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Mémoire collective

403 pages
Initiées par l'Office du patrimoine culturel immatériel (OPCI), les rencontres Mémoires entrelacées ont réuni à Nantes des chercheurs et des acteurs de toute la France, impliqués dans l'étude et la valorisation du patrimoine culturel immatériel. Une occasion de mesurer la pluralité des démarches et la diversité des problématiques de sauvegarde et de transmission du patrimoine oral et ses savoir-faire populaires. Ce premier volet, baptisé Mémoire collective, Patrimoine culturel d'avenir a présenté des expériences menées principalement en métropole.
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Mémoire collective
Patrimoine culturel d’avenir
DVD de 24 P.C.I.Organisées à l’initiative de l’OPCI, les rencontres Mémoires Entrelacées ont réuni
plages inclusdurant quatre jours à Nantes en octobre 2014 des chercheurs et des acteurs de toute
la France, impliqués dans l’étude et la valorisation du patrimoine culturel immatériel.
Une occasion de mesurer la pluralité des démarches et la diversité des problématiques
de sauvegarde et de transmission du patrimoine oral et des savoir-faire populaires.
Le premier volet, baptisé Mémoire collective, patrimoine culturel d’avenir, a présenté des
expériences menées en métropole.
La première journée avait pour thème « le patrimoine culturel immatériel en Pays de
la Loire ». Chercheurs et professionnels ont évoqué l’intérêt de faire entrer le « PCI »
dans des projets de développement culturel, mais aussi économique, et ont décliné
les apports des technologies numériques pour inventorier et valoriser la mémoire
collective. Durant la seconde journée ont été exposées « des expériences menées en
France pour construire, développer et partager un patrimoine culturel populaire » :
un tour d’horizon d’initiatives développées par des structures très diverses qui ont
fait appel à l’OPCI pour accompagner ou mettre en place un projet patrimonial.
L’ouvrage se termine avec la présentation de dossiers inscrits ou en voie d’inscription
par l’Unesco dans le cadre de la convention internationale sur le PCI édictée en
2003. Un DVD joint à cet ouvrage complète chaque communication.
Cet ouvrage, préfacé par François Picard, professeur d’ethnomusicologie à
l’université Paris-Sorbonne, réunit les contributions de Luc Avot, Claire Bastien, Joël
Baud-Grasset, Aline Bodin, Philippe Boisseleau, Christian Brémaud, Michel Colleu,
Pierrick Cordonnier, Félix Cotellon, Catherine Cuenca, Isabel Gilg, Sophie Lecomte,
Julie Léonard, Denis Lucas, Paola Luna-Huertas, Delphine Mougel, Françoise
Mousset-Pinard, Anne-Cécile Nentwig, Emmanuel Parent, Caroline Quessandier,
Marion Roux-Durand, Pascal Servain, Francky Trichet, Guillaume Veillet.
Mémoires Entrelacées a été organisé par l’Offce du patrimoine culturel immatériel, en partenariat
avec Les Anneaux de la Mémoire, avec la participation de Mémoires de l’Outre-Mer.
ISBN : 978-2-343-09562-2
39 €
Mémoire collective
Patrimoine culturel d’avenir









































© L’HARMATTAN, 2016
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris

www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-09562-2
EAN : 9782343095622 Mémoire collective
Patrimoine culturel
d’avenir
Mémoires entrelacées
Actes des rencontres de Nantes,
octobre 2014Le saunier noirmoutrin Auguste-Émile Brechet pose dans son marais vers 1950. Né à L’Épine (alors
commune de Noirmoutier) le 27 juin 1876, il y décéda le 11 juillet 1954. Le marais qu’il exploitait
s’appelait le Cul-de-truie ; c’était le plus grand marais de l’île, partagé entre quatre exploitants par
ses propriétaires qui possédaient également le magasin Decré à Nantes.
Carte postale, coll. Alain Devineau, éd. La Cigogne. Patrimoine culturel immatériel
Mémoire collective
Patrimoine culturel d’avenir
Mémoires entrelacées
Volet 1
Actes des rencontres de Nantes,
octobre 2014
Ouvrage réalisé par l’OPCI.
Mémoires Entrelacées a été organisé en partenariat avec les associations
Les Anneaux de la Mémoire et Mémoire de l’Outre-mer.
L’Harmattan
5-7 rue de l’École polytechnique
75005 Paris
L’Harmattan - OPCIPatrimoine culturel immatériel
Déjà parus :
Chansons recueillies en Marais-Breton vendéen, par Gaston Dolbeau, 480 p., CD 26 plages,
EthnoDoc-Arexcpo, L’Harmattan, 2009.
Chansons en mémoire, mémoires en chanson. Hommage à Jérôme Bujeaud, actes du colloque
du Poiré-sur-Vie. 470 p., CD 27 plages, EthnoDoc-Arexcpo, Vendée-Patrimoine,
L’Harmattan 2010.
La chanson maritime. Le patrimoine oral chanté dans les milieux maritimes et fuviaux , actes du
colloque de L’Aiguillon-sur-Mer, 420 p., CD 31 plages, QR codes 6 vidéos,
EthnoDoc-Arexcpo, Vendée-Patrimoine, FRCPM-Bretagne, L’Harmattan, 2010.
Le chant de plein air des laboureurs. Dariolage, briolage… Recherches sur une tradition au Pays de
la Châtaigneraie, actes du colloque de Saint-Germain-L’Aiguiller, 400 p., DVD-CD
88 plages, Communauté de communes du pays de La Châtaigneraie,
EthnoDocArexcpo, OPCI, Vendée-Patrimoine, L’Harmattan 2012.
Musique traditionnelle de Transylvanie et affrmations culturelles , thèse de Damien Villela,
470 p., CD 71 plages, Ville de Luçon, EthnoDoc-Arexcpo, OPCI,
Vendée-Patrimoine, L’Harmattan, 2012.
Littératures orales et populaires de l’île de Noirmoutier, 480 p., CD 23 plages Thèse de Lydia
Gaborit, EthnoDoc-Arexcpo, OPCI, Vendée-Patrimoine, L’Harmattan, 2012.
Les mémoires de Martin Cayla, 232 p., CD 23 plages, AMTA, L’Harmattan, 2013.
Pays de Caux - Pays de chanteurs. De l’étude à la valorisation d’une tradition chantée. Actes du
colloque de Fécamp, 496 p., DVD. 50 plages, OPCI, La Loure, L’Harmattan, 2013.
Culture populaire traditionnelle : histoire d'une transmission, Jean-Pierre Bertrand, 432 p.,
DVD. 25 plages Vendée Patrimoine – EthnoDoc – Arexcpo – OPCI – Ecomusée
du Daviaud, L’Harmattan, 2015.
Mémoires Entrelacées. Mémoire collective - Patrimoine culturel d’avenir, actes des rencontres de
Nantes, OPCI, L’Harmattan, 2016, DVD.
Jouer son monde. Sociologie des musiciens traditionnels amateurs. Thèse d’Anne-Cécile
Nentwig, OPCI, L’Harmattan, 2016, CD.
à paraître :
Traditions voyageuses dans l’espace francophone, actes des rencontres de Nantes, OPCI,
L’Harmattan, DVD.
Questions de style. Approche interdisciplinaire des formes chantées : ethnomusicologie,
ethnolinguistique et ethnopoétique du chant traditionnel, ouvrage collectif, Lacito/CNRS, CD.Préface de Bruno Retailleau,
Président du Conseil régional des Pays de la Loire
« Chaque création puise aux racines des traditions culturelles mais
s’épanouit au contact des autres cultures. C’est pourquoi le patrimoine,
sous toutes ses formes, doit être préservé, mis en valeur et transmis aux
générations futures en tant que témoignage de l’expérience et des
aspirations humaines, afn de nourrir la créativité dans toute sa diversité
et d’inspirer un véritable dialogue entre les cultures. »
Déclaration universelle sur la diversité culturelle (Article 7 - Unesco, 2001).
