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Histoire de la médecine à l'Île Bourbon - La réunion

De
282 pages
Ce deuxième tome aborde les maladies non transmissibles d'un être vivant à un autre être vivant, dont les maladies dites de la civilisation. Entrent ensuite en scène les "chirurgiens navigans", premiers médecins à l'Île Bourbon, puis viennent l'histoire des hôpitaux et des établissements de santé et l'histoire des relations médicales entre La Réunion, Madagascar et Pondichéry. Les auteurs s'interrogent enfin sur l'état de santé actuel des Réunionnais et sur la pérennité des installations médicales de l'île qui les soignent.
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HHHIIISTSTSTOOOIIIRRREEE D D DEEE L L LAAA MÉ MÉ MÉDDDEEECCCINEINEINE
Bernard-Alex Gaüzère et Pierre Aubry
À L’ÎLE BOURBON – LA RÉUNION
Tome 2
Histoire des maladies
Si le décor des grandes périodes de l’histoire de l’île de La Réunion,,,,,,,,,
fortement imprégné de médecine traditionnelle et des syndromes liés à la a a HISTOIRE DE LA MÉDECINEculture locale, des grandes épidémies et des maladies tropicales qui onttttt
ravagé l’île, a été déjà campé, le fl éau des maladies de la civilisation qui i i i i
y sy sy sy sy sooooonnnnnt pt pt pt pt prrrrrééééésesesesesennnnnttttteeeeesssss, c, c, c, c, cooooonnnnnsssssééééécccccuuuuutttttiiiiivvvvveeeees à ls à ls à ls à ls à la ta ta ta ta trrrrraaaaannnnnsssssiiiiitttttiiiiiooooon én én én én épppppiiiiidddddééééémmmmmiiiiiooooolllllooooogggggiiiiiqqqqquuuuue te te te te trrrrrèèèèès rs rs rs rs raaaaapppppiiiiidddddeeeee, , , , , À L’ÎLE BOURBON – LA RÉUNION
pose indéniablement la question des enjeux éthiques et techniques d’une e e e e
médecine plus contemporaine.
Tome 2Les maladies non transmissibles, les toxicomanies et les intoxications s s s s
involontaires par les animaux marins ou encore les plantes ont généré é é é é
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appropriés. Mais, toutes les pathologies connaissent aussi leurs fi gures s s s s
emblématiques. Et le monde médical ne déroge pas à cette règle. Ainsi, dessssss
« chirurgiens navigans », des médecins, des pharmaciens de la Marine, , , , ,
premiers médecins de l’île, des non-médecins, se sont illustrés, par leur r r r r
abnabnabnabnabnééééégagagagagatttttiiiiiooooon et ln et ln et ln et ln et leueueueueur dr dr dr dr dééééévvvvvooooouuuuueeeeemmmmmeeeeennnnnt st st st st saaaaannnnns ls ls ls ls liiiiimmmmmiiiiittttteeeee, a, a, a, a, au seu seu seu seu serrrrrvvvvviiiiiccccce de de de de d’’’’’uuuuunnnnne pe pe pe pe pooooopppppuuuuulllllaaaaatttttiiiiiooooonnnnn
longtemps sous-médicalisée.
De plus, dans l’océan Indien si vaste, le commerce maritime estttttt
fl orissant et, à ce titre, les échanges sont prépondérants. Ce qui implique
évidemment des échanges médicaux de toutes sortes, passés et encoreeeee
aujourd’hui, avec Madagascar et Pondichéry notamment.
CCCCCeeeeeccccci ai ai ai ai ammmmmèèèèènnnnne ie ie ie ie innnnnééééévvvvviiiiitttttabababababllllleeeeemmmmmeeeeennnnnt nt nt nt nt nos dos dos dos dos deueueueueux ax ax ax ax auuuuuttttteueueueueurrrrrs à s’’’’’iiiiinnnnnttttteeeeerrrrrrororororogggggeeeeerrrrr
judicieusement sur l’état de santé actuel des Réunionnais et sur la pérennitééééé
des installations médicales de l’île qui les soignent.
Xavier Riauddddd
BBBeeerrrnnnaaardrdrd-A-A-Alelelexxx G G Gaaaüüüzzzèèèrrreee e e e esssst mt mt mt mééééddddeeeecccciiiinnnn, p, p, p, prrrraaaattttiiiicccciiiieeeen hn hn hn hoooossssppppititititaaaalllliiiieeeer ar ar ar au Cu Cu Cu CHHHHU dU dU dU de Le Le Le La Ra Ra Ra Rééééuuuunnnniiiioooonnnn,,,,
professeur visiteur de l’université de Bordeaux, enseignant de l’histoire de laaaaa
médecine à l’UFR santé de l’université de La Réunion, membre de la Société deeeee
pathologie exotique. Il est l’auteur, avec Pierre Aubry, de plusieurs ouvrages s s s s s s
médicaux.
PPPiiieeerrrrerere A A Aubububrrryyy e e e e e e e esssssssst mt mt mt mt mt mt mt mééééééééddddddddeeeeeeeecccccccciiiiiiiinnnnnnnn, p, p, p, p, p, p, p, prrrrrrrrofofofofofofofofeeeeeeeesssssssssssssssseeeeeeeeuuuuuuuur dr dr dr dr dr dr dr de me me me me me me me mééééééééddddddddeeeeeeeecccccccciiiiiiiinnnnnnnne te te te te te te te trrrrrrrrooooooooppppppppiiiiiiiiccccccccaaaaaaaalllllllle de de de de de de de du Su Su Su Su Su Su Su Seeeeeeeerrrrrrrrvvvvvvvviiiiiiiicccccccce de de de de de de de de se se se se se se se saaaaaaaannnnnnnnttttttttéééééééé
des armées (E.R.), professeur émérite à la faculté de médecine d’Antananarivooooo
(Madagascar), professeur visiteur de l’université de Bordeaux, membreeeee
correspondant de l’Académie des sciences d’Outre-mer et membre de la Sociétééééééé
de pathologie exotique.
Illustration de couverture : Hôpital colonial de Saint-Denis. Opération
chirurgicale faite par les Drs Azéma et Le Siner (Collection J.-F. Hibon
de Frohen).
ISBN : 978-2-343-12171-0
29 €
HISTOIRE DE LA MÉDECINE À L’ÎLE BOURBON – LA RÉUNION Bernard-Alex Gaüzère
Tome 2 - Histoire des maladies
et Pierre Aubry













Histoire de la médecine
à l’île Bourbon – La Réunion










Médecine à travers les siècles
Collection dirigée par le Docteur Xavier Riaud

L’objectif de cette collection est de constituer « une histoire grand public » de
la médecine ainsi que de ses acteurs plus ou moins connus, de l’Antiquité à nos
jours.
Si elle se veut un hommage à ceux qui ont contribué au progrès de l’humanité,
elle ne néglige pas pour autant les zones d’ombre ou les dérives de la science
médicale.
C’est en ce sens que – conformément à ce que devrait être l’enseignement de
l’histoire –, elle ambitionne une « vision globale » et non partielle ou partiale
comme cela est trop souvent le cas.

