Conversations sur le sexisme

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Les femmes sont encore victimes de préjugés, de stéréotypes, d'inégalités qui limitent leurs vies professionnelles, familiales et sociales. L'heure demeure au développement d'une éducation à l'égalité filles-garçons, à la révision d'attitudes et de discriminations sexistes. Ces conversations en famille, en classe entre élèves sont des invitations éducatives à des discussions pédagogiques qui visent plus amplement une éducation à la citoyenneté, copartagée par les coéducateurs que sont les enseignants et les parents. Conversons-en.
Publié le : jeudi 1 avril 2010
Lecture(s) : 92
EAN13 : 9782296224216
Nombre de pages : 219
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« La femme a toujoursété,sinon l'esclave de
l'homme, dumoins savassale;lesdeux sexesnesesont
jamaispartagé le mondeàégalité;etaujourd'hui
encore,bienquesa conditionsoitentrain d'évoluer, la
femme estlourdementhandicapée. »

Simone deBeauvoir

«Parleursoffresetleurs sollicitations, lesparents
encouragent les attitudes et comportements qu’ils
jugent appropriés au sexe de leur nourrisson. L’enfant
répond danslesens souhaité.Etilapprendàse
positionnerde façon interactive entantque personnequi
participeàsapropre élaboration.Comment s’étonner
alors de l’intériorisation des conduites sexuées. »

FrançoiseHéritier

PhilippeClauzardapublié en2002 :
Conversations sur l’homophobie,
l’éducation comme rempart contre l’exclusion.
CollectionSexualitéHumaine.
L’Harmattan.

À monPaperino.

À CHW.

Auxfemmesque j'aiconnues.
Età celles que j'auraisaiméconnaître...

Avecmes remerciementsàtousceuxqui
ontcontribué, d’une manière ou d’une autre, au développement
de mapensée etdecetouvrage...

AVANT-PROPOS
______________________________________________

L’ordre moral, le pseudo ordre des choses, les séculaires
stéréotypesordonnantdes comportementsdiscriminantsont
légitimé l’ordre établi dans une division des sexes, une
hiérarchisation entre femmeset hommes,en
faveurdecesderniers.Lerecoursàune vision d’une nature du
mondesignifiant que «ça atoujoursétécommeça,quecelaseratoujours
ainsi »,quiaffirme «quecelane peutêtreautrement», est un
allié puissantpour soumettre un groupe d’individus à la loi
d’un autre groupe se proclamant supérieur au moyen de
multiplesartifices.Lafemme estdite plusdouce,
effacée,soumise et passive. Elle est frivole et préoccupée par l’apparence
deschoses.Elle est lamère qui élève etnourritlesenfants.
L’homme est plusagressif, plusdur.Il est un prédateur.Il est
responsable. Ces stéréotypes affirment qu’au monde
masculinquise projette vers l'extérieur s’oppose celui de la femme
quivitdans l’ombre du foyer. On le voit, des idées toutes
faites,sousde pseudoqualitésnaturelles,
enfermentlesindividusdansleurscaractéristiquesetleurs rôles respectifs.Cela
accroîtl'emprise des uns surlesautresavecdes théoriesde
complémentaritéquiveulent que lasoi-disantforce et virilité
de l'homme protège laprétendue fragilité desfemmes.

Àlasuite des travauxdeJohnStuartMillqui envisageait
l’inégalité des sexes comme
uneconstructionsociale,Margaret Mead redonne à penser la part d’acquis dans les
différences sexuelles.Ellesouligneunevariabilité
descaractéris

