Ausser Gefecht / Hors de combat

De
Publié par

August Scharr était soldat dans un régiment de réserve de la 2e armée von Bûlow. Il raconte son épopée depuis la mobilisation jusqu'à sa capture durant la bataille de la Marne. Il fut admis à l'hôpital mixte d'Issoudun et figure donc à ce titre dans le second cahier qui répertorie les prisonniers allemands admis dans cet hôpital. Il est emporté par la fièvre typhoïde en novembre, laissant son récit aux mains d'un administrateur de l'hôpital, auteur du second cahier.
Publié le : mercredi 15 octobre 2014
Lecture(s) : 35
EAN13 : 9782336358338
Nombre de pages : 716
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

couv_PrisonniersAllem 17/09/14 18:40 Page 1
Après avoir été presque totalement ignoré par l’historiographie de la Première Jacques
Guerre mondiale durant de nombreuses années, le thème des prisonniers de Außer GefechtRenardguerre est aujourd’hui en profond renouvellement. La découverte fortuite de deux
cahiers manuscrits datant de cette période a été le point de départ d’une passion-
nante enquête sur la captivité de guerre qui s’inscrit contre ce mouvement Hors de combat
d’amnésie qui avait écarté un combattant sur dix de notre patrimoine mémoriel.
Le premier cahier contient un texte anonyme en allemand et le second, un
répertoire alphabétique d’environ 600 militaires allemands, malades ou blessés. Kriegstagebuch August Scharr 1914
Le lien entre les deux cahiers sera établi après quelques semaines d’investiga-
Carnet de route d’August Scharr, 1914tions, tandis que plusieurs mois seront nécessaires pour identifier les personnages
et les lieux mentionnés.
August Scharr, auteur du premier cahier, originaire de Hanovre, était soldat traduit par Eric Daubard - commenté par Jacques Renard
edans un régiment de réserve de la 2 armée von Bülow. Il raconte son épopée
depuis la mobilisation jusqu’à sa capture durant la bataille de la Marne. Il fut suivi deadmis à l’hôpital mixte d’Issoudun à la fin d’octobre 1914, raison pour laque-
lle il figure dans le second cahier qui répertorie les prisonniers allemands
hospitalisés dans cet hôpital durant le conflit. Il sera emporté par la fièvre Les prisonniers de guerre allemands
typhoïde en novembre laissant ainsi son récit aux mains d’un administrateur
à l’hôpital d’Issoudun 1914-1918de l’hôpital, auteur du second cahier. La première partie de l’ouvrage présente
le texte original en allemand du récit de Scharr, puis sa traduction en français par Jacques Renardcommentée et illustrée, tandis que la seconde partie reconstitue le parcours des
600 patients mentionnés dans le second cahier.
Grâce à la « redécouverte » du fichier national des prisonniers de guerre de Préface de Eric Ledru
la Première Guerre mondiale, et à l’utilisation des listes de disparitions de l’ar-
mée allemande, il a été possible de replacer l’hospitalisation à Issoudun, pour
chacun des 600 patients, dans son parcours de prisonnier et, au-delà, d’établir
un véritable cadre quantitatif des conditions réelles de la captivité. Ces données
sérielles fournissent en effet un suivi des différents déplacements des prison-
niers depuis la capture jusqu’au rapatriement, permettant ainsi une mesure
fine des flux, des mutations subies, des conditions de mortalité et de l’impor-
tance des rapatriements via la Suisse, renouvelant totalement une perception
jusqu’alors forgée au prisme des témoignages.
Jacques RENARD, docteur en histoire de l’université Paris-
Sorbonne, est spécialiste de démographie historique et d’histoire
de la famille ; il conduit l’élaboration des enquêtes de démo-
graphie à l’université Paris-Sorbonne. Il est actuellement détaché
à l’Ecole française de Rome. Technicien de la démographie
historique, il a participé à la rédaction de deux ouvrages de
prospective démographique avec le professeur Pierre Chaunu.
Labellisé par la mission du centenaire de la Première Guerre mondiale
Kronos 77
ISSN : 1148-7933
SPMISBN : 978-2-917232-22-4 Prix : 54 € Éditions S.P.M.9 782917 232224
Außer Gefecht
Hors de combat
Carnet de route d’August Scharr, 1914prisonniers all..indb 1 19/09/14 11:12:11prisonniers all..indb 2 19/09/14 11:12:12Außer Gefecht
Hors de combat
prisonniers all..indb 3 19/09/14 11:12:12Du même auteur
Avec P. Chaunu, La femme et Dieu, Paris, Fayard, 2001
Avec P. et H. Chaunu, Essai de prospective démographique, Paris, Fayard,
2003
Dictionnaire des combattants de la Manche « morts pour la France » 1914-1918,
Paris, Editions SPM, collection Kronos, 2 volumes, 2009, 1 629 pages.
e ePont-l’Evêque et ses campagnes aux XVIII et XIX siècles. Des veaux et des
hommes, un exemple d’oliganthropie anticipatrice, Paris, Editions SPM,
collection Kronos, 2011, 286 p.
Illustration de couverture
Passage de prisonniers allemands
Carte postale
prisonniers all..indb 4 19/09/14 11:12:12Außer Gefecht
Hors de combat
Kriegstagebuch August Scharr 1914
Carnet de route d’August Scharr, 1914
Traduit par Eric Daubard
Commenté, annoté et illustré par Jacques Renard
suivi de
Les prisonniers de guerre allemands
à l’hôpital d’Issoudun
1914-1918
par Jacques Renard
Préface de Eric Ledru
Labellisé par la Mission du Centenaire de la Première Guerre mondiale
Cet ouvrage est publié avec le concours
du Centre Roland-Mousnier et de l’Université Paris-Sorbonne
Ce volume est le soixante-dix-septième de la collection Kronos
fondée et dirigée par Eric Ledru
SPM
2014
prisonniers all..indb 5 19/09/14 11:12:12© SPM, 2014
Kronos n° 77
ISSN : 1148-7933
ISBN : 978-2-917232-22-4
Editions SPM 16, rue des Écoles 75005 Paris
Tél. : 01 44 52 54 80
courriel : Lettrage@free.fr - site : www.editions-spm.fr
DIFFUSION – DISTRIBUTION : L’Harmattan
5-7 rue de l’Ecole-Polytechnique 75005 Paris
Tél. : 01 40 46 79 20 – télécopie : 01 43 25 82 03
– site : www.harmattan.fr
prisonniers all..indb 6 19/09/14 11:12:12Remerciements
Mes remerciements vont en premier lieu aux personnes qui ont colla-
boré directement à ce travail :
- Eric Daubard qui a transcrit et traduit le manuscrit d’August Scharr
puis l’historique régimentaire du Reserve-Infanterie-Regiment Nr.
73.
- Eva Sellier, secrétaire de direction en retraite des colonels comman-
dant le Groupe de Commandement de l’Armée allemande en France
de Fontainebleau, qui a bien voulu relire la traduction et fournir des
appréciations sur le niveau d’écriture de l’auteur.
- Louis Urbani qui a recherché au Bavcc les fiches des prisonniers
allemands inscrits dans le cahier et qui les a numérisées.
- Angela et Detlef Bähre qui ont consacré de longs mois à la recherche
des descendants de la famille d’August Scharr.
- Michel Chevalier qui a eu la gentillesse de photographier les tombes
à Nampcel.
Aux administrateurs des services d’archives qui m’ont permis d’ac-
céder aux sources.
- Philippe Navelot (Directeur de la mémoire, du patrimoine et des
archives au ministère de la Défense)
- François Gasnault (Conservateur général du patrimoine, Chef du
Centre historique des archives, Service historique de la Défense) qui
m’a permis d’utiliser le fichier des prisonniers allemands conservé
au BAVCC.
- Sandrine Aufray (Chef de projet Mémoire des hommes, ministère
de la Défense)
- Alain Alexandra (Bavcc)
- Charles Salmon (Bavcc)
- Stéphanie Gelfi (Centre de la Mémoire issoldunoise, Médiathèque
Albert-Camus)
- Annelise Pradal (Centr
- Christophe Dupont (Mémoire des hommes)
prisonniers all..indb 7 19/09/14 11:12:13- Martine Chuat (Etat-civil Issoudun)
- Mathilde Montoux (Archives Municipales de Poitiers)
- Jean-Luc Porhel (Archives Municipales de Tours)
- Bénédicte de la Vaissière (Archives de Romans)
- Ottmar Strehler (Bezirksgeschäftsführer Volksbund Deutsche
Kriegsgräberfürsorge ; directeur de district d’Hanovre de l’associa-
tion nationale allemande pour l’entretien des tombes de guerre)
- Mirella Libera (Stadtarchiv Osnabrück)
- Ulrike Ehbrecht (Stadtarchiv Göttingen)
- Lena Rosahl (Stadtarchiv Hannover)
- Anika Engelen (Stadtar
- Cornelia Leimann (Stadtarchiv Hannover)
- Sylvia Reinhardt (Archivarin Kulturamt Zwickau)
- Cornelia Svete (Stadtarchiv Bismark)
Aux historiens, érudits et passionnés qui m’ont offert leur aide.
Jean-Louis Strauss, Tino Köhler, Christoph Hertsch, Randy
Schoenberg, David Solomon, Jean-Yves Baxter, Jan Witte, Natty Pryjmak,
Christophe Demeulemeester, Helmut Ter Hazeborg, Theodor Douwes,
Laurent Schneider, Florian Hensel, Edouard Jacobs, Hans-Joachim
Lünenschloß, les membres du forum milex.de (Jens, Hinrich,…) et du
forum page14-18.fr (Uschen, Laurent, Guy-François, Jérôme Charraud,
MA1418, …)
prisonniers all..indb 8 19/09/14 11:12:13Préface
Un dicton inventé de toute pièce pour la circonstance prétendrait
que c’est dans les petites rivières que l’on prend les plus gros poissons.
L’esprit scientifique, toujours sceptique sur les vertus de la sagesse
populaire, renâcle à souscrire à cette naïveté.
Pourtant, l’anecdote suivante pourra convaincre les esprits les plus posi-
tivistes du miracle de la découverte d’un précieux document historique : me
rendant en 2005, comme chaque fin d’année pour Noël, dans la famille de
mon épouse dans la petite ville de Neuville-de-Poitou, je ne manquai pas ma
visite traditionnelle ce 23 décembre chez l’antiquaire de la place, Monsieur
Alain Aldebert, « Au Vieux Porche », sise 7, rue des… Antiquaires.
Comme chaque année, je mis un point d’honneur à débusquer la
petite pièce sympathique – outil, terre cuite ou autres curiosités fleu-
rant bon la ruralité poitevine – lorsque je tombai sur deux petits cahiers
d’écolier beige qui m’ouvrirent aussitôt leur couverture : je les adoptais
aussitôt avec la bénédiction de M. Aldebert.
J’essayais alors de comprendre les raisons irraisonnées qui m’avaient
poussé à devenir l’inventeur de ces témoignages du passé. Je commençai
par les observer attentivement :
– l’un (au format 15,2 x 20,6 cm), de papier quadrillé, comportait deux
folios vierges, puis 64 folios recouverts d’une écriture fine en allemand,
sans ratures, de 23 lignes par page, suivis de cinq folios vierges, soit 71
folios brochés et protégés par une couverture en papier léger ;
– l’autre (au format extérieur 16,2 x 22 cm et intérieur 15,5 x 19,8
cm), également de papier quadrillé, comportait des tableaux rédigés
à la plume de plusieurs couleurs et au crayon sur la base de colonnes
définies ainsi : Nom et Prénom, Incorporation, Mutations. Leur succédait
une seconde série de tableaux avec les grilles suivantes : Dates, Entrants,
Sortants, Observations.
Puis j’en relevai le contenu :
Le premier constituait le journal d’un soldat allemand dont le texte
commençait par le chapitre Mobilmachung am 2. August 1914 et se termi-
nait par le chapitre das Schreckensjahr 1914 : mon allemand scolaire me
permit cependant de comprendre : Mobilisation le 2 août 1914 et L’année
prisonniers all..indb 9 19/09/14 11:12:13de l’horreur 1914. Ce n’est que plus tard qu’en enlevant la couverture
mobile que j’avais cru fixe du cahier que je lu :
Carnet de route du soldat Allemand
Scharr Auguste
73 Régt Infanterie réserve
e12 Cie 4 – 217
Originaire de Hanovre Linden
Décédé le 10 novbre 1914
Le second récapitulait des listes alphabétiques de militaires alle-
mands qui semblaient avoir été constituées par un médecin militaire
d’un hôpital non mentionné. Ce deuxième ensemble rassemblait un
nombre considérable de noms.
Je questionnai M. Aldebert sur l’origine de ces documents. Il m’in-
diqua que ces deux pièces sortaient d’une malle achetée dans une belle
demeure de Champigny-le-Sec, village situé à quelques kilomètres au
nord-ouest de Neuville-de-Poitou. Sur cette malle, un nom : Dr Caussain.
C’est tout.
Les cahiers furent soigneusement rangés dans ma bibliothèque et y
demeurèrent sagement pendant sept ans.
Le métier d’éditeur tel que je le vis a ceci de plaisant qu’il provoque
la rencontre avec des chercheurs ayant des centres d’intérêt croisés. C’est
ainsi que se font les livres.
Je fis connaissance avec Jacques Renard grâce à un ami commun,
Thierry Claeys. Il en sortit un premier livre : 1914-1918. Les morts pour
la France du département de la Manche. Un deuxième suivit.
Nos conversations tournaient souvent autour de la Grande Guerre et j’en
vins presque accidentellement à lui parler de mes deux petits cahiers.
Il en prit connaissance. Nous étions en 2011. Le projet était lancé. Un
germaniste distingué, Eric Daubard, établit le texte original d’August
Scharr et en assura la traduction.
Nous n’avions pas orchestré la sortie de ce volume en fonction de la
déferlante des commémorations sur la Première Guerre mondiale, mais le
fait d’avoir obtenu la labellisation de la Mission du centenaire de la guerre
14-18 pour ces travaux nous offre l’effet d’une reconnaissance envers ces
10 % des combattants qui connurent le destin de prisonniers de guerre.
Eric Ledru
En terminant cette préface, je vois les visages de mes deux grands-pères
Louis Ledru et Pierre Carluer, dont les sobres récits de leur guerre ont
révélé à l’enfant que j’étais l’étrange miracle d’un regard humain dans
l’enfer absolu des orages d’acier.
prisonniers all..indb 10 19/09/14 11:12:13Introduction
Les prisonniers de guerre ont longtemps été des acteurs presque
totalement ignorés par l’historiographie de la Première Guerre mondiale.
Pourtant, un combattant sur dix fut fait prisonnier durant le conflit. Le
prisonnier de guerre, suspect de lâcheté pour avoir déposé les armes,
se plaça ainsi à l’écart d’une mémoire collective nourrie des notions de
sacrifice et de résistance.
Durant de nombreuses années, les historiens de la Première Guerre
mondiale se sont intéressés essentiellement à la question des responsa-
bilités et au déroulement des opérations militaires. Depuis une vingtaine
d’années, ils ont replacé l’homme au centre de l’étude, passant d’une
histoire militaire centrée sur l’événement à une histoire des combattants.
Ce faisant, l’historiographie a réintroduit le prisonnier de guerre dans
le patrimoine mémoriel de la Grande Guerre.
Le thème des prisonniers, envisagé tout d’abord sous l’angle juridi-
1que, notamment dans les travaux de Jean-Claude Farcy , est maintenant
2au cœur de problématiques nouvelles .
Mal connus aujourd’hui encore comme hier, les prisonniers de guerre
ont pourtant été au cœur du développement d’une diplomatie humani-
etaire qui pesa lourdement dans la balance politique du premier XX siècle.
Le thème de l’impact des conventions internationales élaborées à la fin
edu XIX siècle, leur rôle décisif dans l’amélioration des conditions de
vie des prisonniers (soins, travaux, courrier) qui explique de manière
tout à fait pertinente la baisse sensible des niveaux de mortalité dans
3les camps , suscite aujourd’hui un vif intérêt.
1. Jean-Claude Farcy, Les camps de concentration de la Première Guerre mondiale, Economica,
Paris, 1995, 373 p.
2. Frédéric Médard, Études sur la Grande Guerre. Les prisonniers en 1914-1918 : Acteurs méconnus
de la Grande Guerre, préface de François Cochet, 14-18 éditions, 2010, 350 pages, Evelyne
Gayme, Les Prisonniers de guerre français. Enjeux militaires et stratégiques (1914-1918 et
1940-1945), Economica, 2010, 185 pages
3. Durant la Seconde Guerre mondiale, les soldats français juifs échappèrent à l’extermination,
alors même qu’ils se trouvaient en Allemagne, simplement grâce aux conventions
protégeant les prisonniers de guerre.
prisonniers all..indb 11 19/09/14 11:12:1312 Außer Gefecht – Hors de combat
La Grande Guerre révéla en effet l’importance et la gravité de la ques-
tion des prisonniers de guerre. Leur nombre, leur état de santé, la durée
de leur captivité conduisirent très tôt les états belligérants à conclure des
accords pendant les hostilités, relatifs au traitement, à l’internement en
pays neutre ou au rapatriement des prisonniers. La nécessité de régler
d’une manière plus détaillée les conditions et la fin de la captivité fit
surgir l’idée d’élaborer et de soumettre à une conférence convoquée à
cet effet, un véritable code des prisonniers de guerre.
eLa X Conférence internationale de la Croix-Rouge, réunie à Genève
1en 1921 , ordonna l’élaboration d’un projet qui fut présenté durant la
e 2XI Conféroix-Rouge . Le projet de 1923
ne concerna que les prisonniers de guerre, la Commission prépara-
toire ayant estimé préférable de ne pas comprendre dans une même
convention les prisonniers d’une part, et d’autre part les évacués ou
3les réfugiés .
Le projet de 1923 s’inspira beaucoup des accords conclus par les
belligérants pendant les hostilités et chercha à tenir compte de toutes les
expériences faites au cours de la Grande Guerre. En 1929, un projet de
convention fut enfin soumis à la Conférence diplomatique de Genève.
Il ne remplaça pas les dispositions des « Règlements de la Haye » mais
les compléta. Il introduisit de nouvelles dispositions concernant l’inter-
diction des mesures de représailles et de peines collectives à l’égard des
prisonniers de guerre, concernant l’organisation du travail des prison-
niers, le droit des prisonniers de guerre à désigner des représentants
vis-à-vis des autorités militaires, et l’organisation du contrôle exercé
par les puissances protectrices. La Convention de Genève de 1929 fut
remplacée par la troisième Convention de Genève le 12 août 1949.
La recherche sur le thème des prisonniers allemands en mains fran-
çaises pendant la Première Guerre mondiale est encore aujourd’hui
embryonnaire car les sources font défaut. Mais, avec la « redécouverte »
e1. Compte rendu de la X Conférence internationale de la Croix-Rouge tenue à Genève, du 30 mars
an 7 avril 1921, Genève, 1921, p. 218 et suiv.
2. Publié dans la Revue internationale de la Croix-Rouge d’août 1923 (n° 56)
e3. C’est pourquoi la XI Conféroix-Rouge, dans sa résolution
en° VIII, a exprimé le vœu que le règlement annexé à la IV Convention de la Haye de 1907,
fût modifié et complété aux fins d’y insérer des dispositions concernant « la situation
des civils tombés à la guerre au pouvoir de l’ennemi ». Cette résolution n° VIII de 1923
ea été elle-même complétée par la résolution n° XII de la XII Conférence internationale
de la Croix-Rouge réunie à Genève en 1925. Pour de plus amples détails sur ce thème,
on consultera dans le « recueil des cours » 1928 de l’Académie de Droit International
(tome 21) l’article de Georges Werner intitulé « Les prisonniers de guerre », pages 1-107,
publié chez Hachette en 1929.
prisonniers all..indb 12 19/09/14 11:12:13Introduction 13
de fonds d’archives encore inutilisés, comme le fichier national des
prisonniers de guerre de la Première Guerre mondiale, il sera possible
1d’établir un cadre quantitatif des conditions réelles de la captivité . Ces
données sérielles consentiront en particulier une mesure fine des flux,
2des mutations subies, des conditions de mortalité , de l’importance des
rapatriements, renouvelant totalement une perception jusqu’alors forgée
au prisme des témoignages.
1. Nous en donneront les premiers échos dans les pages qui suivront en étudiant le petit
contingent des soldats incarcérés à Issoudun. Une convention de recherche visant à
indexer puis à exploiter le fichier national des prisonniers de guerre allemands, fichier
conservé par le Bavcc, a été établie entre le Centre Roland Mousnier (UMR 8596 et la
Direction de la Mémoire, du Patrimoine et des Archives (DPMA) dépendant du ministère
de la Défense.