Dernières parutions

Philippe SCHERPEREEL, Philosophie et médecine, 2017.
Xavier RIAUD, Dent et archéologie, 2017.
Michel A. GERMAIN, Les tables d’opération. De l’Antiquité à nos jours, 2016.
Philippe SCHERPEREEL, Médecins et infirmières dans la guerre de Crimée.
1854-1856, 2016.
Mélanie DECOBERT, Odontologie médico-légale et Seconde Guerre mondiale,
2016.
François RESCHE, Le papyrus médical Edwin Smith, 2016.
erXavier RIAUD, Napoléon I et ses dentistes, 2016.
Philippe SCHERPEREEL, Albert Calmette. « Jusqu’à ce que mes yeux se
ferment », 2016.
Philippe SCHERPEREEL, Pietro d’Abano. Médecin et philosophe de Padoue à
l’aube de la Renaissance, 2016.
eBernard DE MARSANGY, La Psychiatrie vécue au XIX siècle. Lettres à Louisa,
2016.
eIsabelle CAVÉ, Etat, santé publique et médecine à la fin du XIX siècle
français, 2016.
Julien MARMONT, L’Odontechnie ou l’art du dentiste. Poème didactique et
descriptif en quatre chants, dédié aux dames, 2016.
Patrick POGNANT, La Folle Clinique sexuelle du professeur P***. De la Belle
Époque aux Années folles, 2016.
Michel CHAUVIN, Le Geste qui sauve. L’étonnante histoire du défibrillateur
cardiaque externe, 2016.
Henri LAMENDIN, Docteur Albert Calmette (1863-1933). Pasteurien et
coinventeur du BCG, 2016.
Xavier RIAUD (dir.), Médecine à travers les siècles. Entre rencontres et
découverte, 2015.
Xavier RIAUD, Et si la Seconde Guerre mondiale nous était racontée
autrement…, 2015.
Mathieu RAYSSAC, Les médecins de l’assistance médicale en Indochine
(19051939), 2015.
Thomas FERRANTE, Petit lexique bucco-dentaire de proverbes et autres
expressions, 2015.
Bernard-Alex Gaüzère et Pierre Aubry

























Histoire de la médecine
à l’île Bourbon – La Réunion


Tome 2

Histoire des maladies













































































































Des mêmes auteurs

Passeport santé pour l’Afrique, Éditions Universitaires Européennes, 2015.

Histoire des eaux thermales à La Réunion (Cilaos, Hell-Bourg, Mafate, Bras
Cabot), Éditions Azalées, 2012.

Splendeurs et dangers de la faune marine, Éditions Xavier Montauban, Paris,
2010.

Passeport santé pour le grand Océan indien, Éditions Azalées. 2006, Réunion.

Le chik, le choc, le chèque, Éditions Azalées. 2006, Réunion.

Site internet d’enseignement de la médecine tropicale depuis 2002
www.medecinetropicale.com
















































































© L’Harmattan, 2017
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.editions-harmattan.fr

ISBN : 978-2-343-12171-0
EAN : 9782343121710
Sommaire
Avant-propos .................................................................................................. 9
Chapitre 1 - Maladies de la civilisation ........................................................ 11
- Transition épidémiologique .................................................................... 11
- Les maladies de la civilisation à La Réunion ......................................... 13
. Maladies métaboliques : surpoids, obésité, diabète ............................ 13
. Le surpoids et l’obésité à La Réunion ................................................. 16
. Maladies cardiovasculaires ................................................................. 17
. Insuffisance rénale chronique ............................................................. 19
. Cancers ............................................................................................... 21
. Affections de longue durée 22
Chapitre 2 - Histoire d’autres maladies non transmissibles .......................... 25
- Béri-béri .................................................................................................. 25
- Brûlures 36
- Epilepsie ................................................................................................. 37
Chapitre 3 - Histoire des intoxications.......................................................... 47
- Alcoolisme .............................................................................................. 47
- Tabagisme 55
- Intoxications par les animaux marins ..................................................... 56
- Intoxications par les plantes ................................................................... 59
- Autres addictions .................................................................................... 63
Chapitre 4 - Histoire des hôpitaux et établissements de santé ...................... 65
e- Histoire des hôpitaux de l'antiquité au XX siècle en France ................. 65
- Les hôpitaux à l’île de France ................................................................ 68
- Les hôpitaux à Bourbon - La Réunion .................................................... 70
- Capacités d’hospitalisation publique et privée de 1950 à nos jours. ...... 87
- L’œuvre des congrégations religieuses et des associations .................... 93
Chapitre 5 - Histoire de la police sanitaire et des lazarets .......................... 103
- Quelques définitions ............................................................................. 103
- La police sanitaire et les lazarets .......................................................... 105
Chapitre 6 - Histoire du thermalisme 121
- Les eaux de Bras Cabot ........................................................................ 122
- Les eaux de Mafate ............................................................................... 123
- Les eaux de Salazie .............................................................................. 128
- Les eaux de Cilaos ................................................................................ 139
Chapitre 7 - Histoire de la dynamique de la population ............................. 157
Chapitre 8 - Histoire de la démographie des professions de santé .............. 173
- Démographie des médecins .................................................................. 173
- Démographie des autres professions de la santé .................................. 177
7 Chapitre 9 - Histoire des relations médicales : Madagascar, Pondichéry ... 181
- Histoire de la santé à Madagascar ........................................................ 181
- Histoire de la santé à Pondichéry ......................................................... 191
Chapitre 10 - D’autres histoires .................................................................. 195
e- Etat sanitaire désastreux à Saint-Denis à la fin du XIX siècle ............ 195
e - Morbidité et mortalité à Cilaos à la fin du XIX siècle. ........................ 203
e e- Santé des conscrits réunionnais : fin XIX et début XX siècle. ........... 206
Chapitre 11 - Quelques figures du monde de la santé ................................ 211
- « Chirurgiens navigans », médecins, chirurgiens, pharmaciens de la
Marine ..................................................................................................... 211
- Quelques figures de médecins .............................................................. 215
- Quelques autres figures du monde de la santé ...................................... 245
Chapitre 12 - Conclusion : la santé des Réunionnais en 2016 .................... 249
Annexe : Répertoire bibliographique des travaux des médecins, chirurgiens
et pharmaciens de la Marine et des troupes coloniales. .............................. 253
- Médecins, chirurgiens et pharmaciens de la Marine ............................ 253
- Médecins et pharmaciens des troupes coloniales ................................. 265
Table des figures et des illustrations ........................................................... 269
Table des tableaux ...................................................................................... 271
Remerciements ........................................................................................... 273

8 Avant-propos

Les deux premiers siècles du peuplement de La Réunion nous ont laissé peu
de documents traitant de la santé de la population et de l’exercice de la
emédecine. C’est à compter du XIX siècle que de solides témoignages se
sont fait jour, émanant de médecins installés dans l’île, ou bien de passage
comme les médecins et les pharmaciens de Marine et des colonies. Certains
d’entre eux ont épousé des jeunes Réunionnaises et ont fait souche. Leurs
écrits ont été soigneusement archivés et sont facilement consultables auprès
de la Bibliothèque Centrale du Service de Santé des Armées, des Archives
nationales d’outremer et de la Bibliothèque Universitaire de Santé.

Avec l’introduction de la culture du café, puis de la canne à sucre,
l’accroissement rapide de la population par la traite des esclaves, puis par
l’engagisme a eu pour corollaire la survenue d’épidémies meurtrières. Ces
épidémies ont également touché, en miroir, l’île Maurice, avec généralement
une plus grande fréquence et plus grande intensité.

Cet ouvrage ne prétend pas retracer toute l’histoire de la médecine et de la
santé à La Réunion, car malgré un travail de recherche de plusieurs années
mené en France métropolitaine et à La Réunion, toutes les archives
publiques et tous les fonds d’archives familiaux n’ont pu être exploités.

Cet ouvrage n’est pas conçu pour être lu du début à la fin, mais plutôt pour
être consulté à la façon d’un dictionnaire, chapitre par chapitre, à petites
doses. Afin de rendre la lecture moins indigeste, même aux professionnels
de santé rompus au vocabulaire particulier et rébarbatif du monde de la
santé, chaque chapitre peut se lire séparément, d’où des répétitions voulues
d’un chapitre à l’autre et des rappels sur l’histoire générale de telle ou telle
maladie dans le monde, puis à La Réunion.

