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Arts et créations au prime des TIC

218 pages
Les noces entre l'art et la technique sont anciennes et la technique apparaît tour à tour objet, sujet et support de la création, mais aussi de diffusion et de circulation sociale de l'art. Les approches esthétiques et sémiologiques ont rarement pris la mesure de la dimension communicationnelle de cette rencontre. Au-delà des objets-oeuvres ainsi produits, cet ouvrage présente les recherches sur les reconfigurations que le numérique apporte à ces pratiques créatives.
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SFSIC
SOCIÉTÉ FRANÇAISE
DES SCIENCES DE
L’INFORMATION ET DE
LA COMMUNICATION
Les noces entre l’art et la technique sont anciennes et la
technique apparaît tour à tour objet, sujet et support de
création, mais aussi de dif usion et de circulation sociale
de l’art. Les approches esthétiques et sémiologiques ont
rarement pris la mesure de la dimension communicationnelle,
voire communicante, de cette rencontre. Que l’on songe au
frontispice de la Fabrique du Corps Humain de l’anatomiste
de la Renaissance André Vésale gravé par le Titien, aux
elanternes magiques et à leurs porteurs au XIX siècle, au
début du cinéma des Frères Lumière avec l’arrivée en gare
de La Ciotat et ses ef ets-public. De fait, le mode d’existence
communicationnel de l’art est d’autant plus opérant dans
l’espace public que la technique est elle-même considérée
non comme un instrument ou une matière mais un objet social.
Numériques, les techniques contemporaines constituent
à l’évidence des supports de médiation et de dif usion qui
modifi ent les “mondes de l’art”.
Au-delà des objets-œuvres ainsi produits, cet ouvrage, issu des
eprésentations faites au XIX Congrès de la Société Française
des Sciences de l’Information et de la Communication,
présente les recherches sur les reconfi gurations que le
numérique apporte à ces pratiques créatives. Quelles sont
les représentations des acteurs de ces arts et de leurs usages
de ces dispositifs ? Peut-on réfl échir à une nouvelle sociabilité
des arts ainsi recomposés ?
Julia Bonaccorsi est Professeure des Universités en SIC à l’Université
Lyon 2, laboratoire ELICO.
Mélanie Bourdaa est Maître de Conférences en SIC à l’Université
Bordeaux Montaigne, laboratoire MICA.
Daniel Raichvarg est Professeur des Universités en SIC à l’Université SOUS LA DIRECTION DE
de Bourgogne, laboratoire CIMEOS.
JULIA BONACCORSI, MÉLANIE BOURDAA
ET DANIEL RAICHVARG
ISBN : 978-2-336-30734-3

PO?SN
ARTS ET CRÉATION AU PRISME DES TIC
Sous la dir. de Julia BONACCORSI, Mélanie BOURDAA et Daniel RAICHVARGARTS ET CRÉATION
AU PRISME DES TICCréation et mise en page
Atelier Congard
www.atelier-cd.fr
© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-336-30734-3Sous la direction de
Julia BONACCORSI, Mélanie BOURDAA
et Daniel RAICHVARG
ARTS ET CRÉATION
au prisme des TIC
ÉDITIONS L’HARMATTANSommaire
Avant-propos 7
Daniel Raichvarg, Christian Le Moënne et Nicolas Pélissier
Introduction 11
Julia Bonaccorsi, Mélanie Bourdaa et Daniel Raichvarg
FABRIQUE DE L’ART ET DES FORMES CULTURELLES
Webreportage-webdocumentaire : des genres
entre prolongements et limites 19
Bruno Cailler et Céline Masoni Lacroix
Les films de mode – auteur, autorité, autoritativité et
notoriété dans le contexte d’un nouveau genre 35
Anna Keszeg
De la création de nouveaux espaces artistiques critiques des TIC.