2. Les fiches du Bavcc fournissent un suivi des différents déplacements des prisonniers
depuis la capture du soldat jusqu’à son rapatriement. Nous pouvons donc établir de
véritables tables de mortalité selon l’âge et selon la durée de la captivité.
prisonniers all..indb 13 19/09/14 11:12:13prisonniers all..indb 14 19/09/14 11:12:13Carnet de route d’August Scharr
(août-septembre 1914)
prisonniers all..indb 15 19/09/14 11:12:13prisonniers all..indb 16 19/09/14 11:12:13I
1« La plume au fusil »
Les carnets de route, ou journaux de campagne, rédigés durant le
premier conflit mondial représentent un corpus colossal de textes encore
peu utilisés de manière sérielle. Ils ont été, en effet, bien souvent rejetés, car
suspects d’éloigner l’historien de la froide rationalité historique au profit
d’une approche subjective, anecdotique et souvent émotionnelle.
Ainsi, ces témoignages ont surtout été utilisés pour préciser le dérou-
lement de certains événements, ou pour évaluer les responsabilités des
uns ou des autres. Cette vision a évolué ces dernières années et les
historiens ont compris que ces carnets, utilisés de manière rigoureuse,
pouvaient fournir une base essentielle pour la compréhension du ressenti
des combattants, de leur vécu, de leurs souffrances quotidiennes, des
fluctuations de leur moral, et permettre ainsi d’affiner la pertinence
des notions d’adhésion, de soumission ou de résignation, thèmes très
controversés dans l’historiographie actuelle.
Cette source, assez homogène dans sa forme et dans son contenu,
concerne tous les degrés de l’échelle sociale, du simple soldat au mili-
taire de haut rang, traduisant au passage les progrès considérables de
el’alphabétisation au cours des dernières décennies du XIX siècle.
L’utilisation de ces témoignages pose bien sûr un certain nombre de
2problèmes épistémologiques rappelés par Alexandre Lafon , problèmes
soulevés par la nature même de ces documents. Pour éviter les écueils,
il faut prendre quelques précautions, vérifier l’authenticité du témoi-
gnage en s’assurant que la qualification de témoin correspond bien à
une participation effective aux événements relatés. Le questionnement
1. Après avoir choisi ce titre pour coiffer ce chapitre, je me suis aperçu qu’il avait déjà été
utilisé par Gérard Baconnier, André Mimet André et Louis Soler pour leur ouvrage : La
plume au fusil : les poilus du midi à travers leur correspondance, Privat, 1989, 379 pages.
2. Je renvoie à une mise au point très claire et très complète sur le témoignage écrit et son
utilisation par l’historien, intitulée « La question des témoins et du témoignage » proposée
par Alexandre Lafon, historien, et animateur de la bibliographie typologique et de la
bibliographie Témoignages du site www.crid1418.org
prisonniers all..indb 17 19/09/14 11:12:1318 Außer Gefecht – Hors de combat
de l’historien doit également prendre en compte l’appartenance sociale
de l’auteur, le ou les destinataires du récit, mais aussi les conditions
psychologiques dans lesquelles l’auteur a écrit son récit. Était-il maître
de son texte ou censurait-il le contenu par crainte de représailles ? Enfin,
écrivait-il sur le vif ou recomposait-il les événements après coup ?
Ces questions sont au cœur de l’analyse du récit contenu dans notre
cahier. Nous ne perdons pas de vue que ce texte ne nous informe pas
tant sur les événements eux-mêmes, que sur leur perception par l’auteur
de ces pages. Le récit a été confronté aux différentes sources disponibles
que sont l’historique régimentaire (Reserve-Infanterie-Regiment n° 73),
les journaux de marches et opérations des unités qui ont combattu contre
ce régiment, les listes des pertes de l’armée allemande, le fichier national
des prisonniers de guerre, etc.
Les carnets de campagne, dont nous avons évoqué l’abondance du
côté des combattants alliés n’étaient pas rares non plus dans l’armée
allemande, d’autant plus que leur tenue était réglementaire, au moins
pour les officiers. Selon l’article 75 du règlement allemand concernant
1le service en campagne , les combattants étaient contraints de consigner
par écrit les indications essentielles concernant les opérations en cours
et les cantonnements de leur unité. Ces carnets constituaient donc théo-
riquement des documents purement militaires. Le règlement précisait
que « … les journaux de guerre servent d’information sur l’ensemble
des opérations d’une troupe sur le terrain et, rapprochés des rapports
de combat, de base aux historiques ultérieurs de campagne. Ils doivent
2être tenus quotidiennement » .
L’enjeu de l’analyse qui va suivre est bien la validation du témoin
comme témoin fiable pour fournir à la communauté scientifique une
nouvelle pierre à l’édifice. Car c’est par accumulation de données que
peut être mise en place une stratégie d’analyse par confrontation et
mesure des convergences. Une approche maîtrisée du témoignage
s’appuyant sur les outils conceptuels des sciences sociales permet de
fournir un faisceau comportemental de son rédacteur tout en évitant
les simplifications réductrices ou les modélisations uniformisatrices.
Chaque témoin est le dépositaire d’une expérience unique et singulière,
et donc d’une portée limitée. Et c’est par le cumul de ces parcours que
l’on peut entrevoir des constantes, des récurrences, qui sont autant de
variables explicatives pour la compréhension du conflit.
1. Ernst Siegfried Mittler und Sohn, Felddienst-Ordnung, Berlin, 1908, p. 25.
2. Jacques de Dampierre, Carnets de route de combattants Allemands, Traduction intégrale,
introduction et notes, Paris, 1916, Librairie militaire Berger-Levrault, page VI.
prisonniers all..indb 18 19/09/14 11:12:13Carnet de route d’August Scharr 19
A- Identification de l’auteur du cahier
Le récit n’est pas signé et l’auteur ne donne aucune information
directe sur son identité, toutefois grâce à une phrase relevée à la page
23 de son récit, il a été possible de l’identifier lorsqu’il cite une remarque
de son officier supérieur le concernant :
Illustration 1 : Identification de l’auteur grâce au texte
Le lieutenant ajouta : « C’est bizarre, Schaar cherche toujours ses quartiers dans des
restaurants » (récit manuscrit d’August Scharr, page 23).
Dans le second cahier, qui figurait dans le lot acheté par Eric Ledru,
eun soldat porte ce nom, il s’agit d’August Scharr, soldat de la 12 compa-
e 1 2gnie du 73 régiment d’infanterie , entré à l’hôpital le 21 octobre 1914
et décédé de la fièvre typhoïde le 10 novembre 1914. Il existait donc un
lien entre les deux cahiers et nous disposions là d’une piste sérieuse
pour commencer l’investigation. Nous pouvions dès maintenant émettre
l’hypothèse qu’après le décès de Scharr, le cahier avait été récupéré par
le médecin qui le soignait, et emporté avec ses propres archives, dont
le second cahier faisait partie.
Plusieurs mois plus tard, alors que je souhaitais préciser la période de
rédaction du cahier, je demandais à Eric Ledru d’en observer attentive-
ment la structure. S’il trouvait une marque, un filigrane, une information
quelconque qui permette de déterminer le lieu de fabrication du cahier,
nous pourrions émettre les hypothèses suivantes : si le cahier était d’ori-
gine française, c’est qu’il avait sans doute été acheté puis rédigé durant
la captivité de Scharr à Issoudun, donc en aval des événements. Dans
le cas d’une origine allemande, nous pouvions penser qu’il s’agissait
d’un véritable carnet de route tenu au jour le jour.
Pour opérer cette recherche, Eric Ledru, retira le revêtement léger qui
protégeait le cahier et découvrit ainsi, sur la couverture originale, l’ins-
cription suivante qui confirmait nos suppositions quant à son auteur.
e1. Le cahier indique « 73 inf. » mais il s’agit en fait du Reserve-Infanterie-Regiment
n° 73.
2. Selon sa fiche de prisonnier (conservée au BAVCC), il est entré à l’hôpital le 21 septembre
1914 et non le 21 octobre.
prisonniers all..indb 19 19/09/14 11:12:1420 Außer Gefecht – Hors de combat
Illustration 2 : Couverture originale du cahier
eCarnet de route du soldat allemand Scharr Auguste, 73 rég[imen]t d’infanterie [de]
eréserve, 12 c[ompagn]ie, n° [matricule] 217. Originaire de Hanovre Linden,
décédé le 10 nov[em]bre 1914.
Remarquons que dans son récit, l’auteur écrit son nom avec deux « a »
1alors que dans la plupart des documents officiels , il n’a y qu’un « a » mais
deux « r ». S’agit-il d’une simple coquille ? Son père et son frère signent avec
deux « r ». Nous retiendrons l’orthographe la plus communément utilisée.
Le récit contenu dans le cahier n’est pas à proprement parlé un journal
de campagne car la chronologie qu’il propose est souvent incertaine et a
2dû être reconstruite grâce à l’historique régimentaire . Toutefois, certains
éléments invitent à penser que ce récit a été recopié ou recomposé à
1. « Schaar » avec deux « a » est inscrit dans un seul document officiel : une liste des pertes
de l’armée allemande, datée du 31 octobre 1914. Sur une seconde liste datée du 4 mars
1915 qui renseigne sur son décès, il est même précisé que son nom est « Scharr, nicht
Schaar ». Tous les autres documents, y compris son acte de décès donne « Scharr ».
2. Hermann Albert Prietze et Wilhelm Wehl, Die Geschichte des Reserve-Infanterie-Regiments
Nr 73, Hannover, 1940, 809 pages.
prisonniers all..indb 20 19/09/14 11:12:14Carnet de route d’August Scharr 21
partir de notes. D’une part, il n’y a aucune rature dans les 64 pages qui
composent ce témoignage. L’écriture est parfaitement calibrée, jamais
tremblante ou nerveuse, ce qui indique que le texte a été rédigé dans les
conditions d’un certain confort, et non pas sur le terrain. D’autre part,
1certaines formules anticipent des événements survenus ultérieurement
et confirment la rédaction différée du récit.
Eric Daubard et Eva Sellier, qui ont traduit le texte, partagent cet avis. « Il
s’agit d’une mise au propre de notes prises précédemment ou d’un récit écrit
a posteriori. En effet, la calligraphie est régulière, il n’y a pas de ratures… »
Ils ajoutent que l’auteur « devait avoir un niveau scolaire qui équi-
valait en France à peu près à celui du Certificat d’études primaires. On
trouve quelques fautes d’orthographe et d’allemand ». Ils indiquent
enfin qu’il n’est pas possible de déterminer si « l’auteur identifié a bien
écrit lui-même ce cahier, ou si cela a été fait par un camarade ou une
infirmière ? En revanche, c’est bien une écriture allemande ».
B- Ernst August Heinrich Scharr
Ernst August Heinrich Scharr est né à Linden, petite ville absorbée
2aujourd’hui par Hanovre, le 31 octobre 1885 . Il est le fils de Gustav Louis
Schaar et de Dorothée Gerlach. Son père est né le 22 septembre 1854 à
3Langensalza et est décédé le 3 août 1914 à Hanovre . Sa mère, Dorothée
Gerlach, est née le 30 décembre 1856 à Hitzerode, et elle décèdera à l’âge
4de 74 ans le 2 juin 1930 à Linden .
1. Extrait de la page 42 : « Le commandement “Patrouille en avant !” se fit entendre et moi
avec mon camarade, ainsi que trois hommes du nom de Wilhelm Meyer, [de] Garbsen,
Karl Fette, de Linden et Fritz Ritter, d’Hanovre, fîmes un pas en avant. C’était donc mes
compagnons d’infortune » car ils seront faits prisonniers avec lui. Autre exemple, page 43 :
« Pendant ce temps-là, mon camarade Fritz Scharnhorst avait disparu sans laisser de trace
et nous ne l’avons plus jamais revu. »
2. Je remercie très vivement Cornelia Leimann et Lena Rosahl des archives d’Hanovre qui
m’ont aimablement renseigné sur les origines et sur la famille d’August Scharr.
« April, 19, 2012. According to Ernst August Heinrich Scharr’s death certificate his last
name was spelled Scharr. He was born on October, 31, 1885 in Linden (now Hannover)
as son of Gustav Scharr and Dorothee née Gerlach and died on November, 10, 1915 in
Yssoudem (maybe in Algeria?). His last address in Hannover was Göttinger Str. 55.
There is only one woman of childbearing age who died on February, 6, 1914. Her name was
Marianna Berta Weiss, living at Göttinger Str. 55. She gave birth to a daughter named Frida
Marie on February, 2, 1914. The child died on October, 8, 1914. There is no information
about a fatherhood of August Scharr in the death certificate. The birth certificate is still
stored in the civil registry office
Sincerely. On behalf of the Lord Mayor
Lena Rosahl. »
3. August Scharr évoque son enterrement à la page 19 de son récit.
4. Sa mère au n° 55 de la Gottinger Strasse, qui est également l’adresse de son fils August.
prisonniers all..indb 21 19/09/14 11:12:1422 Außer Gefecht – Hors de combat
Illustration 3 : Décès de Gustav Scharr le 3 août 1914
August Scharr mentionne certains membres de sa famille dans son
récit :
- Fritz, son frère, évoqué par un compagnon d’arme rencontré durant
la bataille de Charleroi qui est en fait Friedrich Wilhelm Karl, né le
23 septembre 1881 à Linden où il s’est marié le 14 novembre 1908 avec
Olga Joséphine Kunze (1885-1950). Le couple a eu au moins un enfant,
Fritz Gustav Hermann né en 1909. Friedrich Wilhelm Karl est décédé
le lundi 3 juin 1963, à l'âge de 81 ans.
- August, son beau-frère, retrouvé par hasard près de la frontière
française le 26 août. Il s’agit d’Heinrich Friedrich August Lahmsen, né
le 16 décembre 1889 à Hannover, marié à Frieda Pauline, sœur cadette
d’August le 29 avril 1913.
prisonniers all..indb 22 19/09/14 11:12:14Carnet de route d’August Scharr 23
- Heinrich Berking, né à Hanovre le 13 octobre 1882. Il est un cousin
1germain d’August, fils d’une sœur de sa mère . Il est peut être également
2le gefreiter Heinrich Berking du RIR 73 qui apparaît dans les listes des
pertes de l’armée allemande en 1915 et 1916.
3- Fritz Freudenberg un autre cousin, artilleur, rencontré à Montmirail le
5 septembre 1914. Peut être s’agit-il du même Fritz Freudenberg, originaire
ede Ebersbach, artilleur de la 7 batterie du FußArtillerie Regiment n° 19,
mentionné dans la liste n° 1176 des pertes de l’armée allemande du 26
septembre 1916, page 15093, qui indique qu’il est grièvement blessé.
Il ne mentionne pas, par contre, ses autres parents.
En particulier, il ne cite pas un autre frère prénommé Hermann
Ludwig qui pourtant appartenait au même régiment que lui. Hermann
Ludwig est né le 30 septembre 1889 à Linden, où il s’est marié le
5 octobre 1912 avec Elise Sophia Lina Käseberg.
Illustration 4 : Signatures sur l’acte de mariage des conjoints,
de Ludwig Käseberg père de l’épouse, et de Gustav Scharr, père de l’époux.
1. Il est le fils d’Anna Katharina Gerlach, épouse de Johann Heinrich Konrad Karl Berking
et sœur de Dorothée Gerlach, mère d’August. Dans l’acte de naissance de Karl Heinrich
en 1882, les parents sont dits de religion luthérienne et résidants à Hanovre, Wörthstrasse
n° 47.
2. Il figure dans la liste n° 602 du 23 juillet 1915, page 7785. Il est originaire d’Hanovre,
eGefreiter de la 11 compagnie, et est dit légèrement blessé. Il est de nouveau mentionné
dans la liste n° 1004 du 7 juin 1916, page 12818 qui précise qu’il est toujours blessé, disparu
et en captivité.
3. Ajoutons au cercle familial, un autre parent possible ou probable :
e e - Heinrich Schaar, originaire de Linden, Musketier au 77 RIR, 5 compagnie, porté sur
la liste n°114 du 17 octobre 1914, page 1405, des pertes de l’armée allemande. Il est dit
« leicht verwundet », légèrement blessé. Il est de nouveau mentionné sur la liste n° 732
du 14 octobre 1915, page 9331 sur laquelle il est toujours dit légèrement blessé. Enfin, il
apparaît sur la liste n° 1099 du 15 août 1916, page 14058, toujours légèrement blessé mais
il est cette fois sous-officier.
prisonniers all..indb 23 19/09/14 11:12:1424 Außer Gefecht – Hors de combat
eDurant la guerre, Hermann Ludwig rejoint le 73 régiment d’infante-
rie de réserve, comme tireur. Il est mentionné dans les listes des pertes de
l’armée allemande le 19 juin 1916, comme étant légèrement blessé (leicht
1verwundet) . Il décède d’une septicémie avec complications pulmonaires
2le 20 juin 1917 au Lazaret de Nordhausen et est inhumé au cimetière
Ricklingen d’Hanovre (Reihe 3 Grab 13).
August Scharr ne nomme pas non plus ses trois autres frères ni ses
quatre sœurs qui sont :
- Johann Georg Gustav Scharr, né le 21 juin 1876, marié à Louise
Henriette Sparbrot (1877-1962) le samedi 17 juin 1899 à Hannover. Le
couple a eu au moins trois enfants, Eduard Fritz né en 1899, Heinrich né
vers 1910 et Johannes né en 1912. Johann Georg est décédé en 1939.
- Marta Dorothée Marie Julie Scharr, née le mercredi 31 juillet 1878 à
Linden. Elle est décédée le vendredi 21 février 1879, à l’âge de 6 mois.
- Wilhelmine Marta Louise Scharr, née le lundi 17 septembre 1883 à
Linden.
Elle épouse Karl August Otto Seegers (1882-1965) le jeudi 29 octobre
1903 à Linden.
Le 4 mai 1911 naît leur fils August. Wilhelmine Marta est décédée le
dimanche 26 janvier 1969, à l’âge de 85 ans.
- Marie Scharr est née le samedi 28 juillet 1888 à Linden. Elle décède
le dimanche 5 août 1888, à l’âge de 8 jours.
- Frieda Pauline Scharr, née le lundi 14 septembre 1891 à Linden.
Elle s’unit le mardi 29 avril 1913 à Heinrich Friedrich August Lahmsen
(1889-1971) dit August, mentionné précédemment. Frieda Pauline est
décédée le dimanche 14 janvier 1968, à l’âge de 76 ans.
- Wilhelm Eduard Scharr voit le jour le mardi 26 novembre 1895 à
Linden. Il épouse Anna Frieda Dora Schlutter (1896-1981) le vendredi
24 décembre 1915 à Linden Le couple aura une fille Wilfriede Dorothée,
née le 27 mars 1916 et décédée en 1962.
1. Liste n° 1 018 du 19 juin 1916, page 12 989. Il est indiqué en fin de liste du RIR 73,
appartenant au Maschinengewehr-Scharfschützen-Trupp Nr. 25. Il est de nouveau
mentionné dans la liste n°1613 des pertes de l’armée allemande du 7 septembre 1917,
page 20473 : Scharr Ludwig – 30. 9. Linden – bisher verwundet, † (précédemment blessé,
décédé).
2. Son acte de décès est ainsi rédigé : « Le commandant de l’Ersatz […] de la compagnie du
eIII corps d’armée informe que le tireur appartenant aux troupes de tireurs d’élite n° 25
du Réserve Infanterie Régiment n° 73, Hermann Ludwig SCHARR, ouvrier, 27 ans (né
le 30/09/1889), de religion luthérienne, domicilié à Linden zuletzt Rotemholzweq n° 49,
né à Linden, marié à Elise Sophia Lina Käserberg, fils de défunt Gustav Louis SCHARR,
ouvrier, et son épouse Dorothea GERLACH […] Hospitalisé à Nordhausen dans l’hôpital
de Réserve, le 20 juin de 1917 dans l’après-midi à six heures quarante-cinq est décédé
d’une septicémie avec complication pulmonaire. […] Officier de l’état civil Meyer. »
prisonniers all..indb 24 19/09/14 11:12:14Carnet de route d’August Scharr 25
Wilhelm Euard est décédé le dimanche 6 février 1972, à l’âge de
76 ans.
1August a une fiancée avec laquelle il vit au n° 55 de la Göttinger
Strasse à Linden, mais dont il ne dévoile pas le nom dans son texte.
Toutefois, nous avons pu l’identifier grâce aux différentes indications
qu’il fournit. Elle se nomme Minna Berta Weiss et elle accouche d’une
fille le 2 février 1914 prénommée Frida Marie (prénoms des deux sœurs
d’August). Minna Berta ne survit que quelques jours à la naissance de
sa fille, elle meurt le 6 février 1914. Dans l’acte de naissance de l’en-
fant, August Scharr n’est pas mentionné, ce qui semble indiquer qu’il
2n’a pas reconnu l’enfant . Toutefois, il s’en occupe car lorsque Frida
Marie, d’une santé fragile, tombe gravement malade en juin 1914 et
doit être opérée, il renonce à son rêve américain pour rester auprès
d’elle. Nous ne savons rien du devenir de l’enfant durant les mois
suivants lorsqu’August quitte Hanovre et disparaît pour plusieurs
mois avant la déclaration de guerre. Nous pouvons seulement avancer
l’hypothèse d’une prise en charge de l’enfant par Dorothée, la mère
d’August Scharr qui habitait à la même adresse que son fils, mais
sans aucune certitude. L’enfant décédera quelques mois plus tard, le
8 octobre 1914.