S’agissant d’un ouvrage de référence pour des études ultérieures dans le
domaine de l’histoire et de la santé, les auteurs qui sont médecins et
enseignants en médecine, ont pris le parti d’étayer, autant que faire se peut,
leurs propos par de nombreuses références bibliographiques et de
commentaires, portés pour plus de commodités de lecture directement en bas
de page.

Nous avons découpé l’ouvrage en deux tomes.

Le premier tome a campé le décor avec les grandes périodes de l’histoire de
Bourbon, avec l’histoire encore très vivace de la médecine traditionnelle et
les syndromes liés à la culture locale. Le lien s’est ensuite fait avec l’histoire
de la prise en charge des maladies mentales – la psychiatrie actuelle – puis
9 avec celle de la médecine des naissances – l’obstétrique actuelle – avant
d’aborder l’histoire des grandes épidémies qui ont ravagé l’île avec d’autant
plus d’intensité que la population s’accroissait, et l’histoire des maladies
transmissibles d’un être vivant à un autre être vivant.

Ce deuxième tome aborde les maladies non transmissibles d’un être vivant à
un autre être vivant, dont les maladies dites de la civilisation qui constituent
en 2016 le principal problème de santé à La Réunion. Entrent ensuite en
scène nos lointains et glorieux prédécesseurs, les « chirurgiens navigans »,
les médecins, chirurgiens et pharmaciens de la Marine - premiers médecins à
l’île Bourbon - suivis de quelques figures passées du monde de la santé à
Bourbon – La Réunion, médecins et non médecins. Puis viennent l’histoire
des hôpitaux et des établissements de santé, l’histoire de la police sanitaire et
des lazarets, l’histoire du thermalisme, l’histoire de la dynamique de la
population, l’histoire des relations médicales entre La Réunion, Madagascar
et Pondichéry… et bien d’autres histoires avant de conclure sur la santé des
Réunionnais en cette année 2016.
10 Chapitre 1 - Maladies de la civilisation

- Transition épidémiologique

1En 1971, la théorie de la transition épidémiologique d'Abdel Omran a
constitué la première tentative d'explication des progrès de la santé publique
eréalisés depuis le XVIII siècle dans les pays industrialisés. Selon Omran, le
processus de modernisation se déroule dans toutes les sociétés en « trois
âges » : « l'âge des pestes et de la famine » au cours duquel la mortalité est
forte et fluctuante, avec une espérance de vie moyenne inférieure à 30 ans ;
« l'âge du recul des pandémies » au cours duquel l'âge de vie augmente
considérablement, passant de moins de 30 à plus de 50 ans ; et « l'âge des
maladies dégénératives et des maladies de société » au cours duquel le
rythme de la baisse de la mortalité s'amortit en même temps que la
disparition des maladies infectieuses augmente la visibilité des maladies
dégénératives et que les maladies de société deviennent de plus en plus
fréquentes.
Sans remettre en question sur le fond la théorie de la transition
2épidémiologique d'Omran, Jay Olshansky et Brian Ault ont introduit en
1986 l'idée d'une quatrième phase, « l'âge du report des maladies
dégénératives », au cours de laquelle le niveau du maximum vers lequel
convergent les espérances de vie augmenterait du fait de progrès dans le
traitement des maladies cardiovasculaires. En 1990, ils ont fixé ce nouveau
maximum à 85 ans, identique à celui que les Nations Unies avaient retenu à
la fin des années 1980 pour tous les pays.
3Plus récemment, d’autres auteurs ont proposé de fondre la troisième phase
d'Omran, « l'âge des maladies dégénératives et des maladies de société »,
avec la quatrième phase d'Olshansky et Ault, « l'âge du report des maladies
dégénératives », en une nouvelle phase dite de l'« âge de la conquête de
l'étendue de la vie. »
Ainsi, le concept de transition épidémiologique pourrait être remplacé par la
notion plus large de transition sanitaire qui comprendrait non seulement le
développement des caractéristiques épidémiologiques de la situation
sanitaire d'ensemble, mais aussi les manières qu'ont les sociétés de répondre
à la situation sanitaire et vice-versa.
Rappelons que dans les pays industrialisés, l'essentiel des gains en années de
vie a été obtenu jusqu'en 1970 par la chute de la mortalité infantile liée aux
maladies infectieuses, grâce aux vaccinations et aux progrès de l’hygiène et

1 Omran A., « The epidemiologic transition: a theory of the epidemiology of population
change », Milbank Memorial Fund Quarterly, 1971, 49, 509-538.
2 Olshansky J, Ault B., « The fourth stage of the epidemiologic transition: the age of delayed
degenerative diseases », The Milbank Quarterly, 1986, 64, 355-391.
3 Meslé F, Vallin J., « De la transition épidémiologique à la transition sanitaire », Med Trop,
2007, 67, 545-551.
11 de l’alimentation. Ce progrès considérable dans l'espérance de vie, fondé sur
ela lutte contre les maladies infectieuses, a été étendu au XX siècle au reste
du monde. Le programme élargi de vaccinations a été lancé par l'OMS en
1974. Des campagnes d'éradication ciblées sur les principales endémies ont
été organisées qui ont permis l’éradication de la variole en 1979. Par ailleurs,
grâce aux mesures de lutte contre les vecteurs et à la protection
médicamenteuse des populations, des succès limités ont été observés dans
l'éradication du paludisme autochtone, comme à La Réunion en 1979, mais
aussi dans d’autres contrées.
Une fois les maladies infectieuses jugulées dans les pays les plus avancés,
les politiques de santé se sont attaquées au contrôle des maladies dites
dégénératives chroniques, comme le diabète sucré, les maladies
cardiovasculaires et les cancers. Mais la lutte contre ces maladies requiert un
degré élevé de développement économique et social qui n’a été atteint à
partir des années 1970 que dans les pays développés, permettant par exemple
à l’espérance de vie en France métropolitaine de passer, en 2004, la barre
des 80 ans.
À l'opposé, certains pays en développement n'ont pas connu, depuis quatre
décennies, de développement socio-économique significatif, la transition
épidémiologique ne pouvant être achevée dans ces pays que lorsqu'ils auront
vaincu les maladies infectieuses. On peut penser que certains pays
évolueront alors vers la transition sanitaire, car ils ont déjà commencé à
lutter contre les maladies dégénératives présentes dans les villes (maladies
cardiovasculaires, diabète sucré, cancers), avant de se débarrasser des
maladies infectieuses.
La Réunion a connu un élan de croissance de 4 % de 1999 à 2009 puis trois
années de récession en 2009, 2010, 2011, avant de renouer avec une timide
4croissance en 2012. La Réunion avait un PNB par habitant de 23 410
5dollars en 2012 , très supérieur à celui des autres îles du sud-ouest de l'océan
Indien (y compris Maurice : 2 970 et les Seychelles : 10 270 dollars), mais
inférieur à un peu moins de la moitié de celui de la France métropolitaine
(41 250 dollars).
Au cours des cinquante dernières années, La Réunion a connu un
bouleversement très rapide de ces modes de vie, dont témoigne, parmi les
indicateurs sanitaires, l'espérance de vie qui a considérablement progressé
parallèlement aux progrès socio-sanitaires. Néanmoins, ce bouleversement
sociétal majeur et très rapide, a vu apparaître puis exploser des maladies de
la civilisation comme le diabète, l'obésité, les maladies cardiovasculaires et

4 Le PNB est la production annuelle des biens et des services marchands créée par un pays
que cette production se déroule sur le sol national ou à l'étranger. Il permet un classement du
plus puissant au plus faible de 231 pays. Le PNB par habitant est le quotient du PNB par la
taille de la population.
5 Atlaséco 2013.
12 les cancers qui monopolisent, en 2016, l’essentiel des moyens dédiés à la
santé de la population.

