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Louis-Frédéric François Gauthey (1795-1864), pasteur et pédagogue

De
304 pages
Ne serait-il pas judicieux de salarier les élèves pour les motiver à l'étude ? Que faire des questions religieuses introduites à l'école par les élèves ? Ces interrogations contemporaines, trouvent déjà des réponses dans les écrits de Gauthey. C'est à la fois en théologien et en pédagogue qu'il a bâti une théorie de l'éducation engageant le développement de l'homme dans sa complétude, et où le religieux « non confessionnel » et sans « rites » avait toute sa place.
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Louis-Frédéric François Gauthey Anne Ruolt
(1795-1864),
pasteur et pédagogue
Louis-Frédéric François Gauthey Pour une pédagogie naturelle et pananthropique
« Élever est le mot ; notre langue a admirablement nommé la tâche de (1795-1864),
l’éducation », lit-on en épigraphe d’un ouvrage de L.-F. F. Gauthey citant
son ami Alexandre Vinet. pasteur et pédagogue
Mais faut-il se limiter à l’instruction de la jeunesse, ou faut-il parler
d’éducation ? Ne serait-il pas judicieux de salarier les élèves pour les
Pour une pédagogie naturelle et pananthropiquemotiver à l’étude ? Et que faire des questions religieuses introduites à
l’école par les élèves ?
Ces interrogations contemporaines, et d’autres, trouvent déjà des
réponses dans les écrits de Gauthey. Mais qui se souvient encore de lui ?
Cet ancien pasteur de Pestalozzi est devenu un pédagogue, voulant
transmettre à tous l’amour de l’école et le bonheur d’apprendre. Premier
directeur de l’École normale du Canton de Vaud en Suisse, puis de celle
de Courbevoie en région parisienne pour la Société pour l’encouragement
de l’instruction des protestants de France, Gauthey était un protestant
réformé, gagné par « l’esprit et les idées » du Réveil de Genève. C’est à la
fois en théologien et en pédagogue qu’il a bâti une théorie de l’éducation
engageant le développement de l’homme dans sa complétude, et où le
religieux « non confessionnel » et sans « rites » avait toute sa place. Il tord
ainsi le cou aux idées reçues selon lesquelles les protestants étaient tous
favorables, « par nature », à une forme de « laïcité exclusive », et tous les
fervent promoteurs des lois Ferry, celles même qui, en 1881-1882, ont
scellé la séparation entre l’Église et l’École en France, et rendu l’école
obligatoire et gratuite.
Celui qui devance par sa pratique pédagogique les promoteurs de la
« pédagogie différenciée », comme de ceux de la « pédagogie de la maîtrise »,
méritait bien cette présentation qui restitue aux enseignants de France une
part de leur héritage oublié.
Anne Ruolt est docteur en sciences de l’éducation. Qualifée aux fonctions de
maître de conférences en sciences de l’éducation et en théologie protestante, elle
est membre du laboratoire CIVIIC (Rouen) et chercheur associé au LISEC-
Lorraine (Nancy) et enseigne à l’Institut Biblique de Nogent (94).
ISBN : 978-2-336-29197-0
31 €
Louis-Frédéric François Gauthey (1795-1864), pasteur et pédagogue
Anne Ruolt
Pour une pédagogie naturelle et pananthropique

Louis-Frédéric François Gauthey (1795-1864),
pasteur et pédagogue
Pédagogie : crises, mémoires, repères
Collection dirigée par Loïc Chalmel, Michel Fabre,
Jean Houssaye et Michel Soëtard

La collection « Pédagogie : crises, mémoires, repères »
répond à un triple objectif :

1 - Elle se propose de soumettre à la réflexion théorique
les problématiques et les situations de crise qui agitent le
monde pédagogique.
2 - Elle vise à vivifier les mémoires historiques capables
d'éclairer le pédagogue pour l'action présente.
3 - Elle entreprend de décrypter les repères philosophiques,
éthiques, politiques qui portent le pédagogue en avant des
réalités.

Déjà parus

FIRODE Alain, Théorie de l’esprit et pédagogie chez Karl
Popper, 2012.
HUBERT Bruno, Faire parler ses cahiers d’écolier, 2012.
VINCENT Hubert, Le peuple enfant et l’école, Pourquoi pas
Alain ? 2012.
CHALMEL Loïc, Pestalozzi : entre école populaire et
éducation domestique, 2012.
SOETARD Michel, Penser la pédagogie. Une théorie de
l’action, 2011.
JACOMINO Baptiste, Alain et Freinet. Une école contre
l’autre ?, 2011.
BILLOUET Pierre, L'éducation scripturale. De la plume au
clavier, 2010.
JANNER-RAIMONDI Martine, Surgissements démocratiques
à l'école primaire. Analyse de conseils d'élèves, 2010.
TROUVE Alain, Penser l'élémentaire. La fin du savoir
élémentaire à l'école ?, 2010.
BILLOUET Pierre (coord.), Figures de la magistralité. Maître,
élève et culture, 2009.
CHARBONNIER Sébastien, Deleuze pédagogue. La fonction
transcendantale de l'apprentissage et du problème, 2009. Anne Ruolt





Louis-Frédéric François Gauthey
(1795-1864),
pasteur et pédagogue



Pour une pédagogie naturelle et pananthropique

















L’HARMATTAN



Du même auteur :
Anne Ruolt, L’école du dimanche en France au XIXe siècle, Pour croître en
grâce et en sagesse, Paris, L’Harmattan, 2012, 293 p.













Page de couverture : Portrait de Louis-Frédéric François Gauthey (1795-1864),
Archives du Canton de Vaud, K XIII 377/224, N° 101; T 148/1.














