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Monnaies, médailles et histoire en Lorraine

De
413 pages
Cet ouvrage s'organise autour de ces discrets témoins de l'histoire que constituent ces médailles gravées, représentant les portraits des ducs et duchesses de la "Maison Royale de Lorraine" en place durant sept siècles (1048-1737) et de son livre d'explications du Révérend Père Dom Augustin Calmet, abbé de Senones.
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Monnaies, médailles et histoire en Lorraine

Du même auteur :
1- En collaboration avec Pierre Bariand : Larousse des pierres précieuses, 1re édition 1985 ; rééditions 1998, 2004. Traduction américaine : The Larousse encyclopedia of precious gems, Van Nostrand Reinhold, New-York. 2- Minéralia, Minéraux et pierres précieuses du monde, Artémis, 2004 Traduction allemande : Mineralien, alles Wissenswerte über Edelsteine und Kristalle, Parragon books Ldt, Bath, UK. Adaptations françaises de : 1- Ole Johnsen – Mineralernes verden (ajout des gîtes français des minéraux présentés), titre transformé par l’éditeur en : « Guide Delachaux des minéraux » (Delachaux et Niestlé). 2- Walter Schumann – Edelsteine und Schmucksteine (ajout de notices sur les diamants synthétiques, le corozo, les camées coquilles), titre transformé par l’éditeur en : « Guide des pierres précieuses » (Delachaux et Niestlé). 3- Walter Schumann – Der grosse BLV Steine und Mineralienführer (précisions apportées quant à la densité, les irisations, les pierres précieuses), titre choisi par l’éditeur : « Guide des minéraux et des roches » (Delachaux et Niestlé). 4- Rupert Hochleitner – Welcher Stein ist das ? (ajout des étymologies des noms de minéraux présentés; ajout d’une description sommaire des minéraux simplement cités dans le texte allemand, de quelques définitions et d’un glossaire), titre transformé par l’éditeur en « 300 roches et minéraux » (Delachaux et Niestlé).

© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-12808-8 EAN : 9782296128088

Jean-Paul POIROT

Monnaies, médailles et histoire en Lorraine

Historiques dirigée par Bruno Péquignot et Denis Rolland La collection « Historiques » a pour vocation de présenter les recherches les plus récentes en sciences historiques. La collection est ouverte à la diversité des thèmes d'étude et des périodes historiques. Elle comprend deux séries : la première s'intitulant « Travaux » est ouverte aux études respectant une démarche scientifique (l'accent est particulièrement mis sur la recherche universitaire) tandis que la seconde, intitulée « Sources », a pour objectif d'éditer des témoignages de contemporains relatifs à des événements d'ampleur historique ou de publier tout texte dont la diffusion enrichira le corpus documentaire de l'historien.
Série Travaux Michel GAUTIER, Un canton agricole de la Sarthe face au « monde plein ». 1670-1870, 2010. Tchavdar MARINOV, La Question Macédonienne de 1944 à nos jours. Communisme et nationalisme dans les Balkans, 2010. Jean-René PRESNEAU, L'éducation des sourds et muets, des aveugles et des contrefaits, 1750-1789, 2010. Simone GOUGEAUD-ARNAUDEAU, Le comte de Caylus (16921765), pour l'amour des arts, 2010. Daniel PERRON, Histoire du repos dominical. Un jour pour faire société, 2010. Nadège COMPARD, Immigrés et romans noirs (1950-2000), 2010. Arnauld CAPPEAU, Conflits et relations de voisinage dans les campagnes du Rhône au XIXe siècle, 2010. John WARD, Placement et adoption des orphelins au RoyaumeUni (1870-1926). L’orphelin et ses anges gardiens, 2010. Jean-Pierre HIRSCH, Vie de bistrot en Alsace. Lieux de loisirs et de sociabilité. 1844-1914, 2010.

