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Concurrence(s) dans le monde des arts et des lettres

De
302 pages
La concurrence, notion centrale dans le domaine de l'économie, est ici envisagée dans le monde de la création littéraire et artistique. Est-il pertinent de la placer au cœur du processus de création ? La concurrence est-elle un moteur de la créativité ou un frein ? Ce volume croise les regards de plusieurs disciplines (sociologie, histoire, études littéraires, arts du spectacle...). Une quinzaine de chercheurs analysent ainsi les œuvres et les discours comme insérés dans un ensemble de productions qui les précèdent, les accompagnent et les modèlent.
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Sous la direction de Florence Bonifay, Marjorie Broussin, Stéphane Caruana et Mélanie Guérimand
Concurrence(s) dans le monde des arts et des lettres
L O G I Q U E S S O C I A L E S
Série Études Culturelles
CONCURRENCE(S)
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris www.harmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-10094-4 EAN : 9782343100944
CONCURRENCE(S)
DANSLEMONDEDESARTSETDESLETTRES
sous la direction de Florence Bonifay, Marjorie Broussin, Stéphane Caruana et Mélanie Guérimand
Logiques sociales Collection dirigée par Bruno Péquignot
En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collection « Logiques Sociales » entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques.
Dernières parutions
Anja HESS,Les habitants des chambres de bonne à Paris.Étude filmique des usages de l’espace quotidien, 2016. Christophe CAMUS,Mais que fait vraiment l’architecte ?, Enquête sur les pratiques et modes d’existence de l’architecture, 2016. Roland GUILLON,Mes années 1950 et 1960 ou l’éveil d’une sensibilité,2016. Louis DURRIVE,Compétence et activité de travail, 2016.Laurent AUCHER,Le Tribunal des ouvriers, Enquête aux prud'hommes de Vierzon, 2016. Benoît SOUROU,Stratégies identitaires chez les migrants turcs en France, 2016. Michel BOURDINOT,Vers de nouvelles fonctions pour le permanent UD CFDT ?,2016. Isabelle PAPIEAU,Il y avait des fois,La Belle et la Bête. Réalités et magie à l’italienne, 2016. Yvon CORAIN,L’expérience dans tous ses états, Une approche méthodologique, 2016. Cécile NOESSER,La résistible ascension du cinéma d’animation.Socio-genèse d’un cinéma-bis en France (1950-2010),2016.Aurélien CINTRACT,La mort inégale. Du recul de la mort à l’analyse socio-historique de la mortalité différentielle, 2016. Éric LE BRETON,Mobilité et société dispersée, Une approche sociologique, 2016. Lenita PERRIER,Couleur de peau et reconnaissance sociale, L’expérience vécue des afro-brésiliens émigrés à Paris, 2016. Michel BONNET,Mobilités, l’ombre d’un père, 2016. Dieudonné KOBANDA NGBENZA,Enfants isolés étrangers, Une vie et un parcours faits d’obstacles, 2016. Marie Zoé MFOUMOU,La professionnalisation des métiers féminins. L’exemple du secrétariat au Gabon, 2016.
Présentation de l’association des Têtes Chercheuses
L’association des Têtes Chercheuses a été créée par et pour les doc-torants de l’École Doctorale 3LA (Lettres, Langues, Linguistique et Arts) en novembre 2010 à Lyon. Elle a pour objectif de fédérer les jeunes chercheurs en Sciences Humaines an de discuter des problé-matiques liées à leur travail lors de réunions mensuelles. Elle cherche également à leur donner de la visibilité par le biais de projets com-muns : organisation de colloques et de journées d’études, publication d’un journal annuel,Missile, et présence en ligne (blog sur la plate-forme hypotheses.org). L’association des Têtes Chercheuses a organisé en 2013 un colloque sur la concurrence qui a donné naissance à ce volume. Elle remercie, pour leur soutien, l’ED3LA et son équipe de direction, l’Université Lyon 2, l’Université Lyon 3, les laboratoires GRAC, Passage XX-XXI, MARGE, GADGES et Claude Longeon.
