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Les grands procès politiques de l'antiquité

De
288 pages
Ce livre fait revivre le dialogue passionnant entre citoyens athéniens et romains à travers leurs procès politiques. Qu'il s'agisse de définir les limites de la démocratie, la forme ou la nature du régime ou bien encore le destin de la République face aux périls intérieurs, Athènes et Rome nous dévoilent une face cachée, souvent méconnue, des grands procès politiques aux antipodes de la représentation moderne que nous nous faisons de ces instances.
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Éric GilardeauLES GRANDS
PROCèS POLITIQUES
DE L’ANTIQUITé
eL’histoire mouvementée du XX siècle donne du procès LES GRANDS
politique une image préconçue, celle d’un moyen de
répression, d’élimination des opposants politiques par un Etat PROCèS POLITIQUEStotalitaire. Notre conception moderne de la démocratie et de
la république répugne à croire que l’idée de procès politique
puisse coexister avec un gouvernement démocratique ou des DE L’ANTIQUITé
institutions républicaines. Pourtant, la démocratie athénienne
et la République romaine nous ofrent de nombreux exemples
contraires. L’ouvrage fait revivre le dialogue passionnant,
parfois dramatique, toujours épique entre citoyens athéniens
et romains à travers leurs procès politiques. Qu’il s’agisse de
défnir les limites de la démocratie, la forme ou la nature du
régime ou bien encore le destin de la République face aux périls
intérieurs, Athènes et Rome nous dévoilent une face cachée,
souvent méconnue des grands procès politiques aux antipodes
de la représentation moderne que nous nous faisons de ces
instances.
Eric Gilardeau est avocat à la Cour d’Appel de Paris, maître de
conférences habilité à diriger des recherches, auteur de travaux
sur la codifcation, le droit judiciaire, la philosophie du droit et
spécialiste de l’Antiquité.
Illustration de couverture : © Tinkstock
ISBN : 978-2-343-06432-1 9 782343 064321
28,50 €
Éric Gilardeau
LES GRANDS PROCèS POLITIQUES DE L’ANTIQUITé









Les grands procès politiques
de l’Antiquité





Eric GILARDEAU







LES GRANDS PROCES
POLITIQUES DE L’ANTIQUITE












L’HARMATTAN

DU MEME AUTEUR


L’ordre public dans la jurisprudence civile
d’après les arrêtistes,
ANRT, 2004

Au crépuscule de la justice pénale,
Questions Contemporaines, L’Harmattan, 2011

A l’aube du droit pénal utilitaire,
Questions Contemattan, 2011

















© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-06432-1
EAN : 9782343064321 Introduction
« Admettons d’appeler politique, écrit Yves-Marie
Bercé, un procès qui réunit un Etat persécuteur, des
magistrats serviles ou partisans, des culpabilités
incertaines et des condamnations pour l’exemple ; ce sont
1là des figures éternelles de la comédie humaine » . Cette
définition a laissé une empreinte si forte dans la mémoire
contemporaine qu’elle semblerait intangible. Les
différents aspects que nous venons d’énoncer
constitueraient invariablement l’armature du procès
politique. Certes, ces traits nous sont familiers. Des
accusés d’une haute stature politique, des incriminations
fabriquées de toutes pièces, des preuves sans grande
vraisemblance, une participation des prévenus à leur
propre accusation, des aveux publics, marqués par un
repentir ultime et la contrainte d’une terreur étatique sont
des caractéristiques que l’on peut parfois retrouver dans
les procédures d’Ancien Régime jusqu’à nos jours.
Nous nous interrogeons cependant. Existerait-il une
physionomie propre aux procès politiques qui resterait
invariable quel que fût le temps ou l’espace ? Au regard de
l’histoire des procès politiques dans l’Antiquité, nous ne
pouvons adhérer à cette idée. Le procès politique ne nous
semble pas pouvoir être défini à la manière d’une
constante des sociétés humaines. En effet, la conception
contemporaine du procès politique n’a pas toujours existé.
Pour tout dire, son apparition à l’échelle de l’histoire est
récente. C’est seulement avec le procès de Pison au