A mon père, à la stricte droiture héritée de ses aïeux meusiens A ma mère, gasconne devenue lorraine, d’une école où les devoirs de chacun assurent les droits de tous, et non le contraire (ce qui est cru à tort aujourd’hui) à Cécile, de la « gens » Rémy critique et indépendante comme ses aïeux lorrains

Périodes antérieures à la famille des ducs héréditaires
Des Leuques à la Lotharingie

PREMIERE PARTIE

SUITE DE MEDAILLES DES DUCS ET DUCHESSES DE LA MAISON ROYALE DE LORRAINE
gravées par Ferdinand et Augustin de Saint Urbain Texte (édité en 1736) accompagné d’annotations et d’illustrations monétaires

Texte original des explications du Révérend Père Dom Augustin Calmet sur la

Période des Ducs héréditaires de Lorraine

DEUXIEME PARTIE

D’or à la bande de gueules chargée de trois alérions éployés d’argent

Du roi de Pologne Stanislas Leszczynski à la seconde guerre mondiale

Périodes postérieures aux ducs héréditaires de Lorraine

TROISIEME PARTIE

PREMIERE PARTIE
PERIODES ANTERIEURES A LA FAMILLE DUCALE HEREDITAIRE

I - Période pré- et protohistorique ; les Leuques
Une alternance de couches silico-argileuses et de couches calcaires récifales déposées durant les deux-cent-cinquante derniers millions d’années dans une cuvette cristalline ou cristallophyllienne tapissée de grès sur ses bords, telle est schématiquement la structure du bassin parisien. La partie orientale de cette structure est constituée par les Vosges, gréseuses au Nord, granitiques au sud, car décapées par l’érosion. Cette érosion a aussi entamé les zones silicoargileuse tendres, laissant les couches calcaires former des falaises, lesquelles constituent des arcs concentriques s’incurvant vers l’ouest, falaises aux pieds desquelles coulent divers cours d’eau : - la Sarre et les côtes de Lorraine du Muschelkalk (230 millions d’années) ; - la Nied et les côtes infra-liasiques (200 millions d’années) ; - la Moselle et les côtes de Moselle du Bajocien (160 millions d’années) ; - la Meuse et côtes de Meuse de l’Oxfordien (150 millions d’années) ; - l’Aire et les côtes d’Argonne du Crétacé inférieur (130 millions d’années) ; - l’Ornain et côtes des Bars du Kimméridgien (140 millions d’années).

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L’est du Bassin parisien est parcouru au Paléolithique (35’000 av. J.C. / 8’000 av. J.C.) par des groupes nomades de chasseurs collecteurs, lesquels se sédentarisent ultérieurement, au Mésolithique (8’000 av. J.C. / 5’500 av. J.C.). Cette société se transforme au Néolithique (5’500 av. J.C. / 2’000 av. J.C.) en éleveurs-agriculteurs qui ouvrent des carrières de silex (près de l’actuelle SaintMihiel) et initient un commerce d’échanges. Des villages se constituent, et l’utilisation du cuivre apparaît au début du deuxième millénaire (âge du bronze, 1’800 av. J.C. / 850 av. J.C.) ; la technique de la fonte à cire perdue est découverte dès le début du premier millénaire, et la métallurgie se développe alors dans la région, alimentée par l’exploitation du cuivre de gites à azurite en Sarre et dans les environs de l’actuelle Saint-Avold. L’âge du fer apparaît au VIIIe siècle avant notre ère, et il se forme une aristocratie dont témoignent notamment les tumulus recouvrant des tombes à chars et épées (Diarville, à 40 kilomètres au sud de Nancy). A cette époque dite de La Tène, s’installent des tribus gauloises, dont chaque agglomération – oppidum – est un centre économique notable. Ainsi, après des péripéties dont nous ignorons la nature, les Leuques occupent le sud de notre région, autour de l’oppidum de Boviolles situé au confluent de l’Ornain et de la Barboure (15 km au sud-est de Bar-le-Duc), et les Médiomatriques en occupent le nord, autour de l’oppidum de la colline Sainte-Croix située au confluent de la Moselle et de la Seille (actuelle Metz).

Quart de statère leuque (IIe siècle avant J.C.) Anépigraphe ; légèrement convexe/concave Face convexe : Tête stylisée avec un sourcil épais, portant un diadème à trois bandes formant chevrons, tournée à droite. Face concave : Cheval allant à gauche, se retournant ; croix pointée devant son poitrail ; rameau au-dessus ; rosace pointée sous le ventre, rappelant le monnayage de Philippe II de Macédoine.
Or (cuivré ?) - diamètre 13.0 à 13.7 mm. - 1.652 g.

