L'ENEIDE

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Oeuvre sacre Rome, L'Enide est l'opus magnum de la culture occidentale avec les textes homériques d'une part, la Bible en son entier de l'autre. Marcel Desportes dans cet effort magistral de translation voyait en Virgile "un Voyant" et sur tous les plans "un devancier", "notre contemporain" permanent. Le genre humain tant le même, ce qui s'offrait la spéculation de nos ancêtres nous concerne tout aussi pertinemment au troisième millénaire.
Publié le : lundi 1 juin 2009
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EAN13 : 9782296227224
Nombre de pages : 334
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Daniel Cohen éditeur www.editionsorizons.com
e Cardinales, classiques de l’Antiquité au XIX siècle
Cardinales: la collection s’est ouverte aveca fait d’emblée en beau Goethe, notre prophète ; son magnifique texte,LeConte, a paru dans une nouvelle traduction, due à François Labbé ; nous remontons en-suite dans le temps : l’helléniste et latiniste MarcelDesportes a laissé une traduction inédite, de l’Énéide, forte littérairement et indéniable-ment inventive.Grâce à l’érudition de l’écrivainGianfranco Stroppini deFocara, spécialiste de Virgile, le pari a été relevé — une mise sur le marché de l’opus magnumde la culture occidentale.Bientôt, plusieurs romans de la romancière JudithGautier, qui eut, dans le dernier quart e e duXIXsiècle et dans la première décennie duXX, une notoriété con-sidérable, seront publiés. Il en sera ainsi des érudits, des romanciers, des moralistes de ces vingt siècles — voire en-deça — miroir d’une con-dition en tous points semblable à la nôtre ; le vertige du temps n’a en rien modifié les interrogations, les espérances, les révoltes, les tour-ments des hommes et des femmes :Cardinalesen sera le reflet bien sûr, et dans une veine universaliste.
Profils d’un classique, textes issus directement de la main d’un grand e e auteur duXXou études consacrées à des écrivains éminents duXX siècle et enfinLittératures, d’extrême contemporain, composent une trilogie de l’écrirechez Orizons, que parachève la collection de Peter Schnyder,Universités/Domaine littéraire, dont le comité de lecture prestigieux valide la valeur scientifique et analytique d’études sur la littérature et sur ce qui s’y corrèle.
ISBN : 978-2-296-08719-4 ISNN :2100-3289 © Orizons, Paris,2009
L’ÉNÉIDE
L’édition deL’Énéidede Virgile, œuvre person-nelle de Marcel Desportes, avec sa singularité linguistique, requérait courage et détermina-tion. Daniel Cohen, directeur des éditions Orizons, n’en a pas manqué. Nous remercions Aurélie Stroppini, qui en a dressé un premier plan-masse. L’état définitif du texte et sa mise en page ont bénéficié de la collaboration, cons-tante et clairvoyante, de l’éditeur lui-même, à qui nous disons notre gratitude.
GIANFRANCO STROPPINIDE FOCARA
Goethe,LeConte,2008 Virgile,LEnéide,2009
en préparation :
Dans la même collection:
JudithGautier,Œuvres romanesque et essais,2009-2014 Kudrun, épopée germanique,2010 Nibelungenlied,épopée germanique,2010
Virgile
L’Énéide
Traduction de MarcelDesportes†
Édition deGianfranco Stroppini deFocara
2009
Du même auteur
L’éditeur invite les lecteurs curieux de naviguer sur le site www.editionsorizons.com Ils y trouveront de quoi satisfaire leur curiosité sur la bibliographie établie par son ayant-droit et fils, YvonDesportes. Nous nous contenterons de citer, dans ce gigantesque apport à la culture classique, les traductions poétiques de Marcel Desportes. Orizons compte en éditer un certain nombre. Lorsqu’elles ont déjà étépubliées,nous mentionnons leuréditeur.