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tiques sexuelles selon lesoriginesculturelles,avec sesétudes
ethnologiques surlespeupladesdes Arapesh, des
Mundugumoretdes Chambulis.Ainsi,cette dernière
populationrenverse les rôles tels que
nouslesobservonsdansnospaysoccidentaux.LesChambulis, décritspar Mead, forment une
communauté où bon nombre des caractéristiquesféminines
etmasculines sontinverséesd’après nos
stéréotypestraditionnels.Onvoitdesfemmesfières, fortesetdéterminées,
arborant uncrânerasé.Leur sexualité estjugée
pluspulsionnelle etdébordantequechezleshommes.Ellespossèdentle
pouvoiréconomique
devantdesmâlesfinancièrementdépendants,chamailleurs, geignards.Ceshommesprésentent
desmanièresplutôtfrivoles.Ils sontfortpréoccupésparleurs
apparencesetleurshabillementsornésde diversbijoux.Les
travauxdeJohnStuartMill etMargaretMead montrentbien
unerépartitionsociale des rôlesetdes
tempéramentsdifférentspourchacun des sexes selon leslatitudes.Il existe
diversesacceptionsdumasculin etduféminin.Rien n'estdonc
figé oudéterminésinon par unevolonté de domination
masculineque le mouvementdesfemmescombatdepuisplus40
ans avec de notables avancés comme l’avortement ou la
parité.Maiscelanesuffitpas, desinégalitésouinjustices
subsistent:dansle domaine professionnel (quantaux carrières,aux
rémunérations,auxresponsabilités,auxemploispartielsnon
choisis,auchômage plusimportant),auniveaude
laviequotidienne (oùla charge domestique incombequasi entièrement
àlafemme), en matièrepolitique (où la compétence d’une
femme n’est jamais une chose acquise). N’oublions pas non
plus que danslasphère privée, laviolenceconjugale etla
soumission féminine existent toujours.Leschiffresde
laviolenceconjugale enFrance demeurentlargementalarmants:
«Tous les troisjours,une femme meurt,victime deviolence
conjugale» (novembre 2006).

Ailleurs,plus de la moitié de l’humanité est plongée dans
lasouffrance.Lasouffrance de lapauvreté, de lamauvaise
nutrition, de la maladie, de l’illettrisme. Et en première ligne
souffrentlesfemmes,toujourslespremièresàployer sousles
douleursenraison dumépris que leurportentmaintes
sociétés. Du peu de cas qu’on fait de ces personnes frappées
d’infériorité et d’invisibilité.

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Chez nous enEurope etenFrance plusparticulièrement,
lesloisaméliorentleschoses, maisnesontpas suffisantesà
elles seules,si ellesnesontpasaccompagnéesde dispositifs
éducatifsadéquats.Desprogrammesplusnombreuxetdiver-
sifiésdoiventéveillerles consciences, provoquerdes
réflexions,renverserdes repères sexistes qui netiennent que
par des siècles d’obscurantisme.

Lesespritsontévolué.Toutefois, lalongue marchevers
une normalisation et une égalisation des relations
hommes/femmes n’a pas atteint son terme. Il conviendra un
jour d’admettre que les garçons peuventpleureretlesfilles
faire preuve de force etde
détermination.Ilconvientdetravailler cette problématiqueàla racine des stéréotypes qui
sont l’humus des discriminations sexistes. Il convient de
sortir de l’idée sociétale, prégnante et blessante,quiréduitle
fémininàla soumission etdocilité etle
masculinàladomination et violence. Aucun des sexes n’a à gagner de ces
clichésetdece fonctionnementdesgenres.Aucune deces
qualités n’appartient à l’un des sexes, mais à des êtres humains,
desindividus qui mêlentforce etfragilité, hésitation
etdétermination, extériorité etintériorité.Les unesnesontpasles
gardiennesdufoyeretles autresneseréduisentpas àdes
aventuriersdes villesetdes champs.Nesont-ils pas l’unet
l’autre? Peut-on imaginer un mondequise débarrasse des
catégoriesde genreàla source deshiérarchisations sexistes ?
Peut-onadmettreun monde habité pardespersonnesoùle
genre n'apas valeurde discrimination?