© L'HARMATTAN, 2013
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-336-29197-0
EAN : 9782336291970




à Deni-Isa,
chantres et « pédagogues gautheyens »

+))$/
Avant-propos :
Histoire de « rencontres »....................................................................................... 11
1. L’objet du livre : une personne et ses idées pédagogiques............................................ 11
2. L’ami qui s’est fait connaître......................................................... 12
3. L’humain au cœur de l’histoire..................... 14
4. Les sources archivistiques de la « rencontre ».............................................................. 17
5. Les « rencontres » occasion de l’écriture...................................... 18
CHAPITRE PREMIER :
Louis-Frédéric François Gauthey, pasteur et pédagogue du réveil .................. 19
1. Gauthey, sa personne..................................................................................................... 21
2. Gauthey, le pasteur........ 32
3. Gauthey, le pasteur-pédagogue ..................................................................................... 41
4. Gauthey, comme type du pédagogue-protestant érudit................. 45
CHAPITRE DEUXIÈME :
La théorie pédagogique de Gauthey ou le principe d’activité dans l’éducation
pananthropique ........................................................................................................ 63
1. L’anthropologie de Gauthey.......................................................................................... 65
2. Le principe d’activité, et la vie...................... 81
3. La nature humaine ......................................................................................................... 98
4. Le triangle pédagogique de Gauthey........... 111
CHAPITRE TROISIÈME :
La pratique pédagogique de Gauthey ou la méthode "naturelle" .................. 129
1. Quatre lois et quatre principes .................................................................................... 131
2. Quel modèle pédagogique privilégier ?....... 144
3. Les récompenses et les peines...................... 154
4. Une éducation populaire « d’élite » ............................................................................ 179
CHAPITRE QUATRIÈME :
L’héritage de Gauthey en France ........................................................................ 193
1. La SEIPPF : l’aboutissement du Réveil de l’éducation protestante ........................... 195
2. Les Lois Ferry sonnent le glas de l’École Normale de Courbevoie ............................ 213
3. Les héritiers de la pensée de Gauthey et de la SEIPPF .............................................. 220
Conclusion.............................................................................................................. 239
7

Bibliographie ......................................................................................................... 243
Ouvrages de Gauthey....................................................................................................... 243
Textes sur Gauthey et son action pédagogique............................... 244
Documents d’archives et rapports et prospectus consultés............. 245
Textes et webographie hormis les ouvrages de Gauthey................................................. 246
Table des diagrammes et des illustrations .......................................................... 263
Annexes .................................................................................................................. 265
I. Louis-Frédéric François Gauthey ................................................................................ 265
II. David César Chabrand : les écoles du dimanche....................... 272
III. Comité pour l’encouragement des écoles du dimanche............ 277
IV. Société pour l’encouragement de l’instruction primaire parmi les protestants de
France......................................................................................................................... 287
V. Du libre arbitre et du serf-arbitre............... 291
Index des principaux pédagogues et autres acteurs mentionnés ...................... 293

Abréviations


ACSI : Association of Christian Schools DP : Dictionnaire de Pédagogie et d’Instruction
International (Association internationale des Primaire de F. Buisson
écoles chrétiennes) FPF : Fédération protestante de France
ACV : Archives cantonales vaudoises GD : Grande Didactique de Comenius
AESPEF : l’Association des établissements INRP : Institut National de Recherche
protestants évangéliques francophones Pédagogique
AG : Assemblée Générale JO : Journal Officiel
AN : Archives Nationales Ms : Manuscrits
AT : Ancien Testament NT : Nouveau Testament
BNF : Bibliothèque Nationale de France SÉdD et SED : Société des Écoles du
CEÉdD : Comité d’encouragement des dimanche
écoles du dimanche SEIPPF ou SEIPF : Société pour
CNEF : Conseil National des Évangéliques l’Encouragement de l’Instruction Primaire
de France parmi les Protestants de France
COEF : Communion des Œuvres et des SHPF : Société d’Histoire du Protestantisme
Églises dans la Francophonie Français


- Les abréviations des noms des livres des références bibliques suivent celles de la TOB que l’on
transcrit ainsi : livre chapitre.verset.
- Les références à l’Institution Chrétienne de Jean Calvin signale aussi ainsi la référence : livre,
chapitre, paragraphe.
- Les références à la Grande Didactique de Comenius se présentent ainsi : chapitre.alinéa


Avertissements
Pour rendre les auteurs anciens consultés plus proches aux lecteurs, ce
texte est émaillé de citations d’époque. Les citations en français du début du
eXIX siècle, respectent l’orthographe ancienne sans le rappeler, par
exemple : « enfan » au lieu de « enfant » omettent les accents circonflexes
etc. Gauthey écrit souvent ainsi l’Ecole-Normale. Les majuscules ou
minuscules des citations sont respectées.
Pour alléger le corps du texte, les références des citations comme les
compléments d’information figurent en notes infrapaginales. Pour le confort
de lecture des historiens, en particulier pour les différents ouvrages de
Gauthey, nous indiquons la date de publication de l’ouvrage en notes. Les
autres lecteurs peuvent faire la lecture de l’ouvrage en ignorant ces notes.
9


>
$01+$/A/*+*1/0B
Le souvenir de la personne et de la pensée pédagogique de Gauthey
(1795-1864) s’est comme « évaporé » peu après la promulgation de la loi
Ferry (1881-1882). C’est elle qui a provoqué la disparition de l’École
Normale de Courbevoie dont Gauthey a été le premier directeur de 1846 à
1864. C’est elle aussi qui a sonné le glas de l’action militante de la Société
pour l’encouragement de l’instruction primaire parmi les protestants de
France (SEIPPF) fondée le 2 mai 1829 et reconnue d’utilité publique le 15
juillet 1829.
Après l’effet raz de marée de cette séparation de « l’Église et de
l’École » emportant la plupart des écoles protestantes, c’est aujourd’hui dans
un climat dépassionné que la redécouverte de la modernité pédagogique de
Gauthey peut se faire.
À Lausanne déjà, où de 1834 à 1845 il avait dirigé la première École
Normale du Canton de Vaud, Gauthey présentait un projet pédagogique en
termes d’activité à provoquer et soutenir chez les élèves. Dès 1839, il ne se
lasse pas de répéter :
Mettre en jeu les facultés de l’enfant, de telle sorte qu’elles se développent
par leur propre énergie, voilà un principe que l’instituteur ne doit jamais
perdre de vue. Il n’a pas à tailler et à polir une pierre brute, mais il a entre ses
mains une créature vivante à former. Il n’a pas un vase inerte à remplir, mais
une source à faire jaillir. Qu’il laisse donc les facultés de l’enfants prendre
leur essor et qu’il ne croie pas avoir rempli son rôle d’éducateur, quand il a
pensé, parlé et agi pour son élève, mais que l‘élève soit forcé de penser, de
parler et d’agir ; qu’il soit obligé de lutter contre les difficultés, de se débattre
1
contre les entraves qui l’arrêtent, et il finira bien par les briser .
L'homme ne possède intellectuellement que ce que son activité a produit.
Tout l'art de l'éducation et de l'enseignement ne consiste après tout que dans
une excitation convenable. Le développement des facultés de l'intelligence se
fait par l'énergie et le travail intérieur de l'individu qui rompt peu à peu toutes