Entre dénonciation et invention des possibles 47
Sophie Lavaud
Un dispositif basé sur les techniques audiovisuelles
au service de la création artistique et sociale 63
Natacha Cyrulnik
Nouvelles stratégies de communication et de création
musicale dans l’écosystème numérique : le cas du groupe
sud-africain « Die Antwoord » 75
Maud Pelissier et Hervé Zenouda
La métaphore et son application dans le champ
du récit interactif sur le Web 91
Abir Loued
RECOMPOSITION NUMÉRIQUE DES ACTEURS ET DES ESPACES
Une méthode pour repenser la relation d’un musée
à son public : le cas Museomix 107
Ghislaine Chabert et Jacques Ibanez BuenoArts et création au prisme des TIC
Au risque du spoiler : partager son expérience
spectatorielle dans le monde numérique 121
Clément Combes
La culture de la participation dans les expressions
et pratiques créatives numériques 135
Brigitte Chapelain
Les sciences de l’information et de la communication :
contribution spécifique à la question de la conception 149
Annie Gentes et Bruno Ollivier
Les dispositifs numériques créatifs comme
outil de médiation dans l’espace urbain 161
Patrizia Laudati et Mei Menassel
Observer la réalisation de dispositifs de médiation
numérique au musée : quelle anticipation des publics
par les professionnels des musées ? 173
Eva Sandri
REPARCOURS DES SIC GRÂCE AUX TIC ET À L’ART
Guy Debord et les S.I.C. 187
Hervé Zénouda
Poésie performative et recherche en TIC : contribution
des sciences de l’information et de la communication 201
Annie Gentes
Liste des auteurs 213Avant-propos
1 2Daniel Raichvarg , Christian Le Moënne
3et Nicolas Pélissier
ous trouverez ci-après l’un des cinq ouvrages issus des actes
edu XIX  Congrès de la Société Française des Sciences de l’In-Vformation et de la Communication (Université de Toulon,
juin 2014). Ce Congrès, qui se tient tous les deux ans, est un
événement scientifique majeur dans la structuration de notre discipline et
de ses champs de recherche. Il rend compte de la diversité des travaux
de chacun et témoigne de la place des Sciences de l’Information et de
la Communication au sein des Sciences Humaines et Sociales. Il est
moment clef d’expression et de débat mais aussi de représentations et
d’afrmation de notre appartenance à une communauté de savoirs.
À Toulon, lieu d’implantation de la plateforme Télomédia dédiée aux média
numériques, la SFSIC avait choisi d’éclairer l’identité des SIC en valorisant
des problématiques et des recherches sur les pratiques sociales confrontées
aux évolutions des dispositifs techniques et technologiques. Il s’agissait non
seulement d’analyser les effets de la mutation numérique, mais également la
façon dont celle-ci travaille et recompose nos relations aux systèmes
techniques antérieurs. Il s’agissait de mettre en évidence à la fois les recherches
sur les technè et sur les praxis, sur les relations aux outils et sur les savoir-faire
pratiques. Trois types d’interrogations ont structuré les échanges.
D’une part, comment penser la genèse des technologies
d’information-communication ? Que doivent-elles à la technique et à la science,
deux grands registres dont certaines analyses estiment qu’ils ont été
teenus séparés jusqu’au xix  siècle, avant qu’ils ne se rencontrent pour former
les technosciences ? Et que dire encore des choix, des contraintes, de la
1. Professeur Université de Bourgogne (laboratoire CIMEOS), Président du Comité
eScientifque du XIX  Congrès et actuel président de la SFSIC.
2. Professeur Université Rennes II (laboratoire PREFICS), Président de la SFSIC lors du
eXIX  Congrès et actuel Président d’Honneur.
3. Professeur Université Nice Sophia Antipolis (laboratoire  I3M), Président du Comité
ed’organisation du XIX  congrès et coordonateur éditorial des cinq ouvrages issus de ce congrès.
7part de créativité, des agencements qui ont conduit à ce qu’elles sont
aujourd’hui ? Bref que savons-nous sur les façons dont elles se construisent ?
D’autre part, que font les technologies d’information et de
communication à la société ? Comment transforment-elles notre façon d’être
ensemble, d’échanger ou de nous diviser, au travail, dans la sphère
domestique, dans les espaces multiples d’apprentissages, sur les scènes
de mouvements sociaux, des pratiques culturelles ? Quels en sont les
usages passifs ou actifs, les détournements, les fractures ? Comment
transforment-elles le rapport de chacun au Monde et à ce qui le fait
exister (intimité, publicité, contrôle, secret, lien social,
représentations…) ? Comment sont-elles questionnées par l’art et la création,
réinventées dans les loisirs, mobilisées par les politiques publiques ?
Enfin, comment les Sciences de l’Information et de la Communication
conçoivent et mettent-elles en place les enseignements universitaires
théoriques et pratiques nécessaires aux acteurs et futurs acteurs chargés
de développer les usages des technologies de l’information et de la
communication ? Quels savoirs et savoir-faire professionnels,
extra-professionnels ou socioculturels faut-il mobiliser pour les maîtriser et quelles
sont les formations adaptées au développement de ces compétences ?
