Louvain-la-Neuve

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"Quelle prétention me pousse et suis-je bien qualifié pour parler objectivement de quelque chose qui m'a tenu "aux tripes" durant vingt-cinq ans ? Le professeur Woitrin n'a-t-il pas déjà dit, avec bien plus de compétences, ce que fut "Le grand dessein" ? Curieusement, c'est probablement ce livre qui m'a poussé à envisager la question. ? Le grand dessein était le dernier coup de main que le capitaine, à la barre depuis le début de l'aventure, avait voulu nous donner pour poursuivre son oeuvre."
Publié le : mardi 8 mars 2016
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EAN13 : 9782806108289
Nombre de pages : 342
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Louvain-la-Neuve
Jean-Marie Lechat Louvain-la-Neuve Trente années dhistoires
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D/2016/4910/6 ISBN: 978-2-8061-0266-9 © Academia-LHarmattan s.a. GrandPlace 29 B-1348 Louvain-la-Neuve 5Tous droits de reproduction, dadaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous pays sans lautorisation de lauteur ou de ses ayants droit.
www.editions-academia.be
AVANT-PROPOS
Lidée décrire ce livre me trotte dans la tête depuis quelques années. Si vous lisez ceci, cest que, finalement, les bonnes raisons de ne pas lécrire auront été moins fortes que les autres. Quelques pages ont été écrites dès 1981, alors que nous préparions un petit bilan de dix années dexistence de Louvain-la-Neuve. Mais, à cette époque déjà, une « restructuration » renvoya cette célébration à des temps meilleurs. Un premier jet dune cinquantaine de pages fut également rédigé quelque part entre lAmérique du Sud et les Marquises, au rythme dune houle longue et profonde qui portait leGaribaldide Jacques et Monique Drèze, des îles Galapagos à celle de Fatu-hiva. Cétait en avril 1995.Quelle prétention me pousse et suis-je bien qualifié pour parler objectivement de quelque chose qui mLe professeurans ? » durant vingt-cinq aux tripes a tenu « Woitrin na-t-il pas déjà dit, avec bien plus de compétences, ce que fut « Le grand dessein » ? Curieusement cest probablement ce livre qui ma poussé à envisager la question. « Le grand dessein » était le dernier coup de main que le capitaine, à la barre depuis le début de laventure, avait voulu nous donner pour poursuivre son œuvre. Ce quil y révèle, depuis les origines du projet jusquà la première pierre de la nouvelle ville, il était vraiment le seul à pouvoir le faire. Pourtant il me semble que le point de vue du chef de peloton, plus anecdotique peut-être, peut donner un certain relief à lexposé de la stratégie pour décrire ce qui sest passé « sur le terrain ».Ce vécu peut-il être rapporté objectivement ? Si quelquun peut répondre à cette question ce nest certainement pas moi. Le grand nombre de dates et de faits tend cependant à prouver que jai cherché à retrouver les données les plus précises possible. Je prends cependant la précaution dintituler ce livreTrente années dhistoiresau pluriel !Finalement le déclic est venu lors dune conversation avec Jean Moulart, successeur de Woitrin et son collaborateur le plus proche durant tout le début de lopération. Tout le monde connaît la proverbiale discrétion de ce témoin le plus omniprésent de lhistoire des premières années de Louvain-la-Neuve et nous risquons bien de ne pas voir éditer ses souvenirs. Quelques mois avant son départ, après avoir discuté dun dossier difficile où la stratégie à suivre était délicate, il me dit tout à coup : « Tu devrais un jour écrire tes mémoires» Cétait dit avec une pointe dhumour et un point dinterrogation. Cela me permettait de me soustraire à linvitation, mais je savais aussi quil souffrait durant cette fin de mandat dadministrateur général de lUniversité. Premier personnel administratif à occuper ce poste, il savait que les académiques ne souhaitaient plus voir cette haute fonction leur échapper.Une motivation importante à lorigine de ce livre est donc probablement quun « PATO » (personnel administratif, technique et ouvrier de lUCL), sans qualification