Au premier millénaire avant notre ère, une circulation de monnaies d’or apparaît : d’un type fortement inspiré de celui des statères de Philippe II de Macédoine (383 av. J.C. / 336 av. J.C.), ces monnaies d’or ont probablement été en partie frappées avec l’or rapporté du Moyen-Orient par les guerriers engagés là-bas comme mercenaires ; des pièces de bronze ou de potin (bronze fortement stannifère à basse température de fusion) sont frappées (bronze) ou coulées (potin) pour les utilisations plus courantes. L’argent n’est pas alors utilisé.

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Quinaires L’influence de Rome pénètre par l’axe commercial nord-sud empruntant successivement les vallées du Rhône, de la Saône, du Madon, de la Moselle et du Rhin ; le commerce qui en résulte entraîne la fabrication de quinaires (demideniers) d’argent frappés aux conditions du demi-denier romain (164 par livre romaine soit 1,98 gramme ; argent au titre de 950o/oo). Dans les deux principaux oppidums des tribus peuplant la région dite aujourd’hui « Lorraine », deux ateliers monétaires fonctionnent au premier siècle avant notre ère : celui des Leuques à Boviolles et celui des Médiomatriques à Metz. Toutefois, il y avait aussi dans cet espace une circulation de monnaies émises par les tribus voisines : les Trévires au Nord, les Rèmes au nord-ouest, les Tricasses à l’ouest, les Séquanes au sud-ouest, les Lingons au sud. Le massif vosgien ne semble pas avoir été franchi par les monnaies des tribus occupant la plaine alsacienne (Triboques au nord et Rauraques au sud).

La gravure des coins utilisés pour frapper les quinaires est toujours d’une surface plus grande que celle des flans utilisés ; le poisson situé sous les pattes du cheval n’est ainsi bien visible que sur le quinaire inférieur ; le cheval ne s’observe en entier que sur le quinaire en haut à droite ; les légendes ne sont partiellement visibles que sur les derniers situés aux extrêmes.

Argent - diamètre 11,3-12,5 mm. - 1,39 g. Argent - diamètre 13,1-13,5 mm. - 1,83 g. Argent - diamètre 11,3-12,1 mm. - 1,86 g.

Quinaires leuques « SOLIMA-COLIMA »

Quinaire séquane « Q DOCI SAM F »
Argent - diamètre 13 mm. - 1,89 g.

Argent - diamètre 12,85-14,3 mm. - 1,91 g.

Quinaire lingon «KALETEDOY»

Les quinaires d’argent sont surtout utilisés pour le commerce avec les légions romaines. Leuques, Séquanes et Lingons y honorent Epona, protectrice des chevaux et déesse des eaux bienfaisantes, comme l’indique son nom (mêmes

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racines indo-européennes que celles de la source grecque Hippocrène jaillie sous le sabot de Pégase sur l’Hélicon en Béotie, à savoir epos = ’ippos, cheval et ona = krênê, source). Les Trévires honorent sur leur quinaire le corbeau, messager du dieu Wodan (d’où l’allemand moderne wüten, être en fureur, et l’anglais Wednesday, mercredi – Mercurii dies – par son assimilation au dieu romain Mercure), qui ici apporte une torque, peut-être à Frida, la savante et presciente épouse de Wodan (d’où l’allemand Freitag et l’anglais Friday, vendredi – Veneris dies – suite à son assimilation à la déesse romaine Vénus), qui aime se parer et protège les mariages auxquels elle apporte la fécondité.

Quinaire trévire à l’oiseau – corbeau – portant un torque
Argent - diamètre 15.9-17,1 mm. - 1,62 g.

Bronzes Les bronzes, alliage cuivre-étain (comportant au maximum 10% d’étain pour faciliter le travail du cuivre) sont frappés localement pour un commerce entre « cités » gauloises. Ici aussi, les Leuques honorent leurs dieux : le couple Epona-Wodan est ainsi symbolisé par un cheval sur lequel est juché un oiseau.

Bronze leuque « MATUGIINOS » Partie postérieure d’une tête casquée / oiseau (Wodan) sur un cheval (Epona)
Diamètre 13,0-12,6 mm. - 2,58 g.

