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Protestantisme et enseignement en milieu cévenol

De
90 pages
Ces pages visent à décrire la naissance et le développement d'une institution d'enseignement secondaire, l'institution Olivier. L'originalité de cette institution apparaît en plusieurs points : d'obédience protestante et marquée par le Réveil méthodiste du XIXe siècle, de nombreux pasteurs et théologiens y ont été formés ; par le niveau élevé requis des élèves en matière d'humanités ; enfin par la place privilégiée accordée à la formation scientifique.
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our le voyageur qui gagne les Cévennes occidentales depuis la vallée du Rhône ou les plaines languedociennes, Ganges constitue un point de passage obligé. La ville, enserrée entre les vallées de l’Hérault et du Rieutort d’une part, les premiers contreforts du massif de l’Aigoual d’autre part, se situe en effet au carrefour de routes permettant, depuis Nîmes comme depuis Montpellier, l’accès à ces mêmes vallées. Les idées nouvelles, comme les marchandises, y circulent aisément. Depuis le Moyen Âge, la ville, qui s’est peu à peu développée autour d’un château primitif édifié au XIème siècle, est peuplée pour l’essentiel d’artisans travaillant les matières textiles. Loin de décliner, cette activité a connu un extraordinaire développement avec l’apparition vers 1700, de la sériciculture : à la veille de la Révolution, les marchands, fabricants et ouvriers de bas de soie envahissent les listes des témoins aux actes des notaires ou d’état civil. Ce monde reste largement dépendant des débouchés, puisque les bas de soie se vendent au loin. Les échanges s’opèrent le plus souvent sur la place de Nîmes : au XVIIIème siècle, c’est avec les commer7

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çants de cette ville que les fabricants gangeois tentent de s’associer en une commune « jurande ». « Boulevard du protestantisme », selon l’expression du très catholique historien Julien Rouquette, Ganges l’a été incontestablement. Majoritairement acquise à la Réforme dès le XVIème siècle, sa population, tant riche que pauvre, s’est donné un nombre élevé de consuls avant la révocation de l’Édit de Nantes, et, depuis les environs de 1750 jusqu’à l’Édit de tolérance de 1787, a vécu dans cet état étrange de semi reconnaissance que subissent les « religionnaires » de France et qu’atteste localement la tenue des registres d’état civil protestants. Bien loin de se diluer, comme cela était espéré par l’administration royale, la foi ancestrale s’est maintenue, et a pu s’exprimer librement dès les années qui ont précédé la Révolution. Dès lors, le XIXème siècle y a été vécu, non pas comme un temps de restauration politique, mais avant tout comme une nouvelle phase de liberté religieuse, laissant place aux expressions les plus diverses d’une foi par principe fondée sur le libre examen du Livre : aux côtés de fidèles attachés aux pratiques séculaires, pouvaient se créer des groupes, plus ou moins fournis, de partisans de formes modernisées de la religion. Ce dynamisme ne saurait être perdu de vue de nos jours, si prompts à accorder une connotation de vétusté aux minorités protestantes : en bien des lieux, et notamment à Ganges, le Réveil protestant du XIXème siècle a été vécu comme une expérience régénératrice et enthousiaste. Car c’est bien du Réveil, nanti d’une majuscule, qu’il s’agit. Ce mouvement, apparu d’abord en Allemagne chez les piétistes luthériens, mis en forme par les méthodistes anglais et très vite répandu aux États-Unis, vise à régénérer la tradition réformée à travers une sorte de « conversion » permanente destinée à donner vie à la foi. Dans les régions cévenoles, il s’agit de mouvements qui veulent « réveiller » une foi jugée assoupie, affadie, routinière et retrouver la foi si vive du temps des persécutions. Le Réveil a pris, en France et à l’étranger, des formes
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très variées, plus ou moins suivies par les fidèles, mais toujours facilitées par l’indépendance des Églises locales. Il a touché les milieux les plus divers, dans les villes comme dans les campagnes, entraînant aussi bien de modestes paysans que des personnages de haut rang, telle cette duchesse de Broglie, fille de Mme de Staël, ou les Pelet de la Lozère, qui furent, sous la Restauration, des bienfaiteurs discrets et efficaces du mouvement. Sous ce terme générique de Réveil, se trouvent néanmoins regroupés des courants fort divers. Les uns, directement dérivés du piétisme, mettent l’accent sur l’expression sentimentale de la foi, notamment à travers le chant de cantiques – et non pas seulement de psaumes – et parfois par des manifestations spectaculaires d’exaltation ; ce courant a été, et reste, puissant aux États-Unis. Un autre courant est plus intériorisé, voire intellectuel. Très attaché à la diffusion de la Bible, notamment grâce à l’implantation de missions, il pousse à la création de groupes de lecture, les études bibliques. Fortement influencé par des théologiens suisses et anglais, ce courant est avant tout représenté, dans le Midi, par les méthodistes anglais Charles Cook et Henry de Jersey. Rappelons que le méthodisme se distingue du calvinisme par son refus de la prédestination. Il s’adresse à tous, surtout aux petites gens, et les prédicateurs pouvaient, suivant les endroits, tantôt rassembler des foules importantes, tantôt être reçus à coups de pierres. Au XIXème siècle, la position institutionnelle de ces derniers est très difficile à définir en quelques mots. Beaucoup, en effet, se sont insérés dans le cadre traditionnel de l’église locale, dont ils deviennent parfois les piliers, comme cela s’est visiblement produit à Ganges1. D’autres – notamment lorsque la population du lieu s’est montrée hostile à des démonstrations de foi trop voyantes à son goût – ont formé des églises indépendantes, ce qui les a exclus des paroisses concordataires. Mais tous pratiquent une foi entourée de préoccupations sociales : ils veillent à secourir les plus pauvres, à prodiguer des soins de santé, à enseigner les enfants et les adolescents.

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