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Le supplice de la Saint-Valentin

De
26 pages

À un mois de la Saint-Valentin, Delphine enrage de passer encore une fois cette fête seule. Alors qu’elle se balade en ville, elle est effrayée par un homme surgi de nulle part. Il s’agit du propriétaire d’une boutique de chocolats. Cet homme est beau mais dérangeant... Le lendemain, quand elle se réveille, Delphine réalise qu’elle n’est plus dans son appartement mais dans une maison totalement inconnue. Que s’est-il passé ?


***


Quand je reprends connaissance, je suis allongée sur le ventre et presque nue. Il me semble que je ne porte qu’une culotte. Un drap est posé sur mes jambes mais tout le haut de mon corps est dénudé. J’ai très mal, mais pas autant que ce que j’aurais cru. Ce n’est pas normal et cette idée m’affole. Je devrais être contente de ne pas souffrir le martyre mais je suis juste effrayée. J’ai peur de lui, de ce qu’il m’a fait, de ce qu’il est encore capable de me faire. Je me remémore la scène et prends conscience qu’il m’a peut-être violée pendant que j’étais endormie. Je bouge un peu et la seule douleur qui arrive ne provient que de deux endroits : ma tête et mon dos. Je présume alors, je l’espère en tout cas, qu’il ne m’a pas touchée de cette manière. Je prends conscience d’une autre chose encore plus terrible : je ne suis pas heureuse d’être en vie.

