Identités sociales et discursives du sujet parlant

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S'il est une notion susceptible de créer un lien entre les différentes sciences humaines et sociales, c'est bien celle de sujet. Parmi ces disciplines, les sciences du langage occupent une place centrale, comme tissant un lien entre elles. La question se pose ici de savoir quelles sont les dimensions sociales et discursives du sujet et comment elles s'articulent entre elles. On verra dans ce travail comment s'impose l'idée de l'existence d'un sujet double, qui se construit à travers son identité d'être parlant, une identité discursive qui cependant ne serait rien sans une identité sociale à partir de quoi se définir.
Publié le : lundi 1 mars 2010
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EAN13 : 9782296250093
Nombre de pages : 235
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A

U

T

E

U

R

S

Lourdes BERRUECOS: Université Autonome de Mexico (UAM-Xochimilco)

ClaudeCHABROL:Université de Paris3(GRPC-CAD)

Patrick CHARAUDEAU:Université de Paris 13(CAD)

ManuelFERNANDEZ:Lycée d’Angoulême (CAD)

María EugeniaGOMEZDEMAS:UniversitéNationaleAutonome deMexico
(UNAM-CELE)

LuisaM.GREATHOUSEAMADOR:InstitutodeCiencias Sociales
Humanidades,BeneméritaUniversidadAutónoma de Puebla(BUAP)

y

RaquelGUTIERREZESTUPIINÁN:BeneméritaUniversidadAutónomade
Puebla(BUAP)

GuyLOCHARD:Université de Paris3(CREDAM-CAD)

RosaGraciela
(BUAP)

MONTE:BeneméritaUniversidadAutónomade Puebla

JulioCésarPENAGOSCORZO,Universidad delasAméricas (Puebla)

DaliaRUIZAVILA,Universidad PedagógicaNacional, EscuelaNacionalde
Antropologíae Historia

Jean-ClaudeSOULAGES:Université deLyon2(ELICO)

DanielleZASLAVSKY: El ColegiodeMéxico(CELL)

JeanHENNEQUIN

LuzMaríaSÁNCHEZ

FabienneFAVREDEGOUY

TRADUCTEURS:

Introduction

S’ilest une questionsusceptible de créerun lienentrelesdifférentes
sciences humaines et sociales, c’est bien celui du sujet. Notion déinie
diversement selon lesdifférentesdisciplines,maisnotionqui les traverse et
oblige à une mise en regard de ces déinitions, autrement dit oblige à une
interdisciplinarité.
Est-ceprésomptueuxde direqueparmicesdisciplines,les sciences
dulangageoccupentuneplace centrale, commetissantun lienentre elles ?
Sociologie,psychologiesociale,anthropologie,histoire,pourn’enprendre
quequelques-unes,ont toutesaffaire, d’unefaçon ou
d’uneautre,aulangage,àsesmécanismes, etdoncàlanature dusujet producteurdetextes
ou deparolesorales.
Encorefaut-ilqueles sciencesdulangage elles-mêmesaientuneidée
claire delanature dusujet, deson identité etdesonrôle danslesdifférents
actesdelangage dontilestl’ordonnateur. Or, celanevapasdesoi.Tout
d’abordparcequ’ilfaut seprononcer surladifférence entrelangue
etdiscours, etdonc entre unsujetdelalangue, etunsujetdu discours ;ainsise
distinguentunelinguistique delalangue etunelinguistique du discours.
Ensuiteparcequ’àl’intérieurmême del’analyse du
discours,ilexisteplusieurs pointsdevuequipeuvent setrouverdansuneoppositionradicale.
Mais quelquesoitlepointdevue,onpeutdirequelaquestiondusujet
parlantestliéeàcelle delacompétence, card’unefaçon ou d’uneautre,
c’estl’êtrehumainquiparle et setrouve doncàl’origine
del’actiondeparole.Pourcequiconcernelesujet parlantdelalangue,rappelons qu’aussi
bien lalinguistiquestructurale
d’obédiencesaussuriennequelalinguistiquegénérative d’obédience chomskyenne,attribuaientausujet parlantune
compétence dépourvue de dimensionpsychologique et sociale.
Lestructuralismesaussurienenproposantde distinguerlalanguede
laparolesignalait quelesujetdelalangue étaitunsujet socialetceluide
laparole unsujetindividuel;cependantils’est peupréoccupé delaparole,
carcequi importaitétaitdemontrercommentlalanguesestructure en
divers systèmes (phonologique,morphologique,syntaxique,sémantique)
ayantleur propre économie etcohérence. Ainsi,lesujetest porteurdes
potentialités quelui offresaproprelanguequ’il n’aplus qu’àréaliserde
façonparticulière.Sicesujet peutêtre dit social, c’estdufait qu’ilpartage
aveclesmembresd’unemême communauté ces potentialitésdelangue.
Lacompétence dusujetestune compétence deconnaissancedes systèmes
linguistiques.
QuantàcequeproposeNoamChomskydans son modèle degrammaire
générative–dontil faut rappeler qu’ilamarqué
uneruptureaveclestructuralismesaussurienencequ’ilcontesteprécisémentl’oppositionentre d’un
côté unelangue« fait social »etd’unautre uneparole« faitindividuel » –,