INTRODUCTION COURIR ENSEMBLE VERS UN MÊME BUT : LA CONCURRENCE AU CŒUR DU PROCESSUS DE CRÉATION ?
« S’aimer c’est regarder ensemble dans la même direction » dit Antoine de Saint Exupéry. Les problèmes arrivent peut-être lorsqu’on se met à courir ensemble dans la même direction pourrait-on lui répli-quer ! Car telle est la signication étymologique du motconcurrence: courir ensemble ou « courir de manière à se rassembler sur un point » explique leGafotqui donne pour exemple l’expressionconcurrere ad arma(Caes. G. 3, 22), courir aux armes. Dans son sens premier, la concurrence, c’est donc la convergence. De fait, il faut être sur le même terrain pour pouvoir s’affronter ; il faut bien courir ensemble vers le même objectif, pour entrer en rivalité. Ce sens de « rivalité » existe déjà dans l’Antiquité mais il est surtout utilisé dans le domaine 1 2 du droit et dans le domaine de la guerre . 3 En langue française, les dictionnaires étymologiques indiquent que le sens moderne du motconcurrence– la « rivalité entre plusieurs e personnes ou forces pour un même objet » –, daterait duxvisiècle. La première occurrence mentionnée par les dictionnaires apparaît chez Jacques Amyot, en 1559, dans sa traduction desVies des hommes illustresrédigées par Plutarque. À l’article « Marcus Brutus » de ce volume, Amyot évoque la situation de concurrence entre Brutus et Cassius pour l’obtention d’une même haute fonction à Rome :
1. Le sens trois de «concurro,is,ere» donné par le dictionnaire de Gafot est « en-trer en concours (en conit, en concurrence) [en part. pour des personnes qui ont le même droit sur la même chose] ». 2. Toujours dans le sens trois de « concurro, is, ere », le dictionnaire de Gafot donne une série d’exemples dans le domaine de la guerre :concurrunt equites inter se(Caes. C. 2, 25, 5), les cavaliers se heurtent ;concurrere adversus fessos(Liv. 35, 1, 6), se porter contre (attaquer) des soldats fatigués. 3. Voir par exemple JeanDubois, HenriMitterranD& AlbertDauzat,Dictionnaire étymologique et historique du français, Paris, Larousse, 1998, p. 174. Voir aussi la rubrique « Étymologie et histoire » duTrésor de la Langue Française informatisé(TLFi).
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ConCurrenCe(s)
Combien que les uns veulent dire, que pour quelques autres causes precedentes, il y avoit desjà quelque peu de picque entre eulx, & que ceste concurrence les meit encore plus avant en querelle, quoy qu’ilz fussent alliez : car Cassius avoit espousé Junia la sœur de Brutus. Les autres disent que ce debat entre eulx vint de Cæsar mesme, lequel secrettement donnoit esperance en sa faveur à l’un & à l’autre : si tira leur brigue si avant, & se picquerent tellement à ceste poursuitte, 4 qu’ilz en eurent procès l’un contre l’autre .