Homère Hésiode Sophocle
Euripide Eschyle
Aristophane Ménandre Turolde Béroul Anonyme Marie deFrance Villon Anonyme Virgile
Shakespeare
Iliade,Odyssée Théogonie,LesTravaux et lesJours Antigone,Électre, Œdipe-Roi, Paris,Bor das Phèdre,Alceste Omnes quae supersunt tragoediae, dontLesPerses,Electae,Paris,Bordas LesOiseaux(hors commerce) LAtrabilaire La Chanson deRoland LeRoman deTristan Le charroi deNîmes,Gormont etIsembart LesLais Les deux testaments LeNibelungenlied Bucoliques, dansG:ianfranco Stroppini Amour etDualité dans lesBucoliques de Virgile,Paris, Klinksieck JulesCésar
Présentation del’Énéidede Virgile dans la traduction versifiée de MarcelDesportes 1 parGianfranco Stroppini deFocara
ans vouloir faire œuvre d’érudition universitaire, quelques mots S de présentation concernant la genèse et l’élaboration de l’Énéide s’imposent pour satisfaire en partie la curiosité du lecteur. La question a fait l’objet de tant de travaux de la part des critiques que l’on ne saurait ici en donner un aperçu exhaustif, ni même approchant. Je me bornerai donc, m’étant moi-même penché sur la question dans le cadre de mes travaux universitaires, à tenter de définir ce que Virgile doit au contexte philosophico-cultuel de son temps, c’est-à-dire l’alexandrinisme, quelle est la part d’origi-nalité qui lui est propre, quels furent les liens qui le lièrent au pouvoir en place, c’est-à-direAuguste, et quelle en fut l’incidence sur ce que Macrobe appelle « L’œuvre sacrée de la Romanité ». L’alexandrinisme et le néotérisme (écrivains qualifiés parCi-céron, qui ne les aimait pas, de « poetae noui », poètes nouveaux) ont-ils servi la conception et l’élaboration de l’œuvre ou ont-ils motivé certains griefs retenus contre elle ? Il n’est pas jusqu’à P. Boyancé, pour qui l’épos virgilien ne manque pourtant pas d’élé-vation philosophico-cultuelle (voir son étude :Lareligion deVir-gile, Paris,P.U.F.1963) qui ne dénonce des disparates dus à l’in-fluence du néotérisme alexandrin et au caractère inachevé de l’œuvre. J. Perret dénonce dans l’Énéideune œuvre qui, en son temps, aurait paru manquée parce que trop longue pour satisfaire le goût alexandrin à la mode.Bernadette Liou-Gille (Cultes hé-roïques romains:les fondateurs, Paris,Belles Lettres,1980) va jus-qu’à prétendre que Virgile était conscient de cette inadéquation
1 Gianfranco Stroppini deFocara est écrivain, et professeur honoraire de lettres latines, agrégé de lettres classiques, docteur ès lettres
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et hésitait à la publication de l’œuvre.De même,EnzioCetrango-loetP.Grimal.Ainsilenéotérisme alexandrinestnonpar certainscommeune entrave àl’expressiond’uneœuvrepoétique de grande envergure,position qui, certes,n’est pas partagéepar tout lemonde et surtout pas parEttore Paratore. Nous revenonsdoncsur laquestion pouraffirmer,nous aussi,l’importance du néotérisme etdel’alexandrinismesur la conceptionet larédactiondel’épopéevirgilienne,persuadéque, sanseux,le génie du poète eût manqué detremplin pourat-teindrelescimesauxquellesil s’estélevé.Si, commeonencon-vientnéralement, Virgile est lepromoteurdelaspiritualitéro-maine, cest qu’ilestcelui en quiontconfluéles tendancescul-tuelles,philosophiques,religieuses, esttiquesdelapoésie hel-lénistique.Ceteffortdintégrationdu multiple dans l’un,sur le plan littéraire, est typiquementalexandrin,pourvu qu’il s’accom-pagne dusirde faire bref, commelevoulaitCallimaque. La « breuitas» est l’undescritèresessentielsdelapoésie alexandrine.Cettemesure cependant restetouterelative.Certes, on peut réduire àquelques vers une histoiremythologique etdon-nerdans l’« epillion».On peutencore alignerdesépigrammes fort succincts oudeshymnesen l’honneurdetelleou telle divini-té, commel’a fait lepoète deCyrènequitenait ungrandlivre pour ungrandmalheur.Il n’en restepas moins quelalongueur de ces œuvres sera toujours variable et queCallimaque n’indique aucune mesure précise. On ne saurait tirer argument du nombre de vers pour ranger telle ou telle œuvre sous la rubrique de l’alexandrinisme sans considérer d’abord l’importance des ma-tériaux retenus par le poète pour les y insérer. Or Virgile veut manifestement insérer dans la trame de son Énéide:les deux œuvres majeures d’Homère LIliade et l’Odys-sée; celle-ci, dans les six premiers livres qui racontent les erran-ces d’Énée en mer, celle-là dans les six derniers consacrés aux guerres des Troyens contre lesAutochtones italiques. L’épos étant par définition une œuvre de longue haleine, la brièveté dis-ponible pour Virgile était toute relative. Il n’en a pas moins réussi un tour de force en réduisant à douzelivres les quarante-et-huit
PRÉSENTATIONDEGIANFRANCOSTROPPINIDEFOCCARA
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chants homériques, soit9896hexamètres dactyliques contre28103 pour les chants homériques. La réduction au quart en nombre de livres, se fait au tiers au nombre de vers. Virgile respecte même l’étendue relative del’Odysséeet del’Iliadedans les deux parties de l’épopée : aux12410versdel’Odysséecorrespondent les4755 vers des livresI-VIdel’Énéide, tandis qu’aux15693vers del’Iliade répondent les5141vers des livresVII-XIIdel’Énéide.