1
L.-F. F. GAUTHEY, De l'École Normale du canton de Vaud, depuis sa fondation en 1833 jusqu'à
aujourd'hui, Lausanne, M. Ducloux, 1839, p. 55, 1861, p. 13.
11

E?@+'12($3/>2*-/0+**100$ 0- "+"$.20Avant-propos : histoire et « rencontres »
les barrières qui l'entravent. L’instruction elle-même ne peut pas proprement
se donner. Celui qui enseigne se borne à fournir des matériaux dont l'esprit de
2
l'élève s'empare, pour les élaborer et les façonner par son activité propre .
eEn ce début de XXI siècle, où Gérard Fath et Philippe Meirieu posent
3la question : « École et valeurs : la table brisée ? » en miroir au principe
ecclesia semper reformanda (l'Église est toujours à réformer) des
eRéformateurs du XVI siècle, la « pédagogie naturelle et pananthropique »
de Gauthey s’enracine aussi dans un principe que nous qualifierons
d’educatio semper reformanda (l’éducation est toujours à réformer) et invite
à revisiter les fondements anthropologiques de l’éducation. Car pour
Gauthey, l’anthropologie est la clef de voûte de la pédagogie. Elle repose sur
une pierre angulaire « personnelle » qui pour lui est le Christ, « l’homme-
type » et s’élève selon le principe d’un Dieu créateur et rédempteur.
Alors, dans quelle mesure la pensée pédagogique de Gauthey pourrait-
elle aujourd’hui contribuer à nourrir les réflexions menées autour du « retour
du religieux dans la sphère publique, vers une laïcité de reconnaissance et de
4dialogue » pour faire échos aux propos de Jean-Paul Willaime ?

Après un premier chapitre consacré à la personne de Gauthey, et un
deuxième à sa théorie pédagogique « pananthropique », un troisième
présentera ses pratiques pédagogiques. Le quatrième et dernier chapitre sera
l’occasion de parler d’héritage : celui dans lequel s’est inscrit Gauthey en
France en travaillant pour la Société pour l’encouragement de l’instruction
primaire parmi les protestants de France, et celui des héritiers contemporains
de sa pensée pédagogique.
.
C’est au cours de notre recherche sur l’histoire du mouvement des
eécoles du dimanche en France au XIX siècle, que nous avons « rencontré »
celui de qui l’historien Alexandre Daguet (1816-1894) disait qu’il « ne
5s’étudiait qu’à s’effacer » .

2
L.-F. F. GAUTHEY, De l’éducation ou principes de pédagogie chrétienne, t. 1, Paris, Meyrueis, 1854,
p. 264.
3
Gérard FATH et Philippe MEIRIEU (préface), École et valeurs : la table brisée ? laïcité et pédagogie, Paris,
L’Harmattan, 2006, 270 p.
4
Jean-Paul WILLAIME, Le retour du religieux dans la sphère publique : Vers une laïcité de reconnaissance et de
dialogue, Lyon, Olivétan, 2008, 110 p.
5
Alexandre DAGUET, « Nécrologie », L’éducateur et bulletin corporatif, Société pédagogique de la
Suisse romande, Fribourg, 1865, p. 96. Anne RUOLT, La petite école des deux cités : genèse et contribution
du mouvement des Écoles du dimanche, au développement de l’éducation populaire en France de 1814 à 1902, un

12

F
@)$.2$0@01!$1+**%1/Avant-propos : histoire et « rencontres »
Auteur en 1858 d’un Essai sur les écoles du dimanche, le pasteur
Louis Frédéric François Gauthey ne faisait que commencer à se dévoiler à
nous et avec lui les idées pédagogiques qu’avec grande constance il a
enseignées auprès des maîtres formés à Lausanne puis à Courbevoie.
Nombreux sont ceux qui l’ont visité à Lausanne pour évaluer la pertinence
de son projet éducatif. Parmi ceux-ci, Gauthey cite :
M. Heer, de Glaris [...] M. Ch. Martin, rédacteur de l’Echo des Ecoles
primaires, journal pédagogique qui a un succès de vogue dans toute la
France, [...], M. Dummont, envoyé par le gouvernement français [...], M. le
professeur Bache de Philadelphie, envoyé par les États-Unis d’Amérique [...],
M. Reeves, sous-secrétaire d’État au département des Colonies du
gouvernement britanniques, le secrétaire d’État du gouvernement de Bahia
(Brésil), M. Holmes, envoyé par son gouvernement du Canada [...], M. Jean-
Gasp Zellvveguer du canton d’Appenzel [sic] ; et enfin le professeur Cousin,
6
le père Girard .

Ce sont également d’autres qui ont traduit et diffusé son ouvrage de
défense de son école de Lausanne, et qui, à son insu ont présenté ses
7publications à l’Exposition Universelle de Londres où elles ont été primées .
Le rayonnement européen de ses écrits est reconnu : en Italie, en Allemagne,
8en Angleterre jusqu’en Russie .
Sur la page de couverture de son opuscule Le délassement après le
travail ou essai sur les récréation de l’enfance et de la jeunesse (1861) les
fonctions de Gauthey recensées par l’éditeur sont alors celles-ci : directeur
de l’École Normale de Courbevoie, ancien directeur des écoles normales du
canton de Vaud, mais encore comme « membre du conseil d’administration
de la société pour l’instruction élémentaire, correspondant de la société
vaudoise d’utilité publique, délégué de l’instruction primaire, président du
_____________________________________________________________
modèle d’éducation « pananthropique », Thèse dirigée par M. Loïc Chalmel, soutenue en septembre
e2010 à l’université de Rouen, publié sous le titre : L’École du Dimanche en France au XIX siècle, Pour
croître en grâce et en sagesse, Paris, L’Harmattan, 2012, 293 p.
6
GAUTHEY, op. cit., 1839, p. 29-31, 180, 207.
7
L.-F. F. GAUTHEY, Some account of the Normal school of the canton de Vaud, trad. John Peter
BOILEAU, Sir Bart, Londres, James Ridgway, 1840. L.-F. F. GAUTHEY, De Zondagsschool, trad.
Daniel Chantepie de la Saussaye, Amsterdam, Höveker, 1859.
8
Charles GAUDARD, AG SEIPPF, du 29 avril 1865, p. 37-47. Un long rapport sur l’École
Normale de Lausanne est publié en deux parties, par un pédagogue de Toscane : Enrico MAYER,
« Guida Varietà, Frammenti d'un viaggio pedagogico, Dell’ Instruzione primaria del Cantone di
Vaud » n° VI, in Raphael LAMBRUSCHINI, Guida dell' Educatore, Nov-Déc 1837, p. 393-411. Enrico
MAYER, « Guida Varietà, Frammenti d'un viaggio pedagogico, Dell’ Scuola Normale di Losanna »
n° VII, in Raphael LAMBRUSCHINI, Guida dell' Educatore, Mars-Avr.1838, p. 90-115.
13
Avant-propos : histoire et « rencontres »
comité des cours gradués pour les jeunes demoiselles protestantes de Paris,
président de la conférence des instituteurs protestants de la Seine ».
Mais qui se souvient aujourd’hui de Gauthey dont il ne reste plus
qu’un nom marqué au registre des inhumations du vieux cimetière de
Courbevoie, ville où il est mort le 10 novembre 1864 vers cinq heures du
9matin ?
Si d’après le Qohelet « il n’y a rien de nouveau sous le soleil », et si
10
d’après Lavoisier « rien ne se crée et tout se transforme », ne revient-il pas
à l’historien de veiller à ce que « rien ne se perde » de l’héritage légué par
nos pères en pédagogie ! Peut-être trop pressé par l’urgence des évaluations
et la didactique, les pédagogues contemporains ont plus tendance à
privilégier la « fuite en avant », quitte à se couper de leurs racines. En situant
l’action pédagogique de Gauthey dans son contexte, nous voudrions
contribuer à mieux comprendre comment les réseaux d’idées pédagogiques
se sont constitués, ont évolués et pourquoi le souvenir de certains
pédagogues a été comme « gommé » de cette généalogie.
Nous avons pris le contre-pied d’un des courants de « la science
occidentale moderne essentiellement positiviste » qui « fonde pour une large
11
part sa légitimité sur l’éviction du sujet » . En nous inscrivant dans la
filiation de Loïc Chalmel qui l’affirme, et par lui à celle de Daniel Hameline,
12
nous adoptions une posture d’ethnologue qui, bien qu’attentive aux
« facteurs », fait crédit et cherche à gagner la confiance, sans a priori. « Le