- Les maladies de la civilisation à La Réunion
. Maladies métaboliques : surpoids, obésité, diabète

Il y a une description précise du diabète dans les écrits indiens datant de 400
av. J.-C. Susrata décrit les deux types de maladies qui présentent les
symptômes du diabète : l’une touchant la population aisée et bien nourrie,
l'autre les personnes maigres. Susrata découvre la saveur sucrée des urines
douées de la propriété d'attirer les fourmis. Arétée de Cappadoce, médecin
ergrec qui vécut au I siècle ap. J.-C., fut le premier à décrire les symptômes
du diabète de façon claire et précise. Le terme latin de « diabetes » lui est
attribué.
eAu XVI siècle, Paracelse (1493-1541), médecin suisse, écrit : « Le diabète
est une maladie générale, une dégradation du liquide corporel (le sang) qui
passe par les reins, les fait chauffer et engendre une abondante élimination
d'urine. » Thomas Willis (1621-1675), médecin anglais, recommande de
goûter l'urine pour poser le diagnostic de diabète. Herman Von Fehling
(1812-1885) met au point une méthode d'analyse des sucres par la solution
qui porte son nom. En 1855, Claude Bernard (1813-1878), fondateur de la
médecine expérimentale, décrit le rôle du foie qui met le glucose en réserve
sous forme de glycogène et peut le transformer en glucose. Il fait du diabète
« un trouble général de la nutrition. » Paul Langerhans (1847-1888),
anatomo-pathologiste allemand, découvre que le pancréas contient à côté des
cellules sécrétant le suc pancréatique, d'autres cellules groupées en îlots qui
porteront son nom : les îlots de Langerhans. Joseph von Mering (1949-1908)
et Oskar Minkowski (1858-1931), deux autres Allemands, montrent que
l'ablation totale du pancréas chez le chien entraîne le diabète dit
pancréatique.
Frédérick Banting (1891-1941) et John Macleod (1876-1935) reçoivent, en
1923, le prix Nobel pour la découverte de l'insuline, qu'ils partagent de leur
propre initiative avec Charles Herbert Best (1899-1978) et James Bertram
Collip (1892-1965), codécouvreurs de l'insuline et injustement oubliés.

L'Association française des diabétiques a été créée en 1938. Le diabète gras
(diabète de type 2) est une maladie de la nutrition liée au surpoids et à
l'obésité. Le surpoids et l'obésité sont définis par l'indice de masse
6corporelle (IMC) d'Adolphe Quetelet (1794-1874), mathématicien et

6 La surcharge est définie comme un indice de masse corporelle (poids / taille exprimée en
mètres au carré) supérieur à 25. On parle d’obésité à partir d’un indice supérieur à 30.
13 statisticien belge. L’OMS considère surpoids, obésité et diabète comme
l’épidémie du siècle : on parle d'épidémie de « diabèsité. »

Le diabète à La Réunion

Dans les écrits portant sur La Réunion, il n'est pas fait mention du diabète
eavant la fin du XIX siècle. Mais preuve que le diabète y est ancré depuis
longtemps, la pharmacopée locale propose de nombreux remèdes dont force
est de constater que s’ils avaient eu une quelconque efficacité, le diabète
n’exercerait pas tant de ravages à La Réunion. Il s’agit de la rose amère,
margoze amère, tout ce qui contient du tanin, feuille d’avocat, mûrier, sornet
ou piquant (Bidens leucantha), herbes aux papillons (Heliotropium indicum)
et le jamblon (Suzygium jamblonanum). Il n’est pas rare, même en 2016, de
croiser sur le bord des chemins des Réunionnais cueillant des plantes
supposées les débarrasser de leur diabète.

Jean-Marie Mac-Auliffe évoque l'action des eaux de Cilaos dans le
traitement du diabète : « Il est bien certain que l’on ne peut espérer tirer de
l’usage des eaux de Cilaos dans le traitement du diabète, les mêmes effets
thérapeutiques que ceux que l’on obtient avec les eaux de Vichy plus
minéralisées. Cependant, dans le diabète intermittent, dans la glycosurie, ces
eaux à la dose de quatre à six verres par jour, aidées de bains chauds à 36
degrés, ne tardent pas à amender l’état des malades… C’est surtout aux
diabétiques obèses et dans les formes goutteuses du diabète, chez les
malades atteints en même temps de gravelle et de goutte, que les eaux de
Cilaos sont utiles. Elles ne réussissent pas dans le diabète chronique quand
7les diabétiques sont arrivés à la période de dénutrition . »

Mac-Auliffe souligne que ces pathologies de surcharge sont plus fréquentes
à l’île Maurice qu’à La Réunion : « Nos voisins de Maurice, ceux-là du
moins qui viennent nous visiter ont la réputation de faire habituellement
bonne chère, d’user largement des aliments azotés, de bon vin, de thé et de
faire par contre un exercice musculaire insuffisant. Il n’en faut pas davantage
pour expliquer la fréquence plus grande chez eux de toutes ces maladies par
ralentissement de la nutrition. » Cette définition très pertinente des causes et
des facteurs de risques de ces maladies de surcharge est toujours d’actualité
en 2016.

Menée entre 1999 et 2001 dans plusieurs régions de l’île, l’étude REDIA a
montré que 11,2 % des Réunionnais âgés de 30 à 69 ans étaient diabétiques,
soit quatre fois plus qu’en métropole. Pis, un tiers des personnes dépistées

7 Le traitement de ces formes repose sur l’insuline qui fut découverte en 1921-1922 par
Banting et Best.
14 ignoraient être diabétiques, soit une prévalence du diabète de 18 %. Souvent
méconnu des patients, souvent négligé car il ne fait ni souffrir, ni saigner, le
diabète - maladie silencieuse par excellence - n’est pas pris au sérieux par la
plupart des personnes atteintes, ce qui rend compte du taux de complications
très élevé, en dépit de traitements modernes efficaces. Plus de la moitié des
nombreux dialysés de La Réunion (trois fois plus de dialysés qu’en
métropole, en proportion) sont des diabétiques, contre moins d’un quart en
métropole. Le nombre d’hospitalisations pour « pieds diabétiques » est sept
fois plus élevé qu’en métropole, ainsi que pour les amputations qui en
résultent, à la suite de maux perforants plantaires négligés se compliquant
d’ostéomyélite.
8En 2009, La Réunion était caractérisée par la fréquence de diabète traité la
plus élevée de France, avec 8,8 % de la population sous traitement, soit le
double de la valeur nationale (4,4 %). Environ 3 900 Réunionnais ont été
nouvellement admis chaque année en affection de longue durée (ALD) pour
diabète de 2009 à 2011. Le diabète constitue le deuxième motif d’admission
en ALD (28 %) après les maladies cardiovasculaires (35 %), à la genèse
desquelles il contribue très largement, et devant les cancers. Trois-quarts des
admissions en ALD concernent des moins de 65 ans et le taux d’admission
pour diabète augmente avec l’âge jusqu’à 75 ans. À l’inverse de la
métropole et comme dans les autres départements d’outre-mer, la prévalence
féminine est plus forte (8,6 %) que la prévalence masculine (6,8 %) et les
diabétiques y sont plus jeunes : 59,6 ans versus 64,9 ans.
De 2008 à 2010, environ 240 décès annuels ont été directement reliés au
diabète, avec un quart de décès prématurés (survenant avant l’âge de 65 ans)
et deux fois plus de décès chez les hommes que chez les femmes. Le taux
standardisé de mortalité par diabète est 3,8 fois plus élevé à La Réunion
qu’en métropole (61 décès pour 100 000 habitants versus 16 pour 100 000
habitants). En raison du développement des facteurs de risque, la
morbimortalité liée au diabète est en constante augmentation, représentant un des
plus grands enjeux de santé publique de l’île.

