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L'éveil corporel et musical chez l'enfant de 3 ans

De
131 pages
Professeurs des écoles (Petite Section), psychomotriciens, éducateurs, professeurs d'éveil musical et parents trouveront dans cet ouvrage des pistes de réflexion et des situations pratiques pour valoriser l'effort et le contrôle de soi, chez l'enfant, à partir de 3 ans. L'éducation artistique alliant créativité et mouvement se révèle indispensable face aux facteurs d'instabilité.
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Vers l'accompasnement de l'instabilité

2009 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris

@ L'Harmattan,

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-07635-8 EAN:9782296076358

Véronique DEREUX

L'éveil

corporel

et IDusical de 3 ans
de l'instabilité

chez l'enfant
Vers l'accompagnement

L'Harmattan

SOMMAIRE

Dès l'introduction, l'accent est porté sur les aspects à la fois pratique et réflexif. L'entourage doit en effet être amené à réfléchir, afin de ne pas produire d'instabilité. L'éveil de l'enfant par le corps et le mouvement est privilégié et vise une stabilisation de ses conduites. Cet éveil concerne tous les enfants de 3 et 4 ans, en particulier les enfants instables. Le chapitre I, est orienté vers les pratiques éducatives qui permettent à l'enfant de découvrir ses possibilités propres, de structurer son comportement, sa posture et d'accéder à l'autonomie à travers des mouvements musicaux favorisant la maturation de toutes ses fonctions au cours de son développement. Le chapitre II permet d'entrer dans une pratique où l'ajustement global, - ou tâtonnement expérimental- se produit à l'intérieur d'un cadre précis. Les ajustements sont induits par des objets variés. Notre présentation favorise l'expérience vécue comme support des formes de pensée. Ce point est particulièrement important pour l'évolution des personnalités souffrant d'instabilité. Le chapitre III situe cette démarche par rapport à la place du corps en éducation et en particulier dans les pédagogies de la danse. La valorisation du corps propre, en opposition au corps-instrument, favorise les possibilités d'accès au libre arbitre. Ce chapitre explique également ce qu'est la fonction d'éveil et l'importance de son émergence en s'attardant sur les difficultés que peut rencontrer l'enfant instable. Le chapitre IV étudie l'importance de l'espace vécu, de l'espace propre du corps, de l'espace environnant en relation avec la musique et les autres enfants. Le chapitre V s'attache plus particulièrement au cadre éducatif à l'intérieur duquel des ajustements globaux sont sollicités. Il est montré comment les conduites spontanées et les formes adaptées de contrôle de soi aux âges envisagés, pourront voisiner et s'équilibrer.

Le chapitre VI, présente des chansons dansées et toute la richesse de ce qu'elles peuvent apporter sur le plan opératoire, énergétique et artistique. Le chapitre VII montre l'importance de cette éducation sensorimotrice à l'âge de 3 ans, période où la motricité évolue avec les fonctions mentales. C'est également l'âge où l'instabilité de l'enfant peut être éduquée avant toute entreprise thérapeutique d'une autre nature. En conclusion, nous mettons en avant l'importance de l'action du corps et du mouvement dans l'éducation de l'enfant, l'éducation étant considérée comme formation de l'être total, corporel et mental.