1 e
Yves-Marie Bercé, Introduction dans Les procès politiques (XIV
e
–XV siècle), Rome, Ecole française de Rome (Collection de l’Ecole
française de Rome – 375), 2007, Cahiers de recherches médiévales et
humanistes, Paris, 2007.
7premier siècle de notre ère que nous verrons se dessiner
pour la première fois, une représentation du procès
politique qui pourrait se rapprocher d’une conception plus
familière.
L’Antiquité nous offre, en effet, une image bien
différente du procès politique. Certes, quelques aspects de
la représentation que nous nous faisons du procès politique
peuvent affleurer au détour d’une procédure. Mais, le
procès politique épouse à Athènes les contours des
institutions démocratiques et à Rome les garanties
rigoureuses des procédures judiciaires. Nous considérons
qu’à Athènes, loin de contredire le régime démocratique,
le procès politique en exprime la quintessence. De même,
à Rome, ces instances font partie de la vie politique et
2manifestent cette libertas à laquelle les citoyens de la
République étaient si attachés. L’enceinte judiciaire est le
lieu d’un combat civique où s’opposent des idéologies
politiques antagonistes. Ces conflits surgissent au moment
où la démocratie à Athènes et la République à Rome
connaissent leur apogée.
À Athènes, l’apparition du procès politique coïncide,
en effet, avec la naissance de la démocratie. Cette
procédure acquiert ses contours définitifs dans le cadre de
3ses institutions. L’ecclésia, avec l’action d’eisangélie et
4l’Héliée, dans le cadre d’une graphè paranomôn , sont
appelées à rendre des sentences à l’issue de procédures qui
s’éloignent du cours habituel de la justice. Ces instances
s’ouvrent lorsqu’une affaire concerne directement le

2La libertas romaine s’identifie au statut du citoyen romain qui
regroupe ses droits personnels et politiques ; la forme républicaine du
gouvernement garantit ce statut.
3
Infra p.35
4
Infra p.47
8régime démocratique. Les procès mettent en cause des
citoyens qui par leur fonction, leur position politique ou
leur rôle au sein des partis démocratique et aristocratique
sont soupçonnés d’avoir porté atteinte aux intérêts majeurs
de la cité ou mis en cause les fondements de la démocratie
ou bien participé à des orientations politiques contestées
par la majorité des citoyens. La cité conçoit dès lors le
procès politique comme un dispositif particulier pour
protéger ou conforter les institutions démocratiques face à
des actes, des comportements ou des décisions qui lui sont
epréjudiciables. Dès le IV siècle, le procès politique
acquiert un caractère complémentaire. Il s’insère dans le
jeu démocratique des institutions afin de fixer à l’issue de
débats judiciaires la ligne politique de la cité. L’Héliée par
le biais de la graphè paranomôn se trouve désormais
placée au centre de l’organisation politique de la
démocratie athénienne.
À Rome, le procès politique présente des traits
moins affirmés. Contrairement aux procédures
athéniennes, les instances politiques s’inscrivent dans le
cours ordinaire des juridictions criminelles de droit
5commun . Sous le couvert d’une de ces nombreuses
instances, qui concernent de simples particuliers ou des
hommes politiques en exercice, les factions rivales
saisissent l’occasion pour brusquer une solution politique
notamment lorsque les institutions de la République sont
paralysées. La procédure est alors organisée pour donner

