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Les Franco-Maghrébines

De
470 pages
Voici les écrits d'une génération en marche vers une troisième voie, celle des Franco-Maghrébines, ne reniant ni leur origine du nord de l'Afrique, ni leur nationalité et leur vie françaises. Dès lors, la problématique posée par leurs oeuvres s'avère différente de leurs aînées "beurettes", car il s'agit de dire en quoi et comment elles se sentent à la fois totalement Françaises, mais aussi héritières d'une culture qu'elles souhaitent conserver comme une preuve de la richesse de leur identité.
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Sous la direction deLES FRANCO-MAGHRÉBINES
Najib REDOUANE et Yvette BÉNAYOUN-SZMIDTAUTRES VOIX / ÉCRITURES AUTRES
Qu’en est-il de la littérature « beur » au féminin ? Ce précédent volume
consacré aux écrivaines de la deuxième et troisième génération venues du Maghreb
qui s’était emparée du verlan pour revendiquer une origine arabe vue au miroir
de la France des années quatre-vingts trouve ici un prolongement. En effet, le LES FRANCO-MAGHRÉBINES
présent ouvrage aborde les écrits d’une génération en marche vers une troisième
voie, celle des Franco-Maghrébines, ne reniant ni leur origine du nord de l’Afrique
AUTRES VOIX / ÉCRITURES AUTRESni leur nationalité et leur vie françaises. Dès lors, la problématique posée par leurs
œuvres s’avère différente de leurs aînées « beurettes » car il s’agit de dire en quoi
et comment elles se sentent à la fois totalement françaises mais aussi héritières
d’une culture qu’elles souhaitent conserver comme une preuve de la richesse de
leur identité.
Ce volume n’a d’autre ambition que d’en défi nir à travers vingt-huit textes les
perspectives, les démarches, tout comme les aléas et parfois les découragements,
au sein d’une France de plus en plus frileuse quant au regard porté sur les cultures
multiples qui fl eurissent sur son territoire. L’expression de ce nouveau métissage,
consenti, revendiqué et le plus souvent riche d’apports dans la littérature
contemporaine trouve dans ces pages une représentation variée tant sur le plan
artistique que sur celui de l’expression humaine d’une condition dont on souhaite
qu’elle ne soit plus l’objet d’une catégorie spécifi que de la littérature, mais bien un
apport riche et varié aux écrits contemporains.
L’objectif principal de l’ouvrage est de tenter aussi de pallier un manque grâce
aux différentes contributions dans son projet de présenter différentes écrivaines
Franco-Maghrébines telles que Rénia Aouadène, Sabrina Bakir, Rachida Bali,
Lamia Berrada-Berca, Nadia Berquet, Nadia Bouzid, Nora Chaouche, Amale El
Atrassi, Sarah Frikh, Fatna Gourari, Sihem Habchi, Nora Hamdi, Nadia Lakehal,
Nora Leil, pour ne citer que celles-ci, afi n de prouver l’évolution de ce fait littéraire.
Encore faudrait-il que la diversité de leur écriture, la richesse de leurs expériences,
les différents styles qu’elles proposent et leurs innovations formelles soient pris
en compte littérairement et institutionnellement. Sinon, ces autres voix, comme
d’autres d’ailleurs, n’auront été que des écritures autres vides sans échos.
Collection AUTOUR DES TEXTES MAGHRÉBINS
Illustration de la couverture : Aquarelle féminine de J. Benedek.
© Photo prise par Carolyn C. Barshay
ISBN : 978-2-343-04745-4
46,50 €
Sous la direction de
LES FRANCO-MAGHRÉBINES
Najib REDOUANE
AUTRES VOIX / ÉCRITURES AUTRES
et Yvette BÉNAYOUN-SZMIDT




Les Franco-Maghrébines
autres voix / écritures autres COLLECTION
‒ AUTOUR DU TEXTE MAGHRÉBIN ‒
dirigée par

Najib REDOUANE Yvette BÉNAYOUN-SZMIDT
CSU- Long Beach Université York-Glendon
États-Unis Canada


Ouvrages déjà publiés dans cette collection

Clandestins dans le texte maghrébin de langue française, Najib Redouane (s. la dir.
de), Paris, Éditions L’Harmattan, 2008, 352 p.
Vitalité littéraire au Maroc, Najib Redouane (s. la dir. de), Paris, Éditions
L’Harmattan, 2009, 371 p.
Voix et plumes du Maghreb, Lahsen Bougdal (s. la dir. de), Paris, Éditions
L’Harmattan, 2010, 140 p.
Diversité littéraire en Algérie, Najib Redouane (s. la dir. de), Paris, Éditions
L’Harmattan, 2010, 302 p.
Lecture(s) de l’œuvre de Rachid Mimouni, Najib Redouane, (s. la dir.de) Paris,
Éditions L’Harmattan, 2012, 229 p.
Où en est la littérature « beur » ? Najib Redouane, (s. la dir.de) Paris, Éditions
L’Harmattan, 2012, 369 p.
Qu’en est-il de la littérature « beur » au féminin ? Najib Redouane et
BénayounSzmidt (s. la dir. de) Paris, Éditions L’Harmattan, 2012, 444 p.
Les écrivains maghrébins francophones et l’Islam : constance dans la diversité.
Najib Redouane, (s. la dir. de), Paris, Éditions L’Harmattan, 2013, 460 p.
Femmes Arabes et Écritures Francophones : Machrek-Maghreb, Rabia Redouane,
Paris, Éditions L’Harmattan, 2014, 304 p.


Illustration de la couverture : Aquarelle féminine de J. Benedek.
© Photo prise par Carolyn C. Barshay





© L’HARMATTAN, 2014
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-04745-4
EAN : 9782343047454 Sous la direction de
Najib REDOUANE et Yvette BÉNAYOUN-SZMIDT





Les Franco-Maghrébines
autres voix / écritures autres























Autres ouvrages publiés par les auteurs de ce volume

Ouvrages de critique
•Les écrivains maghrébins francophones et l’Islam : constance dans la diversité. Najib Redouane, (s. la
dir. de) Coll. Autour du texte maghrébin, Paris, L’Harmattan, 2013, 460 p.
•Le pari poétique de Gérard Étienne, Najib Redouane et Yvette Bénayoun-Szmidt (s. la dir. de) Coll.
Espaces littéraires, Paris, L’Harmattan, 2013, 312 p.
•Qu’en est-il de la littérature « beur » au féminin ? Najib Redouane et Yvette Bénayoun-Szmidt (s. la dir.
de) Coll. Autour du texte maghrébin, Paris, L’Harmattan, 2012, 444 p.
•Où en est la littérature « beur » ? Najib Redouane (s. la dir. de) Coll. Autour du texte maghrébin, Paris,
L’Harmattan, 2012, 369 p.
•Lecture(s) de l’œuvre de Rachid Mimouni, Coll. Autour du texte maghrébin, Paris, Éditions L’Harmattan,
2012, 229 p.
•L’œuvre romanesque de Gérard Étienne. É(cri)ts d’un révolutionnaire, N. Redouane et Y.
BénayounSzmidt (s. la dir. de), Coll. Espaces Littéraires, Paris, L’Harmattan, 2011, 254 p.
•AHMED BEROHO, Najib Redouane et Yvette Bénayoun-Szmidt (s. la dir. de), Coll. Autour des écrivains
maghrébins, Paris, L’Harmattan, 2010, 298 p.
•Diversité littéraire en Algérie, Najib Redouane (s. la dir. de), Coll. Autour du texte maghrébin, Paris,
L’Harmattan, 2010, 302 p.
•Vitalité littéraire au Maroc, Najib Redouane (s. la dir. de), Coll. Autour du texte maghrébin, Paris,
L’Harmattan, 2009, 371 p.
•Clandestins dans le texte maghrébin de langue française, Najib Redouane (s. la dir. de), Coll. Autour du
texte maghrébin, Paris, L’Harmattan, 2008, 352 p.
•ASSIA DJEBAR, Najib Redouane et Yvette Bénayoun-Szmidt (s. la dir. de), Coll. Autour des écrivains
maghrébins, Paris, L’Harmattan, 2008, 380 p.
•Écriture féminine au Maroc : Évolution et continuité, Collection Critiques littéraires, Paris, Éds
L’Harmattan, 2006, 306 p.
MALIKA MOKEDDEM, Najib Redouane, Yvette Bénayoun-Szmidt et Robert Elbaz (s. la dir. de), Coll.
Autour des écrivains maghrébins, Paris, L’Harmattan, 2004, 352 p.
•TAHAR BEKRI, Najib Redouane (s. la dir. de), Coll. Autour des écrivains maghrébins, Paris,
L’Harmattan, 2003, 278 p.
•Rachid Mimouni : entre engagement et littérature, Collection Espaces littéraires, Paris, L’Harmattan.
Paris, 2002, 268 p.
•Algérie : Nouvelles Écritures, Charles Bonn, Najib Redouane et Yvette Bénayoun-Szmidt (s. la dir. de),
oColl. Études Littéraires Maghrébines, N 15, Paris, L’Harmattan, 2001, 268 p.
•RACHID MIMOUNI, Najib Redouane, (s. la dir. de) coll. Autour des écrivains maghrébins, Toronto,
Éditions La Source, 2000, 423 p.
•Parcours féminin dans la littérature marocaine d’expression française, Yvette Bénayoun-Szmidt et
Najib Redouane, Toronto, Éditions La Source, 2000, 202 p.
•1989 en Algérie. Rupture féconde ou Rupture tragique, Najib Redouane et Yamina Mokaddem (s. la dir.
de), Toronto, Éditions La Source 1999, 261 p.
•La Traversée du français dans les signes littéraires marocains, Y. Bénayoun-Szmidt, H. Bouraoui et N.
Redouane (s. la dir. de), Toronto, Éditions La Source, 1996, 253 p.

Recueils de poésie
Najib Redouane
• Murs et murs, Montréal, Éditions du Marais, 2014, 108 p.
• Peu importe, Montréal, Éditions du Marais, 2013,124 p.
• Pensées nocturnes, Montréal, Éditions du Marais, 2013, 68 p.
• Remparts fissurésns du Marais, 2012, 98 p.
• Le Murmure des vagues, Rome, Aracne editrice, 2011, 77 p.
• Ombres confuses du temps, Montréal, Éditions du Marais, 2010, 71 p.
• Ce soleil percera-t-il les nuages ? Montréal, Éditions du Marais, 2009, 70 p.
• Lumière fraternelle, Montréal, Éditions du Marais, 2009, 66 p.
• Le Blanc de la parole, Montréal, Éditions du Marais, 2008, 66 p.
• Paroles éclatées, Montréal, Éditions du Marais, 2008, 66 p.
• Songes brisés, Montréal, Éditions du Marais, 2008, 66 p.

Yvette Bénayoun-Szmidt
•Échos de Souvenance, Montréal, Éditions du Marais, 2009, 66 p.

REMERCIEMENTS

L’ensemble de l’ouvrage est d’abord une contribution collective
d’une collaboration internationale. Il réunit des études inédites de
chercheurs qui œuvrent en Algérie, au Canada, en Espagne, aux
ÉtatsUnis, en France, au Maroc et en Roumanie.
Nous tenons à remercier vivement et sincèrement pour leur
collaboration, leur sérieux et leur soutien les personnes suivantes :
Bouchra Benbella, Faouzia Bendjelid, Lamia Bereksi Maddahi, María
Cristina Boidard-Boisson, Evelyne M. Bornier, Soumeya Bouanana,
Leïla Bouzenada, Yves Chemla, Murielle Lucie Clément, Annie
Devergnas, Paul Dugneau, Malika Hadj-Naceur, Irina Georgescu,
Gabriela Illiutã, Assia Kacedali, Jocelyne Le Ber, R. Matilde
Mésavage, Yamina Mokaddem, Anne-Marie Obajtek-Kirkwood,
Anda Rãdulescu, Rabia Redouane, Bernadette Rey Mimoso-Ruiz,
Patrick Saveau, Sabah Sellah, Ana Soler et Yamina Zinai.
Notre profonde gratitude à tous les collègues et les critiques qui
ont pris part à ce projet, qui nous tenait tant à cœur depuis longtemps,
celui de présenter deux ouvrages portant sur les écritures de
l’immigration féminine maghrébine en France. Ce deuxième volume
est nécessaire pour présenter un corpus qui n’a pas été inclus dans le
premier ouvrage Où en est la littérature « beur » au féminin ? (2013)
L’objectif de celui-ci est de faire connaître et surtout de faire
découvrir différents écrits, peu traités par la critique, de ces Autres
Voix Franco-Maghrébines.
Et à tous les lecteurs et lectrices nous espérons que cet ouvrage
saura attirer l’attention sur cette mouvance littéraire en France par la
diversité de ses écrits et l’apport de ses jeunes auteures issues de la
deuxième ou troisième génération qui se sentent à la fois totalement
françaises, mais aussi héritières d’une culture qu’elles souhaitent
conserver comme une preuve de la richesse de leur identité.
Nos remerciements vont également à Virginie Hureau et aux
Éditions L’Harmattan pour leur soutien dans la publication de cet
ouvrage.

N. R. et Y. B-S.




À nous de refuser la passivité, la précarité, l'insupportable,
l'inégalité, l'irrespect, le racisme, l'intolérance, la violence.
À nous de renouveler l'espace culturel commun pour une société
de droit et un exercice actif de la citoyenneté. À nous de résister,
de ne jamais accepter de descendre en dessous du seuil minimum
de dignité.
Notre mémoire est pavée d'agressions racistes, d'affrontements,
d'urgences, d'expulsions, de la politique d'immigration
à la politique de la ville. Mais cette mémoire n'est pas négative.
Nos acquis, nos expériences, nos capacités de dialogue seront
utiles et précieux pour proposer un traitement plus intelligent
et plus ouvert des problèmes des minorités en France et en
Europe.
Djida Tazdaït. « Point de vue », Le Monde, 26 novembre 1993.
.




