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Syndicats et formation

De
136 pages
Ce numéro met au jour les différentes formes de liens possibles entre syndicalisme et formation. Après une première partie historique, et une seconde institutionnelle, ce volume traite de la formation syndicale ou des dispositifs mis en œuvre par les organisations syndicales pour permettre aux militants d'exercer leur mandat de la meilleure façon possible, et d'autre part de la place prise par les syndicats dans le développement d'une politique de formation.
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Savoirs
© L’Harmattan, 2010
5-7, rue de l’École Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-13947-3
EAN: 9782296139473 Savoirs
Revue internationale de
Recherches en éducation
et éducation des adultes
2010 – 24

Syndicats et formation
Revue publiée avec le concours :
- de l'association Interface recherche
- de la Chambre de commerce et d'industrie de Paris
- de l'université Paris Ouest Nanterre La Défense
L'Harmattan Le Comité scientifique s’est constitué en association de droit français dénommée Associa-
tion internationale pour la promotion des recherches en éducation et formation des adultes
(Aiprefa). L’Aiprefa a été enregistrée au Journal officiel du 15 février 2003. L’association,
dont le siège social se situe à l’université de Paris Ouest Nanterre La Défense, est proprié-
taire de la revue. Elle en a les responsabilités d’édition, de gestion et de diffusion. Le bureau
du Conseil d’administration est composé de Jean-Marie Barbier, Jean-Pierre Boutinet, Philippe
Carré, Solveig Fernagu-Oudet, Cédric Frétigné, Gérard Jean-Montcler, Françoise L. Laot.
Comité scientifique
Brigitte Albero - Professeur de sciences de Sandra Enlart – Directrice Générale Entre-
l’éducation, Université Rennes 2 prise et Personnel
Jean-Marie Barbier -Professeur au Cnam Solveig Fernagu-Oudet - Maître de confé-
Christian Batal - PDG Interface Études et rences en sciences de l’éducation, Universi-
Formation té Paris Ouest Nanterre La Défense
Jean-Michel Baudouin - Professeur de Cédric Frétigné – Maître de Conférences en
sciences de l’éducation, Université de Ge- sciences de l’éducation, Université Paris Est
nève Créteil
Etienne Bourgeois - Professeur de sciences Gérard Jean-Montcler - Maître de confé-
de l’éducation, Université de Genève rences en sciences de l’éducation, Universi-
Jean-Pierre Boutinet - Professeur émérite de té Paris Ouest Nanterre La Défense
sociologie, UCO Angers Françoise F. Laot - Maître de conférences en
Philippe Carré - Professeur de sciences de sciences de l’éducation, Université Paris V
l’éducation, Université Paris Ouest Nan- Claudie Solar - Professeure d’andragogie et de
terre La Défense psychopédagogie, Université de Montréal
Pierre Caspar – Professeur émérite Chaire André Voisin – Enseignant chercheur au
de formation des adultes, Cnam Cnam
Denis Cristol - Responsable formation con-
tinue, Advancia-Négocia
Pierre Dominicé - Professeur émérite de
sciences de l’éducation, Université de Ge-
nève
Fondateur : Jacky Beillerot
Directeur de publication : Philippe Carré
Responsables scientifiques : Jean-Marie Barbier, Jean-Pierre Boutinet,
Gérard Jean-Montcler, Cédric Frétigné,
Françoise F. Laot
Responsable éditoriale : Solveig Fernagu-Oudet
Secrétaire de rédaction : Françoise Lemaire
Traductions français-espagnol : Dyanne Escorcia
Traductions français-anglais : Stephen Brewer

Revue SA VOIRS
Université Paris Ouest Nanterre La Défense

UFR SPSE, Bât. C. 207
200, avenue de la République - 92001 Nanterre Cedex
revue.savoirs@u-paris10.fr
http://netx.u-paris10.fr/savoirs Savoirs, 24, 2010