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INTRODUCTION

À la fois pratique et de réflexion, ce livre s'adresse en priorité aux parents et éducateurs.l Face à des enfants de 3-4 ans, ils s'interrogent sur la marche à suivre afin de les accompagner dans la découverte de leur propre corps, d'autrui, des objets, des phénomènes visuels, des couleurs, formes et matières à manipuler, avec lesquels jouer et qui leur feront tâter du réel concret. C'est par l'action2 que le corps propre et le mouvement vont s'impliquer. Des objets simples pourront l'intéresser longtemps s'il est guidé par l'adulte dans ses tâtonnements. Pour éduquer il n'est pas forcément nécessaire d'utiliser des jouets sophistiqués. Les phénomènes sonores dont la musique vont l'ouvrir à tout un monde mélodique et rythmique, de timbres et d'ambiances qui vont toucher ses émotions naissantes. Mais l'éveil sensori-moteur c'est également le sens kinesthésique, principal sens du mouvement en dialogue constant avec la vision, le toucher, l'ouïe. Il s'exerce par le mouvement qui accompagne toutes les découvertes, les actions sensibles, organisé en un ensemble cohérent et complexe: la fonction sensori-motrice. Très longtemps les chercheurs et éducateurs ont élaboré des pédagogies qui ont maintenu la séparation entre les sens. Ceux-ci, non seulement captent tous les événements entourant l'enfant mais engagent également sa participation active par des mouvements originaux, face à des sollicitations extérieures et par ses décisions propres de découverte du monde. L'unité structurelle d'organisation biologique entre les sens et le mouvement permet d'aller vers une dynamique commune qui ne sépare pas l'écoute du mouvement, la verbalisation ou la chanson de la danse, la vision des objets ou des mouvements de leur reproduction, ou la vision d'une personne aimée de l'intention de courir vers elle.
pris dans le sens large du tenne de personnes s'intéressant à la pédagogie éducative du jeune enfant: psychomotriciens, enseignants, professeurs de danse intervenant à l'école en petite section, assistantes maternelles, puéricultrices, psychologues, etc ... 2 ainsi qu'un courant concernant la phénoménologie et les neurosciences l'étudie depuis un certain nombre d'années. Voir par exemple, A. Berthoz et 1. L Petit, Phénoménologie et physiologie de l'action, Odile Jacob, 2006
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La spontanéité, relevant d'une personnalité équilibrée marque autant la possibilité de l'enfant d'aller vers autrui, de s'exprimer que de pouvoir le faire par une organisation du mouvement déjà bien installée: les automatismes sont harmonieux c'est-à-dire rythmiques, un contrôle du mouvement suffisant pour que l'enfant puisse le moduler mais surtout l'arrêter quand l'adulte le lui demande. Ce livre vise également un accompagnement des enfants instables dont les qualités sont d'êtres dynamiques et vivants, mais qui ont plus besoin encore que les autres enfants d'une éducation équilibrant spontanéité et contrôle de soi. Ils ont les qualités de leurs défauts: ce sont des enfants possédant une grande énergie qu'ils doivent apprendre à canaliser et à contrôler. Sans ce contrôle, ils ne peuvent se poser, prêter attention, être à l'écoute. Le choix éducatif présent est celui qui place sa confiance dans l'action: double action qui est celle de l'éducateur qui conduit l'enfant sur un chemin où il va pouvoir progresser et se transformer; celle de l'enfant qui ne va pas être passif en subissant. Cette passivité pourrait être celle d'un enfant à qui la médecine aura estimé que la solution la plus pratique est celle du traitement chimique, en l'occurrence la Ritaline, car le problème serait pathologique car induit par un dysfonctionnement neurologique se traduisant par une impossibilité à exercer un contrôle cortical sur le mouvement. Deux possibilités se présentent, soit on cherche à ce que l'enfant subisse un traitement lourd qui va le laisser dépendant avec un risque de troubles secondaires, sans avoir plus de possibilités de se contrôler, soit on choisit la solution éducative qui apprend à l'enfant à devenir responsable. Les comportements instables de l'enfant peuvent couvrir différents degrés de comportement, de la légère instabilité où l'enfant, lors d'expériences dans un cadre éducatif structuré parvient assez rapidement à modifier son comportement, à l'enfant très instable. Pourtant ce type de comportement assez mal diagnostiqué, uniquement clinique, reçoit différents noms qui ramènent tous aux mêmes symptômes.J
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ce qui suit comporte des extraits d'un article paru dans EPS 1 nOlO?, Mars-Avril-

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Mai2002

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Wallon parlait d'enfant turbulent; actuellement on parle plus d'hyperactivité mais également d'enfant agité. Dans les pays anglosaxons la multitude de termes renvoie à des incertitudes: instabilité psychomotrice, hyperactivité, syndrome hyperkinétique, Minimal Brain Damage Syndrome, Minimal Brain Dysfunction, réaction hyperkinétique, déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité.4 Diverses interrogations peuvent se poser: l'hyperactivité estelle de l'ordre du syndrome ou du symptôme? La conception syndromique semble l'emporter, composée de trois symptômes: le défaut d'attention, l'hyperactivité, les troubles du comportement avec impulsivité. Deux thèses ont prédominé, la thèse organiciste qui met en avant des traumatismes crâniens ou méningo-encéphalites aiguës. Une généralisation s'en est suivie: même sans lésion l'hyperactivité a été attribuée à une cause structurelle et neurobiologique. La thèse cognitive va donner un lien de causalité entre les lésions potentielles et le comportement. Des signes neurologiques mineurs se traduisent par des troubles de la motricité fine, de la coordination, de la perception et de l'intégration sensorielles. Le sujet de l'action disparaît alors pour ne laisser place qu'à des symptômes localisés dans un cerveau/esprit au travers d'une description computationnelle. Or notre orientation est celle que A. Varela a bien décrite dans ses nombreuses publications. Elle est à l'opposé de la vision qui ne voit le cerveau que comme un ordinateur. Dans ce cas il est isolé, séparé du reste du corps, menant à la négation du sujet. Au contraire « l'avenir des sciences cognitives repose sur une vision que l'on pourrait appeler dynamique par opposition à la vision computationnaliste ».5 Dans cette approche dynamique, on obtient des « propriétés émergentes, c'est-à-dire des états globaux de l'ensemble des variables, parce qu'il y a une interdépendance intrinsèque. Nul besoin de chef d'orchestre pour coordonner la chose, c'est la dynamique même qui va la porter»"
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J. Ménéchal, L 'hyperactivité infantile, Privat, 2001 5 A. Varela, La Recherche na 308, Avril 1998 6 1. Sénéchal, Ibid

