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La diabolisation de la femme

De
203 pages
Au commencement était la peur de la femme. Au terme est toujours la peur de la femme. Entre les deux, il y a eu la fumée des bûchers. Le christianisme a été le véhicule souvent complaisant de la peur et de la haine de la femme, sans en être l'initiateur. Il a par contre inventé sa diabolisation. Du 14e au 20e siècle Alain Piot nous invite à un parcours inventaire de ce qu'il appelle l'héritage, avec un séjour prolongé, de la Renaissance aux Lumières.
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LA DIABOLlSATION
On brûle

DE LA FEMME
une sorcière

Illustration

de couverture: Bordeaux.

Daniel Serree,

www.artabus.comlfrench/serrec/

Alain PlOT

LA DIABOLISATION DE LA FEMME
On brûle une sorcière

Préface

d'Yvonne

Knibiehler

essai

L' H~mattan

<QL'Harmattan, 2009 5-7, rue de l'Ecole polytechnique;

75005

Paris

http://www.librairieharrnattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-07883-3 EAN : 9782296078833

À Maudy, ma bruixa bien-aimée

Sommaire

1ère Partie: On brûle une sorcière 2ème Partie: La diabolisation de la femme

p. 27
p. 91 p. 131

3ème Partie: D'héritage en héritage

Préface
Qu'est-ce que la sorcellerie?
Yvonne Knibiehler1

Nous voudrions croire, nous occidentaux, que les progrès de la pensée scientifique ont eu raison du diable, de ses pompes, de ses oeuvres et de ses acolytes. Pourtant, même en Occident, ceux qui croient encore à « l'empire du mal» ne sont pas rares, et ne se laissent pas oublier En même temps, si l'on écoute les anthropologues, « la pensée sauvage» conserve aujourd'hui une emprise considérable sur nos élaborations mentales et sur nos comportements. Mais pourquoi l'auteur de ce livre focalise-t-il sur les femmes? Alain Piot est l'époux d'une personne handicapée, non voyante. Il a participé avec elle à la fondation d'une association très militante2, en vue de soutenir des femmes qui subissent, comme une double malédiction, leur handicap et leur appartenance au sexe faible. Certaines assument, en plus, la condition d'immigrées: or, dans les pays d'Afrique qu'elles ont quittés, le handicap est souvent considéré comme maléfique. L'auteur de ce livre partage à la fois la souffrance de ces femmes et leur admirable énergie. C'est là, assurément, sa principale motivation. Il veut nous obliger à réfléchir avec lui sur ce qu'il appelle la diabolisation des femmes. Il y parvient aisément, car son écriture est à la fois dynamique et limpide, on le lit avec émotion. Les trois parties de son ouvrage nous conduisent, en marche régressive, du présent vers le passé. La première partie suggère que la « chasse aux sorcières» est intemporelle et s'est poursuivie au 20ème siècle; la seconde partie analyse le moment fort de la diabolisation, à savoir les 1Sème, 16ème et 17ème siècles; la troisième partie, recherche les origines anciennes de ce phénomène, présenté comme un héritage. Dans un premier temps, Alain Piot s'interroge à propos de certaines «chasses aux sorcières» relativement récentes. Sa vaste culture lui permet de multiplier les exemples significatifs. Les femmes tondues
1

Historienne,

spécialiste

de l'histoire des femmes.

Professeur

émérite de l'Université

d'Aix-en-Provence. 2 « Femmes pour le Dire, Femmes pour Agir », 16 rue Emile Duclaux, 75015, Paris. 11