1. August Scharr ne s’est jamais marié, il est déclaré célibataire sur son acte de décès.
2. August est-il le père de l’enfant ? Il n’est pas possible de trancher car il ne dit jamais « ma
fille » et les documents administratifs sont muets à ce sujet. Le seul indice est le choix
des prénoms de ses sœurs donnés à l’enfant.
prisonniers all..indb 25 19/09/14 11:12:1526 Außer Gefecht – Hors de combat
Illustration 4 : Composition de la famille Scharr
SCHARR Gustav Louis (1854-1914) & GERLACH Dorothée Élisabeth (1856-1930)
|__1-SCHARR Johann Georg Gustav (1876-1939) & SPARBROT Luise Henriette
(1877-1962)
| |__1.1-SCHARR Eduard Fritz (1899-1977)
| |__1.2-SCHARR Heinrich (1910/1912)
| | |__1.2.1-SCHARR Gerhard
| | |__1.2.2-SCHARR Peter
| | |__1.2.3-SCHARR Wolfgang
| | | |__1.2.3.1-SCHARR Andreas
| | | |__1.2.3.1.1-SCHARR Philipp
| | |__1.2.4-SCHARR N & N Gertrude
| | |__1.2.5-SCHARR N & FRAUENDORF N
| |__1.3-SCHARR Johannes (1912)
|
|
|__2-SCHARR Marta Dorothée Marie Julie (1878-1879)
|__3-SCHARR Friedrich Wilhelm Karl (1881-1963) & KUNZE Olga Joséphine (1885-
1950)
| |__3.1-SCHARR Fritz Gustav Hermann (1909-1982) & WEBER Frieda Erika Anna
Dorot.(1909)
|
|__4-SCHARR Wilhelmine Marta Luise (1883-1969) & SEEGERS Karl Aug. Otto
(1882-1965)
| |__4.1-SEEGERS August (1911)
|
|__5-SCHARR Ernst August Heinrich (1885-1914) & WEISS Minna Berta (1883-
1914)
| |__5.1-WEISS Frida Marie (1914-1914)
|
|__6-SCHARR Marie (1888-1888)
|
|__7-SCHARR Hermann Ludwig (1889-1917) & KÄSEBERG Elise Sophia Lina
(1891-1952)
|
|__8-SCHARR Frieda Pauline (1891-1968) & LAHMSEN Heinrich Fried. August
(1889-1971)
|
|__9-SCHARR Wilhelm Eduard (1895-1972) & SCHLUTTER Anna Frieda Dora
(1896-1981)
|__9.1-SCHARR Wilfriede Dorothée Lischen (1916-1962) & GÄVERT N
|__9.1.1-GÄVERT Waldemar
|__9.1.2-GÄVERT Volker & N Margrit
| |__9.1.2.1-GÄVERT Volker & N Ramona
| |__9.1.2.2-GÄVERT Kerstin
|__9.1.3-GÄVERT Bernd & N Sigrid
|__9.1.3.1-GÄVERT Michaël
Gustav Louis Scharr. Arbre généalogique descendant (conception hérédis)
établi grâce aux recherches effectuées par Angela et Detlef Bähre que je remercie
chaleureusement pour leur aide.
prisonniers all..indb 26 19/09/14 11:12:15Carnet de route d’August Scharr 27
Sur le plan professionnel, August Scharr appartient au monde
ouvrier. Il est devenu Kolonnenführer c’est-à-dire contremaître, dans
une usine de construction mécanique. Il s’agit probablement de l’entre-
prise Hannoversche Maschinenbau-Aktiengesellschaft, vormals Georg
1Egestorff , plus connue sous le nom de « Hanomag », qui produisait des
2locomotives avant la guerre et dont les établissements étaient situés
au n° 1 de la Göttinger Strasse à Linden, rue dans laquelle résidait
August Scharr (au 55). Il déclare bien gagner sa vie.
Illustration 5 : Entreprise Hanomag
1. Un grand merci à Ulrike Ehbrecht des archives de la ville de Göttingen qui nous a évité
de partir sur une fausse piste au sujet de la résidence de Scharr en identifiant l’hôpital
de Siloah et l’entreprise Hanomag :
« Sehr geehrter Herr Renard, die Verlobte von August Schaar (Name unbekannt) brachte im
Siloah-Krankenhaus (nicht Viloah!) in Hannover-Linden (Anschrift: Roesebeckstr. 15, 30449
Hannover) am 02.04.1914 ein Kind zur Welt. Eine Kopie der Geburtsurkunde des Kindes
bzw. der Sterbeurkunde der Mutter (Todesdatum: 06.02.1914) erfragen Sie bitte im Stadtarchiv
Hannover (Anschrift: Am Bokemahle 14-16, 30171 Hannover, E-Mail: stadtarchiv@hannover-
stadt.de). Sie entnehmen den schriftlich niedergelegten Erinnerungen des August Schaar, dass
er im 1. Weltkrieg als „Kolonnenführer auf der Maschinenfabrik“, Göttinger Str. (Göttingen?)
arbeitete. Verknüpft man die Ihnen vorliegenden Informationen miteinander, kommt man
zu dem Schluss, dass es sich nicht um eine Göttinger Firma, sondern um die „Hannoversche
Maschinenbau-Actiengesellschaft“(vormals Georg Egestorff) gehandelt haben muss, die
während des 1. Weltkriegs Lokomotiven, Geschütze und Motoren produzierte. Einzelheiten
zur Unternehmensgeschichte entnehmen Sie bitte der Anlage. Aus den Anmerkungen geht
u.a. hervor, dass die Firma zeitweilig in der Göttinger Str. 1 in Hannover-Linden unterge-
bracht war, also in dem Stadtteil Hannovers, in dem sich auch das o.g. Siloah-Krankenhaus
befindet. Für die weiteren Recherchen in Hannover wünsche ich Ihnen viel Erfolg!
Mit freundlichen Grüßen aus dem Stadtarchiv Göttingen„
2. Hanomag produira des pièces d’artillerie et des moteurs pendant la guerre.
prisonniers all..indb 27 19/09/14 11:12:1528 Außer Gefecht – Hors de combat
Toutefois il a une relation professionnelle tendue et il est mis à la
porte le 4 avril pour deux semaines. Il semble assez déprimé durant les
semaines qui suivent (…je me mis à broyer du noir, …je n’avais plus goût
au travail) et finit par démissionner le 8 juin pour préparer son départ
pour l’Amérique.
C- Un épicurien dans la tourmente
August Scharr ne cherche pas à produire un récit précis des faits
qu’il a vécus. Il présente les événements à la suite, sans jamais tenter
de les synthétiser, ni d’en évaluer la portée. En fait, il ne se pose pas
trop de questions sur le bien-fondé de ce qu’il vit et parfois subit. Il ne
montre aucun esprit critique et ne remet jamais en cause l’autorité de
ses supérieurs ni ne conteste les actions qu’ils ordonnent. La portée
intellectuelle du récit est de fait assez limitée. Son objectif semble être
simplement de conserver une trace des bons moments passés dans une
campagne harassante et si coûteuse en hommes. C’est un bon vivant,
1très débrouillard , qui aime boire et manger, un véritable épicurien qui
recherche avant tout les jouissances matérielles de la vie. Il fait allusion
à la boisson, essentiellement au vin, près de 30 fois dans son récit, à la
nourriture 25 fois, et aux femmes pas moins de 8 fois. C’est un jeune
homme dans la fleur de l’âge, il a 28 ans, qui contrôle difficilement ses
pulsions. Lorsque sa fiancée est hospitalisée, il en profite pour fréquenter
des prostituées. Ce qui lui vaut d’attraper une maladie qui le fait beau-
coup souffrir en janvier 1914, mais qui ne l’empêche pas de reprendre
une vie dissolue dès le printemps de la même année. Il avoue lui-même
son incapacité à résister à la tentation.
Il ne montre pas vraiment d’enthousiasme pour la campagne militaire,
2 3il semble plutôt résigné mais il est patriote et a le sens du devoir .
Il se présente comme un être résolument bon, qui cherche à aider son
prochain en s’interposant par exemple lorsque des civils belges risquent
4d’être pris en otage , ou en faisant libérer des prisonniers pour les rendre
1. Il se procure des moyens de transport (un vélo, un attelage avec chevaux, un âne, un
chien qui le tire dans les montées, etc.) mais aussi des vivres de toute sorte (vin, bière,
œufs, aliments variés).
2. …Ils sont tous tombés en héros pour la Mère Patrie… Il rit et dit que j’étais vraiment
fidèle… combattant pour la mère Patrie… Je répliquai que nous étions des soldats
allemands et que nous donnions notre parole.
3. …Le devoir n’est pas chose facile…
4. …Les femmes et les enfants pleuraient à chaudes larmes, cela me fit mal à l’âme… Je me réjouis
donc moi-même pour ces deux victimes innocentes que j’avais sauvées de la captivité…
prisonniers all..indb 28 19/09/14 11:12:15Carnet de route d’August Scharr 29
à leur famille. De même, il n’a jamais un mot déplaisant pour l’ennemi
1français ou anglais, qu’il transporte, soigne et dont il reçoit même des
remerciements. Cette démonstration de bonté et d’humanité est-elle
crédible ou a-t-elle une finalité ? N’oublions pas qu’il écrit son récit en
captivité et qu’il craint fortement les représailles et particulièrement la
2déportation au Maroc . Il s’autocensure volontiers lorsqu’il pense que
3son discours peut lui valoir une sanction . Toutefois, certaines remar-
ques ou assertions indirectes, et donc probablement moins contrôlées,
plaident en faveur de la générosité du personnage. Dans la mesure du
possible, il donne une sépulture à ses camarades tombés au combat ou
va fleurir leur tombe. Il met un drapeau blanc aux maisons des civils
qu’il juge généreux pour leur éviter des ennuis. Il soutient la tête d’un
blessé français durant tout le trajet qui le conduit à l’hôpital. Lorsque la
nuit est fraîche, il va chercher de la paille pour couvrir ses camarades
durant leur sommeil.
Il est, par contre, moins crédible lorsqu’il se présente, lui et ses compa-
4gnons comme de pauvres brebis égarées dans un monde cruel .
5Son caractère n’est pas toujours très accommodant , surtout lorsqu’il
6est ivre. Il se montre parfois un peu arrogant, souvent immodeste , et tend
eà l’exagération. Ainsi, il déclare que la « fière compagnie [la 12 compagnie
du RIR73] qui avait quitté la Patrie forte de 250 hommes, n’en comptait plus
7que 100 » , ce qui est très supérieur au nombre des victimes mentionnées
dans les listes des pertes de l’armée allemande, ou dans l’historique de
son régiment.
1. …Il avait une balle dans la cuisse. Je lui fis un bandage… En chemin, nous rencontrâmes
beaucoup de Français blessés, nous les portâmes pour les rassembler et les couvrîmes de
paille, leur donnâmes à manger et les bandâmes de notre mieux. Certains nous serrèrent
la main et nous remercièrent en disant « Merci Monsieur ».
2. …le plus petit débordement est puni par rien moins que cinq ans minimum de travaux
forcés au Maroc…
3. …Peut-être cela conviendra-t-il que j’explique, quand je ne serai pas tout seul… Ce que
nous avons vécu durant notre captivité, je le tairai aussi…
4. …Qu’étions-nous, nous autres pauvres soldats, face à ces obus meurtriers…Nous étions
étendus là, comme de la chair à canons et ne pouvions pas nous défendre…Nous nous
trouvions, pauvres diables, sans chef et abandonnés à notre destin.
5. …Je fus mis à la porte le 4 avril, …j’entrai en conflit avec la police et dus prendre la fuite,
pour ne pas être incarcéré… J’avais déjà eu maille à partir avec le sous-lieutenant…
j’envisageais de lui administrer une bonne correction.
6. comme je suis un grand connaisseur de vins, j’ai toujours sélectionné la meilleure
marque… larmes, que je parvins bientôt cependant, grâce à mon humour, à transformer
en joie éclatante… Rapide comme l’éclair, je descendis l’échelle… comme c’est le plus
intelligent qui cède toujours, ce fut moi…
7. Page 27 du récit.
prisonniers all..indb 29 19/09/14 11:12:1530 Außer Gefecht – Hors de combat
1Sur le plan religieux, il appartient à l’église réformée . Il est croyant,
2et nomme le Créateur à diverses reprises , il récite sa prière du soir
avant de s’endormir. Toutefois sa pratique a des limites car avant le
conflit, il vit en concubinage avec sa fiancée et ne reconnaît pas l’enfant
dont elle accouche. Mais, il est vrai qu’en Allemagne et en Autriche, le
concubinage et les naissances illégitimes se généralisent dans le dernier
etiers du XIX siècle malgré certaines dispositions juridiques comme le
« consentement au mariage ». Les salariés non propriétaires doivent,
en effet, avoir un revenu stable, une conduite irréprochable et posséder
quelques biens, pour pouvoir se marier. Remarquons tout de même que
trois de ses quatre frères se sont mariés…
D- Situation militaire de Scharr
Il appartient au RIR 73 et non à l’IR 73 comme l’indiquent le cahier et
la fiche de prisonnier. C’est par l’identification du lieutenant Sonneberg
qui apparaît dans son récit, puis grâce aux listes des pertes de l’armée
allemande que cette question sera définitivement réglée.
eIl appartient à la 12 compagnie du RIR 73. Ce régiment forme avec
e ele RIR 78 la 37 Reserve-Brigade de la 19 Reserve-Division, commandée
par le général Max von Bahrfeldt. Cette division de réserve appartient
e eau 10 corps de réserve de la 2 Armée (von Bülow)
eTableau 1 : Composition de la 19 division de réserve.
1. Dans le second cahier qui renseigne sur son hospitalisation, un « P » placé après son
identité indique qu’il est protestant.
2. …Je récitai avant ma prière du soir habituelle… le Bon Dieu avait mis un écran protecteur
devant moi… Nous nous saluâmes cordialement et remerciâmes le Bon Dieu d’être encore
en vie… Nous nous en étions remis silencieusement au Bon Dieu… Le Bon Dieu nous
avait rendus invisibles… Puisse dieu être miséricordieux envers chacun.
prisonniers all..indb 30 19/09/14 11:12:15Carnet de route d’August Scharr 31
eIllustration 6 : Organigramme du 73 régiment d’infanterie de réserve.
Extrait de l’historique du RIR 73 pages 8-9
1E- La déferlante grise, contexte général
L’auteur relate les premières semaines du conflit, depuis l’ordre de
mobilisation générale du 2 août 1914, qui le conduit à rejoindre précipi-
tamment son régiment à Hanovre, jusqu’à son départ en captivité pour
Issoudun le 14 septembre. Six semaines durant lesquelles la déferlante
grise va s’abattre sur la Belgique puis sur la France jusqu’à son arrêt
sur la Marne.
La mobilisation allemande, dont l’organisation a été minutieusement
préparée, concerna près de quatre millions d’hommes valides âgés de
217 et 45 ans , répartis en huit armées sous le commandement général
1. La présentation générale des évènements s’inspire de l’excellente mise au point proposée
par M. Selzner sur son site http://rosalielebel75.franceserv.com, et de l’ouvrage d’Henri
Ortholan et Jean-Pierre Verney, L’Armée française de l’été 1914, Bernard Giovanangeli
Editeur, Paris, 2004.
2. Le service militaire se décomposait en quatre périodes : active, réserve, Landwehr et
Landsturm. À l’âge de 17 ans, un homme pouvait être appelé à servir pour la défense du
èreterritoire (1 Landsturm). Le service était obligatoire à partir de l’âge de 20 ans, âge auquel
chaque homme entrait pour deux années dans le service actif. Après la période active,
il passait pour 4 à 5 ans dans la réserve, ce qui impliquait habituellement une période
prisonniers all..indb 31 19/09/14 11:12:1532 Außer Gefecht – Hors de combat
d’Helmut von Moltke et déployées selon un plan plusieurs fois remanié,
le plan Schlieffen.
Le plan Schlieffen, dans sa version définitive de 1905, prévoyait de
contourner le puissant système défensif mis en place par les Français le
long de la frontière de l’Est, en passant par la Belgique. L’idée maîtresse du
plan était que la frontière du nord ne pouvait opposer un sérieux obstacle à
l’envahisseur car les principaux centres (Lille, Maubeuge, Longwy) étaient
isolés, non reliés entre eux par des forts d’arrêt, et ne pouvaient donc
offrir qu’une résistance passagère. Une traversée rapide de la Belgique
permettrait donc de pénétrer facilement en France, d’en bousculer la faible
résistance et d’envelopper l’armée française par l’Ouest.
Dans cet esprit, les troupes furent fractionnées en huit armées et
réparties en trois groupes. Le groupe du Nord, avec 9 corps d’armée et
5 divisions de cavalerie aurait assurément la tâche la plus ardue, celle
d’aile enveloppante. En seconde ligne, 7 corps d’armée de réserve seraient
concentrés pour protéger l’aile droite et s’opposer aux Anglais dont le
débarquement était prévu à Anvers. Ces deux groupes devaient être
renforcés par deux corps ramenés de Lorraine. Au total, 18 corps d’armée
rassemblés avec pour mission de traverser au plus vite la Belgique, débor-
der les positions successives occupées par l’armée française sur la Sambre,
la Somme, l’Aisne, pour la couper de Paris, la rejeter dans la région de
Troyes et l’écraser enfin contre les Vosges, le Jura et la Suisse. Au centre,
6 corps d’armée et une division de réserve auraient pour mission de proté-
ger le flanc du groupe du Nord. Au sud, un dernier groupe constitué de
3 corps d’armée et de 2 divisions de cavalerie serait maintenu pour éviter
toute initiative française à partir de la position fortifiée de Verdun.
En 1906, von Moltke, lorsqu’il succéda à von Schlieffen, changea
le dispositif de l’aile droite en l’affaiblissant. Au lieu de subordonner
l’ensemble de ses opérations à l’action décisive de cette aile, il souhaitait
au préalable infliger une première défaite à l’ennemi entre Metz et les
Vosges. Entre temps, l’armée impériale s’était encore accrue de trois
nouveaux corps d’armée.
de deux semaines de formation chaque année. Après la période de réserve, il était versé
dans la Landwehr pour 11 années et enfin 7 ans dans le second landsturm. Au-delà de
45 ans, il était libéré de ses obligations militaires. Le service durant les deux dernières
epériodes (Landwehr 2 Landsturm) était effectif uniquement en cas de conflit.
Après 1900, fut créée la Réserve Ersatz, composée d’hommes aptes au service actif, mais
exemptés pour des raisons familiales ou économiques, ou pour de petits problèmes
physiques. Ils devaient servir 12 ans, durant lesquels ils étaient appelés pour trois
périodes de formation. Les hommes inaptes au service militaire étaient mobilisables dans
le Landsturm entre 17 et 45 ans.
prisonniers all..indb 32 19/09/14 11:12:16Carnet de route d’August Scharr 33
Ainsi, alors que l’état-major français s’attendait à 25 corps d’armée
sur l’aile droite, von Moltke lui en opposa 34, grâce à la mise en ligne
1immédiate des corps de réserve .
Les armées françaises furent, quant à elles, déployées selon le
plan XVII, conçu par les généraux de Castelnau et Berthelot qui prévoyait
le positionnement des armées face à la frontière de l’Est. Selon ce plan,
quatre armées seraient en premières lignes prêtes à déboucher en Alsace
et en Lorraine, une cinquième serait placée en réserve. Au cas où les
Allemands briseraient la neutralité de la Belgique, un corps de cavalerie
pénétrerait en territoire belge à l’est de la Meuse vers Charleroi pour
reconnaître et contenir les colonnes allemandes.
Très rapidement, sur l’aile droite allemande, le déséquilibre en faveur
des Allemands fut très net. Les Allemands possédaient non seule-
ment plus de canons, mais des canons de plus gros calibres, et une
artillerie mobile de siège qui n’avait pas d’équivalent chez les alliés.
Stratégiquement, les Allemands donnèrent la prépondérance au feu,
ce qui allait grandement assurer leur premiers succès. Enfin ils étaient
sous commandement unique avec un plan stratégique cohérent, alors
que les alliés avaient trois commandements distincts et ne disposaient
pas de plan opérationnel d’ensemble.
Carte 1 : Positionnement des armées le 14 août 1914
1. Pour plus de détails voir Reichsarchiv : Der Weltkrieg 1914-1918. Band 1: Die Grenzschlachten
im Westen (mit Textskizzen und 12 Karten als Beilage), Berlin, Mittler & Sohn, 1925.
prisonniers all..indb 33 19/09/14 11:12:1634 Außer Gefecht – Hors de combat
eLe général Lanrezac, qui commandait la 5 Armée située à l’aile gauche
des armées françaises, fit part à Joffre d’une menace d’encerclement par
la gauche, mais ses déclarations furent accueillies avec scepticisme. Il
obtint finalement l’autorisation de remonter vers le Nord vers Namur
et Charleroi.
eLa 5 armée Lanrezac fut durement éprouvée le 22 août à Charleroi et
dut reculer le 23 pour ne par être débordée. Ce fut le début de la longue
retraite, et ce fut aussi l’échec de la tactique française qui prônait l’offen-
sive car l’ennemi dominait sur le terrain, grâce à ses armes, mitrailleuses
en premières lignes, artillerie lourde, mais aussi par sa tactique. Les
Allemands évitaient les assauts en masse compacte et préparaient leur
action par pilonnage préalable de la zone à conquérir.