Les textes proposés ici mettent en évidence la contribution féconde
des travaux en sciences de l’information et de la communication
aux réponses à ces diverses et importantes interrogations. Ils ont
été retenus à l’issue d’une sélection exigeante par le Conseil
d’Administration de la SFSIC. Publiés en cinq volumes thématiques
correspondant aux différents axes du Congrès de Toulon, ils sont bien
edistincts des actes en ligne du XIX  Congrès disponibles sur la
plateforme www.SFSIC2014.sciencesconf.org.
Ces volumes inaugurent une nouvelle collection de la SFSIC
distribuée par les Éditions l’Harmattan, qui ont un rôle de premier plan
dans la valorisation des travaux français en sciences de
l’information et de la communication. Cette coopération éditoriale inédite
a pour objectif essentiel d’assurer la diffusion la plus large possible,
sur le territoire national et surtout dans le bassin francophone,
des recherches présentées dans le cadre des grandes
manifestations organisées ou labellisées par notre société savante : congrès,
journées doctorales, colloques thématiques, assises… Une mention
particulière mérite d’être faite au Prix Jeune Chercheur, qui
récompense tous les deux ans une thèse singulière soutenue dans notre
discipline, et dont le gagnant voit aussi son travail publié dans la
présente collection.
8eLes cinq ouvrages issus du XIX Congrès
(Toulon, juin 2014)
Vers une culture médi@TIC ? Médias, journalisme et espace public à
l’épreuve de la numérisation, sous la direction de Nicolas Pélissier et
Elise Maas
Art et création au prisme des TIC, sous la direction de Mélanie
Bourdaa, Julia Bonnacorsi et Daniel Raichvarg
Numérique, éducation et apprentissage : Les Enjeux
communicationnels, sous la direction de Laurent Collet et Karsten Wilhem.
Sciences, techniques et société : recherches sur les technologies
digitales, sous la direction de Paul Rasse et Cyril Masselot
Organisations digitales : individus, santé, déontologie en contexte
numérique, sous la direction de Élizabeth Gardère et Christian
Le Moënne
9Introduction
es noces entre l’art et la technique sont anciennes et la
technique apparaît tour à tour objet, sujet et support de création, Lmais aussi de diffusion et de circulation sociale de l’art. Que l’on
songe à la puissance du message offert par le frontispice de la Fabrique
du Corps Humain de l’anatomiste de la Renaissance André Vésale
1gravé par le Titien (1543). Que l’on songe à la force évocatrice des
planches de Jacques Gautier d’Agoty (1747) dont celle d’une « Femme
vue de dos, disséquée de la nuque au sacrum », devenue l’Ange
ana2tomique d’André Breton et des Surréalistes et reprise en poésie par
3Jacques Prévert . Que l’on songe aux réactions des spectateurs aux
e 4spectacles de lanternes magiques et à leurs porteurs au xix  siècle ou
à l’arrivée en gare de la Ciotat des Frères Lumière (1896). Que l’on
songe aux installations magiques de Georges Méliès sur la scène
théâ5 6trale , aux espoirs pédagogiques des premières émissions de TSF ,
voire aux conséquences épistémologiques de l’apparition de la galaxie
7Marconi . C’est dire que le “mode d’existence” de ces objets
techno-artistiques ne peut se résoudre à de simples approches esthétiques et/
ou culturelles. Certes, on peut toujours invoquer le bleu de Cobalt,
1. Hazard Jean (1996). Johan van Calcar, précieux collaborateur méconnu de Vésale,
Histoire des sciences médicales, tome XXX, 4, pp. 471-480.
2. Collectif (1996). Anatomie de la couleur. L’invention de l’estampe en couleurs (ss la
direction de Florian Rodari et Maxime Préaud, Bibliothèque Nationale de France.
3. Prévert Jacques, Imaginaires.
4. Perriault Jacques (1981). Mémoires de l’ombre et du son. Une archéologie de l’audiovisuel.
Paris, Flammarion, et Perriault Jacques (2014). Dialogues autour d’une lanterne. Paris :
L’Harmattan.
5. Tabet Frédéric (2010). Circulations techniques entre l’art magique et le cinématographe
avant 1906, thèse de doctorat Université Paris Est, ss la direction de Giusy Pisano.