Najib REDOUANE
California State University, Long Beach
États-Unis


De « beurette » à Franco-Maghrébine :
l’affirmation d’une nouvelle expression identitaire



Pour rendre compte de la variété et de la richesse des écrits de femmes
des deuxième et troisième générations issues de l’immigration maghrébine,
un deuxième volume est nécessaire pour présenter un corpus qui n’a pas été
1inclus dans le premier ouvrage . L’objectif de celui-ci est de faire connaître
et surtout de faire découvrir différents écrits, peu traités par la critique, qui
ont participé à l’essor du phénomène de la littérature « beur » au féminin.
La finalisation de ce projet coïncide avec la célébration le 15 octobre
2du trentième anniversaire de la Marche pour l’égalité et contre le racisme . À
cet effet, l’Institut du monde arabe (IMA) a organisé une exposition « La
3France arabe-orientale » et un beau livre La France arabo-orientale, treize
4siècles de présences est sorti en librairie qui « se donne pour ambition
d’explorer sur le temps long – treize siècles depuis 718-719 – la permanence
des relations parfois conflictuelles, parfois fusionnelles, le plus souvent
méconnues, que la France a nouées avec les populations de la vingtaine de
5pays actuels du monde arabo-oriental » . Il y a aussi lieu de citer la
réalisation d’un film par Nabil Ben Yadir qui tend à apporter une pierre à la

1 Voir Najib Redouane et Yvette Bénayoun-Szmidt (s. la dir. de). Qu’en est-il de la littérature
« beur » au féminin ? Paris, L’Harmattan, 2012, 435 p.
2 Le 3 décembre, la marche pour l’égalité et contre le racisme dite des beurs est partie de
Marseille le 15 octobre rassemblant plus de 60.000 personnes issues ou non de l’immigration.
3 Voici la présentation de l’IMA de cet événement : « L’exposition « La France
araboorientale » (octobre, novembre, décembre 2013) met le projecteur sur les présences des
populations maghrébines, proches-orientales et ottomanes dans l’Hexagone. Des populations
qui ont contribué à bâtir l’histoire politique, culturelle, militaire, religieuse, artistique et
économique de ce pays, de l’empire carolingien de Charlemagne à la République actuelle ».
4 Pascale Blanchard, Naïma Yahi, Yvan Gastaut et Nicolas Bancel (s. la dir. de). La France
arabo-orientale, treize siècles de présences, Paris, La Découverte, 2013, 359 p. Cet ouvrage
comporte 750 documents et photographies qui traversent le temps pour inscrire des siècles de
présences du Maghreb, de la Turquie, de l’Égypte, du Moyen-Orient et du Proche-Orient en
France. Les auteurs veulent casser ce regard qui résume cet « Autre » à une identité unique,
celle du « musulman ». Pour eux, l’histoire rend tout cela plus complexe, plus en nuance, plus
riche aussi. Elle n’est pas que violence, et elle est désormais un patrimoine français.
5 Ibid., p. 12.
Les Franco-Maghrébines : Autres voix/ Écritures autres


6construction de cette mémoire, la mémoire de la Marche . Des rencontres
ont été organisées pour débattre de la raison d’être de ce phénomène et ce
qu’il en reste aujourd’hui. Farid L’Houa, marcheur à l’époque de Valence à
Paris, précise dans un entretien réalisé avec Lyon capitale ceci :

Après trois ou quatre générations, toute une partie des enfants
issus de l’immigration rencontrent encore des difficultés. Les
immigrés d’origine espagnole et portugaise qui vivaient dans les
quartiers sont entrés dans des espaces de représentation politique
en même temps que leurs pays, quand l’Espagne et le Portugal
sont entrés dans l’Union européenne. Mais une partie de la
communauté française d’origine extracommunautaire est encore
en recherche d’égalité, de respect. Elle ne se sent pas représentée
en France. Pire, depuis la fin des années 1980, elle est victime de
glissements sémantiques, stigmatisée sous les vocables de
« Français musulman », de « communauté musulmane » depuis la
guerre du Golfe. Après l’Irak, on a aussi eu les écrits sur le choc
des civilisations. C’est désespérant, on va à l’envers de ce que
7devrait être le modèle français... .

Lancé comme un cri du cœur, le mouvement de la Marche des Beurs
des années 80, qui a pris de l’ampleur en suscitant une prise de conscience
particulière a cru que la société française allait s’ouvrir. Or, aujourd’hui,
comme le souligne Kaïr Kédadouche, « la réussite de l’intégration est
remise en cause. L’ascenseur social est malheureusement tombé en panne
8pour les Beurs » . Ces derniers, de parents nord-africains, nés sur le territoire
français ou arrivés en bas âge pour s’y installer, entièrement scolarisés en
France et naturalisés français, n’ont pas cessé de se demander pourquoi on
continue d’exiger d’eux de s’intégrer, à quoi et comment, revendiquant le
droit d’être acceptés comme ils sont et désireux d’acquérir leur juste place
dans la société française en affirmant qu’aujourd’hui « la France, c’est aussi
9[eux], les Beurs » . Pour eux, « être intégré, c’est trouver sa place
économiquement, socialement et culturellement, indépendamment de ses
10origines » . Ils soutiennent que « l’intégration ne peut se faire que dans un
système économique où l’on trouve des passerelles entre le passé et l’avenir,
11entre les générations, entre les cultures » . Or, pour la majorité des Français
de souche, malgré leur nationalité française, peu importe la génération à
laquelle ils appartiennent, les enfants issus de familles maghrébines sont

6 La Marche, de Nabil Ben Yadir. Avec Olivier Gourmet, Jamel Debbouze, Charlotte Le Bon
et Hafsia Herzi. Sorti en salle le 27 novembre 2013.
7 Lucie Blanchard. « La Marche des Beurs, 30 ans après », Lyon Capitale, le 14 octobre 2013.
8 Kaïr Kédadouche. La France et les Beurs, Paris, Table ronde, 2002, p. 46.
9 Ibid., p. 41.
10 Ibid., p. 52.
11 Ibid., p. 45.
12 Najib Redouane – De « beurette » à Franco-Maghrébine


« perçus comme des étrangers, des immigrés, des Arabes... enfin pas comme
12des Français comme les autres » . Cette stigmatisation teintée de
ségrégation entrave toute logique d’intégration puisque « ce type d’individu
ne peut prétendre à une entité citoyenne à part entière et respectée en tant
que telle. Par contre, un Allemand, un Portugais ou un Grec se voient
naturellement attribuer ce caractère, car ils appartiennent à cet œkoumène
13nommé Europe ou Occident chrétien » . Dominique Baillet renforce cette
idée en précisant que :

Les Maghrébins sont perçus en France comme formant une unité
dotée d’une double caractéristique : ils n’appartiennent pas à la
civilisation judéo-chrétienne, contrairement aux jeunes issus des
précédentes vagues migratoires, mais au monde arabo-musulman
14et sont issus d’une population anciennement colonisée .

Beaucoup pensent que « les spécificités culturelles ou religieuses des
populations issues de l’immigration compromettent définitivement cette
intégration. Ceux-là prônent un « retour » au « pays d’origine ». Retour qui,
pour nombre des personnes concernées, reviendrait de fait à un aller simple
15dans un pays méconnu, parfois totalement inconnu » . Ainsi, confrontés à
un double système de références dont bien des éléments sont opposés, les
jeunes issus des familles d’immigrés maghrébins sont stigmatisés comme
étant les autres, peu importe le temps passé dans leur pays de naissance ou
d’adoption. On pointe exagérément leur altérité en dressant sur leurs
chemins mille et une barrières compromettant leur évolution sociale, les
empêchant de disposer des moyens possibles pour assurer leur intégration
considérée plus comme un but en soi qu’une fin absolue.
En fait, la place de la communauté maghrébine, en tant que groupe
particulier, dans la société française demeure problématique, comme le
souligne Philippe d’Iribarne :

La société française réserve à ceux qui, tout en étant citoyens
français, sont couramment qualifiés d’« immigrés », ou encore
d’« immigrés de deuxième voire de troisième génération » (une

12 Franck Chignier Riboulon. « Les enjeux d’une intégration sociale et spatiale : l’exemple de
l’Est Lyonnais », Yahia Belaskri (s. la dir. de). Les Franco-Maghrébins et la République,
Paris-Méditerranée, Édition : APCV, 2007, p. 58.
13 Nas E. Boutammina. Maghrébinoligie – Générale et Systématique. « Citoyen de troisième
classe », Beyrouth, Dar Albouraq, 2004, p. 44.
14 Dominique Baillet. « L’intégration des Jeunes d’origine maghrébine par le militantisme
politique », Yahia Belaskri (s. la dir. de). Les Franco-Maghrébins et la République,
ParisMéditerranée, Édition : APCV, 2007, p. 76.
15 Frédérique Sicard. Enfants issus de l’immigration maghrébine : grandir en France, Paris,
L’Harmattan, 2011, p. 9.

13 Les Franco-Maghrébines : Autres voix/ Écritures autres


expression à la cohérence problématique), un sort qui émeut
souvent les esprits. À l’occasion du débat lancé par le
gouvernement sur l’identité française, ce sort vient de soulever à
nouveau les passions. De larges courants d’opinion ont affirmé
une fois encore que la France doit assumer pleinement son destin
de société ouverte à la diversité du monde, enracinée dans
l’universel, vouée au métissage et au cosmopolitisme des valeurs.
Pendant ce temps, il n’est pas de jours où l’on ne constate pas de
discriminations à l’embauche et autres réactions xénophobes.
« Sont-ils français, ces jeunes de la deuxième ou troisième
génération, nés en France, français par les papiers mais considérés
16comme étrangers par le nom et le faciès ? » .

Kaïr Kédadouche avance que « c’est une approche raciste de penser
qu’une catégorie donnée de gens, les Arabes en l’occurrence, ne peuvent
pas s’intégrer. Si l’intégration est difficile [...], c’est seulement parce que
17les gens rencontrent des difficultés sociales et économiques » . En effet, les
difficultés qu’a la société française à accorder une place digne de ce nom à
ceux de ses membres qui sont issus de l’immigration maghrébine sont un
puissant révélateur de ses contradictions intimes. D’après Philippe
d’Iribarne, la complexité de cette situation réside dans le fait que

La France reste un pays fondamentalement hiérarchique, attentif à
ce qui distingue chacun de ses semblables selon mille critères, du
caractère plus ou moins brillant de ses études à ses origines,
sociales, régionales, ethniques ou autres, en passant par le métier
qu’il exerce et le lieu où il demeure. L’égalité politique n’a
18nullement mis fin à l’inégalité sociale .

Le modèle français républicain qui prône l’intégration en suivant
19l’expérience américaine de la discrimination positive ou encore qui vise à
encourager le multiculturalisme faisant figure d’une possibilité de
conciliation des différences afin de pouvoir vivre ensemble au sein d’une
20société démocratique n’a pas été à la hauteur de ses ambitions. Le système
en lui-même nie l’égalité qui bien que présente dans tous les discours
officiels reste de principe et non de fait. La réalité montre que la France est
loin d’être ouverte à la diversité des cultures, à la tolérance, au respect de

16 Philippe d’Iribarne. Les Immigrés de la République. Impasses du multiculturalisme, Paris,
Éditions du Seuil, 2010, p. 7.
17 Kédadouche. La France et les Beurs, p. 43.
18 d’Iribarne. Les Immigrés de la République. Impasses du multiculturalisme, p. 129.
19 Voir Yazid et Yacine Sabeg. Discrimination positive. Pourquoi la France ne peut y
échapper, Paris, Calmann-Lévy, 2004, 247 p.
20Voir à ce sujet Michel Wieviorka (s. la dir. de). Une société fragmentée ? Le
multiculturalisme en débat, Paris, La Découverte, 1997, 319 p.
14 Najib Redouane – De « beurette » à Franco-Maghrébine


l’Autre et à son acceptation, quelles que soient ses origines. Le constat amer
d’échec qui s’impose depuis la marche pour l’égalité des droits en 1983 aux
émeutes des banlieues en novembre 2005 est un fort indicateur qui prouve
que, contrairement aux idées avancées, les actions réalisées à travers
l’évolution du temps ont montré que les orientations politiques, aussi bien
de gauche que de droite, ont renforcé la logique de la ghettoïsation et de la
concentration ethnique. À dire vrai, la problématique de la singularité
maghrébine continue à heurter la sensibilité nationale. Actuellement, les
enfants de la deuxième ou même troisième génération ne se sentent toujours
pas chez eux en France. En dépit pour un certain nombre d’entre eux, d’un
cursus scolaire ou universitaire réussi et d’une acceptation inconditionnelle
des règles de la République, ils demeurent victimes d’une discrimination
flagrante et criante.

Au racisme au quotidien que subissent encore nombre de
descendants de l’immigration maghrébine s’ajoute des
discriminations à l’embauche très importantes, des discriminations
dans l’accès au logement, dans les loisirs, la vie culturelle et
religieuse, et dans l’accès aux fonctions politiques. Pire, malgré le
parcours de réussite scolaire et universitaire des jeunes
Maghrébins de France, leurs chances de faire valoir leurs talents et
compétences sont nettement moindres que celles des descendants
d’autres immigrations ou des Français dits de souche, et l’avenir
21paraît durablement bloqué .