En quelques jours, la bataille des frontières fut perdue, les pertes
étaient considérables mais les troupes alliées avaient reculé en bon ordre.
La bataille d’anéantissement espérée par von Moltke n’avait pas eu
lieu. Comprenant l’ampleur de la manœuvre ennemie, Joffre décida le
25 août un repli général sur la ligne Verdun, Aisne, Laon, La Fère et la
Somme. Les armées allemandes se lancèrent à la poursuite des armées
françaises et menacèrent Paris. Elles obliquèrent bientôt vers le sud dans
l’espoir d’anéantir rapidement une armée qui semblait désorganisée et
ères’étirèrent dangereusement (en particulier la 1 armée de von Kluck).
Ayant compris le plan allemand, Joffre recula encore pour étirer encore
el’ennemi et en profita pour réorganiser ses armées. Il créa la 6 armée
epour protéger Paris et la 9 armée, confiée à Foch, pour renforcer la ligne
e edéfensive entre les 5 et 4 armées.
e 1Les contre-attaques de la 5 armée, à Saint-Quentin et à Guise
permirent à Joffre de gagner du temps et provoquèrent un nouveau
èrechangement de direction de la 1 armée allemande qui espérait prendre
1. Le point de vue allemand sur la bataille de Saint-Quentin est exposé dans l’historique du
RIR 73. Il souligne une occasion manquée, la percée vers Saint-Quentin, et les erreurs de
commandement qui conduisirent à un échec. « Le général Lanrezac n’a pas mené à bien la
tâche qui lui avait été assignée par le général Joffre en renonçant à Saint-Quentin. Lorsqu’au
esoir du 29 août, le 18 corps reçoit l’ordre de repli, le succès d’une avancée rapide des
Français sur Saint-Quentin est devenu une défaite. L’occasion est manquée. A droite et à
e egauche de la 5 armée, les autres armées françaises et les Anglais reculent. La 5 armée ne
peut pas rester longtemps au bord de l’Oise. S’il ne veut pas l’exposer à la destruction, le
général Lanrezac doit s’insérer dans le mouvement de retrait général. Il aurait été rationnel
qu’il interrompît le combat dans l’après-midi du 29 août et que l’armée se repliât. Ce général
français en a eu l’intention au soir du 29 août. Mais il ne voulait pas porter la responsabilité
d’avoir donné l’ordre de repli et il demanda au commandement en chef de l’armée française.
Le général Joffre n’était pas là. Il semblerait que l’ordre de repli vers Laon ait été envoyé
dans la nuit au général Lanrezac, mais qu’il ne soit pas arrivé. C’est ainsi que le général
français prit la résolution de poursuivre un combat, dont il ne croyait plus depuis la veille
à midi aux chances de succès » (historique régimentaire du RIR 73, page 81).
prisonniers all..indb 34 19/09/14 11:12:16Carnet de route d’August Scharr 35
à revers et envelopper l’armée Lanrezac vers Reims. Mais, ce faisant,
eelle prêtait ainsi le flanc à la 6 armée de Maunoury.
e eProfitant de cette opportunité, les 6 et 5 armées, entraînant avec
elles le corps expéditionnaire anglais attaquèrent le 6 septembre. Ce
1 efut le début de la bataille de la Marne . Au centre, la 9 armée Foch et la
e4 armée de Langle de Carry durent contenir la poussée ennemie. Les
Allemands furent surpris mais résistèrent à la pression alliée. Von Kluck
chercha à déborder Maunoury par le nord et pour ce faire préleva deux
corps de son aile gauche, agrandissant ainsi la brèche entre son armée
eet celle de von Bülow (2 armée). La cavalerie britannique s’y engagea
timidement au départ puis franchit la Marne à la Ferté-sous-Jouarre.
Craignant d’être pris à revers par les Britanniques, von Kluck dut recu-
ler s’éloignant ainsi plus encore de von Bülow qui dut rétrograder à
son tour, entraînant un mouvement général de repli des autres armées
allemandes.
Le 11 septembre, les alliés avancèrent prudemment et n’exploitèrent
pas véritablement la situation. von Bülow se retira derrière la Vesle à
l’est de Reims tandis que von Kluck qui avait franchit l’Aisne s’établit
en défensive. Joffre voulait déborder les Allemands par la gauche mais
Maunoury fut très vite arrêté par von Kluck. French fut bloqué à son
etour tandis que la 5 armée fut contrainte à l’arrêt au nord de Reims. La
bataille de la Marne avait pris fin.
F- Propagande et non-dit
August Scharr est-il victime de la propagande, qui distille des discours
sécuritaires face à l’agression de civils embusqués, ou des fables grotes-
2ques concernant la férocité des Français ? Cela ne fait aucun doute , mais
son aveuglement n’est pas total. Il est conscient des débordements et
des exactions commis par ses compatriotes qu’il évite soigneusement
de mentionner dans son récit.
1. Le 6 septembre, Joffre déclarait : « Au moment où s’engage une bataille dont dépend
le sort du pays, il importe de rappeler à tous que le moment n’est plus de regarder en
arrière. Tous les efforts doivent être employés à attaquer et à refouler l’ennemi. Une
troupe qui ne peut avancer devra, coûte que coûte, garder le terrain conquis et se faire
tuer sur place plutôt que de reculer. Dans les circonstances actuelles aucune défaillance
ne peut être tolérée. »
2. Sa conviction d’une participation active des civils belges aux combats n’est pas vraiment
surprenante en soi. Par contre qu’il accrédite d’une manière si naïve les divagations et
les clabaudages sur l’extrême férocité des Français laisse perplexe « s’ils nous avaient
trouvés, ils nous auraient attachés devant la gueule du canon et nous auraient tiré un obus
à travers le ventre, faisant un trou si grand que le soleil aurait pu passer à travers… »
prisonniers all..indb 35 19/09/14 11:12:1636 Außer Gefecht – Hors de combat
Il est convaincu de la participation des civils aux combats dans
1Charleroi . Il en est d’autant plus convaincu qu’il affirme avoir été la
victime de francs-tireurs. Ainsi lors d’une perquisition dans une cave,
un civil lui tire dessus et le manque. Il le fait sortir, le remet à ses compa-
gnons artilleurs qui le fusillent immédiatement. Est-ce un cas isolé, nous
ne pouvons l’affirmer, mais il renforce la thèse de la présence effective
de civils parmi les combattants.
Durant plusieurs décennies, la mise en récit des massacres et la
question des francs-tireurs ont été deux préoccupations importantes
de l’historiographie de la Grande Guerre. Récemment, une excellente
synthèse sur cette question a été proposée par Aurore François et Frédéric
2Vesentini . Ces auteurs fournissent un argumentaire très convainquant
sur l’origine des massacres et sur les conditions psychologiques qui
déterminèrent le comportement des envahisseurs. Leur réflexion se base
3en premier lieu sur l’œuvre de Fernand Van Langenhove , dont Marc
4Bloch soulignait « la rare intelligence » et la perspicacité . Cette œuvre,
1. … les troupes traversant la ville en défilant, essuyèrent des coups de feu tirés par des
civils… Un soldat avait été abattu par derrière par des civils sur le pont… un Belge fut
également tué par ses compatriotes…
2. François Aurore, Vesentini Frédéric, « Essai sur l’origine des massacres du mois d’août
1914 à Tamines et à Dinant », Cahiers d’Histoire du Temps Présent/Bijdragen tot de Eigentijdse
oGeschiedenis (CHTP/BEG), Bruxelles, n 7, 2000, p. 51-82.
3. Van Langenhove Fernand, Comment naît un cycle de légendes, francs-tireurs et atrocités en
Belgique, Paris, 1917.
4. Bloch Marc, « Réflexions d’un historien sur les fausses nouvelles de la guerre », Revue
de synthèse historique, t. 33, 1921. « […] l’étude de M. Fernand van Langenhove […]
On ne saurait le lire sans émotion ; en tout temps la rigueur de sa méthode et la rare
intelligence psychologique qui y brille en eussent fait une œuvre de prix ; mais ce qui
la rend proprement admirable, c’est qu’elle ait été écrite en 1917, par un Belge […] A
l’origine, nous rencontrons un état d’âme collectif. Le soldat allemand, qui, la guerre à
peine commencée, entre en Belgique, vient d’être tout a coup enlevé à ses champs, à son
atelier, à sa famille, ou du moins à la vie réglée de la caserne ; de ce dépaysement soudain,
de ce brusque déchirement des liens sociaux essentiels naît déjà un grand trouble moral.
Les marches, les mauvais logements, les nuits sans sommeil fatiguent à l’extrême des
corps qui n’ont pas encore eu le temps de s’assouplir à ces dures épreuves. Combattants
novices, les envahisseurs sont hantés de terreurs d’autant plus fortes qu’elles demeurent
nécessairement assez vagues ; les nerfs sont tendus, les imaginations surexcitées, le sens
du réel ébranlé. Or ces hommes ont été nourris de récits relatifs à la guerre de 1870 ; dès
leur enfance on leur a rebattu les oreilles des atroces exploits prêtés aux francs-tireurs
français ; ces contes ont été répandus par le roman et par l’image ; des ouvrages militaires
leur ont conféré une sorte de garantie officielle ; plus d’un manuel que les gradés ont dans
leur sac enseigne comment on doit se conduire envers les civils rebelles ; c’est donc qu’il
y en aura. La résistance des troupes belges, l’hostilité de la population belge étonnent
profondément l’Allemand du commun ; il ne croyait faire la guerre qu’aux Français ; le
plus souvent il ne connaît pas la réponse du gouvernement de Bruxelles a l’ultimatum du 2
août ; s’il la connaît il ne la comprend pas ; sa surprise se change aisément en indignation ;
il croit volontiers capable de tout le peuple qui ose se dresser devant la nation élue. Ajoutez
enfin que dans les esprits traînent à l’état de souvenirs inconscients, une foule de vieux
prisonniers all..indb 36 19/09/14 11:12:16Carnet de route d’August Scharr 37
remise à l’honneur récemment par Alan Kramer, se trouve en rupture
1avec l’ensemble des travaux publiés pendant la guerre car, pour la
première fois, plutôt que de rapporter des cas de massacres, l’auteur a
tenté de comprendre les faits et leurs causes.
Les auteurs soulèvent une première question essentielle : les allé-
gations allemandes émises dès le début des massacres visaient-elles à
légitimer des exactions commises, ou relevaient-elles d’une croyance,
voire certitude, des soldats et officiers dont elles émanaient ? Fernand
Van Langenhove avait, dès 1917, souligné la vulnérabilité des soldats
allemands face au mythe des francs-tireurs porté par une littérature
abondante, mais aussi face au conditionnement intellectuel distillé
2au travers de manuels en usage dans l’armée allemande . Ainsi, aux
premiers jours de l’invasion, la tactique des alliés faite de combats d’ar-
rière-garde, d’embuscades ou d’escarmouches allait plonger les troupes
allemandes dans une situation d’angoisse devant un ennemi souvent
invisible et le moindre fait insolite, le moindre incident relevait dès lors
tout naturellement de la responsabilité de francs-tireurs.
Quant aux violences exercées sur des civils, les auteurs rappellent
justement qu’elles s’insèrent dans le processus de totalisation caracté-
ristique de la Grande Guerre. Elles seraient liées à un franchissement
motifs littéraires, – tous ces thèmes que l’imagination humaine, au fond très pauvre,
ressasse sans cesse depuis l’aurore des âges : histoires de trahisons, d’empoisonnements,
de mutilations, de femmes crevant les yeux des guerriers blessés, que chantaient jadis
aèdes et trouvères, que popularisent aujourd’hui le feuilleton et le cinéma. Telles sont
les dispositions émotives et les représentations intellectuelles qui préparent la formation
légendaire ; telle est la matière traditionnelle qui fournira à la légende ses éléments.
Pour que la légende naisse, il suffira désormais d’un événement fortuit : une perception
inexacte, ou mieux encore une perception inexactement interprétée […] ».
1. Dans un premier temps, la production littéraire a consisté en une compilation méticuleuse
des témoignages. Les documents officiels produits par les autorités belges s’inscrivent
également dans le débat consacré à l’étendue des atrocités commises en Belgique et à la
réfutation de la thèse des francs-tireurs. En janvier 1915, un premier compte rendu officiel
paraît au Havre. Il sera suivi de nombreux rapports de la commission belge d’enquête sur
la violation du droit des gens en Belgique . L’Allemagne dépêche à son tour des enquêteurs
sur le terrain, et publie les résultats de ses recherches dans le fameux Livre blanc du 10
mai 1915, qui consacre officiellement la thèse des francs-tireurs (Die völkerrechtswidrige
Führung des belgischen Volkskriegs, s.l., 1915).
2. Le Kriegsgebrauch im Landkriege, paru en 1902, préconisait par exemple de « se protéger
contre les attaques qui peuvent venir des habitants, employer sans aucun égard tous les
moyens d’intimidation nécessaire : c’est là, il va sans dire, non seulement un droit mais
un devoir pour le commandant de l’armée » (page 50). « La présence de femmes, enfants,
vieillards, blessés et malades dans une ville bombardée peut hâter la reddition de la
place : ce serait par conséquent, une véritable folie chez l’assiégeant que de renoncer à
cet avantage » (page 20), et encore « les prisonniers peuvent être tués en cas de nécessité
s’il n’y a pas d’autre moyen d’assurer sa propre sécurité » (page 16).
prisonniers all..indb 37 19/09/14 11:12:1638 Außer Gefecht – Hors de combat
1de seuils susceptibles d’amener des « hommes ordinaires, dans des
2circonstances qui ne le sont pas, à des accès de violence inouïe » .
Inspirés par la modélisation des mécanismes menant à l’agression
3interpersonnelle, élaborée par Léonard Berkowitz , Aurore François et
Frédéric Vesentini ont recensé une série de facteurs qui peuvent expli-
quer le comportement des Allemands vis-à-vis des populations civiles :
les stimulations aversives, les facteurs de prédisposition ainsi que l’in-
fluence des phénomènes de groupe et d’exercice de l’autorité.
Essayons de préciser ces concepts. Les stimulations aversives sont
en fait un ensemble de facteurs situationnels déplaisants qui condui-
sent à une réponse agressive. Quels sont ces facteurs ? Le premier est
sans doute un profond sentiment de frustration vécu par les militaires
allemands devant le refus du gouvernement belge de céder le passage,
et face à la résistance de l’armée belge. Ajoutons à cela, le sentiment
d’impuissance des soldats confrontés à la stratégie d’embuscades et
de repli des armées franco-belges, conjugué à l’angoisse d’affronter un
ennemi invisible. Un autre élément de poids est assurément le contexte
de compétition, concept cher aux psychologues, qui exacerbe un senti-
ment de supériorité de l’envahisseur face aux populations envahies,
génère mépris et indifférence, et parfois même plaisir devant la douleur
du soumis. La souffrance vécue, qu’elle soit physique (la faim, la soif
ou encore la fatigue) ou bien psychologique (la mort d’un compagnon,
le traumatisme d’une blessure) est un autre facteur aggravant. Enfin,
dernier facteur stimulant, la réponse agressive que justifie la transgres-
sion par l’ennemi d’une norme établie (combat injuste des civils).
4Les facteurs de prédisposition. En premier lieu, l’abus d’alcool qui
est un facteur biologique puissant, dont le rôle majeur est souligné dans
5nombre de témoignages , à la fois par la démesure des émotions qu’il
provoque, mais aussi par le facteur disculpant qu’il représente pour
les auteurs des méfaits. Autre terreau favorable, la possession d’armes
1. Je renvoie aux travaux des historiens de la culture de guerre et en particulier à l’article
fondateur de Stéphane Audoin-Rouzeau et Annette Becker, « Violence et consentement :
la culture de la guerre du premier conflit mondial », in J.-P. Rioux & J.-F. Sirinelli (dir.),
Pour une histoire culturelle, Paris, 1997.
2. Op. cit. p 58.
3. Berkowitz L., Aggression. Its causes, consequences and control, New York, 1993.
4. L’alcool est susceptible de modifier la perception du réel et d’en fournir une interprétation
tout à fait erronée, qui a pour conséquence première une disproportion des émotions
ressenties, émotions qui se répercuteront de manière tout aussi excessive au niveau
comportemental. Il semble que la consommation abusive d’alcool, outre l’accroissement
démesuré des émotions reposant sur un discernement erroné, tend en outre à déculpabiliser
l’auteur d’un méfait qui entame souvent un processus de rejet de la culpabilité sur la
boisson.
5. Les allusions à l’alcool sont très nombreuses dans le récit d’August Scharr.
prisonniers all..indb 38 19/09/14 11:12:16Carnet de route d’August Scharr 39
qui décuple le sentiment de puissance, phénomène bien connu des
1psychologues . La situation d’anomie complète dans laquelle se trou-
vent les combattants est aussi un élément susceptible d’influencer les
2comportements .
Le dernier aspect fondamental qu’il faut évoquer pour comprendre
les atrocités est l’influence du phénomène de groupe et de l’exercice de
l’autorité. L’effet de groupe en matière décisionnelle a été minutieu-
sement décrit par Janis, de sorte que ce phénomène porte désormais
3le nom d’effet Janis et peut être résumé ainsi : lorsque le groupe est
amené à prendre une décision, il étouffe toute pensée critique pour
sauvegarder sa cohésion, l’individu se sentant d’autant moins coupable
que la responsabilité est fragmentée entre tous les membres du groupe.
Certaines conditions prédisposent les soldats à l’effet « Janis » : une
cohésion élevée du groupe, un isolement par rapport au corps social,
l’absence de méthode clairement définie concernant la tâche à accomplir,
un leadership très directif (ordres des officiers), et une situation globale
anxiogène ou stressante (ensemble de stimulations aversives).
Nous savons depuis les expériences de Milgram qu’une majorité des
sujets surestiment leur capacité d’autonomie par rapport à un ordre
donné, et ne sont guère conscients des excès qu’ils peuvent atteindre
en matière de comportements violents. « Sans qu’intervienne aucun
sadisme, la simple passion d’obéir et la soumission à l’autorité trans-
4forment des individus pas particulièrement pervers en tortionnaires . »
Cette interprétation est une des clés qui permet de comprendre la
quasi-absence d’actes de désobéissance aux ordres de la part des
soldats qui pourtant ont souvent témoigné du regret d’avoir dû agir
de la sorte.
Comment August Scharr se situe-t-il par rapport aux exactions
commises ? Le non-dit, dans son récit, est parfaitement évident
lorsqu’il s’agit de l’utilisation des civils comme bouclier humain lors
de la traversée de Charleroi. Des allusions indirectes nous permettent
5de comprendre qu’il participe à ces opérations et des témoignages
1. Je renvoie aux travaux de Berkowitz.
2. À l’issue de la mobilisation générale décrétée dans la plupart des pays d’Europe, tous les
liens sociaux disparaissent, en même temps que s’effondrent les normes fondamentales
au profit d’autres règles qui obligent des hommes qui n’y sont pas préparés, à tuer.
3. Janis I et Mann L., Decision making : a psychological analysis of conflict, choice and commitment,
New York, 1977.
4. Michaud Y., La violence (Que sais-je ?, n° 2251), nouvelle éd., Paris, 1998, p. 91.
5. …nous entrâmes dans la maison et en sortîmes le père et le fils de la cave. On les emmena
comme prisonniers ; le fils était innocent et fut relâché plus tard ; le père fut tué par une
balle française dans la ville suivante…
prisonniers all..indb 39 19/09/14 11:12:1640 Außer Gefecht – Hors de combat
d’habitants nous confirment qu’il s’agit bien d’exactions commises
par son régiment. Ainsi parmi les déclarations recueillies par Victor
1Vande Vonder auprès de nombreux habitants présents à Charleroi lors
de l’invasion allemande, celle de l’ingénieur Cailleaux, directeur de la
chaudronnerie de la chaussée de Gilly, est particulièrement éloquente,
même si elle présente manifestement quelques exagérations : « …
Vers 11 heures, une infanterie nombreuse s’avança vers le centre de
Montignies : fut-elle attaquée par les Français ; on vit ces troupes rétro-
grader, à quelques centaines de mètres de la chaudronnerie Cailleaux
“Véritas”, et envahir les campagnes, les champs en face de cette usine :
les hommes se mirent au repos. Entre midi et une heure, fut intimé
l’ordre en avant, l’on vit apparaître à la place du Centre les premiers
efantassins du 73 régiment de réserve, ils défilèrent pendant une heure,
précédés de civils : le bouclier vivant qui protège ce groupe, composé
de 1000 prisonniers, est entouré d’une corde et gardé aux quatre
coins par des soldats. Afin d’empêcher les Français de faire sauter le
pont, les Feldgraven massent sur le tablier de droite, un contingent de
civils… Plus tard, quand le tour viendra pour le charrois de traverser
la Sambre, on éprouvera la sécurité du pont, en y faisant circuler, aller
et retour, des voitures d’habitants réquisitionnées en cours de route
pour le transport des approvisionnements […] Soudain, un officier
lance un coup de sifflet : c’est le signal d’une tiraillerie aveugle, qui se
répercute de compagnie en compagnie et provoque dans les rangs des
soldats le désarroi et la panique… Quelle est la cause de cette stupide
fusillade ; faut-il la voir dans les combats que Français et Allemands se
livraient à Couillet ; il n’y avait plus un seul Français dans la commune,
et, devant l’appareil formidable de l’armée ennemie, pas un seul civil
n’eût osé, même s’il en avait eu le moyen, faire acte de révolte : depuis
une heure de l’après-midi – car la fusillade commença vers 6 heures –
Montignies était occupé par les Prussiens, et le défilé ininterrompu des
soldats n’avait fait qu’augmenter l’impression de terreur. Ce furent, en
tout cas, d’inénarrables scènes de meurtre et de désordre : effrayés, les
chevaux se cabrent et veulent s’enfuir, les hommes, pris de panique ne
sachant à quel ennemi s’en prendre, perdent la tête, tirent au hasard,
2se blessent ou se tuent mutuellement , ils s’attaquent aux civils, qu’ils
1. Ces témoignages sont proposés par le Cercle d’Histoire de la ville de Gilly, sur le site de
la ville de Gilly www.gilly.be.