Cetouvragecomprendquatre parties.Lesdeuxpremières
sontdes conversationsfictives :d’abordfamilialesentreun
père et safille(d’une dizaine d’années)et scolaires(avecdes
élèvesd’unequinzaine d’années).Uneconversationréelle
enregistrée encourspréparatoiresouligne, entroisième
partie, lerapport spontané desélèves àlalangueainsique la
problématique du sexismeappliquéeàlalangue française.La
quatrième etdernière partie présentequelques
conseilséducatifsetdémarches pédagogiques, ainsi
qu’unesélectionbibliographique.
N'oublionspasnotre légendaire enseignante de
notrecollectionqui évoque, entre les chapitres, lesexisme
etlesdis

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criminations sexistes avec samaladresse habituelle, mais
touchante,terriblementhumaine.
Cetouvrage pédagogique estdestinéauxfamilleset aux
enseignants.Il peutparaître «répétitif »ou«spiralaire »:
cela correspond, nous semble-t-il,à l’art de la pédagogie
constitué dereformulationsetde multiples cheminspour
tenterdetoutdire et toutfairecomprendre.Celadit,toutes
les questions sexistesne peuventêtreabordéesde manière
exhaustive dansleslimitesdecetécrit.Ces conversations
sont un prétexte stylistique qu’il faut concevoir comme des
amorces àdesdiscussionsfamilialesou scolaires.

La promotion de l’égalité entre les filles et les garçons, les
femmes et les hommes, s’inscrit désormais dans le cadre de
politiques tanteuropéennes que nationales.C’est ainsi que la
Convention interministérielle de février2007 établit une
politique globale d’égalité des chances entre les filles et les
garçonsde l’enseignement préélémentaire à l’enseignement
supérieur. Elle vise à l’amélioration de l’orientation scolaire et
professionnelle des filles ainsi qu’à promouvoir une
éducation fondéesurlerespectmutuel desfillesetdesgarçons au
moyen d’une réflexion sur les stéréotypes concernant les
rôles sexués.Elle inviteaudéveloppementdeconduitesnon
sexistes.Lesparentsetlesenseignant-e-s sontaussi
encouragésàréfléchiraveclesenfantsàleurs représentations surles
femmesetleshommesde manièreà ceque lesfillesetles
garçonsnesoientplusassignésàdes rôles sociaux, mais
puissentconstruire librementleursparcoursdevie, leurs
chemins d’existence.

Nousdédionsce livreauxmilliersdeviesdétruitespar
une domination masculine institutionnalisée,une persécution
honteuse perpétréeaunom d'un dogme oud'unetradition, le
meurtre de ladignité féminine,voire de lafemme insoumise.
Des tragédieslointaines, mais aussi prochesdecheznous.
Espérons quecetouvragerésonnecommeuncri,unealarme,
un vœu éducatif.Uneamorceàdesconversationsfamiliales
et scolaires.

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SCENE 1–MAÎTRESSE, POURQUOI ON N’A
PAS DE JOURNÉEDE L’HOMME?
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Vous vous souvenez deMademoiselleDruche,
notrecélèbre maîtressequi nerechignaitpasà affronter sesélèves
lors de leçons d’éducation civique.Ce n’est pas qu’elle nous
donnaitlibrementlaparole, maismoi,Jérôme je laprenais
très spontanément.C’est normal, deschosesde lavie me
remuaient pas mal l’estomac à l’époque.Après
quelqueshésitations, son intervention sur les questions de l’orientation
amoureuse avait été formidable. Depuis lors, je l’avais suivi
avec plaisir d’année en année, de cours en cours, même si
sesmaladressesdevenaientlégendaires.Ce matin-là, c’était
lajournée du8 mars,donclajournée de lafemme.Elle
entamasaleçonavecsescélèbres questionsàla cantonade:
«Dites-moiles enfants, à votre avis, c’est quoi le
sexisme?».Kévinrépondit:«C’est comme fascisme,
charisme, le sexisme, m’tresse!». Un brouhaha s’éleva entre les
quatre mursde la classe:«Tudisn'importequoiKevin ! »
Commeàson habitudeMademoiselleDruchese grattale
boutdeson nez,sonvisageserefermadans une profonde
réflexion, enfin jecrois.Elle prit sonsouffle etlança :«Il
n'apascomplètement tort, ilassociecertainsmotsqui le
méritent, d'autresnon.Maisil ne définitpasle mot sexisme. »
Elleajouta :«Cela étant c’est une forme de fascisme à
l’encontre des femmes. Une dictature contre les femmes.»
Karine s’étonna:«Ahbon,vousêtescertaine,quand même
vousallez un peuloin.Ce n’est quand même pas Hitler! »
Mademoiselle Druche s’impatienta un peu. Jessica affirma,

