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Devenir acteurs d'un projet éducatif

De
458 pages
Cet ouvrage relate l'histoire de l'Institut universitaire de formation pour l'enseignement et l'encadrement (IUFE) de Beyrouth. Après la période de guerre de 1975 à 1990, les écoles chrétiennes ont entamé un travail d'adaptation du sytème éducatif et de professionnalisation. L'Université Saint-Joseph et les responsables catholiques libanais ont alors engagé un projet de formation pour les enseignants et les chefs d'établissement.
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Devenir acteurs d’un projet éducatif



















































Henri Awit Edouard Bruel




Devenir acteurs d’un projet éducatif


Les enjeux d’une formation du personnel
des établissements scolaires au Liban



Préface de Sélim Abou


















Illustrations de couverture

Dessin : Animation de groupe, Mansour El Habre, Liban, 2012.
Photographie : École primaire à Beit-Chabab (Mont-Liban), 1880,
Collection privée de M. et Mme Farah Bejjani.





































© Publications de l’Université Saint-Joseph, 2012
ISBN Liban : 9953-455-24-4
© L'Harmattan, 2012
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-56964-5
EAN : 9782296569645 À Gisèle et Annie
pour avoir soutenu et accompagné

la réalisation de l’œuvre de l’IUFE
et la rédaction de cet ouvrage
LES AUTEURS

Henri Awit, professeur de lettres modernes et de
traduction à l’Institut de lettres orientales de
l’Université Saint-Joseph de Beyrouth depuis 1977,
fut Directeur des services académiques et Secrétaire
général de cette Université de 1982 à 2008. Il occupe
actuellement le poste de Vice-recteur aux affaires
académiques. Il fut le directeur fondateur de l’Institut
universitaire de formation pour l’enseignement et
l’encadrement de 1997 à 2005 et le premier Doyen de
la Faculté des sciences de l’éducation de 2001 à 2004.
Membre de la Commission des équivalences du
Ministère libanais de l’éducation et de l’enseignement
supérieur depuis 1980, et son rapporteur
depuis 1993.
Membre de la Haute Commission consultative du Centre national de la recherche et
de développement pédagogique depuis 1996, du Conseil consultatif de la Fondation
de la Pensée arabe depuis 2005 et rapporteur général de l’assemblée de l’Association
des universités arabes depuis 2002. Président de la Commission nationale libanaise
pour l’Unesco depuis 2008.
Henri Awit participe et intervient régulièrement à des conférences, séminaires et
colloques nationaux, régionaux et internationaux, sur des thématiques intéressant
l’éducation et l’enseignement supérieur.

Edouard Bruel, sociologue de l’éducation, est de
cette génération qui a connu en France tous les
niveaux d’engagement et de responsabilité dans
l’Enseignement catholique et qui a contribué à
l’évolution de cette institution. D’abord instituteur, il
devient professeur de lettres, puis chef
d’établissement d’un collège à Orléans. Il s’oriente
ensuite vers les sciences de l’éducation et la
formation en prenant pendant un temps des
responsabilités institutionnelles.
Directeur de L’IPEC Centre, Institut de formation
initiale des enseignants du secondaire, à Tours, en
1978. Directeur diocésain de l’Indre-et-Loire de
1982 à 1989.
Président de l’ANIFEC, (Association nationale des instituts de formation de
l’Enseignement catholique) de 1982 à 1989. Membre du Comité national de
l’Enseignement Catholique, dont il fut le Vice-président de 1986 à 1989.
Formateur à l’ISPEC, d’abord chargé de la formation des conseillers pédagogiques,
puis responsable de plusieurs missions extérieures importantes dont celles au Liban
pour l’IUFE.

PUBLICATIONS DES AUTEURS
Henri Awit publie aussi bien en arabe qu’en français. Il est l’auteur de
plusieurs articles et a collaboré à de nombreux ouvrages collectifs. En sont
ici indiqués quelques-uns parmi ceux qui se rapportent aux domaines de
l’enseignement et de l’éducation.
- La législation et les enseignants, “Travaux et jours” Revue de l’USJ, n° 43,
avril-juin 1972, p. 101-103.
- Crise de l’enseignement supérieur : problèmes actuels et perspectives
d’avenir, Les conférences de l’ALDEC, Liban : la crise, Publications de
l’Université Saint-Joseph, Beyrouth, Liban, 1988, p. 25-40.
- L’octroi d’autorisations aux établissements privés d’enseignement
supérieur au Liban, “L’Enseignement supérieur au Liban”, Publications de
l’Association libanaise des sciences de l’éducation, Beyrouth, Liban, 1997,
p. 95-166.
- Les enjeux d’une éducation humaniste chrétienne, Un nouvel humanisme
pour le troisième millénaire, Actes du colloque international organisé par le
Conseil pontifical de la culture et le Centre catholique international pour
l’Unesco, Paris, 1999, p. 48-75.
- Les équations de l’État libanais dans la formation de la Commission des
équivalences, “L’État et l’enseignement au Liban”, Publications de
l’Association libanaise des sciences de l’éducation, Beyrouth, Liban, 1999,
p. 267-303.
- Michel Allard s.j. : un islamologue français, “Travaux et jours” Revue de
l’USJ, n° 68, automne 2001, p. 39-53.
- La question des langues à l’Université Saint-Joseph, “Travaux et jours”
revue de l’USJ, n° 79, automne 2007, p. 161-179.
- Les risques de l’université, les risques à l’université (direction), Actes du
èmeXII colloque du Groupement international des secrétaires généraux des
universités francophones (GISGUF), Publications de l’Université Saint-
Joseph, Beyrouth, Liban, 2001.
- DUCRUET, Jean, AWIT, Henri, L’Université Saint-Joseph et ses
institutions (1875-2002), Publications de l’Université Saint-Joseph,
Beyrouth, Liban, 2006.


Edouard Bruel a publié plusieurs articles dans diverses revues et des essais,
dans le domaine de l’éducation.
Réussir à l’école : questions sur la réussite scolaire, Article dans
Enseignement catholique Documents, n° 127, Paris.
Sécularisation de l’Enseignement catholique et permanence de son
caractère propre. Mémoire de D.E.A. en Sciences de l’Education,
Université Lumière / Lyon II, 1991.
Violence à l’école, violence de l’école, Article dans le Dossier de la
commission nationale de Pédagogie de l’Enseignement catholique, Paris.
1996.
L’Animation institutionnelle, dir. Edouard Bruel. Actes du Séminaire d’été
de l’ISPEC, Angers, 1996,
Faire son travail ou exercer un métier ? Article dans les Cahiers –
Projecture n° 41, UNAPEC, Paris, 1998.
La religion dans la société moderne ou Dieu dans les gratte-ciel,
Publications de l’ISPEC, Angers, 1998.
Travailler ensemble dans un établissement scolaire, Dossier de recherche
UNAPEC, Paris, Publications de l’ISPEC, Angers, 1999.
La diversité culturelle et l’unité de l’Humanité. Article dans le Bulletin de
L’ANAFEC, Paris, 2007
LE BOUËDEC, Guy, BRUEL, Edouard, NIGET, André, Qui doit former les
cadres de l’Enseignement catholique, le défi de l’ISPEC, L’HARMATTAN,
col. DEFI-FORMATION, Paris, 2011.