6. Raichvarg Daniel (2005). Il y a en TSF place pour tout le monde. Cahiers de la doc.
176 (juin), Bibliothèque centrale, Radio France, services de documentation, numéro La
science à la radio.
7. Proulx Serge  (1998-99). McLuhan, l’intellectuel sans point de vue, Quaderni, 37,
pp. 133-152.
11J. Bonaccorsi, M. Bourdaa & D. Raichvarg
Vincent Van Gogh et le marchand de pigments, le Père Tanguy, le bleu
de Prusse, Pablo Picasso et le fabricant de couleurs, Johann Diesbach
ou l’IKB, Yves Klein et le chimiste Édouard Adam et les conditions
socio-techniques de l’usage des sciences et des techniques par
8l’art . Mais, même à travers ces exemples, la simple rencontre entre
l’Homme de l’Art et l’Homme de la Technique nécessite une
interrogation sur le processus social de cette rencontre : “faire l’œuvre”
9est aussi l’œuvre . La vie sociale de l’art et des processus de création
s’éprouve, ainsi, en donnant à la technique une place située dans
l’histoire et dans l’espace. Cette approche est d’autant plus opérante que
la technique est elle-même considérée non comme un instrument ou
une matière, mais comme un objet social et, donc, de facto,
communicationnel. En somme il s’agit, dans une approche interdiSICplinaire,
de croiser Gilbert Simondon et ses modes existences de l’objet technique
10et Étienne Souriau et ses différents modes d’existence .
On l’a vu plus haut, il existe une multiplicité de modes d’existence
communicationnels de l’art. Cet ouvrage s’inscrit dans l’idée générale
qu’un éclairage indispensable peut être apporté sur les liens complexes
entre arts, création et technique par le prisme communicationnel et
des recherches en Sciences de l’Information et de la Communication.
Mais les techniques contemporaines sont numériques. Elles
interviennent à l’évidence dans les modes de création de nombreuses
disciplines artistiques : arts graphiques ou scéniques, jeux vidéo, cinéma et
sculpture. Le Magazine Antidote peut même titrer dans sa livraison la
e 11plus récente : Digital.Art V21 L’art numérique est-il l’art du XXI  siècle .
De fait, depuis 15 ans, les œuvres sont innombrables et chacun
pourrait convoquer ses souvenirs ou ses visites. Déjà, dans les années 2000,
de nombreux mémoires de Master parcouraient ces œuvres, à la fois
12dans leur conception et dans leur mise en exposition . Un ouvrage
ancien de Jean-François Balpe rend compte également de premières
8. Ce ne sont que des exemples parmi tant et tant d’autres unis par le lien de la couleur.
9. Meyerson Ignace, Écrits, 1920-1983, pour une psychologie historique, Paris, Presses
Universitaires de France, 1987 [1951], p. 69.
10. Simondon Gilbert, Du mode d’existence des objets techniques, Paris, Aubier, 1989
et Souriau Étienne, Les Diférents modes d’existence , Paris, 1956 (réédition : 2009). Il est
intéressant de noter que les travaux de Simondon et de Souriau retrouvent une vigueur
intellectuelle sous les plumes du sociologue Bruno Latour ou des philosophes Isabelle
Stengers et Xavier Guchet.
11. 9 avril 2015 : la plus récente par rapport à l’édition de ce livre.
12. Cabariste Annabelle, Art et nouvelles technologies : les lieux de création et de difusion ,
DESS Action artistique, politiques culturelles et muséologie, Université de Bourgogne,
octobre 2001.
12Introduction
problématiques communicationnelles. Comme indiqué dans sa
présentation, l’auteur « cerne les facteurs conditionnant la production et
la réception de ces œuvres » et, « pour ce faire, l’auteur décrit les
particularités des dispositifs qui leur sont associés et les réactions
cogni13tives que leurs programmes convoquent chez l’agent/spectateur » .
De nombreux ouvrages rendent compte aussi des formes de présences
du numérique sur les scènes théâtrales. Il ne s’agit pourtant pas dans
cet ouvrage d’en rester là, c’est-à-dire de recroqueviller les
questionnements ni sur l’œuvre elle-même ni sur la relation duelle que l’œuvre
peut entretenir avec son spectateur, ni, même, sur le nouveau triangle
« artistes, ingénieurs, industriels ». Comme précédemment, il s’agit
de considérer la technique – ici “numérique” – non comme un
instrument mais comme un objet social et communicationnel. En somme il
s’agit de comprendre en quoi le numérique constituent des supports
de médiation et de diffusion qui modifient “les mondes de l’art” tout
autant que “les mondes des gens”, auteurs et/ou acteurs et/ou
spectateurs dans l’espace et le temps
Au-delà des objets-œuvres ainsi produits, cet ouvrage, issu des
préesentations faites au 19 Congrès de la Société Française des Sciences
de l’Information et de la Communication, présente les recherches que
cette discipline peut conduire sur les reconfigurations que le
numérique apporte à ces pratiques créatives numériques.