La Réunion se distingue également par une forte prévalence de la
rétinopathie diabétique qui peut conduire à la cécité - un diabétique sur cinq
présente une atteinte de la vision - et par des complications rénales avec une
prévalence de la dialyse quatre fois supérieure sur l’île en 2009 par rapport à
la moyenne nationale.
Le mode de vie occidental, la tendance de plus en plus forte à l’obésité, le
vieillissement de la population, le fort taux d’illettrisme qui obère
l’éducation sanitaire, ainsi que la précocité de survenue du diabète à La
Réunion, laissent entrevoir un fort accroissement de la morbidité et de la

8 « Le diabète à La Réunion », Tableau de bord sur le diabète à La Réunion. ORS, décembre
2013, p. 1-4.
15 mortalité avec une explosion des dépenses de santé. Le coût annuel de la
prise en charge d’un patient diabétique est estimé à 4 000 euros à La
Réunion.
Ainsi, La Réunion n’échappe pas à la tendance mondiale dont le rapport
9mondial de l’OMS se faisait l’écho en avril 2015. « Le nombre de
personnes vivant avec le diabète ainsi que la prévalence de la maladie
augmentent dans l’ensemble des régions du monde. En 2014, 422 millions
d’adultes (8,5 % de la population) étaient atteints de diabète, comparé à 108
millions de diabétiques (4,7 %) en 1980. En 2014, plus d’un adulte sur trois
âgé de plus de 18 ans était en surpoids et plus d’un sur dix était obèse. En
2012, le diabète était à l’origine de 1,5 million de décès. Un taux de
glycémie plus élevé que le niveau optimal a provoqué 2,2 millions de décès
supplémentaires, en augmentant les risques de maladies cardiovasculaires et
d’autres affections. »
. Le surpoids et l’obésité à La Réunion

L’enquête Réconsal menée auprès des Réunionnais, de 1999 à 2001,
concluait en « une sédentarisation avec une faible pratique sportive, surtout
chez les femmes, et une place plus importante de la télévision » et en des
consommations de fruits, légumes et produits laitiers « insuffisantes au
regard des recommandations hygiéno-diététiques du Plan national nutrition
santé. » Force est de constater que ce constat s’accentue en 2016.
En 2011 et 2012, on notait 6 % d’obésité parmi les enfants de grande section
(école primaire), versus 3 % en 2005-2006. Une autre enquête réalisée entre
2006 et 2009 montrait que 23% des femmes réunionnaises étaient en
situation d’obésité, contre 18 % en France métropolitaine. Chez les élèves
èmedes classes de 6 , il était retrouvé 26 % de surpoids et 8,4 % d’obésité
durant l’année scolaire 2011-2012. Une enquête réalisée en 2015 par
l’Observatoire régional de la santé démontre que : « Chez les hommes, les
prévalences du surpoids et de l’obésité restent comparables entre la France
métropolitaine et La Réunion. »
Actuellement, 50 % des Réunionnais de plus de 18 ans sont en surpoids et
15 % sont obèses. Ces chiffres qui sont supérieurs à ceux de métropole où on
dénombre 32 % de la population en surpoids et 14,5 % obèse, ne font que
s'accentuer à La Réunion avec l’occidentalisation du mode de vie. De façon
inquiétante pour l’avenir, ces chiffres concernent également les enfants.

Ce constat vaut également pour les autres DOM-TOM dans lesquels la
bataille du sucre devrait faire rage. Claudine Robert-Hoarau, diététicienne et
nutritionniste nous livre quelques explications longtemps tenues cachées :

9 http://www.who.int/mediacentre/news/releases/2016/world-health-day/fr/
(Consulté le 7 avril 2016).
16 10« Selon une étude effectuée par l’ARS et la DAAF, les tonics et bitters
auraient une teneur en sucre à La Réunion de plus de 28 % que celle
contenue dans les produits fabriqués en Métropole et les yaourts aux fruits
de plus de 12 %. » Pour cette auteure : « Deux raisons expliquent cette
différence. La première est liée à des contraintes industrielles : La Réunion
ne produisant pas assez de lait, le recours au lait reconstitué à base de lait en
poudre est nécessaire. De ce fait, la teneur en lactose est plus importante et
par là même la teneur en glucides du produit fini. La deuxième se situerait
au niveau gustatif, des tests d’acceptabilité ayant été effectués sur des
consommateurs. » L’adoption d’une loi visant à aligner le taux de sucre des
aliments sur celui de métropole, en avril 2013, est une étape dans la lutte
multifactorielle contre le surpoids et l’obésité.
Mais la genèse du surpoids ne saurait être reliée uniquement au goût des
Réunionnais pour tout ce qui est très sucré. Elle est multifactorielle.
. Maladies cardiovasculaires

11 12La cardiologie en tant que spécialité médicale est très récente . C’est la
découverte de la vraie circulation sanguine par William Harvey (1578-1657)
qui a lentement ouvert la voie à la cardiologie physiopathologique dont
Richard Lower (1631-1691) a été le pionnier.
eC’est au XVIII siècle que les principales cardiopathies ont été décrites : les
valvulopathies par Raymond Vieussens (1614-1715) et les péricardites par
Jean-Baptiste Senac (1693-1770), un des pères de l’anatomo-pathologie
moderne qui a décrit l’apoplexie cérébrale.
eLe XIX siècle a vu l’apport décisif des techniques d’examen : le stéthoscope
(Laennec, 1816) ; la radiologie (Röntgen, 1895) : l’électrocardiogramme
(Einthoven, 1895), l’oscillomètre pour mesurer la pression artérielle
(Pachon, 1909) et bien plus tard l’échocardiographie par Edler et Hertz en
1954.
Dans sa Géographie médicale de l’île de La Réunion parue en 1903,
Merveilleux évoque les maladies du système circulatoire : « Les décès dus
aux affections qui relèvent de la circulation sont au nombre moyen annuel de
138, représentant 2,4 p.100 du chiffre total de la mortalité. Tandis qu’à Paris
la mortalité par maladie de cœur est de 13,4, à Berlin de 9 et à Bruxelles de
17,4, elle est seulement de 7,96 à La Réunion : mais à ne considérer que
Saint-Denis en particulier, elle atteint 26,8 pour 10 000 habitants. Rares

10 ARS : Agence Régionale de Santé.
11 e Rullière R., « La cardiologie jusqu'à la fin du XVIII siècle ». In Histoire de la médecine,
de la pharmacie, de l'art dentaire et de l'art vétérinaire. Tome III, pp. 295-320. Albin
Michel/Laffont/Tchou, 1977.
12 e Rullière R., « Histoire de la cardiologie du XIX siècle à l'époque contemporaine ». In
Histoire de la médecine, de la pharmacie, de l'art dentaire et de l'art vétérinaire. Tome IV,
pp. 51-109. Albin Michel/Laffont/Tchou, 1977.
17 jusqu’à 20 ans, les décès dus aux maladies du cœur se font de plus en plus
nombreux jusqu’à la vieillesse, ce qui correspond bien au degrés d’usure du
système. Ils sont à peu près également répartis dans les divers mois de
l’année. »
Merveilleux rajoute à propos de la vieillesse : « Lorsque la machine a
fonctionné durant de longues années, vient un moment où les ressorts les
mieux entretenus ne peuvent plus suffire à leur service, ce moment est celui
de la mort par vieillesse. Les décès de cette origine sont au nombre annuel
moyen de 360, ce qui représente 6,46 p.100 de la mortalité générale.
D'ailleurs, ce titre est destiné à disparaître des statistiques futures, puisque
l'on meurt toujours par insuffisance d'un appareil plutôt que d'un autre et que
c'est aux maladies de cet appareil qu'il y aura lieu de rattacher les décès
réunis actuellement sous le nom de vieillesse. »