SOMMAIRE
PRÉFACE p. 13
AVANT-PROPOS p. 15
LIVRE I
NAISSANCE DE L'IUFE
PREMIÈRES RÉALISATIONS
PREMIÈRE PARTIE
ÉLABORATION DU PROJET
Chapitre 1. PORTRAIT D’UN INSTITUT p. 25
Chapitre 2. LE PROJET DE L'IUFE DANS SON CONTEXTE p. 39
DEUXIÈME PARTIE
LA FORMATION DES ENSEIGNANTS
MISE EN PLACE D'UN CURSUS CAPES
Chapitre 1. UN INSTITUT POUR LA FORMATION
DES ENSEIGNANTS p. 57
Chapitre 2. BILAN, ENJEUX ET PERSECTIVES p. 81
LIVRE II
LA FORMATION DES CHEFS D'ÉTABLISSEMENT
ET DES RESPONSABLES DE CYCLES
PRÈMIÈRE PARTIE
LE CURSUS DE FORMATION
POUR LE CERTIFICAT D'APTITUDE À
L'ADMINISTRATION SCOLAIRE
Chapitre 1. LES MISSIONS PRÉPARATOIRES p. 101
Chapitre 2. LA CONCRÉTISATION DU PROJET p. 123
I. Historique de la formation p. 124
II. Organisation de la formation p. 130
III. Programmation de la formation p. 138
DEUXIÈME PARTIE
LA RÉALISATION DE LA FORMATION
Chapitre 1. LE CYCLE DE FORMATION POUR LES FONCTIONS
DE RESPONSABLE p. 147
Première session. Le lancement de la formation.
La fonction de cadre dans une société et un système éducatif p. 147
Deuxième session. Les relations interpersonnelles,
L’animation de groupe et l’organisation du travail p. 153
Troisième session. L’animation pédagogique. Le chef d'établissement
responsable de la qualité des apprentissages et de l’éducation p. 159
Quatrième session. La présentation des travaux personnels
L’engagement dans une démarche de projet p. 166
11 Chapitre 2. LA FORMATION SPÉCIFIQUE
POUR LES CHEFS D’ÉTABLISSEMENT p. 173
Cinquième session. La fonction de chef d'établissement
Le chef d’établissement gestionnaire p. 174
Sixième session. Les référents des projets éducatifs
dans une société pluraliste
La maîtrise des nouvelles technologies p. 188
Septième session. Les différents aspects de la fonction
de chef d'établissement et son positionnement
dans un cadre légal et une institution p. 204
Huitième session. Présentation des dossiers professionnels
Bilan et exploitation de la formation p. 220
LIVRE III
LE VÉCU ET LES EFFETS DE LA FORMATION
PREMIÈRE PARTIE
L'ÉVALUATION DE LA FORMATION
PAR LES STAGIAIRES
Chap. 1. ÉVALUATION DU CYCLE COMMUN AUX RESPONSABLES
DE CYCLES ET AUX CHEFS D’ÉTABLISSEMENT p. 237
Chap. 2. ÉVALUATION DE LA FORMATION SPÉCIFIQUE
DES CHEFS D’ÉTABLISSEMENT p. 253
Chap. 3. PROPOS DE STAGIAIRES : ATELIERS D’EXPRESSION
ET D’ÉCRITURE SUR LE PARCOURS DE FORMATION p. 26 5
Chap. 4. QUE RESTE-T-IL DE LA FORMATION ?
LE REGARD DES ANCIENS p. 273
DEUXIÈME PARTIE
TÉMOIGNAGES ET CÉLÉBRATIONS
Chap. 1. L'AVENTURE DE L'IUFE VUE PAR
LES FORMATEURS DE L’ISPEC p. 29 1
Chap. 2. L'IUFE VU PAR LES ACTEURS DE LA FORMATION
AU LIBAN p. 347
Chap. 3. LA REMISE DES DIPLÔMES
À LA PREMIÈRE PROMOTION p. 361
ANNEXES
ANNEXES 1 - Les discours du Directeur de l'IUFE p. 382
ANNEXES 2 - L'organisation de la formation p. 398
ANNEXES 3 - Documents pour la formation p. 411
ANNEXES 4 - Les aspects institutionnels de la formation p. 418
ANNEXES 5 - Listes des participants p. 425 PRÉFACE
L'Université Saint-Joseph ne pouvait qu'accueillir favorablement la
proposition de travailler à la formation des enseignants, des responsables de
cycles et des chefs d'établissement, en partenariat avec le Secrétariat général
pour l'Enseignement catholique. Après tout, le Recteur de 1'Université
n'avait-il pas, à un moment donné, caressé l'idée de créer une École normale
supérieure privée, vouée à la formation pédagogique du personnel concerné
pour l'habiliter à fournir un service scolaire de qualité ? Mais pour plus d'une
raison, l'idée ne devait pas connaître de réalisation. La proposition du
Secrétariat pour l'Enseignement catholique se présentait dès lors comme un
projet alternatif.
Saisi du projet, le Conseil de 1'Université en a aussitôt approuvé les
objectifs; les doyens de facultés et les directeurs d'instituts se sont même
engagés à apporter la contribution de leurs enseignants dans diverses
disciplines. C'est ainsi qu'est né, en 1997, 1'Institut universitaire de
formation pour l'enseignement et l'encadrement (IUFE). D'un avis unanime,
il était nécessaire d'éviter, dans le nom de la nouvelle institution, la mention
des écoles catholiques, car, pour l'Université, la limitation à cette catégorie
d'établissements n'était qu'une étape, une expérience particulière qui devait
conduire à un projet plus global, celui d'une institution ouverte aux
ressortissants de toutes communautés et de toutes confessions. Ce projet
allait être réalisé en 2002 avec la création de la Faculté des sciences de
l'éducation.
Outre l'apport de l'Université, 1'IUFE a largement bénéficié de la
collaboration de l'ISPEC (Institut supérieur de promotion pédagogique et
professionnelle de 1'Enseignement catholique français), ainsi que de celle du
Service culturel de l'ambassade de France à Beyrouth. On peut même dire
que c'est la coopération avec l'ISPEC qui a permis la mise en œuvre du
projet. Il n'est que de lire, dans la deuxième partie de cet ouvrage (livre II), la
description minutieuse des sessions animées et des thèmes traités par les
intervenants français, pour se rendre compte de l'importance de leur apport.
Que les auteurs de l'ouvrage aient voulu consigner les divers aspects de cette
expérience pour en garder la mémoire est chose compréhensible. Leur souci
d'exhaustivité peut paraître, pour le lecteur ordinaire, quelque peu fastidieux,
mais il est de nature à satisfaire pleinement ceux qui, à un titre ou un autre,
ont participé à l'aventure de l'IUFE.
Le livre I est un document essentiellement historique, faisant état des étapes
préparatoires à la création et à la mise en chantier de l'institution. Il présente
ensuite la première réalisation de l'IUFE, le cursus de formation des
13 enseignants les conduisant au Certificat d'aptitude à l'enseignement
secondaire (CAPES).
Le livre II rend compte de la réalisation du cursus sanctionné par le
Certificat d'aptitude à l'administration scolaire, qui constitue l'œuvre majeure
de cet Institut. En présentant les sessions suivies par les responsables de
cycles et les chefs d'établissement, cette partie de l'ouvrage conduit le lecteur
au cœur d'un programme de formation comme bien peu de documents le
font. On y trouve le descriptif des modules et l'explicitation de la démarche
qui font l'originalité de ce projet. Ce livre II est une contribution d'une
grande valeur pour tous ceux qui s'intéressent à la qualification
professionnelle aux métiers de l'éducation et particulièrement aux fonctions
d'encadrement.
Le livre III, consacré à l'évaluation de l'expérience par les différents acteurs :
les stagiaires et les intervenants aussi, présente un intérêt incontestable. On
est frappé par le bouleversement vécu par celles et ceux qui ont suivi ces
sessions de formation : leurs réticences premières, l'abandon progressif de
leurs préjugés et de leurs habitudes acquises, la découverte de nouvelles
perspectives pédagogiques et leur propre transformation. Les intervenants
libanais témoignent de l'engagement des participants et de la pertinence du
programme. Quant aux intervenants français, ils se plaisent à parler de leur
découverte du milieu scolaire libanais et de sa complexité, de l'accueil
chaleureux qui leur fut réservé, de la réceptivité de leurs auditeurs et de leurs
échanges avec eux.
Le mérite des auteurs de cet ouvrage est évident. Rassembler et classer les
documents, décrire et analyser les sessions de formation, sélectionner les
évaluations et les témoignages des Libanais et des Français, voilà qui
demandait un courage et une obstination dignes d'admiration. L'expérience
de l'IUFE a été, à maints égards, un modèle pour la professionnalisation des
métiers de l'éducation et une base pour la Faculté des sciences de l'éducation
de l'Université Saint-Joseph. Puisse-t-elle inspirer d'autres initiatives dans le
domaine de la pédagogie scolaire.