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Avant-propos
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scientifique, fasse état des travaux du laboratoire urbain que fut Louvain-la-Neuve depuis sa fondation. Ce « laboratoire » ayant été animé presque exclusivement par du personnel administratif, cest, bien entendu, au nom de cette équipe que jécris donc, chassant au mieux le « je » haïssable pour privilégier un « nous » incarnant cette fine équipe que jai eu la grande chance de mener durant près de vingt-cinq ans. Je ne pense pas faire preuve dun complexe par rapport aux académiques, au contraire je ris en moi-même du fait que « lqui me suivra devra bien « aviateur » tenir compte du texte de ce « rampant », même sil nétait imprimé quà quelques centaines dexemplaires.Et puis il y a des raisons plus personnelles, comme celles de raconter à mes petits-enfants que de grandes aventures sont encore possibles dans notre Wallonie, même si celle-ci reconnaît rarement Louvain-la-Neuve comme le plus grand projet de e développement que notre région ait connu dans le dernier tiers du XX siècle.« Last but not least », vais-je vraiment oser parler de tout, du meilleur et du moins bon ? On peut certes me reprocher de névoquer quun des versants de la montagne qua représenté la création de Louvain-la-Neuve et il faudrait dautres livres comme celui-ci pour raconter ce qui a échappé à ma vision de cet événement. Mais ceux qui me connaissent savent que je nai jamais usé de la « langue de bois » et par ailleurs jai peu de penchants pour lhagiographie. Certains ajouteront même quen sale gamin, jai beaucoup de difficultés à taire une « rosserie ». Car je souhaite aussi me divertir et si possible avec vous. Que ceux qui sen trouveront chagrinés veuillent bien accepter par avance toutes mes excuses.Louvain-la-Neuve n’est pas une œuvre achevée, elle a encore devant elle plusieurs défis à relever impérativement. Il faudra encadrer la Grande Aula dimmeubles de logement, afin déquilibrer lanimation de louest du Centre urbain actuellement voué uniquement à des bâtiments universitaires et aux cinémas, sans pour autant défigurer le bord du lac. Plus rapidement encore Louvain-la-Neuve doit accueillir un flux important de chalands du Brabant wallon et le marier à notre petit quartier latin. Lambiance qui en résultera au Centre urbain sera à la qualité de la ville nouvelle ce que le parfum est à la rose. Enfin défi ultime : que sera le futur de Louvain-la-Neuve lorsquelle atteindra les limites de sa densification à lintérieur de ses rocades ? Peut-elle bourgeonner sur sa périphérie sans abâtardir sa vocation de ville de rencontre ? Dix réponses différentes peuvent être apportées à cette gageure. Mais cela est une autre histoire. De plus jeunes ont à assumer ces défis, je ne peux que souhaiter que lesprit des pionniers les éclaire. Relisant ceci quinze ans plus tard, et vu la nécessité de publier une nouvelle édition de ce livre épuisé, je nai pu résister, malgré le dernier paragraphe vu ci-dessus, au besoin de reprendre la plume pour mettre à jour lancienne édition et y ajouter un chapitre. Ce chapitre 12 sera à la fois une réflexion sur ce qui sest passé dimportant entre 2000 et 2015 et un regard sur les projets les plus importants à venir prochainement. Je ne suis plus que le gardien des légendes de la ville nouvelle, mais je souhaiterais que lon noublie pas les grands principes du projet qui ont fait que les habitants, dans leur grande majorité, ont été heureux de venir vivre à Louvain-la-Neuve. Et cest ce climat, élément immatériel mais essentiel, qui a fait notre succès.