Bronze rème « ATISIOS REMOS » Tête à gauche / lion accosté d’un poisson
Diamètre 16,2-18,2 mm. - 5,78 g.

Bronze médiomatrique « MEDIOMA » Tête, souffle issu de la bouche / Pégase
Diamètre 16,0-17,2 mm. - 2,22 g.

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L’influence romaine est nettement perceptible chez les Médiomatriques : l’oiseau sur le cheval est devenu Pégase. Le lion des Rèmes rappelle peut-être le thème des monnaies marseillaises, copié des monnaies grecques de Vélia ; le poisson devant son poitrail rappelle celui des quinaires leuques, lequel évoque les sources. Potins Le potin est un alliage cuivre-étain riche en étain (de l’ordre de 30% d’étain) fusible à basse température, ce qui permet d’en produire des monnaies par moulage ; les monnaies ainsi obtenues sont également nommées « potins ». Aucun moule ni fragment de moule n’a été retrouvé, mais les traces de canaux d’emplissage, diamétralement opposées sur les monnaies, et la parfaite identité des pièces dans une série donnée permettent de penser que le moule était fabriqué à chaque coulée à partir d’une matière pâteuse se désintégrant totalement par la suite ; l’hypothèse la plus probable est celle du plâtre fin. Deux plaques de plâtre sont réalisées ; alors que ces plaques sont encore molles, un sillon central y est ménagé, et le motif d’une pièce modèle y est insculpé plusieurs fois, à cheval sur ce sillon : il en résulte d’une part une série d’avers reliés par un canal, et d’autre part une série de revers de même ; plaquées l’une sur l’autre, ces deux plaques encore molles constituent le moule. Dès que le plâtre est totalement durci, le potin en fusion est versé dans le moule ; après solidification de la coulée, l’« arbre » ainsi obtenu est dégagé en brisant le moule, lequel se désagrège ensuite rapidement, ne laissant aucune trace. Les futures pièces de monnaie sont ensuite isolées par simple cassure de cette « tige » aux entrées et sorties de chacune d’elles. Les traces des canaux de coulée demeurent toujours visibles ; la « tige » est en effet sectionnée plus ou moins loin de la tranche des pièces, sans rectification ultérieure compte-tenu de la faible valeur libératoire de ces pièces.

Diamètre 17,0-17,8 mm. - 3,97 g.

Potins leuques à la « tête d’indien » et au sanglier porte enseigne

Diamètre 17,1-18,0 mm. - 4,06 g.

D’usage essentiellement local, les potins circulent néanmoins aussi chez les peuples voisins du peuple émetteur, et parfois géographiquement assez loin de leur atelier monétaire. Les Leuques coulent des potins ornés d’une tête ceinte d’un bandeau, où la chevelure est marquée par trois mèches donnant un aspect de « tête d’indien » ;

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des têtes lisses dites « têtes chauves » ont pu être coulées par eux ou leurs voisins de Haute-Seine. L’autre face honore le sanglier, animal solitaire qui, fouillant les secrets de la terre, est naturellement associé au dieu Lug, maître des arts et des techniques.

Potins leuques ou de Haute-Seine, à tête la chauve et au sanglier Diamètre 17,5-19 mm. - 3,5 g. Diamètre 17,1-17,9 mm. - 4,26 g. Notez que le sanglier ci-dessus est sexué !

Les Leuques (ou leurs voisins de Haute-Seine) matérialisent parfois le souffle sortant de la bouche des têtes qu’ils représentent. Ils honorent ici le taureau qui porte les attributs d’une majesté indomptable, ainsi que la course d’un guerrier.

Potins leuques ou de Haute-Seine avec matérialisation du souffle sortant de la bouche au taureau et au lys au guerrier courant
Diamètre 16,5 x 20,3 mm. - 2,73 g.

Diamètre 17,5-18,5 mm. - 4,51 g.

Le respect des sources à l’eau vivifiante, conduisant au culte des nymphes qui leur sont attachées, est parfois nettement indiqué sur les potins ; c’est ainsi le cas des Lingons, qui matérialisent l’eau par la présence de poissons.

Potin lingon aux trois poissons Trois poissons
Diamètre 19 mm. - 5,26 g.