En 2016, en raison à la fois de l’augmentation du nombre de personnes âgées
et de la modification des comportements nutritionnels dus à l’amélioration
des conditions de vie et à une transition épidémiologique très rapide, les
maladies cardiovasculaires représentent désormais à La Réunion, comme
dans la plupart des pays développés, le fardeau le plus lourd en terme de
morbidité et de mortalité.
Plus d'un quart de la population mondiale adulte (26,4 %) souffre
d'hypertension artérielle. En France, selon une étude de l'Assurance maladie,
10,5 millions de personnes étaient traitées pour hypertension en 2006, soit
près d'un adulte sur six. Au cours de la période 2007-2009, environ 40 000
réunionnais bénéficiaient de l’exonération du ticket modérateur au titre
d’ALD d’origine cardiovasculaire, dont 22 548 pour une hypertension
artérielle sévère. Il y a eu 4 800 nouvelles admissions annuelles en ALD
pour ce motif de 2007 à 2009. Ces admissions dont le nombre a doublé
depuis l’an 2000, surviennent essentiellement entre 45 et 74 ans.
Près d’un décès par maladie cardiovasculaire sur quatre survient avant l’âge
de 65 ans versus un sur dix en métropole, soit une mortalité prématurée de
270 personnes chaque année, des hommes dans 70 % des cas.
13Selon l’Observatoire régional de la santé de La Réunion , les maladies de
l’appareil circulatoire constituent la première cause de mortalité avec 1 100
décès en moyenne chaque année de 2007 à 2009, soit 28 % des décès. À
l’origine d’un tiers des décès, elles sont pour une grande partie les
conséquences négligées de plusieurs années d’évolution du diabète et de
14l’hypertension artérielle, notamment les cardiopathies ischémiques - liées à
l’obstruction des artères coronaires - qui représentent 25 % des décès par

13 Observatoire Régional de la Santé, La Réunion, « L'hypertension artérielle à La Réunion »,
septembre 2012, 1-4.
14 Observatoire Régional de la Santé. La Réunion, « Les cardiopathies ischémiques à La
Réunion. » septembre 2012, 1-4.
18 15cardiopathie. Les accidents vasculaires cérébraux causent 400 décès
annuels, soit 9 % des décès, et environ 1 200 séjours hospitaliers.
Bien que la mortalité régionale soit en nette décroissance, comme en France
métropolitaine (moins 50 % en 20 ans), elle reste 1,4 fois plus élevée qu’en
métropole. L’est de l’île détient le taux de mortalité le plus élevé témoignant
d’une sous médicalisation, alors que l’ouest présente le taux d’admission en
ALD le plus élevé, témoignant vraisemblablement d’une meilleure
médicalisation.
Alors que la sédentarité est un facteur de risques des maladies
cardiovasculaires et de mortalité, rappelons que 60 % des Réunionnais
auraient une activité physique inférieure à celle préconisée par le Plan
national nutrition santé et l’OMS, soit moins de 30 minutes par jour.
. Insuffisance rénale chronique

Au plan national, la prise en charge de l’insuffisance rénale chronique – le
plus souvent conséquence du diabète et de l'HTA sévère - représente près de
2 % des dépenses de santé. La prise en charge annuelle d’un dialysé coûte
environ 100 000 euros, soit huit fois plus que la prise en charge d’un patient
qui a bénéficié d’une greffe rénale.
L’île comptait à la fin 2014, 1 700 patients atteints d’insuffisance rénale
chronique terminale et donc dialysés, soit une prévalence deux à quatre fois
plus élevée qu’en métropole, en proportion. Trois cent quarante sept
personnes étaient porteuses d’un greffon rénal fonctionnel et 1 100 étaient
dialysées.
À population égale, il y avait 3,8 fois plus de dialysés à La Réunion qu’au
plan national et un âge moins élevé : 60,4 ans versus 66, 2 ans en métropole.
Le diabète est responsable de 50 % des insuffisances rénales chroniques
terminales nécessitant le recours à la dialyse, soit proportionnellement deux
fois plus qu’en métropole. Les autres causes d’insuffisances rénales
chroniques terminales sont l’hypertension artérielle (17 %) et les
16glomérulonéphrites (12 %).
Les patients sont traités par hémodialyse (rein artificiel) dans 93 % des cas et
par dialyse péritonéale seulement dans 7 % des cas. L’insuffisance rénale
chronique terminale est en pleine expansion avec chaque année, environ 200

15 Observatoire Régional de la Santé, La Réunion, « Les maladies vasculaires cérébrales à La
Réunion », décembre 2012, 1-4.
16 Affection des glomérules (structures du cortex rénal), le plus souvent mais pas toujours
d'origine inflammatoire touchant les deux reins. Elle peut être responsable d'hématurie et/ou
de protéinurie (respectivement présence de sang et de protéines dans l'urine). Les
glomérulonéphrites sont le plus souvent primitives (sans cause établie), mais reconnaissent
également des causes infectieuses ou auto-immunes.

19 nouveaux patients admis en ALD, 25 décès et 1 200 séjours hospitaliers
concernant environ 1 000 patients.
La Réunion compte 20 médecins néphrologues, soit une densité de 2,5 pour
100 000 personnes versus 2 en métropole. Malgré cela, environ un tiers des
patients débutent la dialyse en urgence ; l’insuffisance rénale chronique étant
une maladie silencieuse d’une part, et le dépistage étant largement défaillant,
d’autre part.

La prise en charge hospitalière est assurée par les deux services de
néphrologie du CHU (Groupe hospitalier Sud Réunion et centre hospitalier
Félix Guyon). L’hôpital Félix Guyon dispose de l’autorisation pour réaliser
les greffes rénales. La première greffe rénale y a été réalisée en 1987, ainsi
que le premier prélèvement de rein par Firoze Koytcha, chirurgien sportif et
très polyvalent. L’implantation du service de Neurochirurgie dans le Groupe
hospitalier Sud Réunion fait de cet établissement le principal pourvoyeur de
greffons rénaux prélevés chez des patients en état de mort cérébrale. Les
greffons viennent également de métropole ou bien y sont expédiés en cas de
non compatibilité tissulaire avec des receveurs locaux.
Depuis une dizaine d’années, environ une trentaine de greffes rénales sont
réalisées chaque année. Malgré un taux de prélèvements de reins supérieur à
celui de la métropole (27,9 donneurs prélevés par millions d’habitants versus
23,6 en métropole) et la possibilité de greffer sur l’île les deux reins
prélevés, l’offre ne suffit pas à répondre aux besoins locaux, alors que 150
patients sont inscrits sur la liste d’attente.

Hormis les deux services de dialyse situés dans ces deux hôpitaux et réservés
aux patients particulièrement à risques, La Réunion dispose de sept unités de
dialyse médicalisées pour les patients stables dont l’état ne nécessite pas de
présence médicale permanente, de dix unités d’autodialyse gérées par des
infirmières et de trois unités de dialyse à domicile ou dialyse péritonéale. La
plupart des centres extrahospitaliers sont gérés par deux associations :
AURAR (Association pour l’utilisation du rein artificiel à La Réunion, créée
en 1981) et ASDR de création plus récente (Association de soins à domicile
de La Réunion).

Les greffes de cornée sont également pratiqués, à raison d’une cinquantaine
par an, momentanément interrompues par l’épidémie de chikungunya, en
2006.
En revanche, les greffes cardiaques qui ne concerneraient que cinq à dix
patients par an, n’étaient pas encore réalisées à La Réunion en 2016, pas plus
que les greffes de foie.