9
Marie VALETTE-MONOD, Souvenirs du pasteur L.F.F. Gauthey directeur des écoles normales du canton de
Vaud et de l’École Normale de Courbevoie, près de Paris, Toulouse, Livres religieux, 1869, 131, p. 129.
L’ouvrage est anonyme, mais l’entrée « Gauthey » du Dictionnaire édité par Ferdinand Buisson
reprend une partie de l’ouvrage avec la signature de Marie Valette-Monod. Elle était la fille de
Jean-Louis Vallette pasteur, membre du comité de l’Alliance Évangélique à Paris dont Gauthey
était le Vice-Président en 1855. Épouse d’André Monod (1834-1916), le fils d’Adolphe Monod
(1802-1856).
10
Lavoisier paraphrasant Anaxagore « Rien ne naît ni ne périt, mais des choses déjà existantes se
combinent, puis se séparent de nouveau », Les homoeméries et le « noüs », article 17.
11
Loïc CHALMEL, Histoire et histoires : continuité et rupture de la pédagogie en Europe, HDR, Rouen, 17
décembre 2002, p. 7. Selon la version numérique, la version éditée n’étant plus disponible,
http ://www.univ-rouen.fr/civiic/index.php ?id=71, [site consulté le 2 juin 2008]. « On nous a
enseigné qu’il était, de toute évidence, plus instructif d’inscrire cette histoire dans l’ordre des
structures anonymes où les processus éducatifs trouvent leurs tenants et leurs aboutissants »,
Daniel Hameline, « L’Histoire de l’éducation et ses grandes figures », L’éducation dans le miroir du
temps, Lausanne, LEP, 2002, p. 9. (Article paru originellement dans la revue l’Éducateur, 1985,
n° 6).
12
CHALMEL, op. cit., 2002, p. 24.
14

G?@#2)$*2,2/(@#$01+$/Avant-propos : histoire et « rencontres »
geste historien est toujours un geste solidarisant, une opération
13
d’accointance » affirme Hameline . Jean Baubérot illustre cela dans sa
recension critique de l’ouvrage d’Alice Wemyss : Histoire du Réveil (1790-
1848). Pour Baubérot, le « relatif manque de sympathie d’A. pour les
14
revivalistes » voilà ce qui explique ses erreurs d’analyse. De son côté, Jean-
15Marc Daumas parle de « l’irritante Wemyss » dont l’écriture, bien que
fondée sur d’abondants et de fiables documents, vérifiés et remis dans leur
contexte général comme particulier, ne fait pas preuve de sympathie pour les
artisans du Réveil.
Disons-le tout de go, notre distanciation critique prise vis-à-vis de
Gauthey s’enracine une authentique sympathie envers cet oublié de
l’historiographie contemporaine. Notre formation théologique initiale
comme nos engagements professionnels depuis 1985 sont marqués par les
acteurs contemporains, héritiers de ce courant évangélique dont Gauthey a
eété un des vigoureux représentants au XIX siècle, touché par le vent du
Réveil qui était venu à Lausanne de Genève, et qu’il avait déjà connu en
Angleterre.
Aux acteurs et aux facteurs d’Hameline, nous ajoutons donc aussi la
figure de l’historien. L’histoire n’est pas stricto sensu synonyme de « faits
passés » dont l’historien serait un « parasite » qu’il faudrait s’efforcer de
16réduire l’effet déformant, au plus près du zéro . À la suite d’Égard Morin,
nous considérons l’historien – nous, en l’occurrence, ici - comme « l’acteur
de l’écriture de l’histoire qui n’est de ce fait, ni « le bruit », ni « la
perturbation, [...] qu’il faut éliminer afin d’atteindre la connaissance
17
objective » . En définissant l’histoire comme « ce que font les historiens »
Prost confirme aussi la place centrale de la dynamique « organique »
18produite par l’historien .