La politique culturelle que nous avons souhaité mettre en œuvre avec Laurence
Garnier, Vice-Présidente de la Région en charge de la culture et du patrimoine,
repose sur les deux socles complémentaires que sont la transmission et la création.
La première féconde la seconde ; la seconde prolonge la première en même temps
qu’elle prolonge le fl ininterrompu de la civilisation. Transmettre le patrimoine,
c’est s’assurer qu’il reste vivant et offrir des racines aux nouvelles propositions
artistiques et culturelles.
Le patrimoine dit « immatériel » recèle cette particularité d’être à la fois partout
(dans l’agriculture, la cuisine, la musique, les usages, etc.) et intangible. Il requiert
donc toute notre attention et nous souhaitons soutenir l’action des professionnels
et acteurs associatifs du patrimoine engagés pour sa transmission et sa valorisation.
Ensemble, ils ont pointé la nécessité de créer des espaces d’échange pour
promouvoir la richesse du patrimoine culturel immatériel. Les rencontres Mémoires Entrelacées
proposées par l’Offce du patrimoine culturel immatériel avec le soutien du Conseil
régional, et les actes qui retracent ces journées, répondent à ce besoin. Cette
initiative doit se poursuivre avec dans son sillage, je l’espère, de nombreux échos pour
faire vivre et découvrir autrement le patrimoine de notre région !
Bruno Retailleau
7Mémoire collective - Patrimoine culturel d’avenir
Le patrimoine, le laboureur et ses enfants :
une fable sur le patrimoine
Le laboureur et ses enfants
Travaillez, prenez de la peine :
C’est le fonds qui manque le moins.
Un riche Laboureur, sentant sa mort prochaine,
Fit venir ses enfants, leur parla sans témoins.
Gardez-vous, leur dit-il, de vendre l’héritage
Que nous ont laissé nos parents.
Un trésor est caché dedans.
Je ne sais pas l’endroit ; mais un peu de courage
Vous le fera trouver, vous en viendrez à bout.
Remuez votre champ dès qu’on aura fait l’oût.
Creusez, fouiller, bêchez ; ne laissez nulle place
Où la main ne passe et repasse.
Le père mort, les fls vous retournent le champ
Deçà, delà, partout ; si bien qu’au bout de l’an
Il en rapporta davantage.
D’argent, point de caché. Mais le père fut sage
De leur montrer avant sa mort
Que le travail est un trésor.
Fables et morceaux choisis ou exercices de mémoire à l’usage des enfants du cours élémentaire. Organisation
pédagogique des écoles primaires du département de la Seine. Recueil rédigé et mis en ordre
par M. A. P., V. Sarlit (Paris), 1870 gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k61222736
Cette fable de Jean de La Fontaine (1621-1695), Livre V, fable 9 (1667), est parfois
1dite être inspirée de la fable LXXXIII d’Ésope, « Le Laboureur et ses Fils » , mais il
2n’y a pas de trésor caché dans cette fable-là, seulement de la solidarité . Elle provient
plutôt de la fable 22 :
Un laboureur, sur le point de terminer sa vie, voulut que ses enfants
acquissent de l’expérience en agriculture. Il les ft venir et leur dit :
« Mes enfants, je vais quitter ce monde ; mais vous, cherchez ce que
j’ai caché dans ma vigne, et vous trouverez tout. » Les enfants
s’ima1 http://www.bacfrancais.com/bac_francais/269-la-fontaine-laboureur-enfants.php
2 fable reprise par La Fontaine, « Le Vieillard et ses Enfants », Fables Livre IV - Fable 18.
8Préface de François Picard
ginant qu’il y avait enfoui un trésor en quelque coin, bêchèrent
profondément tout le sol de la vigne après la mort du père. De trésor, ils
n’en trouvèrent point ; mais la vigne bien remuée donna son fruit au
centuple.
Cette fable montre que le travail est pour les hommes un trésor.
Fables d’Ésope, texte grec, avec notice, commentaire et lexique, Émile Chambry, Paris, Victor
3Lecoffre, 1900 ; rééd. Paris, Les Belles Lettres, 1927 .
4Cette fable d’Ésope (620?-560? av. J.-C.) a été transmise à travers l’édition Névelet ,
soit dans la traduction latine :
Agricola & filii ipsius
Agricola quidam vita excessurus, ac volens suos flios periculum facere de
agricultura, vocatis ipsis, ait, Filii mei, ego jam è vita discedo, vos autem quæ in vinea à me
occulta sunt, si quæsieritis, invenietis omnia. Illi igitur rati thesaurum illic alicubi
defossum esse, omnem vineæ terram post interitum patris defoderunt, & thesaurum
quidem non invenerunt, sed vinea pluchrà fossa multiplicem fructum redditit.
Affabulatio
Haec Fabula signifcat, laborem thesaurum esse hominibus.
5Mythologia Aesopica de Névelet , Francofurtum, 1610, p. 106-107
Nouveau choix des fables d’Esope: avec la version latine, et l’explication des mots en françois,
pour les classes de Sixième, Cinquième & Quatrième. Chrétien Le Roy, professeur-émérite
de rhétorique en l’université de Paris, au collège du Cardinal le Moine, Paris, Barbou, 1770,
Troisième partie, p. 89.
3 https://fr.wikisource.org/wiki/Fables_d’Ésope/Le_Laboureur_et_ses_Enfants
4 e Antoine Adam, Histoire de la littérature française au XVII siècle, Volume 3, Paris, Domat, 1954-1956, Albin
Michel, 1997.
5 e Antoine Adam, Histoire de la littérature française au XVII siècle, Volume 3, Paris, Domat, 1954-1956, Albin
Michel, 1997.
9Mémoire collective - Patrimoine culturel d’avenir
6Mais avant l’édition Névelet, on trouve la fable du laboureur et de ses enfants en
français chez Gilles Corrozet (1510 – 1568) :
Du Laboureur et de ses Enfantz
Ung Laboureur, voyant fner sa vie,
De bien pourvoir ses enfantz eut envie,
En desirant les faire riches gens
Par leur labeur, s’ilz estoient diligens.
Se mourant donc, il leur va dire ainsi :
« Mes beaulx enfantz, après ma mort, voicy
Que vous ferez : ma vigne foullerez,
Et tout au fons ung thresor trouverez
Que j’y ay mis pour la succession,
Dont je vous mectz en la possession.»
Le Pere mort, les enfantz s’en allerent
Droict à la vigne, et sôubdain la fouillèrent
Avec houyaux et houes jusqu’au fons;
Mais nul thresor trouverent aux parfonds,
Dont ilz pensoient avoir esté deceuz.
Mais celle vigne, après les coups receuz
Des instrumentz servantz aux laboureurs,
Produict ses fruictz et ses raisins bien-meurs;
Et, neantmoins quelle eusi esté en friche,
Par ce labeur chascun d’iceulx feit riche.
Il appert donc que, quand on continue
A labourer, le bien ne diminue,
Mais il s’augmente et survient au besoing :
De peu à peu certes on va bien loing.
Plus est prisé ung bien ainsi acquis
Qu’ung bien trouve, ou ung thresor exquis.
Gilles Corrozet (1510 – 1568), Les fables du très-ancien Esope, mises en rithme françoise, Paris, Denis Janot,
1542, fable LXXIX, rééd. Paris, Librairie des bibliophiles, 1882, p. 163
6 L’indication est donnée par http://www.ruedesfables.net/dun-laboureur-de-ses-enfants/ (12 janvier 2016)
10Préface de François Picard
La fable comme patrimoine
Les fables de La Fontaine, dans une édition Pellerin d’Épinal de 1875, fgurent en
item de la Bibliothèque numérique mondiale (volume 3, n° 1, p. 2)
https://www.wdl.org/fr/item/recent/2014/7/31/?page=1
http://www.wdl.org/fr/item/14237/view/3/1/
Le choix de cette fable du « Laboureur et ses enfants » m’a été inspiré quand je l’ai
lue sur un sac plastique illustré à la marque Le Laboureur, « vêtements d’autrefois »,
offert dans la boutique de Madame Puyfoulhoux Denise à Billom (Auvergne). Il
s’agit en effet ici de patrimoine, d’héritage, de transmission, d’éducation, de trésor.