Quelles sont les représentations des acteurs de ces arts et de leurs
usages de ces dispositifs ? Peut-on réfléchir à une nouvelle
sociabilité des arts ainsi recomposés ? Que penser du constat des Échos du
1422 mars 2015 : « Le smartphone au cœur du musée du futur »
auquel pourraient répondre, comme en échos, tant et tant de constats :
— le British Museum qui a proposé aux adeptes du jeu vidéo
Minecraft de constituer en 3D l’intérieur du Musée
— le Site Communauté Louvre qui a proposé à ses visiteurs de
poursuivre les « conversations dans un jardin » particulièrement
représentatifs d’un genre du siècle des Lumières
— Les brodeuses du Jura qui ont lancé une œuvre
collaborative : la réalisation au point de croix d’une broderie de 2 m 40 de
largeur et 3 m 60 de hauteur représentant le savant Louis Pasteur dont
13. Balpe Jean-François (2000). Contextes de l’art numérique, Paris : Hermès.
14. Les Échos se font l’écho du dernier-né des smartphones Sony soigneusement masqué
par une coque en plastique : le compagnon de visite du Centre international de l’art pariétal
Montignac-Lascaux (Dordogne) est « un silex numérique ».
13J. Bonaccorsi, M. Bourdaa & D. Raichvarg
le portrait a été préalablement pixelisé afin de distribuer les carrés de
7 cm aux 277 brodeuses et 1 brodeur impliqué(e)s.
On le voit, stratégies sensorielles immersives, dispositifs participatifs
et production de discours nous emmènent nécessairement sur les
formes et les logiques d’usages, sur les circulations de savoirs et de
15savoir-faire, sur un processus sans fin  : « Plus wonderful que la pile
Wonder, [l’art numérique] ne s’use pas si l’on s’en sert. Au contraire, il
16augmente », pour paraphraser la philosophe Barbara Cassin .
Cet ouvrage est divisé en deux parties principales : premièrement, il
tente de cerner en quoi le numérique fabrique de « l’art nouveau »
qui se construit, en réalité, à travers des formes culturelles également
nouvelles. Les différents chapitres réunis pour cette partie
nourrissent le questionnement à propos d’objets variés : le
webdocumentaire (Bruno Cailler et Céline Lacroix), les nouvelles hybridations
entre l’audiovisuel et la création (Natacha Cyrulnik), l’usage de la
métaphore dans les récits interactifs (Abir Loued), mais aussi les films
de mode (Anna Keszeg) ou la création musicale (Hervé Zénouda et
Maud Pélissier). De manière métamédiatique, s’inventent également
de nouveaux espaces artistiques critiques des TIC (Sophie Lavaud).
Dans une seconde partie, il sera question de la recomposition par
le numérique des acteurs, des institutions et des espaces physiques
et sociaux avec lesquels et dans lesquels il « œuvre » ? Les
médiations culturelles en tant que pratiques instituées se voient
particulièrement « agitées » et réénoncées selon une certaine « culture de
la participation » (Brigitte Chapelain) : le musée, bien sûr, à travers
de multiples expérimentations faisant appel aux acteurs des
industries créatives dans des événements remarquables comme Museomix
(Ghislaine Chabert et Jacques Ibanez Bueno), ou dans l’espace urbain
(Mei Menassel, Patrizia Laudati). Ces nouvelles formes de médiation
des objets de culture déplacent les représentations et figurations de
leurs publics par les institutions (Eva Sandri) comme par les industries
culturelles, en les engageant dans des pratiques contributives qui
supposent aussi une prise de risque (Clément Combes). Dans ce contexte,
le dialogue entre acteurs publics, institutions culturelles, industries
médiatiques numériques et publics est particulièrement complexe
et mouvant. La recherche scientifique en SIC peut contribuer à
15. La Lettre RAUDIN, portée par l’Université Bordeaux Montaigne, assure une veille de
toutes ces opérations, dispositifs, actions…
16. Cassin Barbara (1990). Le lien rhétorique de Protagoras à Ælius Aristide, Philosophie,
n° 28, 1990, p. 14-31.