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IDENTITÉS SOCIALES ET IDENTITÉSDISCURSIVES

c’est unsujet capable de produire un nombreillimité de phrases, y compris
des phrasesinédites,àpartir d’uncertain nombre d’énoncés debase
(structure profonde) quisubiront uncertain nombre de transformations en leur
appliquant unsystème de règles complexes (phonologiques, syntaxiques,
sémantiques). Cetteaptitude du sujetàproduire des phrases estappelée
compétenceet saréalisationperformance. Ainsitout fait delangage est-il le
fait d’unsujet,lequelàlafoismémorise des connaissances et des règles, et
calculeleuractualisation(toute choseabsente dumodèle structuraliste). Ce
sujet parlant est, commel’adit Chomskylui-même, un«locuteur-auditeur
idéal», c’est-à-dire unsujet purementcognitifquiconfond dans un même
processusl’acte de productionet de compréhension, etn’accordeaucune
placeaux circonstances et conditions contextuelles del’acte delangage.
Aveclapragmatique, issue de la rélexion des philosophes du langage,
estapparu unsujet se trouvantàl’origine d’actes (lesactesdeparole)ayant
une certaine force (illocutoireetperlocutoire) ; ce sujetn’est pas seulement
tourné verslemonde pour enrendre compte (théorie représentationnelle)
mais versl’autre dulangage pourlemettre enpositiond’avoiràpenser età
faire (théorieactionnelle). Onpeuticiparler decompétencepragmatique,
mais rien n’est dit sur l’identité spéciique du sujet, comme si, quelle que
soit celle-ci, l’acte de parole signiiait par lui-même.
Lasociolinguistique–considéréeicienunsenslarge,incluantles
courantsnordaméricains (Labov,Hymes,Gumperz) etanglo-saxons
(Bernstein,Halliday)–refuse delimiterlacompétence du sujetau seul
domainelinguistique et propose de relier defaçonétroitel’énoncé
(saproductionet son interprétation)au contexte socialet culturel.Cela adonné
lieuàdifférentsmodèles d’analyse,le point
communétant,faceàlapragmatique, que ce sontles données externesàl’acte delangage qui font
sens.D’oùlapréférence donnéeàl’étude des variations sociolinguistiques
(Labov), des différentesfonctionslangagières (modèle ethnographique de
Hymes, des rites d’interaction(Goffman),au détriment des structures. On
peut parlericid’unecompétencesocio-communicativedontle sujet est
partie prenante.
Enanalyse du discours,le sujet faitluiaussiproblème etaété
souvent discuté.Étantàl’origine de pratiques discursives quiconstruisent des
représentations de systèmes de valeurs,ilpeut être considéré comme un
sujetactif. Mais du fait que ces pratiques sont partagées parlesautres du
groupe, et qu’ellesluireviennent sous forme de représentations dominantes
qui le surdéterminent,onpeut dire que ce sujet estpassifet se dilue dansla
conscience (oul’inconscient) du groupe social.Delà, deux positions :
– l’une, radicale, qui ne confèreàce sujet d’autre existence que celle
d’une« illusion », carilserait complètement surdéterminé par ce que
1
Pêcheuxappellelpréce «onstrui« ft » desormes discursives ».Le sujet

1. Pêcheux parle d’« effet Münchhausen»,inM. Pêcheux (1975), « Les vérités de
LaPalice »,III.2. «Idéologie,interpellation, effet Münchhausen»,inL’inquiétude

INTRODUCTION

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n’est quele résultat d’unproduit ;il ne s’appartient pas,ilest parlé par
unailleurs quisera appelé tantôtidéologie (Althusser), tantôtinconscient
(Authier-Revuz). Dans uncas comme dansl’autre,le sujetn’est pas un
«je »mais un« ça »(idéologiqueouinconscient) quiparleàtraversle
sujet parlant.
– l’autre positionestmoinsglobalisante. Ellenenie paslejeu de
lasurdéterminationdu sujet,maisaulieu d’en faire uneillusion, elle en
fait quelque chose de positif.Ilexiste dans toute société des discours de
doxa(lieux communs, stéréotypes), savoirs partagés de connaissance et de
2
croyancece ;ux-cicirculent et se répartissent de façon nonaléatoire dans
les différents groupes sociaux. Tout sujet est donc porteur, pourune part, de
certains de ces discours, et dumême coup cetappariement révèle (souvent
àson insu) sonpositionnement social. Onpeut donc dire que, d’une
certainemanière, ce sujet est « responsable » (ce qui ne veut pas dire conscient
et volontaire) de ses représentations.
Laquestiondemeure de savoir queltype d’articulation opérer entre
l’interne dulinguistique etl’externe dusocial, et quelle placeaccorder
ausujet dudiscours dans cejeude va-et-vient constant entreunsujetà
l’origine d’uneactivitélangagièreintentionnelle, etunsujet (lemême)
porteur (non nécessairement conscient) des systèmes de représentationà
laconstructiondesquelsilparticipe et parlesquelsilest en même temps
surdéterminé. Celaposeuncertain nombre de questions :onsait comment
décrirelesmodes de structurationdelalangue et de samise endiscours,
mais que doit-onconsidérer dans cet externe socialet représentationneldu
langage quidétermineraitl’identité dusujet et commentle décriEstre
?ce cet externe quiest dominant (sociologie dulangage)oune doit-ilêtre
étudié que dansunsecond temps (linguistique sociologique) ? Doit-onfaire
une distinctionentresituation decommunication(externeàl’acte
delangage) etsituationd’énonciation(interneàl’acte delangage)ouest-cela
même chose ?Bref, doit-on opérerune distinctionentreidentitésocialeet
identité discursiveduSujet ?