2. Dans l’historique du RIR 73, les auteurs signalent ces instants de panique ou de désarroi
« On tire. L’enduit des murs saute. Ce nuage de poussière est pris pour la fumée de
poudre d’un tir provenant d’une maison. Des cris d’effroi. Des tirs dans tous les sens.
A plusieurs reprises, on touche les siens. On croit qu’ils sont atteints par l’ennemi »
(Historique régimentaire, page 36).
prisonniers all..indb 40 19/09/14 11:12:16Carnet de route d’August Scharr 41
brutalisent et fusillent à bout portant. Bientôt, sur toute l’étendue de
la chaussée de Gilly jusqu’à 100 mètres de la rue des Audouins et au
centre de Montignies, les flammes de l’incendie, que traverse partout
une fumée âcre et suffocante, rendent les rues impraticables, et favo-
risent la confusion de l’armée… »
August Scharr n’évoque aucune brutalité envers la population qu’il
rencontre, bien au contraire, il s’interpose lorsque la violence ne lui
semble pas justifiée. Il n’utilise jamais son arme, semble t-il, si ce n’est
une fois, pour tirer sur un ennemi supposé… qui se révèle être un gros
chat assoupi près d’une fenêtre. Plusieurs récits témoignent en effet de
1la non-violence de soldats qui tentèrent parfois de s’interposer ou de
protéger des civils. Scharr était-il l’un d’eux ? Ou du moins tente t-il ne
nous en convaincre dans son récit. Il participe, par contre, très volontiers,
au pillage des endroits qu’il traverse car il en a reçu la permission de la
2part de ses supérieurs .
G- Captivité d’August Scharr à Issoudun
August Scharr est capturé le samedi 12 septembre à Dormans. Il est
incarcéré à Château-Thierry le lendemain puis le lundi 14 septembre,
il est conduit en train vers Paris. De là il sera évacué vers Issoudun, sa
destination finale.
Nous n’évoquerons pas ici les conditions de détention d’August
Scharr car ce thème sera repris dans la seconde partie de ce
volume consacrée aux prisonniers allemands détenus et soignés à
Issoudun.
1. Notamment lors des massacres de Dinant, Aurore François et Frédéric Vesentini citent
dans leur « Essai sur l’origine des massacres du mois d’août 1914 à Tamines et à Dinant »
les témoignages d’Auguste Borrelly, Julia Bulens, Mathilde Delaey et M. Dony (Archives
de l’évêché de Namur, Fonds Schmitz et Nieuwland, boîtes 101-104) qui dépeignent les
tentatives de certains soldats de venir en aide aux civils.
2. … Nous avions la permission d’entrer dans toutes les maisons et d’y prendre tout ce
dont nous avions besoin… Une immense cave à vin fut découverte et vidée de son
contenu… nous avions la permission d’entrer dans les magasins et d’y prendre tout…
J’entrai dans le magasin et pourvus aux besoins de mes camarades. Je pris autant de vin
que j’en pouvais porter… Je m’arrêtai ensuite devant le prochain magasin et chargeai
le ravitaillement que je pus trouver… Je trouvais, à ma plus grande joie, cent litres de
bière…
prisonniers all..indb 41 19/09/14 11:12:1642 Außer Gefecht – Hors de combat
Illustration 7 : Fiche de prisonnier d’August Scharr.
prisonniers all..indb 42 19/09/14 11:12:17Carnet de route d’August Scharr 43
H- Disparition d’August Scharr
Selon le cahier de l’hôpital mixte d’Issoudun, August Scharr est hospi-
1 2talisé le 21 octobre et décède le 10 novembre 1914 de la fièvre typhoïde .
Par contre, sa fiche de prisonnier indique qu’il est entré à l’hôpital, non
pas le 21 octobre, mais un mois plus tôt, le 21 septembre, avec comme
symptômes 40° de température et diarrhée. Il est décédé le 10 novem-
bre, déclaré « typhique » dans le cahier. Selon sa fiche de prisonnier, il
serait mort des suites de ses blessures et de la fièvre typhoïde. August
3Scharr ne fait aucune allusion à une éventuelle blessure dans son récit.
Serait-elle postérieure à sa capture ?
Illustration 8 : Notice concernant August Scharr dans l’historique du RIR 73.
Il n’est pas possible de trancher de manière définitive sur la date
d’hospitalisation mais nous pouvons avancer quelques hypothèses qui
penchent plutôt en faveur du 21 octobre. En effet, s’il est hospitalisé le
21 septembre, cela signifie qu’il a été contaminé quelques jours avant
sa capture car le délai d’incubation de la fièvre typhoïde est de deux
semaines environ. Mais alors quand écrit-il son récit ? Durant les deux
semaines qui précèdent son hospitalisation, ou plus vraisemblablement
durant son séjour à l’hôpital. Dans ce cas, on peut supposer qu’il a écrit
au début de son hospitalisation car la fièvre typhoïde, provoque très
rapidement un état physique qui rend la rédaction d’un récit très difficile
(maux de tête, fièvre, douleurs abdominales, diarrhée, état de stupeur
1. Et non le 10 novembre 1915 comme l’indique son acte de décès enregistré à Hanovre.
2. Il est dit typhique sur le cahier de l’hôpital, ce qui signifie qu’il est atteint soit de la fièvre
typhoïde, soit du typhus.
3. Une autre source évoque une blessure. En effet, selon l’historique du RIR 73, August
Scharr aurait été blessé au Moncets (Igny-Comblizy) le mercredi 9 septembre 1914.
prisonniers all..indb 43 19/09/14 11:12:1744 Außer Gefecht – Hors de combat
et d’abattement extrême), la calligraphie s’en trouverait assurément
altérée, ce qui n’est pas le cas.
Par contre, s’il entre à l’hôpital le 21 octobre comme l’indique le cahier,
il a alors eu plus d’un mois pour composer son texte. Cette chronologie
paraît plus plausible, d’une part parce qu’il y a très peu d’erreurs dans
1les dates d’entrée et sortie dans le cahier et d’autre part parce qu’une
épidémie de fièvre typhoïde (ou de typhus) se déclare effectivement
dans le camp d’Issoudun entre octobre et décembre 1914 (une tren-
taine de soldats sont hospitalisés selon le cahier et au moins 5 d’entre
eux décèdent de cette maladie). Il serait alors assez logique de penser
qu’August Scharr a écrit son récit avant d’entrer à l’hôpital ; il ne parle
d’ailleurs jamais de son hospitalisation dans le récit.
Toutefois, une des dernières phrases de son texte semble indiquer
qu’il l’a rédigé au sortir du camp d’Issoudun car il écrit que « ce que nous
avons vécu durant notre captivité, je le tairai aussi », formulation qui
laisse supposer un changement d’état dans sa condition de prisonnier,
or son seul changement connu est son passage du camp à l’hôpital.
En fait, cette phrase fait partie d’un des derniers paragraphes du
récit et on peut alors faire l’hypothèse d’une rédaction en deux temps :
dans un premier temps, il rassemble ses souvenirs durant les semaines
d’incarcération au camp d’Issoudun, puis une fois entré à l’hôpital, il
finalise son texte, d’où l’homogénéité de l’écriture et l’absence de ratures,
en y ajoutant quelques remarques finales dans un second temps.
Cette hypothèse est renforcée par la présence d’un dernier chapi-
tre différent des précédents, qui ne concerne pas son épopée depuis la
mobilisation mais relate des événements antérieurs (survenus dans la
première moitié de l’année 1914) et qui concernent la vie profession-
nelle et privée de Scharr (naissance de sa fille, mort de sa fiancée). La
structure du cahier est en effet étonnante à cet égard car après avoir
raconté son épopée militaire (août-septembre 1914), il revient en arrière
et raconte sa vie à Hanovre durant la première moitié de l’année 1914,
pour développer un thème qui lui est cher : l’année 1914 a été pour lui
2« l’année de l’horreur » : il narre la mort de sa fiancée, ses problèmes
de santé liés à la fréquentation des filles légères, et ceux très graves de
sa fille, puis les difficultés professionnelles qui vont le pousser à quitter
son emploi.
Un dernier élément nous permet de cerner la période de rédaction.
Il s’agit de la référence que fait August Scharr à l’envoi de prisonniers
1. Toutes les dates d’entrée à l’hôpital mentionnées dans le manuscrit du docteur Picard
sont rigoureusement les mêmes que celles que l’on retrouve sur le cahier de l’hôpital
mixte d’Issoudun.
2. C’est le titre qu’il donne à son chapitre.
prisonniers all..indb 44 19/09/14 11:12:17Carnet de route d’August Scharr 45
allemands au Maroc. Les premiers envois eurent lieu au début d’oc-
tobre 1914, ce qui situe l’écriture de son récit dans la seconde moitié
du mois d’octobre et confirme l’hypothèse d’une rédaction qui aurait
commencé au camp de prisonniers et pour se terminer au début de son
hospitalisation.
Un acte de décès a été rédigé le jour même du décès à la mairie
d’Issoudun.
« 10 novembre, August Scharr, âgé de 29 ans, n° 223, prisonnier de
guerre.
Le mardi dixième jour du mois de novembre mil neuf cent quatorze à six
heures du matin, Auguste Scharr, né le trente un octobre mil huit cent
quatre vingt cinq, dans la province de Hanovre (Allemagne), soldat de
deuxième classe au soixante treizième régiment d’infanterie allemande,
douzième compagnie, matricule 217, fils de feu Gustave Scharr et de
Gerlach Dorothea, est décédé à l’hôpital mixte sis en cette ville faubourg
de la chapelle du P. Dressé le dix novembre mil neuf cent quatorze à deux
heures du soir sur la déclaration de Louis Marly, âgé de cinquante cinq
ans et de Emile Morain, âgé de cinquante huit ans, commissionnaires à
l’hospice de cette ville, y domiciliés, faubourg de la chapelle du pont,
qui, lecture faite, ont signé avec nous Clément Gourie, adjoint délégué
par Monsieur le maire de la ville d’Issoudun »
[Signatures : Marly, Gourie, Morain]
prisonniers all..indb 45 19/09/14 11:12:1746 Außer Gefecht – Hors de combat
Illustration 9 : Acte de décès enregistré à la mairie d’Issoudun le 10 novembre 1914.
Typhus ou fièvre typhoïde ?
August Scharr meurt-il du typhus ou de la fièvre typhoïde ? La
réponse n’est pas assurée même si la probabilité qu’il soit atteint de
fièvre typhoïde est très forte au regard des statistiques. En effet, en
France, durant la première année de guerre, près de 7800 décès de fièvre
typhoïde sont constatés au sein des armées de l’intérieur (hors front)
1contre 8 seulement pour cause de typhus .
La fièvre typhoïde est due à une bactérie de la famille des salmonel-
les. La durée de l’incubation est d’environ 15 jours, avec apparition de
fièvre élevée associée à des troubles digestifs. Au-delà de cette période,
apparaît le tuphos, c’est-à-dire un état de stupeur. La fièvre typhoïde,
rare au cours de l’été 1914, commença à se répandre durant la guerre
2de mouvements et devint une véritable épidémie avec la stabilisation
du front (provoquée essentiellement par la souillure des eaux). Grâce à
1. Monographie du Ministère de la Guerre, Statistique médicale, données de statistique relatives à
la guerre de 1914-1918, Paris, Imprimerie nationale, 1922. Cette monographie est conservée
aux archives de l’ APHP (hôpitaux de Paris) sous la cote 338 PER 14. Un grand merci à
Laurent Provost pour avoir exhumé cette magnifique publication.
2. De septembre 1914 à mai 1915 on comptabilisa 65 748 cas de fièvre typhoïde.
prisonniers all..indb 46 19/09/14 11:12:17Carnet de route d’August Scharr 47
la vaccination généralisée en 1915, le nombre des décès chuta à moins
de cinquante au cours des trois années suivantes.
Le typhus, parfois connu sous le nom de fièvre militaire, est dû, quant
à lui, à une bactérie appartenant à la famille des Rickettsies dont le
vecteur est le pou (typhus exanthématique). L’incubation est de 12 jours.
Elle se caractérise par une fièvre très élevée en plateau, des éruptions
e« maculeuse » plus ou moins importante au bout du 5 jour, un état
d’agitation, de délire ou d’hébétement.
August Scharr repose dans la nécropole allemande de Nampcel dans
l’Oise où son corps a été transféré en décembre 1963.
Illustration 10 : Tombe d’August Scharr à Nampcel.
Photo Michel Chevalier
prisonniers all..indb 47 19/09/14 11:12:17prisonniers all..indb 48 19/09/14 11:12:17II
Récit d’August Scharr
1[Page 66] Das Schreckensjahr 1914
Am letzten Tage im alten Jahre 1913 kam meine Braut ins Krankenhaus
« Siloha ». Sie hatte schwere Lungenentzündung, schon mehrere Monate
krank und seit Mai 1913 in keiner Krankenkasse. Ich hatte eine gute
Stellung als Kolonnenführer auf der Maschinenfabrik und verdiente
ganz schönes Geld, daß ich alles für uns beide bestreiten konnte. Ich
brachte meine Braut selbst ins Krankenhaus und mußte ihr verspre-
chen, daß ich mich anständig betragen und kein Sylvester feiern wolle.
Ich versprach es auch, aber leider habe ich kein Wort gehalten. Die
Verführung ist zu groß, ich wohnte damals in der Göttingerstraße, es
konnte mir dort aber nicht gefallen, und ging in das andere Viertel.
[Page 67] Hier traf ich bald die lustigste Gesellschaft und war bald im
Jubel der Großstadt versunken. Mit mehreren Damen verlebte ich einen
glücklichen Sylvester und um 2 Uhr nachts ging ich alleine mit den
besten Vorsätzen nach Hause. Ich war nicht betrunken und hatte das
Beste im Willen, aber leider ging alles schief in diesem Jahre und es
schien ein richtiges Unglücksjahr über mich hereinzubrechen. So war
es auch. Ich werde hier nur die Hauptsachen verzeichnen, die kleinen
Ärgernisse werde ich nicht mit aufführen.
1) Am 31. Dezember kam meine Braut ins Krankenhaus, um nie
wiederzukehren.
2) Am 5. Januar liefen sämtliche Zahlungen ein an rückständigen
Alimenten, es war ein Betrag von 995 M. Von da ab bekam ich nur noch
[Page 68] 15 M. die Woche ausbezahlt, alles was darüber war, wurde
abgezogen.
3) Ich hatte ein gemütliches Heim bei meiner Braut gehabt, nun daß
sie fort war, hatte ich keine Lust mehr abends im Hause zu bleiben,
1. Ce chapitre est en fait le dernier dans le cahier d’August Scharr, mais il nous a semblé
préférable de rétablir la chronologique des événements.
prisonniers all..indb 49 19/09/14 11:12:1750 Außer Gefecht – Hors de combat
wurde leichtsinnig, ergab mich dem Trunke, den Vergnügungen und
schwärmte mit jungen Dirnen umher. Auch hierüber blieb die Strafe
nicht aus, ich hatte mir eine schwere Krankheit zugezogen und ging in
ärtzliche Behandlung. Am 15. Januar fuhr ich nach der medizinischen
Klinik in Göttingen und mußte furchtbare Schmerzen aushalten ; an
Gewicht nahm ich 23 Pfund ab. Am 2. Februar bekam meine Braut
ein kleines Mädchen. Sie wurde hierdurch sehr schwach und während
das Kind am Leben blieb, starb meine Braut am 6. Februar. Ich kam
nun in schwerkranken Zu- [Page 69] stande auf Urlaub von Göttingen
und geleitete sie zur letzten Ruhestätte am 10. Februar. Sie ruht nun in
Frieden und hat alles überstanden. Am 11. Februar fuhr ich wieder nach
Göttingen und machte hier noch eine schwere Zeit durch. Am 4. April
wurde ich entlassen und nahm am 15. April meine Arbeit wieder auf.
Ich wurde jetzt sehr mißmutig, die Arbeit wollte nicht mehr schmecken
und ich legte sie am 8. Juni wieder nieder. Ich hatte jetzt Geld genug
und schmiedete den Plan, mit einem jungen Mädchen nach Amerika zu
fahren. Es war schon alles vorbereitet, da wurde das Mädchen sehr krank
und mußte eine Operation überstehen, welche auch glücklich verlief.
Diese Sache dauerte auch eine Zeitlang, ich geriet in- [Page 70] zwischen
wieder in leichtsinnige Hände und lebte in Saus und Braus. Während
dieser Zeit kam ich mit der Polizei in Conflickt und mußte, um nicht
eingesperrt zu werden, die Flucht ergreifen. Ich fuhr ins Rheinland und
Westfalen, verbrachte hier 4 Wochen und lebte herrlich und in Freuden,
hatte ich doch Geld genug bei mir. Am 2. August wurde Mobil gemacht
und der Kriegsruf erscholl durch die ganze Welt. Ich fuhr sofort per
Schnellzug nach Hannover.
Mobilmachung am 2. August 1914
[Page 1] Eintritt am 6. August 1914. Mittag 1 Uhr, Abmarsch von
Hannover am 8. August abends ½ 11 Uhr vom Weidendamm. Sonntag
den 9. August Ankunft in Euskirchen um 4 Uhr. Fußmarsch nach Salzvei,
daselbst in Quartier. Am 10. Fußmarsch nach Tösen, daselbst Quartier.
Am 11. Fußmarsch nach Tall br. Am 12. nach Elsenbrurn, am 13. über-
schritten wir die Belgische Grenze und marschierten mit Sang und Klang
durch die herrliche Stadt Spah, eine wunderschöne, mit großen Anlagen
und schönen Villen bebaute Stadt. Die Bewohner alles sehr hübsche und
gut gekleidete Leute, machen gerade einen sehr ängstlichen, aber doch
feindlichen Eindruck. Später nach uns durchmarschierende Truppen
erhielten von den Civilisten mehrfach Feuer, daher kam es, daß die
prisonniers all..indb 50 19/09/14 11:12:17Carnet de route d’August Scharr 51
herrliche Stadt in einigen Stunden [Page 2] nur noch einem Feuermeere
glich und nur einem wüßten Trümmerhaufen, der Tausende und aber-
tausende von blühenden Menschen in sich barg. Kurz vor Belgien hatten
die Soldaten ungeheure Alleen gefällt und den Deutschen kollosale
Hindernisse bereitet. Aber die Pioniere haben mit großer Anstrengung
alles beseitigt und uns den Weg frei gemacht. Wir Deutschen marschier-
ten tapfer drauf los und erwarteten nun bald das erste Gefecht mit
unseren Mordwaffen, da wir doch schon im feindlichen Lande waren.
Aber wir sahen nichts. Überall wo wir hinkamen, hatten unsere tapferen
Soldaten « die junge Recroute » schon alles glatt gemacht. Tausende von
Belgiern waren schon gefangen genommen und viele Gefechte hatten
hier schon den Schrecken der Verwüstung zurückgelassen. Ganze Dörfer
und Städte waren schon verwüstet, verbrannt oder durch die Artillerie
vollständig zerschos [Page 3] sen. Viele tote deutsche Soldaten lagen hier
und da mit einem schlichten Erdhügel bedeckt, mit einem schlichten,
von den Kameraden angefertigten Holzkreuz mit der Aufschrift : « Hier
starb den Heldentod fürs Vaterland u. s. w. Wir machten hier Halt und
hatten Zeit genug, die Gräber mit Blumen zu schmücken. Ein Soldat,
der direkt am Bahngeleise einer Station beerdigt lag, war hinterrücks
von der Brücke von Civilisten erschossen. Ich holte 4 Lampen aus dem
Stationsgebäude, zündete sie an und stellte sie auf das Grab. Wenn die
Lampen keiner ausgemacht hat, dann mögen sie jetzt noch brennen. Wir
kamen auch an Lüttich vorbei, eine mächtige Festung. Auch die war
schon von deutschen Soldaten eingenommen und alles zerstört ; ganze
Wälder mit mächtigen Bäumen waren wie die Strohhalme zerknickt.