au lendemain de la Libération étaient-elles perçues comme des sorcières? Et les victimes du maccarthysme ? Plus loin de nous, que faut-il penser des protagonistes du film de Carl Dreyer, Dies irae? Et comment comprendre « l'inversion des rôles» que l'on observe dans l'histoire des « possédées» de Loudun, ensorcelées par un prêtre? Ces divers exemples obligent à réfléchir à la fois sur la permanence et sur les aspects déconcertants d'un phénomène qui échappe à toute rationalité. Qui a peur? Est-ce du diable que l'on a peur? Sinon de qui, de quoi? En vérité, d'autres exemples, qu'Alain Piot n'évoque pas, tendent à mettre en évidence une tendance nouvelle à l'inversion des rôles. De nos jours, les «apprentis sorciers» appartiennent à deux catégories. Les uns sont les traders qui pratiquent le culte du veau d'or, en spéculant sur des valeurs virtuelles, au risque de plonger la planète entière dans la ruine et le désarroi. Les autres manipulent les gamètes et les embryons humains: ils procurent aux femmes des moyens sûrs d'éviter les grossesses, ils savent féconder les filles vierges et les femmes ménopausées, ils fabriqueront peut-être bientôt des utérus artificiels, des êtres hybrides, des clones. Les sorcières d'antan n'ont jamais disposé de pouvoirs comparables. Et pourtant aucune véritable chasse aux sorcières n'est organisée contre ces magiciens. \I serait peut-être temps de se demander si les sciences entretiennent des rapports avec le démon, et quels sont ces rapports. La seconde partie du livre, la mieux documentée, m'a paru aussi la plus agréable à lire. Alain Piot reprend attentivement toutes les études concernant la chasse aux sorcières, domaine déjà bien exploré. Sa mise au point est éclairante. Le début et l'expansion de ces violences sont bien insérés dans le contexte d'une révolution culturelle qui donne au démon un véritable statut, et qui invite à le traquer de préférence parmi les filles d'Eve, en raison même de leur sexe. La panique des inquisiteurs, qu'ils soient prêtres ou juges, invente des coupables, les réduit aux aveux, et les livre au bûcher. On regrette un peu que le déclin, puis la disparition de la chasse aux sorcières, au seuil de l'âge des Lumières, ne soient pas aussi bien élucidés. Certains travaux historiques permettent pourtant de voir comment, à partir de la Renaissance, le monde des femmes est progressivement passé sous le contrôle des pouvoirs masculins, subordination rassurante pour le sexe fort.

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Les travaux de Jacques Gélis3 montrent que les chirurgiens et les médecins s'emparent peu à peu des savoirs concernant la naissance : ils n'écartent pas les sages-femmes, mais avec l'aide des pouvoirs publics, ils les contraignent à s'organiser en corporations étroitement surveillées. Or le rôle social des sages-femmes était capital, quoique informel (Alain Piot ne l'ignore pas) : elles encadraient pleinement la fonction maternelle en accompagnant les femmes à ces moments sensibles de l'enfantement où les filles d'Eve sont particulièrement vulnérables et dépendantes. Matrones et sages-femmes restaient attachées à une complicité féminine traditionnelle elles transmettaient des recettes empiriques ou magiques de contraception, d'avortement, de remèdes et de poisons discrets. Leur mise sous tutelle a permis de démanteler des pans entiers d'une culture féminine autonome. La fonction de reproduction est devenue l'affaire des hommes. La médicalisation galopante de l'obstétrique au 20ème siècle a confirmé cette transformation. Les recherches d'Eliane Viennot4 sur la loi salique analysent une autre victoire masculine: les juristes de la Renaissance ont construit une doctrine écartant les femmes de tout pouvoir souverain. Après la Fronde, il n'y aura plus, en France, de femmes engagées dans les luttes politiques, il n'y aura même plus de grandes reines. Pendant la Révolution, Marie-Antoinette, sera encore qualifiée de sorcière. Mais ensuite, les tricoteuses, au temps de la Terreur, et plus tard les pétroleuses, au temps de la Commune de Paris, ne sont plus des sorcières, seulement des femmes cruelles, criminelles, «dénaturées». Quant aux premières féministes, elles ont fait peur, elles aussi5; mais leurs adversaires se sont contentés de les tourner en ridicule, autant qu'ils ont pu. La dé-diabolisation modernité. des femmes coïncide avec la progression de la

Alain Piot consacre la dernière partie de son ouvrage à réfléchir sur les origines de la diabolisation des femmes. Avec d'autres auteurs, il soutient l'idée que la diffusion du monothéisme a joué un rôle déterminant: l'élimination des grandes déesses fait place à un Dieu tout puissant forcément masculin. Cependant les chapitres qu'il
3 Voir en particulier: Gélis, Jacques, 1988. La sage-femme et le médecin. Une nouvelle conception de la vie.. Paris: Fayard. Et: 1989. Accoucheur de campagne sous le Roi-Soleil. Paris: Imago.
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Viennot, Eliane. 2008. La France, les femmes et le pouvoir. [2]. Les résistances de
Paris: Perrin. 1987. L'identité masculine en crise. Collection Histoire.

la société (XVIIe-XVIIe). 5 Maugue, Annelise. Marseille: Rivages.

