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Le savoir en reliance

De
198 pages
Cet ouvrage traite de l'intelligence reliante et pratique ou métis que développe l'univers mental du chercheur, de l'ingénieur, de l'étudiant ou de l'artisan en formation... Il s'agit de ce que Giambattista Vico, théorisant pour "La Science Nouvelle ", dès 1725, appelait "cette étrange faculté de l'esprit humain qui permet de relier, de manière rapide, appropriée et heureuse, des choses séparées". Š
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Cultures, éducations et patrimoines Cultures, éducations et patrimoines
Le savoir en reliance
Les voies de la recherche
Cet ouvrage sur l’ingénierie du savoir touche à des points de l’histoire des
techniques et de l’intelligence appliquée ou pratique telle qu’elle se manifeste
dans le savoir-faire de l’artisan, du chercheur, de l’ingénieur, du responsable
de formation… Il relève également de la psychologie de la connaissance
puisqu’il cherche à dé nir une catégorie mentale, liée à des conditions de
lieu et de temps, et précise un mode d’organisation et d’action, une série
des procédés suivant lesquels elle opère, des règles logiques et parfois
asymétriques implicites auxquelles elle obéit. La présence de cette intelligence
reliante et pratique ou métis dans l’univers mental du chercheur, de l’ingénieur,
de l’étudiant ou de l’artisan en formation peut bien être déchiffrée dans le jeu
des pratiques sociales, les démarches intellectuelles et dans le système des
valeurs où son « emprise » se manifeste de façon parfois importante, même si
elle apparaît toujours plus ou moins « en creux », immergée dans une pratique
qui ne se soucie, à aucun moment, alors qu’elle l’utilise, d’expliciter sa nature,
ni de justi er sa démarche.
André de Peretti souligne à propos de l’ouvrage : « C’est une lecture pleine Le savoir
d’agréments, portant à de fertiles ré exions aussi bien qu’à des dispositions
pratiques et poétiques, qu’on peut attendre de l’ouvrage de Mohammed
Melyani. J’aimerai placer, en tête de mes propres satisfactions, le sentiment
que cet auteur a su bien user de ce que Giambattista Vico, théorisant pour en reliance
« La Science Nouvelle », dès 1725, appelait «cette étrange faculté de l’esprit
humain qui permet de relier, de manière rapide, appropriée et heureuse, des
choses séparées ».
Les voies de la recherche
Mohammed Melyani est maître de Conférences à l’Université de Picardie Jules Verne
d’Amiens, et responsable du Master Pro II international « plani cation et gestion des
projets et politiques d’éducation : approches internationales ». Il est Habilité à diriger
les recherches (HDR) en Sciences de l’éducation de l’Université de Tours. Il conduit Mohammed Melyanidepuis une vingtaine d’années des travaux de recherche sur la professionnalisation,
les processus de recherche en éducation et leurs plani cations, les stratégies
et politiques d’apprentissages, l’ingénierie du savoir, du social et l’interculturel, la
mémoire et l’altérité.
ISBN : 978-2-296-99468-3
17 €
Mohammed Melyani
Le savoir en reliance





Le Savoir en reliance





















Cultures, éducations et patrimoines
Collection dirigée par
Mohammed Melyani et Abderrahman Tenkoul

Avec la collaboration de Mohammed Amar, Farida Bouhassoune, Ahmed Chabchoub,
Fouad Chafiqi, Abdelwahab Dbich, El Khamar El Alami , Abdelmajid Kaddouri,
Martine Lanibayle, Nadir Marouf, Pascal Galvani , André de Peretti, Gaston Pineau ,


Collection multidisciplinaire, elle concourt à la réflexion contemporaine sur les
sciences de l'Homme et leurs usages. Privilégiant l'approche plurielle, elle
publie des travaux sur le lien culture - éducation - patrimoines, leurs
transmissions, développements, actions et applications à des domaines pratiques
de la vie sociale. C'est en faisant interagir les disciplines, leurs concepts et leurs
méthodes, que l'on veut réinterroger les liens culture - éducation - patrimoines.