J’ai eu le sentiment alors de découvrir un trésor enfoui dans le grenier de nos
mémoires. Mais comme on m’a appris à le faire, et comme le rappelle la fable, je me
suis d’abord mis au travail, c’est-à-dire recopier le texte, en trouver une édition
fable, en lire quelques commentaires, en retracer la source (Ésope) et les voies de sa
transmission : Névelet, ou même Corrozet.
Il convient ensuite, et ensuite seulement, de l’interpréter, avant de la transmettre à
mon tour. J’y retrouve l’idée de trésor caché, que j’avais rencontrée chez les
bouddhistes tibétains et que j’avais associée à un type particulier de transmission
traditionnelle et pourtant qui ne se fait pas de vif à vif, de bouche à oreille, mais par mise
7à l’écart . Cette image du champ labouré pour en extraire un trésor, fondement
de l’archéologie, prend aujourd’hui une résonance terrible et particulière quand les
8troupes de DAECH fouillent Palmyre à la pelle excavatrice : « dans le désastre
9syrien les obus et les tractopelles ont remplacé les pinceaux des archéologues » .
La Fontaine utilise le terme « fonds », qui pourrait renvoyer aux précieuses
collections des archives et des bibliothèques (le fonds Coirault, le fonds Brailoiu…), mais
renvoie ici aux fonds d’investissements qui ont ruiné la planète en 2008, pour leur
imposer la valeur travail.
7 François Picard, « Greniers, malles, genizah : la mise à l’écart dans le processus de transmission
traditionnelle », Revue des Traditions Musicales des Mondes Arabe et Méditerranéen (Université Antonine, Hadath-Baabda,
Liban), n° 4, 2011, p. 11-24.
8 Françoise Briquel Chatonnet, interviewée par Nathalie Amar, Combats à Palmyre : menaces sur un trésor
archéologique, émission Décryptages, RFI, 15 avril 2015. http://www.orient-mediterranee.com/spip.
php?article2650.
9 Mathias Énard, Boussole, Arles, Actes Sud, 2015, p. 125.
11Mémoire collective - Patrimoine culturel d’avenir
Mais par un geste magnifque, la fable de La Fontaine qui parle de patrimoine et
de transmission est elle-même devenue patrimoine. On la trouve en effet sous pas
moins de trois formes à la Bibliothèque nationale de France (et sur Gallica) :
des textes, des images, des sons.
Textes
La fable apparaît imprimée en grec, en latin, en vieux français rimé, et toutes ces
langues en de nombreuses versions se retrouvent de manière numérique,
délocalisées, sur le web, depuis les sites institutionnels (Gallica, archive.org…) et généralistes
(wikisource) jusqu’aux sites à destination scolaire et aux blogs.
Gravures
Toujours sur support matériel papier, mais visualisable sur le web, on trouve les
gravures et illustrations qui accompagnent généralement les livres pour enfants, comme
sont devenus ceux de fables, dessins de Grandville et Gustave Doré, gravures
d’Épinal.
Grandville, [Illustrations des Fables] / J. J. Grandville, dess. ; Brévières, Hébert, Piaud [et al.],
grav. ; Jean de La Fontaine, aut. du texte, Michel de l’Ormeraie (Paris), 1838. http://gallica.
bnf.fr/ark:/12148/btv1b2200171r
Gustave Doré, (1832-1883), dessinateur [Illustrations des Fables], « Le laboureur et ses enfants »,
Gustave Doré, Rigaud, Fellmann, [et al.], dess?; Pannemaker, Prunaire, Duhamel, Bertrand,
Paris, Hachette, 1868, Livre V. Fable IX. Fig. au titre p. 289, gravée par Brux. [Cote :
microflm R 68550] http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b2200114q/f205.item
Fables de La Fontaine (hors groupes). N° 7, 4 fables : « Le laboureur et ses enfants ; La poule aux
oeufs d’or ; Le pot », Série supérieure aux armes d’Epinal, Epinal, Pellerin & Cie, imp.-édit.,
1895. Gallica http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b6938889p
Récitation : enregistrement
Comme l’on sait, l’usage des fables est d’être lue, et lue d’une manière différente des
récits ou des contes que l’on raconte, différemment d’une lettre, ou d’une épitre,
d’une pièce de théâtre ou d’une homélie : comme une poésie, mais pas comme, une
fable se récite. Dès 1912, soit les débuts de l’enregistrement sonore, et
concurremment aux Archives de la Parole de Ferdinand Brunot et ses célèbres enquêtes en
Ardennes, Berry et Limousin, Pathé (Paris) enregistre sur Pathégraphe des fables,
et parmi elles « Le chat, la belette et le petit lapin » ; « Le loup et l’agneau » ;
« Le laboureur et ses enfants ». Cet enregistrement, anonyme, fait partie des « Chefs
d’oeuvre de la langue française ». L’appareil permettait pour la première fois
l’apprentissage des s grâce à la lecture et l’audition simultanée. Nous avons voulu
12Préface de François Picard
lui rendre hommage à travers une petite vidéo réalisée avec le logiciel iAnalyse
dé10veloppé par Pierre Couprie .
111 disque (5 min 41s) : 90 t, saphir ; 35 cm. Pathégraphe ; D.816 Bibliothèque nationale de France,
département Audiovisuel, AP-82 http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb38072905m
« Le laboureur et ses enfants Pathégraphe », fable de La Fontaine 1667, image Pellerin 1875,
enregistrement Pathé 1912, synchronisation iAnalyse par François Picard, 2016.
Mise en musique
S’il existe une frontière entre la parole et le chant, la récitation se situe non loin de
là, et de là à la chanson il n’y a qu’un pas, parfois franchi. On n’en trouvera pas
d’enregistrement, mais une partition, usant de cette notation musicale qui précéda
l’enregistrement.
Antoine Elwart (1808-1877), Lutrin et orphéon ou le plain-chant et la musique appris en chantant des choeurs,
iegrammaire pratique..., E. Gérard et C (Paris), 1865
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9618075r
Heritage is not history, ou la fable de l’héritage n’est pas l’histoire du
patrimoine
Pour conclure, une petite mise au point sur le patrimoine, l’histoire et la fable.
Pour Steven Conn, professeur d’histoire à l’université de Miami à Oxford (Ohio),
une partie des controverses tient à la confusion entre « histoire » et « héritage ».
Dans une tribune parue sur le blog de l’American Historical Association,
l’organisation des historiens américains, il rappelle l’indispensable distinction entre ces deux
notions, de même que le travail « tout en nuances et en paradoxes » qui caractérise
la recherche historique. « L’histoire consiste en une tentative de reconstruire et de
comprendre les événements, les vies et les expériences de ceux qui nous ont
précédés. Ces sujets sont débattus et révisés constamment, dès lors que de nouvelles
connaissances ou de nouvelles manières de les interpréter apparaissent.
10 disponible sur le site du Séminaire d’ethnomusicologie de Paris-Sorbonne http://seem.paris-sorbonne.fr/
Memoires-Entrelacees
11 http://chroniques.bnf.fr/archives/decembre2006/numero_courant/coulisse/pathegraphe.htm.
13Mémoire collective - Patrimoine culturel d’avenir
L’héritage, au contraire, consiste en une vision mythifée du passé, imperméable aux
faits historiques, débarrassée de toutes ses parties désagréables.
Stéphanie Le Bars, « L’Amérique déboulonne ses symboles », Le Monde, samedi 27 – Dimanche
28 – Lundi 29 décembre 2015, cultures & idées, p. 7
Tel est du moins ce que l’on peut lire en français dans Le Monde. Mais la version
originale en langue anglaise ne dit pas cela :
It is a difference between those who view the past as history and those who see it
as heritage.