Selon la métaphore de Marrou (1904-1977), l’historien tient
davantage du « portraitiste » que du « géomètre ». C’est un « artisan ou un
19
compagnon » dans son atelier disait Marc Bloch (1886-1944) . Chaque

13
HAMELINE, op. cit., 2002, p. 11.
14
Jean BAUBÉROT, « Wemyss (Alice) Histoire du Réveil (1790-1849) », Archives de sciences sociales des
religions, n° 50-2, 1980, p. 354.
15
Jean-Marc DAUMAS, La Revue Réformée, n° 194 – 1997/3.
16
Henri-Irénée MARROU, De la connaissance historique, Paris, Seuil, 1954, p. 49.
17
e Égard MORIN, Relier les connaissances, Le défi du XXI siècle, Paris, Seuil, 1990, p. 55.
18
Antoine PROST, Douze leçons sur l’histoire, Paris, Seuil, 1996, p. 15.
19
Marc BLOCH, Apologie pour l’histoire ou Métier d’historien, notes rassemblées par Étienne Bloch,
Paris, Armand Colin, avant 1944, 2007/2012, p. 42, 46.
15
Avant-propos : histoire et « rencontres »
tableau, chaque œuvre porte nécessairement la marque de son auteur. C’est
alors la justesse d’interprétation qui fait la différence. Celle-ci revêt un
caractère « prophétique », au sens étymologique de « porte-parole », portée
donnée par le judaïsme aux livres considérés « historiques » dans la version
20
grecque de l’Ancien Testament .
Sans faire de l’histoire une nouvelle « histoire sainte », c’est elle qui
légitime la portée paradigmatique du travail historique dans sa vocation de
relier à l’héritage et d’enseigner et non pas seulement de relier à la culture et
de « renseigner » le présent pour « faire mémoire » du passé. En son temps,
Gauthey appliquait cette métaphore du portraitiste à l’enseignant. Il le
comparait à un peintre qui crée pour susciter une réaction et non à un
21
géomètre qui « reproduit » une matrice . Relevons ici qu’une certaine
proximité entre la fonction du prophète et celle de l’enseignant est déjà
suggérée dans le Nouveau Testament (2 Pi 2.1).
Si « l’homme ne possède intellectuellement que ce que son activité a
22
produit » , c’est bien à une forme de « para-création » qu’est appelé
l’historien pour faire sien mais aussi permettre au lecteur d’entrer dans une
démarche d’appropriation de l’objet « historiographié ». C’est encore à une
œuvre de pédagogue, à laquelle l’historien des idées pédagogiques doit
s’exercer. Si « parasite » il y a, ce que reconnaît Gauthey, il ne l’assimile pas
à l’homme mais à ce qui brouille, en lui, son activité en commençant par
embrouiller son raisonnement. Avec les autres théologiens protestants ayant
adopté les idées du Réveil, pour le directeur de l’École Normale de
Courbevoie, ce parasite, c’est le mal. Depuis « la chute », il œuvre dans tous
les hommes, hormis le Christ, le « nouvel Adam » qui est la figure de
« l’homme-type » dans l’anthropologie de Gauthey.

Ce n’est donc ni en « historien-témoin », posture adoptée en 1869 par
Mme Marie Valette-Monod (1839-1910), auteur d’une biographie
« épidictique » de Gauthey, ni en « historien pantocrator » (posture que
23
dénonce Marrou ) que nous avons écrit cet ouvrage. C’est davantage en
« historien-prophète » que nous avons cherché à rendre compte de la

20
Les livres comme celui de Josué, des Juges, des Rois, de Samuel, des Chroniques... sont classés
parmi les livres historiques dans la version grecque dite « des Septante », appartiennent au groupe
des livres « prophétiques » dans le Tanakh hébraïque. Le Tanakh est l’acronyme hébreu pour
Torah (Pentateuque), Nevi’im (Prophètes), Kethouvim (Les Écrits), soit les 3 parties de l’Ancien
Testament selon la division hébraïque.
21
GAUTHEY, op. cit., 1854, p. 454.
22
G, op. cit., 1854, p. 264.
23
MARROU, op. cit., 1975, p. 265-266.
16
Avant-propos : histoire et « rencontres »
personne et de la pensée pédagogique de Gauthey, en proposant une
24
« monographie épistémique » en écho à la distinction faite par Hameline .
La métaphore du portraitiste souligne aussi que notre objet de
recherche est limité à ce que nous avons pu puiser dans le vivier des
documents d’archives consultés. Ceux-ci ont été de trois types principaux.
- Le premier type de sources rassemble les monographies
pédagogiques et religieuses écrites par Gauthey.
- Le deuxième type de sources est davantage institutionnel. Il s’agit
des discours-rapports de Gauthey présentés aux Assemblées Générales
(A. G.) de la Société pour l’encouragement de l’instruction primaire parmi
les protestants de France, des cours gradués pour les jeunes demoiselles
protestantes et les textes produits par la Société Suisse d’utilité publique à
propos des écoles moyennes.
- Le troisième type de sources est le corpus des « données externes ».
Il concerne les écrits sur Gauthey. Il s’agit en particulier de la biographie de
Marie Valette-Monod ainsi que les articles de Burnier et de Guex et plus
récemment de Mützenberger et de Favez.

Parmi les ouvrages pédagogiques de Gauthey, signalons les cinq
principaux profils de publics qu’ils visent :
- La formation continue d’adultes ; est l’objet de l’ouvrage portant sur
l’École Normale du Canton de Vaud (1839).
- La formation initiale des maîtres ; est l’objet des deux volumes de
cours dispensés à Courbevoie (1854 et 1856).
- L’éducation des adolescents ; est l’objet d’un discours sur l’école
secondaire et moyenne (1842). adolescentes ; est l’objet des discours donnés aux
séances d’ouverture des cours gradués pour les jeunes demoiselles
protestantes à Paris (1856-1859).
- L’éducation des enfants d’âge primaire ; est l’objet de son premier
mémoire rédigé à Lignerolle et de ses ouvrages pédagogiques publiés en
France destinés aux élèves de l’École Normale de Courbevoie comme aux
moniteurs d’écoles du dimanche (1833 et 1854-1869).

24
Selon la distinction faite par Daniel HAMELINE, « Connaissez-vous Stubert ? variation sur
« avez-vous lu Baruch ? », Loïc CHALMEL, Jean Georges Stuber (1722-1797) Pédagogie pastorale, Berne,
Peter Lang, 2001, p. X-XI.
17

H?00+2/0/#$3$01$.20(A/*+*1/BAvant-propos : histoire et « rencontres »
Si cette monographie a pu voir le jour, c’est d’abord grâce à l’intérêt
suscité par ce pédagogue auprès de notre directeur de thèse, M. Loïc
Chalmel qui nous a fait confiance et qui avec le comité de rédaction de cette
collection nous a encouragé à développer et adapter ce chapitre de notre
25
thèse pour un public plus large .
Parmi les « travailleurs de l’ombre » nous sommes aussi grandement
redevable au travail des bibliothécaires, des archivistes et des libraires de
livres d’occasion qui nous ont permis d’accéder à plusieurs sources
documentaires, ainsi qu’à celles et ceux qui ont contribué à la relecture
attentive du manuscrit et à l’éditeur qui imprimé et qui diffuse le manuscrit.
Que chacun soit vivement remercié pour sa part prise à cette petite
contribution au vaste champ de l’histoire des idées pédagogiques.