Il fallait bien de l’ingéniosité pour que cette juxtaposition d’une nouvelleIliadeet d’une nouvelleOdysséene parût pas simpliste ou incongrue. Virgile n’en a pas manqué. C’est d’abord une seule et même figure héroïque qui traverse l’œuvre entière, ce qui assure l’unité :Énée, héros errant, devient un héros combattant sur le sol italique. Le poète a ménagé un lien de finalité, de causalité et de continuité chronologique entre les deux parties de l’œuvre : les errances sur mer doivent mener le héros aux bords laviniens ; ce débarquement à son tour dé-clenchera des guerres jusqu’au synœcisme final des Troyens et desAutochtones pour la fondation de Rome. Il en résulte un en-semble organique d’une parfaite continuité. Cette impression est accentuée par d’autres tendances uni-taires dans l’œuvre de Virgile.Ainsil’Énéide, quoique résultant de la conjugaison d’une nouvelleIliadeet d’une nouvelleOdys-sée, pourrait ne représenter que l’une ou l’autre de ces deux épo-pées homériques.LOdysséeen effet raconte les aventures d’U-lysse sur mer puis ses difficultés à gagner son logis, après avoir consulté les morts, et à retrouver son épouse, après avoir tué les prétendants. OrÉnée aussi, qui, commeÉvandre, descend de Dardanos, revient sur une terre qui était la sienne (l’Italie), après une descente aux enfers, pour y épouser Lavinia, que lesDestins lui ont promise. Une telle lecture accentue l’impression d’un en-semble organique,l’Énéidene se référant plus qu’àl’Odyssée, d’autant que certaines sauvageries d’Énée et de ses compagnons
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aucombat n’ont de correspondant que dans la scène du massacre des prétendantsplutôt que dans lesinnombrables luttes quenous proposel’Iliade.D’unautre côté, cest la colère dAchilleque veutillustrer lepoète, avecses terribleseffets, dans les24chants del’Iliade, jusqu’à ce qu’elle cesse.De la même façon les12livres del’Énéideracontent les effets de la colère de Junon jusqu’à ce qu’elle s’apaise, et Virgile rappelle cette colère au début du livreI et du lireVII.LÉnéidedevient alors une autreIliade, autre ligne de force unitaire.Àces conjonctions qui traversent l’œuvre pour-raient s’en ajouter bien d’autres.Ainsi le livreII, par une cons-truction en abîme, rappelle la dernière nuit de Troie au milieu de la partie odysséenne del’Énéide, mais l’œuvre est loin de rester ouverte commel’Iliadequi s’achève sur la continuité des com-bats. Virgile nous renseigne sur les événements historiques futurs après la mort de Turnus au livreXIIpar un effet d’hystéron-protéron : Hélénus au livreIII,Anchise au livreVI, la description du « clipeus aureus »au livreVIIInous en informent.De sorte que, quand Turnus expire, nous remontons de plusieurs livres en arrière dans l’œuvre tout en nous projetant en avant dans l’his-toire. L’univers virgilien est donc clos par la nécessité de donner à l’épos une finalité eschatologique voulue par leDl’élé-estin : vation de Rome au rang de maîtresse du monde par l’œuvre d’Auguste et le retour de l’âge d’or. Tout concourt à la réalisation de ces deux idéaux. Tout est clos dans cet univers-là. Mais l’effort d’intégration du multiple dans l’un de la part de Virgile, effort typiquement alexandrin, a dépassé et de loin l’émulation à l’égard d’Homère.LÉnéidemanifeste des emprunts importants à la tradition épique latine. Il s’agit de la conjonction de l’histoire et de l’épos.Certes, la mythologie est l’une des com-posantes nécessaires du genre épique, et peut-être devons-nous à la tendance romaine soulignée parG.Dumézildhistoriciser le mythe (cf.Lareligion romainearchaïque, Paris, Payot 1992), l’in-trusion d’éléments historiques dans ce genre littéraire. L’épopée historicisante est une tradition bien établie à Rome lorsque Virgile s’attelle à sonÉnéide. Il y infléchit le canevas homérique dans une perspective encomiastique de la fondation de Rome et de son
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