Sämtliche umliegenden Dörfer waren zerschossen, überall wo wir hinka-
men, waren die [Page 4] Bewohner geflohen und hatten Hab und Gut
zurückgelassen, um nur ihr nacktes Leben zu retten. Wir kamen hier nur
noch in Massenquartieren, in große Scheunen, zur Vorsicht auf einen
Überfall. Wir hatten strengen Befehl, alles niederzuschießen, was uns
nur verdächtig vorkam, oder Miene zu machen, auf uns zu schießen.
Wir durften in jedes Haus eindringen und durften uns nehmen, was wir
brauchten, zum Beispiel : Wäsche, Esswaren und den schönsten Wein,
welcher hier in keinem Hause fehlt und überall in Menge vorhanden ist.
Wir hatten überhaupt in Belgien ein schönes Leben, Essen und Trinken
in Hülle und Fülle. Die schönsten Oberhemden wurden hier getragen
und nie stießen wir auf Widerstand. Sämtliche Häuser, woraus die Leute
geschossen hatten, waren in Brand geschossen. Die Leute, die gut waren
und die deutsche Soldaten gut behandelt hatten, war von den Soldaten
[Page 5] vor die Haustür geschrieben « Schonung, gute Leute » und die
Regiments-Nummer des betreffenden Regiments. Dann wußten wir
Bescheid und kamen den Leuten auch sehr freundlich entgegen, aber
prisonniers all..indb 51 19/09/14 11:12:1752 Außer Gefecht – Hors de combat
wehe, wenn aus einem Hause ein Schuß fiel, dann wurde kein Pardon
genommen, alles nieder brennend verließen wir den graußigen Ort.
Jetzt kamen wir in eine grosse Stadt, Saaraink. Wir waren totmüde
und kamen in einem großen Schloß in Quartier. Wir bekamen gut zu
Essen und zu trinken. Als wir uns schlafen legen wollten, kam der
Befehl, um 9 Uhr abends zur Bewachung eines großen Schlosses und
einer großen Hängebrücke, die über die Maas führte. Das Schloß war
ein ungeheuer großes Gebäude ; von hier aus wurde der ganze belgische
Kriegsplan geleitet, denn hier hatte der Generalstab seinen Sitz gehabt
und wurde von deutschen Truppen gefangen genommen.
[Page 6] Nun bestand die Gefahr, daß das ganze Schloß in die Luft
gesprengt würde durch ein unterirdisches Kabel. Jetzt gingen wir los,
holten sämtliche Belgier heran, bewaffneten sie mit Hacke und Schaufel
und nun begann das Arbeiten. Sie mußten um das ganze Schloß herum
einen tiefen Graben machen um die unterirdischen Kabel zu finden. Die
Belgier wurden mit geladenen Gewehr bewacht und zur größten Eile
angetrieben, lagen doch unsere Kompagnie und viele deutsche Offiziere
in dem Schloß. Wir dachten jeden Augenblick, wir flögen in die Luft,
aber endlich wurde das Kabel gefunden und durchschnitten. Ein lauter
Jubel durchbrach die Reihen, die Belgier wurden entlassen und wir
hatten Zeit genug, das Schloss zu durchstöbern. Ein mächtiger Weinkeller
wurde entdeckt und seines Inhaltes beraubt. Des Morgens beim
Abrücken sah man manche schwankende Gestalt, und mit
Tornisterbeschwe- [Page 7] rung, um unterwegs dem Magen noch einen
kühlen Trunk anzubieten. So ging es immer weiter, bis der Befehl kam,
wir marschierten jetzt durch eine große Industriestadt und würden hier
großen Widerstand finden, es würde aus den Häusern geschossen . Wir
kamen zur Bedekkung der Artillerie und hatten unser Augenwerk auf
die Fenster der Häuser. Wo sich etwas blicken ließ, wurde weggeknallt,
es machte wirklich Spaß, wir durften in die Läden und holten alles raus,
was wir brauchten. Kaks, Schokolade, Wein, Cigarren, Cigaretten, alles
was wir fanden, ging mit. Hier eroberte ich auch ein neues Fahrrad.
Jetzt ging es durch eine Fabrikstraße und erhielten Feuer. Ich hatte nun
mein Fahrrad an einen Kameraden abgegeben. Jetzt sauste eine Kugel
meinem treuen Kameraden namens Fritz Scharnhorst an dem Kopfe
vorbei, welcher aus einem Kellerloch abgegeben wurde. Mein Ka-
[Page 8] merad und ich in das Haus und holten Vater und Sohn aus dem
Keller. Sie wurden als Gefangene mitgeführt, der Sohn war unschuldig
und wurde später entlassen, der Vater wurde in der nächsten Stadt, wo
wir ein Straßengefecht hatten, von den Franzosen erschossen. Hier
wurde auch ein Belgier von seinen Landsleuten erschossen, der gerade
im Begriff war, seine Pfeife zu stopfen. Hier war es auch, wo ich meinen
prisonniers all..indb 52 19/09/14 11:12:18Carnet de route d’August Scharr 53
ersten Schuß abgab, wir kriegten Feuer, wir stürmten in einen Hof. Da
hörten wir Schüsse aus dem Nebenhofe, hier war auch ein Kamerad bei
mir, der mir erzählte, daß er bei meinem Bruder Fritz im Hause wohne
und mich auch kenne. Ich sagte ihm, ich hätte jetzt keine Zeit und rief
: « Kameraden, die Planke umreißen und in den Nebenhof ». Ich guckte
ins Fenster, welches mit Gardinen behangen war. Hier sah ich ein paar
große Augen, in der Annahme, es sei ein Belgier legte ich an [Page 9]
und mitten durch den Kopf getroffen, fiel der vermeindliche Belgier zu
Boden. Jetzt schlug ich mit dem Kolben das Fenster ein und stieg hinein.
Jetzt sah ich, was ich ausgerichtet hatte, vor dem Fenster stand eine
Nähmaschine mit dem Kasten oben drauf und eine Decke. Hier hatte
ganz friedlich ein großer Kater gesessen. Ich hatte kaum das Schauspiel
überblickt als unser Leutnant in die Stube stürzte und fragte, wer
geschossen hätte. Ich erzählte den Vorfall und lautes Gelächter brauste
durch die ganze Kompagnie und noch manches Mal wurde über diesen
Vorfall gelacht. Jetzt kamen wir an einen Marktplatz, hier war ein großes
Geschäft, ich nahm mein Rad und ging in den Laden und sorgte für
meine Kameraden. Ich holte so viel Wein, als ich tragen konnte und fuhr
dann meiner Kompagnie nach, welche ich am Ausgange der Stadt
wieder erreichte. Die Kompagnie machte gerade Halt und ich wurde
von meinen Kameraden [Page 10] - jubelnd empfangen. Ich fing an zu
verteilen, es war der beste Cognak, und da ich ein guter Weinkenner
bin, habe ich stets die beste Marke ausgesucht. Einige Flaschen hatte
ich noch im Brotbeutel, jetzt entstand ein Wirrwarr und unheimlich
pfiffen uns die Kugeln nun (durch) die Köpfe. Als erster fiel unser
Oberst, welcher das Regiment führte. Ein Unteroffizier neben mir gab
mir gerade die Flasche zurück und hatte den letzten Trunk in seinem
Leben gemacht, er fiel um und war in die ewigen Jagdgründe hinüber-
befördert. Ich wußte nicht, was los war, da wurde mein schönes Rad
zertrümmert, ich merkte jetzt erst, daß ich keine Jalousie vor mir hatte
und habe schnell verschwinden müssen in eine Nebenstraße. Hier stand
ganz bleich im Gesicht mein treuer Kamerad Fritz. Ich freute mich, daß
wir wieder zusammen waren, aber leider, er mußte bei den Gefangenen
bleiben, er sagte mir, daß eben der Vater auch [Page 11] mit erschossen
wäre. Ich sagte, mein Rad wäre eben zerschossen, ich lief die Straße
hinauf, oben an der Kirchhofsmauer lag unsere Kompagnie. Ich trank
unser’m Leutnant zu, da erdröhnte einige Schritte von uns der erste
Kanonenschuß. Wir schreckten alle zusammen, einem Unteroffizier half
ich, die schweren Artilleriegeschoße zu den Geschützen tragen, mehrere
Kameraden folgten mir. Dann sagte der Oberleutnant von der Artillerie
: « Ihr Infanteristen, dort aus dem Hause ist soeben geschossen worden,
holt mal die Kerls heraus ». Wir ins Haus, fanden aber nichts. Aus dem
prisonniers all..indb 53 19/09/14 11:12:1854 Außer Gefecht – Hors de combat
Fenster konnten wir sehen, daß die Infanterie in Schützenlinie vorging.
Wir gingen jetzt in den Keller, hier war alles dunkel. Ich ging voran, bin
aber kaum einige Schritte im Keller, da fiel ein Schuß und mir zwischen
den Beinen, nur ein kleines Loch in der Hose zurücklassend. Ich gab
sofort Feuer in den dunklen Keller, traf aber nichts. Wir holten uns eine
Lampe, durchsuch- [Page 12] ten alles und fanden einen Kerl und vier
Weiber. Wir gaben sie der Artillerie ab, der Mann wurde erschossen und
die 4 Weiber wieder in Freiheit gesetzt. Als wir wieder auf die Straße
kamen, wurden wir vom nahen Walde her mächtig beschossen, wir
lagen jetzt mit vier Mann vor einem Hause, in dem sich nichts regte.
Jetzt kam eine andere Kompagnie und warf Steine gegen das Fenster.
Als nicht gleich geöffnet wurde, zertrümmerten sie die Haustür. Da
öffnete ein Mann dieselbe und jetzt sah ich ein Bild, welches ich nie
vergessen werde. Die Soldaten wollten hinein ins Haus und alles
zertrümmern, weil nicht gleich geöffnet wurde. Ich sprang dazwischen
und sagte, daß aus dem Hause nicht ein einziger Schuß gefallen wäre,
ich läge hier schon über eine Stunde mit 3 Kameraden. Es half nichts,
der Vater und der Schwiegersohn wurden herausgeholt und Mutter
und Tochter [Page 13] hingen an den Beiden, als wollten sie sich nicht
mehr loslassen. Die Weiber und Kinder weinten bitterlich, das tat mir
in der Seele wehe und ich versprach ihnen, nur ruhig zu sein, ich wollte
die Beiden wieder haben, welches mir auch mit leichter Mühe gelang,
denn im Garten lag die betreffende Kompagnie. Ich ging sofort zum
Oberleutnant, welcher die betreffende Kompagnie führte und sagte, er
möge doch die Beiden wieder frei lassen, sie hätten nichts gemacht, ich
hätte bereits eine Stunde vor dem Hause gelegen. Der Oberleutnant
sagte, dann nehmen sie sofort die Beiden wieder mit. Ich freute mich
selbst über die unschuldigen Opfer, daß ich sie von der Gefangenschaft
errettet hatte, wenn sie auch nichts gemacht haben, so werden sie doch
von den Truppen mitgeführt und erst einem höheren Offizier vorge-
führt, der darüber entscheidet, ob sie erschossen werden sollen, oder
nicht. Aber die meisten fallen durch die Kugeln [Page 14] ihrer eigenen
Landsleute. Als ich nun mit den Beiden wieder zurückkam, war der
Jubel groß. Die Weiber herzten uns und küssten mich und die Kinder
hingen wie die Kletten an mir. Wir tranken einige Flaschen Bier, den
Wein ließen wir stehen. Wir wurden zum Essen eingeladen, aber wir
durften es nicht und nach innigem Abschied verschwanden wir im
Kriegsgetümmel. Es wurde allmählich dunkel und ich suchte meinen
treuen Kameraden auf, der jetzt noch mehr Gefangene hatte und sich
auf einem Hofe hinter einer Wirtschaft ganz gemütlich eingerichtet
hatte. Wir tranken einige Flaschen Wein und warteten der Dinge, die
da kommen sollten. Da kam der Befehl « Sammeln » und ich schloß
prisonniers all..indb 54 19/09/14 11:12:18Carnet de route d’August Scharr 55
mich dem Gefangenentransport an, welcher 21 Mann stark war. Nun
ging es zur nächsten Stadt, wo wir unsere Kompagnie wieder antrafen.
Ich führte die Gefangenen unser’m Oberleutnant vor. Ein Unteroffizier
und 10 Mann mußten [Page 15] bei den Gefangenen Wache halten, und
wir aßen uns noch mal ordentlich satt. Jetzt ging ich und mein Kamerad
in ein Haus und begehrten Eintritt, es waren nur 2 junge Frauen im
Hause. Wir fragten, wo ihre Männer wären, da weinten sie und wir
konnten sie nicht verstehen. Nach Durchsuchung des Hauses fanden
wir ganz auf dem Boden versteckt die beiden Männer und jeder hatte
ein kleines Mädchen auf dem Arme. Eins der Kinder streckte mir gleich
die Arme entgegen und lachte vor Freude, während die Männer am
ganzen Körper zitterten. Ich nahm sofort das Kind auf den Arm und
trug es hinunter zu den Frauen, welche nicht wenig erschreckt waren,
als ich mit dem lachenden Kinde herunterkam. Mein Kamerad kam
sofort nach und brachte die anderen mit herunter. Die ängstlichen Leute
wunderten sich, daß die deutschen Soldaten so gute Leute wären, sie
hätten gedacht, wir hätten sie alle geschlachtet. Die Kinder wollten nicht
wieder von uns und [Page 16] die Leute holten alles her, was sie hatten.
Bald waren wir in der schönsten Stimmung, wir sangen, scherzten und
lachten, ich machte eine weiße Flagge und steckte sie aus dem Fenster.
Dieses ist ein Zeichen für alle deutschen Truppen, daß dort friedliche
Leute wohnen, denen wird kein Haar gekrümmt. Jetzt wurde Alarm
geblasen und wir mußten Abschied nehmen, ohne daß wir geschlafen
hatten. Schnell hatten wir unsere Mäntel angezogen. Die Frauen hatten
sich schon bis über die Ohren in uns verliebt, denn sie halfen uns mit
anziehen, füllten unsere Feldflaschen mit süßem Kaffee. Auch brachten
sie uns vor die Tür. Nun kam das schönste, welches ich hier nicht
verzeichnen will. Das Kommando « Angetreten » ließ uns verschwinden
und hinaus ging’s in die dunkle Nacht. Es war ein Sonntagmorgen, als
ich auf freiem Felde erwachte und neben mir lag der brave Leutnant
Färber, welcher genau wußte, daß ich für ihn durchs Feuer [Page 17]
ging. Ich hatte schon manches Hühnchen mit dem Leutnant zusammen
gerupft. Ich war von den Offizieren der Kompagnie überhaupt sehr
angesehen und habe später oft die Gelegenheit gehabt, mit unseren
Offizieren von einem Teller zu essen und manche Flasche Sekt geleert.
Jetzt wurde die erste Gruppe vom zweiten Zuge, zum Wegtransport
eines schwer verwundeten Franzosen ins Lazareth, kommandiert. Wir
legten ihn in eine Zeltbahn und trugen ihn ins nächste Dorf, wo eine
Droschke stand. Wir luden ihn auf dieselbe, ich setzte mich zu ihm und
stützte seinen Kopf. Nach Ankunft im Lazareth kam der Oberstabsarzt,
schlug die Zeltbahn zurück, ein Blick, dann sagte er : « Der Mann ist
tot ». Er war unter meinen Händen ins Jenseits hinübergegangen. Das
prisonniers all..indb 55 19/09/14 11:12:1856 Außer Gefecht – Hors de combat
war der erste Franzose, den ich gesehen habe, in seiner [Page 18] roten
Hose und seinem blauen Rock. Wir gingen ins nächste Haus und begehr-
ten uns zu waschen. Einige junge Mädchen brachten sofort alles zur
Stelle, auch gaben (sie) uns Kaffee und Milch. Wir dankten und gingen
gleich zurück durchs Feld zu unserer Kompagnie. Unterwegs fanden
wir viele tote deutsche Soldaten, wir nahmen sie mit. Sie wurden alle
in eine Reihe gelegt, es waren über 20 Mann und 1 Oberleutnant namens
Rode. Die ersten Gefallenen. Wir haben sie alle beerdigt, stumm und
ohne ein Wort zu sagen, ging die Sache vor sich, keine Träne wurde
vergossen, kein Abschiedswort wurde gesprochen. Ein trauriges Bild
war es, fern von der Heimat, auf freiem Felde unter schlichtem Erdhügel.
Da liegen sie, mit durchschossenen Köpfen und halten den Schlaf der
Gerechten. Sie alle starben den Heldentodt für’s Vaterland, fern von der
Heimat, in frem- [Page 19] den Lande, fern von ihren Lieben daheim,
von Eltern, Geschwistern, von Frau und Kindern. Sie alle sehen nie im
Leben ihre Lieben wieder und werden nie die Gräber der tapferen
Soldaten finden. O wie schrecklich war dieser Anblick, dachte ich doch
sofort an das Begräbnis meines lieben Vaters, und an die Trähnen, die
dabei vergossen wurden. Da hieß es, an die Gewehre und fort ging es
in Eilmarschen, um wieder neue Morde auszuführen. Jetzt kamen wir
an die Stelle, wo die Franzosen ihre (feindliche) Stellung hatten. Hier
lagen die Rothosen wie gesät, zu Hunderten.
Wir waren jetzt mit den Belgiern fertig und der Sieg war unser. Jetzt
ging’s durch Frankreich und ich hatte mir zu meinen Patrouillengängen
einen schönen Hund zugelegt, ausgerüstet mit Säbeltroddel und
Erkennungsmarke. Etwas hatte ich immer, sogar ein Esel [Page 20] hat
mir drei Tage treue Dienste geleistet. Etwa ½ Stunde vor der franzö-Etwa ½ Stunde vor der franzö-
sischen Grenze traf ich meinen Schwager August. Wir unterhielten
uns kurze Zeit, dann ging es weiter. Mein Hund zog mich halb mit,
besonders, wenn es bergauf ging. Beim « Marsch, Marsch » des näch-
sten Gefechts lief der Hund mir vor die Füße und ich schlug einen
kunstgerechten Saldo. Ich sprang auf, band ihn von meinem Koppel los
und unter Innebehaltung seines Lohnes machte er noch eine unsanfte
Berührung mit meinem Stiefel. Ich hatte ihn, unter großem Gelächter
meiner Kameraden, aus dem preußischen Dienste entlassen. Es ging
weiter und wir kamen an eine Brücke mit Schleußen. Hier lagen zwei
französische Dampfer, welche sofort in Beschlag genommen wurden.
Alles wurde untersucht und was drin war, wurde herausgeholt. Natürlich
gab es von den Bewohnern der Schiffe vie- [Page 21] le Trähnen, welche
ich jedoch durch meinen Humor bald in lauter Freude umwandelte.
In einem solchen Dampfer wohnen mehrere Familien, darunter sehr
hübsche Schiffermädchen. Als sie das Lachen und Scherzen sahen,
prisonniers all..indb 56 19/09/14 11:12:18Carnet de route d’August Scharr 57
lachte alles mit. Ich bekam gebratene Fische und hatte mir auch, zum
Gaudium der Offiziere, eine schöne Braut angeschafft. Ich erhielt nach-
her den Befehl, mit 8 Mann die Dampfer besetzt zu halten. Ich verlangte
meinen Kameraden Fritz, welcher mir von meinem Kompagnieführer
auch sofort geschickt wurde. Die Freude war groß für uns Beide. Die
Mädchen hatten Angeln für uns gemacht und wir wollten den Mädchen
das Fische fangen lernen. Wir hatten uns zu früh gefreut. Die Pioniere
hatten Sprengpulver in den Dampfern gefunden. Ob die Dampfer
vernichtet sind, weiß ich nicht.
Ein mächtiger Kanonendonner verkün- [Page 22] dete uns, daß ganz
in der Nähe ein grosses Gefecht stattfinden mußte. Wir bekamen auch
sofort Befehl zum Abrücken und im Laufschritt ging es die Straße hinun-
ter. Hier führte uns der General selbst ins Gefecht, an meiner Seite mein
treuer Kamerad. Mutig ging es vorwärts und manche blaue Bohne sauste
an uns vorbei. Die Kugeln pfiffen ihr bekanntes Lied, aber immer
vorwärts ging es mit Todesverachtung. Nach zwei Stunden war der Sieg
unser, und ein glänzender Sieg war es. Wir erbeuteten ein englisches
Geschütz und nahmen 800 Engländer gefangen. Die Dunkelheit brach
herein und Hunderte von toten Engländern bedeckte das Schlachtfeld.
Es war ein furchtbares Bild, auch nicht ein Engländer ist entkommen,
entweder gefangen oder verstümmelt. Tausende von aufgepflanzten
Seitengewehren lagen mitten auf der Straße. Hier schnappte ich noch
einen englischen Offizier. Er hatte einen [Page 23] Schuß im Oberschenkel.
