanents. Entre les formes de réception de la photographie par les usagers, son utilisation par les industries culturelles, la mode, la publicité et son introduction dans le monde de l’art contemporain, il est impossible de lui attribuer une signification et une valeur uniques. Elle traverse les espaces, les mondes en se chargeant à chaque passage de sens nouveaux. Elle se situe littéralementà travers champs. Et c’est de ce glissement d’un champ à l’autre que la photographie interroge l’art contemporain, le déplace, et déjoue les conventions qui conduisent à son enfermement. En mouvement, d’un usage à l’autre, la photographie se charge de différentes couches de contemporanéité que Benoît Blanchard appelle des moments, celui de l’art contemporain, celui des industries culturelles et de la communication, celui enfin de l’intimité, du tout public. L’objet de cet ouvrage est alors de «mettre en rapport l’inscription du médium photographique dans notre contemporanéité avec la contemporanéité propre au monde de l’art contemporain »(p. 17). 1 Parce que, comme le note Yves Michaud, la photographie n’est certainement pas qu’un art, son esthétique ne peut pas se définir qu’au travers des conventions du monde de l’art et de son marché. Celles-ci donnent l’illusion que ce sont d’abord les institutions qui ont le pouvoir de faire de la photographie un médium artistique par la construction d’une histoire de l’art qui intègre la photographie, que ce sont ensuite les réseaux de l’art contemporain qui, parallèlement à l’action des institutions, intègrent progressivement et sous certaines formes la photo-graphie, que c’est enfin le marché de l’art contemporain lui-même qui valide cette intégration en appliquant à la photographie ses règles et ses conventions. Acceptez mes conditions, acceptez mes conventions, semble dire le monde de l’art à la photographie et je vous reconnaîtrai comme artistique. Les contorsions imposées à la photographie pour s’intégrer dans le corset de l’art contemporain et de son marché s’avèrent cependant sclérosantes. Surtout, ne retenir de la contemporanéité de la photographie que sa capacité à faire partie de l’art contemporain conduit à appauvrir fortement l’esthétique de ce médium et son rôle dans la création contemporaine. Un nombre considérable de photographies ont une histoire qui les a fait passer d’un monde à l’autre, multipliant à chaque fois leurs significations. Il y a d’abord toutes les photographies prises hors du champ de l’art et qui l’intègrent ensuite : photographies d’amateurs, moments de l’intime, légitimées ensuite dans le monde de l’art comme la marque d’une démarche artistique originale, à l’exemple des images anonymes proposées par la galerie « la lumière des roses » ; photographies publicitaires ou de mode devenues des icônes muséales telles celles réalisées par Kertész ou Man Ray dans l’entre-deux-guerres ou plus récemment celles de Richard Avedon ou d’Helmut Newton ; photographies documentaires ou d’actualité qui entrent en résonance avec les réflexions des artistes plasticiens de même que pour les images d’Atget ou des Becher (premier lion d’or de la biennale de Venise attribuée à un photographe). Dans le cas de photographies utilisées par un artiste comme éléments de sa propre création, anonymes comme chez Boltanski, publicitaires comme chez Richard Prince, les superpositions de significations sont l’essence même de l’œuvre. Et que dire de tous ces photographes qui font de leur expérience intime le sujet de leurs œuvres d’art à l’image de Larry Clark, Nan Goldin ou encore Sophie Calle, brouillant les frontières entre fiction et réalité, création et documentaire. Le parcours des photographies peut aussi les conduire du champ de l’art vers celui des usages sociaux ou industriels, quand, par exemple, une image artistique devient le support de vente de produits dérivés. William Wegman est un artiste qui choisit la photographie comme médium privilégié de son travail, mais qui n’hésite pas à valoriser ce travail au-delà du marché de l’art à travers de nombreux produits dérivés, usant, comme le remarque Benoît Blanchard, de la double signification, artistique et sociale, de ses images. Warhol, sous cet aspect, est sans doute un des artistes dont les œuvres se promènent le plus à travers champs. Une photographie de Marylin Monroe devient le support d’une œuvre d’art qui se transforme ensuite en poster et en élément d’une campagne publicitaire. Benoît Blanchard nous propose une analyse très éclairante des enjeux esthétiques, juridiques, économiques, sociaux de ces déplacements. «Travailler la photographie, nous dit-il,impose d’avoir conscience de l’incroyable flux dans lequel ce médium s’inscrit ; penser la photographie, c’est la penser dans ses rapports à la peinture, à l’installation, à la performance, à la sculpture ; c’est penser en fonction des structures sociales, du tourisme, de la mondialisation, de la communication, de la standardisation et de la liberté ; penser la photographie, c’est se rapporter à tout ce qui n’est pas de l’art, tout en étant au cœur des problèmes artistiques »12). En huit chapitres, il ne rend pas plus (p.
saisissable la photographie mais, en nous promenant à travers champs, il invite le lecteur et par suite le spectateur à regarder les photographies à l’aune de leurs différentes contemporanéités. Car en effet « les différentes temporalitésde l’image photographique lui permettent d’être à l’arrêt en même temps qu’elle continue sa course »(p.194). Finalement, cet ouvrage nous invite à un permanent jeu de l’esprit. Duça a étéde Roland Barthes auça a été jouéFrançois Soulages, pas étonnant que le dernier chapitre s’intitule « Du jeu dans l’art de contemporain ». Pas si fixe, pas si plate, la photographie ! Elle bouge, amusons nous à suivre sa course. Dominique Sagot-Duvauroux 1. Yves MICHAUD, « Les photographies : reliques, images ou vrai-semblants »,in Critique, numéro spécial Photo-Peinture, Août-septembre 1985, n°459-460, p. 762.