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péremptoire commeàson habitude:«Detoute manière,
c'estpas un motpournous. »Notre enseignanterétorqua :
«Pourquoi dis-tucela?» «Parcequ'ilyale mot sexe.C'est
pas untrucpourlesenfantsça.
»MademoiselleDrucheconfirma :«Oui,tues surlapiste.Celaimplique effectivement
lesexe.Maiscelan'estpascequetupenses.
»Jessicarépondit:«Ben,alorsc'est un motcompliqué. »Notre
maîtressel’écrivit au tableau en expliquant que c’était un mot
compliqué pourdireunechosetoutesimple, mais qui n'est
pasnormale.C'est une inégalité entre lesgarçonsetles
filles, lesquellesne possèdentpaslesmêmeschances que les
garçonspour réussirleur vie.Certainsconsidèrentmême
que lesgarçons sont supérieursauxfilles.Un
nouveaubrouhahaenvahitalorsnotreclassequitanguasouslesexclama-
tionsde mescamarades.Jeregardaislascène,amusé:
«Bah,c'est vrai, maîtresse,c'estpaspareil lesgarçonsetles
filles. ».Uneautrecamarade s’exclama:«Ah,ben,çanon!
Un garçonc'estpasmieux que moi.»Puis sonvoisin:
«Qu'est-cequetu racontes,c'estpas vrai.Jecoursplus vite
quetoi etjetape plusfort surleballon. »Etlavoisine du
voisin:«Bonçava,champion !Peut-être que t’es le plus
fortauballon, maismoi, jesuismeilleurequetoi en
gymnastique.» Puis le voisin de la voisine du voisin de l’autre bout
de la classe s’exclama:«Normal, lagymnastique,c'estpour
lesfilles,comme le patinageartistique. »Jessica, dont
l’intelligence lumineuse étonna Jérôme rétorqua:«Ben,
non,tudisn'importequoi !Ilyadesmessieurs qui fontaussi
de lagymnastique oudupatinageartistique.On les voitàla
télé. »
MademoiselleDrucherepritlamain:«Justement, on
observequevosavisdivergent.Ilsnevontpasdansle même
sens.Écoutez.Garçonsetfillespeuventpourtantparticiper
aumêmesport, ne pensez-vouspas ?Ilspeuventaussibien
réussiren patinageartistiquequ'aufootball. »Kévinaffirma
avec conviction:«Oui maîtresse, etmême,
onadeschampionnesdetennis,commeAmélieMauresmo. »Sonvoisinse
crutmalin d’ajouter:«Maisc'est une lesbienne.
»Mademoiselle Druche fut contrainte d’intervenir:«BonCédric,
là, jecrois quetumélanges tout.Lasexualité despersonnes
etlesexe despersonnes.Maisony
reviendra,surcetteques