/

Trois canards (?)

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Les potins des Rèmes honorent l’ours (ursus ; ber), qui fait alors l’objet d’un culte dont il nous reste aujourd’hui des témoins dans la toponymie (passage de l’ours, Berry, Orcière, etc.), et dans la fête de la Chandeleur (« chant de l’ours » transformé en fête des « chandelles ») qui marque l’époque de la sortie d’hibernation de l’ours, début février. Les faces associées à ces potins sont un bucrane (du grec boys, boos, bœuf, et kranion, oy, crane) qui renvoie au culte du taureau, et un « guerrier courant », c'est-à-dire un chasseur d’ours.

Potin rème à l’ours et au bucrane
Diamètre : 20 mm. - 5,06 g.

Potin rème à l’ours et au « guerrier courant »
Diamètre 21 mm. - 6,32 g.

L’agressivité des peuples germaniques conduit quelques tribus gauloises à demander l’aide de Rome pour les repousser, ce qui sert de prétexte à César pour conquérir la Gaule (58 av. J.C. / 51 av. J.C.). Les Leuques lui fournirent du blé au début de la conquête (58 av. J.C.) et ne semblent pas avoir ensuite participé activement aux combats.

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II - Période gallo-romaine
Après la conquête de César, des villes romaines sont établies près des anciens oppida gaulois, notamment à Lyon (Lugdunum), où sont frappés les premiers quinaires romains de Gaule, et d’où le pays est d’abord gouverné. Le triumvirat établi après l’assassinat de César (15 mars 44 av. J.C.) entre Octave (futur Auguste), Marc-Antoine et Lépide attribue la « Gaule chevelue (« Gallia comata ») à Marc-Antoine.

Marc-Antoine et Fulvie, quinaire (Lyon, 42 av. J.C.) [A]NTON[I] / lion accosté de A[nno] et XLI / IMP[erator] IIIVIR R[ei] / Victoire sous les traits de Fulvie / P[ublicae] C[onstituandae] (Antoine, 41 ans, chef des armées, triumvir de la République restaurée)
Argent - diamètre 12,5 mm. - 1.64 g.

Fulvie, épouse de Marc-Antoine et belle-mère d’Octave qu’elle déteste, suscite une guerre entre son gendre et son beau-frère le consul Lucius Antonius. Vainqueur, Octave occupe la Gaule et répudie Claudia qu’il renvoie à Fulvie. Marc-Antoine reproche alors son attitude à Fulvie, laquelle meurt peu après (40 av. J.C.) ; la réconciliation (provisoire !) entre Octave et Marc-Antoine est scellée par les promesses de mariage de Marc-Antoine avec Octavie, sœur d’Octave et du fils de Marc-Antoine avec Julie, fille d’Octave.

Auguste – denier au taureau, Lyon (15 av. J.C.) AVGVSTVS DIVI F [Auguste fils du divin (César)] IMP-X [chef des armées pour la 10ème fois]
Argent - diamètre 20 mm. - 3,71 g.

La mise en place d’une administration centralisée dans la Gaule rend nécessaire la mise en place d’un réseau routier permettant de transmettre rapidement les ordres. Vers 15 av. J.C., Octave, désormais titré « Auguste », charge son gendre Agrippa d’établir ce réseau et d’organiser le pays, lequel est divisé en trois provinces : Aquitaine, Lyonnaise et Belgique. C’est dans cette dernière province que se trouvent inclus les territoires (« cités ») des Leuques et

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des Médiomatriques. L’ « imperator » (général en chef des armées) Auguste fonde dans les territoires trévires une ville d’où la Gaule Belgique sera administrée (Augusta Treverorum, qui sera simplement nommée ultérieurement Treverum, d’où son nom de Trèves, transcrit Trier en langue germanique).

Quadrans au taureau, Trèves (10 av. J.C.) Anépigraphe / GERMANVS/INDVTILLI [chef trévire]
Bronze - diamètre 16/17 mm. - 3.01 g.

Dupondius (Nimes) –Auguste et son gendre Agrippa IMP[erator] / DIVI F[ilius] COL[onia] NEM[ensis] Chef des armées, fils du divin(César) / Colonie de Nîmes Têtes adossées d’Auguste et d’Agrippa / Crocodile attaché à un palmier (souvenir des légionnaires ayant participé en 30 av. J.C. à la conquête de l’Egypte)
Bronze - diamètre 26,5 mm. - 13,17 g.