Sélim Abou, s.j.
Recteur émérite de l’Université Saint-Joseph


AVANT-PROPOS

La publication de cet ouvrage consacré à l'Institut universitaire de formation
pour l'enseignement et l'encadrement (IUFE), peut surprendre. Pourquoi
accorder une telle importance à ce projet de formation qui, a priori, peut
ressembler à tant d'autres ? Il ne suffit pas de déclarer que ce fut une action
novatrice et pertinente. Nous devons d'entrée de jeu donner quelques
explications et dégager ce qui en fait une œuvre exceptionnelle.
On peut d'abord repérer ce fait original : les réalisations de l'IUFE ne sont
pas la production d'un institut en place, nous sommes dans une logique
inverse, c'est en correspondance à un besoin que cet institut a été créé. Cette
démarche fondatrice et cette procédure particulière valaient déjà la peine
d'être relevées.
Ainsi, dans un premier temps, avant de parler de l'IUFE il était nécessaire de
présenter le contexte libanais durant cette période où le système éducatif
s'interrogeait sur sa cohérence et son efficacité et était confronté à l'urgence
de son adaptation. On pourra constater que des besoins nouveaux se
manifestaient autant dans le domaine de la formation des enseignants que
dans celui du personnel d'encadrement, sans trouver de dispositifs appropriés
pour y répondre.
Compte tenu du rôle historique de l'Enseignement catholique, de la
permanence de ses services et de la qualité de ses apports pour l'éducation de
la jeunesse au Liban, compte tenu aussi des structures et des ressources dont
il disposait, il était bien placé pour se lancer dans un projet de réforme.
L'Université Saint-Joseph qui depuis plus d'un siècle était engagée dans la
formation des cadres et de l'élite du pays et qui a toujours été attentive à
contribuer au bien collectif, était prête aussi à participer à l'élaboration d'un
nouveau projet et avait naturellement vocation à le porter. Mais c'était une
tâche considérable et un défi risqué. Aussi le travail engagé et les résultats
obtenus valent-ils la peine qu'il en soit fait acte.
Cet ouvrage se propose, comme premier objectif, d'être la mémoire de la
contribution de l'Enseignement catholique et de l'Université Saint-Joseph de
Beyrouth à l'évolution et à la rénovation du système éducatif libanais, par
cette action de formation. Dans cette dimension historique, il prend la valeur
d' “Actes” de cette œuvre en rendant compte de tout le processus avec ses
différentes étapes de concertation, d'élaboration, de réalisation et
d'évaluation.
Le deuxième objectif visé est de permettre à tous les candidats accueillis par
l'IUFE, enseignants, responsables de cycles et chefs d'établissement, de
revivre ce détour particulier dans leur carrière qui les a conduits à sortir de
15 leurs engagements professionnels immédiats pour les reprendre avec d'autres
objectifs et d'autres pratiques. Tout en étant convaincus qu'ils retiennent
encore certains acquis de cette formation et qu'ils en ont gardé quelques
notes que les déménagements n'ont pas égarées, nous savons bien que
l'environnement a pu ne pas leur être toujours favorable et qu'il a pu leur
devenir de plus en plus difficile de continuer à ramer à contre-courant des
habitudes paralysantes. Alors nous leur offrons ce document où ils
retrouveront les programmes, le contenu des sessions et même le récit de
leur déroulement. Nous espérons leur fournir ainsi un outil, autant pour
soutenir leurs engagements que pour les accompagner dans leurs tâches et
peut-être les aider à devenir formateurs de leurs collègues.
Un autre objectif est lié à notre volonté de souligner le travail d'équipe qui a
prévalu à l'IUFE et de rendre hommage à tous ceux qui ont participé à sa
conception et à sa mise en œuvre, ainsi qu'à tous ceux qui ont accompagné
son cheminement et rendu possible sa réalisation. Un principe essentiel a été
scrupuleusement respecté dans toutes les opérations visant à la mise en place
de ce projet : il s'agissait d'une œuvre collective. Deux mots clés pourraient
constituer le leitmotiv de cet ouvrage : co-fondation et partenariat. Ils
traduisent, pour cette réalisation, son caractère spécifique et exceptionnel.
Elle a bénéficié du concours de toutes les instances de l'Enseignement
catholique, dont l'énumération laisse admiratif : Assemblée des patriarches et
des évêques catholiques, Commission épiscopale de l'éducation, Autorités de
tutelle, Bureaux pédagogiques et bien sûr le Secrétariat général pour
l'Enseignement catholique. Ont pareillement contribué à ce projet, dans sa
dimension académique, logistique et opératoire, les différentes composantes
de l'Université Saint-Joseph. Il convient de rappeler le rôle déterminant tenu
par le Recteur Sélim Abou dans son implication personnelle qui favorisa
l'engagement institutionnel de l'USJ.
À ces deux pôles fondateurs, il faut associer deux autres organismes. D'une
part le Service culturel français qui, ayant compris la portée nationale de
cette nouvelle institution et son intérêt pour la promotion et le rayonnement
de la francophonie, y apporta son appui. D'autre part l'Institut supérieur de
promotion pédagogique et professionnelle de l'Enseignement catholique
français (ISPEC), avec lequel l'IUFE établit la collaboration qui permit
réellement la mise en œuvre du projet. Il convient de mentionner à titre
spécial le personnel administratif et l'équipe des intervenants libanais et
français qui ont assuré le déroulement des actions et en ont garanti la qualité.
Mais il serait injuste de ne pas inclure dans cette liste, les étudiants eux-
mêmes qui ont été au cœur du dispositif avec un engagement et une
participation exemplaires.
Dans ce même esprit de collaboration et de partenariat, la rédaction de ce
livre est une œuvre collective. Nous avons voulu donner à ceux qui ont
16 participé au projet de l'IUFE selon diverses modalités, l'occasion de
s'exprimer et d'apporter ainsi leur pierre à l'édifice. Envisagé sous cet angle,
cet ouvrage se veut à la fois un hommage et un acte de reconnaissance à tous
ces acteurs et co-auteurs.
Au-delà de ces raisons qui justifieraient déjà largement cette publication,
nous ne pouvons pas cacher notre intention de lui donner aussi une
dimension de manifeste et de message. Nous souhaitons en effet expliciter
ainsi les convictions profondes qui ont fondé notre engagement personnel
dans ce projet, exposer notre conception de l'éducation, présenter le rôle et
les missions des établissements scolaires et souligner la responsabilité du
personnel enseignant et de direction pour animer les projets éducatifs tels
qu'il nous paraît essentiel de les conduire aujourd'hui. Nous voulons aussi
affirmer notre foi qu'il est possible de dépasser les cloisonnements si
caractéristiques de la société libanaise et de fédérer des acteurs multiples et
différents au service d'une cause commune.
C'est à l'ensemble des instigateurs et des acteurs engagés dans la réalisation
de l'IUFE que cet ouvrage est dédié en premier lieu. Nous estimerions avoir
réussi notre tâche s'ils s'y reconnaissent.
Nous estimons aussi qu'il peut avoir de l'intérêt pour un public plus large.
Nous voulons croire que les apports de l'IUFE ne se réduisent pas à leur
impact conjoncturel et momentané, mais ont été une proposition de
formation et d'animation des établissements scolaires élaborée avec rigueur
et validée par la pratique, qui garde sa valeur et sa pertinence encore
aujourd'hui.
Notre espoir serait que d'autres lecteurs, enseignants, personnels de direction
et d'encadrement, responsables éducatifs, parents et toutes les personnes
préoccupées d'éducation y compris les décideurs politiques, perçoivent
l'intérêt du projet IUFE, adhèrent aux principes qui l'ont fondé et animé et
trouvent dans ces pages quelques éléments pour mieux traiter les problèmes
éducatifs auxquels ils sont confrontés.
Nous serions heureux si l'expérience que nous relatons ici pouvait servir
quelque peu de référence ou du moins devenir un encouragement pour
d'autres projets au service de l'éducation.
Henri Awit et Edouard Bruel


LIVRE I

NAISSANCE DE L'IUFE
PREMIÈRES RÉALISATIONS
Introduction
C'est en se situant dans leur histoire que l'on saisit mieux le sens de
nombreuses réalisations. Ceci est d'autant plus vrai quand il s'agit d'un projet
culturel et social qui touche au domaine de l’éducation. Pour comprendre
cette “œuvre” importante que fut l'Institut Universitaire de Formation pour
l'Enseignement et l'Encadrement (IUFE), la perspective historique s’impose.
Il faut remonter sans doute au Synode Libanais de l'Église Maronite, en
1736, où la création d’une école par paroisse fut demandée, pour avoir une
première explication des acquis d'alphabétisation de l'ensemble de la
1population et du niveau d'études élevé pour beaucoup aujourd'hui . Le
système éducatif libanais s'est établi dès le dix-huitième siècle et cette
ancienneté fonde son importance.
L'engagement de l’Église et des congrégations religieuses dans les œuvres
d'éducation au Liban incarne et prolonge cette tradition. Encore aujourd'hui,
la Commission épiscopale pour l'éducation et la culture, considérant toujours
l'éducation comme un axe majeur de sa pastorale, a conclu à la nécessité
d’un nouvel investissement dans la formation du personnel des
établissements scolaires pour assurer les qualifications et les adaptations
nécessaires.
Les évènements dramatiques qu’a connus le pays à partir de 1975, les
retombées déjà évidentes de la mondialisation et la réforme proposée par le
ministère de l'Éducation créent un contexte qui ne peut plus être géré dans
une simple logique de continuité. C'est la perception de cette situation qui a
conduit à la fondation de l'IUFE. Une telle structure n'existant pas dans
l'enseignement privé, le projet d'une “École normale” connu ailleurs, fut pris
comme perspective dans un premier temps.


1 L’Église maronite fut pionnière dans ce domaine et l’histoire de l’éducation au Liban et en
Orient a bien retenu la recommandation formulée par le Synode Libanais qui s’est tenu en
1736 au Couvent de Notre Dame de Louaizé. Ce Synode avait en effet appelé à une
instruction gratuite et obligatoire : « Au nom de Jésus-Christ, nous exhortons tous les
responsables ecclésiastiques dans les archevêchés, villes, villages, fermes et couvents,
individuellement et en groupe, à collaborer et à unir leurs forces pour promouvoir
dynamiquement ce grand accomplissement. Ainsi les évêques, les chorévèques, les prêtres et
pères supérieurs des couvents se chargeront d’abord de nommer un enseignant là où il n’y en
a pas, puis inscriront les noms des enfants aptes à recevoir une instruction et ordonneront à
leurs parents de les conduire à l’école, de force si nécessaire. Si ces enfants sont orphelins ou
pauvres, l’église ou le couvent leur procurera leurs premières nécessités. Si l’église ou le
couvent s’en trouve incapable, une somme leur sera remise chaque dimanche, prélevée sur la
collecte des aumônes des fidèles. Quant au salaire de l’enseignant, l’église ou le couvent en
payera une partie (à condition qu’il ne fasse pas partie de ses moines) ; l’autre partie sera
eversée par les parents des enfants », Le Synode Libanais, 6 partie, numéro 1.
21
Nous nous proposons dans une première partie de retracer les jalons de
l’élaboration du projet et de présenter la naissance de cet Institut, puis nous
laisserons le Secrétaire général de l’Enseignement catholique au Liban, Mgr
Camille Zaidan évoquer cette genèse en la situant plus précisément dans son
contexte. La deuxième partie de ce Livre I sera consacrée à la formation des
enseignants et la mise en place du cursus CAPES (Certificat d’Aptitude à
l’Enseignement Secondaire).