25
Anne RUOLT, La petite école des deux cités : genèse et contribution du mouvement des Écoles du Dimanche au
développement de l'éducation populaire en France de 1814 à 1902 un modèle d'éducation " pan-anthropique ",
thèse de doctorat en Sciences de l’éducation, dirigée par Loïc Chalmel, Rouen 20 septembre
2010, 2 vol. (969, 407 p.) : ill. ; 30cm + 1 DVD-Rom.

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1
Figure 1 : Louis-Frédéric François Gauthey (1795-1864)

1
François GUEX, Histoire de l’instruction et De l’éducation, Lausanne/Paris, Payot/Alcan, 1906,
p. 696.
19

Chapitre premier : Louis-Frédéric François Gauthey, pasteur et pédagogue du réveil
Dans cette partie, nous présenterons la personne et la double carrière
du pasteur Louis-Frédéric François Gauthey, pour mettre en évidence
comment les idées du Réveil ont orienté et nourri son action.
Gauthey, le jeune-homme doué
Il ne faut ni confondre Louis-Frédéric François Gauthey avec
l’archevêque de Besançon François-Léon Gauthey (1848-1918), ni avec
Emiland-Marie Gauthey (1732-1806) l’ingénieur-architecte des Ponts et
eChaussées qui a donné son nom à une rue du XVII arrondissement à Paris.
L.-F. F. Gauthey, qui fait l’objet de cette monographie, est un pasteur-
pédagogue suisse, né en 1795 à Grandson au bord du lac de Neuchâtel, lac
2où il faillit se noyer dans sa jeunesse . Cette ville historique est surtout
connue pour la bataille de Grandson où, le 2 mars 1476, les Bourguignons
s’opposèrent aux Suisses et où les Suisses sortirent vainqueurs contre
Charles le Téméraire. Grandson comptait 822 habitants en 1803, 1248 en
31850. La famille Gauthey appartenait dès avant 1549 à la bourgeoisie
4
protestante d’Arnex-sur-Orbe, dans le Canton de Vaud .
Louis-Frédéric François Gauthey a grandi semble-t-il comme un fils
unique, sans problème majeur, vouant une grande estime à sa mère Jeanne
Christin qui le lui rendait bien. Son père, Charles George Gauthey, avait été
eun officier dans le 59 régiment d’infanterie sous George III avant de quitter
l’Angleterre au moment où éclatait la Révolution française. Il retourna alors
5
en Suisse où il se maria . Son grand-père paternel qui s’était déjà engagé
dans l’armée anglaise est enterré dans l’église de Woolwich (banlieue à
10 km à l’est de Londres).
Après ses classes primaires à Grandson, en 1808 Louis-Frédéric
François entrait à l'Académie de Lausanne (faculté des lettres et des
sciences). C’était un élève brillant, féru de mathématiques et d’astronomie
contrairement à son ami Alexandre Vinet (1797-1847) qui jeune,

2
VALETTE-MONOD, op. cit., 1869, p. 13.
3
RÉDACTEUR, « Grandson », Dictionnaire historique de la Suisse, V. V, Hauterive 2006.
4
À Arnex, la famille Gauthey est déjà attestée en 1405 sous la forme Gautery, Charles-Louis
MOREL, Arnex-sur-Orbe, un village, ses habitants, au fil des siècles, Yverdon, Éditions de la Thièle, 2008,
p. 14-15 : 22, Henri DELÉDEVANT, Marc HENRIOUD, Le Livre d'or des familles vaudoises, Lausanne,
Spes, 1923, rééd. Genève, Slatkine, 1984/1923, p. 210.
5
GUEX, op. cit., 1906, p. 696.
21

E?
21#6=0-/0+**Chapitre premier : Louis-Frédéric François Gauthey, pasteur et pédagogue du réveil
6s’intéressait davantage à la littérature . Éveillé très tôt à la foi protestante de
ses parents, dès son jeune âge Gauthey s’est montré sensible aux questions
religieuses. À sept ans, chaque dimanche, il lisait la Bible à sa tante aveugle
7qui vivait dans la famille. Il aimait fréquenter le culte. Bien que ses
professeurs l’aient encouragé à entreprendre des études en sciences, c’est
assez « naturellement » qu’il choisit de se consacrer à la théologie.
À l’issue de ces quatre années d’études à Lausanne (1814-1818), selon
la tradition d’alors, il était consacré au ministère pastoral. Comme d’autres
étudiants de la bourgeoisie, avant de s’engager dans sa profession, il a
séjourné à l’étranger pour un temps de « post-diplômation ». C’est ainsi
qu’entre 1819 et 1822, Gauthey s’est rendu en Angleterre comme précepteur
de lord Bruce, le fils du comte Elgin. Son attentive observation des
8dispositifs éducatifs anglais l’inspirera plus tard . Pendant ce séjour il a aussi
assuré des remplacements comme prédicateur à l’Église suisse de Londres
9où, dès janvier 1819, Charles School (1793-1869) avait été nommé pasteur .
C’est la mort subite de son père qui le pressa à rentrer en Suisse pour y
soutenir sa mère. En 1823, à vingt-huit ans, Louis-Frédéric François se
mariait avec Marianne Philippine Marindin fille de Louis-Abram-Timothée
10
Marindin, professeur de littérature à l'académie de Lausanne . Avec son
épouse ils ont construit une famille heureuse au sein de laquelle leurs enfants
11aimaient encore à venir une fois adultes . Il n’a survécu que peu de mois au