5
Le procès politique pouvait s’ouvrir en fonction de l’affaire
criminelle devant la quaestio de repetundis en matière de concussion;
devant la quaestio de ambitu contre la corruption électorale ; devant la
quaestio peculatus pour les détournements de fonds publics ; devant la
quaestio de vi, pour les faits de violence publique ou privée ; devant la
quaestio de veneficiis et sicariis qui était chargée des affaires
d’empoisonnement, de meurtres ; devant la quaestio de parricidio
contre les faits de parricide.
9un tour purement politique au litige. En fonction des
circonstances, ces instances politiques peuvent servir à
déstabiliser le pouvoir ou tout au contraire, à garantir
l’intégrité des institutions républicaines. Le procès
politique est alors le cadre d’un rapport de force entre
factions rivales où s’affrontent les ambitions personnelles.
Mais, tout change sous le Principat. Le procès politique est
désormais une procédure d’exception, confiée au Sénat et
qui vise exclusivement les dignitaires du régime. Le
procès politique devient progressivement le relais du
pouvoir impérial, un instrument qui a non seulement pour
objet d’éliminer les adversaires supposés ou réels du
Prince, mais également de construire une doctrine du
pouvoir impérial à travers les mises en scène de sa
procédure.
Les lignes du procès politique, que nous venons de
dessiner pour Athènes et Rome, s’inscrivent dans un
moment historique précis. Parvenues à l’apogée de
l’évolution de leurs institutions politiques respectives, les
deux cités connaissent rapidement un déclin moral qui met
en danger le régime qu’elles incarnent. Aussi bien à
Athènes qu’à Rome, la cité est divisée entre des partis
politiques et des factions rivales qui semblent
irréconciliables. Les procès politiques apparaissent dès
lors comme les prodromes des mutations que la cité sera
appelée à surmonter si elle veut survivre.
Dans ces circonstances, les positions adoptées par
les accusés prennent souvent un tour singulier. Nous le
verrons à Athènes avec les procès des Arginuses et de
Socrate. Face à une démocratie, qui affirme une
souveraineté sans limites, les accusés adoptent dans ces
deux procès des stratégies totalement opposées, mais qui
poursuivent le même but. Dans la première affaire, ils font
10appel aux normes fondamentales posées par la démocratie
elle-même pour borner sa toute-puissance. Ainsi, tout en
ménageant l’institution chargée de les juger, les prévenus
rappellent celle-ci au respect des règles fondamentales et
tentent vainement de la ramener à la logique des
prescriptions qui la régissent. Sous couvert d’une défense
de connivence, s’instaure un débat passionnant entre
accusés et accusateurs sur le danger que représente la
démocratie pour elle-même lorsqu’elle s’abandonne à la
toute-puissance du démos.
À l’inverse, Socrate, loin de l’image traditionnelle
du philosophe injustement accusé, oppose une défense
politique sans concession à ses accusateurs. Le procès est
le théâtre d’une confrontation entre deux lignes politiques,
deux conceptions radicalement opposées de la démocratie.
D’un côté des accusateurs favorables à la souveraineté
populaire, de l’autre Socrate qui défend une démocratie
modérée de type censitaire. Si Socrate accepte le risque de
sa condamnation, c’est pour mieux défendre sa position
politique. Cette cause dépasse le cas du citoyen Socrate. Il
lui subordonne sa propre vie. L’issue du procès n’a d’autre
alternative que l’acquittement ou la mort. Ce choix
stratégique de Socrate est fondamental. Il inaugure une
véritable défense de rupture face à la cité démocratique.
Son procès ouvre un débat que le philosophe finira par
emporter à titre posthume puisque c’est bien sa conception
politique qui finira par triompher en 322 av. J.-C.
eAu IV siècle av. J.-C., les combats judiciaires entre
Démosthène et Eschine nous dévoilent un autre aspect du
procès politique dans l’Antiquité grecque. Celui-ci se
présente comme un mode d’investiture du gouvernement.
Il s’agit de déterminer, à travers la confrontation entre un
accusateur et un accusé, représentant l’un et l’autre deux
11partis rivaux, l’orientation politique à venir de la cité. La
victoire judiciaire décide du parti appelé à prendre le
pouvoir. Le destin de la démocratie se joue sur une
sentence. Dans un contexte international mouvementé, les
juges sont aussi conduits à se prononcer sur la politique
extérieure. Face aux menaces que les conquêtes du
royaume de Macédoine faisaient peser sur l’indépendance
d’Athènes, les relations diplomatiques finirent par devenir
l’enjeu essentiel du débat politique dans l’enceinte de
l’Héliée.
Cette première partie de l’ouvrage fera donc revivre
le dialogue passionnant, parfois dramatique, toujours
épique entre citoyens athéniens à travers leurs procès
politiques. Qu’il s’agisse de définir les limites de la
démocratie, la forme ou la nature du régime ou bien
encore le destin de celle-ci face aux périls extérieurs,
Athènes nous dévoile une face cachée, souvent méconnue
des grands procès politiques aux antipodes de la
représentation moderne que nous nous faisons de ces
instances.
À Rome, les grands procès politiques renouvellent
également cette représentation. Nous le constaterons tout
d’abord avec l’affaire Sextus Roscius. Dans le cadre de
cette procédure, le grand orateur romain, Cicéron, donne
au débat judiciaire sa véritable portée politique. Mais,
comme nous pourrons le vérifier, derrière l’ombre tutélaire
d’un illustre avocat se profilent des factions et des enjeux
qui dépassent l’habileté et le génie de Cicéron. Les
Romains avaient compris que plus le combat politique
sous le procès est saillant, plus la pertinence de la
juridiction diminue au profit du débat public. L’affaire se
mue en moyen de mobiliser l’opinion afin d’obtenir son
appui pour que le système politique change ou plus
12précisément revienne à son cours normal. Ce fut le cas
avec le procès de Sextus Roscius, une charge sans
précédent contre le régime de terreur instauré par Sylla et
plus encore, un vibrant plaidoyer pour un retour aux
institutions de la République.
L’affaire Muréna est l’archétype du grand procès
politique de l’Antiquité romaine. Il intervient au plus fort
d’un combat décisif de la République pour sa survie. Il
dévoile les calculs mesquins qui déchirent le Sénat malgré
le danger qui guette de toutes parts. En effet, alors que la
conjuration de Catilina bat son plein des membres
éminents du Sénat n’hésitent pas à briser l’union sacrée
pour lancer une accusation de corruption électorale contre
Muréna, le consul désigné pour l’année suivante, au risque
d’affaiblir dangereusement la République. Cicéron, consul
en place, donne au procès un sens nouveau. Son plaidoyer
pour Muréna est une défense de la République. L’avocat
démontre que celle-ci ne peut exister sans une concordia
ordinum, c’est-à-dire une union des sénateurs et des
chevaliers. Il fustige les égoïsmes de chacun, symbolisés
par les trois accusateurs. Tous appartiennent à la classe
sénatoriale et tous oublient cependant la République au
moment du péril.
Le type de contre-attaque que dessine la défense de
Cicéron dans le procès de Muréna relève du combat
politique. Elle dépasse l’enjeu judiciaire, l’innocence ou la
culpabilité de son client. Son plaidoyer n’a qu’un seul
objet, convaincre l’opinion et les jurés de relaxer Muréna
pour des raisons purement politiques. Peu importe que
Muréna soit coupable ou innocent, ce qui compte vraiment
c’est la survie du régime. Seule, la raison d’Etat doit
conduire les juges. Mais, une raison d’Etat d’un type
particulier, qui se conforme à l’esprit des institutions.
13Cette défense n’est certes pas légaliste ; elle a le mérite
cependant d’être pragmatique. Elle s’impose parce que le
procès, intenté dans les formes légales, masque la violence
faite à la Res Publica. La défense de Muréna met en plein
jour le rôle qu’est appelé à jouer le procès politique dans
la République finissante. Il est avant tout le prolongement
du conflit politique, en l’occurrence un combat pour
l’ordre public contre une conjuration qui le menace.
Mais, des victoires judiciaires peuvent être des
échecs politiques. Le succès de Cicéron ne donnera qu’une
quinzaine d’années de répit à une République moribonde
qui devra bientôt faire place à un pouvoir d’essence
monarchique. Celui-ci avance masqué et ne tardera pas à
donner naissance à une monarchie absolue après la période
transitoire du Principat. Avec l’avènement de ce régime,
nous aborderons le dernier grand procès politique de
l’Antiquité romaine. L’affaire Pison ouvre, en effet, une
ère nouvelle dans la définition du procès politique. Le
régime impérial qui succède à la République romaine lui
donne une portée qui nous est aujourd’hui familière et qui
rompt avec la conception, qui avait prédominé jusqu’alors
en Grèce et à Rome.
Le procès politique devient la réponse du pouvoir
pour résoudre une crise majeure du régime, un moyen
pour effacer une tache sur l’honneur du Prince et de son
gouvernement, un mode d’élimination subtile des ennemis
et du personnel politique devenu indésirable. Le procès
d’un coupable tout désigné, en l’occurrence Pison, accusé
du crime de Germanicus, offre de multiples avantages. Il
permet de détourner les soupçons qui pesaient sur
l’Empereur, d’offrir une compensation au peuple et
d’accomplir en toute légitimité une vengeance publique.
Dans le déroulement du procès politique, la solution
14nouvelle, mais qui deviendra rapidement classique de
l’élection d’un bouc émissaire au rang d’accusé public, se
présentera désormais sous la forme moderne que nous
connaissons.
Plus encore, le procès prend un tour édifiant. Il doit
se donner en spectacle. Il est une mise en scène. À travers
la personne de l’accusé, il faut montrer à tous dans
l’empire quel est l’exemple à ne pas suivre. En
l’occurrence, Pison sera le contre-modèle du bon sénateur.
Par un processus d’accumulation de faits sur la tête de
l’accusé et de juxtaposition des chefs d’accusation, le
pouvoir impérial sera en mesure d’édicter une norme,
consistant à énoncer les actes, qui contrevenant à sa
majesté, seront désormais absolument proscrits. Le
Princeps affirme ainsi sa primauté sur tout autre
magistrature ou dignité dans l’Empire.
Par la répétition des procès politiques, le pouvoir
impérial finira par imposer une doctrine, qui deviendra le
credo du régime. Ce sera désormais le véritable enjeu des
procédures. Nous sommes ici sur une pente de l’histoire
qui conduit jusqu’à une conception du procès politique qui
est plus proche de la représentation contemporaine.
L’empereur, à travers l’apparat judiciaire du Sénat, donne
le spectacle de son droit public pour affirmer aux yeux de
tous son pouvoir. Par le procès politique, le Princeps
affirme sa légitimité à gouverner l’empire.
Il y a loin du procès de Sextus Roscius ou de
l’affaire Muréna au procès de Pison. Mais, à l’échelle du
temps historique, les quatre-vingt-dix-neuf ans qui
séparent le premier du troisième procès sont infimes.
Pourtant, le basculement est impressionnant. D’un procès
politique conçu comme un instrument de lutte contre la
15monarchie de fait de Sylla dans l’affaire Sextus Roscius,
on aboutit avec le procès de Pison au modèle inverse
d’une monarchie de droit qui se construit contre ses
adversaires à travers une procédure extra ordinem réservée
à la compétence du Sénat. Le Princeps transforme le
caractère antique du procès pour en faire un mode raffiné
de répression et de gouvernement.
Il est vrai que les procès de la démocratie athénienne
comme de la République romaine donnent lieu à des
drames judiciaires. Nous pensons tout particulièrement ici
aux procès des Arginuses, de Socrate ou de Timarque.
Mais, à la vérité, il existe une différence essentielle entre
les grands procès politiques de l’Antiquité et ceux qui ont
vu le jour depuis l’affaire Pison, c’est la liberté; la liberté
pour l’accusé de s’exprimer, d’interroger ses juges et ses
accusateurs, de renverser l’accusation et souvent de
triompher. Ce sont là des caractéristiques majeures du
procès politique à Athènes et à Rome sous la République.
Les parties se livrent à un véritable combat dans l’arène
judiciaire. Le procès devient le moyen de briser le silence,
d’aborder une question politique fondamentale. La
maîtrise par les accusés de l’art oratoire et l’utilisation
habile des rapports de force leur donnent l’occasion de
mettre en accusation les accusateurs et d’utiliser la
juridiction devant laquelle ils comparaissent comme une
tribune leur permettant de dialoguer directement avec
l’opinion et le pouvoir politique. À plus d’un titre, les
grands procès politiques de l’Antiquité sont des
témoignages de la liberté du citoyen, de la grandeur de la
démocratie et de la République, bien loin de l’iniquité des
procès de tristes mémoires qui ont émaillé une histoire
plus récente.
16Première partie
Les grands procès politiques de l’Antiquité
grecque
Les grands personnages que nous allons rencontrer
au fil de ces pages paraissent sur la scène de l’histoire
athénienne dans des rôles souvent prédéfinis. Ils semblent
voués à s’intégrer dans un type de comportement
stéréotypé. Figés dans des conventions politiques, les
protagonistes d’une époque et plus encore les acteurs d’un
procès sont souvent appelés à jouer le rôle que la
dramaturgie historique leur impose. Cette interprétation du
personnage peut abuser la postérité, mais elle ne doit pas
tromper l’historien. Il lui faut distinguer les faits et les
relations politiques des apparences que les contemporains
proches ou adversaires ont voulu léguer à l’histoire. Cette
illusion, savamment entretenue, doit être dépassée. Il
appartient à l’historien de rechercher derrière l’image de
l’acteur judiciaire une réalité enfouie sous la strate de
commentaires historiques plus ou moins complaisants.
Le procès des Arginuses n’est pas, comme on l’a
souvent présenté, un dérapage occasionnel de l’assemblée
du peuple, qui ivre de colère, aurait voulu sanctionner des
stratèges, empêchés de repêcher lors d’une tempête de
nombreux matelots naufragés. Cet excès de puissance de
l’assemblée n’était pas l’effet d’une passion occasionnelle.
Elle fut, au contraire, une arme que les ennemis de la
17démocratie utilisèrent à leur avantage. Théramène n’est
pas cet homme que nous décrit l’historiographie officielle,
désireux de sauver sa vie et menant une campagne de
calomnie contre ses collègues pour mieux se décharger de
ses propres responsabilités.
En réalité, Théramène est l’homme du parti
aristocratique. Il a soigneusement planifié toutes les
phases de la procédure pour affaiblir la démocratie.
L’orchestration parfaite du procès lui permet de surmonter
chacun des obstacles mis sur son chemin par les tenants de
la légalité, dont faisait partie Socrate ou les partisans des
stratèges. Son but était bien d’éliminer les stratèges,
véritables chefs de file du parti démocratique et, par là
même, la démocratie populaire dont ils étaient les plus
fermes soutiens. Pour parvenir à ses fins, Théramène
décida d’engager un débat politique sur la nature du
régime. Il flatta l’assemblée du peuple qu’il savait imbue
de sa toute puissance.
Mais Théramène n’était pas totalement opposé à la
démocratie. Il souhaitait instaurer un régime censitaire, qui
s’apparenterait à une démocratie modérée ou une
aristocratie tempérée. Il lui fallait donc abattre la
souveraineté populaire pour parvenir à ses fins. C’est là
tout l’enjeu du procès des Arginuses (Chapitre I).
Si l’historien ne doit pas se laisser abuser par la
représentation judiciaire que l’on donne des acteurs des
grands procès politiques et s’il est une figure qui se prête
plus que tout autre à une image imposée par
l’historiographie officielle, c’est bien celle de Socrate.
Présenté comme un philosophe épris de vérité, éloigné de
la politique, au demeurant citoyen irréprochable, Socrate
serait la victime innocente d’un régime démocratique
18fragilisé, gouverné par des esprits étroits, pour ne pas dire
bornés, enfermés dans un conformisme religieux qui
confinerait à la bigoterie et interdirait à ses détracteurs de
comprendre la révolution spirituelle dont était porteur cet
Athénien issu des milieux populaires.
Un personnage de l’envergure de Socrate auquel les
historiens confèrent une aura presque christique ne doit
pas nous tromper. Certes, Socrate fut une conscience.
Certes, il fut un homme sincère, convaincu, incitant ses
concitoyens à la découverte de leur daïmon, cet esprit
intérieur, qui devait les conduire à rejeter le corps et ses
illusions afin d’atteindre l’âme et s’occuper non de ce qui
6est à soi, mais de ce qui est en soi . Nous ne nions pas cet
aspect essentiel de l’homme, Socrate. Mais, le procès de
Socrate ne se réduit pas à une dimension spirituelle,
religieuse ou, à tout le moins, à cette représentation que
nous nous faisons aujourd’hui de la religion. Derrière,
l’action publique d’impiété contre Socrate se profile une
accusation politique, qui, à bien des égards, prolonge les
chefs d’accusation du procès des Arginuses.
Pour Claude Mossé, il n’en est rien. La grande
spécialiste de la Grèce antique dénie la nature politique du
procès de Socrate, « on peut en douter. D’abord parce que
Socrate n’a jamais été un homme politique, et que ses
seules prises de position sur ce plan, en 406 en refusant,
en tant que prytane, de mettre aux voix la proposition de
Callixénos concernant les stratèges des Arginuses, en 404
en refusant de participer à l’arrestation ordonnée par les
Trente d’un certain Léon de Salamine, pouvaient lui
aliéner aussi bien l’un et l’autre camp. Ensuite, parce que,
si son procès avait eu un caractère politique et avait été