Syndicats et formation
Éditorial .................................................................................................................................. 7
Note de synthèse
Nathalie ETHUIN, Karel YON, Entre travail, citoyenneté et militantisme : un
panorama des travaux sur les relations polyphoniques entre syndicalisme et forma-
tion .......................................................................................................................... 11
Articles de recherche
Thomas DUMET, Analyser les situations d’enseignement et d’apprentissage :
l’exemple d’une formation dite « de base » ............................................................... 61
Annie JEZEGOU, Se former à distance : regard sur les stratégies d’autorégulation
environnementale d’étudiants adultes ....................................................................... 79
Comptes-rendus de lecture
BARBIER Jean-Marie, BOURGEOIS Étienne, CHAPELLE Gaëtane,
RUANO-BORBALAN Jean-Claude (dir.) (2009). Encyclopédie de la forma-
tion. Paris : PUF. (Cédric Frétigné) ................................................................. 103
Richard WITTORSKI (2007). Professionnalisation et développement profession-
nel. Paris : L’Harmattan coll. Action et savoir. (Solveig Oudet) ................ 104
Christian ALIN (2010). La geste formation : gestes professionnels et analyse des
pratiques. Paris. L’harmattan coll. Savoir et formation. (Denis Cristol) .... 105
Marc DURAND, Laurent FILLIETAZ (dir.) (2009). Travail et formation des
adultes, Paris, PUF : coll. Formation et pratiques professionnelles.
(Solveig Oudet).................................................................................................. 107
CEREQ (2009). Quand la formation continue. Repères sur les pratiques de forma-
tion des employeurs et des salariés. Marseille, Céreq. (Cédric Frétigné) ............ 108
Véronique BEDIN (dir.) (2009). L’évaluation à l’université. Évaluer ou con-
seiller ?, Rennes : PUR coll. Des sociétés. (Cédric Frétigné) ......................... 110
« La construction des parcours professionnels », Éducation permanente,
n° 181 (décembre 2009). (Solveig Oudet) .......................................................... 111
Vie de la recherche
Cirel ........................................................................................................................ 115
Les thèses en formation d'adultes ..................................................................... 120
Erratum
Le premier auteur de l’article « Registre d’utilisation des savoirs
didactiques en formation professionnelle des enseignants : le cas
d’une conseillère pédagogique » paru dans le numéro 22 est Jean-
Paul Dugal, MCF à l’IUFM de Limoges, Chantal Amade-Escot
en est le second auteur. Éditorial
Syndicats et formation est donc le thème de cette nouvelle livraison de la
revue Savoirs et, pour le traiter sous la forme d’une « note de synthèse »,
nous avons fait appel à deux chercheurs en science politique, Nathalie
Ethuin et Karel Yon. Dans le cadre d’une recherche financée par
l’Agence nationale de la recherche et au sein d’une équipe plus large, ils
ont en effet été amenés, d’une part à travailler sur les archives syndicales,
d’autre part à analyser en détail la littérature consacrée à cette question.
Dans leur note de synthèse, intitulée Entre travail, citoyenneté et militantisme :
un panorama des travaux sur les relations polyphoniques entre syndicalisme et forma-
tion, ils mettent au jour les différentes formes de liens possibles entre ces
deux mondes et remarquent au passage que ceux-ci ont été assez peu
étudiés jusqu’ici. Un retour aux sources était nécessaire pour conduire le
lecteur à comprendre les évolutions actuelles. La note présente donc une
première partie historique qui montre les rapports problématiques entre
l’éducation ouvrière et populaire, et la logique « éducationniste » qui pré-
evaut dans les tentatives de résolution de la Question sociale au XIX
siècle. Ils décrivent ensuite les effets de l’institutionnalisation, à la fois de
l’activité syndicale et de celle de la formation, dans l’après Seconde
Guerre mondiale. Deux aspects complémentaires de la relation syndi-
cats/formation sont étudiés dans cette note : d’une part, la formation
syndicale ou les dispositifs mis en œuvre par les organisations syndicales
pour permettre aux militants d’exercer leur mandat de la meilleure façon
possible et, d’autre part, la place prise par les syndicats dans le dévelop-
pement d’une politique de formation, qu’elle soit continue ou tout au
long de la vie. Les processus identifiés dans les évolutions de la forma-
tion syndicale (idéologisation, puis individualisation, professionnalisation
et morcellement) peuvent se retrouver dans d’autres domaines de forma-
tion. Il est donc intéressant d’en étudier les conséquences sur le plan
syndical ne serait-ce que pour mieux questionner les évolutions du
champ de la formation dans son entier. Bien que centrés sur la situation
en France — certains thèmes sont quasi impossibles à traiter de manière
transversale ou universelle — les auteurs de la note se sont cependant ré-
férés à des recherches étrangères en s’intéressant particulièrement au dé-
veloppement d’une offre de formation transnationale. En effet, le man-
dat syndical s’étant depuis peu élargi à la participation à des instances eu-
ropéennes, la formation des syndicalistes elle-même se devait de dépasser
les frontières. Les travaux étrangers convoqués par les auteurs apportent
un éclairage tout à fait pertinent : ils aident à comprendre davantage les
spécificités locales et les différences de culture syndicale d’un pays à
l’autre, d’une organisation à l’autre. Les auteurs terminent leur panorama
en mettant l’accent sur les discontinuités et les ruptures en proposant
trois âges des relations entre syndicats et formation. Cette lecture des
transformations passées et en cours donne à réfléchir plus globalement,
au-delà même du thème de cette note, sur l’évolution générale du champ
de la formation des adultes.
Pas de « rebond » à la note de synthèse cette fois-ci, le comité scienti-
fique de la revue ayant décidé de revoir cette formule qui ne donnait pas
entière satisfaction. La réflexion est en cours pour introduire dans la re-
vue de nouvelles rubriques qui pourraient laisser la place à l’expression
de chercheurs ou de praticiens, la relation d’expériences ou encore la
présentation de recherches menées dans des langues étrangères.
Ce dossier a été piloté par Françoise F. Laot et a bénéficié de la relec-
ture attentive de Jean-Pierre Boutinet et Cédric Frétigné. Le numéro se
poursuit avec les rubriques habituelles et avec deux articles de recherche.
Dans le premier, Thomas Dumet développe une analyse de situations
d’enseignement et d’apprentissage qui, une fois n’est pas coutume, est
centrée sur la formation d’adultes. En prenant pour objet un stage de
formation dit de lutte contre l’illettrisme, il entreprend de transposer, à la
formation post-scolaire, un modèle expérimenté sur le terrain de l’école.
Sa démarche qu’il décrit comme « compréhensive » vise à ouvrir plus lar-
gement le questionnement sur toutes les situations d’apprentissage. An-
nie Jézégou, quant à elle, présente une analyse de ce qu’elle nomme
l’autorégulation environnementale, chez des adultes en formation à dis-
tance. Cette forme d’autorégulation jusqu’ici peu étudiée est explorée à
partir d’une recherche empirique qui porte sur une formation permettant
à des adultes de préparer un diplôme de l’enseignement supérieur. Elle y
décrit les différentes stratégies d’apprentissage mises en œuvre par ces
étudiants dans l’environnement « imposé » du dispositif institué et dans
les classes virtuelles, espace collaboratif et d’entraide, qu’ils ont eux-
mêmes contribué à créer.
8
Note de synthèse