6
Edmond Henri Adolphe SCHERER, Alexandre Vinet : notice sur sa vie et ses écrits, Paris, Ducloux,
1853, p. 4.
7
GUEX, op. cit., 1906, p. 10.
8
VALETTE-MONOD, op. cit., 1869, p. 24 sq.
9
Sur le pasteur Scholl, instrument de la conversion d’Adolphe Monod, voir C. Jayet, Charles
Scholl, Souvenirs de Charles Scholl destinés à ses amis, Lausanne, Bridel, 1869, 110 p. Sur l’église, établie
en 1762, à la rue de château à Leicester Fields, la « chapelle helvétique s’établit ensuite près de la
rue Moor à Soho, avant d’inaugurer son bâtiment actuel de la rue Endell en 1855. D’après le site
officiel de l’église, http ://www.swisschurchlondon.org.uk/pub/aboutus_history_of_our_church
[site consulté le 2 novembre 2011].
10
Joseph Marie QUÉRARD, La France littéraire, ou Dictionnaire bibliographique des savants, historiens et
gens de lettres de la France : ainsi que des littérateurs étrangers qui ont écrit en français, plus particulièrement
e ependant les XVIII et XIX siècles, Firmin Didot père et fils, 1833, p. 541, Société vaudoise d'histoire
et d'archéologie, Vaud (Canton) Commission des monuments historiques, Revue historique vaudoise,
vol. 90 1982, p. 21.
11
A ce jour, nous n’avons trace que de Charles Goerges, à qui la commune a fait parvenir une
copie d’acte de naissance en 1845. Registre Ms répertoire des demandes d’actes d’origine délivrés
par la commune d’Arnex sur Orbe, photo AX 38 019 aimablement transmise par M. Charles
Louis Morel, le 5 mars 2013.
22
Chapitre premier : Louis-Frédéric François Gauthey, pasteur et pédagogue du réveil
chagrin causé par le décès de sa femme, décès qui a été pour lui le premier
12
« séisme de sa vie » .
Gauthey, l’ami « complet », humble et conséquent
13Citant le président de l’Alliance évangélique , le pasteur Jean-Henri
Grandpierre (1799-1874), l’historien Alexandre Daguet souligne le caractère
« paternel » et humble de Gauthey :
Instruit et prudent, simple et affable, M. Gauthey s’était fait des amis des
nombreux instituteurs qu’il avait formés et qui le pleurent comme un père.
Auteur d’ouvrages pédagogiques estimé, il était le seul à ne pas s’étonner de
l’oubli dans lequel on laissait son mérite ; et dans un siècle... où la manie de
poser travail les moindres personnages, M. Gauthey ne s’étudiait qu’à
14
s’effacer .
Resté très discret, il s’est attelé avec constance et sérieux à sa tâche,
ne cherchant pas à frayer avec les grands de son temps. Son gendre Charles
Samuel Gaudard (1826-1887) qui lui a succédé à Courbevoie reconnaissait à
son beau-père d’avoir été un « Esprit clair, net et précis », ajoutant : « Ce
n’était peut-être pas une de ces intelligences qui étonnent par l’audace de
leurs conceptions, mais c’était un esprit étendu qui allait au fond des
15questions et les résolvait » .
La variété des ouvrages qu’il cite prouve autant sa grande culture que
son éclectisme. Il n’a peur d’aucun auteur, mais il sait se situer par rapport à
chacun d’eux et tirer d’eux ce qui est « beau, du bon, et vrai ». Pour lui, c’est
la justesse des idées qui prime et non l’appartenance à une tradition ou
16confession religieuse . Ses écrits qui nous sont parvenus et qu’il a rédigé à
Lignerolle, puis Lausanne et Courbevoie, font preuve d’une solide cohérence
et d’une grande constance. L’analyse de son triangle pédagogique sera
l’occasion de mieux définir d’où cette cohérence tire sa force. Selon Marie
Valette-Monod, cette stabilité s’explique par son ferme enracinement aux
idées qu’il avait adoptées depuis son jeune âge. Elle voit dans cette harmonie
le trait dominant de sa riche nature. Celle-ci est le fruit d’un fécond équilibre

12
VALETTE-MONOD, 1869, p. 117.
13
L'Alliance évangélique française (AEF) a été fondée en 1846 par les Églises issues de la
Réforme. Elle est une branche de l’association internationale et inter-dénominationnelle :
l’Alliance évangélique mondiale. En 2010, l’AEF fusionne avec le Conseil National des
Évangéliques de France (CNEF) http ://aef.cyberporte.net/accueil/index.html
http ://www.worldea.org/whoweare/history [sites consultés le 02/08/2011].
14
Henri GRANDPIERRE, in Alexandre DAGUET, « nécrologie », L'éducateur et bulletin corporatif,
Société pédagogique de la Suisse romande, Fribourg, 1858/1865, p. 96.
15
GAUDARD, AG SEIPPF du 29 avril 1865, p. 37-47.
16
GAUTHEY, op. cit., 1854, p. 5.
23
Chapitre premier : Louis-Frédéric François Gauthey, pasteur et pédagogue du réveil
entre le cœur et l’intelligence ; entre les différentes facultés de l’esprit ; entre
la doctrine et la vie, fertilisé par la paix de l’âme en communion avec Dieu.
Cette harmonie est aussi la marque les autres facettes de la vie de Gauthey,
dont sa vie familiale, ce qui explique d’autant mieux pourquoi il n’a pas
17
survécut longtemps à son épouse . À la cohérence de ses propos avec ce
qu’il vivait, Gaudard ajoute que pour lui ce qui caractérisait de façon
vraiment singulière et inégalable son beau-père c’était le « degré
d’affectueuse charité, d’abnégation de soi-même, d’intérêt si réel pour ceux
18que Dieu lui avait confiés » .
Gauthey alliait aussi la simplicité à sa grande culture. Son ami Louis
Burnier (1795-1872) dit de lui : « Il a ce caractère de nouveauté que revêtent
des idées communes sous la plume d’un écrivain qui se les ait appropriées et
19qui a le talent de les faire valoir » . En témoigne aussi l’envergure de sa
bibliographie, conseillée aux élèves régents. Six pages en quatre langues
(français, allemand, anglais, italien) figurent dans le premier tome de son
20
ouvrage majeur sur l’éducation . Mais alors que l’Académicien Félix
eDupanloup (1802-1878), élu le 18 mai 1854 au 16 fauteuil pour succéder à
Pierre-François Tisso a cherché et réussi à faire sensation, l’œuvre de
Gauthey a été celle « d’un homme qui, sans esprit de parti, sans autre intérêt
de caste et sans chercher la gloire ni le pouvoir, emploie au bien de tous le
21talent que le Seigneur lui a confié » .