La zone méditerranéenne, notamment les relations franco-marocaines, est
privilégiée, mais la collection n'est pas fermée à l'étude des autres régions, en ce
qu'elle apporte un progrès à l'analyse des relations entre l'action des différentes
formes culturelles, d'éducation et de patrimoines.












Mohammed MELYANI




Le Savoir en reliance
Les voies de la recherche



Préface : André de Peretti









































© L’HARMATTAN, 2012
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-99468-3
EAN : 9782296994683 -------------------------------------- 7
Partie I : Ingénierie créatrice du savoir -------------------------------- 11
1- Métis et savoir-faire en ingénierie du savoir.----------------------- 13
2- Ingénierie versus ruses ------------------------------------------------- 17
3- Ingénierie de la connaissance et gestion de l’incorporel --------- 29
4- D'une démarche qui "fabrique" à un processus qui "laisse
advenir" -------------------------------------------------------------------- 37
5- Expérience, transformation et intuition ----------------------------- 53
6- De l’ingénierie adaptative à l’épistémologie de la pratique------ 81
Conclusion de la première partie ---------------------------------------- 91
Partie II : De l’expérience transformatrice ---------------------------- 93
1- Ingénierie créatrice et transformations méthodologiques.------- 95
2- De l’intériorisation des normes d’apprentissage------------------ 109
3- De l’apprentissage de la recherche---------------------------------- 121
4- Cyberculture et nouveaux modes de transformations------------ 153
5- Maître et disciple : l’expérience de la transformation ----------- 167
Conclusion de la deuxième partie -------------------------------------- 191

