Les handicaps à la scolarisation de la jeune fille en Afrique noire

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L'auteur s'est appesanti sur les principaux facteurs de blocage de la scolarisation de la jeune fille en Afrique noire. En abordant les cas du Togo, du Bénin et du Tchad, il a fait une analyse minutieuse des déterminants institutionnels, culturels et socio-économiques qui font obstacle à la scolarisation de la jeune fille. Cette situation dramatique interpelle la conscience moderne en raison des multiples contradictions qu'elle génère et qui freinent le développement intégral du continent noir.
Publié le : vendredi 1 février 2008
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EAN13 : 9782336279329
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LES HANDICAPS À LA SCOLARISATION
DE LA JEUNE FILLE EN AFRIQUE NOIRE@ L'HARMATTAN,2008
5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan 1@wanadoo.fr
ISBN: 978-2-296-04986-4
EAN : 9782296049864AMOUZOU Essè
LES HANDICAPS À LA SCOLARISATION
DE LA JEUNE FILLE EN AFRIQUE NOIRE
L'HARMATTANAvant - propos.
Certains principes en Afrique noire doivent être défendus,
proclamés et promus, au-delà des cultures et des traditions
ancestrales. Parmi ceux-ci, la charte des Droits de l'Homme
est un texte fondamental pour la communauté humaine. Et
l'humanité inclut les êtres féminins, -mieux, elle repose sur
elles.
Dans l'Afrique noire traditionnelle, il existe encore des
religions, des coutumes, des rites et des mœurs qui restent
largement favorables à la non scolarisation des filles parce
qu'elles sont de sexe féminin. L'idée que l'on continue de se
faire de la femme étant toujours rétrograde, il va sans dire
que les efforts pour l'émancipation et l'épanouissement de la
future femme restent dans l'impasse malgré la volonté
affirmée de certains dirigeants politiques de lever les
obstacles qui obstruent la voie à une véritable évolution de la
gent féminine.
Si dans les sociétés industrielles, la condition des femmes a
spectaculairement progressé au cours du XXe siècle comme
l'écrit si bien Christine OCKRENT dans le livre noir de la
condition des femmes en Afrique noire, les filles et partant
les femmes du continent africain n'ont pas encore conquis
leur place pour la simple raison que les couvents et les
fétiches n'ont pas encore fini de dire leur mot et la coutume
qui veut voir la fille en train de servir la mère en permanence
au foyer demeure toujours vivace.
Le débat autour de cette question sur la situation de la fille
n'est pas encore clos. Les pouvoirs publics et les
organisations internationales ainsi que les ONG de proximité
continuent d'œuvrer inlassablement pour faire reculerdavantage les frontières de l'ignorance en vue de permettre
une meilleure scolarisation des filles en Afrique.
Quand on sait que l'amélioration de la condition des filles
dans le domaine éducatif et le développement économique
sont étroitement liés, on comprend l'importance capitale qu'il
convient d'accorder à la lutte contre toutes les formes de
régression qui sont responsables du retard des filles dans
plusieurs domaines de la vie sociale.
L'auteur
6INTRODUCTION
La problématique du genre demeure une préoccupation
largement partagée, tant au niveau national qu'international.
Les littératures traditionalistes devenues aujourd'hui
caduques et qui ont fait de la fille en général celle qui doit
uniquement s'occuper de la cuisine et du ménage sont
aujourd'hui subrogées par des discours valorisants du genre
féminin. Il n'est donc plus à démontrer qu'au regard des
exigences du développement qui intègrent pour des raisons
de viabilité et de représentativité la couche féminine, la base
de la personnalité intégrative de ce maillon féminin est sans
nul doute l'éducation et la scolarisation.