20 . Cancers

17On doit à Hippocrate les premières observations de cancers de la face, des
seins, de l'utérus et de l'estomac dont il note le signe capital qu'est le
melaena, c’est à dire l’émission de sang noir digéré et nauséabond dans les
selles. Ambroise Paré (1509-1590), chirurgien et anatomiste, illustre son
livre sur les tumeurs par un crabe. Il écrit que le cancer doit être extirpé
lorsqu'il est encore à son début « par l'œuvre manuelle du chirurgien. » La
chirurgie est, dès cette époque, le moyen le plus efficace pour tenter
d’obtenir la guérison du cancer du sein. Les bases anatomiques et tissulaires
des cancers sont apportées par les médecins et chirurgiens français : Marie
François Xavier Bichat (1771-1802), René Théophile Hyacinthe Laennec
(1781-1826) et Jean Cruveilhier (1791-1874). Pour Rudolph Virchow
(18211902), médecin pathologiste allemand, « toute cellule naît d'une autre cellule
[…], la tumeur provient d'une cellule de l'organisme dans lequel elle se
développe. »
eLe XIX siècle est celui de la carcinologie expérimentale avec Alexis Carrel
(1873-1944). Le traitement des cancers du sein, d'abord local ou
locorégional, se précise avec tout d’abord William Stewart Halsted
(18521922), inventeur des gants chirurgicaux par amour pour sa belle infirmière
aide-opératoire et future épouse. La radiothérapie se développe avec
JeanAlban Bergonié (1857-1925) et Gustave Roussy (1874-1948). Suivent les
traitements du cancer à visée générale, tels l'hormonothérapie, la
echimiothérapie, puis l'immunothérapie à la fin du XX siècle.
En 2016, le cancer n'a pas encore livré tous ses secrets, mais des facteurs
carcinogènes sont maintenant bien connus, tels l’hérédité, le tabac, l'alcool,
les virus des hépatites B et C, les rayons ultra-violets, l’amiante… Des
guérisons sont obtenues dans certains cancers, comme la maladie d'Hodgkin
ou le néphroblastome de l'enfant.
Au plan national, la Ligue nationale française contre le cancer a été créée par
Julien Godart (1871-1956), homme politique français, avant de devenir, en
1934, l'Union Internationale contre le Cancer.

Il est peu fait mention des cancers dans les écrits portant sur La Réunion. De
Lescouble mentionne dans ses cahiers, le 20 novembre 1822 : « Eugène est
très malade d’un cancer à la langue » et le 30 septembre 1833 : «
Mademoiselle Hoareau qui a un commencement de cancer du sein »… Les
emédecins exerçant à la fin du XIX siècle ne mentionnent pas les cancers
parmi les maladies « locales » à La Réunion. Ainsi, Merveilleux traite

17
Cabanne F., Gérard-Marchant R., Destaing F., « Histoire du cancer », In Histoire de la
médecine, de la pharmacie, de l'art dentaire et de l'art vétérinaire. Tome VIII, pp. 65-95.
Albin Michel/Laffont/Tchou, 1977.

21 essentiellement des maladies infectieuses, parasitaires ou microbiennes,
comme le paludisme ou la lèpre. Lorsqu'il évoque les maladies d'organe, il
ne parle pour les maladies du foie que d'hépatites suppuratives et pour les
maladies de l'utérus, que d'accidents de l'accouchement ou la puerpéralité.
Actuellement, les tumeurs occupent la deuxième cause de mortalité à La
Réunion avec 21 % des décès. Elles rendent compte de 31 % des décès chez
les personnes âgées de 45 à 64 ans, de 25 % de 65 à 84 ans, de 13 % de 25 à
44 ans et de 10 % chez les plus de 85 ans. Certaines tumeurs sont plus
meurtrières à La Réunion qu’en métropole. Il s’agit chez les hommes, du
cancer de l’œsophage et de l’estomac (deux fois plus) et de celui des lèvres
(+ 50 %). Chez les femmes, il s’agit des cancers de l’œsophage (+ 20 %), de
l’estomac (+ 40 %), du foie (2 fois plus) et du col de l’utérus (1,6 fois plus).
En moyenne, chaque année, plus de 1 900 personnes ont été nouvellement
admises en ALD pour des cancers au cours de la période 2010-2012. Au
cours de la même période, près d’un millier de décès par cancers ont été
dénombrés. Cependant, en raison de la jeunesse de la population, l’incidence
des tumeurs cancéreuses est inférieure à celle de la métropole, à l’exception
notable des cancers de l’œsophage chez l’homme et du cancer du col de
l’utérus chez la femme.
Toutefois, cette incidence est en voie d’augmentation régulière à cause du
vieillissement de la population et de la forte consommation de tabac et
d’alcool, comme en témoigne la fréquence plus élevée des cancers
aérodigestifs. L’importance de la maladie alcoolique et du tabagisme aggravera
la situation dans les années à venir, créant une véritable transition
épidémiologique des cancers sur l’île.
À La Réunion, les trois principales localisations du cancer chez l’homme
sont la prostate (23 %), la trachée – bronches – poumons (13 %) et les lèvres
– bouche – pharynx (10 %). Chez la femme, le cancer du sein vient en tête
(29 %), puis le cancer du colon – rectum (12 %), suivis du cancer de l’utérus
(11 %).
. Affections de longue durée

L’importance des pathologies chroniques se mesure par le nombre des
patients qui sont redevables d’un remboursement intégral des soins liés aux
maladies chroniques, dites affections de longue durée (ALD). Au 31
18décembre 2011, près de 134 000 Réunionnais étaient inscrits en ALD , dont
54 % de femmes et 59 % de patients âgés de moins de 65 ans. Le taux de
patients inscrits en ALD en 2011 était plus élevé qu'en métropole : soit un
taux standardisé de 23 patients pour 100 habitants versus 19 pour 100
habitants en métropole. La responsabilité des patients ne serait pas seule en
cause, car selon l’Agence régionale de la santé, la surveillance médicale

18 Lettre de l'ORS n°19 du 23 août 2013.
22 « reste insuffisante et parfois très éloignée des bonnes pratiques. » Les
principaux motifs d'inscription en ALD sont le diabète (31 % des patients
inscrits), l'hypertension artérielle sévère (17%), les cancers (7 %) et les
affections psychiatriques de longue durée (7 %).

Chaque année, environ 14 000 nouvelles admissions en ALD ont été
enregistrées dans l'île au cours de la période 2008-2011. En 2011, le nombre
d'admissions en ALD a diminué, mais seulement en raison de la suppression
de l'hypertension artérielle sévère de la liste des ALD au 30 juin 2011.
23 Chapitre 2 - Histoire d’autres maladies non transmissibles

- Béri-béri

Le nom béri-béri vient du cingalais - la langue de la population majoritaire
du Sri Lanka - et signifie « Je ne peux pas, je ne peux pas », la fatigue étant
l'un des symptômes cardinaux du béri-béri.
Mention est faite du béri-béri dans le Kin-Fi, traité fondamental de la
médecine chinoise, datant de l'an 200 environ ap. J.-C. Mais la première
description de la maladie se trouve dans un traité chinois de pathologie du
eVI siècle, le Sen-Kin-ho, dans lequel le béri-béri est décrit sous le nom de
kakke (maladie des jambes chez les Chinois et chez les Japonais). À la fin du
eX siècle, on distinguait déjà en Chine une forme sèche (kan-kak-kô) et une
forme humide (shu-kak-ke).

Ce furent les médecins hollandais de la Compagnie des Indes néerlandaises
equi firent connaitre le béri-béri en Europe au milieu du XVII siècle. Jacob
de Bondt également connu sous le nom de Jacobus Bontius (1591-1631),
envoyé par la Compagnie des Indes à Batavia en 1627, en donna la première
description en 1630.