6
Platon, Alcibiade, Œuvres complètes, Tome I, trad. Maurice Croiset,
Les Belles Lettres, Paris, 1964, 1, 131 b.
19un moyen de tourner l’amnistie, Platon n’aurait pas
manqué d’en faire état. Or, tout au contraire, dans la
lettre VII, il rend hommage à ses concitoyens qui surent
respecter la loi d’amnistie et ne se livrèrent pas aux
7vengeances habituelles en pareils cas » .
Sur ce point, nous avons quelques réserves. Nous
pensons que le procès de Socrate est éminemment
politique. Il nous semble que l’accusation menée par
Anytos, l’un des auteurs du rétablissement de la
démocratie en 403 comme le pamphlet de Polycratès
publié quelques années après le procès sont, parmi bien
d’autres, des témoignages sur le caractère politique du
procès. Il existe, en effet, une véritable opposition entre
d’une part, Anytos le chef de file du parti démocratique et
d’autre part, Socrate, un citoyen, qui incarne une autre
vision du régime démocratique, centrée sur la suprématie
des lois fondamentales par rapport aux décrets de
l’assemblée et favorable à un gouvernement censitaire
laissé entre les mains expertes des plus riches (Chapitre
II).
La représentation traditionnelle du combat judiciaire
entre Eschine et Démosthène nous semble également
devoir être soumis à une approche différente. Nous
constaterons à travers les trois procès qui opposent les
deux grands orateurs athéniens que l’image de leur duel
judiciaire n’était pas le conflit de deux démocrates
favorables à la souveraineté populaire de l’assemblée et
séparés seulement par les questions de politiques
einternationales. Nous mettons en cause l’idée qu’au IV
siècle, il n’y aurait plus à Athènes de parti aristocratique et
que la forme du régime était admise par tous ceux qui