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Cette forme éducative considère la personne dans son ensemble sans séparer la cognition de l'incarnation. L'instabilité du jeune enfant n'est donc pas une affaire uniquement cognitive des fonctions mentales et de l'esprit coupé du corps mais une éducation qui va prendre en compte le sujet dans sa totalité. Cela nous mène à ne pas écarter l'aspect psychologique et émotionnel. Expressivité, émotion, tonus, comportement, contrôle de soi, fonctions sensorimotrices: tout est en relation. En 1913, Dupré parlait déjà de troubles moteurs et psychiques imbriqués. Des cliniciens en 1985 ont fait de l'hyperactivité une pathologie du lien; il peut y avoir un maintien exagéré du lien maternel et de l'enfant. « H. Wallon parlait de l'instable sub-choréique, émotif, supportant difficilement les frustrations ».7 J. de Ajuriaguerra va parler de double polarité. Pour ces spécialistes, les désordres émotionnels sont à l'origine de dysfonctions au même titre que des lésions accidentelles ou innées. Les traitements sont souvent composés de suivis psychologiques, orthophoniques et de psychomotricité, alliés à la prise de psychotropes. La Ritaline peut être prescrite dès 6 ans alors qu'à cet âge c'est l'accompagnement éducatif qui devrait prédominer. L'association de Ritaline et de rééducation ou d'une thérapie n'est pas vraiment une solution car l'enfant, sous l'emprise de la Ritaline a un comportement passif, somnolent, un légume comme m'a dit un jour une maman dont la fille qui avait été traitée pendant deux ans par ce produit venait à mes cours d'éveil. Cette maman a décidé d'arrêter devant la passivité de son enfant. Après un an d'éveil, cette fillette de 7 ans avait déjà beaucoup progressé dans le contrôle de soi, l'attention et la structuration de ses mouvements. Une majorité de praticiens émettent des réserves sur l'efficacité à long terme des psychotropes, qui paraît relative voire nulle. Il y a destruction du lien psychothérapique qui fait l'économie de la recherche des causes psychopathologiques. Sur le plan des valeurs philosophiques, la prise médicamenteuse n'est pas éducative car elle élimine le concept d'effort tel que l'a développé Maine de Biran.
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1. Sénéchal, Ibid

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« Nous nous connaissons comme personnes individuelles en nous sentant causes de mouvements produits par notre corps »." Le traitement médicamenteux seul, est cette passivité face à un problème qui ne pourra être résolu par faute d'engagement personnel, d'effort, de prise de conscience. La médication supprime le je veux menant à l'effort de s'éduquer et de se contrôler. Le contrôle cortical absent ou difficile mis en cause par les chercheurs, ne pourra s'exercer et se structurer dans la passivité. On peut rapprocher l'action propre, au concept de conduite de P. Janet qui est « la manifestation d'une certaine forme d'effort en direction d'un but ». En amenant l'enfant à exercer la mise en place pratique de la fonction d'éveil, on peut ainsi aborder l'éducation de l'enfant instable ou hyperactif, selon les dénominations ou l'importance du trouble. « Le moi ne se pose qu'en agissant sur son corps (...), il n'y a de liberté que dans et par cette action sur les muscles»" Donner de la Ritaline et ne pas apporter une éducation appropriée à l'enfant instable, c'est ne pas le prendre en compte comme sujet et considérer le corps organique comme un corps-objet passif. La danse et la musique peuvent être privilégiées dans le sens où l'enfant instable présente des difficultés sur le plan temporel. N'acceptant pas les frustrations et un cadre défini, son comportement va se traduire par des mouvements à peine ébauchés et d'une durée très courte. L'effort s'amorce à peine sans ensuite pouvoir se dérouler. Les propositions pédagogiques vont donc être sous-tendues par une durée d'effort d'abord courte, puis de plus en plus longue. Ne pouvant attendre il va exiger tout de suite. Il s'agira de proposer des jeux autour de l'attente, de l'écoute, courts au début. La lenteur et la vitesse seront abordées ainsi que l'ensemble du travail de synchronisation sensori-motrice par les ajustements globaux sur musique. Les dysharmonies, dyschronies observées ne sont pas dues directement à un problème de représentation temporelle, comme le pense B. GibellolOmais à un vécu temporel précédant la représentation. Qu'est-ce que l'enfant pourrait se représenter s'il n'a pas un
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G. Madinier, Conscience et mouvement, Ed Alcan, 1938

