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La Gitane

De
179 pages
Denis est un jeune paysan de la Champagne Berrichonne, où il travaille au sein de la ferme familiale. Son avenir est tout tracé. Jusqu'au jour où il rencontre Carmen, une belle gitane… Leurs vies sont opposées, mais leur amour les rapproche. Il quitte tout pour partir la retrouver. Sans savoir que, de son côté, elle prend la même décision. Il va donc s'ensuivre, pendant plusieurs mois, un chassé-croisé amoureux rempli pour chacun d'aventures et mésaventures sur fond de décor des belles contrées du Bourbonnais, de l'Auvergne, de l'Ardèche, de la Provence et de la Camargue.
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Didier Callot La Gitane Roman des Terroirs de France
PREMIÈRE PARTIE
– 1 –
L’odeur du foin coupé embaumait la campagne. On aurait dit que, par ce parfum si prenant, Dame Nature acceptait de bonne grâce d’être amputée d’une partie de sa luxuriance pour le bien-être des animaux, quand l’hiver serait venu. Partout, la végétation explosait de ses bourgeons fécondés par un printemps étalant sa jouissance sans retenue. Les blés, ponctués des taches écarlates des coquelicots, ondulaient sous une brise douce et chaude pendant que les alouettes montaient haut dans le ciel d’azur en pépiant joyeusement. C’était le signe que le beau temps allait durer et qu’on allait pouvoir terminer les foins sans guetter l’horizon avec la crainte d’y voir s’amonceler des nuées noires. Les paysans vivent avec le ciel ; ils le scrutent avec inquiétude tout au long de leur vie, car leur vie en dépend. Du ciel leur vient l’ondée qui va faire lever les semis, le soleil qui fait mûrir les grains et les fruits, mais aussi l’orage qui pourrit les foins et les récoltes, la grêle qui hache menu les épis et les grappes, la sécheresse qui durcit la terre et rabougrit les tiges, et le gel qui achève la besogne d’une sorte de punition céleste. Alors pour l’amadouer, ils mettent des bouquets de buis bénit accrochés aux murs de leurs étables, ils fêtent leurs saints, Blaise et Vincent, avec beaucoup de dévotion, sans oublier de s’en remettre aux vieilles coutumes païennes, comme la danse des brandons qui célèbre la fin de l’hiver et le recours au sorcier du village pour guérir les bêtes. Vénérer Dieu et le Diable est encore le plus sûr moyen d’obtenir les faveurs de l’un et de l’autre... Assis comme dans un nid douillet au sommet de la charrette affaitée, conduite par son père, Denis mâchouillait en rêvassant un brin d’herbe qu’il avait soigneusement choisi parmi tant d’autres : celui qui serait le plus droit, le plus ferme, terminé par la touffe la plus effilée. Empli du bonheur simple de la tâche accomplie, le jeune homme laissait ses idées vagabonder au gré du vent léger. Il allait avoir bientôt dix-neuf ans et sentait monter la sève printanière en lui, comme dans un jeune chêne promis à devenir un arbre vigoureux. Comme son père il aimait la terre ; comme lui il était fort et dur à la tâche. Il savait qu’un jour il lui succéderait à la ferme, après avoir fondé un foyer avec la Mathilde, sa promise du domaine d’En Bas. Depuis la primaire, elle était amoureuse de lui, et ce n’était pas pour déplaire à ses parents car elle avait du bien : un beau domaine de trente hectares de bonne terre jouxtant le leur. Elle n’était pas très jolie mais elle était douce et courageuse. Elle ferait une bonne épouse qui lui ferait de beaux enfants et cela suffirait à son bonheur. Les fiançailles étaient prévues pour l’automne, après la moisson, puis il partirait faire son service militaire avant de l’épouser à son retour et d’unir leurs deux domaines. Il en était là de ses projets sans nuages lorsqu’il l’aperçut...