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tion.Pourl'instant, on nevapasparlerd'homosexualité
féminine, maisjuste desfemmes. »
–Lesfilles travaillent bienàl'école, maisellesn'ontpas
toujours unbon métier.
–Ben, parcequ'ellespeuventpas.
–Parceque, parceque...Ellesdoivent
s'occuperdesenfants.
Mademoiselle Druche s’impatienta.Était-elleun
peuféministesurlesbords, pensa Jérôme.Ellereprit:«Celaest
une penséeassezconventionnelle.
»Toujourslamêmebécasse deJessicademanda
:«Çaveutdirequoiconventionnelle, maîtresse?»Prenant soncourageàdeuxmains, la
craie,coincée entre l’index et le majeur, prête à s’effriter,
notre maîtresse explicita :«Çasignifiequeçavadansle
sensdesconventions, des traditions.C'est quelquechoseque
l'onconsidèrecomme normal.C'estdanslanorme. »
–Mais, maîtresse, les hommes, aussi, doivent s’occuper
des enfants. J’ai entendu parler des nouveaux pères.
–Oh oui, ilsdoivent toutpartagerm’a dit maman, tous
les travauxde lamaison, etlescommissions.
–Ellesontaussi droità avoirleurspropresopinions.
Elles sont libres de faire leurs propres choix, c’est pas au
mari decommander.
–Normal, t’as pas de papa.
–Oui, mesparents sontdivorcés.
MademoiselleDrucherépliqua, plus que
légèrementagacée:«Et alors, cela ne change rien. Divorce ou pas. Il s’agit
d’évoquer le rapport entre les hommes et les femmes, que ce
soit dans la famille ou dans l’espace public. Et revenonsà
ces relationsentre leshommesetlesfemmes
quisontparticulières, parfoisproblématiques. »Kevin ne loupapasnotre
chère maîtresse, il fautdireque levilain garnement que je
suis, luiavaitpassé le mot, etcruchecomme il est, il posa
sanshésiterlaquestion:«Et vous, maîtresse,vousavezdes
relations quivousposentdesproblèmesavecleshommes ?»
MademoiselleDruche devint rouge.Ellesetournaversla
fenêtre comme pour regarder l’étendue de sa vie. Puis, elle

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fit uneremarquetrès surprenante, inattendue:«Est-ceque
jete demande mon petitKevin,situasdesproblèmesavec
lesfillesàlarécré,quandvous vousdisputez vos territoires
de jeux.Bon maintenant,arrêtez toutça.Revenonsàlaleçon
que jevousai préparée.Regardezles quelquesillustrations
quisontparuesdanslapresse.Regardezcesours.Dites-moi,
lorsque vous voyez un ours vêtu d’un tablier, à qui
pensezvous ?Àune maman oursoubienàun papaours ?»Jessica
répondit:«Àune maman. »Lamaîtresse lui demandadese
justifier:«C’est pas certain,
pourquoitudisça?»Maprétendue fiancéerépondit:«Parceque lamaman oursmet un
tablier quand elle faitla cuisine. »Mademoisellereprit:
«Ahbon?C’esttoujours tamamanqui faitla
cuisine?Jamais ton papa?»Les réponsesétaient tristementévidentes
et tristement, je ne sais pas pourquoi, je m’endormis.
MademoiselleDruche me houspilla.Tristement somnolent, je lui
demandai:«Maîtresse, pourquoi, on n’a pas de journée de
l’homme?Çamanquetristement.Si deshommespensentdu
mal des femmes, il n’y a pas de raison, tristement, qu’à
l’inverse…»Moncommentairesonna commeunetriste
provocation.

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Pouvez-vous résumercettescène?
Que pensez-vous de l’attitude de Jérôme et de la
réaction de l’enseignante?
Que pensez-vousdesproposdesautresélèves ?
Queretenez-vouscomme définition du sexisme?
Quellesuite donneriez-vousà cescénario?Rejouez-le.

CONVERSATIONS EN FAMILLE
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–Dis-moiPapa, pourquoi parle-t-on d'égalité deshommeset
desfemmes ?
–Tout simplementparceque leshommeset les femmes ne
sont pas, dans notresociété,traitésde manière égale.
–C'estmochecela.Pourtant, je m'ensuispas rendu compte
àl'école.
–Vraisemblablement parceque tamaîtresseveilleà ceque
garçonsetfilles soient sur un pied d'égalité.
–Ben,c'estnormal.
–Ce n'estpaslanorme pourtous.Dans laviequotidienne,
lescomportements toutcomme lesidées qu'ontlesgens
sontporteursd'inégalités.Àl'école,autravail, oumême
en famille, les stéréotypes surchacun des sexesontlavie
dure.
–C'est quoiunstéréotype ?
– C’estune manière de voir les chosessans nuances, sans
singularités.C’est attribuer des caractéristiques aux gens,
une image générale à toutes les personnes d’unmême
groupe.C’est souvent très réducteur.Cen’est pas réfléchi.
–Et...

