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Jennifer Didi Le supplice de la Saint-Valentin
Illustration : Néro
Publié dans la Collection Vénus Noir,
Dirigée par Elsa C.
© Evidence Editions 2017
Nous sommes à un mois de la Saint-Valentin mais on voit déjà éclore sur les arbres nus des guirlandes de petits cupidons et des cœurs luminescents. Je pensais que nous avions touché le fond en commençant à fêter Noël en octobre mais il faut croire que je me trompais. Au moins, Noël est une fête que j’apprécie un peu. La Saint-Valentin, quant à elle, n’est qu’une triste mascarade servant à enrichir les commerçants. Bon, d’accord, je ne déteste pas vraiment cette journée, je suis simplement jalouse du bonheur des autres. Je n’ai jamais pu profiter de la fête des amoureux tout simplement parce que je n’en ai jamais eu à ce moment précis de l’année. En fait si, cela m’est arrivé une fois, une seule et unique fois, et je suis tombée sur un homme qui avait décidé de ne rien m’offrir. Chaque année, les couples enlacés et leur bonheur évident m’écœurent. Je voulais faire une balade dans l’avenue principale de ma ville et je ne pensais pas tomber sur un florilège de décorations gnians-gnians à mourir. Du coup, je me hâte de rentrer chez moi pour retrouver mon canapé douillet et ma série préférée. Sur le chemin du retour, alors que je regarde les v itrines des magasins, je me rends compte que les commerçants aussi sont déjà prêts po ur la Saint-Valentin, à croire qu’ils se sont passé le motxpliquant quand! Est-ce qu’il existe un calendrier pour vendeurs e commencer à mettre les produits en avant en fonction de l’événement à venir? Mon esprit en ébullition finit par se calmer tandis que je pas se devant un chocolatier. Ce n’est pas une bonne idée. Je n’en ai vraiment pas besoin. J’ai des kilos à perdre. Oh, comme il est beau ce petit cœur en chocolat au lait avec ce ruban en chocolat noir où l’on voit écrit, en chocolat blanc je présume, « Veux-tu être ma Valentine? ». Je m’approche de la vitrine tout en tentant de ne pas trop baver devant toutes ces gourmandises quand, tout à coup, un visage vient se coller de l’autre côté. Je recule de surprise et finis par tomber sur les fesses. La clochette de la porte tinte alors que le visage qui m’a fait peur s’approche à nouveau de moi. Cette figure appartient à un homme qui semble immense. Il a une coupe à la Brad Pitt et des yeux d’un bleu limpide. Son regard se fait anxieux et je réalise qu’en plus de ne m’être pas encore relevée, je le scrute de haut en bas. Je sens mes joues devenir rouges de honte alors qu’il tend un bras vers moi. — Madame, vous allez bien? Désolé de vous avoir fait peur! — Non, c’est ma faute. Merci, dis-je en prenant la main qu’il me tend et en essayant de me relever sans tirer trop sur son bras, histoire qu’il ne croie pas que je pèse une tonne. — J’espère que vous n’avez pas sali votre manteau! Venez à l’intérieur, vous pourrez faire un petit nettoyage si besoin. J’accepte avec gratitude et suis l’homme dont je ne connais même pas le nom dans la boutique. Comme s’il avait lu dans mes pensées, le brun ténébreux se retourne en souriant et me dit :
— Au fait, je ne me suis même pas présenté. Je m’appelle Mathieu et vous? — Delphine, dis-je en lui rendant son sourire. J’espère que cela ne vous dérange pas que j’emprunte vos toilettes? — Vous rigolez? C’est le moins que je puisse vous offrir après vous avoir fait tellement peur que vous en êtes tombée sur votre derrière, répond-il en riant. Sa tirade aurait pu être sympathique si ce rire ne m’avait pas glacé le sang. On dirait que ma chute l’a bien amusé. Moi qui croyais avoir à faire à un gentleman, je me retrouve encore avec un abruti qui pense être meilleur que les autres. — Si vous n’étiez pas apparu derrière cette vitre sans prévenir, je ne serais pas tombée c’est sûr! Je vois que ma phrase a fait mouche car le fameux M athieu ne rit déjà plus. Il a l’air moitié désolé, moitié en colère, comme s’il n’avait pas l’habitude d’être rabroué. Sans attendre, je file vers la porte qu’il me désigne po ur me rafraîchir. Je me regarde dans la toute petite glace accrochée au-dessus d’un tout aussi minuscule lavabo et je me dis que je n’aurais pas pu tomber plus bas. Comment diable fait cet homme pour se regarder dans ce miroir alors que j’y arrive à peine! Je vérifie l’état de mon manteau, qui heureusement n’a rien, avant de réaliser qu’en tombant, il a dû se relever et donc que ce n’est pas lui qui a dû être taché mais… mon jean! J’ai effectivement les fesses gelées mais entre le froid hivernal et la chute, je ne me suis pas rendu compt e que c’était mon pantalon qui avait pris un coup. Je fais de mon mieux pour l’apercevoir dans la petite glace, quitte à sautiller sur place, afin de vérifier si je peux sortir la tê te haute ou bien les yeux rivés au sol. Oh mon Dieu! Là! J’essaie de sauter plus haut et je la vois enfin : une superbe tache bien au milieu de mes fesses. On dirait que je me suis oubliée, c’est juste affreux. Je comprends mieux pourquoi il rigolait l’autre imbécile. Pff, i l ne me reste plus qu’à accrocher mon manteau comme les enfants, en faisant un nœud avec les manches, histoire de camoufler les dégâts. Je me lave les mains dans le lavabo, vé rifie ma coiffure et sort enfin des toilettes, si l’on peut appeler un espace aussi petit comme ça. Mathieu, qui patientait juste devant la porte, manque une fois de plus de me faire trébucher. Et là, ce n’est pas sur le trottoir que je serais tombée, mais dans la cuvette des toilettes. Cet homme n’a donc aucune limite! — Pourquoi vous m’attendez comme ça devant la porte , vous espériez que je me ridiculise une nouvelle fois? dis-je en m’énervant — Non, désolé mais ça fait un petit moment que vous êtes là-dedans et comme j’entendais des bruits bizarres je me suis demandé si ça allait… Ok, je suis grillée. Il m’a entendue sautiller, il ne manquait plus que ça! Et le pire c’est que je vois à la lueur dans ses yeux qu’il sait très bien ce que je faisais. D’ailleurs il est en train de sourire en regardant mon manteau. — Oui, ben, je suis tombée par votre faute je vous signale. Si vous n’aviez pas été là, rien de tout cela ne me serait arrivé. Son petit sourire en coin a disparu alors qu’il me dit : — Vous avez raison, une fois de plus je ne peux que vous présenter mes excuses...
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