* *
*

C’est cette questionquiavait réunides chercheursmexicains et
français dans le cadre d’un accord de coopération scientiique. Il y eut des
confrontations fortintéressantes donton laissera aulecteurle soinde tirer
ses propres conclusions.
L’intérêt,nondesmoindres, de cette rencontre réside
dansladiversité des approches: les unes, plus généralistes, réléchissant
conceptuellement surladistinctionelle-même, sapertinence et sonutilité selon le
mode d’analyse dudiscours (elles sont regroupées dansle chapitre : « La

dudiscours. Paris, Editions desCendres (1990).
2.D. Sperber etD. Wilson,LaPertinence, Paris, Minuit, 1989.

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IDENTITÉS SOCIALES ET IDENTITÉSDISCURSIVES

doubleidentité dusujet enquestion») ; d’autres cherchantàpercevoir dans
l’analyse de corpus particuliers, particulièrement dudomaine desmédias,
cette double dimensiondusujet (regroupées dans « L’identité dusujet dans
les circuits médiatiques »); d’autres enin analysant l’identité du sujet dans
des groupes sociaux particuliers (regroupées dans «Identité et groupes
sociaux »).
Onverra àtravers ces différentesapproches comment s’imposel’idée
del’existence d’unsujet, d’unsujet quise construitàtravers son identité
discursive,uneidentité discursive quicependantne serait riensansune
identité sociale à partir de quoi se déinir.

I. LA DOUBLE IDENTITÉDUSUJET
EN QUESTION

Identité sociale etidentité discursive.
Un jeu demiroir fondateur del’activitélangagière

PatrickCharaudeau
Centre d’Analyse du Discours
Université de Paris 13

1. De l’identité en générale
La philosophie contemporaine–principalementla phénoménologie–
alargement traité cette questioncommefondement del’être :l’identité est
ce quipermet ausujet de prendre conscience de sonexistence quise
constitueàtraverslaprise de conscience de soncorps (unêtre-làdansl’espace et
le temps), de sonsavoir (ses connaissances surlemonde), de sesjugements
(ses croyances), de sesactions (sonpouvoir defaire). L’identité vadonc de
pairaveclaprise de conscience de soi.
Mais cette prise de conscience, pour qu’elle sefasse,a besoinde
différence, de différence vis-à-vis d’unautre que soi. Cen’est qu’enpercevant
l’autre comme différent que peutnaîtrelaconscienceidentitaire.
Laperceptiondeladifférence del’autre constitue d’abordlapreuve de sapropre
identité quidevientalorsun:«être ce quen’est pasl’autre». Dèslors,la
conscience de soiexisteàproportiondelaconscience
quel’onadel’existence del’autre. Plus cette conscience del’autre estforte, plusfortement se
construitlaconscienceidentitaire de soi.Ils’agitlàde ce quel’onappelle
leprincipe d’altérité. Cette relationàl’autre s’institueàtravers des
échanges quifont que chacundes partenaires se reconnaît semblable et différent
del’autre. Semblable ence que pour qu’une relationexiste entreles êtres
humainsilfaut que ceux-cipartagent, du moins enpartie,
desmêmesmotivations, des mêmes inalités, des mêmes intentions. Différent en ce que
chacun joue des rôles qui luisont propres et que, dans sasingularité,ilades
visées et desintentions quisont distinctes de celles del’autre. Ainsi, d’après
ce principe, chacundes partenaires del’échange est engagé
dansunprocessus réciproque (maisnonsymétrique) de reconnaissance del’autre et de
différenciationvis-à-vis de cetautre, chacunselégitimant etlégitimantl’autre
àtraversune sorte de « regard évaluateur » quipermet de dire quel’identité
se construitàtraversune croisée des regards : «ilyal’autre etilyamoi, et
c’est del’autre queje tienslemoi». Si l’onvoitles choses dupoint de vue
delacommunication langagière,ondiraenreprenant E.Benveniste qu’il
n’yapas dejesanstu,nidetusansje:letuconstitueleje.
Ladifférence étant perçue,ilse déclenchealors chezle sujetun
double processus d’attirance et de rejet vis-à-vis del’autre.D’attirance,