Il est incontestable que « l’origine, la couleur de la peau, le patronyme,
l’accent, les croyances de ceux qu’on qualifie d’immigrés, et qui pour la
22majorité sont français » , posent à quelques millions de Français de souche
des difficultés qui, sans paraître originales, sont plus graves, les qualifiant
d’« indésirables ». Cette population continue à se distinguer des autres
vagues d’immigration en France. À titre d’exemple, les Italiens, les
Polonais, les Portugais ne connaissent pas les difficultés rencontrées par les
Maghrébins qui sont « confondus dans une seule et même représentation
incluant les musulmans, Arabes, Maghrébins, immigrés. Français, ils le
sont pourtant. Citoyens de la République qui a du mal à les accepter, car
23prisonnière d’une histoire mythifiée » . En fait, le Français de souche qui
ne fait pas la différence entre les composantes ethniques de l’Afrique du
Nord (berbère et arabe) appelle avec une aisance déconcertante toutes ces
vagues d’immigration venues du Maghreb des Arabes de France. Frédérique
Sicard soutient que l’on constate cet amalgame chez les concernés eux-

21 Evelyne Perrin. Les Maghrébins de France. La place refusée, Paris, Harmattan, 2008, p. 15.
22 Jean Faber. Les Indésirables. L’intégration à la française, Paris, Grasset, 2000, p. 16.
23 Yahia Belaskri. « De l’immigré algérien au Franco-Maghrébin », Yahia Belaskri (s. la dir.
de). Les Franco-Maghrébins et la République, Paris-Méditerranée, Éd: APCV, 2007, p. 18.
15 Les Franco-Maghrébines : Autres voix/ Écritures autres


mêmes puisque même s’ils sont nés et éduqués sur le territoire français, les
descendants de familles maghrébines sont à « la fois membres de leur
groupe d’appartenance et de la société dans laquelle ils vivent, ces enfants
se revendiquent, parfois exclusivement, parfois successivement, parfois
simultanément, Français et Arabes. Pareillement, ils sont perçus par le
24groupe et, plus largement, par la société, comme français et arabes » .
Le pouvoir de nommer et de déterminer les modalités d’acceptation
que possède le pays d’accueil, par le jeu de la labellisation ethnique,
participe à la création d’un groupe bien spécifique dont l’ethnicité repose
sur des bases fortement historicisées. Ainsi, le groupe des Maghrébins est-il
bien la résultante d’une construction sociale et politique, cependant cette
construction étant devenue bien réelle, apparente et ciblée à la suite de la
Marche, un événement national d’une ampleur si inattendue, qu’elle a
suscité d’innombrables appellations. À ces désignations qui passaient par
devenir de véritables patronymes, comme Beur, Beurette, Rebeu, s’est
ajoutée une foule de catégorisations politiquement correctes qui, prises par
les initiatives gouvernementales, encouragées et répandues par les médias,
fondées sur le groupe d’appartenance et la coexistence entre les différentes
cultures, ne réussissent pas à endiguer la méfiance du Français à l’égard de
l’Autre. Au sein d’une société qui continue à être plongée dans le
négativisme ethnique, ces perpétuels étrangers sont désignés de Français
d’origine maghrébine, Français maghrébin ou Maghrébin français, ou
encore simplement Maghrébin ou Arabe. Pour Jean-François Bruneaud,

Quoi qu’il en soit, le terme maghrébin qui a fait son apparition en
France au début des années 90 bénéficie d’une légitimité
linguistique tant il est désormais souvent employé par les
journalistes, les responsables politiques, les chercheurs et les
acteurs institutionnels et sociaux. Il renvoie alors à des
représentations floues de l’Arabe, de l’immigré - nord-africain, du
musulman ou encore du jeune beur des cités. Le sens commun le
connote péjorativement en le classant du côté des banlieues, de la
délinquance, du danger intégriste et de l’impossible intégration .
Le concept devient alors une sorte de fourre-tout où la notion
même d’individu serait niée dans la mesure où « ils sont tous
25pareils » .

Il convient de préciser que ces étiquettes, parfois choisies, parfois
assignées et subies, sont loin d’être univoques. Elles sont chargées, comme
l’indique Sicard, « de l’histoire passée et actuelle de leur pays

24 Sicard. Enfants issus de l’immigration maghrébine : grandir en France, Paris, Éditions
L’Harmattan, 2011, [288 p.], pp. 38-39.
25 Jean-François Bruneaud. Chroniques de l’ethnicité quotidienne chez les Maghrébins
français, Paris, Éditions L’Harmattan, 2005, p. 87.
16 Najib Redouane – De « beurette » à Franco-Maghrébine


d’implantation, de celui où leurs parents sont nés, de l’histoire commune à
26ces pays et, enfin de l’histoire internationale » . Ce qui contribue à
renforcer le caractère résolument omniprésent du racisme et du rejet de
l’autre . Car,

Pour l’homme de la rue, le Maghrébin n’est rien d’autre que le
Nord-Africain du temps des colonies. Le terme « Arabe » est
utilisé comme un synonyme à connotation religieuse,
sousentendant la pratique de l’islam, tandis que le mot « immigré »,
souvent employé reste un élément neutre. Quand on parle de
Maghrébins de France, on fait donc nécessairement référence à la
27colonisation, et à l’immigration qu’elle a suscitée .

Ainsi, définis comme un groupe polyethnique et intergénérationnel, les
Maghrébins, dont les membres majoritairement de nationalité française, sont
installés sur le territoire national de façon quasi définitive représentent une
entité socialement et politiquement façonnée qui n’a cessé d’affronter un
mélange chaotique des identités. L’éternel problème identitaire, obstacle à
une intégration harmonieuse, est dû à une impossibilité de se positionner
entre deux cultures. Dans leur aspect extérieur, les différentes générations
des enfants issus de l’immigration maghrébine ont vivement manifesté « le
28désir de s’identifier aux membres de la société d’accueil » , mais leurs
familles souhaitent qu’elles maintiennent intactes leurs valeurs, leur langue,
leur culture et leur religion. Étant conscientes de la singularité de leur
trajectoire d’origine et même vivant en France, elles demeurent porteuses, à
des degrés divers, de la culture de leurs familles, elles veulent également
adhérer aux normes culturelles de la société française dans laquelle elles
vivent. En fait, ces personnes nées ou qui ont grandi en France « sont
intégrées à la nation dans le sens qu’elles parlent le français, qu’elles ont la
même culture de consommation, que leur avenir social et professionnel sera
29en France... » . Il en résulte une double appartenance qui permet la création
d’un mixte identitaire à partir des identifications et des références
empruntant à des registres différents. Force est de souligner qu’un certain
nombre « de Français issus de l’immigration maghrébine se considèrent
30comme “Français à part entière” » et désirent « être traités comme les
autres, en tant qu’individus, et non pas membres d’une communauté

26 Sicard. Enfants issus de l’immigration maghrébine : grandir en France,... p. 39.
27 Mohand Khellil (s. la dir. de). Maghrébins de France. De 1960 à nos jours : la naissance
d’une communauté, Toulouse, Éditions Privat, 2004, p. 14. (173)
28 Mohand Khellil. L’intégration des Maghrébins en France, Paris, PUF, 1991, p. 104.
29 Chignier Riboulon. « Les enjeux d’une intégration sociale et spatiale : l’exemple de l’Est
Lyonnais », p. 55.
30 Ibid., p. 54.
17 Les Franco-Maghrébines : Autres voix/ Écritures autres


31particulière » . C’est en cela qu’ils revendiquent le droit de prendre leur
place dans la société française d’une part, par l’insertion scolaire et
professionnelle, et, d’autre part, par la référence à la religion et/ou à la
culture d’origine qui reste omniprésente et constitue un point d’ancrage de
leur identité. Il y a bien donc un double héritage marquant chez eux, une
double référence à des valeurs religieuses ou traditionnelles dans le milieu
familial qu’ils veulent s’approprier pour ne pas être perçus comme ingrats,
voire renégats et à la culture de la société dans laquelle ils évoluent. Ce qui
participe à l’élaboration d’une identité bilatérale, dont les deux faces, selon
les tenants de la délimitation de l’identité nationale aux Français de souche,
ne sont pas forcément incompatibles et synonymes de perturbation ou de
conflit. À dire vrai, les aspirations des générations issues de l’immigration
maghrébine les enferment dans une alternative contradictoire puisque la
société attend d’elles qu’elles rejettent, clairement et sans équivoque, toutes
les pratiques qui les singularisent et pour s’intégrer, doivent impérativement
abandonner leur culture d’origine parentale et reléguer dans le domaine privé
tout ce qui peut engendrer leur particularisme. En somme, loin de s’engager
dans une dynamique qui leur permettra d’être mieux acceptées par la
République et par la société française, et permettra au pays de retrouver son
dynamisme grâce aussi à ces nouveaux citoyens, les descendants de
familles migrantes maghrébines se trouvent tiraillés entre une société qui
demande leur totale émancipation et leur entourage qui exige d’eux de
rester fidèles à leurs racines. Pour les différentes générations de
Maghrébins, la seule façon d’assurer leur pleine intégration passe par un
changement essentiel dans la manière de considérer leur apport à la société
française qui doit être pris comme une participation positive et active de
citoyens à part entière. Il n’en demeure pas moins que, pour elles la question
de l’intégration des différences, de l’acceptation des multiples cultures et de
la cohabitation de tous les Français, ne peuvent être réalisées sans une
compréhension mutuelle, une solidarité nationale et un respect humain. Il ne
s’agit donc pas pour elles de renier les origines, support indispensable qui
assure le maintien de l’union familiale autour de la nostalgie pour le pays
d’origine nourrie par les parents après leur exil, mais de trouver leur place
dans leur pays de naissance : la France
Il est important de rappeler que le modèle d’intégration à la Française
n’a pas permis aux jeunes générations issues de l’immigration maghrébine
de prendre la place qui leur revient dans la construction d’une société
ouverte, démocratique et plus tolérante. Même si ces « dernières années, le
32pouvoir politique a multiplié les gestes symboliques et politiques » en
nommant des Français d’origine maghrébine à des postes gouvernementaux,

31 Kédadouche. La France et les Beurs, p. 143.
32 Belaskri. « De l’immigré algérien au Franco-Maghrébin », p. 18.
18 Najib Redouane – De « beurette » à Franco-Maghrébine


il n’en demeure pas moins vrai que pour beaucoup l’horizon n’a jamais été
prometteur et qu’ils sont considérés comme de pseudo-citoyens. Leur
présence et leurs « contributions à la société interrogent les fondements
33mêmes de l’identité française » et continuent à soulever encore tant de
passions au cœur des débats animés autour de l’identité nationale. Le
racisme, la différence, la peur de l’Autre, la marginalité, l’exclusion, le bouc
émissaire, la stigmatisation, etc., sont autant de termes fréquemment associés
à l’immigration et à ceux qui en sont issus. Pour beaucoup, les pratiques
quotidiennes de rejet et d’exclusion révèlent que la xénophobie est
entretenue touchant tous les secteurs d’activité sociale et économique. Les
autorités politiques et les dirigeants ferment trop souvent les yeux sur les très
nombreuses discriminations qui se perpétuent à l’encontre des Maghrébins.
C’est dans ce contexte, en réaction à leur situation bloquée et misérabiliste,
et surtout contre certaines conduites discriminantes qui peuvent s’attacher à
leur appartenance physique et leur patronyme, que des jeunes issus d’origine
maghrébine rejettent le processus d’intégration, notamment dans le champ
culturel en s’attachant davantage à leur différence et en refusant tout
détachement de leurs racines. Rien ne leur permet de s’accrocher à la France,
comme une mère patrie puisqu’ils rejettent et souffrent de la montée de
mouvements populistes propageant une idéologie de haine et de violence
incitant les citoyens de souche attachés à leur patrie à rejeter l’étranger et à
34ceux qui se veulent aimant la nation à devenir encore plus « nationalistes » .
De fait, l’attachement au pays de leur origine familiale provient
directement du sentiment de ne pas être reconnus par les Français comme
leurs égaux, restant toujours à leurs yeux d’origine maghrébine, en sorte que
« ces derniers, tout en étant citoyens français, sont traités comme les
35indigènes de l’époque coloniale » . Et comme chaque être humain a besoin,
parce que c’est vital, d’appartenir à une communauté et lorsqu’elles ne
sentent pas que la communauté française les accepte sans réserve, les
générations issues de l’immigration maghrébine n’hésitent pas à aller
chercher d’autres repères. Elles vont se retourner alors naturellement vers la
communauté à laquelle elles appartiennent, par le truchement des parents et
du milieu familial . D’autres vont se réapproprier « certaines valeurs de
36l’Islam, comme marques de leur identité » ne recourant pas devant les
tentations qui les attire vers la violence et l’intégrisme qui constituent une
menace sérieuse pour l’ordre social, moral et religieux au sein de la
République.

33 Kédadouche. La France et les Beurs, p. 169.
34 Ibid., p. 130.
35 Hervé Tchumkam. « Violence, altérité de l’intérieur et citoyenneté de seconde zone », La
oFrance face à ses banlieues, Présence Francophone, N 80, 2013, p. 111.
36 Kédadouche. La France et les Beurs, p. 112.
19 Les Franco-Maghrébines : Autres voix/ Écritures autres


La construction de l’identité ethnique mise en place par le pouvoir
français, loin d’être figée, s’inscrit dans une dynamique en perpétuel
mouvement, susceptible de changer et d’évoluer à travers le temps et en
fonction du contexte social et politique. La preuve qu’elle n’est pas une
donnée immuable, c’est la traduction de son caractère, au fur et à mesure du
temps, par l’élaboration progressive d’une nouvelle identité qui serait la
résultante d’une fusion des origines nationales à l’intérieur de la domination
de la culture occidentale qui devrait être plus apparente et plus englobante.
Ainsi, la construction d’une nouvelle identité serait le fruit d’un mixte
identitaire et d’un processus d’acculturation plus ou moins avancé suivant
l’histoire personnelle de chaque individu. Le Maghreb est naturellement la
terre d’origine, mais c’est la France qui semble être la mère patrie. Il devient
inacceptable pour beaucoup de membres de la communauté maghrébine en
France d’être désignés exclusivement par leur appartenance au Maghreb, car
celle-ci enferme une notion d’extranéité non avenante chez ces Français
d’origine maghrébine :

D’abord, pourquoi Maghrébins ? Ne sont-ils pas Français pour la
plupart d’entre eux ? Donc Franco-Maghrébins, c’est ainsi que
nombre d’entre eux se revendiquent, même s’ils ont été appelés
« Beurs », immigrés de la deuxième génération – quel mensonge !
Quand on sait que l’immigration algérienne, par exemple, est
consubstantielle à la colonisation française et que l’on retrouve la
ème 37présence d’Algériens en France dès la fin du 19 siècle .

Pour beaucoup de jeunes Maghrébins, puisque leur groupe est
directement issu d’une construction française bâtie sur le territoire national
et qu’il fait partie à part entière de la population française, marquant sa
différence par rapport aux citoyens d’un même État, par son attachement à
ses origines maghrébines, privilégient le terme « Franco-Maghrébin ». Cette
nouvelle appellation marquerait alors leur degré d’assimilation au groupe
dominant et indiquerait leur limite de concessions quant à leur intégration.
Le renvoi constant à leur identité maghrébine ne devrait pas fixer des
barrières réelles ou symboliques qui renforceraient l’interdiction de leur
acceptation intégrale. Il faut célébrer la différence dans l’acceptation et la
reconnaissance de l’Autre. Si la France est considérée une « terre d’accueil,
38laïque, républicaine, universelle dans ses frontières et ses projets » , alors
l’intégration permettra facilement à chaque personne la prise
de sa « place dans la société d’accueil sans oublier d’où l’on vient. On peut
39aimer la France sans rompre avec son histoire familiale » . Aucun d’entre

37 Belaskri. « De l’immigré algérien au Franco-Maghrébin », p. 13.
38 Kédadouche. La France et les Beurs, p. 17.
39 Ibid., p. 31.
20 Najib Redouane – De « beurette » à Franco-Maghrébine


ces nouvelles générations ne se reconnaîtrait « immigré dans la vie » et si
elles inventer leur avenir, ce n’est certainement que par cette expression
identitaire plus large qui consisterait dans le passage d’« être Français » à
« être la France ». François Durpaire affirme à cet égard que

Dire que l’on « est Français », c’est se référer à l’État, à ses lois,
son administration, ses institutions. La nation, en revanche, ne
peut exister que s’il existe un sentiment national. Dire « nous
sommes la France », ce n’est pas seulement se référer à des
papiers d’identité. C’est affirmer qu’il y a un « nous » qui
40transcende nos identités particulières .