14Introduction
stabiliser ce dialogue par la réflexivité qu’elle rend possible et
partageable, comme le montrent Bruno Ollivier et Annie Gentes à propos
du processus de conception.
Derrière ces problématiques innovantes, les méthodes ne le sont pas
moins, comme si le numérique dans son mariage avec l’art bousculait
tout sur son passage. L’ouvrage se devait alors d’interroger en quoi
ce mariage faisait aussi retour sur notre discipline, les Sciences de
l’Information et de la Communication, par les contributions d’Hervé
Zenouda et d’Annie Gentes. Wonderful ! Étonnant, non ?
Julia Bonaccorsi, Mélanie Bourdaa et Daniel Raichvarg
15FABRIQUE
DE L’ART ET
DES FORMES
CULTURELLESWebreportage-webdocumentaire :
des genres entre prolongements
et limites
Bruno Cailler
MCF, Laboratoire I3M, UNS
Mail : cailler@unice.fr
Céline Masoni Lacroix
MCF, Laboratoire I3M, UNS
Mail : masoni@unice.fr
Résumé : Associant l’écosystème médiatique en devenir à un dispositif socionarratif,
nous analysons l’évolution d’un genre, le webdocumentaire, dans ses configurations
multi et transmédiatiques, au sein d’une économie incitative, et dans son inscription
entre le réel et la fiction. Par quels mécanismes interdépendants, législatifs,
économiques et industriels, par quelles articulations socioprofessionnelles, par
quelles reconfigurations narratives et quelles évolutions prescrites ou réelles de la
participation des publics, la webproduction documentaire peut-elle pérenniser son
existence ?
Mots-clés : webdocumentaire, transmédia, socioéconomie, socionarratif.
Webreport-webdocumentary : expansion and boundary of types
Abstract : This paper aims to analyse the evolution of a type, webdocumentary,
multi and transmedia webdocumentary, its economics incentive and its role
between fiction and reality. What kind of interdependent mecanisms, but also legal,
economic and industrial, what kind of social and professional structures, what kind
of narrative organization and what kind of established or real participatory audience
evolution, could make documentary production on the web more durable?
Keywords : webdocumentary, transmedia, social economics, social narrative.
19B. Cailler & C. Masoni Lacroix
la vision de leur corpus de webdocumentaires, Laure Bolka
et Samuel Gantier (2011, 127) constatent le « paradoxe de [s’]À attendre à voir des œuvres documentaires et de [se] trouver
finalement dans une information de flux dont les codes renvoient
davantage au reportage ». « Le problème de [cette] promesse éditoriale »
non tenue est également souligné par d’autres textes (Bonino, 2013 ;
Broudoux, 2011), pour lesquels la stabilisation du genre reste encore
pour l’essentiel en devenir. Ces textes pointent au moins trois
directions interdépendantes, qu’il nous semble indispensable ici de
prolonger et de croiser. La direction d’une économie organisée, que nous
pourrions qualifier effectivement d’incitative, prompte à dégrossir
l’ensemble des genres multi- et trans-médias et à créer les marchés
sous l’impulsion simultanée de la législation, de son cortège d’aides et
de subventions (webcosip, aide aux projets pour les nouveaux médias,
aides à l’écriture et au développement des projets multi-supports, ou
encore des projets internet/écrans mobiles), et de l’investissement
massif des acteurs du service public. La direction de l’hybridation
d’industries auparavant quasi autonomes — comme celle de
l’audiovisuel, et en son sein le journalisme, et celle des web développeurs, ou
encore celle des jeux vidéos — qui tente de pérenniser, par de
nouvelles configurations industrielles et financières et par de nouveaux
dispositifs unificateurs des pratiques professionnelles, un écosystème
transmédia au sein même et en équilibre avec les écosystèmes déjà
existants. Enfin, la direction de ce que nous devrions appeler la
ductilité du genre documentaire, dans son rapport entre le réel et la fiction,
largement reconstruite pour cette dernière, par les facteurs ludique
et participatif du transmédia, qui doit interroger, selon nous, le sens
même et la valeur du terme webdocumentaire.
Mais en quoi le webreportage et le webdocumentaire prolongent-ils,
complètent-ils ou modifient-ils la production et la réception de
ces genres « originaux » ? Par quels mécanismes interdépendants,
législatifs, économiques et industriels, par quelles articulations
20