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consacre à l'apôtre Paul, à Augustin, évêque d'Hippone, et à Luther paraissent un peu décalés par rapport au sujet qu'il traite: on perd de vue les femmes diabolisées pour examiner le problème du mal et la prédestination. Certes, la culture chrétienne, l'héritage dit Alain Piot, n'est pas pour rien dans la diabolisation des femmes. Il est plus un véhicule, dit-il, qu'une cause. La construction de cet héritage est aujourd'hui en grande partie élucidée grâce aux acquis des sciences humaines. Pourquoi les hommes ont-ils peur des femmes? Pourquoi tiennent-ils tant à les dominer. ? Des réponses convaincantes sont proposées par les psychanalystes, et par les anthropologues Les psychanalystes évoquent la toute puissance de la mère. Le petit enfant dans son berceau se découvre entièrement dépendant de cette femme qui n'est pas toujours bienfaisante. L'adulte gardera la marque inconsciente de cette dépendance absolue; à certains moments difficiles de sa vie, il revivra ses paniques de nourrisson; à certaines époques troublées de l'histoire, des collectivités entières céderont à des paniques irrationnelles. Les humains ne sont pas de simples mammifères, ils sont doués de conscience et de mémoire, pour le meilleur et pour le pire. La peur de la mère, particularité humaine, est aussi un facteur de l'histoire. D'un autre côté, le culte de la Vierge-mère exprime les fantasmes du fils, qui se plait à imaginer sa mère comme un bien personnel, préservée des copulations charnelles et des accouchements sanglants: d'où l'horreur de la sexualité des sorcières Les anthropologues, pour leur part, expliquent pourquoi dès le début de l'hominisation, la différence des sexes a constitué une source d'inquiétude et de complications. Elle pose en effet deux problèmes inéluctables et indissociables: la sexualité et la reproduction. Primo, chez les humains, la sexualité n'est plus un instinct: elle est érotisée, transfigurée en amour, passion, attachement. L'homme amoureux ne peut se passer de celle qu'il désire, il a bientôt conscience de tomber dans une nouvelle dépendance. Pour ne pas être dominé, il veut dominer. Secundo, il constate que les enfants des deux sexes sont mis au monde par les seules femmes. Pour se reproduire en tant que mâle, il est obligé de passer par une femme: il la veut donc à sa disposition, vierge et docile. Ces soucis lancinants ont trouvé remède dans l'institution, quasi universelle, du mariage: chaque homme, avec l'accord de la collectivité à laquelle il appartient, prend possession d'une partenaire sexuelle et des petits qu'elle produira. Mais l'institution du mariage n'a pas tout résolu: le corps féminin, dans sa différence, est resté longtemps, pour les hommes, mystérieux et inquiétant, tant dans l'ordre de la jouissance que dans celui de la fécondité. D'où la peur des sorcières, symboles du féminin qui sait échapper à la maîtrise masculine. 14

exploré, Au 21ème siècle, le corps des femmes a été minutieusement ainsi que le « continent noir» de leur psychisme. Et pourtant, la domination masculine ne disparaît pas: elle se recompose sans cesse en s'adaptant à tous les contextes. Même si les femmes ont aujourd'hui accès à toutes les activités naguère réservées aux hommes, elles n'y sont presque jamais en position de pouvoir, leurs initiatives et leurs décisions restent sous contrôle. Cela parce que l'identité masculine reste fragile pour les raisons indiquées ci-dessus: les hommes ont tant besoin de se sentir forts! Il appartient aux femmes de les rassurer, de les apprivoiser, de les avertir. Qu'il me soit permis, pour finir, de proposer une définition du féminisme. Le féminisme est l'autre face, trop longtemps cachée, de l'humanisme. Qu'est-ce que l'humanisme? C'est, dit le Robert, une doctrine qui prend pour fin la personne humaine et son épanouissement. Mais la personne humaine est sexuée: ce qui convient à l'épanouissement du sujet masculin, ne convient pas toujours, ne suffit pas toujours à l'épanouissement du sujet féminin. Or de même que le combat humaniste ne connaîtra jamais de fin, parce que le changement social crée constamment de nouvelles injustices et de nouvelles inégalités entre les peuples, de même le combat féministe ne connaîtra jamais de fin, parce que le changement social crée constamment de nouvelles injustices et de nouvelles inégalités entre les hommes et les femmes.