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ENVOI Merci aux premiers artisans de la vigne
Alors que jécris ce livre, je ne peux mempêcher de vouloir dire un mot des « artisans de la vigne » que furent tous ceux qui, dès le début ou à la onzième heure, sont venus travailler à la création de cette ville. Il ne sagit pas des premiers ténors, dont jai largement décrit lactionWoitrin, Lemaire, Moulart, Ransart, Laconte, Laloyaux, Nothomb, Remy, Pêtre ou Madame Kumps dont jai peu parlé, mais qui a mené la barque avec une remarquable clairvoyanceou de quelques autres « cadres », présents dès les premières heures : van Wunnick, Vaneghem, Boulet, Mertens, Mercier ou Nihoul, qui étaient toujours sur la brèche à mon départ. Mais, sachant que je ne pourrais les citer tous, je veux pourtant dire un mot de quelques-uns de ces « administratifs » dont on parle peu ou plus et qui, pourtant, restent dans ma mémoire les compagnons de cette aventure. Ils sont aussi ceux pour qui jai écrit ces pages, car ce « nous » que jai largement utilisé dans ce livre se réfère à la communauté defforts que nous avons déployés ensemble durant toutes ces années. Ainsi des administratifs de léquipe de UA, chargés de maintenir une cohérence au feu dartifice quasi permanent au sein de cette équipe de créateurs : Ghislaine Mons qui, après avoir été la gr secrétaire mythique de M Gillon à Lovanium, devait reprendre ce rôle auprès du professeur Lemaire ; Michel Verschuere, décédé trop tôt, premier secrétaire général de UA, toujours plein denthousiasme et dimagination qui lui, quitte Louvain-la-Neuve gr pour rejoindre M Gillon à lUNAZA (Université nationale du Zaïre) où il fallait au moins autant denthousiasme que d; le « imagination pour survivre Godetcolonel » qui démontra que lon pouvait coordonner une compagnie dartistes après avoir commandé un régiment de chasseurs ardennais. Et, au bas de léchelle, le toujours souriant Mohamed qui tirait nos plans et fut lun des seuls survivants du naufrage de UA en 1981. Mais aussi Anita Henry de Frahan, passée de la réalisation de maquettes à UA à la maîtrise du dessin assisté par ordinateur dans nos services, et qui hier encore avait repris dAnnick Mathieu, avec le même souci de la perfection, la réalisation et la mise à jour des plans de Louvain-la-Neuve que la grande majorité des lecteurs consultent encore aujourdhui. Dans lombre des grands « decommunicateurs » lUCL, comment ne pas saluer Léon Wattiez, témoin privilégié, mais si discret de tous les grands événements des vingt premières années du site. Il a fallu le raz-de-marée dune équipe exclusivement féminine pour le déraciner du Reul au cours des années 1990, équipe féminine où se retrouvaient tant lexpérimentée Jacqueline Tulkens, après un long séjour à Woluwé, que la gentille Colette de Pierpont, toujours pareille à ce quelle était en 1968 et lénergique et passionnée Bérangère Deprez que jaurais bien voulu dans mon équipe comme demi de mêlée.