C’est une lecture pleine d’agréments, portant à de fertiles réflexions aussi
bien qu’à des dispositions pratiques et poétiques, qu’on peut attendre de
l’ouvrage de Mohammed Melyani. J’aimerai placer, en tête de mes propres
satisfactions, le sentiment que cet auteur a su bien user de ce que
Giambattista Vico, théorisant pour « La Science Nouvelle », dès 1725,
appelait « cette étrange faculté de l’esprit humain qui permet de relier, de
manière rapide, appropriée et heureuse, des choses séparées ».
Car nous pouvons être bel et bien saisis, au travers des pages et des
chapitres des deux Parties de ces thèses sur l’«Autoformation» et
l’«Ingénierie», par la « reliance » intelligente qui nous est assurée ; entre des
données lexicographiques qu’elles soient grecques ou arabes, de même qu’à
des références culturelles nous mettant en rapports contrastés avec des
sagesses chinoises et des subtilités musulmanes, aussi bien qu’av
conceptualisations et des enquêtes méthodiques, plus communément
occidentales !
Nous voyons ainsi, au long des pages, mis en relief par des perspectives ou
des citations orientales, savoureuses, l’« Ingenium» occidental en œuvre
dans les disciplines universitaires. Nous pouvons y être plusieurs fois mis en
éveil par «Le rêve du Papillon» de Tchouang-Tseu, mais aussi
heureusement éclairés en voyant les sciences des moyens et des
modélisations bien affinées en tant que « sciences de la ruse » par l’« habile
pensée musulmane » !
Plus généralement, on peut sentir réconciliés, reliés étroitement, l’Homo
Sapiens et l’Homo Faber ; peut-être aussi Pythagore et Ulysse, sinon
Bergson et les Soufis ! Côte -à- côte à nos déambulations hypothético-
déductives, « démonstratives », sont rappelées des « monstrations », selon
une autre logique, intuitivo-imaginative, ou mieux « empiricoinductive »,
indispensable aux créations et à l’Autoformation. Et il est aussi piquant
d’entrevoir les relations entre le « Maître » et le « Disciple » accommodées
dans l’esprit de la mystique musulmane : amoureusement !
Car l’effort original de Mohammed Melyani est de tenter de mieux relier les
investissements universitaires, et le rapport au savoir des étudiants, à leurs
potentialités concrètes, à leurs « figures d’apprentissage » personnelles, à
leur diversité, à leurs idiosyncrasies respectées : tant en eux, comme en
chacun, « la totalité du soi dépasse le moi « conscient ».
S’il se et nous prépare donc à l’examen des problèmes existentiels de
l’apprentissage en université, d’abord par des réflexions fines sur
l’ingénierie de la connaissance, il entreprend corrélativement, dans les
7
',%'
#','))formes d’une recherche, de nous faire approcher originalement du vécu
ressenti par 120 étudiants en formation initiale, mais aussi de l’épreuve, «
initiatique », subie par 17 doctorants affrontés aux tourments d’une «
thèse ».
Le « compagnonnage » des enseignants est alors dessiné progressivement
aux côtés des étudiants, dans leurs péripéties responsables d’apprentissages
cognitifs autant que de formation personnelle (ou « l’auto » s’entend !) et ce
dessin (ou dessein) est tracé dans des termes qui incitent opportunément à
échapper aux banalisations et aux médiocres routines d’enseignements
abstraits, faits d’avance et sans souci des personnes réelles, en universités
closes!
Mais il s’agit, opportunément pour notre époque émulsionnaire, de restaurer
les relations aussi bien entre théories et pratiques, qu’entre « chercheurs » et
« ingénieurs », entre universités et entreprises de productions, en vivante
inter-fécondité. Car la complexification de tous les rapports entre les acteurs
et les symbolisations, dans l’accélération planétaire de tous les changements
d’échelle imposés aux phénomènes humains, requiert désormais le
développement généralisé de processus et approches de médiation : aussi
bien au plan mondial qu’à celui de chaque individu, multiplement.
Il y a, dans ces conditions, une invitation heureuse que nous fait Mohammed
Melyani, d’accorder à la « stratégie » de l’ingénierie » (apportée aux projets
de formation et d’autoformation) une précaution de « laisser advenir », de
savoir tirer parti de la situation pour se laisser « porter par elle », de « faire
parler la réalité » afin de plus adéquatement « piloter le changement »
intériorisé. Ainsi peut-être mise à profit l’« expérience » concrète d’« essais
» et d’« erreurs », forgeant la conscience et ouvrant l’esprit des apprenants
sur l’ampleur du réel, au-delà des abstractions inductives.
On peut alors se trouver heureusement étonné de voir rehausser
« l’expérience et l’autoformation » jusqu’au niveau de la « Sophia », c’est-à-
dire du « Féminin créateur », signifiant une « vie » réanimée dans le travail
intellectuel et l’ajustement des rapports professionnels. Paul Claudel jadis
avait bien désigné comme « co-naissance » le partage des savoirs et la
communication de l’expérience en réciprocité. Et Mohammed Melyani peut