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Prologue
Prère (])ominiqm,
Inquisiteur dé {,Jférésie, s'aâressa sofenneffement à

Cajeune femme - une trentaine tf' années, au pCus - dé60ut divant Cui, fes poignets serrés âans une cordé, Cac/ieveCurerasée, nm sous une cliemise dé fin gris en partie âécliirée. « (])is-nous: qu'était fe œaraâtS rrérrestre avant Cafaute dé nos premiers parents?» La réponsefusa : « Vn enfer! » (])ominiqm eut un liaut-fe-corps sous sa ro6e âe 6ure et cria: « 'Tais-toi, sorcière maféfiqm, c'est Satan qui parCe par ta 6ouc/ie!:Ne sais-tu pas, sefon fes P,critures, qm nos parents pouvaient jouir fi6rement âu paradis, à une seufe condition: ne pas manger âu fruit â'un seuCar6re, {iar6redé fa connaissance âu 6ien et âu maC?» - « :Non monfrère, reprit caCmement Ca jeune femme. )lu œaradis 'Terrestre, iCn'y avait ni liomme nifemme, ou pCutôt {'un était {'autre et {'autre était {'un. )lu œaraâtS 'Terrestre, Ce temps
n 'e~istait pas
,.

iC n'y avait qm (])ieu pour dire 'premier jour, déUKième

jour... septième jour...' )lâam et P,ve étaient figés âans une sorte
tf'éternité, immorte& sans Cesavoir, puisqu' i& ne connaissaient pas Ca mort. )lu œaraâtS rrérrestre, rien n'était 6eau puisqm Ca Caidéurn'e:{jstait pas ,. tout était facIe,. nos premiers parents paressaient dévant dés natures mortes.

Jfeureusement, iCy eut CaPemme, Jfavvali, ou P,ve si tu ve~
{'on appeffe (Camère dé tous Cesvivants'.

qm

)l-t-on jamais appeCé)lâam

(fe père âe tous fes vivants'? Jfavvali, âans un granâ cri âe souffrance et déjouissance, Ceserpent enroufé autour dé ses reins, a
mis au mondé... Cemondé! p,ffe a enfanté CesseJ(Çset avec eUJ(Ceâésir a et Cajouissance ,. effe a enfanté Cetemps en enfantant Camort,. eCCe ainsi enfanté {,liistoire, avec un avant et un après pour â01iner âu seC au présent,. effe a enfanté fe 6eau et CeCaid,' effe s'est mise au travaiC et a inventé Ca magie dés pCantes,. effe a enfanté Ca connaissance et âonc Ca transgression, à Caface dé Ca toute puissance âu œère. Jfavvali, oui, Ca Ç;randé Sorcière, Ca Pemme qui a vofé Ca vie au
garâten jafoUJ(et ouvert CacCôture âuJardin !»

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«C'en est trop, /iurCa(j)ominique /iors ae Cui.Sept aémons vomissent tie ta 6ouc/ie ties insanités. Jférétique tu es, femme, toi par qui Ce péc/ié afait entrer Camort aans CemontIe. q'a sentence est écrite: tu

mourraspar

Ce

feu!

P,t ce {ivre aussi aans CequeC fiBures tu

anonymement dépuis queCquesinstants sera 6rûCé! » «JC en est 6ien ainsi, dit caCmement Cafemme. P,t c'est pourquoi, mon frère, tu
6rûCeras avec moi. »