Les différences, souvent significatives, qui apparaissent dans l’écriture
des premières générations issues de l’immigration maghrébine en France et
les suivantes, révèlent le parcours effectué par les individus en termes
e41d’acculturation et d’intégration . La nouvelle vague, au tournant du XXI
siècle, qui favorise le renouvellement des modes d’expression et des choix
de création vise à « se forger une nouvelle identité en dépit du poids familial
42et des orientations sociétales » . De plus, comme l’indique Mireille Le
Breton, cette génération de jeunes écrivains se caractérise aussi par son
engagement en ce qui concerne la question de l’intégration :

L’évolution de la production littéraire de ces jeunes écrivains
laisse entrevoir la fin du paradigme « beur » misérabiliste, et
l’émergence d’un nouveau. Par leur questionnement et leur
réflexion, les écrivains ouvrent en effet la voie à une nouvelle
manière d’envisager les relations sociales et la citoyenneté, et de
questionner en profondeur la problématique identitaire de la
France contemporaine, dans un « paradigme citoyen ». Ainsi des
victimes, les personnages deviennent-ils les acteurs de leur
43destinée .

En ce qui concerne les écrivaines de diverses origines maghrébines en
France, toutes générations confondues, force est de souligner que leur
sensibilité eu égard à la problématique de l’identité et de l’intégration est
différente de celle des écrivains qui ont participé à l’émergence et à
l’évolution de la littérature « beur ». Le discours du début des années
quatrevingt sur le label avancé et communément accepté de la seconde génération

40 François Durpaire. Nous sommes tous la France ! Essai sur la nouvelle identité française,
Paris, Éditions Philippe Rey, 2012, p. 91.
41 Voir Najib Redouane (s. la dir. de). Où en est la littérature « Beur » ? Paris, L’Harmattan,
2012, 369 p.
42 Ibid., p. 20.
43 Mireille Le Breton. « De la littérature beur à la littérature de banlieue », La France face à
oses banlieues, Présence Francophone, N 80, 2013, p. 19.
21 Les Franco-Maghrébines : Autres voix/ Écritures autres


issue de l’immigration maghrébine a été dépassé, délaissé, voire totalement
rejeté. En fait, « beurette », banlieue, ghetto, sont des termes qui les
répugnent et elles ont eu tendance en particulier « à mal accepter ce terme,
car le féminin de beur donnant beurette, le suffixe ainsi greffé leur est
apparu péjoratif, sonnant comme un diminutif qui reléguerait celles-ci dans
44un statut d’infériorité gentillet » . À force de ménager les susceptibilités,
d’agir avec une politesse institutionnalisée pour régler leurs crises d’identité,
elles étaient doublement marginalisées ressentant fortement les actes de
discrimination que subissent les populations immigrées. En détestant toute
forme de ghetto, elles agissaient pour sortir de l’enfermement et de
l’exclusion. Aussi, pour éviter les pièges de la différence, tentaient-elles de
contourner la stigmatisation « beurette », identité de l’entre-deux qu’elles
45proscrivaient, manifestant « une exigence identitaire absolue » . C’est vrai
qu’elles étaient différentes des Françaises de souche, mais cela ne devrait
pas les empêcher d’être citoyennes à part entière dans la société française.
Elles refusaient d’être écartées et bloquées dans leur ascension sociale à
cause de leurs origines. Nombreuses estimaient que s’il faut réduire les
tensions intercommunautaires, c’est à la source qu’il convenait d’agir pour
instaurer l’égalité des chances pour tous. Leur désir, était d’être acceptées
par la République, reconnues en tant que citoyennes à part entière et non pas,
comme elles avaient souvent le sentiment désagréable, d’être cataloguées
pour des citoyennes entièrement à part. Elles aspiraient à ne pas être
tiraillées entre la France et le Maghreb, mais, en tant que
FrancoMaghrébines, comme elles aimaient à se définir, elles demeuraient fières de
leur culture arabe-berbéro-musulmane et de leurs souches immigrées ainsi
que de leurs histoires aussi bien individuelles que collectives, riches
d’expériences et de vécu. Elles essayaient de se trouver des points d’ancrage,
ne voulant pas être ni des Arabes de service ni des représentantes de la
banlieue ou de l’Islam. En outre, elles refusaient d’être considérées comme
victimes potentielles, œuvrant par tous les moyens dont elles disposaient
contre la politique de « victimisation » et contre ce processus d’exclusion qui
était érigé en système dans la société française. Elles devenaient les actrices
du changement par l’émancipation et l’autonomie grâce à une véritable
formation ainsi que par la création de réseaux de solidarité. De même
qu’elles affichaient leur détermination pour que d’autres ne soient pas
victimes de l’humiliation permanente à l’identique de celle que vivent
aujourd’hui ces populations immigrées d’Afrique du Nord depuis le début du
siècle dernier. En fait, elles se réclamaient solidaires de celles qui souffraient
comme elles, au service d’une France plus juste et plus humaine, une France
de la diversité. Certaines, les plus optimistes, défendaient l’idée que

44 Jean-François Bruneaud. Chroniques de l’ethnicité quotidienne chez les Maghrébins
français, Paris, L’Harmattan, 2005, p. 87.
45 Nancy Venel. Musulmans et Citoyens, Paris, Presses Universitaires de France, 2004, p. 91.
22 Najib Redouane – De « beurette » à Franco-Maghrébine


l’intégration semblait acquise, d’autres, en s’intéressant dans leurs écrits, à la
détresse et au mal vivre d’un grand nombre de leurs concitoyennes, dans les
quartiers populaires, les plus jeunes d’entre elles, ne voient explicitement ou
implicitement, qu’une quasi-impossibilité d’intégration, voire une ineptie.
Pour elles, l’acculturation paraissait réaliser de grandes avancées, mais une
continuelle recherche pour redéfinir l’identité des Franco-Maghrébines
provoque encore un sentiment complexe de malaise identitaire à l’intérieur
d’une société, elle-même racialement et religieusement partagée.
Dans la mouvance des écritures de ces voix féminines issues de
l’immigration maghrébine des années quatre-vingt-dix à nos jours, la
question identitaire est au centre des préoccupations de ces écrivaines
Franco-Maghrébines. Pour une grande majorité d’écrivaines, du siècle
dernier et de celui-ci, cette problématique identitaire se situe à la rencontre
de deux identités, celle venue du pays des origines des parents et celle
acquise dans le pays d’adoption. Leurs attitudes diffèrent de celles des
anciennes dans le sens où elles ne se posent plus le problème quant à leur
appartenance à la société française. Elles se déclarent souvent être bien
conscientes que l’intégration est à double sens. À ce titre, elles ont depuis
bien longtemps pris la mesure que dans bien des cas, la question de
l’intégration se posait moins à elles, en tant qu’individus, qu’au regard des
mentalités, des imaginaires, des attitudes, des comportements individuels et
institutionnels qui perdurent et dont elles font souvent les frais . Elles sont
françaises et revendiquent le droit d’être reconnues en tant que tel. Elles
savent que si elles sont considérées autres, elles vont rester autres et
probablement elles ne seront jamais acceptées. Ces écrivaines avec tout ce
qu’elles ont de différences, veulent collaborer à l’édification d’une société
plus juste et plus tolérante. Elles ont, chacune à sa manière, l’intime
conviction qu’elles écrivent avec une âme française conjuguée à une
sensibilité maghrébine, avec tout l’apport qu’elles offrent enrichi par leur
double culture. Conscientes du stigmate lié à la volonté de ne pas vouloir
oublier d’où elles viennent, elles restent fermement attachées à leur histoire
et leurs racines faisant valoir les principes démocratiques de la République
qui prônent le droit à la différence. Leur identité s’insère dans le présent tout
en tenant compte du passé des origines familiales. Pour elles, leurs parents
sont riches de la mémoire collective de leur pays d’origine, de son
imaginaire et de son histoire. Riches également de l’histoire propre de leurs
familles. En se disant effectivement porteuses de cette Histoire, une part de
l’histoire de France et de celle liée à la mémoire bafouée de leur
communauté, elles refusent de laisser d’autres parler en leur nom et de leurs
parents. Elles s’accaparent le droit à la parole et le fondement de leur
écriture puise son énergie dans le devoir de la mémoire envers leurs parents
pour témoigner de leurs souffrances contribuant à apporter une vérité
historique à leur drame intime.
23 Les Franco-Maghrébines : Autres voix/ Écritures autres


Militantes en faveur d’un mieux-vivre ici et maintenant, les écrivaines
des deuxième et troisième générations, écrivent pour mieux cerner le
paradigme dans lequel elles évoluent et ensuite en créer un autre . Elles
posent de nouvelles fondations pour bâtir une nouvelle personne : plus libre,
plus consciente et plus indépendante. La variété de leurs écrits témoigne de
leur volonté de restituer au langage sa force référentielle pour devenir un
support à la contestation, voire à la révolte afin de retrouver reconnaissance
et dignité. Leur production prend une dimension importante puisqu’elles
pratiquent une écriture de l’insertion où elles évoquent à la fois leur propre
culture et leur désir d’appartenance et d’intégration. Une écriture qui se
caractérise par la continuité, la rupture, l’innovation et la reformulation de
thèmes nouveaux. Dans cette perspective ce volume présente une multitude
d’études qui traitent d’autres écrivaines Franco-Maghrébines, dont les écrits
sont apparus des années quatre-vingt-dix à nos jours, leurs stratégies
d’écriture formelles, stylistiques ou encore esthétiques et proposent une
variété d’analyses abordant des thématiques intéressantes et surprenantes qui
s’inscrivent dans l’évolution du temps, de la société et des mentalités. Il
convient de préciser que la présentation des écrits de ces autres voix
féminines se situe sur un axe chronologique selon la date de publication de
l’œuvre traitée.
Du corpus élaboré, il manque une seule étude, celle réservée à Famille
46nombreuse de Nora Merniz . Cette écrivaine, Française d’origine
47algérienne , appartient à la génération des Franco-Maghrébines qui accorde
une grande importance aux origines. C’est pourquoi elle cherche à travers
son écrit autobiographique à se situer dans l’entre-deux afin d’être une
Française comme les autres sans pour autant renier l’héritage familial ni
l’appartenance à une famille d’Algériens en France. « Nous sommes huit
enfants. Fatima, Nassira, Adjila, Ahmed sont nés en Algérie française. Leila,
Linda et moi sommes nées en France. Mohammed est né en 1962. Il est le
seul algérien de la famille... », précise-t-elle dès le commencement de son
recueil, composé de 68 brefs récits, qui plongent le lecteur dans l’intimité de
la famille de Nora. La présentation familiale, suivie d’une multitude
d’histoires, d’idées sur les appartenances et sur les divisions identitaires, se
présente dans une prose transparente tantôt drôle et ironique, tantôt acerbe et
sévère, mais toujours avec cette touche émouvante et sensible qui permet de
saisir une galerie de personnages originaux, hors du commun .
Parlant de son écrit, l’écrivaine souligne que : « [c] e recueil, Famille
nombreuse, a vu le jour par souci de conserver et de partager par l’écrit

46 Nora Merniz. Famille nombreuse, Paris, Éds Comp'Act, coll. La Polygraphe, 2002, 80 p.
47 Nora Merniz est née en 1967 à Grenoble où elle a fait toute sa scolarité. Elle exerce
aujourd'hui le métier de graphiste et de plasticienne, à Paris, après avoir étudié à l'école des
Beaux-Arts de Grenoble où elle a obtenu le diplôme national supérieur d’expression plastique
en 1999.
24 Najib Redouane – De « beurette » à Franco-Maghrébine


certains épisodes marquants et souvent drôles de ma vie en famille. Ce
travail d’écriture est un des aspects de ma pratique artistique, où la
photographie, la sculpture et le dessin tiennent également une place
48importante » . C’est manifestement, pour mieux se connaître et affirmer son
identité multiple, voire riche, que l’écrivaine offre un éventail de récits qui
se distingue par une rare efficacité. À partir de son regard d’enfant qui n’a
rien oublié de ces temps bien définis, bien particuliers, qu’elle évoque dans
une chronique familiale douce-amère, ces souvenirs enfouis dans sa
mémoire et qui finissent par surgir à travers les mots apparaissent comme un
livre d’images lointaines mais qui demeurent à jamais vivaces.
Ce second volume s’ouvre par la contribution d’Annie Devergnas qui
aborde l’œuvre de Nadia Berquet, une écrivaine qui a grandi dans une cité de
la banlieue parisienne, où se retrouvèrent un grand nombre d’immigrés
algériens au lendemain de l’Indépendance de leur pays. Son père avait deux
épouses et Nadia grandit parmi sept frères et sœurs et onze demi-frères et
sœurs, parmi lesquels plusieurs sont atteintes de folie et d’autres sont des
délinquants. Ajoutons à cela que le père laissait ses deux familles dans une
grande pauvreté, qu’il était violent et volage, et l’on comprendra que ses
enfants et en particulier sa fille, la narratrice, le haïssent. La Cité des fleurs,
le premier recueil de nouvelles de Nadia Berquet, donne le ton avec une
lettre terrible à son père, à qui elle ose dire toute sa souffrance passée et son
malaise présent. La sale odeur du bonheur révèle ses précoces amours
féminines, parmi d’autres nouvelles dont quelques-unes se déroulent aux
États-Unis. L’amour impossible et la cruauté y accompagnent parfois la
folie. Dans le dernier ouvrage, La guerre des fleurs, on retrouve toute la
fratrie réunie autour de la mère mourante, et c’est l’occasion d’un
contrepoint de confidences croisées, une autobiographie familiale complexe,
où les sentiments évoluent au fur et à mesure de l’état de la malade, jusqu’à
révéler toute la tendresse contenue et aussi, le grand vide intérieur des
protagonistes, qui permet de mieux comprendre leurs vies si tourmentées.
L’analyse de Bernadette Rey Mimoso-Ruiz étudie Tafami, court roman
de Fatima Nouri, qui relate le long cheminement d’une jeune
francomaghrébine en proie aux ravages de la dépression jusqu’à sa libération et sa
renaissance. Bien que la rédaction utilise la troisième personne du singulier,
il est aisé de comprendre que le récit relève de l’autobiographie
thérapeutique et Tafami, qui n’est autre qu’une Fatima en quête de son Moi
profond, déroule à rebours ses années d’enfance et de jeunesse dans la
spirale infernale de l’autodestruction. Pour Rey Mimoso-Ruiz, le point
central repose sur le rejet de la mère, les violences perturbatrices d’un foyer
en décomposition dans lequel la question identitaire ne reçoit qu’une part