The two terms are often deployed synonymously, but they are, in fact, the opposite
of each another. History, as properly understood, is our attempt to reconstruct and
understand the events, lives, and experiences of those who came before us — the
good, the bad, and the ugly. History follows rules of evidence and interpretation.
Most important, it is debated and revised constantly as new evidence and new ways
of interpreting the evidence come to light.
The results of history reveal the complexities and contradictions of the human
experience and force us to grapple with nuance and paradox. It is intellectually challenging
and can often be deeply unsettling.
Heritage, by contrast, is a mythologized version of the past, stripped of all the
unpleasant parts. Heritage remains largely impervious to historical evidence and relies
instead on a past-as-we-wish-it-were version of events. It trades in emotions and
personal connections, putting itself beyond debate or reproach. History is often not
lovable, but everyone loves his or her heritage.
Steven Conn, « Heritage is not history », philly.com Friday, July 10, 2015, 2:14 PM
http://www.philly.com/philly/blogs/thinktank/313315391.html
En effet, même si les deux mots semblent équivalents et heritage facile à traduire, il
convient ici, pour Conn, de distinguer « histoire » et « patrimoine ». Mais je
concluerai néanmoins en disant de la fable du Laboureur que cette histoire d’héritage fait
partie de notre patrimoine .
14Préface de François Picard
Devenir
En labourant mon terrain à la suite de cette fable, je m’aperçois que
ma réfexion personnelle, originale, « authentique de soi » au sens
ro12mantique employé par Rousseau et Herder, rejoint, recouvre celle
d’un prédécesseur, musicologue aussi, Michael Steinberg
Michael Steinberg, “Tradition and Responsibility”. Perspectives of New Music 1.1 (1962), p. 154–
159. doi:10.2307/832185
Steinberg cite ainsi Arnold Schoenberg citant Goethe :
Faust I, v. 682 : « Was du ererbt von deinen Vätern, erwirb es, um es zu besitzen.
Was man nicht nützt, ist eine schwere Last. » (Ce que tu as hérité de tes père,
acquiers-le afn de le posséder. Ce qu’on n’utilise pas est un fardeau
pesant.)
On retrouvera au fl des pages qui suivent quelques histoires, l’ensemble de ces thé -
matiques — tradition patrimoine héritage mémoire — ainsi que d’autres, de
nombreux trésors, de la sagesse, et beaucoup de travail.
François Picard
François Picard est professeur d’ethnomusicologie à l’université Paris-Sorbonne,
chercheur à l’Institut de recherche en musicologie IReMus (UMR 8223),
co-responsable du programme Geste Acoustique Musique de Sorbonne Universités,
membre du Conseil national de la recherche scientifque.
12 Voir François Burban, « L’authenticité musicienne à l’épreuve de la formation et de l’expérience », Education
et Sociétés, n° 19, CREN, Université de Nantes, Nantes, 2007, p. 177-192.
15Mémoire collective - Patrimoine culturel d’avenir
Une partie de l’équipe ayant préparé les rencontres Mémoires Entrelacées en octobre 2014 à Nantes,
et certains des intervenants. De gaude à droite : Jean-Pierre Mathias, Jean-Marc Masseault, Mathilde
Bouclé-Bossard, Jean-Pierre Bertrand, Valérie Whittington, Michel Colleu, Philippe Boisseleau ;
accroupi : Guillaume Veillet. Photo OPCI.
16Initiées par l’Offce du patrimoine culturel immatériel (OPCI), les rencontres
Mémoires Entrelacées ont été conçues et organisées sous la responsabilité pour la
première partie de Michel Colleu, directeur de l’OPCI, et pour la seconde partie
sous celle de Michel Colleu et de Mathilde Bouclé-Bossard, chargée de projets aux
Anneaux de la mémoire.
Initiées par l’Offce du patrimoine culturel immatériel, les rencontres se sont
déroulées avec le soutien :de l’État, ministère des Outre-mer,
de l’État-Préfet en Région Pays de la Loire, Direction des affaires culturelles,
du Conseil régional des Pays de, du Conseil départemental
de la Loire-Atlantique, de la Ville de Nantes, l’État et ces collectivités publiques ont
également soutenu la publication des actes.
Les actes ont été préparés par Michel Colleu ; la maquette et le DVD ont été
réalisés en 2015 par EthnoDoc ; publication réalisée par l’OPCI.
Michel Colleu : conception, direction éditoriale, textes additionnels,
relecture, préparation de l’iconographie, choix ou/et préparation des
documents audiovisuels,
Michèle Cadoret : relecture,
Guillaume Blin : couverture, montage de la maquette de l’ouvrage,
Bertrand Friconneau : traitement des documents flmés, montage du
DVD.
17Mémoire collective - Patrimoine culturel d’avenir
18Mémoires entrelacées
Programme des rencontres
22/25 octobre 2014
Mercredi 22 octobre 2014
Mémoire collective, patrimoine culturel d’avenir
Hôtel de Région des Pays de la Loire
Les Pays de la Loire, terre d’expériences
pour la sauvegarde et la valorisation
du patrimoine culturel immatériel
Ouverture des rencontres :
le patrimoine culturel immatériel en Pays de la Loire
Le PCI, un outil culturel de développement régional
Laurence Adrien-Bigeon, vice-présidente du Conseil régional des Pays
de la Loire.
Le PCI, un patrimoine qui entre dans un projet de développement
culturel
Louis Bergès, directeur de la Direction régionale des affaires culturelles de
la Région Pays de la Loire.
Milieux naturels et PCI Environnement et mémoires
Claude Naud, vice-président aux ressources et milieux naturels du Conseil
général de Loire-Atlantique.
Nantes et sa politique du PCI
Ma-Woury Cissé, conseillère municipale de Nantes.
L’OPCI a cinq ans : des « rêveurs concrets » travaillant au niveau local
et national
Jean-Pierre Bertrand, président de l’Offce du patrimoine culturel
immatériel.
19Mémoire collective - Patrimoine culturel d’avenir
L’oralité, vecteur de développement culturel
Séance présidée par Philippe Bardel, conservateur du patrimoine, responsable
du pôle recherche de l’Inventaire du service patrimoine de la Région des Pays de la
Loire.
Patrimonialisation de la culture orale, de la mémoire collective et
développement territorial
Philippe Boisseleau, directeur d’EthnoDoc, Centre de documentation du
patrimoine culturel immatériel.
Bâtir une politique culturelle en milieu rural en s’appuyant sur les
traditions locales
Christian Brémaud, ancien président de la commission culture de la
Communauté de communes du pays de La Châtaigneraie.
Développer le PCI pour renforcer sa vitalité économique : la PRI à
Saint-Jean-de-Monts
Delphine Mougel, responsable patrimoine, SEML Saint-Jean Activités,
Saint-Jean-de-Monts.
De la quête de la mémoire historique au musée numérique
Isabel Gilg, directrice du service patrimoines, culture, archives de Trélazé
Patrimonialiser l’immatériel
Séance présidée par Guy Saupin, professeur d’histoire moderne, directeur adjoint
de l’École doctorale SCE, université de Nantes.
Les apports des nouvelles technologies pour la gestion et la valorisation
du « PCI numérique »
Franky Trichet, vice-président Numérique, université de Nantes,
chercheur au LINA.
Patrimonialiser les musiques actuelles ? Le programme Folk Archives
Emmanuel Parent, docteur en anthropologie sociale et ethnologie à
l’EHSS Paris, maître de conférences en musicologie à l’université de Rennes
II.
20Musées et oralité : un « nouveau patrimoine » à prendre en compte
Catherine Cuenca, conservateur en chef du patrimoine, responsable au
CNAM, Paris, du programme de sauvegarde et valorisation du patrimoine
scientifque et technique (PATSTEC), chef de projet de la mission PATS -
TEC, université de Nantes.
Témoignage oral et savoir-faire de nouveaux objets pour l’Inventaire
du patrimoine culturel ?