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IDENTITÉS SOCIALES ET IDENTITÉSDISCURSIVES

d’abord, carilyaune énigmeàrésoudre,l’énigme du Persandontaparlé
Montesquieu, quirevientàse demander : « comment peut-onêtre différent
demoi? » Car découvrir qu’ilexiste du différent de soi, c’est se découvrir
incomplet,imparfait,inachevé. D’où cette force souterraine qui nousmeut
verslacompréhensiondel’autre ;nonpasau sensmoral, del’acceptation
del’autre,maisau sens étymologique delasaisiedel’autre, de
samaîtrise, quipeutallerjusqu’àsonabsorption, sa« prédation» comme disent
les éthologues. Nousne pouvons échapperàcette fascinationdel’autre,
àce désir d’unautre soi-même. Derejetensuite, car cette différence, si
commeonl’adit estnécessaire,n’enreprésente pasmoins pourle sujet
unemenace. Cette différence ferait-elle quel’autrem’est supériqu’eur ?il
serait plus parfait ?qu’ilaurait davantage de raisond’être quemoi? C’est
pourquoi laperceptiondeladifférence s’accompagne généralement d’un
jugementnégatif.Ily vadelasurvie du sujet. C’est comme s’iln’était
pas supportable d’accepter que d’autres valeurs, d’autresnormes, d’autres
habitudes queles siennes propres soientmeilleures,ou, tout simplement,
existent. Lorsque cejugement se durcit et se généralise,ildevient ce que
l’onappelle traditionnellement unstéréotype, uncliché, unpréjugé. Le
stéréotypejoue d’abord unrôle de protection,ilconstitue unearme de défense
contrelamenace que représentel’autre dans sadifférence.
Onvoitle paradoxe danslequelse construitl’identité. Chacuna
besoindel’autre dans sadifférence pour prendre conscience de sonexistence,
mais en même temps il se méie de cet autre et éprouve le besoin soit de le
rejeter, soit dele rendre semblable pour éliminer cette différence. Le risque
est, dansle premier cas, que,àrejeterl’autre,ilne dispose plus de
différence à partir de laquelle se déinir; dans l’autre cas, à le rendre semblable
ilperd dumême coup unpeu de saconscienceidentitaire puisque celle-ci
ne se conçoit que dansladifférenciation. D’où cejeu subtilde
régulationquis’instaure dans toutesnos sociétés (seraient-ellesles plus
primitives) entreacceptation ou rejet del’autre, valorisation ou dévalorisationde
l’autre, revendicationde sapropreidentité contre celle del’autre.Iln’est
donc pas simple d’être soi, car être soipasse parl’existence etlaconquête
del’autre. «Jeest unautre » disait Rimbaud ;ilfaudrait préciser : «Jeest
unautremoi-mêmesemblableetdifférent».

2. Lescomposantes de l’identité
Si l’onaccepte quel’identité résulte d’un mécanisme complexeau
terme duquelse construisent,nonpas desidentités globales,mais des traits
d’identité,ilconvient de se demander quelle estlanature de ces traits. Et
pour ce faire,je partiraide quelques exemples.

LA DOUBLE IDENTITÉDUSUJET

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1° exemple :
Un père de famille rentre chezlui, et voyantson ils entrain
de faire des constructions avec les assiettes enporcelaine de
Limoges héritéesde lagrand-mère, lui dit:«Ahben,aumoins
ellesauront serviàquelque chose cesassiettes! ». Etl’enfant
remetlesassiettesdansl’armoire.

Un père aune identité sociale à la fois par iliation biologique
(géniteurdetel enfant)et parceque ditlaloi(il jouitde certainsdroitset
doit sesoumettreàcertainsdevoirs).C’estcetensemblequi lui donne une
autoritéparentale,auniveau de ceque l’on nommera« identitésociale ».
Maischaquepèrese construit, en outre,par sescomportementset sesactes
langagiers, différentesidentitésdepèreautoritaire,protecteur,
compréhensif, castrateur, indifférent, etc.Cesidentités sontconstruitesàtraversdes
actesde discours.Autotal,sonidentité d’êtrerésulterade lacombinaison
desattributsdesonidentitésocialeavectelouteltrait que construisent ses
acteslangagiers.Danscetexemple, lepèrese construitune identité depère
nonautoritaire, ironique et,vraisemblablement, depersonneréglant ses
comptesavec cequereprésententcesassiettes.Maisenplusilobtientde
son ils qu’il range l’objetde son forfait.