48 o Nora Merniz. « Famille nombreuse », ALGÉRIE LITTÉRATURE/ACTION, N 57, 2003, p.
245.
25 Les Franco-Maghrébines : Autres voix/ Écritures autres


assez faible. L’affirmation de l’appartenance à sa ville de Nantes, les
multiples références à la culture livresque et populaire, laissent penser que
Tafami est réellement intégrée et se réclame de sa terre natale plus qu’elle ne
nourrirait une quelconque nostalgie pour l’Algérie paternelle. En dépit des
souffrances évoquées et grâce à la rencontre d’un amour salvateur, le texte se
fait porteur d’espoir : l’intégration n’est plus un questionnement mais une
évidence et seules peuvent demeurer les difficultés humaines communes à
chacun.
Anne-Marie Obajtek-Kirkwood, pour sa part, dans « À la recherche
d’un temps inconnu : Mélina Gazsi et L’Armoire aux secrets », a choisi de
travailler sur Mélina Gazsi (de son vrai nom Farida Laaloui), de mère
bretonne et de père algérien, qui n’a jamais connu son père puisqu’il a quitté
sa famille lorsqu’elle était encore tout bébé. À Montmartre où elle grandit, la
part algérienne de son identité lui est dissimulée par sa mère qui lui refuse
l’accès à « l’armoire aux secrets » contenant des documents relatifs au père,
nie son existence et refuse toute réponse à ses questions à son sujet. Ce père
« fantôme » n’existe donc qu’en creux, en vide, comblé par des leurres. Une
recherche finalement plus active de Mélina vers 29 ans lui permettra de le
retrouver sur le sol algérien, avant une séparation cruellement définitive.
Obajtek-Kirkwood souligne qu’avec L’Armoire aux secrets, Mélina Gazsi
dévoile sa douloureuse quête identitaire, et décrit aussi combien histoire
familiale et Histoire sont dans son cas mêlées inextricablement et
dramatiquement.
L’écrit de Souâd Belhaddad Entre-deux Je : Algérienne ? Française ?
Comment choisir..., procure à Sabah Sellah l’occasion de présenter un aspect
spécial dans l’écriture des Franco-Maghrébines. Pour Sellah, née en Algérie
et arrivée en France à l’âge de cinq ans, Souâd Belhaddad livre dans son
œuvre un témoignage saisissant sur la difficulté d’être soi quand l’être est
aux prises avec deux identités. En effet, comment concilier deux cultures qui
sont en certains endroits antagonistes ? Comment choisir et vivre sa vie
quand la culture d’origine exhorte à ne pas enfreindre certaines règles,
certains tabous ? Tels sont les dilemmes qui traversent la vie de l’auteur.
Celle-ci trouvera, enfin, la quiétude grâce à ses prises de position pour la
liberté et son engagement indéfectible pour les droits de l’Homme. En outre,
elle dénoncera aussi l’injuste traitement dont elle fut la victime dès son plus
jeune âge. Elle critiquera, avec la même objectivité, l’accueil qui fut réservé
aux immigrés dans les années 60. Dès lors, elle n’aura de cesse de dénoncer
les injustices et de s’insurger contre le racisme et l’antisémitisme qui
gangrènent la société française.
Irina Georgescu dans, « L’opprobre, la démesure, l’absurde ou la
quête de H’ûr al’ain la bien-aimée dans Imzad de Fatna Gourari », indique
que cette écrivaine appartient à ces femmes issues de l’immigration
maghrébine de deuxième et troisième générations en France dont les textes
26 Najib Redouane – De « beurette » à Franco-Maghrébine


sont apparus après les années quatre-vingt-dix. Son analyse révèle que
l’héroïne du roman perd toute faculté de mouvement à la suite d’un viol
collectif perpétré par des terroristes. Ses pensées s’articulent au son de
l’imzad, violon du Sud algérien qui frémit tout au long de la narration,
comme un appel du néant. Georgescu soutient que la force de H’ûr al’ain
s’anime d’une séduction des signes arbitraires, des symboles fortuits, qui
passent légèrement à côté, qui modifient la perception de l’espace, du
temps, de l’amour, du mariage, de la vie et de la mort. Mouima sa mère, la
nomade Dhikr, Kahina la belle-sœur venue du Bordel, Lala Mira la maîtresse
de la confrérie des Gnawa, Moussa l’ami révolté et Haïtham l’homme
qu’elle aime, tous cherchent à la faire se réjouir de la vie. La métamorphose
perpétuelle de la femme est une réponse symbolique à l’opprobre et à
l’absurde. En même temps, l’histoire personnelle violente falsifie la
réflexion sur les êtres, en s’abandonnant à la volupté des sensations et des
mystères contextuels. En plus, qu’y a-t-il de plus séduisant que le secret,
que l’occultation d’un trait ? Seul est séduisant le secret qui circule non pas
comme sens caché, mais comme règle du jeu, comme forme initiatique,
comme pacte symbolique, sans qu’aucune clef d’interprétation, aucun code
viennent le résoudre.
L’analyse de Paul Dugneau confirme l’importance de ces écrits
appartenant aux enfants de Harkis, en particulier des jeunes filles, qui ont
pris la plume pour sauver de l’oubli la mémoire liée à l’Histoire tragique de
leurs parents forcés lors de l’indépendance de l’Algérie de quitter la terre
natale pour la France, cette mère patrie, qui les cantonne ainsi que leurs
descendants dans des camps d’exclusion en marge de la société. Dans son
étude, « Fiction et réalité dans Mohand le Harki par Hadjila Kemoum »,
Dugneau soutient que l’écrivaine Hadjila Kemoun fait partie de la première
génération d’origine algérienne ayant dévoilé le mystère des Harkis avant
même que les historiens ne restituassent les documents attestant les mille
nuances du conflit algérien. Son roman, habilement construit à travers le jeu
temporel présent-passé-présent, est régi par une stratégie narrative
développée où s’insère le niveau symbolique des valeurs éthiques. Le
schéma narratologique intègre la figure de Mohand, « prisonnier » de
l’Histoire, Harki devenu « corps d’exception » dans le pays qu’il avait aimé
et défendu au prix d’une double aliénation, s’attirant le mépris de tous, y
compris de ses enfants. Cette aliénation semble un spectre poursuivant
Mohand et sa famille et sa dernière action, la prise d’otages et le
crimesuicide, relève du désir du personnage de retrouver sa dignité et de la léguer
à ses enfants. Pour Dugneau, l’écriture austère où on décèle la douleur dans
son état pur est caractérisée par ailleurs par une sorte de poésie sobre et âpre
atténuant/accentuant l’effet du récit.
Née en 1968 à Argenteuil, de parents originaires de Kabylie, élevée à
Sartrouville au sein d’une famille nombreuse, Nora Hamdi a longtemps
27 Les Franco-Maghrébines : Autres voix/ Écritures autres


connu le travail en usine pour assurer son indépendance. Nantie d’une
formation de plasticienne acquise en cours du soir, elle s’est adonnée un
certain temps à sa peinture. Une rencontre va être à l’origine de Trois étoiles,
une BD au scénario et aux dialogues de Virginie Despentes dont elle a assuré
la mise en images. Cette expérience sera suivie de deux romans à caractère
49autobiographique : Des poupées et des anges , Chronique sur les filles de la
50banlieue parisienne et Plaqué or , roman sur l’identité qu’elle a d’abord
songé porter à l’écran. Passée derrière la caméra, Nora Hamdi a auparavant
réalisé deux courts-métrages : Petits ensembles au bout de la nuit (2002)
et La Danse dans le noir (2002). Elle continue sur la voie de l’écriture par
51la publication de Les Enlacés , un roman sur les relations amoureuses et La
52Couleur dans les mains , qui évoque le parcours artistique de l’auteure.
Dans son étude, intitulée « Nora Hamdi et George Sand : une histoire
d’épigraphie », Murielle Lucie Clément se penche sur le rôle de l’épigraphe
dans le premier roman de Nora Hamdi. En effet, en exergue à son roman,
l’écrivaine place une citation de George Sand, tirée de La Mare au Diable,
roman considéré comme le premier de la série des romans champêtres de
l’auteur. La Mare au Diable et Des poupées et des anges auraient-ils un
style similaire, une narration semblable ou bien traiteraient-ils d’un même
sujet ? Selon Clément, tel est loin d’être le cas, ce qu’elle démontre par
l’analyse de fragments des deux romans. On peut s’interroger alors sur
l’implication de cette épigraphe. En s’appuyant sur la théorie de Gérard
Genette sur les fonctions de l’épigraphe consignée dans Seuils, Clément
parvient à la conclusion qu’il pourrait s’agir d’une caution artistique, le
renom de Sand servant Hamdi à se placer dans une filiation prestigieuse.
Dans le but de dire une parole refoulée ou étouffée, un genre d’écriture
s’inscrit dans cette volonté de dénonciation et de cri pour fournir des
témoignages percutants sur des expériences dures et traumatisantes de la vie.
C’est justement ce que tente d’illustrer Gabriela Illiutã dans l’étude qu’elle
réalise intitulée « Du vécu à l’écriture, l’existence entre parenthèses dans Le
prix du silence de Karima ». En effet, issue d’une banlieue du Nord de la
France, violée par un caïd de quartier à seulement 17 ans et terrorisée, elle
subit pendant de longs mois les sévices de son agresseur. Jusqu’au jour où
son bourreau est abattu dans une altercation avec un autre garçon du quartier
à qui elle a demandé d’intervenir. De victime, Karima est devenue coupable
et accusée par la justice d’avoir commandité le meurtre de son agresseur, elle
part croupir trois mois en prison. Karima fuit les autres et soi-même, restant
étrangère à sa vie pendant dix ans. Dans l’espoir de ramasser les débris de ce
qu’aurait dû être sa vie, elle cherche avec acharnement la délivrance dans

49 Nora Hamdi. Des poupées et des anges, Paris, Au Diable Vauvert, 2004, 211 p.
50 Ibid., Plaqué d’or, Au Diable Vauvert, 2005, 242 p.
51 Ibid., Les Enlacés, Léo Scheer, 2010, 205 p.
52 Ibid., La Couleur dans les mains, Léo Scheer, 2011, 124 p.
28 Najib Redouane – De « beurette » à Franco-Maghrébine


une écriture intime, riche en assertions péritextuelles, car la victime y est
toujours présente et ressent le besoin de témoigner. Elle livre un récit
intéressant et parlant des pires atrocités subies par l’auteure qui, pour sauver
son honneur, doit garder le silence sur la tourmente, les viols et la honte.
Née en France et originaire d’Algérie, Fatima Kerrouche consacre son
œuvre à diffuser la culture berbère et à faire connaître le conte kabyle à un
lectorat large et diversifié. Dans son étude sur « Transcrire le conte berbère,
l’enrichir et le préserver de l’oubli », Leïla Bouzenada souligne que ses deux
premiers ouvrages constituent une sorte de voyage initiatique dont le
protagoniste est une petite fille kabyle qui vit en France et qui vient
découvrir le nord de l’Afrique. Elle est initiée à la langue, la tradition
l’histoire des Berbères à travers un voyage qu’elle effectue au Maroc.
Bouzenada précise que le reste de son œuvre constitue exclusivement des
recueils de contes. Des contes de Kabylie qu’elle marie harmonieusement à
des contes occidentaux pour donner naissance à des récits hybrides, à la
croisée des cultures des deux rives de la Méditerranée.
Ainsi, à travers l’œuvre de Fatima Kerrouche se lit clairement un
double objectif. Tout d’abord, préserver le conte de l’oubli : l’oralité n’étant
plus de mise, transcrire le conte devient un devoir, afin de préserver cette
composante indéniable du patrimoine contre les défaillances de la mémoire ;
ensuite, permettre à la culture berbère qui a longtemps pâti d’indifférence,
voire de dénigrement, de s’étendre en dehors de l’auditorat amazigh afin de
démontrer au monde que cette langue recouvre une culture et une civilisation
qui lui permettent d’être reconnue et de bénéficier d’un statut meilleur.
Quant à Evelyne M. Bornier, elle examine dans son étude, intitulée
« Hamida Ben Sadia. Itinéraire d’une femme française ou la France dans
l’âme », le parcours personnel et politique difficile d’Hamida Ben Sadia.
Bornier nous montre comment et pourquoi l’auteure refuse catégoriquement
de se poser en « Beurette de service » et se démarque des récits tragiques
auxquels d’autres auteures d’origine maghrébine nous avaient habitués. Si
Itinéraire d’une femme française est un récit autobiographique, ce n’est ni
un texte sur la maltraitance, ni un texte sur la quête identitaire. Ben Sadia
sait qui elle est : une femme française d’origine algérienne. Militante,
utopiste, femme ; Hamida Ben Sadia est tout cela. Mais elle est aussi
pacifiste dans l’âme et elle condamne la violence. Son éducation en France,
dans une société pacifiée qui lui a offert une scolarité de qualité, lui a
inculqué l’apprentissage de la liberté et le respect de l’autre. Sa
« révolution franco-maghrébine » se fera par le dialogue avec l’autre.
Dans « Entre l’Oued et l’Océan de Nora Leil : une écriture
thérapeutique et/ou renouvellement esthétique », Soumeya Bouanana montre
comment cette écrivaine franco-maghrébine, d’origine algérienne, tente dans
son roman de mettre en évidence tous les maux dont souffraient ceux qui
sont tiraillés entre ici (La France) et là-bas (L’Algérie). Autrement dit, elle
29 Les Franco-Maghrébines : Autres voix/ Écritures autres