Françoise Mousset-Pinard, conservateur en chef du patrimoine, chef du
service patrimoine de la Région Pays de la Loire.
Rencontre des acteurs du patrimoine culturel immatériel
Quelle dynamique en Pays de la Loire en faveur des formes
immatérielles du patrimoine ?
Débat ouvert à tous sous l’égide de la Conférence régionale consultative de la
culture, avec la présence de Laurence Adrien-Bigeon, vice-présidente du
Conseil régional des Pays de la Loire.
Jeudi 23 octobre
Mémoire collective, patrimoine culturel d’avenir
Hôtel de région des Pays de la Loire
Construire et développer des projets autour du PCI :
retour sur des expériences menées en France
Construire, développer, partager un patrimoine culturel populaire
Séance présidée par Pierre Schmit, directeur de La Fabrique de patrimoines en
Normandie.
L’OPCI, un Offce au service de la construction et du développement de
projets sur la culture orale populaire
Michel Colleu, chercheur, directeur de l’OPCI, collecteur, chanteur,
musicien, cofondateur du Chasse-Marée et de l’OPCI.
21Mémoire collective - Patrimoine culturel d’avenir
Développer une politique départementale autour du PCI : l’exemple de
la Haute-Savoie
Joël Baud-Grasset, vice-président délégué à la Culture et au patrimoine
du Conseil général de la Haute-Savoie, et Guillaume Veillet, chargé de
mission Ethnomusicologie & patrimoine immatériel à la Direction des
affaires culturelles, Conseil général de la Haute-Savoie.
La Loure en Normandie : faire découvrir le patrimoine oral musical et
chanté d’une région
Yvon Davy, historien, directeur de l’association La Loure, collecteur,
chanteur, musicien.
La Granjagoul en pays de Fougères : faire vivre un patrimoine à l’échelle
d’un « pays »
Pierrick Cordonnier, président de La Granjagoul, Maison du patrimoine
oral en Haute-Bretagne, collecteur, chanteur, musicien.
Transmettre des « traces numériques » du patrimoine immatériel :
regard sur des expériences françaises et internationales
Paola Luna-Huertas, ethnomusicologue, doctorante à la Sorbonne.
Créer et soutenir des collections d’ouvrages sur le patrimoine culturel
immatériel
Denis Pryen, cofondateur, directeur général des éditions L’Harmattan,
chercheur, observateur de l’Afrique francophone.
Présentation de l’ouvrage Jouer son monde – Sociologie des musiciens
traditionnels amateurs
Anne-Cécile Nentwig, docteure en sociologie, laboratoire EMC2 à
Grenoble. Enseignante à l’École d’arts et de culture (EAC) de Lyon dans le cadre
du parcours de bachelor.
Les multiples approches de la mémoire orale et des savoir-faire
Séance présidée par Louis Bergès, directeur de la DRAC Pays de la Loire.
Le rôle social du PCI : l’exemple d’une enquête au CHU-Hôpitaux de
Rouen
22Denis Lucas, responsable culturel au CHU de Rouen, Caroline
Quessandier, service culturel du CHU de Rouen, François Calame,
ethnologue régional, DRAC de Haute-Normandie, Yann Leborgne, ethnologue à
La Fabrique des patrimoines en Normandie, et chargé de mission à l’OPCI.
Le « nouveau » patrimoine d’une ville : Mémoires en chantier à
Concarneau
Sophie Lecomte, animatrice de l’architecture et du patrimoine, Service
patrimoine de la Ville de Concarneau.
Un projet culturel et économique pour l’identité d’un port : le dundée
Indépendant à Fécamp
Pascal Servain, chercheur, fondateur et secrétaire de l’association Dundée
Indépendant, vice-président de l’OPCI, collecteur, chanteur.
La convention de l’Unesco, moteur de la valorisation du PCI
Séance présidée par Séverine Cachat, directrice du Centre français du patrimoine
culturel immatériel.
La reconnaissance du fest-noz, fruit du travail du collectif PCI-Bretagne
Julie Léonard, CURAP/ESS université de Picardie Jules-Verne,
responsable de l’inventaire du secteur patrimoine culturel immatériel et promotion
de la diversité culturelle de l’association Bretagne culture diversité.
La Guadeloupe et le dossier de candidature du gwoka au PCI de
l’humanité : préparation et démarche du Comité lyannaj pour gwoka
Félix Cotellon, président de l’association Rèpriz, Centre des musiques et
danses traditionnelles et populaires en Guadeloupe, cofondateur du Festival
de Gwoka.
Un nouveau souffe pour la tradition du bouquet provincial, liée au tir
à l’arc au beursault
Marion Roux-Durand, conservatrice du musée de l’Archerie et du Valois
de Crépy-en-Valois, membre du comité de pilotage du projet porté par le
musée et la Fédération française de tir à l’arc.
23Mémoire collective - Patrimoine culturel d’avenir
Faire l’inventaire de l’art des sonneurs pour le faire inscrire un jour
par l’Unesco
Luc Avot, coresponsable du comité de pilotage du projet porté par la
Fédération internationale des trompes de France, sonneur, président du Bien
Allé de Nantes, Xavier Brelault, secrétaire général de la FITF, sonneur,
directeur musical du Bien Allé de Nantes.
Conclusion de la rencontre
Mémoire collective, patrimoine culturel d’avenir
Vendredi 24 octobre
Traditions voyageuses dans l’espace francophone
Lieu Unique
Le patrimoine culturel immatériel,
empreinte ou vecteur de résistance culturelle
Table ronde : Histoires et mémoires entrelacées
Nantes, au cœur des échanges maritimes entre les cultures populaires
Stéphane Junique, membre du conseil communautaire de Nantes
Métropole, adjoint au maire de la Ville de Nantes, chargé du tourisme, du
patrimoine et de l’archéologie.
Le projet Mémorial ACTe en Guadeloupe
Manuela Nirhou, Direction de la culture, Conseil régional de Guadeloupe.
Des cultures populaires nourries des échanges contemporains
Association Mémoire de l’Outre-mer
Transporter les marchandises, les hommes et les cultures
Jean-Marc Masseault, vice-président des Anneaux de la Mémoire,
directeur de la rédaction des Cahiers des Anneaux de la Mémoire.
24Résistances culturelles et créolisation
Séance présidée par Myriam Cottias, directrice de recherche au CNRS,
présidente du Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage.
Aux origines des « mémoires entrelacées » dans le monde atlantique
Jean-Marc Masseault, vice-président des Anneaux de la Mémoire,
directeur de la rédaction des Cahiers des Anneaux de la Mémoire.
Les créoles de Louisiane du Sud : origines et évolution d’une identité
culturelle moderne
Elista Istre, Arkansas State University’s Heritage Studies Ph.D. Program
(USA)
Le vodou haïtien et l’indépendance d’Haïti : de la résistance à
l’héritage politique
Dimitri Béchacq, anthropologue, chargé de recherches CNRS (CRPLC/
UMR 8053/université des Antilles et de la Guyane)
Une communauté enracinée à partir du Centre militaire de formation
professionnelle de Fontenay-le-Comte.
Gérard Viviès, de l’association fontenaisienne l’Archipel.
Musiques de mondes culturels métissés
Séance présidée par Vianney Marzin, directeur du Pôle de coopération des
acteurs des musiques actuelles en Pays de la Loire.
Rivière Noire : une aventure, un acteur du métissage artistique
Témoignages des artistes du spectacle : le chanteur brésilien Orlando
Morais, le guitariste guadeloupéen Pascal Danaé et le bassiste breton Jean
Lamoot.
Mémoire noire, musique noire
Emmanuel Parent, docteur en anthropologie sociale et ethnologie à
l’EHSS Paris, maître de conférences en musicologie à l’université de Rennes
II.