2° exemple :
[Dansuneréuniondetravail,aprèsavoirélaboré unprojet
derecherchequi doitêtresoumisàl’évaluationd’une
commission, l’undesmembresdugroupesuggèrequ’il
faudrait savoir quifait partie de ladite commission.] S’ensuitle
dialoguesuivant:
«A – Moi, je connaisFP qui enfait partie.
B–Ah,ben moiaussi, je connaisFP, etjete conseille dene
rienlui dire carc’estunepersonne intègrequiahorreur qu’on
fassepressionsurlui.
A– Maisjen’aipasdit que j’allaisluiparler, j’aiseulementdit
que je le connaissais.
B– Non,maisjen’aipasditnonplus quetu
allaisluiparler, j’aiseulementdit qu’il fallaitêtre
prudent.»

Ici, ils’agissaitentreautres,pourB, demontrer qu’elle(ils’agitd’une
femme)connaissaitmieuxFP queA,qu’elle était plus sageou lucideque
A,prenantunepositionhautepar rapportàAde«conseilleur ». Si l’on
saitenplus que, danscegroupe,Bestlasupérieurehiérarchique deA,
oncomprendquesavisée étaitderappeleràA, etaugroupe,quel était
sonstatut.L’identité construiteparlesactesde langageserticiàréactiver
l’identitésociale.

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IDENTITÉS SOCIALES ET IDENTITÉSDISCURSIVES

3° exemple :
[En 1988,àl’occasionde lacampagne électoralepourla
présidence de laRépublique, F.Mitterand etJ.Chiracsesont
trouvésconfrontésdansunfaceàfacetélévisé.Au coursdu
débat, F.Mitterands’adressaitàson adversaire enlui donnant
constammentdu«MonsieurlePremierministre»,puisqu’il
étaiteneffet sonPremierministre enexercice].
—J.Chirac(quelquepeuagacé):«Cessez, Monsieur
Mitterand, demetraiterdePremierministre.Ici, jenesuis pas
votrePremierministre, et vousn’êtes paslePrésidentde la
République.Nous sommes seulementdeuxcandidats quise
présententaux suffragesdesélecteurs ».
— F.Mitterand(avec unléger sourire):«Biensûr,vousavez
toutàfait raison, MonsieurlePremierministre».

Voilàuncasoùl’hommepolitique,par saréplique,se construitune
image depersonneàlafoisdominatrice,sûre d’elle-même;maisaussi
distante etenjouée,pouvant sepermettre de joueravecson adversaire,faisant
unclind’œilaux
téléspectateursenpratiquantl’ironie;maisaussipaternaliste(«allons,allons,toutcela n’est qu’unjeu»)comme l’aimentbienles
Français.Ici,tout se joue dansunestratégie de discours qui construitdivers
masquesd’identitépsychologique.

4° exemple :
Enin, je rappellerai le slogan publicitaire d’une des campagnes
de la banqueBNPenFrance :«Votreargentm’intéresse».Ce
slogan apparaissait sur une afiche de rue, à côté d’un homme
représentantle cadresupérieur (costume-cravate etcheveux
gominés versl’arrière), enpositionfrontale, dansunesorte de
clair-obscuraustère, et regardantlepassantbiendroitdansles
yeux.

Ils’agissait,àl’époque, de construireune certaine image dubanquier
qui étaitcensée correspondreàcellequi circule dansles représentations
sociales (etconfortéeparune enquêtepréalable),mais généralementnon
dite : « le banquier n’est pas un altruiste, il proite de notre argent ».
L’identité construiteparlesloganétait,semble-t-il,
destinéeàproduireuneffetdesincérité :à nepasmasquerune certaine identitésociale
dubanquier (cellequi circule dansles représentations),onpouvaitentendre
undiscoursimplicite dugenre :«moi,aumoins, jevousdislavérité.Donc
vous pouvezavoir coniance ».
Onvoit parcesexemplesd’unepart que l’identité
dusujetcommuniquantestcomposite. Ellese compose de donnéesbiologiques («onestce
qu’estnotre corps »), de données psychosociales quisontattribuées («on

LA DOUBLE IDENTITÉDUSUJET

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est ceque l’ondit que vousêtes»), de donnéesconstruites
parnotrepropre comportement («onestceque l’onprétend être »).Maiscomme, du
point de vue de la signiication, les données biologiques acquièrent celles
que leurdonnentlesgroupes sociaux,onpeutdireque cescomposantes se
ramènentàdeux: celleque l’on nommera,parcommodité,identitésociale,
etcelleque l’on nommeraidentité discursive.Deplus, cesexemplesnous
montrent d’une part que l’identité sociale n’est pas le tout de la
signiication du discours, l’effet possible d’inluence de celui-ci n’étant pas
entièrementdonnéparavance, d’autrepart que le discoursn’est pas que langage,
sa signiication dépendant, pour une part, de l’identité sociale de celui qui
parle.L’identitésocialea besoind’être confortée,renforcée,recrééeou,
au contraire,occultéeparle comportementlangagierdusujet parlant, et
l’identité discursive,pour se construirea besoind’unsocle
d’identitésociale.Onposeradoncqu’existe une différence entre cesdeux
typesd’identité, et que c’estdufaitde leurcombinaisonquese construitlepouvoir
d’inluence du sujet parlant.