9 G. Madinier, Ibid 10 1. Sénéchal, Ibid

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vécu temporel qui comporte une durée vécue dans le temps, étant donné que ses actes sont explosifs et toujours changeants? « La pensée n'est pas autre chose qu'un dérivé de l'action ».11 En travaillant sur la vigilance corporelle qui va sous-tendre l'attention, nous permettons à l'enfant de gagner en autonomie. À ce moment-là il fera preuve d'énormes capacités d'entreprise et d'élaboration. Avant d'y arriver, toute une pédagogie éducative doit être mise en place et ce dès 2 ans, nécessitant un cadre et une certaine autorité des adultes, parents et éducateurs. L'éducation par l'ajustement global, appelé également tâtonnement expérimental ou essais-erreurs, indique une pédagogie créative qui respecte l'enfant, le révèle à lui-même et aux autres, le guide dans son évolution. L'ajustement global est à la base des différentes propositions pratiques que tout éducateur pourra aisément faire avec l'enfant. Les objets avec les mouvements praxiques et ludiques qu'ils sollicitent, les mouvements expressifs en musique, les instruments à percussion, les chansons dansées sont proposées pour être pratiquées à la crèche ou à l'école, ainsi qu'en famille dans un climat de plaisir et d'échanges. Loin des apprentissages techniques qui dans certaines catégories de pratique corporelle sont déjà enseignés à 3 ans par certains professeurs de danse, loin des modèles sociaux à la mode véhiculés par la télévision et qui ne font que restreindre la vision du mouvement artistique, le travail proposé ici vise à éveiller, c'est-à-dire à ouvrir l'enfant au monde, à autrui, au réel concret, tout en lui permettant de vivre sa créativité. L'éducation est un processus qui vise le devenir autre de l'enfant. Des compétences vont en découler. Le processus inverse qui vise déjà à apprendre des connaissances et des savoir-faire alors qu'il n'est pas disponible est au contraire axé uniquement sur le résultat et non sur le processus. L'éducation vise à une multiplication des possibles, à un enrichissement des mouvements et attitudes en fonction des différentes expériences qui vont se présenter. Au contraire, un apprentissage précoce et conditionnant est celui qui va imposer des solutions, c'est-à-dire des mouvements déterminés en les faisant répéter à l'~nfant de telle manière à déjà le spécialiser et
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P. Janet, L'évolution de la mémoire et de la notion de temps, Chahine, 1928

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lui interdire la plasticité, la mobilité indispensables pour agir devant des situations nouvelles. Ce déficit d'adaptation peut se retrouver dans beaucoup de domaines actuellement. C'est souvent ce qui manque à l'enfant mais c'est également une difficulté pour certains adultes. Par une éducation comme nous le proposons ici, l'enfant sera créatif et ne sera pas passif devant des connaissances qu'on cherchera à lui imposer: il va même les devancer. Enfin il s'agit d'une dynamique où l'enfant est créateur de son mouvement, de ses pôles d'intérêt; il ne va pas attendre qu'on lui apprenne le bon mouvement mais au contraire va explorer le monde environnant soutenu et aidé par les adultes qui l'entourent. Enfin ce livre concerne tout autant les enfants handicapés, pour qui cet éveil corporel et musical peut enrichir leur expérience vécue, plus encore que pour les enfants dits "ordinaires". Pour les enfants handicapés moteurs, selon leurs possibilités psychomotrices et de déplacement cet éveil pourra être l'amorce d'actions intentionnelles mettant en jeu l'ensemble du système nerveux central. Pour les handicapés mentaux, cet éveil ciblant l'expérience préconceptuelle ainsi qu'une une expression non-verbale, va également permettre une ouverture sur des possibles. Pour tous les enfants handicapés, cet éveil peut leur permettre de se développer tant sur le plan opératoire que sur le plan énergétique, sur le plan des mouvements praxiques, expressifs et artistiques.

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