25Mémoire collective - Patrimoine culturel d’avenir
Composer avec le monde
Sarah Andrieu, maître de conférences en anthropologie de la danse à
l’université de Nice Sophia-Antipolis, membre du Centre transdisciplinaire
d’épistémologie de la littérature et des arts vivants (CTEL), chercheur associé
de l’Institut des mondes africains (IMAF)
Le banjo. Itinéraire d’un luth des savanes ouest-africaines aux
musichalls américains
Pierre-Claude Artus, chercheur, musicien, comédien, professeur de
musique.
L’aventure de Takamba au Pôle des musiques de La Réunion
Fanie Précourt, ethnologue responsable du label Takamba au Pôle
régional des musiques actuelles de La Réunion.
Le travail de l’association Rèpriz en Guadeloupe
Félix Cotellon, président de l’association Rèpriz, Centre des musiques et
danses traditionnelles et populaires en Guadeloupe, cofondateur du Festival
de Gwoka.
Samedi 25 octobre
Traditions voyageuses dans l’espace francophone
Lieu Unique
Des traditions et savoir-faire en perpétuel mouvement
Des traditions africaines transportées
Séance présidée par Antonio de Almeida Mendès, maître de conférences au
CRHIA, université de Nantes, membre du Centre de recherches sur les esclavages,
chercheur associé au Centre d’histoire d’Além-Mer.
Le créole, de l’oralité à l’écriture
Raphaël Lucas, maître de conférences à l’université de Bordeaux III,
Institut d’études ibériques et ibéro-américaines (littératures et cultures
lusophones, interculturalité)
26Héritage africain de pratiques médicinales en Guadeloupe
Marie-Josée Tirolien-Pharaon, médecin, présidente de l’association
Racines.
Héritage africain dans l’agriculture, l’art culinaire et les pratiques
mortuaires
Juliette Smeralda, docteur en sociologie, enseignante à l’IUFC et
chercheure associée au laboratoire de recherche CEREGMIA de l’université
des Antilles et de la Guyane et au CNAM Pôle Martinique, directrice de
l’APICEF.
Des traditions orales européennes embarquées
Séance présidée par Jean-Pierre Bertrand, ethnographe, président de l’Offce du
patrimoine culturel immatériel et d’EthnoDoc, Centre de documentation du
patrimoine culturel immatériel
Les chansons des pêcheurs de La Désirade
Michel Colleu, directeur de l’OPCI, chercheur, collecteur, chanteur,
musicien, cofondateur du Chasse-Marée et de l’OPCI.
Ces chansons qui ont pris le bateau et traversé l’Atlantique... : destins
croisés
Robert Bouthillier, chercheur, collecteur, chanteur, ancien directeur de
l’association Dastum.
Musique, traditions et navigations : instruments populaires voyageurs
Claude Ribouillault, musicien, chercheur, collectionneur d’instruments
de musique de facture populaire.
Un patrimoine qui nourrit les échanges entre communautés
Séance présidée par Gérôme Guibert, docteur en sociologie, maître de
conférences à la Sorbonne Nouvelle, Paris III.
Créer une maison du conte et des traditions orales en Guyane
Valérie Whittington, présidente de l’association Zoukouyanyan, conteuse
27Mémoire collective - Patrimoine culturel d’avenir
L’ARC à Rezé : une scène des voix métissées, à Rezé
Maurice Cosson, directeur de l’ARC – Art et Culture à Rezé –, scène
conventionnée portée par la Ville de Rezé.
Débat public :
bâtir un réseau d’échanges d’expériences et de savoirs autour
des patrimoines culturels immatériels des communautés francophones
Conclusion de la rencontre Traditions Voyageuses
La Compagnie Blues Buissonniers lors de la soirée du 24 octobre 2014.
Cli. P. Boisseleau.
28Les soirées de Mémoires Entrelacées
Mardi 21 octobre
Kouté pou tandé : j’ai des merveilles à vous dire
Nantes, Salle Vasse
Voyages dans les contes des contrées francophones avec Jean-Pierre Mathias
(Haute-Bretagne), Valérie Whittington (Guyane) et Robert Bouthillier
(Québec).
Mercredi 22 octobre
Du Québec à la Louisiane
Nantes, Salle Vasse
Voyage en Amérique du Nord, avec Serre l’Écoute, (chants des provinces
canadiennes francophones), et Blues Buissonniers (promenade musicale
contemporaine dans le delta du Mississippi).
Serre l’Écoute est composé de trois chanteurs, musiciens et collecteurs québécois :
Robert Bouthillier (chant), Liette Remon (chant et violon), Gabrielle
Bouthillier (chant).
Blues Buissonniers est composé de Marion Rampal (chant, compositions),
accompagnée de Anne Paceo (batterie) et de Pierre-François Blanchard
(claviers, Fender Rhodes).
Vendredi 24 octobre
Rivière Noire
Au théâtre de Rezé
La remontée d’un long feuve qui s’étirerait de Rio à Bamako, en passant par
Paris, entre musique populaire et folk mandingue, par un trio réunissant le chanteur
brésilien Orlando Morais, le guitariste guadeloupéen Pascal Danaé et le
bassiste breton Jean Lamoot, avec Baptiste Brondy, batterie, percussions, Gimba
Kouiaté, percussions, guitare, Raphaël Thuia, guitare.
29Mémoire collective - Patrimoine culturel d’avenir
Remerciements
La réalisation de cet ouvrage a été possible grâce :
- à l’aide des collectivités publiques qui ont soutenu cette publication : l’État-Préfet en
région Pays de la Loire via la DRAC, du ministère des Outre-mer, du Conseil régional
des Pays de la Loire, et de la Ville de Nantes ;
- aux équipes de l’OPCI et d’EthnoDoc, qui l’ont réalisé, avec la collaboration de celle
des Anneaux de la Mémoire.
Merci à Monsieur le vice-président du Conseil régional des Pays de la Loire Alain Gralepois et
au professeur François Picard, qui ont accepté de préfacer ces actes.
Merci aux intervenants de ces rencontres qui ont accepté de participer à cet ouvrage.
Merci aux organismes publics, musées, médiathèques, sociétés de production, associations,
réalisateurs, artistes et chercheurs qui nous ont autorisés à publier leurs documents
photographiques ou audiovisuels, à tous ceux qui ont prêté leurs documents photographiques dans le
livre ou audiovisuels dans le DVD joint pour illustrer ces actes.
Merci aux membres des associations Offce du patrimoine culturel immatériel (OPCI), Les
Anneaux de la Mémoire et Mémoire de l’Outre-mer qui, dans le cadre de leur travail ou
bénévolement, ont participé au bon déroulement des rencontres Mémoires Entrelacées.
Grâce au travail mené par l’OPCI (et notamment Michel Colleu) et les Anneaux de la
Mémoire (et notamment Mathilde Bouclé-Bossard), l’intégralité du programme annoncé a pu
être réalisé, soit 67 intervenants (élus, présidents de séance, conférenciers), représentant 47
entités culturelles, qui ont présenté, hors des discours introductifs et des échanges avec la salle,
49 communications.