Ich verband ihn und nahm ihm die Sachen ab. Besonders wertvoll waren
die französischen Kriegskarten, welche ich am Abend im Quartier, in
einer Wirtschaft meinem Kompagnieführer ablieferte, welcher sich sehr
dazu freute. Hier war es, wo ich ein besonderes Lob erhielt und manche
Flasche Sekt mit unseren tapferen Offizieren trank. Der Oberleutnant
sagte noch : « Es ist gediegen, der Schaar sucht nur Quartiere in
Restaurants ». Ich sagte ihm, daß ich immer Durst hätte und was ich
am Tage versäumte, hole ich des Abends wieder nach. Er lachte und
meinte, ich wäre wirklich treu. Nach nochmaliger Revision des Hauses
hatte ich noch einen Schinken gefunden, welchem es schlecht erging.
Da nun unsere Kompagnie gute Dienste geleistet hatte, wurde sie zur
Bewachung der gefangenen Engländer kommandiert. Dies Anerbieten
lehn- [Page 24] te unser Führer ab, mit dem Bemerken, er wolle mit seiner
Kompagnie im Gefecht bleiben. Unsere Offiziere gingen ran wie Blücher,
aber dies mußten sie alle mit dem Heldentode büßen. Ein allgemeines
Murren entstand unter den Kameraden, kannten sie doch alle das
unheimliche Pfeifen der Geschosse. Jeder dachte daran, daß er schon
genug mitgemacht hatte und gerne die gefangenen Engländer nach
Deutschland transportiert hätte. Es sollte nicht sein, « Muß ist eine harte
prisonniers all..indb 57 19/09/14 11:12:1858 Außer Gefecht – Hors de combat
Nuß». Wir marschierten zur Stadt hinaus, ringsum hatten die Franzosen
ihre Stellungen eingenommen, alle umliegenden Wälder und Höhen
waren besetzt und ein mörderisches Feuer wurde eröffnet. Gleich dem
Krachen und Rollen des Donner’s sausten die Geschosse, Granaten und
Schrapnells über uns hinweg. Wir schwärmten aus und manche
Kompagnie folgte uns. [Page 25] Vorwärts ging es in den schwersten
Kampf, denn wir hatten doch keine Artillerie bei uns, was waren wir
armen Soldaten gegen diese mörderischen Geschosse. Es war an einem
Sonnabend morgen und nie werde ich dieses Schauspiel vergessen, das
Feuer hielt den ganzen Tag an. Wir mußten vorwärts, half doch alles
nichts. Das Kommando « Sprung auf Marsch, Marsch » ertönte und
fürchterliche Lücken wurden in unsere Reihen gerissen. Hier flogen
Arme, Beine und Köpfe umher, mit weit aufgerissenen Leibern lagen
hier die Kameraden umher und schrieen : « Schießt mich tot, hört ihr
nicht ». Mein Kamerad lag neben mir. Ein Stück von der Granate flog
direkt vor uns hin. Er wollte mir es reichen, ließ es aber sofort wieder
los, denn es war glühend heiß. Wir hatten uns vor Angst mit den Händen
ein Loch in die Erde gewühlt, der Feind sollte denken, wir wären längst
abgeschossen, lagen wir [Page 26] doch nur als Kanonenfutter da und
konnten uns nicht wehren. Jetzt bekamen wir Flankenfeuer, gleichzeitig
erdröhnten deutsche Kanonen. Wir atmeten auf, ich rief den Offizieren
zu, daß wir Flankenfeuer bekämen. Das Donnern der Kanonen übertönte
das Kommando des Offiziers. Es war auch das letzte aus seiner Kehle,
denn ein Schrappnell zerriß ihm die Brust. Jetzt verloren wir wenigen
Soldaten auch den Mut. Da wurde auch schon unserem tapferen Leutnant
Sonnenberg von einer Granate der Kopf abgerissen, dies war der schnei-
digste Offizier, den ich meiner Gertrud gezeigt hatte. Nun liefen wir
armen Bengel führerlos umher und unserem Schicksal allein überlassen,
flüchteten wir in eine Scheune. Wir waren kaum drinnen, da endeckte
ich ein Nest mit Eiern, welche wir gierig austranken, denn dies war das
erste, was wir den Tag genossen hatten. Da sauste auch schon eine
Granate [Page 27] in das Dach, wir verschwanden eiligst in einen
Hohlweg, hier waren wir vorläufig geborgen. Die Dunkelheit brach an
und es wurde zum Sammeln geblasen. Die Kompagnie trat an, aber
oh’weh, von der « Stolzen Kompagnie », die mit 250 Mann die Heimat
verlassen hatte, waren nur noch 100 Mann nach. Wir schliefen, wie
immer, nach jedem Gefecht unter freiem Himmel, zufrieden, wenn wir
nur etwas Stroh hatten. Am nächsten Sonntag fand wieder ein großes
Gefecht statt und da unsere Soldaten nicht mehr vermochten, den
Tornister zu tragen, holte ich und mein Kamerad einen großen Wagen,
4 Pferde und einen Bauern. Wir luden die Tornister auf, mein Kamerad
und der Bauer führten die Pferde und da ich keinen Pferdeverstand
prisonniers all..indb 58 19/09/14 11:12:18Carnet de route d’August Scharr 59
habe, übernahm ich das Amt als Bremser. Dies Manöver ging einige
Stunden ganz gut, hier und da traf ich einen verwundeten Soldaten,
welche ich mit [Page 28] auf den Wagen nahm. Alle klagten über Hunger
und Durst. Ich versprach in der nächsten Stadt für alles zu sorgen, was
mir auch gelang. In einer Straße wurde Halt gemacht, ich ging auf der
Suche nach einem schönen Wagen. Ich hatte bald einen gefunden und
ein schönes Pferd dazu. Dann fuhr ich vor das nächste Geschäft und
lud Proviant auf, was ich nur finden konnte, unter anderem noch über
hundert Flaschen Wein. Wir stärkten uns und weiter ging die lustige
Fahrt, hatte ich doch bald meinen Wagen voll verirrte Soldaten. Die
Weinkiste wurde immer (voller) leerer, ich beförderte ein halbes Dutzend
in den Graben, denn die meisten Soldaten hatten sich schon angetrun-
ken, sie fingen schon an zu singen. Ich hatte den Vorgesetzten stramm
gemeldet, es wäre ein Krankenwagen, aber es war mehr ein Schützenfest-
[Page 29] wagen. Ich war kaum eine halbe Stunde gefahren, als ein
Kamerad querfeldein auf den Wagen zugehumpelt kam, er erkannte
mich und gab an, von meiner Kompagnie zu sein, er hätte sich verirrt
und könnte die Kompagnie nicht wieder finden. Ich müßte ihn doch
kennen, er wohne bei meinem Bruder Fritz im Hause. Dies zog, und ich
lud ihn ein, neben mir Platz zu nehmen. Ich hörte Heimatsklänge von
Eltern und Geschwistern, wir hatten uns viel zu erzählen und waren
zuletzt so tief in unser Gespräch und in unsere Weinflaschen vertieft,
daß ich nicht weiß, wie wir auseinander gekommen sind. Nur erinnere
ich noch, daß ein Gefreiter den Platz einnehmen wollte, wo mein
Kamerad saß. Dies gab ich nicht zu. Er wollte die Sache melden, wir
wären alle besoffen. Eine Backfeige ließ ihn verschwinden, er fand sich
jedoch gleich [Page 30] mit dem Bagage-Unteroffizier wieder ein. Der
Gefreite bekam den Befehl, den Wagen weiter zu führen. Ich lud die
Weinkiste auf den großen Tornisterwagen und es wurde weitergetrun-
ken. Wir fuhren durch eine brennende Stadt, ich saß neben meinem
Kameraden auf dem Pferde und wir sangen ein schönes Liedchen vor
uns hin. Hinter der Stadt wurde Halt gemacht und ich spekulierte, dem
Gefreiten eine gehörige Tracht Prügel zu verabreichen, aber er war nicht
zu finden. Ich suchte meinen Kameraden wieder auf, legte mich auf den
Wagen und schlief ein. Als ich wieder erwachte, standen die Wagen auf
einem Stoppelfeld. Ich stand auf, ließ die Wagen stehen und ging in die
nächste Stadt. Ich hatte einen schweren Kopf und die Fahrerei hatte ich
auch satt. In der Stadt lag meine Kompagnie und ich mel- [Page 31] dete
mich beim Feldwebel. Ganz erfreut teilte er mir mit, daß heute Ruhetag
wäre, ich wäre jedenfalls schonungsbedürftig, mir würde der Arm wohl
wehe tun von dem vielen Flaschen aufziehen. Gleichzeitig bedankte er
sich, weil ich die Feldküche so reichlich mit Wein versorgt hatte. Ich
prisonniers all..indb 59 19/09/14 11:12:1860 Außer Gefecht – Hors de combat
suchte mir ein Quartier, natürlich nur in Restaurants. Hier traf ich
meinen Kameraden wieder, der bei Fritz im Hause wohnte. Ich durch-
suchte gleich den Keller und fand zur großen Freude hundert Liter Bier.
Es wurden nur « Lindener Jungens » eingeladen, welche dann auch bei
mir wohnen konnten. Dies war wieder mal ein schöner Tag, nachmittags
gingen wir zum Baden und machten gleichzeitig eine Kahnpartie. Am
anderen Morgen ging es in Eilmärschen weiter, wir mußten alle Kräfte
hergeben. Von morgens früh bis abends spät mußten wir [Page 32]
marschieren, jeden Tag 60 - 70 Kilometer. Unser Proviant ging aus und
wir mußten « Kohldampf schieben ». Die Franzosen waren im Rückzug
und wir mußten sie verfolgen. Parole war, wir mußten sie totmarschie-
ren. Dies war auch ganz gut, denn sie ließen tausende von
Artilleriegeschoßen im Stich. Eine ganze Woche ging es so, keine
Gefechte. Endlich am 4. Tag mittags, machten wir vor einem Berge Halt
und blieben dort bis zum anderen Morgen liegen, welches uns sehr
bekam. Dann ging es weiter bis mittags, wo wir an einem großen
Weinberge liegen blieben. Da wir hier bis zum Abend liegen blieben,
ernteten wir die Weintrauben um den Franzosen die Arbeit abzuneh-
men. Der Besitzer wird sich wundern, daß die Ernte in diesem Jahre
nur für deutsche Soldaten bestimmt war. Der Der Abend kam und wir mars-
chierten [Page 33] durch eine Stadt. Das Blitzen und Einschlagen der
Kanonen verstummte allmählich und ließ gleichzeitig erkennen, daß
hier eine große Schlacht gewesen war. Die Artillerie hatte hier Lagerfeuer
brennen. In der Dunkelheit rief ich einen Kanonier an, was hier für
Truppen gekämpft hätten und erhielt die Antwort, Vierundsiebziger.
Gleichzeitig erkannte ich in dem Kanonier meinen Cousing Fritz
Freudenberg. Er hatte Zeit und ich nahm ihn mit nach meiner Kompagnie.
Er erzählte mir, daß über hundert 74er gefallen seien und viele
Verwundete in der Stadt untergebracht wären. Wir verabschiedeten uns
und sahen uns nicht wieder. Mein Cousing Heinrich Berking hatte mehr
Glück, er blieb schon in Belgien zurück. Er wurde Fußkrank und wurde
zur Bahnhofswache kommandiert. Er ging allem [Page 34] Schicksal aus
dem Wege und hörte das liebliche Singen der Geschosse nicht, welch
ein glücklicher Mensch.
Wir kamen jetzt in einen Schlafstall, ich machte eine schöne Schlafstelle
für mich und meine Kameraden und nachdem ich noch dem Hühnerstall
einer gründlichen Revision unterzogen hatte, schliefen wir seelig ein.
Ich sprach noch mein gewohntes Abendgebet. Schon wieder, das Signal
ertönte und wir mußten alle wieder aufstehen. Während mein Kamerad
alles in Ordnung brachte, füllte ich die Feldflaschen voll. Wir traten an
und wir wurden gefragt, ob jeder noch 150 Patronen hätte, ein Zeichen,
daß die Luft nicht rein war. Und richtig, es kam so, war doch heute
prisonniers all..indb 60 19/09/14 11:12:18Carnet de route d’August Scharr 61
wieder ein herrlicher Sonntag. Wir kannten es schon nicht anders. Wenn
die Lieben daheim im trauten Stübchen beisammen waren und vielleicht
der armen Krieger gedachten dort draußen auf [Page 35] dem
Schlachtfelde um für ihr Vaterland zu kämpfen, dann kannten wir
keinen Sonntag, wußten wir doch nicht einmal, was für ein Datum wir
hatten und ob Sonntag oder Alltag. Wir hörten nichts, als das Zischen
der Geschosse und das Donnern der Kanonen. So ging es auch heute
wieder, wir waren kaum eine Stunde marschiert, da mußten wir auch
schon ausschwärmen. Ein großes Dorf vor uns saß voll von den Rothosen,
ein mörderisches Feuer empfing uns, welches wir tapfer erwiderten.
Die Kanonen und Maschinengewehre taten ihre Arbeit und wir stürmten
wie die Wilden gegen das Dorf. Das Feuer gegen uns hatte aufgehört
und die Franzosen waren in die Flucht geschlagen. Ich und mein
Kamerad hatten das Dorf erreicht und einen Hühnerstall erobert, die
frischen Eier bekamen uns sehr gut. Ich hatte immer [Page 36] mein
Augenwerk auf die Hühnerställe und betrachtete die fleißigen Eierleger
durchaus nicht als meinen Feind. Jetzt sammelten wir uns im Dorfe und
marschierten weiter, waren aber noch nicht ganz auf offener Chaussee,
als das Feuern von Neuem begann. Wir verschwanden im Laufschritt
hinter den nächsten Wald um von hier aus vorzugehen. Ich befand mich
im ersten Zuge und wir kamen vor eine ca 50 mtr breite Lichtung. Kaum
hatten wir den Wald verlassen, da sausten uns die Geschosse zu
Tausenden entgegen und meine Kameraden fielen wie die Fliegen. Wir
konnten nichts sehen und waren den Kugeln des Feindes preisgegeben.
Durch die Stiegen schlugen die Geschosse durch, wir warteten nur noch
auf unseren Tod. Hier konnten wir nicht liegen bleiben und machten
einen Sprung, schlimmer als wenn es regnete [Page 37] pfiffen die Kugeln
über uns hinweg. Mein Kamerad war längst verschwunden, ich dachte
schon, der hätte es überstanden. Jetzt wurde ich so ungeduldig, daß ich
laut rief : « Scharnhorst ». Aber keine Antwort. Ich stand auf und rief
noch lauter, aber er war längst verschwunden. Einige riefen mir zu :
« Kamerad leg’ dich doch hin, du bist verloren ». Sie hatten keine
Ahnung, daß der liebe Gott ein Jalousie vor mir gezogen hatte, ich
wunderte mich selber, daß so mancher braver Kamerad neben mir abge-
schossen wurde. Es war nun, als ob sich die Schleußen des Himmels
auftäten und dazu bekamen wir noch ein mörderisches Flankenfeuer.
Ein Stöhnen und Schreien, viele schrieen nach ihren Frauen und Kindern,
andere riefen nach ihrer Mutter und beteten laut. Ich konnte dies Elend
nicht länger ansehen und rief einem Kameraden zu : « Komme her, hier
sind [Page 38] wir geschützt, wir laufen vor diese Anhöhe. Wir sprangen
auf und waren einige Schritte gelaufen, da meint mein Kamerad : « So
möchte ich Tag und Nacht laufen, bis ich wieder bei meiner Mutter
prisonniers all..indb 61 19/09/14 11:12:1862 Außer Gefecht – Hors de combat
wäre. Er hatte es auch kaum ausgesprochen, da stürzte er auch schon
zu Boden. Ich kniete neben ihn, ein Schuß durch die Brust hatte ihn
durchbohrt. « Ach Mutter, liebe Mutter », waren seine letzten Worte.
Ich legte ihn auf den Rücken, sein Haupt auf den Tornister legend. Dann
lief ich weiter und hörte nichts mehr, kein Kommando, nur das Singen
der Kugeln und Brüllen der Kanonen. Ich erreichte einen Graben, hatte
ihn aber kaum gesehen, da lag ich auch schon drin. Ich drehte mich um
und schrie zurück : « Hier Kameraden ist Deckung ». Ich hatte es laut
genug gerufen, denn bald hatte ich 6 Kameraden neben mir liegen. Wir
[Page 39] blieben hier wohl eine Stunde liegen, als ich den Vorschlag
machte, zum nahen Gebüsch vorzuspringen, denn im Graben wurden
wir zu naß. Denn ehe ich meine Cigaretten naß werden ließ, wollte ich
lieber noch einmal durchs Feuer laufen. Wir waren glücklich im Marsch,
Marsch hinter dem Gebüsch angelangt. Hier war eine tiefe Kühle und
wir waren vollständig geschützt. Ein Unteroffizier und 8 Mann lagen
hier schon. Bis zum Abend blieben wir hier liegen und das erste war
eine schöne Cigarette. Im vollsten Kugelregen ließ ich meine Cigaretten
nicht ausgehen, dachte ich doch immer, es wäre die letzte. Endlich
brachen wir auf, das Feuern hatte aufgehört. An diesem Tage habe ich
die meisten Toten gesehen. Wir schloßen uns den Samaritern an und
halfen, Tote und Verwundete mit suchen, verbanden die [Page 40]
Verwundeten und transportierten sie ins nächste Dorf. Jetzt kamen wir
auf die Hauptchaussee, hier lagen viele Tote, alle mit Kopfschüßen. Wir
sammelten uns und marschierten dem nächsten Dorfe zu, kurze Zeit
später kam unsere Kompagnie, von der wir gleich zu essen bekamen.
Mein Kamerad rief mit lauter Stimme meinen Namen, ich antwortete
mit « Fritz ». Herzlich begrüßten wir uns und dankten dem lieben Gott,
daß wir noch lebten. Wir waren totmüde und legten uns aufs freie Feld,
als Kopfkissen unser’n Tornister benutzend. Mein Anzug war noch naß
und da es mir zu kalt wurde, erwachte ich bald wieder. Nun ging ich
zur nächsten Scheune, um mir Stroh zu holen. Dieselbe lag am Waldrande
und der Weg bis dorthin war wohl 500 mtr. Hier lagen wohl ein [Page 41]
hundert tote Kameraden, schrecklich verstümmelt, abgerissene Arme,
Beine und Köpfe, zerknickte Bäume, alles durcheinander, es war ein
grausiges Bild. Ich hatte vor meinem Schlafengehen genug gesehen und
holte Stroh. Meine Kameraden um mir schliefen sehr fest und merkten
garnicht, daß ich sie mit zugedeckt hatte. Ich hatte mir ein warmes Nest
zurecht gemacht und wollte eben einschlafen, als in der Nähe ein mäch-
tiges Feuer begann. Sofort wurde Alarm geblasen und in fünf Minuten
stand jeder auf seinem Platz. Ich sagte noch zu meinem Kameraden :
« Es ist 11 Uhr, der Sonntag ist noch nicht vorbei, jetzt beginnt das dritte
Sonntagsgefecht, die Franzosen kennen jedenfalls keine Sonntagsruhe ».
prisonniers all..indb 62 19/09/14 11:12:18Carnet de route d’August Scharr 63
Wir kamen jetzt vor einen Wald und mußten hier Schützengraben aushe-
ben, ich war aber so [Page 42]müde, daß ich mit meinem Kameraden in
den Wald ging und bald waren wir seelig eingeschlummert. Wir wurden
auch nicht vermißt, wußte doch selbst der Feldwebel nicht, wieviel
Soldaten im letzten Gefecht ihr Leben lassen mußten. Der Morgen
begann zu dämmern, wir standen auf und gingen zur Kompagnie. Der
Schützengraben war ausgeworfen. Der Feind hatte sich zurückgezogen,
nur noch wenige Kugeln flogen über unsere Köpfe hinweg. Das
Kommando: « Patrouille vor » ertönte und ich mit meinem Kameraden
und noch 3 Mann namens Wilhelm Meyer, Garbien Karl Votte, Linden
und Fritz Ritter, Hannover traten vor. Dies waren nun meine
Leidensgefährten. Wir gingen vor, ich hatte ein gutes Fernglas von einem
englischen [Page 43] Offizier erobert, welches mir gute Dienste leistete.
Wir durchsuchten alles und gingen in den Wald. Hier hatte die deutsche
Artillerie ihr Tod und Verderben gespiehen, hier lagen die Franzosen
wie gemäht, Mann an Mann. Schaurig wandten wir uns ab und kamen
an eine Brombeerenstelle, um uns den Magen zu füllen. Während dieser
Zeit war mein Kamerad Fritz Scharnhorst spurlos verschwunden und
wir haben ihn nie wiedergesehen. Wir suchten und riefen, fanden ihn
aber nicht. Jetzt gingen wir durch den Wald zurück in Richtung der
Kompagnie ; aber zu unserem größten Schrecken war auch diese fort.