Entre travail, citoyenneté et militantisme :
un panorama des travaux sur les relations
polyphoniques entre syndicalisme et formation
Nathalie ETHUIN, Karel YON

Qu’est-ce que les syndicats ont à voir avec la formation ? Spontané-
ment, le lien entre ces deux termes évoque deux ordres de phénomènes.
Le premier est celui de la formation syndicale, qui désigne les dispositifs
mis en œuvre par les organisations syndicales pour assurer auprès de
leurs membres l’apprentissage des connaissances et techniques jugées
nécessaires à l’activité syndicale. Le second est celui de la formation pro-
fessionnelle, l’ensemble des institutions et pratiques censées garantir aux
travailleurs l’acquisition et le perfectionnement des compétences et quali-
fications professionnelles. Les syndicats s’y investissent de multiples ma-
nières, depuis la formulation des revendications et l’élaboration des poli-
tiques de formation professionnelle jusqu’à la gestion des organismes pa-
ritaires qui assurent la coordination de la formation continue.
Formation et syndicalisme, une thématique peu étudiée
Ce qui caractérise les activités relevant de l’éducation des adultes en
France est, comme le note Lucie Tanguy (1999) « l’instabilité séman-
tique » des termes en usage pour les désigner. De l’« éducation » au « per-
fectionnement », de la « promotion » à la « formation », de l’« éducation
permanente » à la « formation continue » et dorénavant « tout au long de
la vie », la substitution d’un terme à l’autre porte les traces des luttes poli-
tiques pour imposer le sens de ces activités (Forquin, 2004). Le même
terme peut en outre désigner des pratiques et des enjeux très divers selon
les acteurs qui le promeuvent. La mise en réseau des chercheurs travail-
lant sur ces questions a indéniablement permis d’enrichir la connaissance
1des institutions et acteurs de l’éducation des adultes . Bien que central, le

