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Papi Nougat n'est pas mort

De
190 pages
Dans le quartier Montparnasse à Paris, tout le monde connaît la Maison Guibor, entreprise familiale de confection. Autour du patron et de sa femme Ida se croisent chaque jour des personnages extravagants dans des situations qui ne le sont pas moins. Mais, derrière le burlesque, les acteurs jouent une pièce dont la philosophie s'est construite sur les convulsions de l'histoire.
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Catherine Lewertowski
Papi Nougat n’est pas mort
« Ici, on habille les forts, les grands, les gros et les trapus. » Sur la
plus grande de ses vitrines, Jacques Guibor qui n’a jamais eu peur du Papi Nougat
ridicule, a fait inscrire sa réclame en grandes lettres autocollantes jaune
uorescent. Dans le quartier Montparnasse à Paris, tout le monde n’est pas mort connaît la Maison Guibor, une entreprise familiale de confection
comme il n’y en a plus – magasin, salon de thé, confessionnal – installée
près de la rue de la Gaieté et du cimetière Montparnasse, au 29 de la
rue Delambre.
Là, comme sur la scène d’un théâtre de boulevard, autour du Patron
et de sa femme Ida, se croisent chaque jour des personnages extravagants
dans des situations qui ne le sont pas moins. Mais derrière le burlesque,
dans un décor suranné, les acteurs jouent une pièce dont la philosophie
s’est construite sur les convulsions de l’histoire.
Avec humour et émotion, Catherine Lewertowski raconte l’histoire
de son père, juif russe, migrant parmi beaucoup d’autres, arrivé en
France dans les années vingt. Epaulé par Ida, sa dèle « bourgeoise », le
couple incarne le parcours des immigrés d’Europe de l’Est, dont les vies
ont été à jamais bouleversées par la Shoah.
Les rires et la générosité du Patron sont autant de baumes sur les
profondes blessures.
Une belle leçon de vie.
Catherine Lewertowski, médecin, est l’auteur de Soigner, le virus
et le fétiche, avec Tobie Nathan, Odile Jacob, 1998 ; Les enfants de
Moissac, 1939-1945, Flammarion, 2003, réédité dans la collection
Champs Histoire, 2009, cet ouvrage raconte l’histoire d’un sauvetage
d’enfants exceptionnel et ignoré, il a donné lieu à nombreux
documentaires et manifestations ; Quand les esprits viennent aux
médecins, avec Serge Bouznah, In Press, 2013.
collection
ISBN : 978-2-343-04052-3
13 € Amarante
Catherine Lewertowski
Papi Nougat n’est pas mort




©L’Harmattan,2014
5 7,ruedel’Ecolepolytechnique,75005Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN:978 2 343 04052 3
EAN:978234304052311
11111111111,1111,1111,11111111111111111,1,11111111111111Papi Nougat n’est pas mort

Amarante
Cette collection est consacrée aux textes de
création littéraire contemporaine francophone.
Elle accueille les œuvres de fiction
(romans et recueils de nouvelles)
ainsi que des essais littéraires
et quelques récits intimistes.
Lalistedesparutions,avecunecourteprésentation
ducontenudesouvrages,peutêtreconsultée
surlesite www.harmattan.fr
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11Catherine Lewertowski
Papi Nougat n’est pas mort





















L’Harmattan





Du même auteur



Soigner, le virus et le fétiche, Tobie Nathan, Catherine
Lewertowski, Paris, Odile Jacob, 1998.

Morts ou juifs, la Maison de Moissac, 1939-1945, Paris,
Flammarion, 2003. Réédition sous le titre, Les enfants de
Moissac, 1939-1945, Paris, Flammarion, collection
« Champs histoire », 2009.

Quand les esprits viennent aux médecins, 7 récits pour soigner,
Serge Bouznah, Catherine Lewertowski, Paris, In Press,
2013.
A mon père,
Isaac ben Joseph de Brest-Litovsk,
dit Jacques Icchok Lewertowski Guibor


Pour ma mère












Remerciements

Merci à Catherine Wallisky, amie poète et fidèle lectrice,
jamais à court de stimulantes suggestions,
Merci à Guilaine Lewertowski pour son indéfectible
soutien,
Merci à Hélène Fiamma, France Sarfatti-Perrot,
Christiane Dubosson, mes éditrices grâce auxquelles
l’aventure se poursuit,
Merci à Sophie Braun, Sophie Lévy, Sophie Sternbach,
pour leurs encouragements et leurs précieuses remarques,
Merci enfin à Rachel Lewertowski-Blanche pour sa
créativité et la réalisation de la couverture de ce livre.Au chevet d’un vieux juif à l’agonie, toute la famille est
réunie pour un ultime adieu :
— David, tu es là mon fils ? interroge le moribond.
— Oui papa, je suis là.
— Moshé, tu es là aussi mon petit ? suis aussi là.
— Et Isaac ?
— Il est là.
— Et maman et Esther ? suffoque le vieillard.
— Ne t’inquiète pas papa, tout le monde est auprès de toi.
— Mais alors qui tient le magasin ? tonne le mourant.