30Sommaire
Préface d’Alain Gralepois ........................................................................................ 7
Préface de François Picard ....................................................................................... 8
Partenaires / équipe de réalisation de l’ouvrage .................................................... 17
Programme du colloque / des événements festifs .................................................. 19
Remerciements ...................................................................................................... 30
Ouverture du colloque ........................................................................................... 34
En introduction aux rencontres ............................................................................. 44
Les pays de la Loire,
terre d’expériences pour la sauvegarde
et la valorisation du patrimoine culturel immatériel
L’oralité, vecteur de développement culturel
Philippe Boisseleau
Patrimonialisation de la culture orale, de la mémoire collective, et développement
territorial ................................................................................................................ 51
Christian Brémaud
Un politique culturelle axée sur le patrimoine immatériel : le dariolage en pays de La
Châtaigneraie ......................................................................................................... 75
Delphine Mougel
Développer le PCI pour renforcer son attractivité : la plateforme régionale
d’innovation de Saint-Jean-de-Monts .............................................................................. 87
Claire Bastien et Isabel Gilg
Trélazé : de la quête de la mémoire historique au musée numérique ................. 107
Patrimonialiser l’immatériel
Francky Trichet
Les apports des nouvelles technologies pour la gestion et la valorisation du « PCI
numérique » ......................................................................................................... 121
31Mémoire collective - Patrimoine culturel d’avenir
Gérôme Guibert et Emmanuel Parent
Quand la tradition folk dépoussière le rock : patrimonialisation et Do-it-Yourself
dans une commune de l’ouest de la France ......................................................... 131
Catherine Cuenca
Les objets et les savoir-faire scientifques contemporains : un nouveau patrimoine à
prendre en compte ............................................................................................... 147
Françoise Mousset-Pinard
Témoignage oral et savoir-faire : de nouveaux objets pour l’inventaire ? ........... 157
La Conférence régionale consultative de la culture : un espace de dialogue des
acteurs de la culture des Pays de la Loire ................................................................ 165
Construire et développer des projets autour du PCI :
retour sur des expériences menées en France
Construire, développer, partager un patrimoine culturel populaire
Michel Colleu
L’OPCI : des «r êveurs concrets » au service de la construction et du développement
de projets sur la culture orale populaire ............................................................... 187
Joël Baud-Grasset et Guillaume Veillet
Développer une politique départementale en faveur du patrimoine culturel
immatériel : l’exemple de la Haute-Savoie ...................................................................... 209
Pierrick cordonnier et Aline Bodin
La Granjagoul, Maison du patrimoine oral en Haute-Bretagne ......................... 219
Paola Luna
Transmettre des traces virtuelles des traditions orales : une expérience de terrain à
Guapi et Cali, en Colombie ................................................................................. 237
Denis Pryen
Créer des collections pour diffuser le patrimoine culturel immatériel : l’aventure de
L’Harmattan ........................................................................................................ 247
Anne-Cécile Nentwig
Jouer son monde : sociologie des musiciens traditionnels amateurs .................... 255
32Caroline Quessandier et Denis Lucas
Vous avez dit patrimoine culturel immatériel hospitalier ? Une expérience menée au
CHU-Hôpitaux de Rouen ................................................................................... 267
Pascal Servain
Le projet Dundée Indépendant à Fécamp : construire et exploiter aujourd’hui un
voilier marchand ....................................................................................................... 277
Sophie Lecomte
Mémoires en chantier à Concarneau : l’émergence d’un « nouveau » patrimoine
dans une Ville d’art et d’histoire .......................................................................... 299
Françoise Mousset-Pinard
Témoignage oral et savoir-faire : de nouveaux objets pour l’inventaire ? ........... 157
La convention de l’Unesco, moteur de la valorisation du PCI
Julie Léonard
La reconnaissance du fest-noz, fruit du travail du collectif PCI-Bretagne ........... 313
Félix Cotellon
La Guadeloupe et le dossier de candidature du gwoka au PCI de l’humanité :
préparation et démarche du Comité Lyannaj pou Gwoka ................................................ 333
Marion Roux-Durand
Un nouveau souffe pour la tradition du bouquet provincial, fête de l’archerie
traditionnelle beursault ................................................................................................ 349
Luc Avot
Inscrire l’art des sonneurs de trompe au patrimoine culturel de la France ......... 367
Présentation de la sélection de documents audiovisuels
inclus sur le DVD joint
Michel Colleu
Présentation des plages des flms et des enregistrements ..................................... 383
33Mémoire collective - Patrimoine culturel d’avenir
Ouverture du colloque
Bonjour à tous,
Je tiens tout d’abord à excuser Jacques Auxiette, Rose-Marie Veyron et Alain
Gralepois, qui sont tous en mission en Chine. C’est un grand honneur pour moi d’être là
avec vous pour ouvrir cette manifestation intitulée Mémoires Entrelacées.
La Région a réaffrmé en 2010 que pour elle le patrimoine est porteur d’identité et
constitue la mémoire commune des habitants d’un territoire, et qu’à ce titre il mérite
d’être soutenu. Aussi, nous nous sommes investis pour développer une approche la
plus large possible du patrimoine en prenant en compte la complémentarité entre les
patrimoines matériel et immatériel, quels que soient les types et les périodes.
C’est pourquoi nous nous engageons, autant pour les interventions de connaissance
– au titre de notre compétence d’Inventaire du patrimoine culturel –, qu’en
accompagnant les associations agissant dans ce domaine comme EthnoDoc ou Dastum par
exemple.
Le patrimoine immatériel bénéfce ainsi d’une ligne spécifque dans le budget de la
direction Culture et sports, soit pour la conservation et le traitement des données, soit
pour leur mise en valeur.
La préoccupation des acteurs publics ou associatifs dans ce domaine est avérée, comme
en ont témoigné les représentants du secteur du patrimoine réunis dans la Commission
patrimoine de la Commission régionale de la conférence consultative de la culture ;
et ceux-ci ont d’ailleurs fait part de leurs attente et besoin de disposer d’un temps et
espace régulier d’échanges sur leurs problématiques communes. Il est ainsi apparu
pertinent à la Région de soutenir l’initiative de l’OPCI.
Ainsi l’action de la Région est bien de conforter les éléments qui ont une portée
culturelle éducative et qui représentent un atout économique pour les territoires grâce aux
retombées touristiques, mais également à travers la dynamique de flière et l’emploi lié
au patrimoine.
Imaginons… Imaginons un territoire rural riche d’un patrimoine industriel dans le
domaine de la chaussure, du textile, de l’uranium, avec des usines, des logements
ouvriers. Et imaginons dans le même temps des ouvriers raconter leur vie dans ces usines,
il y a maintenant plusieurs dizaines d’années. Puis imaginons une balade dans ce
territoire à la découverte de ces vieilles bâtisses. Et là, vous découvrez un fash code, et grâce
à votre téléphone portable vous visualisez les témoignages : cette vieille bâtisse prend
34alors une autre dimension. Ceci est un exemple parmi bien d’autres, et vous en auriez
sans doute aussi à exposer.
Je sais que tous ces échanges sont de nature à diversifer les perspectives
d’appropriation de son patrimoine par la population des Pays de la Loire et à offrir de nouvelles
pistes de dynamisation des territoires de la Région.
Je vous souhaite donc d’agréables échanges et une agréable journée.
Laurence Adrien-Bigeon,
vice-présidente du Conseil régional des Pays de la Loire,
en charge de la citoyenneté et de l’éducation populaire de la Commission culture,
sports, citoyenneté et éducation populaire
octobre 2014.
35Mémoire collective - Patrimoine culturel d’avenir
Bonjour à tous,
Je me réjouis d’être parmi vous à l’ouverture de cette rencontre autour du patrimoine
immatériel, dont la particularité – à mon sens – est de s’enrichir sans cesse de recherches,
de réfexions, d’expériences conduites sur un territoire auprès de ses habitants.
Pour cette rencontre anniversaire – les cinq ans de votre association –, vous avez choisi
le thème de la mémoire collective : c’est un thème magnifque, qui est aujourd’hui
largement traité dans le cadre du centenaire de la guerre 14-18, mais qui peut l’être sur
beaucoup d’autres thématiques.
Compte tenu de la qualité des intervenants ici réunis, je ne doute pas que de nouvelles
étapes seront franchies pour découvrir, pour valoriser à travers l’outil mental de la
mémoire collective, des pratiques culturelles vivantes, des expressions et modes de vie qui
donnent un sens au territoire et à son environnement.
Pour mon intervention, je voudrais quelques instants m’arrêter sur les actions de
développement culturel qui ont été mises en œuvre, et qui peuvent l’être, dans le cadre de
la préservation et de la valorisation du patrimoine immatériel.