L’identitésociale
Elleacetteparticularité de devoirêtrereconnueparlesautres. Elle est
cequi donneausujet son«droitàlaparole», cequi lefonde enlégitimité.
Ilfautdoncvoirenquoi consiste cette légitimité.
Lalégitimitéestunenotionquin’est pasexclusive du
domainepolitique.D’unefaçongénérale, elle désigne l’étatou laqualité dequi est fondé
à agircomme ilagit.Onpeutêtre légitiméounonàprendre laparole dans
uneassembléeou uneréunion,àédicterune loiou unerègle,à appliquer
une sanction ou donner une gratiication. Le mécanisme par lequel on est
légitimé estun mécanisme dereconnaissance d’unsujet pard’autres
sujets,aunomd’unevaleur qui estacceptéepar tous,ainsi enest-il dansles
exemples précédemmentcités.Aussi, lalégitimité dépend-elle desnormes
institutionnelles quirégissentchaque domaine depratiquesociale et qui
attribuentdes statuts, des placesetdes rôlesàceux qui ensontinvestis.
Parexemple, dansle domainejuridique,qui est régiparune logique
de laloi etde lasanction, lesacteurs sontlégitimés parl’obtentiond’un
diplôme etlestatutinstitutionnelacquisdufaitd’unsystème derecrutement
parconcoursaccompagné d’unsystème denominationparles pairsou les
supérieurs hiérarchiques.Laprofessionestdoncprotégéeparles règlesde
l’institution.Mais qu’une entorsesoit faiteàl’une d’entre elles (lesecret
professionnel)ouqu’uncomportement semble divergerd’unenorme
attendue(comme ceque d’aucunsappellentle« harcèlementjuridique»),
etimmédiatement setrouvemise encause lalégitimité de l’actiondes
juges.Il enestdemême dansle domaine de certaines professionslibérales
comme laprofession médicalequi,soumiseàune logique d’expertise en
relation avec une inalité de lutte contre la souffrance et la mort, verrait
mise encause lalégitimité de certainsdesesacteurs si ceux-civenaient

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IDENTITÉS SOCIALES ET IDENTITÉSDISCURSIVES

à commettre des erreurs médicales ou à faire passer leur intérêt inancier
devant leur activité demédecin.
Dans le domaineéconomique, qui est régi par une logique du proit,
les acteurs sont tenus de respecterdes règlesde concurrence, etdansle
domaine de l’entreprisequi lui estlié, lesloisdutravail.Aunomde cette
logique, iln’est pasillégitimeque l’onlicencie,que l’onchercheàprendre
laplus grandepartd’un marché,oumêmeque l’onfasse de laculture
extensive.Mais qu’une entreprisefassetravaillerlesenfants,qu’elle exploite
sonpersonnel,qu’elle licencieabusivement sans reclasser,qu’elle exerce
un monopolesurun marché,ouque l’ondécouvre leseffetsnéfastesd’une
politique économique(culture extensive), et voilàque l’onpeutl’attaquer
ducôté desalégitimité(nepasavoirle droitd’agirde lasorte).Cependant,
il s’agit d’une illégitimité au regard de la morale et non du proit.
Dansle domainemédiatique, encore,qui est régiparune double
lo1
gique d’informationcitoyenne etde concurrence commerciale , lamise
en cause de la légitimité de ses acteurs est plus dificile à obtenir, tant la
2
machinemédiatiqueaunpouvoirderécupérationdeses propresdérives .
Maislacourse effrénéepourobteniretdiffuserunscoop
(lesyndromepaparazzi), la diffusion d’informations fausses etnonvériiées (le syndrome
de Timisoara), latrop grandespectacularisationde lamise enscène de
l’informationpeuvent remettre encause lesacro-saintdevoird’informer.
Maisil estégalementuneautre légitimité, cellequi estattribuéede
fait,parlaseuleforce de lareconnaissance, de lapartdesmembresd’une
communauté, de lavaleurde l’undesleurs.C’estlalégitimitéque donne
l’attribution d’un prix(comme dans les festivals) oud’untitre honoriique,
oul’intronisationdansunesociétésavante(l’Académie),ou, dansunautre
type d’activité, laperformanceoulavictoire danslacompétitionsportive.Il
peutaussiseproduire,parfois,unglissementcurieuxentre cette légitimité
attribuéeaunomd’uncertainsavoir-faire etune«légitimitéàdire»: celle
des anciens sportifs devenantdes journalistes oudes réalisateurs de ilms
devenantdescritiquesde cinéma, etc. ;celle de l’engagement personnelqui
permetdeparleraunomdesapratique(«jesuisduparti communiste, je
saisdequoi jeparle») ;celle dutémoignagequipermetdeparleraunom
desonvécu(«çam’estarrivé»ou«j’yétais »,«jepeuxentémoigner »).
C’est que leprimé, lemédaillé, l’honoré, l’engagé etletémoinsontcomme
placés surunpiédestal, c’esteneux qu’une communautépeut seregarderet
sereconnaître.Cette«légitimitéàdire» procède d’un« savoir-faire».
L’identitésociale(psycho-sociale,faudrait-il dire carelle estempreinte
detraits psychologiques)estdoncun«attribué-reconnu»,un«construit
paravance»aunomd’unsavoirreconnuparinstitutionnalisation, d’un

1.VoirnotreLe discoursd’information médiatique.Laconstructiondu miroir
social,Paris, Nathan-INA, 1997, chap.IV.
2.VoirnotreLe discoursd’information médiatique.Laconstructiondu miroir
social,Paris, Nathan-INA, 1997, chap.XIIIetXIV.