– 2 –
Au début, il ne vit que deux silhouettes, mais la plus fine des deux avait une allure majestueuse. Il distingua la longue chevelure et les formes harmonieuses d’un corps qui se cambrait gracieusement sous le poids d’une charge qu’il avait deviné être des paniers d’osier. La silhouette qui l’accompagnait, bien chargée elle aussi, était plus grande et plus massive, mais avait également beaucoup d’élégance. C’étaient deux romanichelles, comme on les appelait dans le pays. Leurs roulottes devaient être stationnées aux abords du village, à côté du cimetière et pas très loin du lavoir, afin d’y puiser de l’eau. Les hommes rempaillaient des chaises et tressaient les paniers pendant que leurs femmes allaient les vendre de porte en porte, en proposant souvent de faire, en prime, les lignes de la main. On se méfiait d’eux, par crainte des mauvais sorts qu’ils pouvaient jeter si on les recevait mal, ou si l’on refusait catégoriquement de leur acheter leurs paniers. Comme ceux-ci étaient très beaux et très solides, et qu’ils étaient très utiles pour aller « lever les œufs », porter à boire aux hommes dans les champs ou ramasser les champignons, les fermières s’arrangeaient toujours pour leur en acheter au moins un à chaque visite, afin de ne pas risquer de s’attirer des menaces de malheurs en tous genres. Les gens de la terre ne les aimaient pas non plus, parce que les hommes ne faisaient pas que tresser des paniers... On les trouvait souvent à flâner nonchalamment sur les chemins mais tout le monde savait qu’ils repéraient des endroits où braconner. Leurs enfants, qui n’allaient quasiment jamais à l’école, passaient leurs journées à poser des collets à lapins ou à pêcher à la « chave », les jambières retroussées et leurs mains expertes fouillant les berges de la rivière à contre-courant, à la recherche de belles truites saumonées. Quant aux hommes, ils attendaient la nuit pour se glisser, agiles et silencieux, comme les renards à qui ils faisaient de la concurrence, dans les enclos pour y prélever quelques poules bien dodues. Comme la charrette continuait à s’approcher lentement de la ferme, Denis vit les deux femmes s’engager dans la cour de celle-ci, accueillies par les aboiements du chien de la maison. Impatient de voir de plus près cette apparition qui avait tant éveillé sa curiosité de jeune mâle, il sauta lestement de la charrette et proposa à son père de conduire lui-même l’attelage devant le grenier, qui se trouvait tout près de la maison d’habitation ; il espérait que les deux femmes ne repartiraient pas trop vite. Il se dit qu’il était idiot de se hâter d’approcher une romanichelle, et que, s’ils l’apprenaient, ses copains se moqueraient de lui copieusement. En effet, personne n’aurait songé à admirer ces femmes qui étaient sans éducation, mal fagotées, mal peignées et affublées en permanence d’une ribambelle de marmots, sales, morveux et hirsutes. On ne se mélangeait pas avec ces gens-là, d’autant plus que ceux-ci n’avaient également aucune envie de se mélanger avec desgadjé, comme ils appelaient les sédentaires. Mais on les tolérait, en premier lieu parce qu’on les craignait, que leurs paniers étaient beaux et solides et qu’on les avait toujours vus arrêter leurs roulottes dans les villages. Enfin on s’attendait, avec le même fatalisme qu’avec les renards, à y laisser quelques volailles... Denis les trouva devant la porte de la maison en train de palabrer avec sa mère. Puis il comprit enfin pourquoi l’impatience le tenaillait.