essaye d’exprimer et parfois de répondre aux questionnements de ceux qui
vivent dans ce qui est nommé par Homi Bhabha « The Third Space » (le
Tiers-espace). Ainsi dans ce roman qui a comme toile de fond une histoire
d’amour d’un jeune couple appartenant à deux cultures différentes, Nora Leil
offre aux lecteurs un texte éclaté qui vacille entre le ludique, le sérieux, la
fiction et l’Histoire. Ce roman convoque plusieurs lectures critiques, car il
laisse voir un aspect inspiré de l’Olulipo et met en évidence l’étroite relation
entre la littérature et les mathématiques. Ces deux points non négligeables
sont développés dans l’étude de Bouanana. Sa lecture montrera aussi que le
recours à ce type d’écriture devient fréquent chez les jeunes écrivaines
franco-maghrébines.
53En se concentrant sur le premier roman de Nadia Bouzid , Patrick
Saveau, dans « Quand Beretta est morte de Nadia Bouzid : ou le refus d’une
appellation d’origine contrôlée », montre comment Nadia Bouzid fait partie
d’une nouvelle génération d’écrivaines dont les livres ne comportent aucun
des thèmes habituels auxquels la littérature dite « beur » nous a habitués,
que ce soit les thèmes de l’exil, de la non-appartenance, de la discrimination,
de l’hégémonie patriarcale, des traditions ancestrales, thèmes dans
lesquels cette littérature, nous le rappellerons, s’était vue enfermée dès son
apparition tant par les politiques éditoriales des maisons d’édition, que par le
discours médiatique et la critique littéraire. Ce désintérêt annoncerait-il un
véritable renouvellement des romans écrits par des Françaises dont les
parents sont d’origine immigrée, un nouveau regard des maisons d’édition
sur ces auteures, une ouverture vers une littérature qui ne serait pas
considérée comme « autre », en d’autres termes cette disparition d’un
ressassement thématique serait-elle annonciatrice d’une appartenance
revendiquée et acceptée à la République des lettres, et plus généralement
à une littérature sans frontières ?
Originaire du village d’Iboulaouadene (Bejaia-Algérie), Rénia
Aouadène est née à Marseille dans une famille kabyle. Après des études de
Littérature et Civilisations hispano-américaines et en Sciences de l’éducation
à l’université d’Aix en Provence, elle part pour Cordoue et Grenade comme
assistante de français. Passionnée par les cultures de « Al-Andalus », elle va
participer aux premières rencontres sur l’héritage judéo-arabo-berbère. À la
recherche de ses racines et portée par une histoire familiale douloureuse,
Aouadène se présente comme une conteuse qui déclame une écriture
poétique qui traduit sa révolte devant l’injustice où qu’elle soit. Elle a publié
54 55 56 57des nouvelles , du théâtre , un roman et de la poésie , où l’on retrouve

53 Nadia Bouzid. Quand Beretta est morte, Éditions Grasset, 2008, 266 p. et L’Alpha, Plon,
2012, 175 p.
54 Rénia Aouadène. Destinées, Paris, Marsa, 2005, 60 p.
55 Ibid., Le cri des Sebayates, Paris, Éditions Marsa, 2005, p. 44.
56 Ibid., Nedjma et Guillaume, Paris, Marsa, 2005, 92 p.
30 Najib Redouane – De « beurette » à Franco-Maghrébine


les cultures dans lesquelles elle a baigné depuis son enfance. En abordant
son roman, Lamia Bereksi Maddahi souligne dans, « À la rencontre de
l’autre dans Nedjma et Guillaume de Rénia Aouadène », que Nedjma et
Guillaume, deux prénoms de cultures différentes représentent les freins de la
religion derrière lesquels la société se cache. Dans son étude intéressante,
Bereksi Maddahi indique qu’en prenant comme support la guerre d’Algérie,
Aouadène démontre, par des situations multiples, que l’amour de l’autre
n’est possible qu’en mettant à l’écart tous les blocages. Dans ce cas, des
rencontres peuvent avoir lieu en donnant naissance à une vision hétéroclite.
La question identitaire est présente dans l’œuvre de Sabrina Bakir
French Kiss, comment je devins musulmane en free-style, comme le montre
Faouzia Bendjelid qui signale que ce roman pose la question de l’identité
dans l’écriture féminine issue de l’immigration maghrébine en France.
L’expression de l’identité y est configurée comme une parole, un propos,
une opinion, des valeurs. C’est donc sous l’angle de l’analyse du discours
que Bendjelid a envisagé de le démontrer et de voir comment les choix
linguistiques liés à la pragmatique de la langue fondent l’esthétique d’un
texte littéraire transgénérique qui libère le discours sur les rapports
identité/altérité ou différence prônés par l’auteure. Le texte de Bakir inscrit
la transitivité du message, car le lecteur y est sollicité à tout moment par
l’instance d’énonciation dans un récit où les thèmes les plus tragiques
voisinent avec l’humour le plus folâtre et l’ironie la plus corrosive.
Entre un hymne aux héritières de la Kahina de sa famille et une
autobiographie poétique, Fatiha Benatsou met en scène trois générations de
femmes qu’elle ne commençait à apprécier qu’après leur décès. Son défi est
précisément ce dont parle Nietzsche dans son essai De l’utilité et de
l’inconvénient des études historiques pour la vie, c’est-à-dire la nécessité
d’établir un équilibre entre l’histoire douloureuse de sa grand-mère et de sa
mère, histoire qui risque de l’anéantir en agissant de façon parasitaire sur sa
vie actuelle, et la force plastique lui permettant de guérir et de refondre le
texte de sa vie. Mais comment communiquer l’intensité affective des réalités
vécues dans l’élaboration de soi ? Et comment se construire sans rejeter les
traditions archaïques et les superstitions ? Peut-on mener une vie authentique
en oubliant ses origines ? Et quel est le rôle de l’écriture dans l’évolution de
l’être ? Ce sont les questions que l’étude de R. Matilde Mésavage
« Métamorphose de la mémoire : Le Rêve de Djamila par Fatiha Benatsou »
propose d’examiner.
L’étude intitulée « Sarah Frikh : une expérience littéraire hors des
chemins battus » permet à Ana Soler de constater que les nouvelles
frikhiennes ne sous-tendent aucune velléité autobiographique et ne relatent
point de vécu marginal, empreint d’un tiraillement identitaire lié à

57 Ibid., Amer tumes, Paris, Edilivre, 2012, 117 p.
31 Les Franco-Maghrébines : Autres voix/ Écritures autres


l’immigration maghrébine. Sarah Frikh met à découvert des réalités sociales
ayant pour vocation de remuer les consciences tout en encensant les grandes
vertus de la condition humaine . La visée universelle de sa verve l’éloigne de
l’horizon d’attente en rapport avec la littérature beur, par son écart face aux
thématiques ayant partie liée avec la condition de l’immigré, comme la
stigmatisation, le mal-être ou la discrimination raciale souvent inhérents à
celle-ci.
Soler indique que dans son recueil de nouvelles C’est la vie...,
l’écrivaine se détourne des jeux de diglossie, de verlan ou d’argot, pratiqués
par la littérature de banlieue. Elle privilégie des particularités scripturales
comme l’insertion du fantastique, la présence de formes textuelles hybrides
ou l’harmonisation de composantes narratologiques savamment orchestrées,
pour confronter le lecteur à un sentiment d’étrangeté. Cette composition
s’accompagne d’un discours délesté de toute opulence, énonçant sans
ambages des vérités dénudées de tout travestissement, surgi de l’âme et du
cœur et des leçons de vie édifiantes qui portent à la méditation.
Le roman Les enfants des Harkis - entre silence et assimilation subie de
Saliha Telali est soumis à une analyse pertinente de María Cristina Boidard
Boisson qui précise que l’auteure est descendante d’immigrés et son récit
appartient donc à la littérature beure au féminin. Ce faisant, Boidard Boisson
propose d’analyser ses caractéristiques par rapport aux paramètres
marquants de ce fait littéraire et de mettre en relief ses particularités. L’une
d’entre elles, et non la moindre, est reliée au fait que Telali est fille de harki.
Pour cette raison et dans un récit dont la première originalité est son ton de
confidence et son style autobiographique, Telali essaie de trancher le nœud
gordien de sa vie. À savoir : Pourquoi a-t-elle toujours eu peur de tout ?
Pourquoi une vie effacée ? Pourquoi la difficulté d’intégration ? Elle se
penche sur le problème des harkis et ensuite confie au lecteur ses difficultés
d’adulte aussi bien dans sa vie personnelle que dans le domaine du travail et
de la politique.
Dans son étude « De Passage de Rachida Bali : vers une
identitémonde », Bernadette Rey Mimoso-Ruiz se penche sur un phénomène
intéressant lié à l’évolution de la littérature « beur » au féminin. En effet,
Rachida Bali rompt avec les thèmes généralement traités par les écrivains
franco-maghrébins, car son premier roman entraîne le lecteur dans une
fiction fantastique où la quête de soi et le libre arbitre sous-tendent le récit.
Le personnage central, Élenna, à partir d’une étrange rencontre va être
conduit dans un monde parallèle situé entre celui des vivants et des morts.
Les influences multiples qui parcourent le texte laissent voir un renouveau
dans l’inspiration romanesque qui ne doit plus rien aux origines familiales de
la romancière, mais qui croisent connaissances psychanalytiques, littéraires
et cinématographiques, l’inscrivant ainsi dans un univers personnel. S’y
retrouvent des réminiscences de Tolkien tout comme les marques de la
32 Najib Redouane – De « beurette » à Franco-Maghrébine


spiritualité et des mythologies hindoues, nordiques et extrême-orientales, le
souvenir de la catabase homérique et des images empruntées au cinéaste
américain, Tim Burton. De fait, ce métissage culturel compose un roman
atypique qui ne doit rien à la littérature « beur » mais appartient à une
identité plurielle dans la mouvance de celle d’une génération qui se veut
avant tout, citoyenne du monde.
Selon Yamina Mokaddem, Nadia Lakehal, originaire de
Vaulx-enVelin et, elle-même, issue de la dernière génération adulte de l’immigration,
a apporté dans son unique roman L’Exil de Kheira, une réflexion sur le
courage, la volonté et la responsabilité mais aussi sur le comment arriver à
inverser le sens du destin naturellement dévolu aux femmes maghrébines, a
fortiori en terre d’exil. À travers l’histoire de son personnage principal,
Kheira, c’est le parcours des femmes maghrébines, qui ont dû quitter leur
pays pour suivre un mari souvent imposé dans la trame narrative. Des
femmes passives, résignées et soumises qui arrivent à comprendre, avec le
temps, la nécessité de faire un choix pour pouvoir agir en personne libre et
responsable.
Dans son étude « Radioscopie d’un itinéraire de femme dans L’Exil de
Kheira de Nadia Lakehal », Mokaddem soutient qu’à travers l’histoire,
somme toute assez banale et fortement stéréotypée, tant elle nous semble
calquée sur celle d’un conte, c’est en fait le questionnement autour de la
notion de choix, de liberté et de responsabilité à l’inverse de tout
déterminisme culturel qu’elle privilégie dans ce roman, au niveau de trois
moments clefs de la structure du récit : l’enfance et l’adolescence de Kheira
en Algérie, la première expérience de vie adulte en France, la seconde
expérience de l’exil comme révélateur et catalyseur d’un choix de vie et
donc de liberté. Ainsi, la France, terre d’exil pour Kheira, mais pays natal de
la romancière Nadia Lakehal, contrairement à la plupart des écrits des
auteurs précédents issus de l’immigration, n’est plus vilipendée, et
curieusement, l’humour et l’autodérision sont totalement absents en tant que
vecteurs de la critique et pare-feux contre un mal-vivre envahissant. Au
contraire, l’espace de l’exil est vu sous un angle différent considéré comme
un corolaire au bien-vivre, à une autre façon d’être se voulant totalement
engagée pour pouvoir résoudre préjugés et illusions, notamment par le biais
de discours biculturels. Pour Mokaddem, ce positionnement n’est pas, à son
sens, fortuit. Il induit une reterritorialisation allant à l’encontre des
productions romanesques de l’immigration habituelles dans un mouvement
d’expression qui, en organisant et orientant les significations du texte à
travers la vision du monde de l’auteure, donne à lire un autre rapport
possible à la société française.
Assia Kacedali s’intéresse à Habiba Benhayoune, écrivaine marocaine
expatriée très précocement en France, qui nous introduit avec son premier
33 Les Franco-Maghrébines : Autres voix/ Écritures autres


58roman L’exil dans la vapeur dans un lieu qui, pour elle, représente une
sorte de pèlerinage aux sources de sa culture originelle : le hammam. Ce lieu
fut souvent objet de fantasme, car il était un des seuls espaces autorisés aux
femmes hors des murs de leur maison, un des seuls endroits où elles
pouvaient se dénuder. Mais la perception qui nous est transmise du hammam
est avec cette écrivaine dénuée d’exotisme. Nous sommes loin du regard
assimilant le hammam à un harem, au plaisir, à la nudité des corps, car
celui-ci est vu de l’intérieur, doublement dirons-nous : la narratrice derrière
laquelle se profile l’écrivaine est une femme marocaine. Par ailleurs, celle-ci
laisse la parole à une tayaba émigrée qui va lui livrer les plaisirs et les
contraintes de sa profession, mais aussi les souffrances de l’exil qu’elle doit
supporter pour offrir à ses enfants une meilleure vie.
Pour Kacedali, l’écrivaine donne à lire à travers les paroles de Siham la
tayaba comment dans le hammam elle reconstruit un microcosme dans
lequel elle se consacre entièrement à son métier pour remédier à une solitude
existentielle causée d’une part par sa situation d’émigrée, d’autre part par
son veuvage prématuré, et enfin par l’éloignement de ses enfants qu’elle a
ramenés au pays. Pour échapper alors à l’étouffement de cet exil, elle
s’évade par le souvenir vers les contrées ensoleillées de son enfance et de
son pays d’origine. C’est l’occasion pour l’écrivaine de faire œuvre
documentaire sur une façon de vivre, sur des pratiques et des traditions
propres à la culture maghrébine. En écoutant Siham, la narratrice remonte le
temps elle aussi et opère cette traversée qui la ramène au cœur d’une culture
dont elle garde la nostalgie.
Identité et écriture, deux mots qui vont souvent ensemble. C’est en
effet cette relation et sa représentation dans l’écrit de Yamina Khodri Les
Gaufrettes à l’harissa, qui est au cœur de la contribution de Yamina Zinai.
Cette dernière avance que, déchirés, marginalisés dans un monde qui a pour
devise « Égalité, Fraternité, Liberté… mais Réalité », dévorée par un
sentiment de rejet de leurs communautés respectives et de la société
française, de jeunes banlieusards représentatifs d’une mini société en
devenir, comprennent que pour sortir de la ghettoïsation dans laquelle le
politique les maintient, ils se doivent de s’unir et de se battre pour dire leur
colère, leur frustration, leur différence, leur pauvreté, se dire afin de se faire
entendre par et à travers leur propre langage, un langage métissé, un
langage unificateur. Selon Zinai, dans un texte où cohabitent plusieurs
genres littéraires, dans un langage hybride, Yamina Khodri condense
l’expression authentique d’un témoignage virulent sur l’identité beur.
Malika El Hadj-Naceur avance dans son étude « Dalila Bellil. Du
roman-itinéraire comme passeur de mémoire » que les lettres qui tissent ce