LA DOUBLE IDENTITÉDUSUJET

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savoir-fairereconnuparlaperformance de l’individu(expert),
d’uneposition depouvoirreconnue par iliation (être bien né) ou par attribution (être
élu/être décoré), d’uneposition detémoinpouravoir vécul’événement
ous’être engagé(lemilitant/lebaroudeur).L’identitésociale
estenpartie déterminéeparlasituationde communication: elle doit répondreàla
questionquesepose lesujet parlantlorsqu’ilprend laparole : « Jesuislà
pour quoi dire,
enfonctiondustatutetdurôlequim’estassignéparlasituation?».Maisonvavoir que cette identitésocialepeutêtrereconstruite,
masquéeoudéplacée.

L’identité discursive

L’identité discursivealaparticularité d’être construiteparlesujet
parlantenrépondantàlaquestion: « Jesuislàpourcomment parler?».De
làqu’elle correspondeàundouble enjeude « crédibilité » etde «
captation».
Unenjeude crédibilitéquireposesurlebesoinpourlesujet parlant
d’être cru,soit par rapportàlavérité desonpropos,soit par rapportàce
qu’ilpenseréellement, c’est-à-diresasincérité.Lesujet parlantdoitdonc
défendreune image de lui-même(un«ethos») qui
l’entraînestratégiquementàrépondreàlaquestion: « comment puis-je êtreprisausérieux ?».
Pource faire, ilpeutadopter plusieursattitudesdiscursives:
– deneutralité,attitudequi l’amèneàeffacerdans sondiscours toute
trace de jugementoud’évaluationpersonnelle.Cetteattitude estcelle du
témoinquiparlesurlemode duconstat,rapporte cequ’ilavu, entendu,
éprouvé.Évidemment, ilnefaut pas que
l’onpuisseavoirlemoindresoupçonsurlesmotifs quianimentletémoinàparler, et surtout qu’on nepuisse
pas penser qu’ilaété commanditépar quelqu’unpour servir sacause.Hors
de ce cas, le discours testimonial estundiscoursdevérité«àl’étatbrut »
qui ne peut, par déinition, être mis en cause. Dans la communication
médiatique, l’enjeu de crédibilité se traduit par un discours d’authentiication
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des faits,àgrandrenfortdetémoignages ;
– dedistanciation,qui conduitlesujetà adopterl’attitude froide et
contrôlée duspécialistequiraisonne etanalysesans passion, comme le
feraitunexpert,que cesoit pourexpliquerlescausesd’unfait, commenter
les résultatsd’une étudeoudémontrerunethèse;
– d’engagement,quiamène lesujet, contrairementaucasde
laneutralité,àopter (defaçonplusou moinsconsciente) pouruneprise deposition
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dansle choixdesargumentsoule choixdesmots,ouparunemodalisation

3.VoirnotreLe discoursd’information médiatique.Laconstructiondu miroir
social,Paris, Nathan-INA, 1997, chap.XI.
4. Exemple : l’hommepolitique de l’extrême droitefrançaise, J.M.LePen, choisit
d’attaquer sesadversaires parle choixduterme«l’établissement» aulieude
«l’establishment».

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IDENTITÉS SOCIALES ET IDENTITÉSDISCURSIVES

évaluative apportéeàsondiscours.Cetteattitude estdestinéeàconstruire
l’image d’unsujet parlant« être de conviction».Lavérité, ici,se confond
avec la force de conviction de celui qui parle, et celle-ci est censée
inluencerl’interlocuteur ;
–toutcela auservice d’uneattitudedémonstrativeenimposantà
l’autre desargumentsetuncertain mode deraisonnement,que celui-ci
devraitaccepter sansdiscussion.Carils’agiraitici d’une vérité
incontournable, indépendante des sujets qui ladéfendent, etàlaquelletoutunchacun
doit sesoumettre. Persuaderl’autrerevientdansce casàplacercetautre
dansununiversd’évidencequinesouffreaucune discussion.