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Envoi
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Plus proches de moi, ces secrétaires, ambassadrices, oreilles et petites mains dun patron parfois colérique, toujours pressé, mais plein de confiance dans la qualité du travail fourni par Myriam Musiek-Janssens et Rosy Albert dabord, Catherine Joris et Lucia Herion ensuite, Bénédicte Graulich et Pascale Goies enfin, dont le moral toujours au beau fixe était lindispensable contrepoids aux tracasseries et obstacles de plus en plus nombreux que nous avons rencontrés sur notre route. Linamovible comptable dINESU Janine Hautot, qui se console mal de ce que je lMadame Hautot » et siai toujours appelé « rarement Janine, tant javais de respect pour sa personne et sa fonction, pivot financier du développement de nos quartiers sans la vigilance incessante de qui ce développement se serait enfoncé dans des malis impossibles à rattraper. La tenue à jour des listings de nos contrats, conventions, permis de lotir, etc., et des diverses échéances et contraintes qui y sont stipulées, a été reprise pendant près de vingt ans par Claudine Pinton. Venant du dessin technique de nos infrastructures, elle est passée quasiment sans transition de la table à dessin à lordinateur. Suivant le même chemin, Michel Godfriaux jongla jusquà sa pension avec la gestion du patrimoine non affecté de lUCL et est devenu un spécialiste de notre bureautique. Mais, dans ce domaine, le maître reste le géomètre Eric Mourmaux qui a repris la direction de notre unité topographique après la mort de David de Radiguès.Notre équipe a en effet été secouée par deux drames au cours de ces dix dernières années. Dune part, la mort de Jean-Claude de Coninck que je considérais comme mon frère tant nos vies sétaient entremêlées depuis notre jeunesse, dans le scoutisme dabord, au régiment para-commando ensuite, au Congo et particulièrement à Lovanium encore, dans le secteur social de lUCL enfin. Toujours soucieux de laspect social de toutes nos actions, il était « Jiminy », ma conscience. Louvain-la-Neuve lui paraissant choyé par les autorités, il préféra aller se battre pour la qualité de la vie sur le site de Louvain-en-Woluwe, mais il continua à faire partie de notre état-major et son avis était toujours précieux. Voulant le retrouver à Louvain-la-Neuve, à la fin des années 1980, il me dit en paraphrasant le livre de Job : « Laisse-moi sur mon fumier à Woluwe ». Il concevait son travail comme un apostolat, Un mal implacable lemportera en huit mois au printemps de 1990. Quelques années plus tard, léquipe vécut à nouveau ce drame avec David de Radiguès. Une ancienne borne des limites de propriété a été placée devant nos bureaux de lavenue Georges Lemaître : cest un peu la borne zéro de notre site et nous yavons placé le nom de David pour que lon se rappelle quil est à la base de toute notre topographie et de tout notre cadastre.Comment ne pas souligner aussi quà partir du plan de sept ans, presque toutes nos équipes ont été décapitées et que les adjointes des chefs de services disparus prirent le relais dans un certain nombre de secteurs et non des moindres. Au secteur financier, Bernadette Dor reprend les responsabilités de Xavier Delvaulx, avant de me demander de repartir en mission pour bâtir Inforville. Dans le secteur commercial, si vital pour nos finances, Françoise Tasiaux mène la barque avec autorité et un remarquable bon sens. Enfin, dans le secteur des logements unifamiliaux, combien de familles peu habituées aux complexités de nos procédures et de notre urbanisme ne se sont-elles pas confiées à Rose-Marie Carels, récemment décédée. Elle les a maternées jusquà la signature des contrats. Bien entendu, ceux qui nont voulu voir en elle quun agent immobilier ne se sont pas fait bien voir. Car, ce qui caractérise tous les membres de léquipe, cest le fait que tous croient passionnément à leur travail et que faire de
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Louvain-la-Neuve un endroit où il fait bon vivre est une satisfaction bien plus importante que le traitement quils touchent à la fin du mois.Aujourdhui, certaines autorités voudraient que lon trouve les recettes de la réussite dun projet comme Louvain-la-Neuve, afin de les appliquer à dautres coins de notre Wallonie. Mais la passion des agents chargés de mettre en œuvre un plan de développement ne peut se définir en termes de recommandations et ne peut se décréter comme objectif. Selon toutes les probabilités des experts, Louvain-la-Neuve devait être un échec retentissant, dont on aurait tiré tout au plus un campus venteux. Sil nen a pas été ainsi, on le doit à la passion de toute une série de personnes, non seulement qui y ont travaillé, mais aussi à bon nombre dhabitants eux-mêmes qui ont insufflé suffisamment denthousiasme à ce projet pour quil finisse par se tenir debout. Si la technocratie voulait se substituer à laudace et à la ténacité des protagonistes, les ingrédients ne seraient plus liés et la sauce tournerait au vinaigre. Le tour de main de lhomme ne sera jamais remplacé par la stricte observation de la recette. Et nest-ce pas tellement mieux ainsi !
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