En effet, dans les Objectifs du Millénaire pour le
Développement (OMD) en matière d'éducation, une part
importante est réservée à la scolarisation de la jeune fille. Il
n'est donc plus question, eu égard à la nécessité de parvenir à
une Education Pour Tous (EPT) d'ici 2015, d'entretenir une
inégalité des chances d'instruction et de scolarisation entre
les filles et les garçons. Le vœu en la matière est d'arriver à
une parité - genre dont la finalité serait que tous entrent dans
leurs droits fondamentaux et parviennent à s'imposer sur
l'échiquier de la culture et du développement.
En 1975, l'année internationale de la Femme était décrétée et
la décennie des Nations Unies pour la femme (1975-1985) a
été mise en exergue par la Conférence Mondiale des Nations
Unies. Les cinq (5) conférences internationales organisées
respectivement à Copenhague en 1980, à Nairobi en 1985, à
Mexico en 1990, à Beijing (Pékin) en 1995 et la session
extraordinaire de l'Assemblée Générale des Nations Unies à
New York en 2000 sur le thème: «Femmes en l'an 2000 :
èmeégalité entre les sexes, développement et paix pour le 21
Siècle» avaient pour but fondamental d' œuvrer àl'intégration complète de la femme et à la restitution totale de
ses droits.
Aussi, quel que soit le niveau d'analyse considéré sur le plan
national et/ou international, les options et les stratégies
valorisantes convergent vers une impérieuse nécessité de
faire de la fille ce qu'elle doit être, c'est-à-dire une véritable
actrice du développement qui, par conséquent, doit disposer
d'un outillage culturel et intellectuel pour s'intégrer
harmonieusement, en ce troisième millénaire, dans le vaste
mouvement de la mondialisation.
Dès lors, s'appesantir sur les facteurs qui facilitent la
scolarisation de la fille de même que sur ceux qui justifient sa
déscolarisation et sa non-scolarisation, c'est aborder un
thème brûlant de l'heure. Aujourd'hui et plus que jamais, il
convient d'étudier minutieusement tous les éléments qui
entrent dans l'analyse des tendances discriminatoires de la
jeune fille surtout en matière d'éducation où il est question de
voir ce qui explique la faible proportion de filles.
En outre, comme le souligne un rapport de l'UNICEF, deux
tiers (2/3) des enfants non scolarisés sont des filles alors que
deux tiers (2/3) des analphabètes sont des femmes (cf.
UNICEF - situations des enfants dans le monde - rapport de
1996). Ces références, quoique basées sur des statistiques
internationales, indiquent que le genre féminin, quel que soit
le milieu concerné, est affecté à la fois par la déscolarisation
et la non-scolarisation. Il ne s'agit donc pas d'observer ces
deux phénomènes mais de voir ce qui les justifie et les
explique afin de chercher les voies et moyens pour les réduire
et si possible les enrayer définitivement.
Ceci est d'autant plus important que «dans la plupart des
pays, on constate au niveau du primaire que deux écoliers sur
trois sont des garçons et que les filles abandonnent plus
8fréquemment et plus tôt que leurs condisciples de l'autre
sexe.» (Chabaud, 1971). Cela se remarque à travers
différentes sources statistiques: en 1990, on évalue que 62%
de tous les analphabètes sont des femmes alors que ce taux
n'était que de 60% en 1980; en 2005, sur les 860 millions
d'adultes analphabètes au monde, les 3/4 étaient des femmes
alors que sur les 104 millions d'enfants non scolarisés, 57%
étaient des filles_
Cette situation masque en fait des disparités perceptibles
entre les régions et les pays. Et à l'intérieur même de ces
pays, les écarts sont importants: les pays d'Afrique
Subsaharienne apparaissant comme ceux où la variable genre
influe considérablement dans l'envoi des enfants à l'école.
En effet, en Afrique Noire, le bilan de l'EPT (Education
Pour Tous) en l'an 2000 révèle que non seulement 58% de
filles n'ont pas accès à l'école, mais également qu'il existe un
grand nombre d'abandon parmi celles qui y accèdent. (P.
AKAKPO -2001).