Unenjeude captationquinaîtchaquefois que le Je-parlantn’est pas,
vis-à-visdesoninterlocuteur, dansunerelationd’autorité. Si celaétaitle
cas, il lui sufirait de donner un ordre pour que l’autre s’exécute. L’enjeu
de captationrepose doncsurlanécessitépourlesujetdes’assurer que le
partenaire de l’échange communicatifentrebiendans
sonprojetd’intentionnalité,
c’est-à-direpartagesesidées,sesopinionset/ouest«impres5
sionné» (touché dans sonaffect ).Il luifautdoncrépondreàlaquestion:
«comment fairepour que l’autrepuisse«êtrepris » parceque je dis ».Dès
lors, lavisée dusujet parlantdevientune visée de« faire croire» pour que
l’interlocuteur setrouve dansunepositionde«devoircroire».Il luifaudra
tenterdepersuader(fairepenserenayant recoursàlaraison)oudeséduire
(faireressentirenayant recoursàl’émotion)l’autrequi devradoncpenser
ou ressentir comme cela lui est signiié. Pour ce faire, le sujet peut choisir
entreplusieursattitudesdiscursives parmi lesquelles:
–uneattitudepolémique, enessayantd’imaginer,pourleslever, les
objections possibles que l’autre(oud’autres) pourrait présenter, cequi
amèneralesujet parlantàmettre encause certainesdes valeurs que défend
l’interlocuteurou untiers.Ils’agitici de«détruireunadversaire»en
mettantencausesesidées, et,sibesoinest,sapersonne.
–uneattitude
deséductionenproposantàl’interlocuteurunimaginaire dont l’interlocuteur pourrait être le héros bénéiciaire. Cette attitude
semanifeste laplupartdutemps parunrécitdanslequel les personnages
peuvent jouer le rôle de support d’identiication ou de rejet pour
l’interlocuteur.
–uneattitude dedramatisation,quiamène lesujetàdécrire des faits
qui concernentlesdramesde lavie,racontésavecforceanalogies,
comparaisons,métaphores, etc.Lafaçonderaconter s’appuie davantagesur
des valeursd’affect socialement partagéescarils’agitdefaireressentir
certainesémotions.

5.Voirnotre«Uneproblématique discursive de l’émotion.Àproposdeseffetsde
pathémisationàlatélévision», inLesémotionsdanslesinteractions, Lyon,Presses
universitairesde Lyon,2000.

LA DOUBLE IDENTITÉDUSUJET

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Cette identité discursive est construiteàl’aide desmodes deprise de
parole, de l’organisationénonciative dudiscoursetdu
maniementdesimaginaires socio-discursifs. Etdonc,àl’inverse de l’identitésociale,
l’identité discursive est toujoursun«àconstruire-construisant». Ellerésulte des
choixdusujet,maisentenantcompte évidemmentdesdonnéesde
l’identitésociale.Ainsi, enreprenantlesexemplesde départ,onconstateque
tantôtl’identité discursiveréactivel’identitésociale(ex.2),tantôtelle la
masque(ex.1),tantôtelle ladéplace(ex.4et5).
C’estdansce jeudeva-et-viententre identitésociale etidentité
discursive que se réalise l’inluence discursive. Selon les intentions du
sujetcommuniquantoudusujetinterprétant, l’identité discursive collera à
l’identitésocialeformantune identitéunique«essentialisée»(«jesuis
ceque je dis»/«il estcequ’il dit»),ous’endifférencieraformantune
identité double d’«être»etde«dire»(«jenesuis pasceque je dis»/
«iln’estpascequ’il dit»).Dansce derniercas,soitonpenseque c’est
le«dire»quimasque l’«être»(mensonge, ironie,provocation),soiton
penseque le«dire»révèleun«être»quis’ignore(dénie,révélation
malgrésoi :«savoixletrahit»).

3.Les identitésen situationde communication
Ce jeu entre identité sociale et identité discursive, et l’inluence qui
enrésulte,nepeutêtre jugé endehorsd’unesituationde communication.
C’estlasituationde communication, ensondispositif,qui déterminepar
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avance(deparle contratqui la déinit) l’identité sociale des partenaires
de l’acte d’échangeverbal, et qui, en outre, leurdonne desinstructions
quant à la façon de se comporter discursivement, c’est-à-dire déinit
certains traitsde l’identité discursive.Restera ausujet parlantlapossibilité de
choisirentresemontrerconformeàcesinstructionsenles respectant,ou
déciderdemasquercesinstructions, les subvertiroules transgresser.
Il estdoncnécessaire, enpréalableàl’analyse des stratégies
quirelèventde l’identité discursive, de considérer quelles sontlescaractéristiques
de l’identitésociale de
chaquesituationetlesinstructionsfourniesàl’identité discursive.
Onendonneraunexemple encomparantles situationsde
communicationpolitique et publicitaire.

La situationpolitique

S’agissantdusujet politique,
laquestionserait:«Jesuislàpourdéfendrequellesidées, et pourcommentfaireadhéreràcesidées». Eneffet,

6.Pour cettenotionvoirnotrearticle«Le dialogue dansun modèle de discours»,
Cahiersdelinguistiquefrançaise, 17,Genève,Université deGenève,
1995,p.141178.

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