Toute ressemblance avec une personne ayant existé n’est
ni une coïncidence, ni un hasard. Toutes les histoires sont
vraies. Certains prénoms et noms ont été modifiés pour
préserver l’anonymat des personnes et des lieux.

Cette nuit, mon père s’est invité dans mes rêves. Il ne
m’avait pas rendu visite depuis des mois.
Nous avons flâné au bord d’une rivière, dans la douceur
de l’aube. Je crois qu’il me tenait par la main. J’ai oublié
notre conversation, je ne me souviens que de la phrase qu’il
répéta plusieurs fois et qui sonna à mon réveil comme un
appel : « Tu devrais venir me voir plus souvent. » L’immigré
Myriam !
« Myriam ! Ne vous penchez pas autant avec vos
décolletés. Vous allez rater votre vente ! Combien de fois vous
aije dit de ne pas vous adresser directement au client. S’il
vient avec sa femme acheter un costume, adressez-vous à
SA femme. En sa présence, une épouse ne supporte pas
qu’une autre qu’elle parle à son mari. »
Ce matin, Madame Ida Guibor, patronne des
Etablissements Guibor, a encore convoqué Myriam dans le bocal. Le
bocal, c’est le domaine de Monsieur Marcel, le caissier. Une
petite pièce vitrée de quelques mètres carrés qui fait face à
la rue Delambre. De son poste, le bras droit de Jacques
Guibor, le Patron, contrôle tous ceux qui pénètrent et
sortent du magasin, enfin seulement entre 10 et 12 heures et
après 16 heures parce que dans l’intervalle, il y a le repas
du midi parfois sacrément arrosé. Monsieur Marcel a une
qualité supplémentaire, il fume trois paquets de gitanes
sans filtre par jour. Si bien qu’en son absence, la Patronne,
la seule autorisée à pénétrer dans son repaire, nettoie le
bureau et le téléphone à l’alcool à 90°, armée d’un large
morceau de coton hydrophile prédécoupé dont les paquets
achetés par palette de 20 aux magasins Métro s’empilent
dans l’armoire de la réserve. Le coton hydrophile
prédécoupé, c’est la marotte de Madame Guibor. Un accessoire
15 bon à tout faire comme le venterait une efficace réclame.
D’ailleurs, question réclame, la Patronne n’a pas d’égale.
Dans la rue, tout le monde sait qu’il y a deux ans, elle a
presque gagné un concours publicitaire. La récompense
distinguerait le meilleur slogan ventant un biscuit
industriel Vandame. Madame Guibor demanda à Madame
Marthe, la comptable, qu’elle jugeait avoir la plus belle
écriture – chacun sait que l’écriture est le reflet de l’âme –
d’inscrire sur le bulletin de participation qu’elle avait
découpé sur un paquet de biscuits de ses enfants, la phrase
suivante : « Il est maison ? Non, il est Vandame ! » Ce n’est
que lorsqu’un camion livra un beau matin six énormes
caisses de biscuits du fournisseur que Madame Guibor
apprit qu’elle était arrivée parmi les finalistes.

Revenons au coton hydrophile prédécoupé. Soit il sert à
nettoyer le bureau de Monsieur Marcel, soit la Patronne en
fait une autre spécialité plus personnelle pour sentir bon
toute la journée : après l’avoir généreusement imbibé de
parfum Shalimar de Guerlain – « Madame Guibor, ce que
vous sentez bon ! C’est un plaisir de venir se faire habiller
ici. » – elle le coince entre ses seins lourds de cinq bambins
abondamment allaités, juste dans le sillon creusé par la
rencontre des deux baleines de son soutien-gorge avec
armatures bien serrées, Aubade 105 F.
Donc, ce matin-là, après avoir désinfecté le bureau du
caissier, Madame Guibor a convoqué Myriam. Myriam est
la nouvelle recrue du magasin. Pour être précis, elle est
encore en période d’essai. Elle a 19 ans et arbore une
arrogante poitrine, aussi forte que le ton de sa voix qui porte
16 au-delà des murs. « Parlez moins fort Myriam, on vous
entend de l’autre côté de la rue » répète la Patronne à tout
1bout de champ .

Avant d’arriver chez Guibor, Myriam rameutait les
chalands au marché aux puces de Saint-Ouen, alors parler
doucement, c’est contraire à son éthique. Madame Guibor
a été séduite par cette jeune fille paumée qui cherchait du
travail en faisant du porte à porte dans la rue Delambre.
Elle ne saurait pas dire pourquoi. Peut-être parce que les
filles comme Myriam qui se battent pour trouver du travail
lui rappellent son temps à elle, à la sortie de l’orphelinat de
Neuilly. Peut-être aussi parce que la Patronne et son mari
aiment relever les défis.
Mais là, ils ont fixé la barre très haut : faire de Myriam,
la gamine des banlieues, une vendeuse de chez Guibor.

1 C’est cette voix qui, bien des années plus tard, dans un grand magasin
parisien, la fera reconnaître au fin fond d’un étage, par d’anciens bons
clients aveugles de chez Guibor.
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