PREMIÈRE PARTIE

ÉLABORATION DU PROJET

Chapitre 1
PORTRAIT D’UN INSTITUT
1. Fondation et objectifs
Durant deux décennies, à partir de 1975 les établissements scolaires avaient
concentré tous leurs efforts sur le maintien de leur fonctionnement, souvent
de façon héroïque et à travers bien des épreuves. Il ne restait guère de
disponibilité d'esprit, dans cette période, pour s'inquiéter de la pédagogie, de
la pertinence des programmes scolaires et de leur actualisation.
À partir des années 1992, les établissements de l'Enseignement catholique
libanais sont entrés dans une phase de restauration et de réorganisation
consécutive à la période de guerre. Il fallut d'abord s'occuper de la
restauration matérielle, mais apparut très vite le besoin de s'intéresser aux
personnels, un des effets pervers de la période de troubles ayant été en effet
de suspendre la formation professionnelle et de paralyser l’innovation.
Aussi, à l'initiative des responsables institutionnels, une volonté se
manifesta-t-elle d'intervenir pour la réorganisation, l'adaptation et la
professionnalisation de l'enseignement. Les actions furent d’emblée menées
dans la dispersion caractéristique du pluralisme libanais. Ce furent en
premier lieu les congrégations qui réanimèrent ou instituèrent des “bureaux
pédagogiques” pour leurs écoles. Ce dispositif, pour pertinent qu’il soit,
n'atteint cependant pas toutes les écoles et reste orienté vers les enseignants.
Le Secrétaire général pour l'Enseignement catholique, Mgr Camille Zaidan,
venait de prendre ses fonctions avec quelques orientations fortes : il désirait
œuvrer d’une part pour assurer la solidarité et la cohérence de toutes les
écoles avec la conscience d'appartenir à un même Enseignement catholique,
et pour développer d’autre part la formation afin que les écoles disposent
d’un personnel plus compétent offrant un service éducatif de qualité. Mais
pour réaliser ce projet, il fallait une structure et des personnes qualifiées.
C'est alors que tout naturellement il se rapprocha des universités et rencontra
à l'Université Saint-Joseph une convergence avec ses projets.
L'Université Saint-Joseph était engagée de longue date dans la préparation
de licences d'enseignement et son Recteur, le Père Sélim Abou, avait bien
saisi le besoin d'instituer une formation spécifique pour les personnels
d'éducation, enseignants et cadres administratifs. Ce faisant, l'Université
prenait des engagements en conformité avec sa Charte qui lui confère très
exactement une mission de formation adaptée à la vie professionnelle,
s’intégrant dans un projet plus fondamental de promotion globale de
l’homme, ne se limitant pas à l’acquisition d’une culture et à la maîtrise
d’une technique, mais ouverte aux questions radicales qui se posent à la
25 conscience de tout homme sur le sens ultime de la vie. Ces orientations
allant de pair avec les deux attitudes fondamentales de tous ses projets : le
respect de la liberté personnelle et l’ouverture à la vie spirituelle. Son
Conseil qui avait rappelé plus d'une fois ces principes avait donné un avis
tout à fait favorable à la création de cet Institut, y trouvant le moyen de
répondre à la vocation de l’Université de former les personnels des
établissements scolaires.
Quant au Secrétariat général, il voyait dans cette réalisation un moyen de
répondre à son souci de satisfaire les besoins de ses établissements scolaires
et de contribuer à réaliser l’unité de l'Enseignement catholique au Liban,
dans un projet éducatif visible. C'était pour lui une bonne façon de remplir sa
mission qui consiste à être une présence d’Église et à former des femmes et
des hommes témoins des valeurs de leurs traditions et de leur foi.
Les deux partenaires voulaient de la sorte participer au vaste mouvement de
réforme des programmes et de la pédagogie scolaire, contribuer à la
nécessaire évolution du système éducatif à l’échelle nationale et plus
généralement promouvoir le pluralisme culturel et spirituel qui caractérise la
société libanaise.
Il est dès lors difficile de dire qui fut l'instigateur du projet. L'établissement
d'un partenariat entre le Secrétariat général pour l'Enseignement catholique
2et l'Université Saint-Joseph permit la fondation en 1997 de l'IUFE . Et c'est
la collaboration entre ces deux acteurs qui en assura la réussite.
2. Missions
L'IUFE fut créé pour remplir des missions bien définies; on peut en identifier
essentiellement quatre.
La première portait sur la formation pédagogique des enseignants. Cette
formation était destinée aux titulaires des diplômes universitaires qui
donnent accès au métier d'enseignant. Ce public était en grande partie
constitué d’enseignants déjà en exercice. Elle était ouverte aussi, comme
formation initiale, à des étudiants qui voulaient devenir enseignants. (C'est
cette dernière population que l'IUFE aurait dû essentiellement accueillir par
la suite.) Elle serait sanctionnée par le Certificat d'Aptitude à l'Enseignement
Secondaire (CAPES).
La deuxième mission concernait la formation de base des cadres de
l'administration scolaire ; cette formation serait sanctionnée par le Certificat
d'Aptitude à l'Administration Scolaire (CAAS), avec deux options suivant la

2 Nous utilisons d'entrée de jeu le sigle “IUFE” pour désigner l'institut dont nous présentons
l'histoire et les activités, dans la mesure où c'est sous ce nom qu'il est connu. Nous verrons
plus loin comment on arriva à ce nom, p. 28.
26 position des candidats: - Option Directeur de cycle ;- Option Chef
d'établissement.
S'y ajoutait une troisième mission d'être un “lieu ressource” pour la
formation des enseignants en exercice non titulaires des diplômes
universitaires requis. Il était important de leur permettre de compléter leur
formation pour arriver au niveau de compétence et aux diplômes nécessaires
pour une meilleure intégration dans le corps enseignant. Cette formation
devait bénéficier aux personnes mais aussi aux établissements qui se
doteraient ainsi d’un personnel plus compétent.
Enfin, quatrième domaine, par des séminaires et des sessions ou par tout
autre dispositif approprié, l'IUFE devait assurer la formation continue des
enseignants diplômés dans le déroulement de leur carrière.
3. Principes d’organisation
Comme conséquence de son processus de conception, l'IUFE est géré
conjointement dans la collaboration entre le Secrétariat général pour
l’Enseignement catholique et l'Université Saint-Joseph. Bien sûr il est piloté
par un Conseil d'administration qui doit être fidèle à cet esprit de partenariat,
garanti d’abord par sa composition : le Recteur de l’Université Saint-Joseph
le préside ; le Secrétaire général pour l’Enseignement catholique en est le
vice-président ; il comprend des membres nommés par l’Université Saint-
Joseph et d'autres par le Secrétariat général pour l’Enseignement catholique.
L'IUFE est dirigé par un directeur, nommé par le Recteur de l’Université
Saint-Joseph avec l’approbation du Conseil d’administration. Ce directeur
est assisté d’un Conseil pédagogique ; il est d'office membre du Conseil
d'administration. Monsieur Henri Awit fut désigné pour assumer cette
fonction et Monsieur Jarjoura Hardane fut nommé Directeur-adjoint.
Sous la conduite de son directeur, le fonctionnement de l'IUFE est assuré par
des formateurs, locaux ou étrangers. Ils sont recrutés parmi les universitaires
présentant des compétences confirmées et engagés dans les orientations
pédagogiques actuelles. Pour certains enseignements, il est fait appel à des
enseignants en exercice capables d'assurer une formation de niveau
universitaire.
Les programmes de l'IUFE sont orientés vers la pratique de l'enseignement
et sont établis en fonction des besoins, suivant les propositions faites par le
Secrétariat général pour l’Enseignement catholique au Conseil
d'administration de l'Institut.
Des critères académiques sont fixés pour l’inscription des candidats dans les
différentes formations, et les diplômes de l’IUFE sont délivrés sous le sceau
de l’Université Saint-Joseph.
27 4. Dénomination
Un institut n’existe pas tant que l’on ne lui a pas donné un nom. Bien que
cela puisse paraître secondaire et facile, donner un nom est un acte important
et le premier indicateur d’une identité.
Dès que le principe de créer un centre pour la formation du personnel des
établissements scolaires fut admis, des appellations furent utilisées qu’il est
intéressant de mentionner, dans la mesure où elles ont accompagné
l’élaboration du projet et sa mise en place.
Le Recteur Sélim Abou parlait de l’École Normale Supérieure pour la
3formation des enseignants dans la lettre qu’il envoya le 24 février 1997 à
l’ensemble des personnes en poste de responsabilité dans l’Enseignement
catholique et à l’Université, susceptibles d’apporter leurs compétences et
leur appui à cette création.
Deux mois plus tard, dans la première version de l’avant-projet de la
convention-cadre entre l’Université Saint-Joseph et le Secrétariat général
pour l’Enseignement catholique au Liban, apparaît l’intitulé IUFM, pour
4désigner l’Institut Universitaire pour la Formation des Maîtres .
Ces deux désignations ne furent pas retenues, la première parce qu’elle
risquait d’entretenir une confusion avec une institution qui avait déjà existé
dans le secteur public, au sein de l’Université Libanaise, la deuxième, parce
qu’elle était calquée sur le modèle de la formation dans le système éducatif
français.
Il fallait donc trouver un nom qui marque la spécificité de la création
envisagée. Dans la lettre du Recteur Sélim Abou du 11 juillet 1997, on
trouve pour la première fois la désignation de l’Institut Universitaire pour la
5Formation des Enseignants, donnant le sigle IUFE .
Ces trois dénominations révèlent une conscience claire du besoin de
formation des enseignants qui apparaissait et le positionnement de cette
formation comme formation initiale qualifiante nécessaire à l’exercice du
métier d’enseignant.

3
Lettre du Recteur Sélim Abou du 24 février 1997 (97/USJ/28063), Archives du Rectorat de
l’USJ.
Voir également le compte rendu de la réunion de travail à laquelle invitait cette lettre, et qui
s’est tenue le 11 mars 1997, Archives du Rectorat de l’USJ.
4 « Avant-projet de la convention-cadre entre l’Université Saint-Joseph et le Secrétariat
général pour l’Enseignement catholique au Liban, pour la création d’un Institut Universitaire
pour la Formation des Maîtres (IUFM) », 22 avril 1997, Archives de l’IUFE.
5 Lettre du Recteur Sélim Abou du 11 juillet 1997 (97/USJ/29340), Archives du Rectorat de
l’USJ.
28 Il n’est pas sans intérêt de relever que ce nom ne fut pas retenu sans débat.
En effet, dans une autre version de l’avant-projet d’une convention-cadre
entre l’Université Saint-Joseph et le Secrétariat général pour l’Enseignement
catholique au Liban, proposée par ce dernier, on trouve la désignation
6
Institut Supérieur de Pédagogie de l’Enseignement Catholique (ISPEC) .
Après avoir soumis ce projet de convention-cadre avec la désignation ISPEC
aux responsables des facultés et instituts de l’USJ, le Recteur recueillit de
nombreuses observations et propositions. Il est intéressant de noter toutes les
réactions que cette désignation a pu susciter, ce qui montre bien que le nom a
une valeur et une portée significatives. De fait, la désignation proposée, avec
l'adjectif “catholique”, impliquerait des orientations de l’Institut inadaptées
aux exigences d’ouverture à l’ensemble des communautés libanaises à
laquelle l’Université est sensible. Cette désignation aurait risqué aussi de
donner une image réductrice de l’Université, tant dans son aptitude à traiter
la diversité des problèmes que dans sa faculté à accueillir la diversité du
personnel. La résistance à qualifier ainsi cet Institut était perceptible. Au
terme de ce tâtonnement, le nom d’Institut Universitaire de Formation des
Enseignants (IUFE) fut retenu.
Mais on n’était pas pour autant au bout de nos peines ! D’aucuns avaient
regretté que l'Institut ne s’adresse qu’aux enseignants, en excluant le
personnel d’encadrement des établissements scolaires, de sorte que quand
l’IUFE lança la formation des chefs d’établissement, le sigle initial ne
convenait plus. On aurait pu trouver dans les archives du Rectorat de l’USJ,
la proposition déjà faite lors du lancement de l’Institut en pensant à son
élargissement à la formation des cadres : Institut Supérieur de Formation
d’Enseignants et de Cadres scolaires (ISFECS), mais la consonance du nom
n’était pas très harmonieuse.
En fait, l’Institut s’ouvrait désormais au personnel d’encadrement. Pourquoi
se compliquer la vie ? Enseignement et Encadrement commencent bien par
la même lettre. C’est ainsi que la dénomination IUFE parut tout à fait
convenable en prenant le sens « Institut Universitaire de formation pour
l’Enseignement et l’Encadrement ».
5. Textes fondateurs et réglementaires
Un projet de formation demande d'être situé, reconnu et même institué. En
effet, il n'a de sens que par rapport à d'autres activités et d'autres institutions.
Aussi a-t-il besoin de textes qui en définissent aussi bien les objectifs,