7
Claude Mossé, Les procès politiques et la crise de la démocratie
athénienne, in Dialogues d’histoire ancienne, Vol.1, 1974, p.218.
20participaient à la vie politique. À la lecture des débats des
procès du Timarque, Sur l’Ambassade et Sur la Couronne,
il nous apparaît que la critique de la souveraineté du
démos ne se limitait pas seulement à quelques écoles
philosophiques ou écrits rhétoriques, mais concernait
également une partie non négligeable de la cité.
Comme Théramène avant lui, Eschine n’était pas
favorable au gouvernement démocratique, à tout le moins
pas sous la forme qui prévalait dans la seconde moitié du
eIV siècle. Certes, Eschine ne contredit pas la souveraineté
de l’ecclésia, mais sa position a pour objet, sinon pour
effet de réduire la puissance du démos. Pacifiste
convaincu, Eschine vantait les bienfaits d’une
collaboration de la cité athénienne avec Philippe II.
Eschine pensait à tort ou à raison qu’Athènes n’était plus
en mesure de soutenir une confrontation directe avec la
puissance macédonienne. Mais cette vision internationale
se doublait d’une perspective interne. Pour Eschine et le
parti macédonien, l’instauration d’un régime démocratique
modéré dans cette forme censitaire tant vantée par
Théramène et Socrate assurerait à Athènes un
gouvernement équilibré de la cité.
À l’inverse, Démosthène, par son appel au peuple et
à la résistance, fustige le renoncement et la fuite de ses
concitoyens devant l’effort militaire ou financier. En
provoquant un sursaut du peuple, il espère donner à
Athènes non seulement le courage de résister à la
Macédoine, mais surtout de permettre à l’assemblée
populaire d’affirmer sa souveraineté contre les menées
d’Eschine et de ses partisans.
Les procès politiques à l’Héliée, où s’opposent
Eschine et Démosthène, sont d’autant plus passionnants
21equ’ils deviennent au IV siècle la véritable enceinte
politique à Athènes. Certes, Démosthène prononce ses
fameuses harangues, les Philippiques, devant l’ecclésia,
mais pour se défaire d’un adversaire comme Eschine, il lui
fallait accepter le combat judiciaire. Le procès était, en
effet, le seul moyen de se défaire d’un opposant tout en
assurant le triomphe de sa ligne politique. Certes, Athènes
connaissait l’ostracisme. Cette mesure fut inventée par le
egrand réformateur Clisthène à la fin du VI siècle. Elle
permettait à l’assemblée d’écarter, par un vote de défiance,
un citoyen influent, de défaire sa politique et de briser la
coalition qui le soutenait. Mais, faute de majorités
suffisantes, cette institution, après quelques décennies,
tomba en désuétude laissant aux seuls procès politiques le
soin de pallier les défaillances de l’assemblée (Chapitre
III).
22 Chapitre I
Une manipulation du despotisme populaire :
le procès des Arginuses
Le premier grand procès politique de l’Antiquité
grecque s’ouvre à la suite d’une victoire inespérée
d’Athènes sur Sparte en 406 av. J.-C. aux Arginuses.
Mais, ce succès se transforme très vite en désastre. Les
stratèges essuient une tempête d’une violence inouïe. La
perte de nombreux membres d’équipage offre l’occasion à
leurs adversaires du parti aristocratique d’exploiter la
colère des familles des naufragés qui éclate à Athènes
(Section I). Dès leur arrivée, les stratèges sont placés en
état d’arrestation. Le grief mûri par les chefs du parti
aristocratique contre les stratèges du parti démocratique
les conduit dans le cadre d’une procédure d’urgence à les
poursuivre pour l’abandon des corps des naufragés
(Section II). Les stratèges, au cours d’une plaidoirie bien
construite, parviennent à démontrer leur innocence, mais
au moment du vote, les partisans de l’aristocratie
prononcent la dissolution de l’assemblée (Section III).
Théramène, le chef de file de l’aristocratie, orchestre la
mise en place d’une procédure contraire à la constitution
athénienne (Section IV). Les tenants du parti démocratique
s’opposent à cette manœuvre. Ils veulent contraindre
l’assemblée à se conformer aux lois fondamentales de la
procédure pénale. Un débat s’ouvre devant l’ecclésia entre
d’une part Théramène et ses partisans favorables à la
souveraineté de l’assemblée et d’autre part les stratèges
23qui se prononcent pour une soumission volontaire du
peuple aux lois de la cité (Section V).
Section I Un désastre politique : la victoire
militaire des Arginuses
En juillet 406, pour sauver Conon et la flotte
athénienne assiégée par les Lacédémoniens à Mytilène,
Athènes dépêcha en toute hâte une flotte de cent dix
navires dont le commandement fut confié aux stratèges,
8Thrasylle, Diomédon, Périclès , Erasinidès, Aristocratès,
Protomaque, Aristogène et Lysias. L’état-major de la
9flotte était complété par deux triérarques , Thrasybule et
Théramène. Pour la circonstance, la cité avait enrôlé des
10esclaves et des métèques .
Les navires athéniens étaient renforcés par quarante
trières alliées. Callicratidas, le chef de la flotte spartiate,
avait laissé une partie de ses troupes devant la rade de
Mytilène, n’emmenant avec lui que cent vingt navires.
Thrasylle assurait la direction suprême de la flotte
11athénienne . La nuit qui précéda le combat un orage
d’une extrême violence accompagné de fortes pluies
s’abattit au large de Mytilène. Les Lacédémoniens furent