« Dans Il pays dont 7 se trouvent en Afrique Subsaharienne,
les filles ont moins de 20% de chance que les garçons
d'entrer à l'école. Les pays dont l'indice de parité entre les
sexes (IPS) est inférieur à 0,80 risquent de ne pas atteindre
les objectifs - de l'Education Pour Tous (EPT) d'ici 2005. Le
Bénin, le Burkina Faso, la Guinée Bissau, le Mali, le Niger,
le Pakistan, le Tchad sont les pays qui enregistrent le plus
mauvais score en matière d'accès des filles à l'école, avec des
Indices de Parité entre les Sexes inférieurs à 0,75»
(Anonyme, 2005).
C'est justement pourquoi la présente contribution se propose
de faire un voyage de prospection et d'analyse critique dans
les dédales de la situation relative à la déscolarisation et de la
non scolarisation des filles dans trois pays de l'Afrique
9subsaharienne où le problème reste des plus préoccupants. Il
s'agit en l'occurrence des pays comme le Togo, le Bénin et le
Tchad où il y a nécessité de déceler les facteurs et
déterminants majeurs de ce phénomène. Ceci est d'autant
plus important que la scolarisation des filles apparaît sans
conteste comme un enjeu fondamental du- développement
humain durable.
10COMPRENDRE LA DESCOLARISATION
ET LA NON SCOLARISATION
DES FILLES AU TOGOAnalyse contextuelle du problème
En Afrique Subsaharienne, les progrès réalisés dans le
domaine de l'éducation depuis les indépendances sont
considérables. Cependant l'on constate ces dernières années
que malgré les efforts consentis et l'appel lancé aux
dirigeants du monde entier à la conférence de «Jomtien» en
Indonésie en vue d'assurer l'éducation pour tous à l'horizon
2000, il n'a pas été possible d'assurer une éducation de base
complète à tous les enfants en âge d'aller à l'école, en
particulier aux filles.
En effet, dans certains pays comme le Togo, la difficulté
d'accès et de maintien à l'école est plus marquée pour les
jeunes filles. Selon certains observateurs, il suffit d'accroître
l'offre scolaire à travers la construction d'écoles et le
recrutement d'enseignants pour réaliser l'objectif de
l'Education Pour Tous. Cependant les recherches consacrées
à la demande scolaire montrent que le problème de la sous-
scolarisation des enfants, et particulièrement des filles, en
Afrique est plus complexe. Les seuls facteurs socio-
économiques n'expliquent pas suffisamment le contexte
global de l'envoi à l'école et le maintien dans le système
éducatif pour tous les enfants d'une même famille. La
nécessité d'aller au-delà de ces facteurs se révèle donc
incontournable pour une meilleure compréhension de la
problématique liée à la sous scolarisation des enfants, et
partant à la sous représentativité des femmes dans les
sphères de prise de décision en Afrique subsaharienne.
Le faible statut de la femme par rapport à I'homme à tous les
niveaux de la vie sociale et économique dans nos pays a ses
racines dans le construit social et se perpétue grâce aux
mécanismes de socialisation entretenus à travers les
générations. Ce construit social se répercute également sur les
opportunités offertes de façon différenciée par les parents aux
12enfants selon qu'ils sont de sexe masculin ou féminin,
notamment en ce qui concerne la mise à l'école et le maintien
dans le cursus éducatif lorsqu'il faut faire des choix face aux
contingences du contexte économique. Ces choix ont en
général été défavorables à la fille par rapport au garçon. La
même situation est répliquée par la société au stade adulte
face aux opportunités de la vie.
Le contexte de la scolarisation au Togo est similaire à celui
constaté dans la sous-région Ouest-Africaine. Le paysage
scolaire togolais est également caractérisé par une
discrimination sensible entre garçons et filles, ces dernières
étant les "laissés pour compte" du système. Selon une étude
réalisée dans le cadre du projet «Initiative France - Unicef
pour la scolarisation de la jeune fille en Afrique », la
discrimination à l'égard de la jeune fille dans le milieu
scolaire se retrouve aussi bien dans les comportements des
enseignants que dans les manuels scolaires. Certaines causes
de la sous-scolarisation des filles relèvent aussi de
l'ignorance des parents.