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I ntrod

uction

Un homme parmi

les femmes

Pour être féministe, il faut à un homme beaucoup d'abnégation, d'amour, de complicité ou de distance... Michelle Perrot psychanalyste de talent, publie un ouvrage intitulé «On tue un enfant ». J'avoue m'être inspiré de son titre en choisissant un libellé analogue comme sous-titre: «On brûle une sorcière », pour cet essai sur un tout autre sujet, dans une autre discipline, et sans la prétention, cela va de soi, de me comparer à cet auteur. S'il y a une parenté entre les deux titres, elle est à chercher du côté de l'imaginaire, voire de l'inconscient. Serge Leclaire ne parle pas de meurtres réels mais de fantasme originel, inquiétant, évité, méconnu. Le meurtre de l'enfant, ce petit tyran tout puissant, est nécessaire autant qu'impossible, jamais accompli. «La pulsion de mort s'avère fondamentale en ce qu'elle vise le vieil homme: immortel enfant de nos rêves »6. Je vais parler de meurtres bien réels, d'exécutions irrémédiables par le feu. Le fantasme n'est pas à ce stade, il est derrière l'acte de barbarie. Le titre pourrait être: « On brûle une femme », ou mieux: «On brûle La Femme»! tant l'acharnement, la haine contre les présumées sorcières s'avère être une haine de la femme, de la féminité, de la nécessaire séduction féminine, de la sexualité. Il faudrait peut-être introduire ici le fait que le nombre des exécutions de sorcières dans l'imaginaire collectif, y compris celui des historiens, ait été surévalué, au-delà de la réalité des faits. On a sans doute exagéré (comme Voltaire avec ses cent mille victimes) l'ampleur de la répression. Cette exagération, à l'époque même des faits, était aussi stratégique: il était nécessaire pour les Inquisiteurs de terroriser les populations chrétiennes en maximalisant le phénomène sorcellerie. Mais avant d'entrer dans les sombres le temps de sourire un peu.
6

En 1981, Serge Leclaire,

fumées

des bûchers,

prenons

Leclaire,

Serge.

1981.

On tue un enfant.

ColI. Points

essais

n° 126. Paris:

Seuil.

19

Je ne m'attendais pas à devoir me justifier auprès de mon entourage d'entreprendre une étude sur le sujet qui va nous occuper. On m'a souvent demandé: « Mais pourquoi t'intéresses-tu aux sorcières? » Question qui recouvre parfois une méprise en sous-entendant: « Tu cèdes à la mode Harry Potter », ou: «Tu célèbres donc Halloween!» Et mes interlocuteurs de me proposer aussitôt des récits folkloriques de pratiques régionales de sorcellerie, choses certes très intéressantes mais... bien loin de mon sujet. J'aimerais citer ici une anecdote significative. Je commençais à dépouiller des documents en vue de cette étude et je me trouvais alors hospitalisé pour une rééducation fonctionnelle, ce qui, soit dit en passant, me laissait pas mal de temps libre. Un jour, un aide-soignant d'une trentaine d'années (de type européen dirait-on au commissariat, je le précise) vient me chercher pour me conduire dans un autre service. l'infirmière qui était dans ma chambre venait justement de me demander, au vu des livres éparpillés sur mon lit: «Tiens, vous vous intéressez aux sorcières? » l'homme enchaîna immédiatement avec une certaine véhémence: «Ah oui, toutes des poursuivit sa harangue dans les sorcières, c'est bien vrai!» " couloirs de l'hôpital en m'expliquant: «Toutes les femmes sont des sorcières. D'ailleurs moi, je suis bien content de travailler ici car dans la journée je suis hors de chez moi. le plus dur est de rentrer chez soi le soir. Je vous le dis, ce sont toutes des sorcières! » En effet, les femmes sont toutes des sorcières. C'est ce que j'entends constamment dans ce qui est - plus sérieusement - l'objet de ma recherche: les vagues de persécution qui ont sévi entre le 1Sème et le 18ème siècles en Europe contre des femmes accusées de sorcellerie, qui les ont conduites à la torture et à la mort, le plus souvent par le feu afin qu'il n'en reste aucune trace sur cette terre chrétienne. Femmes sorcières. Femmes haïes non pas d'abord parce que sorcières, mais, je le pense profondément, parce que femmes, parce que corps féminins, sexués... C'est donc I sorcières, seulement maintenant permanence l'esprit des je viens de évènements ce lien, cette identification entre les deux termes: femmes qui s'est imposé à moi, constatant que ce n'est pas aux siècles passés et lors des épisodes sanglants bien connus que le lien est pertinent, mais qu'une de la représentation perdure encore aujourd'hui dans hommes du 21ème siècle. Des anecdotes comme celle que rapporter l'illustrent, oui, mais aussi, je le montrerai, des significatifs et dramatiques de l'histoire récente.

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