6 « Projet d’un protocole cadre entre l’Université Saint-Joseph et le Secrétariat général pour
l’Enseignement catholique au Liban, pour la création d’une École Normale destinée à la
formation des enseignants et cadres des écoles catholiques au Liban », 16 janvier 1997,
Archives de l’IUFE.
29 l'organisation que la fonction. L'IUFE requérait que son cadre soit d'autant
mieux défini qu'il s'agissait d'une création ne pouvant pas s'appuyer sur des
pratiques établies et d'un projet élaboré par plusieurs commanditaires dont
les attentes et les rôles étaient à préciser.
Les fondateurs et ensuite les gestionnaires de cet Institut, ayant une bonne
pratique du lancement et de la structuration d'activités diverses, ont suivi des
règles de management qui leur ont permis d'être novateurs sans aller à
l'aventure.
Dès que les premiers contacts furent pris entre le Secrétariat général pour
l’Enseignement catholique et l'Université Saint-Joseph, ce furent les
Conseils de chacune de ces instances qui poursuivirent le travail. Cela donna
lieu à des comptes rendus et à des documents dont les éléments essentiels
sont repris dans les pages suivantes et dont on peut retrouver l'ensemble dans
les archives de l’IUFE. Déjà dans la rigueur de la procédure d'élaboration, on
voit que la formalisation des débats de chaque réunion permit de noter
progressivement les acquis et d'aller vers la convergence qui a rendu la
réalisation possible. Cet aboutissement fut marqué par une convention entre
le Secrétariat général et l'Université Saint-Joseph et par la création du
conseil d'administration de l'Institut.
Il faut souligner que pour les deux partenaires il était important de travailler
dans un cadre légal, en donnant à leurs activités une reconnaissance
officielle. Un projet de formation du personnel des établissements scolaires
touche au système éducatif dont l'organisation relève de l'État. C'est donc par
décret que l'IUFE fut autorisé et qu'il reçut l'habilitation à délivrer des
7diplômes . Cette présentation rapide des résultats obtenus ne doit pas faire
oublier les longues démarches qui les précédèrent. Cela indique aussi la
rigueur et la qualité du travail qui fut nécessaire pour satisfaire les exigences
imposées dans un processus de certification.
Ainsi, les formations conduites par l'IUFE sont-elles parfaitement
positionnées dans l'Enseignement catholique et dans l'Université Saint-
Joseph qui en assure l'organisation. Elles conduisent au CAPES et au CAAS,
8des diplômes reconnus par l’État libanais.
Dans ce même mouvement, le projet de fondation de l’IUFE exigeait
l’élaboration d’un cadre précis de fonctionnement, la définition de la place
de l’Institut et de ses relations avec ses instigateurs, et la mise en place du
dispositif réglementaire auquel il allait se référer. Il s’agissait donc de
rédiger les statuts de cette nouvelle institution. Ce travail que l’Université

7 Décret n° 1946, du 21 décembre 1999, publié au Journal Officiel n° 62, en date du 30
décembre 1999.
8 ème On trouvera dans le chapitre I (titre 6) de la 2 partie du Livre I de cet ouvrage une
présentation détaillée du cadre juridique du CAPES et de la procédure de sa reconnaissance.
30 Saint-Joseph maîtrise bien pour avoir fondé plusieurs facultés et instituts,
devenait ici différent et original dans la mesure où il associait le Secrétariat
général pour l’Enseignement catholique comme partenaire et co-fondateur.
Plusieurs versions furent établies en concertation et soumises pour
approbation au Conseil de l’Université, avant d’arriver à la version
définitive. Le premier projet a été examiné par ce Conseil à sa cent douzième
9réunion en date du 2 juillet 1998 , et l’adoption de ces statuts fut décidée à la
10cent treizième réunion du Conseil en date du 19 octobre 1998.
Ce texte traite l’ensemble des rubriques qui règlent la vie de l’Institut dans
ses différents aspects : administration et fonctionnement, profil, catégories et
compétences des enseignants et chercheurs, conditions d’inscription et
dispositions relatives aux étudiants, ressources et logistique nécessaires au
fonctionnement, et bien sûr le budget et le régime financier.
Dans cette architecture, il y a peu d’intérêt à reprendre les points qui sont
communs à toutes les institutions de l’Université. Par contre, on peut
souligner des orientations fondatrices, la spécificité de la mission et le
caractère innovant du Conseil d’administration. D’une certaine manière, le
préambule et le titre premier de ces statuts peuvent être considérés comme la
charte de l’IUFE.
Tout en étant une co-fondation avec le Secrétariat général pour
l’Enseignement catholique et un lieu de formation pour le personnel de ses
établissements, on doit cependant noter que son positionnement et sa
reconnaissance par le Conseil de l’Université lui confèrent la qualité d’un
institut d’enseignement supérieur et la possibilité de décerner des diplômes
sous le sceau de l’Université Saint-Joseph.
Ce statut universitaire lui permet une ouverture à l’ensemble de la société
libanaise. Cette dimension est nettement exprimée par le dernier paragraphe
du préambule, rédigé en ces termes : « Les deux partenaires … entendent
donc proposer leurs actions à tout établissement scolaire, à tout chef
d’établissement, à tout enseignant, ainsi qu’à toute personne exerçant des
11responsabilités dans le domaine de l’éducation, ou appelée à en exercer. »
Comme il se doit, nous retrouvons dans l’article premier l’essentiel de ce
qu'il est pertinent de retenir dans ces statuts pour bien repérer ce qui définit
l’IUFE : « L’Institut Universitaire de Formation pour l’Enseignement et
l’Encadrement (IUFE) est un établissement d'enseignement supérieur et de
recherche destiné à assurer aux cadres administratifs et enseignants de

9 Compte rendu de la 112° réunion du Conseil de l’Université, en date du 2 juillet 1998,
p.1223, Archives du Rectorat de l’USJ.
10 Compte rendu de la 113° réunion du Conseil de l’Université, en date du 19 octobre 1998,
p. 1239 – 1240, Archives du Rectorat de l’USJ.
11 Statuts de l’IUFE, Préambule, Archives de l’IUFE.
31 l'Enseignement Catholique, et à proposer aux cadres administratifs et
enseignants d’autres établissements qui le désirent, ainsi qu’aux futurs
cadres administratifs et enseignants, une formation psychopédagogique,
ainsi qu’humaine et spirituelle, en vue d'une plus grande
professionnalisation de leur métier. Dans cette perspective, il prend en
12charge la direction de programmes d'enseignement et de recherche. »
L’article 2 précise les modalités de fonctionnement de l’Institut en prévoyant
les partenariats et collaborations qui garantissent la qualité de la formation
qu’il est appelé à assurer et l’exigence intellectuelle qu’il doit satisfaire :
« L'Institut entend entretenir des relations de concertation et de
collaboration non seulement avec les autres facultés et instituts de
l'Université Saint-Joseph, mais encore avec d'autres institutions
universitaires publiques et privées qui, au Liban ou à l'étranger, partagent
les mêmes préoccupations, parmi lesquelles en premier lieu les institutions
catholiques d’enseignement supérieur, ainsi qu’avec les organismes
gouvernementaux ou non gouvernementaux, nationaux ou internationaux,
s’occupant de pédagogie, d’éducation ou de culture. Il est habilité à passer
des conventions avec ces institutions et organismes, conventions soumises à
13l’approbation du Conseil de l'Université. »
C’est en référence à cet article que l’IUFE a été amené à établir une
convention avec l’Institut supérieur de promotion de l’Enseignement
14catholique français à Angers (ISPEC) qui lui permit de bénéficier de sa
grande expérience dans la formation du personnel d’encadrement des
établissements scolaires. Ce même article ouvrait la possibilité de prendre le
Service culturel de l’Ambassade de France comme partenaire. C’est grâce à
cette coopération que l’IUFE put assumer son service, en fixant des
scolarités à un niveau raisonnable.
6. Conventions
a - Convention entre l'Université Saint-Joseph et le Secrétariat général
pour l'Enseignement catholique
Évoquant les partenariats de l’IUFE, on est tout naturellement amené à
souligner l’action conjointe du Secrétariat général pour l’Enseignement
catholique et de l’Université Saint-Joseph. Nous avons déjà insisté sur le rôle
de ces deux partenaires sans qui l’IUFE n’aurait pas vu le jour. Le lancement
des actions de formation, le 16 décembre 1997 pour les enseignants, et le 9
novembre 1998 pour les chefs d’établissement, s’est effectué sur une relation