Il est vrai que de plus en plus, les parents comprennent
l'importance de la scolarisation de la jeune fille. Ainsi, dans
l'éducation de base, on constate qu'il y a presque autant de
filles que de garçons dans les basses classes. Mais à mesure
que l'on progresse dans le cursus scolaire, on remarque une
diminution de plus en plus accentuée des effectifs féminins
par rapport aux effectifs masculins. Il va sans dire que le
déséquilibre homme/femme constaté en aval est une
conséquence de la déperdition scolaire beaucoup plus accrue
pour les filles en amont, à mesure que l'on progresse dans le
système éducatif, même si au départ, les filles ont de plus en
plus les mêmes chances d'accès à l'éducation de base.
On affirme généralement que ce sont les échecs répétés, ainsi
que les grossesses précoces et non désirées qui entraînent
13souvent des abandons fréquents de la part des jeunes filles
qui, de ce fait, s'éjectent du système scolaire avec un niveau
d'instruction assez faible ne leur permettant pas dans tous les
cas d'être compétitives vis-à-vis de leurs confrères. Mais les
causes profondes de ces échecs particulièrement fréquents
chez les jeunes filles demeurent non élucidées.
Or, dans un processus de développement intégré, sectoriel ou
global, il est aujourd'hui indéniable que la scolarisation et
l'instruction des filles constituent des données fondamentales
à prendre en compte. La représentation et l'incorporation de
cette dimension instructive et éducative de la jeune fille dans
les sphères du progrès interpellent nombre de gouvernants
de pays africains dont le Togo qui ont accusé du retard pour
reconnaître et considérer cette valeur et cette importance du
genre féminin.
Cela revêt une importance capitale d'autant plus que les
statistiques scolaires montrent qu'il existe un grand écart en
nombre entre les filles et les garçons dans les salles de classe
et ceci de manière plus renforcée en milieu rural. Au Togo,
20 % d'enfants scolarisables sont exclus de l'école avec une
forte proportion de filles (Togo presse n° 6784 du 24 Mai
2004). Même parmi la faible population scolarisée, le niveau
global des abandons chez les filles est plus élevé soit 8,5%
contre 5,5% chez les garçons (annuaire statistique 2002 -
2003).
L'exclusion de la fille du système éducatif formel prend son
origine dans les représentations et pratiques sociales attachées
aux enfants. Ces filles sont défavorisées dans les
investissements que les parents consacrent à la scolarisation
et aux études de leurs enfants du fait que dans les
représentations collectives au Togo, le garçon est la
continuité de la famille. Par ailleurs, à l'Université de Lomé,
on enregistre chaque année plus de garçons que de filles à la
14Direction des Affaires Académiques et de la Scolarité. Pour
l'année universitaire 2005 -2006, les chiffres obtenus en
disent long sur la disparité dans ce domaine. En effet, 8540
étudiants se sont inscrits contre seulement 2655 étudiantes.
Au plan strictement gouvernemental, des dispositions
incitatives sont adoptées au Togo dans le but de promouvoir
et de sauvegarder les droits à l'éducation de la jeune fille.
C'est ainsi qu'il est institué ce que l'on peut appeler à loisir
«la discrimination positive» des frais de scolarité, c' est-à-
dire une réduction de ces frais aux filles par rapport à ceux
des garçons dans les établissements scolaires des cycles
primaire et secondaire, tout en tenant compte des spécificités
des régions administratives du Togo. Par ailleurs, les
Directions Régionales des Affaires Sociales se joignent aussi
à cette lutte pour la scolarisation des filles en effectuant des
tournées de sensibilisation et de conscientisation sur cette
question. Les stratégies d'ancrage sont aussi renforcées par
l'octroi préférentiel de bourses d'études aux filles au
détriment des garçons.