1 Pour une présentation du groupe d’étude histoire de la formation des adultes, voir le
site de l’association : http://gehfa.com/
11Savoirs, 24, 2010
rôle du syndicalisme dans cette histoire est cependant sous-étudié. C’est
en partant de ce constat que nous avons lancé en 2006 une recherche
2collective sur la formation syndicale . Cette enquête a tenté d’embrasser
la diversité du syndicalisme français ainsi que ses connexions au syndica-
lisme européen. Basée sur ce travail collectif et sur les lectures qui l’ont
accompagné, cette note de synthèse entend ainsi montrer en quoi les
syndicats ont fait la formation et ce que la formation a, en retour, fait aux
syndicats.
Nous avons centré notre analyse sur le cas français, car l’histoire de la
formation est surdéterminée par les configurations nationales. Des éclai-
rages étrangers seront cependant nécessaires, spécialement pour la pé-
riode contemporaine qui voit nombre d’enjeux en la matière prendre une
dimension européenne ou internationale plus affirmée.
Cette note de synthèse est construite autour de la succession de trois
grands paradigmes qui définissent les relations changeantes entre syndi-
cats et formation. Les premiers temps du mouvement ouvrier sont mar-
qués par l’élaboration d’une doctrine originale, celle de l’éducation ou-
vrière. Il s’agira d’évoquer ses spécificités relativement aux autres doc-
etrines éducatives qui prennent forme entre la fin du XIX siècle et le mi-
lieu du siècle suivant. La période ouverte par la Libération correspond à
la consolidation — matérielle et symbolique — de la catégorie de forma-
tion, comme l’illustre l’institutionnalisation conjointe des formations
syndicale et professionnelle. Enfin, depuis les années 1980-90, de nou-
velles approches éducatives se sont développées autour du label « forma-
tion tout au long de la vie ». Chacune de ces périodes correspond à une
configuration particulière d’acteurs et d’idées nouant éducation et syndi-
calisme.

2 http://formasynd.net. Recherche financée par l’ANR.
12 Note de synthèse – Entre travail, citoyenneté et militantisme
I – L’éducation ouvrière face à l’éducation populaire :
genèses, distinctions et hybridations
Comprendre la doctrine éducative des organisations syndicales nais-
santes implique de revenir sur la façon dont les révolutionnaires et les
républicains ont posé la question de la démopédie, l’éducation du peuple,
eau cours du « long XIX siècle ». Ce détour est nécessaire puisque le projet
d’éducation ouvrière, qui prend forme avec le mouvement ouvrier orga-
nisé, s’est en grande partie construit en se distinguant des doctrines et
des réalisations de l’école républicaine, d’une part, et de ce qu’il est con-
venu d’appeler l’éducation populaire, d’autre part. Il s’est traduit par des
réalisations diverses et plus ou moins pérennes. Les différenciations in-
ternes au mouvement ouvrier ont cependant conduit à une hybridation
croissante entre ces différentes logiques éducatives.
L’idée de créer un homme I-1 – L’impératif démopédique
nouveau constitue le rêve aux sources de l’éducation populaire
central de la Révolution
Française : « Le projet révolutionnaire s’est largement identifié à un pro-
jet pédagogique, qui déborde de beaucoup les dispositifs scolaires pour
s’attacher à une véritable conversion : du sujet au citoyen, de l’homme
enchaîné à l’homme libre, du vieil homme à l’homme régénéré » (Ozouf,
1989, p. 116). La démopédie est la pierre angulaire de la philosophie des
Lumières et des discours révolutionnaires. De ce point de vue, le texte
qui connaît la plus longue postérité est le rapport Condorcet « sur
l’organisation générale de l’instruction publique », présenté à l’Assemblée
Nationale au nom du Comité d’Instruction Publique, les 20 et 21 avril
1792 (Poujol, 1986). Dans le grand récit de l’éducation populaire, celui-ci
est présenté comme le texte fondateur de l’éducation permanente. Con-
dorcet déclare en 1792 : « Tant qu’il y aura des hommes qui n’obéiront
pas à leur raison seule, qui recevront leurs opinions d’une opinion étran-
gère, en vain toutes les chaînes auraient été brisées, en vain ces opinions
de commande seraient d’utiles vérités ; le genre humain n’en resterait pas
moins partagé en deux classes : celle des hommes qui raisonnent et celle
des hommes qui croient, celle des maîtres et celle des esclaves ». Par
l’éducation, il s’agit de « substituer enfin l’ambition d’éclairer les hommes
à celle de les dominer » (Poujol, 1981, p. 126-133). De cette rhétorique
13