8
Fils du grand réformateur athénien, Périclès (495-429 av. J.-C.) et
d’Aspasie (470-400 av. J.-C.), Périclès le Jeune exerce comme son
père l’une des fonctions de stratège. Au nombre de dix élus pour un
an, les stratèges étaient chargés d’exercer le commandement militaire
et le pouvoir exécutif.
9Commandant d’une trière.
10
Xénophon, Helléniques, Œuvres complètes, Tome I, trad. J.
Hatzfeld, Les Belles Lettres, Paris, 1936, I, VI, 24.
11
Diodore de Sicile, La Bibliothèque historique, trad. M. Ferdinand
Hoefer, Tome I, Librairie de L. Hachette, Paris, 1865, XIII, 97, 6.
2412contraints de mouiller devant la cité . Le lendemain, la
bataille qui s’engagea tourna au bout de quelques heures à
13l’avantage des Athéniens . Cependant, la flotte
commandée par Thrasylle subit des pertes importantes ;
nombre d’unités mises hors de combat furent laissées à
l’abandon, tandis que les Athéniens poursuivaient les
14derniers éléments de la flotte spartiate vers Chios . Aucun
ordre ne fut donné pour repêcher les marins naufragés et la
15flotte se dispersa lors de la poursuite . Il est permis de
s’interroger sur la responsabilité des stratèges et de leurs
triérarques compte tenu de l’absence de dispositions prises
pour sauver les matelots.
Cette question se pose d’autant plus qu’après avoir
abandonné la poursuite de leurs adversaires, les navires
athéniens ne prirent à aucun moment la décision de se
dérouter pour recueillir les naufragés bien que les cadavres
et les débris des vaisseaux sur lesquels avaient pris place
les naufragés s’étendaient sur une vaste partie de la mer
16entre Chios et les Arginuses . Ce n’est qu’une fois de
retour aux Arginuses que les stratèges envisagèrent les
opérations de sauvetage. Les généraux se divisèrent sur la
suite à donner aux opérations. Diomédon se prononçait
pour le départ de toute la flotte à la recherche des disparus
et des naufragés. À l’inverse, Erasinidès souhaitait
poursuivre le combat contre les cinquante navires