12 Statuts de l’IUFE, Article 1, Archives de l’IUFE.
13 Ibid., Article 2, Archives de l’IUFE.
14 Le sigle ISPEC sera désormais utilité sans être explicité pour désigner ce centre de
formation.
32 de confiance, dans la perspective de formaliser la collaboration des co-
fondateurs par une convention. Il a semblé pertinent d’accorder la priorité à
la réalisation des programmes de formation et de s’appuyer sur une première
expérience, avant d’institutionnaliser ce partenariat. C’est en se référant à
cette pratique que le 12 novembre 1999, Mgr Camille Zaidan, en sa qualité
de Secrétaire général pour l’Enseignement catholique et le Professeur Sélim
Abou, en sa qualité de Recteur de l’Université Saint-Joseph, concluent un
15accord-cadre, pérennisant ces engagements. Cet acte revêtait suffisamment
d’importance pour qu’il donne lieu à une cérémonie officielle pour sa
signature, en présence du Directeur et du Directeur-adjoint de l’IUFE et des
membres du Conseil exécutif de l’Enseignement catholique.
b - Convention et Avenants entre l'Institut Universitaire de Formation
pour l'Enseignement et l'Encadrement (IUFE) et l'Institut Supérieur de
Pédagogie de l’Enseignement Catholique (ISPEC)
L'IUFE était déjà créé et le premier programme pour la formation déjà lancé
quand les contacts furent pris avec l'ISPEC. Il s'agissait à ce moment-là
d'ouvrir le deuxième secteur d'activité concernant le personnel
d'encadrement des établissements scolaires. Suivant les principes définis
dans l'article 2 de ses statuts, qui vient d'être cité, l'IUFE, abordant un
domaine nouveau, était tout naturellement amené à chercher des
collaborations avec des partenaires ayant une compétence confirmée.
L'ISPEC avait été perçu comme le partenaire idéal. Centre français de
formation, il était un institut d'enseignement supérieur ayant pour mission la
formation professionnelle de tous les personnels des établissements scolaires
et particulièrement les chefs d'établissement. Il avait plus de 20 ans
d'expérience dans ce domaine et avait été le pionnier en France des
formations préparant aux prises de responsabilité. Pour ce type d'activité, il y
avait bien des experts dans l'Enseignement public français, mais pas d'équipe
comparable à celle de l'ISPEC. De plus, pour former des responsables
institutionnels, il n'était pas indifférent que ce service soit assuré par des
professionnels ayant les mêmes référents culturels et religieux.
Après les premiers contacts conduisant à la mission d'investigation dont il
sera question plus loin, et après la décision de solliciter la coopération de
l'ISPEC pour les activités de l'IUFE, il fallait définir les modalités de la
collaboration entre ces deux organismes.
En effet, l'IUFE ne pouvait pas s'engager dans un cursus nouveau de deux
ans sans avoir des garanties de fiabilité de son partenaire. Il en était de même
pour l'ISPEC. Les formateurs susceptibles de contribuer à cette réalisation

15 « Accord-cadre de partenariat entre l’Université Saint-Joseph et le Secrétariat général pour
l’Enseignement catholique au Liban pour la création de l’Institut universitaire de formation
pour l’enseignement et l’encadrement », Archives du Rectorat de l’USJ.
33 étaient des permanents qui ne pouvaient s'engager sur ce nouveau
programme qu'en établissant leurs plannings sur l'année, compte tenu de leur
charge de travail déjà importante. D'autre part, il était normal que cette
activité reçoive une rémunération établie sur la base des tarifs français de
formation.
Le terrain ainsi déblayé et toutes ces questions clarifiées, il devenait possible
de conclure une convention définissant les conditions générales de la
collaboration et les engagements que chacun prenait. Les ajustements
touchant au nombre d'intervenants et au nombre d'heures de formation
assurées donneraient lieu à des avenants. La convention signée le 5
novembre 1998 entre Monsieur Henri Awit, Directeur de l'IUFE et Monsieur
Pierre Robitaille, Directeur de l'ISPEC, avait été si bien préparée qu'elle
servit de référence à la collaboration entre les deux Instituts durant six
années sans poser de problème. Les articles repris ci-dessous définissent les
engagements dans le domaine des activités de formation.
Article 1 - À la demande de Monsieur Henri Awit, l'ISPEC contribue à la
conception, à l'organisation, à la mise en œuvre et à l'accompagnement de
la formation des chefs d'établissement, organisée par l'Institut Universitaire
de Formation pour l'Enseignement et l'Encadrement. Cette formation se
16déroulera sur 2 années universitaires 1998-1999 et 1999-2000.
Un avenant précisant les dates, les contenus et les noms des intervenants
sera établi pour chaque session.
Article 2 - Le schéma général de cette formation est établi en cohérence avec
le rapport de la mission présenté par Pierre Robitaille et Edouard Bruel en
mai 1998. La formation se déroulera sur 4 sessions pour chacune des 2
années (soit 8 sessions au total).
Article 3 - La participation de l'ISPEC dans ce dispositif comporte :
• L'établissement en concertation avec l'IUFE du projet
et du plan de formation
• Les temps de régulation du dispositif
• Le pilotage des sessions en lien avec le Directeur de l'IUFE
• L'animation des sessions
• La recherche et la coordination des intervenants.
La logistique de la formation est assurée par l'IUFE.

16 La convention signée au départ correspondait à un projet de formation pour une seule
promotion. Ce n'est que sur les résultats de ce premier cycle que le besoin s'imposa de le
renouveler et la convention fut reconduite.
34 7. Coopération avec le Service culturel
de l'Ambassade de France
La coopération entre la France et l’Université Saint-Joseph remonte à sa
fondation en 1875. On peut en suivre l’historique dans les différents Livres
17d’or rédigés par le Recteur Émérite, le Père Jean Ducruet et plus
récemment dans L’Université Saint-Joseph de Beyrouth et ses institutions,
dont le recueil accompagné de commentaires a été réalisé par le Père
18Ducruet et Monsieur Henri Awit.
Dans cette tradition de coopération, l’IUFE bénéficia de l’appui constant du
Service culturel de l’Ambassade de France au Liban. À l’époque où le projet
n’était encore qu’une idée, des contacts étaient déjà pris pour une étude
concertée de sa faisabilité. Il nous est agréable de souligner que dès les
premières réunions de travail entre la Direction de l’IUFE, le Secrétariat
général et les responsables du Service culturel, la reconnaissance par ces
derniers de l’intérêt et de la pertinence de cette fondation fut acquise. Ils ont
en effet perçu la nécessité qu’il y avait de s’engager dans la formation du
personnel des établissements scolaires, pour développer leur
professionnalisation et contribuer ainsi à l’adaptation du service éducatif
libanais. La réforme qui venait d’être décrétée par le ministère de
l’Éducation offrait l’opportunité d’une action de formation importante et
innovante à plus d’un titre. Bien qu’initié par les acteurs de l’Enseignement
catholique et par l’Université Saint-Joseph, qui est un établissement privé
d’enseignement supérieur, le Service culturel était sensible à la dimension
nationale de ce projet, étant bien conscient d’une part du rôle que les
établissements catholiques pouvaient jouer dans la mise en œuvre de la
réforme et d’autre part que l’engagement de l’Université Saint-Joseph dans
cette action en garantissait la mission de service public. Le Service culturel
attachait d’autant plus d’intérêt à ce projet qu’il est conscient de longue date
que l’Université Saint-Joseph aussi bien que les établissements scolaires
relevant de l’Enseignement catholique sont les meilleurs acteurs de la
permanence d’une culture humaniste et francophone dans ce pays.
Pour concrétiser ce partenariat, on peut signaler d’abord l’engagement du
Service culturel dans la mise en œuvre de la formation du CAPES. Ce

17
Livre d’or des Facultés des sciences médicales et infirmières (1883 – 1983), Publications
de l’Université Saint-Joseph, Beyrouth, 1992. – Livre d’or de la Faculté de droit, de sciences
politiques et économiques (1913 – 1993), Publications de l’Université Saint-Joseph,
Beyrouth, 1995. – Livre d’or de la Faculté d’ingénierie (1919 – 1999), Publications de
l’Université Saint-Joseph, Beyrouth, 1999.
18 L’Université Saint-Joseph de Beyrouth et ses institutions : textes fondateurs, dispositions
législatives et réglementaires et décisions de principe régissant la reconnaissance des
diplômes et le régime des équivalences (1875 – 2002), Publications de l’Université Saint-
Joseph, Beyrouth, 2006.
35 programme ne pouvait pas être réalisé sans le concours de professeurs
français, spécialistes de la didactique des matières scientifiques. Plusieurs
missions furent prises en charge dans ce cadre, ce qui sera évoqué dans la
deuxième partie du Livre I de cet ouvrage, consacrée à la formation des
enseignants. Il apparaissait ainsi que, pour parfaire la form
stagiaires et les conduire à acquérir une compétence suffisante pour devenir
formateurs, des séjours dans des universités françaises devenaient un
parcours utile. Cette formation ne put être assurée que grâce à des bourses
d’études accordées par le Service culturel.
L’engagement du Service culturel est devenu encore plus manifeste pour la
mise en œuvre du deuxième secteur de formation de l’IUFE. Dans la mesure
où l’expérience libanaise pour la formation des cadres était encore très
limitée, il apparut à l’ensemble des partenaires que l’on ne pouvait pas se
lancer à l’aventure et qu’il était dès lors nécessaire de prendre de bons
repères avant de passer à l’action. C’est ainsi que les deux missions
préparatoires, effectuées l’une par Messieurs Pierre Robitaille et Edouard
19Bruel, l’autre par le Recteur Honoraire Maurice Niveau, furent organisées .
Acceptées et subventionnées par le Service culturel qui en percevait bien
l’intérêt et la nécessité, ces deux missions furent déterminantes pour la
définition du programme de formation et ses modalités.
L’IUFE ayant retenu une collaboration privilégiée avec l’ISPEC comme
point d’appui pour l’organisation de la formation des chefs d’établissement
et des responsables de cycles, il était crucial de pouvoir aussi bénéficier de
l’appui du Service culturel pour la prise en charge des missions nécessaires.
Il nous est ici agréable de noter la contribution majeure qui fut apportée à
l’IUFE grâce à l’attitude de compréhension et au soutien bienveillant du
Conseiller culturel Monsieur Alain Fouquet, de Monsieur Yves-Alain
Corporeau, Attaché culturel et de ses collaborateurs, particulièrement
Madame Nathalie Kounovsky. Il est à noter que cette collaboration était si
bien établie qu’elle s’est poursuivie dans le même esprit avec leurs
successeurs, Messieurs Frédéric Clavier et Gérard Malbosc, et Madame
Annie Ricordel.
À plusieurs occasions, les responsables du Service culturel furent associés
aux travaux des stagiaires. Ils ont même été invités à intervenir, autant pour
préciser les prestations que le Service culturel pouvait apporter aux
établissements que pour traiter des aspects particuliers de l’adaptation des
pratiques éducatives dans le contexte libanais. Il ne se passait pas de session
sans que le Directeur de l’IUFE et les formateurs n’aient un contact avec ces
personnalités pour un échange et éventuellement des ajustements. Chaque