58 Habiba Benhayoune. L’exil dans la vapeur, Paris, L’Harmattan, 2010, 190 p.
34 Najib Redouane – De « beurette » à Franco-Maghrébine


59premier roman de cette écrivaine convient à une lecture croisée des
portraits des interlocutrices au travers de leur histoire familiale propre et des
états d’âme qui les sous-tendent et en constituent l’étoffe pathique. Entre
passé et présent des parcours respectifs retracés, les réminiscences colmatent
les fentes de l’être (propulsées par le rappel sporadique au départ des
« pères ») et participent de sa restauration. Sur le trajet romanesque des
itinéraires parcourus, la figure augurale des « Pères » fonctionne comme un
crédo qui guide l’écriture de cette pensée en échos, en éclats de voix, sur
l’émigration.
Chemin faisant, les deux histoires qui s’entrecroisent dans un jeu de
lettres/l’être et de langues (« langue en moi » VS « langue en nous »)
finissent par se rejoindre dans une rencontre salutaire des « dires » et des
expériences, dans un croisement des mémoires (propre/collective/historique
et universelle) qui élargit le projet narratif (« partager des souvenirs » ; « …
te dire qui je suis ») à une traversée en soi qui est dédoublement des figures
de filles d’émigrées (Dahbia/Soltana/Dalila Bellil) et qui protège de « l’oubli
de l’ « être », selon l’expression de Kundera.
60De tous les écrits de Lamia Berrada-Berca , Jocelyne Le Ber dans,
« Kant et la petite robe rouge de Lamia Berrada-Berca : de l’obscurité à la
lumière, de l’asservissement à la liberté », attire l’attention sur ce roman qui
jette un regard sur le port de la burka en France. Dans son étude, l’analyse
du symbolisme du noir et du rouge permettra d’examiner comment une
femme effacée et soumise prendra conscience de sa condition féminine et
parviendra à une liberté physique et morale. En effet, alors que Kant, par sa
philosophie, lui donnera la force de se défaire du noir qui l’emprisonne, et le
courage « de se poser d’autres questions et de vouloir y répondre », le rouge
de la robe sera la lumière qui lui permettra de penser sans la direction
d’autrui tel que le décrit Kant dans son essai Qu’est-ce que les lumières ?
De son côté, Anda Rãdulescu dans, « Dialectique de l’intérieur et de
l’extérieur dans L’étrangère française de Nora Chaouche », a choisi le
61dernier texte de cette écrivaine . Dans son étude, elle se donne pour objectif
d’analyser la continuité, la rupture et l’enchevêtrement de l’espace intérieur
et extérieur des personnages de ce roman. L’ambiguïté du titre et l’étrangéité

59 En plus de Nos pères sont partis, Dalila Bellil a également écrit De l’errance, Picollec,
2008 et Plaies Mobiles, Éditions Why Not, 2008.
60 Lamia Berrada-Berca. Une île posée sur l'horizon, Paris, Mon petit Éditeur, 2010, 252 p. ;
Éclatantes solitudes, Publibook, 2010, Paris, Mon petit Éditeur, 2012, 126 p. ; Kant et la
petite robe rouge, Ciboure, Éditions La Cheminante, 2012, 104 p. ; Une même nuit nous
attend tous, Ciboure, La Cheminante, 2012, 142 p. et La Reine de l’oubli, Ciboure, La
Cheminante, 2013, 120 p.
61 Nora Chaouche a publiés trois romans : Chemins de terre, Montreuil-sur-Mer, Éditions
Henry, 2007, 96 p. ; Collier d’entre rives, Montreuil-sur-Mer, Éditions Henry, 2009, 104 p. et
L’étrangère française, Montreuil-sur-Mer, Éditions Henry, 2012, 96 p.

35 Les Franco-Maghrébines : Autres voix/ Écritures autres


de Kahina, la narratrice, sont gardées et renforcées même à travers la lecture
du roman par le recoupement des plans narratifs, la polyphonie et les
clivages temporels. C’est dans l’écriture que les deux espaces, intérieur et
extérieur, se rencontrent et se fondent pour exprimer un humanisme profond,
révélé par la douloureuse histoire d’une famille algérienne qui a vécu les
horreurs de la guerre de l’Indépendance.
Bouchra Ben Bella présente une étude consacrée à « Malika Meddah
ou l’heureuse tripolarité identitaire d’une Française, fille de Harki kabyle ».
Pour Ben Bella, le récit de vie de Malika Meddah : Une famille de Harkis.
Des oliviers de Kabylie aux camps français de forestage ne s’inscrivent
nullement dans ce qu’on pourrait appeler une littérature « lacrymale » selon
l’expression de l’historien Salo Baron. Il s’agit plutôt d’un cri de révolte et
d’indignation contre l’iniquité d’une politique française ayant fait preuve
d’une apathie meurtrière vis-à-vis des harkis. C’est aussi une relecture
corrective d’une Histoire officielle injuste et mensongère à l’égard de cette
communauté. Le terme générique « harki » n’est plus considéré comme étant
un marquage discriminatoire bien au contraire, Malika Meddah n’éprouve
aucune honte à arborer tel un étendard son appartenance à cette
communauté. De surcroît, l’auteure, accepte avec aisance sa tripolarité
identitaire (algérienne-kabyle, fille de harki et Française), péniblement vécue
par la majorité des enfants de harkis.
Louve musulmane est un récit autobiographique qui lève le voile sur
l’enfance insupportable d’Amale El Atrassi. Se fondant sur les dires de
l’auteure, la critique a insisté sur l’aspect relationnel entre Amale et son
frère, l’humoriste Mustapha El Atrassi, qui a mobilisé son réseau au sein de
la presse française pour empêcher la médiatisation du livre de sa sœur et
pour la faire bannir de tous les plateaux télévisés sur lesquels il a des amis.
C’est à ce livre que Rabia Redouane consacre son étude « Louve
musulmane d’Amale El Atrassi ou l’écrit courageux d’une
FrancoMarocaine », pour montrer comment la trame narrative révèle le courage et
la détermination d’une femme musulmane née en France de parents
marocains pour raconter son calvaire, celui de ses sœurs et de sa mère qui a
été mariée de force à l’âge de seize ans à un homme violent, alcoolique et
tyrannique. Tout au long de son récit, elle présente des faits liés à son
enfance martyrisée, sa séquestration au Maroc pendant trois ans parce
qu’elle avait tenté de fuguer et le viol collectif à Rabat dont elle a été
victime. À son retour en France où elle s’est trouvée sans les papiers
prouvant sa citoyenneté française, elle subit l’absurdité de l’administration
française. Redouane confirme que ce témoignage est d’une « femme forte et
digne » parce qu’elle raconte avec une telle honnêteté la succession de
brimades et d’horreurs dont elle et ses sœurs ont été victimes pendant leur
jeunesse du fait qu’elles étaient « nées de sexe féminin ». Sa parole s’est
libérée pour dévoiler la vie et les coutumes de son foyer d’expatriés
36 Najib Redouane – De « beurette » à Franco-Maghrébine


marocains, sans réserve ou fausse pudeur, pour relater un chapitre noir dans
sa vie, marquée par des drames familiaux, des violences physiques, l’exil
forcé, le harcèlement moral, le viol et la prison. Même si son histoire a
sérieusement dérangé son frère, El Atrassi n’a pas cessé de réagir vivement à
ce sabotage en multipliant les interventions pour affirmer son droit et sa
liberté de parole.
Yves Chemla soutient dans, « Toutes Libres de Sihem Habchi : vers le
dépassement de soi », que Sihem Habchi semble reconduire le projet que
Fadela Amara avait ouvert avec son propre livre : croiser le récit
autobiographique et un argumentaire à visée politique. Cependant, alors que
le récit de Fadela Amara valorisait l’acte fondateur de l’association Ni Pute
Ni Soumise, celui de Sihem Habchi vaut d’abord comme rapport d’étape et
sans doute aussi comme l’annonce de la fin d’un cycle. Pour Chemla, il
s’agit désormais de renforcer l’étayage théorique plus que de continuer à
valoriser le bilan de l’action quotidienne de l’association. L’articulation de
l’autobiographie et de l’argumentation croise alors deux perspectives : d’une
part, celle de l’inscription de la vie en Algérie et de la place de la guerre
d’indépendance dans l’histoire familiale latente ; d’autre part, et à mesure
que l’opposition culturelle et à la libération des femmes devient plus
manifeste, tant dans la société française que dans le discours islamiste, le
recours de l’auteure à des figures de la lutte féminine et plus largement à des
discours de référence qui contreviennent à la déconsidération de la parole
féminine. C’est par là aussi et surtout que s’affirme le refus de céder au
piège identitaire, entendu comme l’assignation à une catégorie infondée dans
l’existentiel. Ceci dit, l’auteure assume alors une posture de médiation
d’autant plus inconfortable qu’elle est dénoncée par ces détracteurs de
plusieurs bords comme objet d’une manipulation.
L’étude de Yvette Bénayoun-Szmidt, « La Marseillaise de Samia Ghali :
vers une nouvelle forme identitaire », qui clôt l’ensemble des contributions
de ce collectif illustre justement l’importance de la problématique identitaire
à travers le récit du parcours hors commun de l’écrivaine, de parents
algériens qui a grandi dans un bidonville de la cité de Bassens des quartiers
Nord de Marseille, gravissant les échelons tout au long des années de ses
implications et de ses responsabilités, pour devenir élue de la République.
En explorant le témoignage de Ghali, Bénayoun-Szmidt constate qu’il a
permis à l’auteure de renverser même les clichés d’une tradition identitaire
classique de vouloir s’identifier au pays, en affirmant avec fierté d’appartenir
à une ville et d’être à vie une Marseillaise. La thématique est importante de
la quête identitaire, s’élabore de nouvelles perspectives, d’un rapport
dialogique entre le passé et le présent, indiquant clairement que le « moi » et
la collectivité sont constitués de voix, de plusieurs expériences qui
concourent aussi bien à la spécificité de l’individu que d’une ville entière.
Bénayoun-Szmidt souligne le jeu de l’écriture entre création et recréation de
37 Les Franco-Maghrébines : Autres voix/ Écritures autres


la ville-lieu, Marseille, qui est perçue alors comme territoire physique et
culturel à découvrir dans une redéfinition qui passe par une appartenance au
sol. En choisissant d’appartenir à sa ville d’origine pour constituer un pôle
de cristallisation identitaire bien spécifique, Ghali avance l’expression d’une
nouvelle forme totalement originale qui sort des sentiers battus. À
l’heure des grands débats sur l’identité et sur l’intégration culturelle des
immigrants, l’auteure de La Marseillaise revendique haut et fort son désir de
vivre en français et de jeter les ponts entre les cultures qui vibrent en elle.
Ainsi, l’identité ne serait pas seulement représentée par l’identification à un
pays, à une culture, à une langue et à une foi religieuse, mais aussi par
l’appropriation d’un espace urbain.
Le concert de voix littéraires et critiques qui constitue cet ouvrage offre
l’intérêt de faire le lien avec ce qui avait été précédemment publié dans le
volume consacré à la littérature « beur » au féminin. Celui-ci, qui réunit des
contributions visant d’une manière générale à montrer la richesse et la
diversité des écrits de Franco-Maghrébines, atteste de l’existence de
différents styles qui confirment la mouvance et l’évolution de ce fait
littéraire. C’est une évidence constante que d’instaurer, pour la littérature
« beur » au féminin, une pluralité de perspectives, de tenir compte de la
diversité et des différents regards pour bien saisir l’ampleur de ce
phénomène. De fait, au-delà de l’idée majeure de donner à entendre d’autres
voix, la démarche vise à s’interroger sur une permanence des thématiques
ou, au contraire, sur l’émergence de mutations, voire de ruptures et
d’observer à quel niveau elles se situent. En s’appuyant sur un corpus aussi
large que possible, constitué de textes de la fin du siècle dernier et d’autres,
très récents et, en appliquant des techniques d’analyse variées, le but cet
ouvrage est de se pencher sur les stratégies d’écriture de plusieurs écrivaines
et d’y repérer les innovations formelles afin de déterminer si cette écriture
repose toujours sur l’expression d’une revendication identitaire, avec l’effet
structurel de rattachement à l’idéologie dominante du discours de la
première génération, ou si elle investit des espaces nouveaux en se déployant
dans d’autres dimensions, révélatrices d’une originalité qui leur confère un
statut particulier.
Il ressort de ces études que l’évolution de la situation de la deuxième et
troisième générations, aussi bien sur le plan politique qu’économique ou
culturel, entraîne une libération de l’écriture féminine des contraintes qui la
limitait à rendre compte uniquement des effets de l’immigration et de la
discrimination sexuelle, en produisant un discours fermé et monologique.
Pour les écrivaines Franco-Maghrébines, l’écriture est une forme
d’expression vitale pour faire entendre leurs voix en établissant une
corrélation entre la production littéraire et le développement de la conscience
politique et sociale de l’État français. En effet, celle-ci se construit surtout
par rapport aux multiples discours d’exclusion qui ne cessent d’émerger au
38 Najib Redouane – De « beurette » à Franco-Maghrébine


fil du temps. En écrivant leurs expériences, leur dénonciation du sentiment
de rejet de la société française en général au prétexte de leur ascendance
maghrébine, elles tentent de construire des espaces d’expression où s’affirme
la volonté de réaliser pleinement leur intégration, thème qu’elles abordent
dans sa dimension, non seulement matérielle, mais fondamentalement
existentielle. Le recours de certaines écrivaines à l’histoire personnelle et
familiale, ancienne et récente, comme substrat à la thématique de leurs
œuvres et stratégie d’énonciation est essentiel pour établir un lien entre le
passé et le présent, entre tradition et modernité, et indispensable pour pointer
les problèmes avivés par les enjeux sociaux et politiques qui continuent à
entraver l’intégration des générations nées sur le sol français. L’essentiel est
surtout d’attirer l’attention sur le malaise régnant dont l’usage de termes
restrictifs à connotation négative tels que les enfants migrants ou issus de
l’immigration qui « ne renvoient qu’à la condition de leurs parents. Ces
appellations les enferment dans une extranéité, ne les incorporent qu’au titre
62d’étrangers dans la société française » . Cette incapacité à dissocier la
deuxième et troisième générations des enfants nés en France – et donc
Français – de leurs parents venus d’ailleurs, continue à créer des situations
insupportables. Elles se retrouvent non seulement au niveau de remarques
désobligeantes mais dans tout un langage officiel ancré dans les mentalités.
Plusieurs des écrivaines de ce corpus ont recours à une écriture qui
élargit la toile romanesque autour de piliers à forte architecture
autobiographique et émotionnelle. Ce qui amène tout lecteur à découvrir des
êtres féminins tiraillés entre deux pôles, celui du rêve et celui de la réalité,
dans une société bloquée. En fait, le contenu de ces écrits consiste
essentiellement en des rappels de situations, de faits et d’événements
destinés à prouver l’adéquation de leurs actes avec l’ordre sociétal. Il ne
s’agit pas de thèmes autour desquels les écrivaines construisent les
enchaînements de leurs récits, mais d’un certain nombre de moments
importants et privilégiés, de noyaux durs de la mémoire à partir desquels
s’agencent, progressent et se défont les récits sous plusieurs angles et
perspectives qui servent de points de réflexion pour transmettre leurs
messages. La qualité et l’ampleur de ces développements varient avec la
capacité des écrivaines à rendre compte de l’expression identitaire à partir
des spécificités géographiques et culturelles de la société française. Certaines
jouent avec beaucoup d’habileté technique et de subtilité avec des
personnages qui se rencontrent au hasard du temps dans la quête de donner
un sens à leur vie. En tentant d’intégrer dans leurs trames narratives
plusieurs réseaux de signification, elles réalisent un autre genre d’écriture