– 3 –
Sans se rendre compte que son cheval continuait sans lui, Denis s’immobilisa, comme pétrifié, au beau milieu de la cour. Jamais, de toute sa jeune vie, il n’avait vu pareille beauté. La jeune fille qui se tenait devant lui ne ressemblait à aucune autre de celles qu’il avait eu l’occasion de rencontrer dans les fêtes de village d’alentour. Ses longs cheveux bruns et soyeux, où le soleil faisait jouer des reflets roux, s’ébouriffaient voluptueusement sur ses épaules nues et cuivrées. Le corsage immaculé, qui les ornait d’un cordon de dentelles ouvragées, laissait deviner les deux trésors d’une jeune poitrine ferme et admirablement galbée. Sa taille fine était ceinte d’une de ces belles jupes espagnoles à volants et aux couleurs chatoyantes, qui mettaient en valeur des mollets bronzés et gracieux, prolongés par deux pieds mignons chaussées de ballerines dorées. Puis, comme elle se retournait au bruit de la charrette, il vit son visage. Sous une frange effrontée, son teint mat faisait ressortir deux yeux profonds et mordorés qui le fixaient avec bienveillance. Son visage, au port altier et à la bouche délicieuse, s’agrémentait d’un nez joliment retroussé, encadré de deux pommettes charmantes rappelant ses origines tziganes. Rouge de confusion et les bras ballants au milieu de la cour, Denis répondit à ce regard envoûtant par un sourire timide, au grand amusement de l’autre gitane, d’un âge plus mûr, dont la ressemblance frappante avec la jeune fille lui laissa supposer qu’elle était sa mère. La mère de Denis, elle aussi, avait remarqué son trouble et lui dit pour le taquiner : – Eh ben, mon garçon, toi aussi tu veux acheter un panier ? Son père, qui fit irruption dans la cour, fut beaucoup moins conciliant : – Dis donc, tu vas-t-y rester là au milieu de c’te cour coumme un mia ! Heureusement que l’Bijou, y sait où qu’faut aller ! Honteux et penaud, Denis se précipita vers le cheval livré à lui-même, ce qui fit s’esclaffer la gitane et sourire la fermière. Seule la jeune fille eut pour lui un regard attendri. Denis fit reculer Bijou sous la porte du grenier et grimpa prestement à l’échelle pour recevoir le foin que lui tendrait son père. Il était tellement troublé de ce qu’il venait de voir, qu’il commença par se cogner la tête au linteau de la porte du grenier, mais se garda bien de jurer pour ne pas déclencher l’hilarité générale. Pendant ce temps-là, la Denise, sa mère, achetait un panier aux deux gitanes. Sa mère était une femme très bonne, qui avait le cœur sur la main et qui accueillait toujours les gitanes avec bienveillance. Elle avait pour habitude de dire qu’elle ne voulait voir « que l’ bon dans l’monde ». Lorsque les deux gitanes partirent, Denis s’arrangea pour être près de la porte du grenier, afin de voir une dernière fois celle qui l’avait à ce point émerveillé. Lorsque les deux femmes passèrent près de la charrette que l’on déchargeait, Denis sentit son cœur bondir dans sa poitrine quand il vit que la jeune fille regardait discrètement, mais avec insistance, dans sa direction...
– 4 –
Bien que rompu par sa journée de labeur, Denis eut beaucoup de mal à trouver le sommeil, la nuit venue. Hanté par un si joli fantôme, il se retournait sans cesse dans son lit en se remémorant chaque détail de la beauté de cette jeune gitane. Il avait peur de s’endormir et d’oublier les traits de ce si beau visage. Il craignait de ne retrouver, à son réveil, que les contours de la silhouette qu’il avait aperçue du haut de la charrette. Ayant fini par succomber à la fatigue sur le petit matin, il se réveilla en sursaut car le jour était déjà grandement levé. Il se dit qu’il devait être en retard et il fut surpris que son père ne soit pas venu le tirer du lit avec sa rudesse habituelle. Encore embrumé du manque de sommeil, il sauta dans son pantalon de velours, enfila sa chemise à braies en grosse toile, se passa rapidement de l’eau sur la figure et s’apprêta à quitter sa chambre. Alors, dans un éclair, il se rappela d’elle. Il constata avec soulagement que son image était restée intacte dans sa mémoire... Quand il arriva dans la grande salle de la maison, tout le monde était déjà attablé et il eut honte. Il y avait là sa mère, debout près de la cuisinière, occupée à faire frire des harengs, sa jeune sœur Marie, qui servait à table, Camille, le commis de ferme, qui le regarda avec un sourire amusé, et son père qui était penché sur son assiette de soupe à l’oignon. L’air renfrogné, il bougonna : – Y a pus moyen de s’lever !? Si ta m’man, a m’avait pas r’tenu, j’aurais été t’sortir du lit avec un broc d’ieau ! Cette dernière remarque fit sourire les deux femmes et s’esclaffer le brave commis, qui se reprit vite pour ne pas s’attirer lui aussi les foudres patronales... Denis se garda bien de répliquer et s’assit