19 Ces deux missions seront présentées dans le chapitre 1 de la première partie du Livre II de
cet ouvrage, p. 101.
36 session donnait lieu évidemment à une évaluation faite par les stagiaires, qui
était communiquée au Service Culturel comme d’ailleurs au Secrétariat
général pour l’Enseignement catholique. Les partenaires qui s’étaient
engagés dans les actions de l’IUFE étaient informés ainsi des résultats de la
formation et associés à sa conduite.
Tous les cycles de formation se terminant par une évaluation de synthèse,
donnant lieu à une séance d’expression des stagiaires, les partenaires de la
formation furent régulièrement invités à y participer.
Dans les relations que le Directeur de l’IUFE et les formateurs ont
entretenues avec le Service culturel, il nous est également agréable de
souligner que son soutien fut toujours accompagné du plus grand respect de
la distinction des responsabilités et qu’il nous fut toujours laissé l’initiative
de définir les programmes, la démarche de formation et le choix des
intervenants.
Chapitre 2
LE PROJET DE L’IUFE
DANS SON CONTEXTE

Ce chapitre a été rédigé par Mgr Camille Zaidan qui était alors Secrétaire
général pour l'Enseignement catholique au Liban et qui fut ensuite Président
19de l'O.I.E.C. Il était le mieux placé pour évoquer la genèse de l'IUFE en la
20situant dans le contexte général de l'Enseignement catholique.
1. La genèse de l'idée
La fondation de l'Institut universitaire de formation pour l'enseignement et
l'encadrement (IUFE) se situe dans un cadre plus vaste, celui de la
restructuration de l’Enseignement catholique au Liban. Le projet de
formation des chefs d'établissement, des responsables de cycles et des
enseignants des écoles catholiques trouve en effet sa pleine lumière dans le
projet général de revitalisation de ces écoles et du renforcement de leur unité
autour d’objectifs communs.
Dans l'historique de l’Enseignement catholique au Liban et les projets de son
Secrétariat général, nous trouvons, à plusieurs occasions, des traces de l'idée
d'une école normale, mais elle n'avait pas encore été concrétisée. Il est
difficile de dire pourquoi ce projet n'avait jamais vu le jour bien que
plusieurs voix à l'intérieur du Secrétariat et de l'Église catholique aient
souhaité la création d'une école normale qui assurerait la formation du
personnel des établissements scolaires, dans le domaine administratif aussi
bien que celui de la pédagogie et de l'enseignement.
Cependant, quelques hypothèses peuvent être avancées : la première serait
que l'idée était trop ambitieuse pour être réalisée par un secrétariat des écoles
catholiques qui n'en avait pas les moyens. La deuxième hypothèse serait que
le Secrétariat des écoles catholiques qui fédérait un très grand nombre de
groupes scolaires, (autour de 57), ne parvenait pas à construire un projet
commun qui puisse obtenir le consensus des représentants de tous ces
groupes. Une troisième hypothèse serait que l'idée n'était pas encore
acceptée, parce que l'ensemble des écoles catholiques n'avait pas
suffisamment pris conscience de l'utilité et de la nécessité d'un tel projet.

19 O.I.E.C. : Office international de l'Enseignement catholique.
20 Mgr Camille Zaidan a été consacré évêque en septembre 2011 et nommé vicaire patriarcal
chargé de l’administration au siège de l’Eglise maronite à Bkerké. Il a été élu par l’Assemblée
des patriarches et évêques catholiques du Liban, Président de la Commission épiscopale pour
les écoles. Cette élection montre bien la reconnaissance de ses pairs pour sa compétence et
son engagement dans ce domaine.
39 Nous n'allons pas continuer à formuler des hypothèses ! Ce qui nous
intéresse ici, c'est de voir le contexte politique et social de la fin de la guerre
au Liban, qui a pu favoriser la maturation d'un tel projet.
2. Le contexte de l'école catholique
à la fin de la guerre au Liban
Au sortir de la guerre, un grand nombre d'écoles catholiques étaient
meurtries par les dévastations et les violences qui ont sévi au Liban.
Quelques-unes au contraire ont profité du regroupement de la communauté
chrétienne dans certaines régions de la montagne pour grandir de manière
très rapide. D'autres ont profité de l'affaiblissement des écoles publiques
pour ouvrir les classes secondaires et développer leurs programmes et leur
capacité d'accueil.
Tout au long de la guerre, la coordination entre ces écoles était réduite au
minimum. Les chefs d'établissement étaient laissés à leur propre initiative
pour faire face aux urgences de l’heure. Les communications étaient presque
toutes coupées. Les périodes d'ouverture et de fermeture de l’école
dépendaient des activités militaires qui se passaient dans son secteur. Le chef
d'établissement n'avait même pas le moyen de prendre le téléphone et de
contacter ses voisins pour voir si l'état de sécurité lui permettait d'ouvrir
l'école ou exigeait de la fermer. Il fallait, soit envoyer des messagers pour
rechercher des informations, soit écouter la radio pour avoir quelques
nouvelles avant de prendre une décision sur l'envoi ou non des autocars
chaque matin.
Une telle situation a développé des qualités de chefs; ils étaient devenus
capables de constituer des établissements bien consolidés où la survie
dépendait de la cohésion interne de la communauté. Autant les programmes
que les diplômes officiels comme le baccalauréat ou le brevet, tout cela ne
fonctionnait plus. C'était l'initiative du chef d'établissement qui, avec la
collaboration des enseignants et des parents, maintenait ou non telle ou telle
activité et assurait les programmes et les procédures de la gestion scolaire.
Cet état de fait a profondément marqué l'esprit général des écoles
catholiques, les faisant apparaître comme si elles étaient dans une situation
d’anarchie. Cela présentait un grand risque pour l'avenir de ces écoles au
moment où la guerre se terminait, laissant la communauté chrétienne
particulièrement meurtrie par la guerre d'annihilation qui a sévi entre les
forces militaires loyales au général Aoun et les forces libanaises loyales au
docteur Geagea. Cette guerre entre frères a touché profondément les grandes
écoles catholiques de la région de Beyrouth et de la montagne avoisinante.
Elle a fragilisé l'ensemble des établissements catholiques et les a rendus plus
vulnérables aux interventions du pouvoir qui essayait par différents projets
40 de loi et de décrets d'avoir un contrôle plus grand et plus coercitif de ces
écoles.
L'Église prit alors l'initiative de restructurer le Secrétariat des écoles
catholiques. Cela s'imposait aussi du fait que le Secrétaire général, Mgr.
Ignace Maroun, qui avait créé la fonction en 1948 et l'avait occupée durant
toute cette période, venait de mourir en 1989. Le Frère Ildefonse Sarkis, un
frère des écoles chrétiennes, avait été nommé à ce poste par intérim. Dans
ces circonstances, une commission ad hoc était constituée pour élaborer des
statuts structurant les différents groupes scolaires en une unité qui ferait de
l'école catholique, à travers le pays, une œuvre d'Église, dans le domaine de
l'éducation.
3. La restructuration du Secrétariat général de
l'Enseignement catholique
À la fin de l'année 1991, lors de la session de l’Assemblée des patriarches et
des évêques catholiques du Liban (APECL), le père Camille Zaidan fut élu
comme secrétaire aux côtés du frère Ildefonse Sarkis pour participer à la
rédaction des statuts. Ce travail dura presque toute l'année, pour aboutir à un
projet présenté à la session de l'APECL en novembre 1992. Cette Assemblée
vota les nouveaux statuts et nomma le père Zaidan Secrétaire général de
l'Enseignement catholique au Liban. Il prit ses fonctions le 12 janvier 1993.
Les statuts ont organisé les écoles catholiques au sein d’une structure
regroupant les établissements qui relèvent des 57 tutelles différentes dans le
cadre d’un Conseil général, d'un Conseil exécutif et de regroupements par
région. Un secrétariat assumerait diverses fonctions au service de l'unité des
écoles catholiques et de leur mission éducationnelle dans tout le Liban, aussi
bien dans les régions chrétiennes que dans les régions non chrétiennes. Cette
nouvelle structure a été imaginée à un moment où les projets du pouvoir
libanais devenaient de plus en plus alarmants. Tout le monde ressentait, à ce
moment-là, le besoin de trouver une plateforme qui assure à l'ensemble de
ces écoles une coordination et des références qui les mettraient plus à l’abri
de l’interventionnisme du pouvoir.
4. Trois défis majeurs à relever
a - Les lois et les décrets
Durant cette période tout particulièrement, une série de lois et de projets de
loi étaient en discussion au Conseil des ministres et au Parlement libanais.
Ces projets avaient tous pour objectif de resserrer le contrôle sur le secteur
de l'enseignement privé. Ce secteur en effet constituait, dans la pensée de
plusieurs hommes d’État, un handicap à la promotion de l'enseignement
public. Ils cherchaient donc un moyen pour réduire le dynamisme de
41 l'enseignement privé et le soumettre au contrôle direct du ministère de
l’Éducation afin de le rendre plus homogène avec le secteur public. Cette
logique, au lieu de favoriser le développement global du système éducatif
libanais, présentait un danger de régression à un moment où le Liban avait le
plus grand besoin de développer l'éducation pour aider sa population à
dépasser les séquelles de la guerre. Le secteur éducatif privé, et plus
particulièrement les écoles catholiques, ne pouvaient que s’opposer
résolument à cette logique répressive et paralysante.
b - Les pressions budgétaires
Les lois et les décrets en préparation concernaient essentiellement l’aspect
financier du secteur éducatif privé. Le pays avait pâti d'une dévaluation
considérable de la livre libanaise face au dollar US à tel point qu’au pire
moment le dollar s'échangeait avec 2800 livres libanaises. Ceci avait eu des
conséquences très négatives sur le pouvoir d’achat de tous les salariés et par
conséquent des enseignants. Répondant aux requêtes bien justifiées des
salariés, les différents gouvernements sont intervenus pour ajuster les
salaires. Les augmentations successives dans l’espace de trois ans avaient
atteint les 320 %. Or ces ajustements de salaires se répercutaient directement
sur le coût de l’éducation. Les frais de scolarité devaient nécessairement
suivre. Cet état de fait a créé des tensions entre les parents et l’administration
scolaire. Le gouvernement libanais a profité de cette situation pour proposer
plusieurs projets de loi contrôlant la liberté de la gestion scolaire en matière
financière. Certains textes allaient jusqu’à imposer à l’école un contrôle
direct de la part du ministère de l’Éducation pour la fixation des frais de
22scolarité. La loi 136 a été promulguée dans ce sens. Tous les groupes
scolaires du secteur privé se sont alors réunis et ont pris une position
commune rejetant cette nouvelle loi.
Face à cette solidarité, le gouvernement libanais a accepté de négocier avec
les représentants de ces groupes scolaires. Au terme d'une longue année de
négociations, les deux parties sont arrivées à un accord exprimé dans la loi
23515/96 qui a été qualifiée de « contrat social » entre parents, enseignants,
administration scolaire et ministère de l’Éducation nationale. Cette loi a fixé
la forme du budget scolaire que l’école doit établir avec le comité des
parents pour le soumettre au contrôle du ministère de l’Éducation nationale
dont l'intervention se limite à vérifier que le budget respecte les dispositions
de la loi.