Le substantifconcurrence s’insère ici dans un champ lexical de 5 l’affrontement qui est riche : pique, querelle, débat, brigue , poursuite et procès. Au niveau de l’intensité de l’affrontement, la concurrence se trouverait dans un espace intermédiaire entre le petit échange de piques et le procès en justice. En outre, on voit bien à l’œuvre dans ce passage la tension déjà évoquée entre l’unité et la division : Brutus et Cassius sont « alliez » par des nœuds matrimoniaux mais aussi oppo-sés car ils briguent tous les deux une même fonction. Ils convergent et divergent tout à la fois. Enn, le troisième intérêt de cet extrait de la traduction de Plutarque par Amyot est de montrer que la concurrence dépasse souvent le simple conit entre deux personnes mais suppose des ramications plus ou moins obscures, des instrumentalisations et une dimension politique. e C’est auxviisiècle queconcurrenceenrichit sa signication d’une nouvelle acception, celle de « rivalité commerciale ». Un siècle avant la naissance de la science économique, le mot prend donc le sens au-quel nous pensons aujourd’hui en premier. Toutefois, il est surpre-nant, lorsqu’on se penche sur l’histoire de cette notion économique, de voir à quel point elle véhicule des implications positives alors que
4. Nous n’avons pas pu consulter l’édition originale de 1559. Nous citons donc le texte de la seconde édition, datée de 1565, possédée par la bibliothèque nationale de France, département Réserve des livres rares, RES-J-905 :Les Vies des hommes illustres, grecs & Romains, comparees l’une avec l’autre par Plutarque de Chæro-nee, Translatees premierement de Grec en François par maistre Jaques Amyot lors Abbé de Bellozane, & depuis en ceste seconde edition reveuës & corrigees en innis passages par le mesme translateur, maintenant Abbé de saincte Corneille de Com-piegne, Conseiller du Roy, & grand Aumosnier de France[…], A Paris, De l’impri-merie de Michel de Vascosan, 1565, fº 687 vº. 5. « Emprunt à l’italienbrigaquerelle” […] attesté au sens de “dispute, “lutte, e controverse” auxiiisiècle », TLFi.
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introDuCtion
notre société actuelle se dit saturée de concurrence, en dénonce l’om-niprésence et les abus et en fait, du moins dans certains discours, un repoussoir. Dès l’Antiquité, l’idée d’un équilibre par la concurrence est énon-e cée par Aristote dansL’Éthique à Nicomaque(ivsiècle avant J.-C.) 6 dont les livresvetvirééchissent à l’échange des biens. On retrouve e cette conception dansLa somme théologique (xiiide Saint siècle) Thomas d’Aquin pour qui le juste prix s’établit en situation de concur-7 rence . Ces prémices d’une pensée économique de la concurrence e trouvent leur pleine réalisation auxviiisiècle, le siècle des Lumières faisant de la concurrence entre les hommes un principe de fonctionne-ment. Anne-Robert Turgot (1727-1781) et Adam Smith (1723-1790) comptent ainsi parmi les pères de la science économique et consi-dèrent que la concurrence permet l’établissement naturel d’un ordre économique et social harmonieux entre les hommes. En effet, chacun recherche son intérêt personnel mais la confrontation et la combinai-son de tous ces intérêts individuels amène paradoxalement à la sta-bilité de l’ordre social. Il n’y a danger pour la société que si un seul tente d’imposer son intérêt personnel ; la coexistence et la multipli-cité des intérêts personnels garantissent, eux, l’équilibre. On retrouve ici la dénition duale de la concurrence où il s’agit tout à la fois de se confronter aux autres et d’avancer tous ensemble. Ce modèle idéal est 8 repris par Antoine-Augustin Cournot qui en démontre la pertinence en 1838 à l’aide de fonctions mathématiques. Ses travaux ouvrent la voie à l’opposition qui deviendra classique entre la « concurrence pure et parfaite » et la « concurrence imparfaite ». La concurrence pure et parfaite est un modèle économique où les relations entre les acteurs du marché présupposent une homogénéité des producteurs, une stricte équivalence entre les produits et une par-faite connaissance par les consommateurs des prix pratiqués. Comme les consommateurs peuvent comparer les prix, les offreurs s’ajustent
6.aristote,Éthique à Nicomaque, Richard Bodéüs (trad.), Paris, Flammarion, 2004. 7. Voir notamment dans la Partieii, les questions 58 et 59 sur la justice et l’injus-tice et la question 77 sur la fraude. ThomasD’aquin,Somme théologique, t. 3, Paris, Cerf, 1985. 8. Antoine-Auguste Cournot,Recherches sur les principes mathématiques de la théorie des richesses, Paris, Hachette, 1838.
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