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C'est synonyme de cliché, de lieu commun en langage plus
courant. On dit des choses qu’on se répète depuis la nuit
des temps, depuis, parfoison nesait même plusquand.Ni
où,comment.
Etquellesidéesdit-on surlesfemmes ?
On dit que lesfemmes sontinférieuresauxhommes.On
lesconsidèreainsi depuisdesmillénaires.
Etonsaitpourquoi?
Disons qu'on n'enconnaîtpas l'origine exacte, decette
dévalorisation.Maisbeaucoup dechercheurs avancent des
hypothèses.
Des hypothèses ?
Oui des hypothèses qui expliquent descomportements
sexistes.
Sexiste,c'estquoi?
C'est justement dévaloriserlesfemmes.Penser que lesexe
masculinvaut plusque lesexe féminin en mainteschoses.
Etalors, leshypothèses...
Des ethnologues, des sociologues, des théologiens, des
historiens
apportentdesélémentsderéponsesurlesoriginesde ladévalorisation desfemmes.Chaqueréponse
renvoieauxconnaissancesparticulièresdecesdisciplines.
C’est compliqué tout ça. Ils finissent par s’entendre…
Sur une idée de dévalorisationconstante duféminin, oui.
Des textesbibliquesfontnaître lafemme de lahanche de
l'hommeAdam.Des ethnologues ont
observéquecertaines sociétés primitivesconsidéraient les femmes
comme des êtresimpursdufaitde
leurspertesdesangrégulières.
Despertesdesang,tudis...
Lorsque lesfemmesontleurs règles, elles sontlesiège du
« mystère du sang ».Elles sontconsidéréescomme
impuresau sens traditionnel.Elles sont l’objetd’interdits qui
visentàrestreindre leur rôlesocial.





Ah bon ?Est-ce qu’on les enferme?
EnAfrique, lesfemmes qui perdent leur sangsont souvent
confinéesau fond de leurshuttes ou dans une maison
spécialementconstruite pourelles. Elles n’ont pas le droit de
toucherauxobjets,aux ustensiles ouauxaliments
habituels, voire de procéderauxtâches ordinaireset de
fréquenterdeslieuxpublics.
On m'aditenclasseque le premierhommesurTerre était
une femme.
Absolument.Elles'appelaitLucy.
C'estrigoloça,que de penser que le
premierhommes'appelleLucy.On parle toujoursdeshommespréhistoriques.
C'est juste.On parle deshommeset pourtantilyavaitdes
femmespréhistoriques.C'est en 1974que fut découvert un
squelettevieuxde3millionsd'années enÉthiopie.Les
études révélèrent quec'était une jeune
filleaustralopithèque de 30ans, mesurant un
mètrevingt.NomméeLucy, elle estconsidéréeàl'époquecomme l'ancêtre de
l'humanité.
C'était commentla vie des femmes préhistoriquesavec
leurshommes ?
Ben, disons, euh,que lamanière de présenterles relations
entre l'homme etlafemme préhistoriquesest simplifiée.
On pourrait même direqu’elle estsimpliste.Cequi peut
secomprendre:nousmanquonsforcément de documents,
de témoignages surleurs vies respectives et leurs rapports.
On dit quoi desimplistesureux ?
On présenteun homme fortetmuscléavecun gourdinàla
main partantàla chasse.Il lui incombe de nourrir
safamille.On montreune femmequi estfaible etcraintive.
Elles'occupe desesenfants qu'elle élèveàl'abri dans une
grotte.C'estainsiqu'on peutles voir représentés dans des
illustrationsd'encyclopédies pourenfants.
Çane me semble pas faux.
Disons quecela correspondàdes
clichés.Quelqueshistoriens y voient une origine dans une distribution des tâches