22 Loi 136, promulguée le 30/4/1992 et publiée au Journal Officiel n° 20, en date du
14/5/1992.
23 Loi 515/96, promulguée le 6/6/1996 et publiée au Journal Officiel n° 24, en date du
13/6/1996.
42 c - Le projet de restructuration des programmes scolaires
En plus de la pression budgétaire se profilait une pression politique, se
manifestant dans le projet de restructuration des programmes scolaires.
L'avant-projet soumis à la discussion laissait apparaître une tendance
arabisante avec des connotations syriennes. Heureusement, les problèmes
budgétaires que ce projet a soulevés n'ont pas laissé beaucoup de chance d'en
voir la pleine exécution.
Cependant, ce qui dans ce projet touchait précisément à la programmation
fut repris pour sa mise en œuvre dans le cadre du Centre national de
recherche et développement pédagogique (CNRDP). Grâce à l'association de
différents groupes scolaires du secteur privé, et grâce au dialogue positif
entre le ministère de l’Éducation nationale et ce secteur qui s'était établi à la
suite des accords exprimés dans la loi 515, ce dernier a été appelé à
participer pleinement aux travaux des commissions préparant la réforme des
programmes scolaires. Ce fut une occasion historique qui permit d'éviter un
nivellement du secteur éducatif libanais par le bas et put favoriser, au
contraire, une contribution positive de la part du secteur privé en faveur du
secteur public.
Ces trois défis ne sont que des exemples des pressions subies par le secteur
éducatif catholique et privé. Ceci poussait ses différents membres à travailler
ensemble pour construire un projet et un avenir.
5. La consolidation des liens dans l'Enseignement
catholique et avec les autres groupes scolaires
Face à ces pressions, le Secrétariat général de l'Enseignement catholique a
invité les responsables des différents groupes scolaires, qu’il fédérait, à se
réorganiser à l'intérieur d'une structure mieux définie. Cette réorganisation
nécessitait une prise de conscience plus aiguë des réalités de l'administration
scolaire et de tous les problèmes qui se posaient. Tout le monde devait être
concerné, les autorités de tutelle aussi bien que les chefs d'établissement, les
responsables de cycles comme les enseignants et les parents.
C’est dans ce domaine que le Secrétariat a fourni de très gros efforts.
Plusieurs initiatives ont été prises. Nous pouvons en citer un certain nombre :
a - La circulaire mensuelle
Dès les premiers mois de la restructuration du Secrétariat, la décision fut
prise d'envoyer une circulaire mensuelle à toutes les écoles catholiques.
Cette circulaire comportait un certain nombre de thèmes importants qui
concernaient l'administration scolaire : y figuraient, par exemple, lois,
décrets, arrêtés ministériels, et autres textes de portée réglementaire. Ces
textes étaient accompagnés d'une note explicative et de la procédure
43 d'application avec une invitation claire pour que toutes les écoles catholiques
appliquent ces instructions de la même manière. À cet effet, le Secrétariat a
formé une commission pour préparer ces dossiers et les soumettre au Conseil
exécutif pour approbation et exécution. Apparaissait aussi dans cette
circulaire tout ce qui se publiait dans la presse concernant l'éducation et en
particulier la politique éducationnelle. Bien d'autres informations s'y
trouvaient, spécialement dans des articles pour ouvrir les horizons et faciliter
la comparaison avec les autres initiatives au Liban et à l'étranger. Ceci aidait
l'administration scolaire à rester en lien avec la communauté éducative locale
et internationale.
b - Le colloque annuel
Après quelques mois de travail sur la restructuration du Secrétariat et en
pleine crise des dispositions législatives sur l'éducation et la liberté de l'école
privée, une invitation fut adressée aux différentes écoles catholiques pour
une rencontre à Sayyidat el Bir durant les vacances de Pâques. À cette
réunion étaient conviés le ministre de l'Éducation nationale, le directeur de la
caisse d’indemnité des enseignants du privé et un certain nombre d'avocats
concernés par cette question. La réponse a été tellement positive qu'à la fin
de cette première journée il a été décidé de tenir un colloque annuel de trois
jours au début du mois de septembre. Ce qui a été fait et qui est devenu une
pratique pour les années suivantes. C'était à Pâques 1993 !
c - Les réunions par région
Très rapidement le Liban a été divisé en six régions pour pouvoir atteindre
les écoles catholiques dans leur milieu régional. Des réunions trimestrielles,
donc trois réunions par an ont été organisées dans les différentes régions. Le
Secrétaire général avec le conseiller juridique du secrétariat et un certain
nombre des membres du Conseil exécutif faisaient le tour du Liban au moins
trois fois par an. Ces réunions favorisaient la rencontre entre les chefs
d'établissement et leur permettaient d'échanger leurs expériences, de poser
leurs questions et d'exprimer leurs problèmes avec leurs voisins qui
partageaient les mêmes soucis. De plus, c'était une occasion unique pour le
Secrétaire général et ses compagnons d'être en contact direct avec tous ceux
qui travaillent sur le terrain, pour les écouter d'une part et pour leur
communiquer directement ce que le Secrétariat pensait, planifiait et avait
l'intention d'exécuter. C'était la manière la plus positive pour acquérir
l'adhésion du “terrain” au projet du Secrétariat et pour consolider l'unité de
ces écoles.
d - La fondation de l'association des écoles privées au Liban
Les écoles privées au Liban appartiennent à toutes les communautés
religieuses du pays. Certaines sont organisées à l'intérieur d’un cadre spécial
confessionnel, d'autres sont organisées à l'intérieur d'un syndicat qui essayait
de défendre ses droits; il est à noter qu'il y avait trois syndicats qui
44 s'adressaient chacun à un groupe diffèrent et parfois à la même clientèle.
Aucune organisation commune n'existait pour réunir tous ces groupes et les
faire réfléchir ensemble face aux défis qu'ils rencontrent. C’est en octobre
1993 qu’une première réunion eut lieu au Secrétariat des écoles catholiques.
À partir de cette réunion, une certaine distinction a été faite entre les écoles
appartenant à des communautés religieuses et celles qui appartenaient aux
syndicats. Les groupes appartenant aux différentes communautés religieuses
chrétiennes et musulmanes se sentaient beaucoup d'affinité et voyaient qu'ils
pouvaient mieux travailler ensemble. C'est alors que l'initiative a été prise
pour réunir d’une manière régulière ce qui a été appelé par la suite « le
groupe des six », c'est-à-dire : les écoles catholiques, les écoles
évangéliques, les écoles orthodoxes, les écoles de Makassed (sunnites), les
écoles de Ameliyya (chiites), et les écoles de Irfane (druzes). Ces écoles
représentaient plus de 60% du secteur privé de l'éducation.
6. L’ouverture à l’international
Au début de l'année 1994, j’ai reçu une invitation pour participer au congrès
et à l'assemblée générale de l'Office international pour l’Enseignement
catholique (OIEC) qui se tenaient à Rome. Il est à noter que le Liban était
parmi les 7 pays fondateurs de cet Office au début de l'année 1952. Mgr
Maroun, qui était alors Secrétaire général pour l’Enseignement catholique au
Liban, était dans le groupe fondateur.
J'ai répondu positivement à l'invitation, et ainsi j'ai eu ma première
expérience de ce qu'était l'O.I.E.C. Après une semaine de travail, faisant le
constat que la région du Proche-Orient et de l'Afrique du Nord avait perdu
de son dynamisme et que le père Nabil Gabriel devait cumuler les deux
fonctions de représentant de cette région et de secrétaire régional, on m'a
proposé de devenir le représentant de la région, et par conséquent j'ai été
immédiatement élu comme vice-président de l'Office.
Ainsi commença ma collaboration avec l'O.I.E.C. Dans cette position, je
pouvais avoir une vision plus large et plus profonde des réalités de
l'éducation, non seulement dans la région du Proche-Orient et de l'Afrique du
Nord mais plus largement dans les différents continents du monde. Cette
formation à l’international a été pour moi une source très riche d'une
réflexion approfondie et comparative sur les réalités de l'éducation et du
système éducatif dans notre pays, et plus particulièrement, sur la situation de
nos écoles catholiques. C'était aussi un lieu d'inspiration pour mieux évaluer
les effets que pouvait entraîner la restructuration des écoles catholiques au
Liban.
Cet engagement dans l'Office international pour l’Enseignement catholique
m'a aussi donné l'occasion d'entrer en contact avec des personnes très
impliquées dans ce domaine, en particulier le Secrétaire général de l'Office,
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