citer avec justesse Kierkegaard rappelant que « La vérité n’existe pour
l’individu que lorsqu’il la reproduit en action ». Il y ajoute que cette Vérité
poursuivie, en acte et en potentialité imaginative, ne peut être dissociée des
sollicitations de la Beauté.
Oui, l’intuition peut être encouragée en chacun pour assurer une
« structuration adaptative » ou adaptatrice « du réel », préparant la reliance
des « parties » au « tout ». Oui, l’« empathie » ou l’« insight » peuvent aider
8à une unification intérieure, appropriée aux acquisitions de savoirs et à
l’ajustement des projets professionnels. Dans le même temps, il est sage que
soit comprise et soutenue l’organisation patiente du « processus créatif »
permettant la fabrication progressive « d’objets et d’outils », aussi bien que
d’idées et de conceptualisations originales.
A ces effets, Mohammed Melyani nous présente, d’après G. Wallas, une
distinction pertinente de cinq « stades de la construction et de
l’expérimentation » en université : l’« information » anxieusement
recherchée ; l’« incubation » patiente ; l’« illumination », par nature souvent
brève, par laquelle se forme la « solution » des problèmes posés : la
« vérification » des intuitions et de la « au « crible de la raison
déductive » ; enfin la « formulation » assurant un « passage au niveau » de
l’intuition collective… et des habitudes universitaires. Au terme du
changement personnel obtenu durement, il est souligné avec Henri Bergson
que celui-ci est « chose spirituelle et imprégnée de spiritualité ».
On ne s’étonnera donc pas que l’auteur insiste sur la « révélation » inhérente
à l’intuition compréhensive et qu’il nous invite à prendre en considération
un « temps psychique discontinu », en lequel se mouvoir, la main cependant
donnée à un surprenant « guide invisible». Il nous raccorde ainsi à «
l’Imagination créatrice dans le soufisme d’Ibn Arabi », telle qu’exposée par
Henri Corbin. Et il profile, dans les parcours de formations, entre autres
«capacités résilientes » que les individus ont à développer auto-
formativement, celle énoncée par Schopenhauer : de ne point céder à
l’adversité mais de marcher « hardiment contre elle ». Ce qui est tellement
ajusté aux épreuves des « thésards » !
Mohammed Melyani nous met donc en mesure de partir « du constat du
blocage des étudiants à l’université » pour mieux définir un
«accompagnement méthodologique ouvert », en vue de les aider à
rechercher opiniâtrement un « état de compétence » et un courage pour
« plonger dans l’inconnu » avec leur(s) « bagage(s) de connaissances ». Il
s’agit, par suite, de traiter le paradoxe créatif d’une « assistance »,- selon
une attitude et un soutien d’ingénierie -, à la « construction de l’autonomie
du futur chercheur ».
Par « un va-et-vient multivarié entre théorie et pratique », les étudiants
pourront être entraînés à « décoder » et « décortiquer » une réalité, puis à «
rassembler et regrouper des éléments », enfin « à faire parler la réalité » et à
« interpréter les données ». Ils auront, accompagnés, à passer par « trois
épreuves initiatiques » : « l’expérience de soi, celle de la connaissance, celle
de la méthode », reliées en boucles de changements. C’est ce que tend à
vérifier la recherche auprès d’échantillons d’étudiants dont les résultats sont
exposés dans la deuxième partie de l’ouvrage : ils sont d’un vif intérêt,
9accusant des « ruptures », mais aussi une variété nécessaire
d’accompagnement, convenant à un « modèle heuristique de l’autonomie ».
Des extraits parlant des réponses, notamment faites par les doctorants,
éclairent sur les aspects, aussi bien émotionnels et affectifs que relationnels
et cognitifs, qui sont inextricablement reliés dans le vécu de leur
autoformation, dans leur « navigation sur l’océan des savoirs », même aidés
sinon « engloutis » par l’informatique et une cyberculture. Et celles-ci
pèsent désormais sur les « formes », pratiques, cognitives ou spirituelles,
dévolues aux individus ou à leurs relations.
Au champ de la complexité qu’il nous fait allègrement explorer, Mohammed
Melyani nous accompagne, pour bien finir, vers une conception orientale de
synthèse, celle de « l’homme universel ». A nouveau les inspirations arabes
nous sont proposées dans « l’expérience de la transformation créatrice »,
entre maître et disciple : allant, pour ce dernier, d’une phase d’abandon, de
séparation ou de détachement, à une phase d’initiation maturante, puis à une
phase de renforcement et de certitude, et enfin à une phase de
métamorphose.
Un souffle de légèreté nous est ainsi communiqué par la reliance au
Soufisme. Et il peut être réconfortant, et plaisant, pour tout professeur,
même d’université !, de prendre connaissance de la symbolique et des
appellations qui peuvent lui être accordées, s’il lui advenait de penser, dans
sa mission enseignante, à s’intéresser à la personne même de chacun de ses
étudiants, non plus insérée dans un « triangle pédagogique », mais évoluant