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Jennifer Didi Le supplice de la Saint-Valentin
Illustration : Néro
Publié dans la Collection Vénus Noir,
Dirigée par Elsa C.
© Evidence Editions 2017
Nous sommes à un mois de la Saint-Valentin mais on voit déjà éclore sur les arbres nus des guirlandes de petits cupidons et des cœurs luminescents. Je pensais que nous avions touché le fond en commençant à fêter Noël en octobre mais il faut croire que je me trompais. Au moins, Noël est une fête que j’appr écie un peu. La Saint-Valentin, quant à elle, n’est qu’une triste mascarade servant à enrichir les commerçants. Bon, d’accord, je ne déteste pas vraiment cette journée, je suis simplement jalouse du bonheur des autres. Je n’ai jamais pu profiter de l a fête des amoureux tout simplement parce que je n’en ai jamais eu à ce moment précis d e l’année. En fait si, cela m’est arrivé une fois, une seule et unique fois, et je su is tombée sur un homme qui avait décidé de ne rien m’offrir. Chaque année, les coupl es enlacés et leur bonheur évident m’écœurent. Je voulais faire une balade dans l’aven ue principale de ma ville et je ne pensais pas tomber sur un florilège de décorations gnians-gnians à mourir. Du coup, je me hâte de rentrer chez moi pour retrouver mon cana pé douillet et ma série préférée. Sur le chemin du retour, alors que je regarde les v itrines des magasins, je me rends compte que les commerçants aussi sont déjà prêts po ur la Saint-Valentin, à croire qu’ils se sont passé le mot! Est-ce qu’il existe un calendrier pour vendeurs e xpliquant quand commencer à mettre les produits en avant en fonctio n de l’événement à venir? Mon esprit en ébullition finit par se calmer tandis que je passe devant un chocolatier. Ce n’est pas une bonne idée. Je n’en ai vraiment pas b esoin. J’ai des kilos à perdre. Oh, comme il est beau ce petit cœur en chocolat au lait avec ce ruban en chocolat noir où l’on voit écrit, en chocolat blanc je présume, « Ve ux-tu être ma Valentine? ». Je m’approche de la vitrine tout en tentant de ne pas trop baver devant toutes ces gourmandises quand, tout à coup, un visage vient se coller de l’autre côté. Je recule de surprise et finis par tomber sur les fesses. La clo chette de la porte tinte alors que le visage qui m’a fait peur s’approche à nouveau de mo i. Cette figure appartient à un homme qui semble immense. Il a une coupe à la Brad Pitt et des yeux d’un bleu limpide. Son regard se fait anxieux et je réalise q u’en plus de ne m’être pas encore relevée, je le scrute de haut en bas. Je sens mes j oues devenir rouges de honte alors qu’il tend un bras vers moi. — Madame, vous allez bien? Désolé de vous avoir fait peur! — Non, c’est ma faute. Merci, dis-je en prenant la main qu’il me tend et en essayant de me relever sans tirer trop sur son bras, histoir e qu’il ne croie pas que je pèse une tonne. — J’espère que vous n’avez pas sali votre manteau! Venez à l’intérieur, vous pourrez faire un petit nettoyage si besoin. J’accepte avec gratitude et suis l’homme dont je ne connais même pas le nom dans
la boutique. Comme s’il avait lu dans mes pensées, le brun ténébreux se retourne en souriant et me dit : — Au fait, je ne me suis même pas présenté. Je m’ap pelle Mathieu et vous? — Delphine, dis-je en lui rendant son sourire. J’es père que cela ne vous dérange pas que j’emprunte vos toilettes? — Vous rigolez? C’est le moins que je puisse vous offrir après vo us avoir fait tellement peur que vous en êtes tombée sur votre de rrière, répond-il en riant. Sa tirade aurait pu être sympathique si ce rire ne m’avait pas glacé le sang. On dirait que ma chute l’a bien amusé. Moi qui croyais avoir à faire à un gentleman, je me retrouve encore avec un abruti qui pense être meill eur que les autres. — Si vous n’étiez pas apparu derrière cette vitre s ans prévenir, je ne serais pas tombée c’est sûr! Je vois que ma phrase a fait mouche car le fameux M athieu ne rit déjà plus. Il a l’air moitié désolé, moitié en colère, comme s’il n’avait pas l’habitude d’être rabroué. Sans attendre, je file vers la porte qu’il me désigne po ur me rafraîchir. Je me regarde dans la toute petite glace accrochée au-dessus d’un tout au ssi minuscule lavabo et je me dis que je n’aurais pas pu tomber plus bas. Comment dia ble fait cet homme pour se regarder dans ce miroir alors que j’y arrive à pein e! Je vérifie l’état de mon manteau, qui heureusement n’a rien, avant de réaliser qu’en tombant, il a dû se relever et donc que ce n’est pas lui qui a dû être taché mais… mon jean! J’ai effectivement les fesses gelées mais entre le froid hivernal et la chute, je ne me suis pas rendu compte que c’était mon pantalon qui avait pris un coup. Je fai s de mon mieux pour l’apercevoir dans la petite glace, quitte à sautiller sur place, afin de vérifier si je peux sortir la tête haute ou bien les yeux rivés au sol. Oh mon Dieu! Là! J’essaie de sauter plus haut et je la vois enfin : une superbe tache bien au milieu de me s fesses. On dirait que je me suis oubliée, c’est juste affreux. Je comprends mieux po urquoi il rigolait l’autre imbécile. Pff, il ne me reste plus qu’à accrocher mon manteau comm e les enfants, en faisant un nœud avec les manches, histoire de camoufler les dé gâts. Je me lave les mains dans le lavabo, vérifie ma coiffure et sort enfin des to ilettes, si l’on peut appeler un espace aussi petit comme ça. Mathieu, qui patientait juste devant la porte, manque une fois de plus de me faire trébucher. Et là, ce n’est pas sur le trottoir que je serais tombée, mais dans la cuvette des toilettes. Cet homme n’a donc a ucune limite! — Pourquoi vous m’attendez comme ça devant la porte , vous espériez que je me ridiculise une nouvelle fois? dis-je en m’énervant — Non, désolé mais ça fait un petit moment que vous êtes là-dedans et comme j’entendais des bruits bizarres je me suis demandé si ça allait… Ok, je suis grillée. Il m’a entendue sautiller, il ne manquait plus que ça! Et le pire c’est que je vois à la lueur dans ses yeux qu’il sa it très bien ce que je faisais. D’ailleurs il est en train de sourire en regardant mon manteau . — Oui, ben, je suis tombée par votre faute je vous signale. Si vous n’aviez pas été là, rien de tout cela ne me serait arrivé. Son petit sourire en coin a disparu alors qu’il me dit : — Vous...