Concernant les prestations des Organisations Non
Gouvernementales et des Organisations Internationales, des
activités se font dans ce sens avec l'appui des structures de
proximité. On note à titre illustratif l'orientation de Plan
Togo qui travaille dans les préfectures de Tchamba, de
Tchaoudjo, de Blitta, de Sotouboua et de l'Est-Mono sur
l'éducation de la fille « Girls' Education » en parfaite
collaboration avec des structures comme FAWE, Crepa
etc.. .. Dans la préfecture de V0, on identifie Colombe et
dans le Golfe et les Plateaux, on retrouve «Cefilles» et
« AHUEF A» pour ne citer que ces organisations. Quelles
que soient les options gouvernementales et Iou privées, on
note une synergie fonctionnelle au profit de la fille en
général.
15Malgré tous les efforts consentis, on remarque encore un
écart en défaveur des filles en ce qui concerne la scolarisation
et la scolarité. Il n'est donc pas rare de rencontrer des filles
4ème,dans les villes qui ont au plus le niveau de la classe de
servir dans les débits de boissons ou dans les ménages à bon
marché. Celles qui servent dans les débits de boissons sont
exposées à beaucoup d'aléas sociaux: prostitution
clandestine, abus et ébats sexuels de la part des employeurs et
d'autres personnes avec toutes les conséquences éventuelles
que ces actes peuvent engendrer: grossesses non désirées,
infections sexuellement transmissibles et le VllIISIDA etc.. ..
Il arrive que celles qui sont victimes de ces actes ne trouvent
même pas d'auteur à la grossesse, ce qui complique
davantage leur situation. Celles qui sont employées à vil prix
dans les ménages n'échappent pas non plus à ces tentations
car il y en a qui sont abusées par leurs employeurs:
maltraitance, abus sexuel etc.. ..
Dans les villages, c'est surtout la non scolarisation des filles
qui est le constat le plus frappant. C'est le cas dans les
préfectures du Moyen - Mono et de V0 en particulier où il y
a bon nombre de filles qui n'ont jamais pu s'inscrire à l'école
pnmalre.
L'instruction étant considérée comme un paramètre
incontournable de l'émancipation de la fille, elle est en même
temps l'une des conditions d'évolution des communautés. Le
développement étant inséparable de l'instruction, elle-même
conditionnée par la scolarisation, il est donc clair que tout ce
qui ne favorise pas l'instruction et qui par conséquent
hypothèque l'intégration et l'implication du genre féminin
dans les mailles structurelles en matière de développement
soit la cible privilégiée de tout combat pour le progrès et
l'épanouissement. Il est donc paradoxal que face au rôle très
significatif que le genre féminin est appelé à jouer pour le
développement, on ne se penche pas sur les causes
16explicatives de la déperdition scolaire et de la non
scolarisation des filles au Togo.
S'atteler à l'identification des facteurs et des causes qui
limitent l'accès des filles à l'instruction ou à la scolarisation
devient un impératif majeur. L'aspect de l'équité genre dans
les étapes de la recherche en développement est une
préoccupation non moins importante dans la mesure où il
représente un grand défi que l'humanité se doit de relever.
C'est ainsi qu'il ne s'agira plus seulement de parler
théoriquement de l'importance de la scolarisation des filles
sans savoir pourquoi malgré les efforts faits dans ce sens, on
continue de faire le triste constat de l'existence de ce
phénomène social. La présente contribution se veut
pragmatique à plus d'un titre et il est question de répertorier
les éléments qui entrent dans l'émergence de cette
irrégularité qui retarde l'émancipation du genre féminin et
qui par conséquent ampute le pays d'une des parties
essentielles de son éclosion.
Situation du secteur de l'éducation formelle
Depuis 1975, il a été élaboré au Togo, un document cadre de
politique éducative intitulée «Réforme de l'Enseignement».