L'implication d'un facteur nutritionnel fut suspectée par un médecin de la
marine impériale japonaise, Takaki Kanehiro (1849-1920) qui avait fait ses
études de médecine en Grande-Bretagne. Endémique au Japon, le béri-béri
décimait la marine japonaise alors qu'il était exceptionnel dans les marines
occidentales. Kanehiro avait remarqué que le béri-béri touchait les matelots
nourris presque exclusivement au riz blanc alors que les officiers, dont le
régime alimentaire était diversifié, souffraient rarement du béri-béri. Il put
convaincre la marine impériale japonaise de donner une meilleure
alimentation aux marins avec viande, lait, pain et légumes, ce qui élimina
rapidement le béri-béri de la flotte japonaise.
Cependant, la cause réelle de la maladie restait mystérieuse et des
observations anatomiques laissaient supposer une origine infectieuse.
C’est alors que Cristiann Eijkman (1858-1930), médecin hollandais de
l'armée des Indes néerlandaises, fit une découverte en partie accidentelle. Il
remarqua que les poulets dont l'alimentation avait été récemment modifiée
présentaient une polynévrite sévère ressemblant au béri-béri. Il montra que
cela était en rapport avec le riz poli venant des cuisines et que lorsque les
poulets étaient nourris avec un mélange de riz et de son, ils guérissaient. En
appliquant le même traitement aux prisonniers du pénitencier de Java, dont il
fut directeur de 1888 à 1896, il fit disparaître le béri-béri. Cette notion
nouvelle facilita la compréhension de l'étiologie et par voie de conséquence
la prévention.
25 En 1901, un autre médecin hollandais, Gerrit Grijns (1865-1944) émit
l'hypothèse que le composant dont la carence provoque le béri-béri et la
polynévrite aviaire était une substance indispensable au métabolisme du
système nerveux. Il conclut que le béri-béri était du à l'absence d'un
nutriment essentiel dans l'alimentation. Plus tard en 1912, un chimiste
polonais, Casimir Funk (1884-1967) isola cette substance dans la cuticule
qui enveloppe le riz et la dénomma vitamine, raccourci de « vitale-amine. »
Elmer Mac Collum, biochimiste américain (1879-1967) lui donna en 1916 le
nom de « B hydrosoluble. » En 1936, Robert R. Williams (1886-1965), autre
chimiste américain, et Adolf Otto Reinhold Windaus, chimiste allemand
(1876-1959), isolèrent le « anti-beri-beri factor » et lui donnèrent le nom de
thiamine.
De ce bref rappel historique, il découle que le béri-béri est du à une carence
en vitamine B1 encore dénommée thiamine. Il s’observe chez l’enfant et
chez l’adulte nourris exclusivement au riz poli - riz blanchi dont l’enveloppe,
le son et le germe ont été enlevés - et chez le nourrisson lorsque la mère est
carencée. La vitamine B1 naturellement présente dans la cuticule du grain de
riz disparaît lors du polissage industriel des grains, nécessaire à l'obtention
du riz blanc.
Cliniquement, le béri-béri se présente sous deux formes : le béri-béri humide
caractérisé par une atteinte cardiaque (insuffisance cardiaque, myocardite,
péricardite et risque de mort subite) et le béri-béri sec caractérisé par une
atteinte neurologique qui est une polyneuropathie axonale ascendante
sensitivomotrice.

Les médecins français ne pouvaient de désintéresser d'une question dont
dépendait en partie l’avenir colonial de La France. Plusieurs des possessions
lointaines, l'Indochine en particulier, étaient « désolées » par le béri-béri.
Maladie de la famine et de la misère, le béri-béri a surtout été observé par les
Français dans les collectivités, en particulier dans les prisons. L’exemple le
plus connu est celui de l’épidémie de béri-béri du pénitencier de Poulo
Condor, situé à 230 km de Saigon dans la mer de Chine méridionale, créé
par la colonisation française en 1862. Une épidémie de béri-béri a
littéralement vidé le bagne en 1897-1898. Cinq cent cinquante détenus sont
erdécédés du 1 octobre 1897 au 31 décembre 1898, dont 405 de béri-béri.
L’alimentation défectueuse avait été suspectée car le béri-béri frappait les
détenus indigènes, mais ni les détenus européens, ni les gardiens indigènes,
ni les détenus indigènes détachés comme boys ou comme employés du
bagne. L'alimentation des prisonniers consistait en 800 g de riz et 200 g de
poisson salé par jour, plus deux fois par semaine 100 g de légumes verts et
250 g de viande de porc. En fait, ce supplément n'était servi que deux fois
par mois. Le riz ne fut pas incriminé, mais une alimentation régulière avec
vivres frais, légumes verts, condiments et fruits fut recommandée à
l’administration pénitentiaire. Cependant, la mortalité par béri-béri se
26 19 20poursuivit car elle s’éleva, d'après Edouard Jeanselme , à 582 pour 1000
prisonniers en 1908.

Le béri-béri avait été observé à Madagascar en 1886 dans la Compagnie de
tirailleurs sakalaves de Diego-Suarez, incorporés dans les troupes françaises.
21Cette affection, écrit le docteur Adrien Cartier , « constitue à proprement
parler la seule que j'ai observée chez les tirailleurs sakalaves ; elle résume
leur pathologie : car elle fournit 88 pour 100 de la morbidité de cette
compagnie et la totalité des décès qu'ils ont offerts relève du béri-béri […].
La seule forme observée est la forme hydropique, tant chez les travailleurs
que chez les ouvriers de couleur ou les prisonniers qui m'ont également
fournis quelques cas [...]. Comme conclusion, j'attribue à une alimentation
insuffisante le rôle primordial dans le béri-béri ; mais cette influence ne
suffit pas et ne doit pas faire négliger le froid, que je place au second rang
dans l'ordre étiologique. »

L’un des deux auteurs de cet ouvrage, médecin militaire à Ananalava
(Nordouest de Madagascar) au début des années 1960, était chargé du service
médical de la prison de Nosy-Lava dans une île au large d’Ananalava qui
comptait 800 détenus. À son arrivée, il a observé une épidémie de béri-béri
touchant un prisonnier sur dix. L’alimentation était uniquement basée sur le
poisson et le riz blanc.

e Au milieu du XIX siècle, le béri-béri était fréquent parmi les engagés
indiens dans les plantations et les usines de La Réunion, ce qui en dit long
sur la pauvreté de leur alimentation pendant la traversée de l’Inde à La
Réunion, et surtout dans les plantations. Seules la symptomatologie et la
gravité potentielle de la maladie étaient connues. Le béri-béri était encore
confondu avec d'autres affections, en particulier la maladie appelée Barbiers
dont nous avons abondamment parlé dans le premier tome de cet ouvrage.
Ce sont les auteurs anglais qui ont dénommé Barbiers le béri-béri, dont ils
décrivaient une forme chronique qui correspond au béri-béri sec ou
neurologique et une forme aiguë qui correspond au béri-béri humide ou
cardiaque.

En 1865, Jean-Marie Mac-Auliffe, alors médecin de la Marine, étudie l’état
sanitaire du personnel de l’établissement de la Rivière Dumas : « Depuis dix
ans, l'effectif du personnel employé à l'exploitation de la sucrerie de la

19 Jeanselme E., Le béri-béri, monographie publiée dans l'Encyclopédie scientifique des
Aides-mémoires, Masson, 1906.
20 Jeanselme E., « Le béri-béri », Bulletin de la Société de Pathologie Exotique, 1910, 3, 8-12.
21 Cartier A., « Contribution à la géographie médicale. Diego-Suarez », Archives de médecine
navale, 1888, 50,178-185.
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