Bien qu’il avait le potentiel à devenir un universitaire de renom,
enseignant une élite, Gauthey a préféré devenir un ferme promoteur de
22
« l’éducation populaire d’élite », et par elle de l’instruction « des masses » .
Dans son discours prononcé du 28 avril 1848, à l’Assemblée Générale de la
Société pour l’encouragement de l’instruction primaire parmi les protestants
de France, il présentait l’œuvre à laquelle il a participé en ces termes :
L’œuvre dont nous venons vous entretenir n’est pas du nombre de celles qui
s’annoncent avec éclat et qui attirent l’attention générale. L’éducation
populaire est une œuvre modeste qui s’accomplit sans bruit, loin des regards

17
VALETTE-MONOD, op. cit., 1869, p. 94 : 117, sq.
18
GAUDARD, op.cit., p. 37-47.
19
Louis BURNIER, Histoire De l’Éducation morale et religieuse en France et dans la Suisse Romande, V. 2,
Lausanne, Bridel, 1864, p. 509.
20
GAUTHEY, op. cit., 1854, p. 43-48.
21
BURNIER, op. cit., V. 2, 1864, p. 482.
22
GAUTHEY, op. cit., 1854, p. 9.
24
Chapitre premier : Louis-Frédéric François Gauthey, pasteur et pédagogue du réveil
du monde et dans des régions qui ne sont guère connues que de la charité et
23
du dévouement .
Et il poursuit avec conviction :
Toutefois, Messieurs, cette œuvre si modeste dans sa nature devient bien
grande par ses effets. En agissant sur les enfants, elle travaille à former des
hommes ; en étendant son influence sur toute la génération qui s’élève, elle
prépare le peuple futur ; c’est l’œuvre par laquelle on engendre les nations ; et
peut-être découvrirait-on, dans la matière dont l’éducation des peuples s’est
faites à telle ou telle époque, le secret de la plupart des révolutions qui ont
tour à tour affligé ou réjoui les amis de l’humanité. « Celui qui serait maître
de l’éducation, a dit un célèbre philosophe (Leibnitz) changerait la face du
monde ».
Ne nous arrêtons donc pas aux premières apparences ou à la surface des
choses, ne méprisons pas un moyen d’action qui peut influer si puissamment
sur les destinées des individus et des masses, et sachons nous occuper des
travaux les plus modestes, lorsqu’il doit en résulter quelque bien. Il en est de
l’éducation populaire comme de ces eaux qui ne paraissent point à la surface
de la terre, mais qui, circulant dans des canaux cachés et remontant jusqu’aux
24
racines des arbres et des plantes, les rafraîchissent et les vivifient .
Pour lui, si l’éducation populaire est vouée à une « victoire certaine »,
25c’est parce que « cette œuvre est celle de la Providence elle-même » . Avec
Charbonneau, chez Gauthey, nous voyons dans l’École Normale « la clef de
26
l’éducation populaire » qui procède d’une volonté supérieure.
Comme le qualifie Paroz, ce « système complet » cultive l’équilibre et
27l’humilité . Ces qualités peu « médiatiques » contribuent sans doute au
moins partiellement à expliquer l’oubli dont est frappé Gauthey qui meurt en
281864, juste dix-sept ans avant la promulgation des lois Ferry (1881/1882) .
Celles-ci mêmes dont les effets ont provoqué la fermeture de l’École
Normale de Courbevoie.

23
GAUTHEY, AG SEIPF 28 avril 1849, p. 1-2.
24
G, ibid.
25
GAUTHEY, op. cit., 1854, p. 7.
26
Sur cette école et sa fin, lire Emmanuel CHARBONNEAU, l’École Normale protestante de Courbevoie,
son histoire, ses méthodes, sa pédagogie, thèse pour l’obtention du grade de bachelier en théologie,
Faculté de théologie de Paris, soutenue le 18 juillet 1908 à 10h, Montbéliard, Société Anonyme
d’Imprimerie Montbéliardaise, 1908, p. 69.
27
Jules PAROZ, Histoire Universelle de la Pédagogie, Paris, Delagrave, 1883, p. 520.
28
Gabriel MÜTZENBERGER, Grands pédagogues de Suisse Romande, Lausanne, l’âge de l’homme, 1997,
p. 209-210.
25
Chapitre premier : Louis-Frédéric François Gauthey, pasteur et pédagogue du réveil
Gauthey, profil d’un pionnier de poids
Favez rapporte la teneur d’une lettre confidentielle datée du 24 avril
1833, précisant les qualités attendues du futur directeur de l’École Normale
du Canton de Vaud et contenant des éléments du rapport fait sur les sept
candidats non retenus pour cette fonction. Ce texte permet par déduction
d’esquisser une sorte de « portait robot en creux » de Gauthey. Il n’était pas
« mou » de tempérament, il avait assez « d’esprit philosophique », il ne
parlait pas beaucoup pour ne rien dire, il était familiarisé aux coutumes
vaudoises, et il avait de l’aplomb. Il était prudent tout en ayant de
l’assurance, et avait des idées innovantes. Il n’était pas engagé de façon
29
compromettante en politique . Gauthey était donc vif de corps et d’esprit,
30mature et prudent, il avait une éthique recommandable . Parmi les huit
candidats, Gauthey se retrouve le mieux dans le descriptif du profil
recherché, à savoir qu’il réunit assez de connaissances pour enseigner :
« l’histoire, la géographie suisse, la composition, les méthodes
d’enseignement ». Quant à son développement intellectuel il avait une
« haute idée de l’éducation ». En outre, il avait un « esprit profondément
chrétien » ainsi que des « notions justes sur l’état, les mœurs et les besoins
31du Canton ». Son nom devait aussi « inspirer la confiance » .
Pierre-Yves Favez relève cependant un élément cocasse, Gauthey est
nommé comme premier directeur de l’École Normale à Lausanne, alors que
dans son mémoire il propose une formation décentralisée pour des maîtres
32
déjà actifs ! Comme la première École Normale s’adressait à des maîtres
déjà en fonction, le modèle qui primait pour Gauthey devait être celui qui
perturberait le moins possible l’organisation de l’enseignement des enfants.
Une formation continue centralisée, exigeant le déplacement des maîtres sur
plusieurs jours, risquait d’optimiser la formation des maîtres au détriment de
33
l’éducation des élèves .

29
« L’un est trop mou ; l’autre n’a pas l’esprit assez philosophique, mais le défaut de parler
beaucoup sur des objets de peu d’importance. Le troisième n’est pas familiarisé avec les mœurs
de notre peuple. Le suivant n’a pas tout l’aplomp[sic], toute la maturité nécessaires. Il faudrait au
cinquième plus de prudence, plus de poids, et des principes mieux assurés. Le sixième présente
des inconvénients au point de vue politique. Le septième enfin est routinier ». Pierre-Yves
FAVÈZ, Une école pour l’école, 150 ans d’École Normale dans le Canton de Vaud, Lausanne, Écoles
Normales du Canton de Vaud, Lausanne, Groux, 1983, p. 42.
30
FAVÈZ, ibid. et supra.
31
FAVÈZ, ibid.
32
FAVÈZ, op. cit.., p. 44.
33
GAUTHEY, op. cit., 1833, p. 54.
26