Ce document repose sur le principe de « l'Ecole Nouvelle»
qui est d'ailleurs la base de toute philosophie en la matière et
par conséquent l'essentiel des politiques convergentes du
secteur éducatif. Il répond à un souci d'étayement structurel
qui soit en étroit rapport avec les différents niveaux que sont
les enseignements primaire, secondaire et universitaire.
Trois (3) points fondamentaux définissent les politiques
contenues dans la Réforme de 1975 au niveau primaire. Il
s'agit de :
- la nécessité de démocratisation de l'école qui doit être une
structure réellement démocratique censée offrir des chances
17égales à tous, aux filles comme aux garçons. A cette fin, elle
devra être obligatoire et gratuite pour les enfants de deux (02)
à quinze (15) ans. Par ailleurs, un système d'éducation post-
scolaire et permanent devra permettre à chaque apprenant de
continuer à peu de frais sa propre formation.
- une école plus rentable qui en appelle à plusieurs facteurs
notamment la qualification professionnelle du personnel
enseignant et d'encadrement formé en nombre suffisant dans
le but de prévenir les manques, l'acquisition du matériel
didactique adapté et en quantité suffisante. A cela, s'ajoute la
détermination de nouveaux rapports enseignant-enseigné
conçus dans l'esprit des méthodes actives et d'une institution
réellement démocratique. Il est aussi inscrit dans cette vision
de rentabilité, l'éducation parallèle des parents, le contrôle
systématique de la santé du personnel enseignant et des
élèves grâce à des visites médicales annuelles gratuites. La
réforme pédagogique à ce titre doit viser une éducation
intégrée à laquelle participeront les enseignants, les agents de
développement des secteurs de l'économie et les citoyens
qualifiés du milieu local. L'enfant ainsi formé sera mieux
préparé pour la vie et non plus uniquement pour le diplôme;
par conséquent, un système d'évaluation continue permettra
de suivre régulièrement ses progrès. Les critères de
recrutement et de rémunération dans la vie active devront être
aussi réétudiés en conséquence pour motiver les artisans de
l'éducation afm qu'ils donnent le meilleur d'eux-mêmes. En
confrontant l'orientation scolaire et les prévisions des plans
de développement, l'école nouvelle devra adapter sa
production aux besoins du développement rapide du pays car,
comme le dit un informateur: «il y a corrélation entre le
degré de développement d'un pays et le niveau d'éducation et
d'instruction de la population.»
Toujours au plan de la rentabilité, afin de réduire très
sensiblement les déperditions scolaires qui proviennent des
18enfants inadaptés ou handicapés (malades mentaux, malades
de l'ouïe etc...), des écoles spécialisées devront être créées et
au sein desquelles enseignants, médecins scolaires,
psychologues et orienteurs professionnels uniront leurs
efforts pour accompagner ces handicapés.
- une école adaptée au milieu en développement; dans ce
cadre, il est question de réhabiliter les langues nationales et
les valeurs culturelles et philosophiques positives qui doivent
pouvoir s'exprimer à l'école ainsi que toutes les formes
d'expression togolaises et africaines: expression orale,
plastique, musicale, technologique etc... Il est important de
créer un institut de linguistique proprement togolais qui se
chargera d'étudier ces langues à travers d'une part
l'élaboration par les organismes de recherche et de formation
pédagogique, les instruments indispensables à leur
enseignement, d'autre part, la formation et le recyclage des
enseignants.
Il faut préciser qu'à ce niveau, l'enseignement de ces langues
est prévu pour se faire à partir du cycle primaire mais, pour
des raisons de rapide adaptation par les apprenants des
normes pour l'apprentissage, il n'a pu commencer qu'à partir
du premier cycle du secondaire. L'orientation de ces
politiques qui concernent l'enseignement primaire incorpore
les écoles maternelles où les enfants entrent à l'âge de deux
(2) ans pour une période de trois (3) ans, l'école primaire où
les enfants entrent à l'âge de cinq (5) ans pour une durée de
six (6) ans. Il est donc prévu qu'à la fin de l'école primaire,
l'élève puisse acquérir les connaissances instrumentales lui
permettant d'aborder un enseignement pré professionnel qui
comprend l'enseignement des deuxième et troisième degrés.