rapidement pour rattraper son retard. Il refusa l’assiette de soupe que lui tendait sa sœur et passa directement à la suite. À la campagne, les petits déjeuners n’ont rien à voir avec ceux de la ville. Ce sont de véritables repas, car les gens de la terre se lèvent très tôt, avec le jour l’été, et largement avant pendant l’hiver. De plus, ils travaillent très dur et ont besoin de prendre des forces. Les hommes se partagent la tâche d’« affener » les chevaux, c’est-à-dire de leur garnir les râteliers de foin et d’avoine et de faire rentrer les vaches à l’étable pour la traite. Les femmes, elles, ne doivent pas rester « les deux pieds dans le même sabiot » car elles doivent faire le café et préparer la soupe avant d’aller « tirer » aux vaches leur lait chaud et moussant. Puis elles retournent à la cuisine faire cuire les harengs ou l’omelette aux pois, pendant que les hommes mangent déjà la soupe, en l’aspirant bruyamment, penchés silencieusement sur leurs assiettes. Le gros pain « de quatre livres » a été mis sur la table, ainsi que le vin de la vigne familiale. On a sorti aussi la bouteille de « goutte », remplie d’eau-de-vie de prune ou de marc et destinée à vous réchauffer le corps avant de partir pour les champs. Les discussions sont rares, car le temps est compté. Seul le laitier, rougeaud et jovial, vient mettre de l’animation en causant fort et en lançant des plaisanteries à la ronde. Il s’attable pour boire un café et reste même manger quand c’est le jour de l’omelette aux « pouès » (pois).À la fin de cette collation vite expédiée, le maître donne ses ordres pour la journée, puis il referme son couteau, signe que les autres hommes doivent se lever en même temps que lui, qu’ils aient fini de manger ou pas. C’est la raison pour laquelle Denis se dépêcha d’engouffrer son repas. C’est à ce moment que sa mère, qui était aussi bavarde que son père était taiseux, lança à la cantonade :
– On dira c’qu’on voudra des romanichels mais ils ont l’chic pour faire des paniers ! Elle rajouta en souriant gentiment à son fils : – Et pis, la p’tite qu’est venue nous en vendre hier avec sa mère, a l’tait t-y jolie !... hein, Denis ? L’interpellé devint instantanément rouge comme une écrevisse et plongea le nez dans son assiette, pendant que sa sœur, qui était partie faire une lessive au lavoir et n’avait pas assisté à la scène de la veille, le dévisageait avec une ironie toute féminine : – Apparemment, a lui a fait drôl’ment d’l’effet au frangin, la romanichelle, lança-t-elle pour le taquiner, et elle ajouta : Quand j’vais dire ça à la Mathilde, a va t’arracher les yeux ! Son frère lui lança un regard vengeur, bredouilla une vague protestation. Il se leva sans attendre le signal paternel et coiffa rapidement sa casquette, avant de sortir cacher dehors sa rougeur intempestive. Bien qu’il l’aimât beaucoup, il en voulait à sa jeune sœur Marie. Elle avait un an de moins que lui et une jolie frimousse pleine de taches de rousseur. Elle était aussi vive et délurée que lui était calme et timide. Elle prenait un malin plaisir à le titiller et ne manquait pas une occasion de le faire rougir, mais ils s’adoraient et entretenaient une grande complicité. Pendant la journée, il tenta de se concentrer sur son travail. Avec son père et le commis, ils fauchaient de la luzerne dans les pas les uns des autres et, comme il était en deuxième position, il ne pouvait pas se permettre de bâiller aux corneilles et de prendre du retard sur son père. En effet, leurs mouvements devaient s’accorder en un rythme parfait, dans les pas scandés qu’ils effectuaient pour accompagner le geste ample de leurs bras qui tenaient les deux poignées de la faux. Mais son esprit fonctionnait malgré lui et ne pouvait se détacher de la vision qu’il avait eue la veille dans la cour de la ferme. Il se reprochait son air benêt et son allure maladroite, alors qu’il aurait dû au moins lui dire bonjour. Mais il reprenait espoir à l’idée que cette jeune fille, belle comme une reine, lui avait souri et que, par-dessus tout, elle avait cherché son regard avant de quitter la ferme. Cela lui autorisait tous les espoirs. Mais quels espoirs ? Cette fille était une gitane, qui n’avait pas la même vie que lui et passait la sienne sur les routes, qui vivait dans une roulotte et avait sûrement aussi un fiancé parmi la communauté où elle vivait. C’est à cet instant qu’il pensa à sa propre fiancée. Il réalisa avec stupeur qu’il n’avait pas un seul moment, depuis hier, pensé à Mathilde. Il en éprouva beaucoup de culpabilité, mais il dut admettre qu’il était beaucoup plus chagriné à l’idée que cette fille admirable puisse avoir, elle aussi, un fiancé. Mais la chose dont il était absolument certain dans cet imbroglio de pensées contradictoires, c’est qu’il en était amoureux fou...