Je voudrais prendre ici l’exemple du projet de Trélazé, en Maine-et-Loire, qui sera
d’ailleurs évoqué ici dans le cadre de cette rencontre. Vous savez que l’ancienne
fabrique d’allumettes, près d’Angers, a fait l’objet d’une convention triennale pour les
années 2011-2013 entre la Commune, la Drac et l’État, et le bailleur social Le Toit
Angevin, qui était nouveau propriétaire, pour promouvoir des actions de diffusion,
de création, et d’animation autour du lieu, avec la volonté d’impliquer la population
locale et notamment les anciennes familles ouvrières. Des artistes en résidence sont
intervenus sur les lieux – en l’occurrence la compagnie Banquet d’avril – pour travailler à
la reconnaissance du lieu, dans une posture de créativité artistique. L’équipe artistique
s’est appuyée sur la matière de la mémoire orale collectée par un ethnologue pour
monter son spectacle. Elle a pu ainsi valoriser une mémoire collective et faire mieux
connaître cet ancien site industriel.
Nous avons là un exemple de ce qui peut être réalisé en terme de développement
culturel, et multiplié sur les territoires. D’autres projets pourraient faire l’objet d’actions
de valorisation du même type. J’ai d’autres idées, que vous avez sûrement : je pense à
la boule de fort en Anjou, qui pourrait faire l’objet de valorisation sur ce thème ; mais
aussi je pense à la navigation sur la Loire, avec la plate de Loire, qui pourrait faire
l’objet de valorisation, notamment dans le cadre d’opérations de pêche.
36Dans ce domaine, il convient de rappeler ici que la mémoire, l’immatérialité, le
numérique peuvent constituer, comme je l’ai lu quelque part, un couple gagnant.
Géolocalisation, virtualisation sont des procédés qui apportent incontestablement une
grande valeur ajoutée. Le développement des supports multimédias peut garantir une
meilleure compréhension et une ouverture vers de nouveaux publics.
Si l’on y ajoute l’enjeu pédagogique, le modèle est vraiment adapté aux derniers
développements, que nous souhaitons tous ici, pour le patrimoine immatériel.
Je voudrais rappeler aussi que l’État continue à s’intéresser au patrimoine
immatériel, puisqu’il assure, vous le savez, l’Inventaire national pour le compte de l’Unesco.
Récemment, le ministère de la Culture – du mois de mai au mois d’août – a lancé un
appel à projet de mise à jour des fches d’inventaire. A l’échelon régional, le Ministère,
à travers notre direction régionale, est aussi attentif aux projets de création, de diffusion
et de valorisation dans ce secteur.
Pour terminer, je voudrais féliciter les organisateurs de cette rencontre pour la qualité
du programme annoncé, pour l’accueil que nous avons reçu. Je remercie Monsieur
Bertrand, le président de l’OPCI, pour son invitation ; je remercie aussi le Conseil
régional des Pays de la Loire, qui nous reçoit aujourd’hui.
Et à tous les participants qui sont ici aujourd’hui à cette rencontre, je souhaite le
meilleur.
Louis Bergès,
Directeur régional des Affaires culturelles des Pays de la Loire
octobre 2014.
37Mémoire collective - Patrimoine culturel d’avenir
Bonjour à tous,
Le Conseil général de Loire-Atlantique n’a pas développé une politique particulière
de valorisation du patrimoine culturel immatériel, mais en temps que vice-président
chargé des ressources et des milieux naturels, j’essaie depuis quelques années
d’introduire cette dimension dans la politique départementale de gestion des espaces naturels.
Alors, si vous me permettez, mon propos traitera certes des ressources et des milieux
naturels, mais aussi, et surtout, de leur dimension anthropologique.
Lorsque le président du Conseil général de Loire-Atlantique m’a demandé d’être son
vice-président chargé de l’environnement, je lui ai répondu tout l’intérêt que je portais
à cette proposition, à la condition que nous abandonnions « l’environnement » comme
délégation, et qu’il accepte de me confer « la gestion des ressources et des milieux
naturels ».
Je vais donc partir de cet acte politique pour tenter de développer les raisons qui m’ont
conduit à y introduire de façon plus forte la dimension immatérielle.
Affrmer la volonté de gérer des ressources et des milieux naturels, c’est considérer
d’une part que nous sommes héritiers de ces milieux, et d’autre part que nous sommes
responsables de l’état dans lequel nous allons les transmettre, et donc de la façon dont
nous les aurons gérés, à ceux qui vont nous succéder ; gérer, c’est poser un acte
politique, c’est s’engager ! C’est tout autre chose que d’être « délégué à l’environnement »...
Par ressource naturelle, bien sûr, nous entendons l’ensemble des ressources disponibles,
tant fossiles que dynamiques, ou les fux, qui nous conduisent quelquefois à considérer
que les ressources étant disponibles, on peut en user, voire en abuser, jusqu’à
épuisement des stocks. Jusqu’à ce que fnalement nous prenions conscience de la contingence
de cet épuisement et de la raréfaction des ressources naturelles.
Les milieux naturels qui constituent ces ressources sont des milieux que nous habitons,
avec lesquels l’homme entretient une relation interactive très forte, et la question qui
se pose souvent à nous en tant que responsables politiques est de savoir si nous devons,
au nom de la protection de l’environnement, exclure les hommes de ces milieux ou, au
contraire, réintroduire de façon dynamique leur action dans le milieu dans une
perspective de gestion. D’où l’appellation de la délégation qui m’a été confée : « gestion des
ressources et des milieux naturels ».
38Il y a nécessité de rappeler que notre idée de la nature est une idée construite
socialement et dont nous sommes les héritiers. Je pense tout d’abord à l’héritage
judéochrétien qui nous a légué une vision biblique de la nature : « Dieu créa l’homme et la
femme [ … ] et il précisa : – Soumettez la nature. »
Descartes, un peu plus tard, n’en dira pas moins lorsque, voulant se départir de la
scolastique, il termine en disant : « Il faut se rendre comme maître et possesseur de la
nature. »
Il faudra attendre encore un peu que nous nous intéressions au phénomène de gravité
pour que fnalement nous prenions la distance nécessaire à l’égard de la nature, et que
nous fnissions par considérer que nous sommes nous-mêmes des éléments de cette
nature et interagissons avec elle, et ainsi co-construisons notre vision de la nature.
Finalement, je pense que c’est à Merleau-Ponty notamment que nous devons d’avoir
développé un nouveau regard sur la nature, nourri par les sciences qui l’étudient.
Plus récemment, nous en sommes arrivés à penser le nécessaire dépassement de la
dichotomie nature/culture, et bien évidemment je pense à Philippe Descola, mais c’est
quelque chose de très récent. Mais on oublie parfois qu’Edgar Morin, au début des
années 1970, avait déjà proposé un dépassement de cette approche dichotomique – une
« disjonction », disait-il, entre nature et culture – pour proposer une vision de la nature
à partir de la culture. Morin disait : « Il faut sans doute qu’avec la clé de la nature, nous
comprenions la culture et qu’avec la clé de la culture, nous comprenions la nature. »
Alors évidemment, lorsque dans un département comme celui de la Loire-Atlantique
vous vous retrouvez du jour au lendemain responsable des énergies renouvelables, de
l’eau, des espaces naturels et des déchets, vous vous demandez comment aborder ces
questions à partir d’un regard qui ne soit plus dualiste, mais « conjonctif » et
dialectique. Plutôt que de considérer les choses comme étant arrêtées, il nous faut apprendre
à les considérer comme « se faisant ».
Il m’est revenu à l’esprit lorsque je préparais cette intervention, une anecdote qui
pourrait illustrer ce que je suis en train de vous dire. C’était il y a trois ans. Les services du
conseil général me disent à propos d’un espace naturel sensible qui se situe aux
Moutiers-en-Retz sur le littoral atlantique, dans ce qu’on appelle les marais de Lyarne :
« Monsieur le vice-président, nous sommes face à la prolifération d’une espace invasive
exotique, le youka. Le youka fgure sur la liste des espèces qu’il faut combattre et ar -
racher. » Il est donc décidé de procéder à un arrachage systématique des youkas aux
Moutiers, et je leur donne un accord immédiat pour le lancement de la campagne
d’arrachage aux Moutiers-en-Retz.
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