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selon des contraintesmorphologiquesfavorablesaux
hommes.La chasse exigeune force physique;non pasla
cueillette.Etl’ons'enorgueillit davantage de la chasseque
de la cueillette.Le problème est là.
Oui, maisc'est finicela...
Tuas raison,c'étaitlapréhistoire.De nousjours, l'égalité
des hommes et des femmes est un droit reconnu.C'est un
principe indiscutable.Les représentations ont évolué…Ou
presque.
Tudisais«cliché ».C'estquoices clichés ?
Jel’aidéjàévoqué.Cesont des idées toutes faites.Par
exemple:penser que lafemme est faible et
l'hommevigoureux.Et qu'envertudece principe, pourl’une, les
tâches sontplusfaciles, lesplusdifficilesétant réservéesà
l’autre.Or, il n'en estrien.
Ahbon? Doncpendant lapréhistoire, lesfemmes…
Des scientifiquespensent que les relationsentre les sexes,
pendantlapréhistoire, étaientpluscoopératives qu'on ne
le dit.Leurs relations étaientbasées, faceàladureté des
conditions de vie, plutôt surl'entraide etlasolidaritéque
les rapportsde force.Ilsdevaientaffronter un monde
extérieurfaitd'animauxdangereux,se prémunir contre le froid
etladisette, parexemple,
lorsdecesdurespériodespréhistoriques quivirentdesglaciationsetde nombreux
revirementsclimatiques.
Jevoisça.Ilsdevaientpluscoopérer ques'opposer.
Ilsembleainsique lesfemmesdupaléolithique inférieur
sechargeaient du dépeçage et dutransportdesanimaux
tuésparlesgrandsfélins.Et qu'au Paléolithique supérieur,
elles ramassaient desbaies et des racinesafin d'assurerla
nourriture duclan lesjoursdechasse infructueuse.
C'étaitdes femmestravailleuses.
Assurément.Il ne pouvaiten
êtreautrement.Ellesgrattaientlespeaux, fabriquaientdesoutils.Ellesontmême
peut-être inventé letissage en fibrevégétale etlapoterie.
Crois-tuqu'elles ontaussi peint surlesmursdesgrottes ?





Peut-être.Nousnesommespascertains.Cependant,une
étuderécente
démontrequecertainesmainspeintesaupochoirétaientdesmainsde femmes.C’est étonnant, non?
Onatantparlé desgrottespréhistoriquesdes seuls
hommesdeLascaux.
Commentpeut-onsavoircela?
Ce n'est pascompliqué.Ona remarquéque l'indexet
l'annulairesont de lamême longueur.Or celan'est pas lecas
pourdesmainsmasculines.Donc,cesont des mains de
femmes.
Trop fort!Lesfemmespouvaientdonctoutfaire.Elles
étaientlibres.
Vraisemblablementplus quecelles quivécurent quelques
milliersd'années plus tard.
Maispourquoi leschosesont-ellesainsi évolué ?Dis-moi.
Pendant des millénaires, leshommesont eu lePouvoir.Ils
avaient le droit derégner surle pays, les affaires,
lesinstitutions, lafamille.Pas les femmes.
Mais pourquoi? C'est tellement injuste.
Oui mafille.Bienaprèslapréhistoire, des
textesontconsacré l'hommecommeun êtresupérieur.Dansd'autres
contrées, lafemmeaétévictime de faussescroyances,car
elleaccouchaitd'enfant, pas les hommes.
Y'aquelquechosequiclochait.Je ne vois pasquoi?
C’était enquelquesorte,une inégalité de fait.Est-ceque
les Anciens pouvaient jalouser les femmes d’enfanter ou
bientoutaucontraire en être épouvantés ?Est-ce qu’ils
observaientchezlesfemmes une puissancesupérieure:la
grâce d’enfanter dont il fallait se
protégerparlarépression?Sont-ce des spéculations, de
lapsychologieàlapetitesemaine?Je nesaispas, je nesuispasbien
documentésurcesujetprécis.Mais,assurément,uneréponse
économique s’impose.Ellesdevinrent une forme devaleur
marchande entre
lesclansetlesfamilles,carellesassuraientlalignée, ladescendance.En mêmetemps, des
textesbibliquesl'infériorisaient.

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