dans le spirituel « cercle » de l’autonomie créatrice et reliante…
André de Peretti
10Partie 1
Ingénierie créatrice du savoir1
Métis et savoir-faire en ingénierie du savoir
Le voyage de mille lieux, il a commencé par un pas.
Qui touche à tout, détruit tout.
Qui veut tout prendre perd tout.
Demeure aussi prudent au terme qu’au début
1
Tu préviendras l’échec.
Ce travail sur l’ingénierie du savoir touche à des points de l’histoire
des techniques et de l’intelligence appliquée ou pratique telle qu’elle se
manifeste dans le savoir-faire de l’artisan, du chercheur-ingénieur, du
voyageur… Il relève également de la psychologie de l’autoformation
puisqu’il cherche à définir une catégorie mentale, liée à des conditions de
lieu et de temps, et précise un mode d’organisation et d’action, une série des
procédés suivant lesquels elle opère, des règles logiques et parfois
asymétriques implicites auxquelles elle obéit.
La présence de cette intelligence pratique ou métis dans l’univers
mental de l’ingénieur ou de l’artisan en formation peut bien être déchiffrée
dans le jeu des pratiques sociales, les démarches intellectuelles et dans le
système des valeurs où son « emprise » se manifeste de façon parfois
importante, même si elle apparaît toujours plus ou moins «en creux »,
immergée dans une pratique qui ne se soucie, à aucun moment, alors qu’elle
l’utilise, d’expliciter sa nature, ni de justifier sa démarche.
La métis de l’ingénieur est bien une forme d’intelligence et de
pensée, un mode du connaître ; elle implique un ensemble complexe, mais
très cohérent d’attitudes mentales, de comportements « intellectuels » ou
para-intellectuels qui combinent le flair, la sagacité, la prévision, la
souplesse d’esprit, la feinte, la débrouillardise, l’attention vigilante, le sens
de l’opportunité des habiletés diverses, une expérience longuement acquise.
Elle s’applique à des réalités fugaces, mouvantes, imprévisibles,
1 Lao-Tseu, La voie et sa vertu, texte présenté et traduit par Houang-Kia- Tcheng et Pierre
Leyris, Paris, Le Seuil, 1949, p. 115.
13déconcertantes et ambiguës… Or, dans le tableau de la pensée, de la
connaissance et du savoir qu’ont dressé les philosophes, les historiens, les
économistes, les sociologues et les psychologues… et tous les théoriciens de
la connaissance, toutes les qualités d’esprit dont est faite la métis -
l’expérience pratique, l’ingénierie, ses tours de main, ses ruses et adresses,
ses stratégies - sont le plus souvent rejetées dans l’ombre, effacées du
domaine de la connaissance véritable et ramenées, suivant le cas, au niveau
de la routine, de l’inspiration hasardeuse, de l’intuition, de l’opinion
inconsistante ou de la pure et simple charlatanerie.
Certes, ces affirmations devraient être nuancées, car des théoriciens
de la connaissance dans des domaines variés, soulignent, dans les processus
de construction et de production du savoir, l’importance de l’expérience, le
rôle de la dextérité, la sûreté du coup d’œil, la pénétration de l’esprit à
l’œuvre dans les entreprises où la métis s’efforce, en tâtonnant par
conjecture, d’atteindre le but visé, relevant d’un mode de connaissance
extérieure à l’épistémé, au savoir, étranger à la vérité «scientifique».
D’autres chercheurs, penseurs et philosophes (Aristote, Machiavel, Averoès,
Ibn Al Haytham par exemple) ont souligné le rôle de la prudence et de
l’intelligence pratique dans leurs démarches et orientations et d’autres ont
conservé les habiletés artisanales, tout ce qui, par l’emploi d’instruments de
mesure, peut s’intégrer à une connaissance de type mathématique ou
physique, et fournir au chercheur le modèle d’une « démiurgie » produisant
au sein du devenir, à partir des formes, une œuvre réelle, stable et organisée
autant qu’il est possible.
Cependant, pour l’essentiel, il convient de souligner que la
connaissance (écrite et enseignée) telle qu’elle se développe au IVe siècle
jusqu’à aujourd’hui, marque une rupture nette avec un type d’intelligence et
d’expérience qui, tout en maintenant dans ce vaste secteur, la politique
(diplomatie), l’art militaire, la médecine, « l’informatique », le savoir-faire
artisanal, n’en apparaît pas moins décentré, dévalorisé par rapport à ce qui
constitue désormais, le foyer de la science.
Dans l’univers intellectuel grec et occidental, contrairement à celui
des penseurs chinois, indiens ou arabes, une dichotomie radicale oppose
l’être et le devenir, l’intelligible et le sensible, deux plans de réalité
s’excluant mutuellement. D’un côté, le domaine de l’être, de l’un, de
l’immuable, du limite, du savoir droit et fixe ; de l’autre, le domaine du
devenir, du multiple, de l’instable, de l’illimité, de l’opinion biaisée et
flottante. Dans ce cadre de pensée, la métis et l’expérience ou intelligence
pratique ne peuvent avoir de place : ce qui les caractérise, c’est précisément
d’opérer par un continuel jeu de bascule, des allers et retours entre pôles
14