62 Abdeljalil Nehas. « Jeunes issus de l’immigration », Jean-William Wallet, Abdeljalil Nehas
et Mahjoub Sghiri. Les perspectives des jeunes issus de l’immigration maghrébine, Paris,
L’Harmattan, 1996, p. 13.

39 Les Franco-Maghrébines : Autres voix/ Écritures autres


qui se signale par sa clarté et sa vigueur, et se situe ainsi dans la mouvance
littéraire contemporaine. Le style varie selon la nature des descriptions et des
représentations de la réalité, mais par delà les thèmes principaux qui sont
repérables, les écrits demeurent un modèle de cette prise de conscience
imprégnée de rythme et de sensibilité, qui leur accordent leur originalité
spécifique.
La confrontation entre l’idéal et le vécu, la vision et l’expression,
interpelle par une écriture relevant d’un réalisme saisissant qui englobe tout.
La narration qui conserve la saveur du concret s’entremêle de descriptions
aux images attachantes et les sentiments sont nettement exprimés conjuguant
émotion et action. Des descriptions fort minutieuses où tout doit être capté
rendent les récits extrêmement précis, le temps et le lieu sont rapportés avec
exactitude. Aussi, la fluidité des êtres et des choses est-elle rendue apparente
par des mots ouverts à toutes les virtualités et à tous les défis possibles. À ce
niveau, l’écriture apparaît pour certaines écrivaines comme un instrument de
libération. Au travers de longues confidences, des rappels du passé, elles
n’ont cessé de rechercher leur propre identité et de sonder les profondeurs de
la conscience humaine. Elles évoquent également la lutte contre la misère et
tout ce qui pourrait entraver une harmonieuse évolution sociale et une réelle
intégration au sein de la société française. En fait, le désir d’intégration, dont
l’importance pour le devenir des Franco-Maghrébines est déterminante face
au rejet et au mépris que leur témoigne une couche importante la population
dite « de souche », figure dans une variété considérable d’écrits. Beaucoup
d’écrivaines mettent l’accent sur le passage d’une culture à une autre, d’une
identité à une autre en relatant dans leurs récits la fracture entre la société
dite « française » et les communautés magrébines. Ces dernières sont
exposées à une dure réalité, marquée par la précarité économique et les
stigmates aussi bien politiques que sociaux. Cette problématique prend une
forme extrême dans certains textes où figurent des types de personnages
multipliant leurs efforts pour s’intégrer dans une société d’abondance en
dépit de la montée d’une politique populiste les traitant d’étrangers de la
République. Des écrivaines incorporent dans leurs textes cette menace
alarmante qui accentue le sentiment de victimisation chez les différentes
générations issues du Maghreb, causant le repli communautaire, la méfiance
et le malaise dans des banlieues ghettoïsées. Cet état est susceptible de créer
des tensions et de favoriser des dérapages extrémistes dans une société de
plus en plus discriminatoire où la parole raciste s’est libérée et s’exprime
partout en toutes occasions.
De nouvelles réalités ont créé de nouveaux modes d’expression qui
interviennent comme des éléments majeurs dans la mouvance de l’écriture
de ces voix féminines françaises d’origine maghrébine. Force est de préciser
que, si cette écriture tend de manière générale à instaurer sa propre
particularité, il n’en demeure pas moins vrai que subsistent certaines
40 Najib Redouane – De « beurette » à Franco-Maghrébine


pratiques d’écriture récurrentes dans la littérature « beur » au féminin. Il
s’agit de cette littérature-témoignage où la parole se fait porteuse de violence
qui s’exprime dans des visions de lutte et de combat dans un monde hostile.
Dans certains écrits, le sentiment d’injustice et d’oppression est
caractéristique de ces voix féminines qui ont pris la parole pour témoigner
dans des récits durs de leurs malheurs et de la douleur lancinante inscrite
dans le parcours de leurs vies. Dans un style simple et lucide, des écrivaines
relatent les drames marquant leurs expériences personnelles pour dire leur
souffrance et décrire l’angoisse qui engendre le chaos et le vide intérieur.
Elles se présentent comme courageuses, capables de relever les défis ancrés
aussi bien dans la société française qu’à l’intérieur de la cellule familiale
pour dénoncer leur perpétuelle soumission au contrôle sévère des parents, à
l’autorité abusive des frères aînés ou à la domination cruelle du caïd de la
cité. La révolte apparaît manifeste dans leurs écrits qui revendiquent le droit
à la liberté et à l’existence dans le respect et la dignité. L’exploration critique
de ces textes favorise une approche globale qui privilégie la narration et le
récit plutôt que l’analyse du mode narratif, parce que ce genre d’écriture
repose davantage sur la valeur du témoignage que sur le caractère littéraire.
Il convient d’indiquer que la rencontre parfaite entre l’écriture
romanesque et une génération imprégnée de nouvelles préoccupations a
grandement contribué à rendre la production d’écrivaines
FrancoMaghrébines plus significative et plus visible par la réalisation de romans
audacieux dans leur forme et dans leur contenu. L’évocation des divers
milieux avec des caractéristiques esthétiques particulières, tant au niveau du
contenu qu’à celui de la forme, est assez vivante et plusieurs écrivaines ont
réussi à décrire avec une véritable amplitude d’expression divers sujets
d’actualité brûlants, inscrits dans la houle du temps, cherchant à appréhender
et à représenter ce fait littéraire en mouvements d’idées, d’opinions et de
sentiments propres à une période donnée de l’histoire littéraire. Leurs
écritures explorent un certain nombre de défis et expriment l’essentiel d’une
parole pure et dense, tout en intégrant une dimension humaine plus
chaleureuse. Leur regard dénonce avec autant de franchise un certain nombre
de stéréotypes sur la société française. L’acte d’écriture est intégralement lié
au projet de réaliser des écrits où elles peuvent exposer des sentiments, des
sensations et des réflexions. Certaines écrivaines se débarrassent de tous les
procédés suivis pour inventer leur propre voie. Ce choix opéré les pousse à
dessiner une nouvelle trajectoire et à opter pour un langage poétique, plein
d’audaces, de ruptures et d’inventivité stylistiques. D’autres, par contre,
privilégient un style imagé et concis exprimant ainsi la distinction de leur
singularité. Par rapport aux auteures des générations précédentes, on voit
apparaître des formes d’expression variées comme autant d’affirmations de
voix nouvelles et des créations originales pour s’exprimer et pour manifester
leur droit d’être partie intégrante dans la société française. Ces autres voix
41 Les Franco-Maghrébines : Autres voix/ Écritures autres


ont pris à leur tour la plume pour ne pas oublier, pour témoigner de leur vie
sous toutes ses facettes et aussi de celle de leurs parents, pour se dire,
s’affirmer, et ainsi revendiquer leur identité propre qui reflète parfaitement
la dualité de leurs personnalités et de leurs choix. Leur projet d’écriture
s’inscrit dans cette volonté de dénoncer ce principe de discrimination, ces
défiances répétées et continues qui tendent à penser que la France
Républicaine continue à isoler, voire à séparer ses citoyens en fonction de
leur origine ethnique et de leur appartenance religieuse. Ces écrivaines
autochtones portant, toutefois en elles un certain ailleurs, se présentent
comme des êtres concrétisant une synthèse entre modernité et tradition. En
écrivant, elles se définissent et réclament une égalité des chances sachant
que les tensions entre aspirations et réalités pragmatiques s’exercent
fortement sur elles. En fait, elles refusent d’être maintenues dans ce statu
quo de filles et petites-filles de colonisés et d’immigrés venus en France et
installés dans les bidonvilles pour finir dans des concentrations urbaines.
Pour elles, quels que soient les discours politiques de droite comme de
gauche, leur destin demeure lié aux débats houleux autour de l’immigration
et plus encore de l’identité nationale. C’est dans cette perspective que
plusieurs écrivaines affichent le désir de sortir de cette hésitation
permanente entre intégration et appartenance communautaire pour trouver
leur juste place tout en conjuguant l’existence en elles de deux mondes, voire
de deux cultures. D’autres, en revanche, manifestent la volonté de s’intégrer
totalement et pleinement dans la République des Lettres, quitte à se forger
un autre mode comportemental en oblitérant totalement leurs racines
maghrébines, arabes, berbères et musulmanes. Elles se veulent Françaises et
se détachent de tout ce qui peut les lier à l’origine parentale et sont plus
catégoriques en rejetant les appellations qui les relèguent dans une
marginalité récurrente. En fait, beaucoup refusent l’identité beure qui selon
Farid Larousse, « au lieu de libérer le groupe, [cette identité] beure est
devenue l’espace de son identification collective, une véritable signalisation
63sociologique et, par là même, une véritable aliénation » . Pour elles, être
beurettes, c’est aussi être reconnues d’emblée autres et cette exclusion
accroît le sentiment de ne jamais être considérées comme des Françaises, car
toujours ramenées à leur état originel d’êtres avant tout, seulement des
Arabes. À ce rejet dans leur société française s’ajoute l’humiliation subie
dans le pays d’origine des parents où elles sont considérées comme des
étrangères, des Françaises. De plus, en parlant et en maintenant la culture
beure, finit-on par renforcer les stéréotypes de rejet et d’exclusion d’un
groupe métissé, désireux justement de s’intégrer à une population
dominante, supposée « pure », dite de souche, qui pourtant étaient issus de

63 Farid Laroussi. « Si le grain de couscous ne meurt : le discours autobiographique dans les
romans d’auteurs français d’origine maghrébine », Studi Francesi XLII, 2, mai-août 1998, p.
24.
42 Najib Redouane – De « beurette » à Franco-Maghrébine


métissages antérieurs. L’appellation d’écrivaines Franco-Maghrébines
marque une volonté de rupture par rapport à la première désignation de
beurettes et à celle qui les catalogue comme écrivaines de la banlieue. Ce
64faisant, elles ont choisi un tiers espace qui leur permet de développer de
nouvelles revendications identitaires et des stratégies d’écriture variées afin
de faire passer des messages, qu’ils soient implicites ou explicites. On
rencontre également, dans une grande majorité d’œuvres, des tendances
communes à recourir aux thèmes dominants, à des idées identiques, des
images fortes et des symboles importants formulés dans des styles
particuliers soulignant avec plus de clarté la capacité de cette littérature à
jumeler passé et présent, apte à enrichir le fait littéraire français pour
s’affirmer comme valeur dialogique sur l’être et sur le monde à partir de sa
spécificité et de sa particularité énonciatives.
La finalité de ce projet vise à présenter ce phénomène littéraire récent
issu de cette catégorie d’écrivaines Franco-Maghrébines qui s’est développé
après les années quatre-vingt-dix à nos jours et montre le dynamisme et la
diversité de cette écriture signifiant à la fois une continuité relative avec des
productions précédentes, mais surtout des ruptures, des évolutions
marquantes qui participent activement à la vie littéraire, culturelle en France
et à l’enrichissement de la critique. Cette nouvelle production investit de
plus en plus l’espace littéraire français et francophone indiquant clairement
sa présence et l’espérance d’un avenir fertile. En d’autres mots, elle sortira
du vécu immédiat pour s’envoler vers des thèmes plus universaux.
L’apport des vingt-huit textes rassemblés ici répond à une nécessité
d’actualisation en présentant une variété d’études, une polyvalence
d’analyses dont il faudra prendre en considération la teneur. À sa manière,
cet ouvrage rédigé à plusieurs voix, plusieurs plumes, se veut une
contribution à la réflexion en cours, en France, sur la place de ces écrivaines
résultant d’une double culture. Celles dont on disait qu’elles étaient
d’« étranges étrangères » et « qui sont, aujourd’hui, le reflet d’un miroir,
65cette part de la France, une part de ce qui fait la France » , s’inscrivent à
part entière dans le paysage littéraire. L’objectif principal de l’ouvrage est de
tenter aussi de pallier un manque grâce aux différentes contributions dans
son projet de présenter des écrivaines afin de prouver l’évolution de ce fait
littéraire. Encore faudrait-il que la diversité de leur écriture, la richesse de
leurs expériences, les différents styles qu’elles proposent et leurs
innovations formelles soient pris en compte littérairement et
institutionnellement. Sinon, ces autres voix, comme d’autres d’ailleurs,
n’auront été que des écritures autres vides sans échos.

64 Cette expression est empruntée à Homi K. Bhabba. The location of culture, Routledge,
Psychology Press, 1994, 408 p.
65 Belaskri. « De l’immigré algérien au Franco-Maghrébin », p. 19.

43 Les Franco-Maghrébines : Autres voix/ Écritures autres


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