12
Xénophon, Helléniques, I, VI, 28.
13La bataille navale des Arginuses est l’un des derniers grands
évènements de la guerre du Péloponnèse entre Athènes et Sparte qui
se déroula en août 406 av. J.-C. en mer Egée au large de l’île de
Lesbos à proximité des petites îles des Arginuses non loin des côtes
d’Asie Mineure (côtes de l’actuelle Turquie) et qui aboutit à une
victoire sur la flotte lacédémonienne conduite par Callicratidas.
14
Diodore, XIII, 100, 1.
15
Xénophon, Helléniques, I, VI, 33.
16
25lacédémoniens qui continuaient à fermer la rade de
Mytilène. Thrasylle donna un arbitrage qui reçut l’aval du
collège des stratèges. Il proposait qu’une partie des navires
se porterait dans les environs des Arginuses afin d’assurer
le sauvetage des naufragés pendant que le reste de la flotte
17se dirigerait vers Mytilène . La mission de sauvetage fut
confiée aux deux triérarques, Thrasybule et Théramène,
qui, ayant déjà exercé les fonctions de stratèges,
disposaient de toute l’expérience requise pour mener à
bien l’opération de sauvetage. Cependant, une terrible
tempête se leva et obligea les navires à rejoindre les
18Arginuses pour s’abriter . Très vite, les stratèges
s’inquiétèrent de la réaction des familles des marins
abandonnés à leur sort.
Les stratèges ne pouvaient ignorer l’accusation dont
ils feraient l’objet. Ils apprirent très vite par un navire
venu d’Athènes le courroux qui s’était emparé du
19peuple . Malgré la victoire remportée aux Arginuses sur
la flotte spartiate, le peuple athénien reprochait aux huit
généraux d’avoir abandonné les marins naufragés.
Aristogène et Protomaque, deux des stratèges, devinant le
sort que leur réservait Athènes, avaient refusé d’obéir aux
ordres de retour et s’étaient déroutés sans entendre les
20suppliques des autres stratèges .
Ce désastre tombait bien mal. Depuis vingt-six ans,
Athènes et Sparte se livraient une guerre sans merci. Mais,
pour quel résultat ? Qu’avait gagné Athènes et surtout la
démocratie à cette guerre ? Sparte, la cité aristocratique,