Wir riefen und schrien, aber nichts ließ sich hören, unser Schicksal war
besiegelt. Führerlos liefen wir nun im Feindeslande umher und fanden
nirgends [Page 44] deutsche Truppen. Wir waren rettungslos verloren,
entweder wurden wir gefangen genommen oder wurden meuchlings
von den Franzosen erschossen. Dem Hungertode brauchten wir wohl
nicht zu sterben, humpelten doch so viele angeschossene Pferde umher,
welche gern bereit waren, uns einige Cotteletten zu spandieren. Wir
fanden auch Brot und eiserne Portionen, welche jeder Soldat im Feldzug
bei sich führt. Ich erhob mich als Führer an und machte den Vorschlag,
ins Dorf zu gehen, wo wir am vorigen Abend gelegen hatten. Unterwegs
trafen wir viele verwundete Franzosen, welche sich in den Roggenstigen
versteckt hielten. Wir trugen sie alle zusammen, deckten sie mit Stroh
zu, gaben ihnen zu trinken und verbanden sie so gut wie möglich.
[Page 45] Einige schüttelten uns die Hände und bedankten sich mit den
Worten : « Mersi Monsieur ». Dann gingen wir weiter ins Dorf und
füllten unsere Feldflaschen. Als wir an die Stelle kamen, wo wir am
Abend vorher so friedlich eine Stunde geschlummert hatten, bekamen
wir ein mörderisches Feuer, wohl über hundert Schuß sausten über
unsere Köpfe hinweg, keine Kugel traf, hatten wir uns doch alle im
Stillen dem lieben Gott anvertraut. Aus tausend Gefahren hatte er uns
errettet und uns armen Krieger nicht verlassen. Nun stürmten wir durch
prisonniers all..indb 63 19/09/14 11:12:1864 Außer Gefecht – Hors de combat
das Dorf und als wir auf die andere Seite kamen, da wollten sich etwa
10 Franzosen ergeben. Sie schwenkten mit den Mützen und kamen uns
mit den Taschentüchern winkend [Page 46] entgegen, sie dachten wohl,
es wäre eine ganze Kompagnie und wir hätten das Schießen gemacht.
Leider war es umgekehrt und wir konnten die Franzosen nicht gebrau-
chen. Als wir unsere Gewehre anlegten, fielen sie wieder, aber wir
schoßen nicht, hatten wir doch überhaupt nicht die Absicht, einen Mord
über den anderen zu häufen, es waren doch genau solche Soldaten wie
wir, die nichts dafür konnten, daß Krieg war. Sie waren ebenfalls von
den Ihrigen gerissen, wie wir von den Lieben daheim. Sie alle mussten
genau so gut dem Schlachtruf folgen, wie wir .
Dann verschwanden wir durch Gärten und Wiesen dem nahen Walde
zu, holten uns Stroh und legten uns schlafen. Als wir am anderen Morgen
erwachten, wurde [Page 47] es lebendig. Rings um den Wald fuhr die
feindliche Artillerie auf, vor und hinter uns Franzosen und Zuawen,
nur keine Engländer. Dicht vor uns kletterte ein Zuawe auf einen Baum,
um nach dem Feinde auszuspähen. Wir verschwanden etwas weiter in
den Wald, etwa 15 Artilleristen gingen an uns vorbei, aber sie sahen uns
nicht. Dann ritt ein französischer General vorbei, auch der sah uns nicht.
Es war auch unser Glück, wehe wenn sie uns gefunden hätten, sie hätten
uns alle vor die Kanonen gebunden und uns ein Loch in den Bauch
geschossen, daß die Sonne durchscheinen kann. Der liebe Gott machte
uns unsichtbar. Das war ein langer Tag für uns, mitten im feindlichen
Lager. Kommandorufe wurden laut und bald erdröhnten die ersten
Schüße. Furchtbar [Page 48] donnerten die Kanonen. Jetzt bestand die
Gefahr, daß wir von unserer eigenen Artillerie beschoßen wurden und
so kam es auch, bald wurde das Feuern von unserer Seite erwidert und
ein regelrechtes Artilleriegefecht begann, welches den ganzen Tag
anhielt. Nirgends hatten wir Ruhe, wir liefen hin und her, überall pras-
selten die Schrapnels umher, dicht neben uns schlugen sie ein, aber
keiner von uns Vieren wurde getroffen. Endlich war die französische
Artillerie abgeschossen und sie zog sich zurück. Es wurde Abend und
jetzt hieß es Augen auf und aufgepaßt. Es regnete, was vom Himmel
wollte, wir waren alle durchnäßt. Ich lag jetzt dicht am Waldrande und
die französischen Truppen zogen sich zurück, wohl [Page 49] an 500
Geschütze fuhren an mir vorbei. Als alles vorüber war, sah ich, daß
mehrere feindliche Kompagnien vor dem Walde Schützengräben
auswarfen. Unser Fluchtplan war nun zu Essig geworden, wir konnten
nicht anders fort, als mußten über die Gräben, denn vor uns und hinter
uns wimmelte es vom Feinde. Ich schlich mich zurück zu meinen
Kameraden und gab den Befehl, alles fertig machen. Wir mußten unbe-
dingt fort, sonst waren wir morgen verloren. Mit kurzen Worten erklärte
prisonniers all..indb 64 19/09/14 11:12:18Carnet de route d’August Scharr 65
ich die feindliche Lage und mäuschenstill folgten sie mir nach, keiner
durfte ein Geräusch machen, nur folgen, so schnell wie möglich. Dies
war meine Parole und ich voran am Waldrande entlang. An einer geei-
gneten Stelle machte ich Halt [Page 50] und wartete, bis der Mond hinter
den schwarzen Wolken verschwunden war, dann ging es über den
Schützengraben, wir wurden nicht gesehen und weiter ging es in die
dunkle Nacht. Jetzt kamen wir durch einen langen Wald, wo sich
Wagengerassel vernehmen ließ. Wir hörten auch bald, daß es Franzosen
waren. Schnell zogen wir uns nach links in einen Hohlenweg zurück.
Am Ende desselben standen mir 3 Franzosen gegenüber, jetzt kam noch
ein vierter hinzu. Dies mußte eine Feldwache sein und blitzschnell hatte
ich überlegt, was ich zu machen hatte. Wir standen uns höchstens 100
Meter gegenüber, meine Kameraden die sehr ängstlich waren, blieben
immer 20 Meter hinter mir zurück. Sie dachten nämlich, wenn sie den
Stoffel da vorne totschießen, [Page 51] haben wir noch Zeit genug zu
verschwinden. Aber es fiel kein Schuß, wir zogen uns denselben Weg
zurück, den wir gekommen waren und legten uns am Waldrande nieder
zu schlafen. Plötzlich wurden wir durch Schüße geweckt, dann
marschierten zwei feindliche Kompagnieen an uns vorbei, die letztere
blieb direkt vor uns liegen. Wir konnten uns nicht zurückziehen, denn
das Gebüsch war viel zu dicht, auch durften wir kein Geräusch verur-
sachen. Wir blieben ruhig liegen und einige Franzosen direkt neben uns.
Keiner erkannte uns, war es doch stockfinstere Nacht. Bald hörten wir
ein mächtiges Schnarchen, ein Zeichen, daß alles schlief. Ich machte den
Anfang und zog mich zurück, meine Kameraden folgten mir. Etwa 5
mtr weiter blieben wir liegen. [Page 52] Endlich wurde es Tag und
zugleich lebendig unter den Rothosen, sie lachten und scherzten unter
sich. Sie rückten endlich ab und wir waren gerettet. Ich nahm sofort die
Beobachtung wieder auf und ging durch den Wald, hier sah ich ein
herrliches Schlachtfeld, wohl an zehntausend Franzosen und Zuawen
standen hier in Colonnen. Die vorderen Kompagnien schwärmten aus,
dies sah grade so aus, als wenn ein Schwung Galicier zum Spargelstechen
geht. Der Feind zog sich ganz nach Westen, ich schlug vor, uns nach
Osten zu wenden, um endlich aus diesem Bereich der Franzosen heraus-
zukommen. Wir marschierten auch feste drauf los und ernährten uns
von Gras, Kraut und fruchtbaren Bäumen. Unterwegs trafen wir einige
versprengte Franzosen. Wir taten, als wenn wir sie gar [Page 53] nicht
sähen und kamen endlich an eine Bahnstation. Daselbst stieg ein ganzer
Generalstab aus und eine lange Bagage fuhr vorbei. Wir lagen am
Waldrande und konnten alles beobachten. Als alles vorbei war, ging es
weiter und wir kamen glücklich an die Hauptchaussee, welche nach
Paris führt. Als wir über die Straße wollten, sahen wir auch hier
prisonniers all..indb 65 19/09/14 11:12:1966 Außer Gefecht – Hors de combat
Franzosen, und wir zogen uns sofort zurück. Nun kamen wir an eine
Stelle, wo ein schweres Gefecht stattgefunden hatte, zeschmetterte Autos
und Bagagenwagen standen hier, wir fanden Kartoffeln, Nudeln und
Zucker, fanden auch französische Kochgeschirre, Mäntel und Decken
für die Nacht, alles fanden wir was wir brauchten. Es wurde dunkel
und wir schliefen wie immer unter freiem Himmel und träumten von
der Heimat im [Page 54] fernen Frankreich. Es wurde Morgen, wir holten
Wasser und bald gab es Nudelsuppe und Kartoffeln, süßes Wasser, als
Compott Brombeeren, welche hier genug standen und zu unserer
Hauptnahrung gehörte. Jetzt kamen wir an eine Stelle, wo einige deut-
sche Kameraden beerdigt waren. Auf dem einen Grabe stand ein
schlichtes Holzkreuz mit der Aufschrift : « Hier starb den Heldentod
fürs Vaterland Kanonier Meier. 19. Feldartillerie Regiment ». Tief erschüt-
tert und mit traurigen Gedanken im Herzen gingen wir weiter, ich
dachte darüber nach, wo ich mein Grab wohl fände. Ich fand mein Grab
dort nicht, aber ein großes Stück Speck, einen Steintopf voll Butter. Brot
hatten wir noch. Es wurden vier gleiche Teile gemacht und wir waren
die glücklichsten Menschen der Welt. [Page 55] Wir hatten manche
Gefahr bestanden und wieder wurde es Abend, wir kamen an einen
Brunnen, stillten unser’n Durst und füllten unsere Feldflaschen. Ich
untersuchte das naheliegende Gehöft und entdeckte einen Heuboden.
Wir stiegen hinauf, zogen die Leiter nach und schliefen sehr gut, zum
ersten Mal seit langer Zeit ein Dach über dem Kopfe. Als wir am anderen
Morgen erwachten, spekulierte ich aus, daß es nur zwei einzelne Häuser
waren. Nun wählte ich 2 Mann, welche bei den Leuten Brot kaufen
sollten. Meine Kameraden gingen auch, waren aber nicht vorsichtig
genug und bald hörte man einen großen Spektakel. Sofort war ich an
der Bodenlüke und sah mir das Schauspiel an. Ein Bauer mit seiner Frau
standen neben den Beiden und etwa 10 Meter davon [Page 56] etwa 12
Bauern mit Sensen, Dreschflegeln und Mistgabeln bewaffnet. Sie hatten
in der Nähe gearbeitet und wollten nun über die Beiden herfallen und
ihnen die Gewehre entreißen. Jetzt war der Augenblick für mich gekom-
men. Blitzschnell ließ ich die Leiter runter und meine Donnerstimme
ertönen. Wir waren noch nicht die Leiter hinunter, da packt den 12 Mann
kalter Graus, sie fliehen in alle Welt hinaus. Jetzt verlangten wir von
dem Bauern zu essen und bekamen Pellkartoffeln. Wir sättigten uns
und verschwanden so schnell wie möglich. Unterwegs füllten wir unsere
Brotbeülchen mit Äpfel. Es war Mittag geworden und ein mächtiger
Sturm brach los, dem bald ein Gewitter folgte. Wir wurden naß bis aufs
Hemd und suchten Schutz hinter einem Strohhaufen. [Page 57] Es blitzte
und donnerte und das Wasser lief uns in die Stiefel. Wir beschloßen
jetzt, ins Dorf zu gehen, mögen sie mit uns machen, was sie wollen,
prisonniers all..indb 66 19/09/14 11:12:19Carnet de route d’August Scharr 67
entweder unter freiem Himmel krepieren oder im Dorf erschossen
werden, alles war uns egal. Wir kamen ins erste Haus, es war keiner
drin. Sämtliche Betten wurden zusammengeholt und auf den Boden
getragen. Dann zogen wir die Leiter nach, kleideten uns aus und hingen
unseren Anzug zum Trocknen auf. Das erste Mal seit langer Zeit in
Betten. Während der Nacht wurde es lebendig im Hause, die Leute
welche geflüchtet waren, kamen wieder und suchten mit Laternen ihre
Betten. Uns fanden sie nicht und für diese Nacht waren die Betten für
uns bestimmt. Am anderen Morgen ließen wir die [Page 58] Leiter herun-
ter und verschwanden so ungesehen wie wir gekommen waren. Wir
durchstreiften einen großen Wald und kamen endlich an ein Försterhaus,
hier war aber nichts zu finden. Etwas weiter lag ein großes Gut, wir
gingen hinein, durchsuchten alles, fanden aber nichts. Als wir das Gut
wieder verlassen wollten und die Tür öffneten, standen 2 Männer und
2 Frauen davor, sie waren bleich vor Schrecken geworden, als sie uns
sahen. Ich knüpfte gleich ein Gespräch mit den Leuten an und als sie
sahen, daß wir friedliche Soldaten waren, gaben sie uns Milch und Eier.
Ich bezahlte alles anstandslos und fragte, ob sie nicht ein Dorf oder eine
Stadt in der Nähe wüßten ; wo verwundete deutsche Soldaten lägen,
aber sie konnten mich nicht [Page 59] verstehen. Ich nahm nun mein
Verbandszeug, verband mich provisorisch, legte mich hin und brachte
es schließlich durch Gebärden fertig, daß sie mich verstanden. Der Bauer
sagte, 3 klm weit sei ein Dorf, dort wären 2 deutsche Kameraden. Er bot
sich selbst an, uns nach dem Dorfe zu führen. Wir freuten uns, daß wir
wieder in deutsche Hände kämen und gingen mit. Jetzt kamen wir an
den großen Schlafstall vorbei, wo wir vor 8 Tagen so friedlich geschlum-
mert hatten, welcher jetzt vollständig zerschossen und verbrannt war.
Wir erkannten jetzt alles wieder und in der nächsten Stadt mußten die
verwundeten deutschen Soldaten liegen. Es war dieselbe, in der ich
Fritz Freudenberg getroffen hatte. Sehr erfreut darüber gaben wir dem
Bauern jeder [Page 60] ½ Frank, dann ging es mit frohem Sinn in die
Stadt. Die Bewohner machten alle ängstliche Gesichter und nichts Böses
ahnend kamen wir durch eine kleine Straße auf den Marktplatz… Jetzt
geschah das Unvermeidliche, wir hatten kaum die Gefahr begriffen, da
waren wir auch schon von 100 Franzosen umringt, welche sich wie die
Wilden gebärdeten. Jetzt hieß es Tod oder Leben, aber der Klügste gibt
nach und das war ich. Hätten wir uns zur Wehr gesetzt, dann wären
wir rettungslos verloren gewesen. Die Franzosen hatten die Gewehre
auf uns angelegt und stimmten ein richtiges Kriegsgeheul an. Ich rief
mit lauter Stimme : « Ehe wir meuchlings von Euch erschossen werden,
wollen wir uns freiwillig ergeben ». Diese Worte verstand ein französi-
scher Offizier und kam direkt auf mich zu. Wir [Page 61] gaben unsere
prisonniers all..indb 67 19/09/14 11:12:1968 Außer Gefecht – Hors de combat
Gewehre ab, dann sagte ich zu dem Offizier folgendes : « Wir sehen
jetzt ein, daß wir französische Kriegsgefangene sind und bitten darum,
daß wir genau so gut behandelt werden, wie die französischen
Kriegsgefangenen in Deutschland ». Dies wurde uns auch versprochen,
falls wir aber einen Fluchtversuch machten oder uns zur Wehr setzen,
würden wir ohne Weiteres erschossen. Ich erklärte hierauf, wir wären
deutsche Soldaten und gäben unser Ehrenwort darauf, daß wir keinen
Fluchtversuch machen würden. Hierauf bat ich um etwas zu essen und
zu trinken. Der Bürgermeister brachte uns zu trinken und die Tochter
eine ganze Schürze voll schönes frisches Weisbrot. Wir hungrigen Seelen
verknupperten alles, dann wurden wir visitiert und unserer
Habseeligkeiten beraubt. Von einem [Page 62] Franzosen bekam ich ein
Paket Tabak geschenkt. Nachdem wir etwa eine Stunde auf dem
Marktplatz verweilt hatten, rückten wir mit 6 Soldaten ab, jeder bekam
noch 1 Brot mit und dann ging es zu der 15 klm. entfernten Stadt.
Unterwegs sahen wir noch 2 deutsche Soldaten umherirren. Wir riefen
sie an und winkten. Die Franzosen wollten schon auf sie schießen, aber
sie kamen und gaben ihre Waffen ab. Wir teilten unser Brot, jetzt waren
wir 8 Mann. Gegen Abend kamen wir in der Stadt an, wir wurden in
einem großen Gebäude untergebracht und dem General vorgestellt.
Dann legten wir uns aufs Stroh und schliefen ein, zwei Franzosen mit
aufgepflanzten Seitengewehren mußten uns bewachen. Den Sonntag
verbrachten wir in dem Zimmer [Page 63] und am Montagmorgen um
11 Uhr kamen wir nach dem Bahnhof. Hier stand ein Zug mit lauter
deutschen Gefangenen, es waren 600 Mann. Jetzt wußten wir auch, daß
wir nicht alleine gefangen waren. Am Abend kamen wir nach Paris, der
Hauptstadt von Frankreich. Hier war ein mächtiger Verkehr, was wir
dort erlebt haben, will ich hier nicht erwähnen. Vielleicht paßt es sich,
daß ich mal erzähle , wenn ich nicht ganz alleine bin. Wir wurden kreuz
und quer durch Paris gefahren, endlich ging es weiter. Ungefähr 250
klm. hinter Paris kamen wir in die Garnisonstadt Issoudun. Hier wurden
wir zu 6 Kompagnien eingeteilt zu je 100 Mann. In einer anderen Kaserne
lagen 800 Mann, im Ganzen waren in dieser Stadt 1 400 Kriegsgefangene.
Was [Page 64] wir während unserer Gefangenschaft erlebt haben, darüber
schweige ich ebenfalls. Wir mußten uns sehr anständig betragen und
standen unter den schwersten Kriegsgesetzen der französischen 9.
Region, welche jedes kleine Vergehen nicht unter 5 Jahren schwerer
Zwangsarbeit in Marokko bestraft. 2 Kameraden hat dies traurige und
schwere Loos betroffen. Möge Gott jedem gnädig sein, daß er nicht mit
den Kriegsgesetzen der Franzosen in Berührung kommt !
prisonniers all..indb 68 19/09/14 11:12:19Carnet de route d’August Scharr 69
Il y a en à la fin du récit un chant [Page 65]. Il s’agit d’une chanson
intitulée « Auf, Auf, zum kampf » chantée par les soldats allemands
1depuis la guerre de 1870 .
1. Auf, auf, zum Kampf, zum Kampf sind wir geboren.
Auf, auf zum Kampf fürs Vaterland ins Feld,
für Deutschlands Ruhm und Ehr’ sind wir geboren
für Gott und Vaterland auf dieser Welt !
2. Was macht der Sohn der Mutter so viel Schmerzen
bis daß sie ihn zum Kampfe auferzog.
Die Liebe trägt sie stets im Herzen,
drum Sohn, vergiß es deiner Mutter nie !
3. Ein Vater weint um seines Sohnes Leben
dieweil er ihn zum letzten Mal geseh’n.
Reicht ihm die Hand, gibt ihm den Abschiedssegen,
wer weiß, mein Sohn, ob wir uns wiederseh’n !
4. Hier steht ein Mann, so fest wie eine Eiche,
gewiß hat er schon manchen Sturm erlebt.
Vielleicht ist er schon morgen eine Leiche,
wie es so manchem seiner Brüder geht !
5. Ein Mädchen weint schon viele lange Jahre,
um den Geliebten manche bitt’re Stund,
als sie vernahm, er schlumm’re längst im Grabe,
dieweil er ist vom Feinde schwer verwundet !
6. Wir fürchten nicht den Donner der Kanonen,
wenn sie uns gleich dem Untergange droh’en,
Drum wollen wir es nochmals wiederholen,
der Tod im Felde ist der schönste Tod !
1. Le texte en a plusieurs fois été remanié, célébrant différents personnages, dont Guillaume II,
Rosa Luxembourg en 1919, et dans les années 30, Adolf Hitler.
prisonniers all..indb 69 19/09/14 11:12:19prisonniers all..indb 70 19/09/14 11:12:19

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.