Au niveau de l'enseignement du Deuxième Degré, les
politiques élaborées concernent les Collèges d'Enseignement
Général (CEG): les Collèges d'Enseignement Technique
19(CET), les Collèges d'Enseignement Agricole (CEA), les
Collèges d'Enseignement Artistique et Artisanal (CEAA).
Tous les élèves qui ont terminé l'enseignement du Premier
Degré devront accéder automatiquement à ces différents
établissements scolaires pour y recevoir un enseignement
identique pendant deux (2) ans.
Par rapport au cycle d'orientation où les établissements du
Deuxième Degré se distinguent vraiment les uns des autres et
les programmes aussi accusent leur spécificité; les
programmes des Collèges d'Enseignement Général seront
spécifiques et différents de ceux ventilés dans les CET, CEA
et CEAA avec aussi leurs particularités spécifiques. Dans ce
cas, l'orientation des élèves dans les différents types
d'Etablissements répondra à des critères qui tiennent compte
des goûts et des aptitudes des élèves de même que les besoins
du développement national. Le nombre des Etablissements de
chaque type est fonction des résultats de l'orientation
effectuée à la fin du cycle d'observation.
Stratée:ies sectorielles
Ecole Nouvelle
Les stratégies de l'école nouvelle s'inscrivent logiquement
dans les mailles des politiques sectorielles en cours
d'exécution. Ces stratégies sont basées sur le fait qu'il faut
que l'école soit rapprochée des apprenants à travers la
création d'établissements scolaires dans des localités reculées
afin de donner à tous les enfants la possibilité d'acquérir des
connaissances élémentaires. Aussi, l'offre scolaire doit être
proportionnelle à la demande scolaire et pour ce faire, il faut
susciter la demande si elle est faible; doter les établissements
d'un matériel didactique; former les enseignants, les
promouvoir. Les stratégies prévoient en outre la
décentralisation des structures ayant à charge l'éducation à
20travers la régionalisation des directions de l'éducation, la
création des écoles spécialisées.
Par ailleurs, dans l'optique de mener une action touchant les
enfants d'âge scolaire, le Togo a adhéré à la déclaration
mondiale de l'Education pour Tous (EPT).
Education Pour Tous
L'EPT fait suite à une déclaration mondiale sur l'éducation
pour tous qui sanctionné une conférence tenue du 5 au 9 mars
1990 à Jomtien en Thaïlande. Elle décrit un cadre d'action
pour répondre aux besoins éducatifs de base.
Dans ses principes comme dans son système, l'EPT stipule
que toute personne, enfant, adolescent ou adulte doit pouvoir
bénéficier d'une formation conçue pour répondre à ses
besoins éducatifs fondamentaux qui concernent aussi bien les
outils d'apprentissage (lecture, écriture, calcul, résolution des
problèmes) que les contenus fondamentaux (connaissance,
valeurs, attitudes) dont l'être humain a besoin pour survivre
et développer ses capacités. D'une façon générale,
l'Education Pour Tous poursuit six objectifs qui permettront
aux enfants dans le monde d'achever un cycle complet
d'études primaires. Il s'agit de :
favoriser la protection et l'éducation de la petite
enfance;
rendre l'enseignement primaire obligatoire et gratuit
pour tous;
développer l'apprentissage et le savoir-faire auprès
des jeunes et des adultes;
réduire de 50 % le taux d'analphabétisme des adultes;
atteindre la parité entre les sexes au plus tard en 2005
et l'égalité d'ici 2015 ;
améliorer la qualité de l'éducation.
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