17
Xénophon, Helléniques, I, VII, 29.
18
Diodore, XIII, 100, 2.
19
Diodore, XIII, 101, 2.
20
Xénophon, Helléniques, I, VII, 1.
26courait de succès en succès depuis plus de dix ans tandis
qu’Athènes ne cessait de décliner irrémédiablement.
Muselés depuis des décennies par le parti
démocratique, les aristocrates avaient profité de
l’affaiblissement de la cité afin d’en finir une fois pour
toute avec le régime démocratique. Sur le conseil
d’Alcibiade, ces derniers réunirent à Colone, non loin
d’Athènes, une assemblée acquise au coup d’état. Le 9
juin 411, les cinq mille membres de cette assemblée
improvisée désignèrent un gouvernement provisoire
appelé conseil des Quatre-Cents. L’assemblée des cinq
mille devait rédiger une nouvelle constitution. Après avoir
éliminé les chefs démocrates, le conseil des Quatre-Cents
prit le pouvoir et décida d’écarter la constitution à venir au
grand dam de son auteur, Théramène, qui avait prévu
l’instauration d’un régime aristocratique modéré. Les
Quatre-Cents se divisèrent, puis cédèrent le pouvoir à
Théramène qui tenta, durant quelques mois, d’appliquer sa
constitution. Mais, la flotte athénienne, qui avait survécu à
l’expédition de Sicile, finit par rejoindre Athènes. Après
de terribles affrontements, elle rétablit la démocratie en
410 av. J.-C.
Depuis, Athènes combattait pour un avenir incertain.
La victoire des Arginuses était certes inespérée, mais la
joie fut de courte durée. Les Athéniens venaient d’être
anéantis par un déluge d’eau et une tempête d’une
violence inouïe. Leur succès s’était transformé en défaite.
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