– 5 –
Quand, en fin de journée, ils rentrèrent à la ferme, Denis n’eut qu’une idée en tête : trouver un moyen pour la revoir. Les romanichels n’avaient pas pour habitude de rester très longtemps au même endroit et il fallait faire vite. L’idée lui vint quand il vit sa sœur se préparer pour aller chercher les vaches, que l’on mettait à la pâture dans un pré à proximité du cimetière. À l’aller comme au retour, on passait forcément devant le terrain communal réservé aux gens du voyage. Comme elle prenait un bâton dans l’étable, il s’approcha d’elle et essaya de prendre son air le plus naturel possible pour lui annoncer : – Dis Marie, si tu veux, j’peux aller chercher les vaches à ta place, y a la Noiraude qui veut l’taureau et qui risque de s’sauver ? Marie le toisa d’un air vexé : – Parce que tu crois que j’suis pas capable de tenir la Noiraude !? L’action était mal engagée ; il ne fallait surtout pas vexer sa sœur, qui avait un caractère bien trempé. Il lui fallait trouver une autre justification rapidement et il regretta vite celle qui lui vint à l’esprit : – C’est pas ça, mais comme y a l’camp d’romanos à côté, faudrait pas qu’y en ait une qu’aille s’fourrer d’dans. Il en avait trop dit ; le visage de sa sœur marqua sa surprise puis s’éclaira d’un sourire narquois : – Ah, c’est ça, j’ai compris ! dit-elle en le pinçant. Dis donc, toi, t’aurais pas l’béguin par hasard ? Et elle ajouta pour l’achever : – Eh ben, c’est du beau pour un gars bientôt fiancé ! Denis rougit une fois de plus et se défendit : – Mais non c’est pas ça, c’est... Il ne put finir sa phrase, parce qu’il n’avait plus d’argument. Marie lui adressa un regard à la fois affectueux et sévère : – Bon, ben, vas-y si tu veux, mais j’sais pas à quoi tu joues... – Merci frangine ! lui dit Denis en l’embrassant sur le front. Là, ce fut au tour de Marie de rougir un peu, et se reprenant, elle lui lança, avant de tourner les talons : – Et c’est moi qui vas aller faire bouère les ch’vaux à ta place, p’t-être !? Denis lui avait déjà pris le bâton des mains et partait à grandes enjambées : – T’inquiète pas, je l’f’rai en rev’nant ! lui lança t-il avant de disparaître, sa chienne sur les talons. Jamais il n’avait marché aussi vite jusqu’au pré aux vaches. Il arriva au cimetière et ralentit l’allure ; il approchait du campement des gitans. Arrivé à sa hauteur, alors que tous les villageois se pressaient de passer devant sans s’attarder, Denis rappela sa chienne et attacha un bout de ficelle à son collier. Il fit cela pour l’empêcher d’aller importuner les chiens du campement, mais surtout pour se laisser le temps de scruter sous son épaule s’il apercevait la silhouette tant espérée. Il ne vit que des roulottes bigarrées