L’importante voie romaine Lyon-Trèves passe par la cité des Médiomatriques, Divodurum Mediomatricorum (nommée trois siècles plus tard Mediomatricum, puis Mettis, d’où le nom actuel de Metz), qui profite de l’activité ainsi drainée, et devient un important nœud routier. Une cité romaine, Nasium (actuelle Naix-aux-forges), s’édifie aux pieds de Boviolles, mais les Leuques sont attirés par la grande voie commerciale romaine Lyon-Trèves, et leur centre économique glisse dans une agglomération située sur cette voie au bord de la Moselle, Tullum Leucorum (nommée simplement Tullum trois siècles plus tard, et actuellement Toul). Durant les deux siècles et demi suivants, la « paix romaine » n’est troublée que vers 68-70, lors de la mort de Néron, puis vers 170-180, sous Marc-Aurèle. Frappée notamment à Trèves et à Lyon, la monnaie romaine circule et concourt à la vie économique du pays.

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Tandis qu’une partie des légions affectées à la défense de la Gaule Belgique est déplacée en Orient face aux Goths sur le Danube ou face aux Perses en Asie mineure, les Germains constituent des ligues et se renforcent ; en 254, le trajet du premier raid significatif des Alamans est jalonné de trésors monétaires enfouis et parfois retrouvés seulement une quinzaine de siècles plus tard (Avocourt en Meuse, Metz en Moselle). Alors imperator associé à son père Valérien, Gallien rétablit momentanément la situation ; en effet, la défaite de Valérien fait prisonnier en 259 par le Perse Chapour, puis son supplice en 260 (après l’avoir humilié en s’en servant de marchepied, Chapour le fait écorcher vif !), incitent Francs et Alamans à renouveler leur agression, laquelle est à nouveau marquée par l’enfouissement de trésors monétaires (Naix-aux-forges et Senon dans la vallée de la Meuse, Sarrebourg dans celle de la Moselle).

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« Empire Gaulois » (260-273) : Postumus, usurpateur (260-269) Nommé par Gallien, le général Postumus repousse les envahisseurs, et usurpe en 260 le titre d’« auguste ». Il constitue ainsi l’« empire romain des Gaules », qui connaît une période de tranquillité durant une petite dizaine d’années.

IMP[erator] C[æsar] POSTVMVS P[ius] F[elix] AVG[ustus] / MINE-V-A FAVTII Chef des armées César Postumus, pieux heureux auguste / A Minerve protectrice (déesse combattante)

Argent 200o/oo - diamètre 22,5 mm. - 3,02 g.

Antoninien, Trèves, 262

IMP[erator] C[æsar] POSTVMVS P[ius] F[elix] AVG[ustus] /SERAPI C-OMITI AVG Chef des armées César Postumus, pieux heureux auguste / A Sérapis compagnon de l’auguste (dieu guérisseur)

Argent 150o/oo - diamètre 21,7 mm. - 3,86 g.

Antoninien, Trèves, 267.

IMP[erator] C[æsar] POSTVMVS P[ius] F[elix] AVG[ustus] / MONETA AVG Chef des armées César Postumus, pieux heureux auguste / A la monnaie de l’auguste

Billon (argent 150o/oo) - diamètre 21,5 mm. - 3,02 g.

Antoninien, Trèves, 263-265

Postumus frappe monnaie à Trèves, et ses pièces d’une part appellent à la protection des dieux (à Minerve - antique déesse romaine de la sagesse -, à

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Sérapis - dieu guérisseur venu d’Egypte au tournant de notre ère -), et d’autre part exaltent la stabilité et le bonheur apportés par son gouvernement (émission en honneur de sa monnaie, émission au caducée - emblème de Mercure, dieu du commerce, également associé à la félicité -).

IMP[erator] C[æsar] POSTVMVS P[ius] F[elix] AVG[ustus] / SAECULO FRVGIFERO Chef des armées César Postumus, pieux heureux auguste / Au siècle fécond Remarque : Associé à Mercure, dieu du commerce, le caducée est un symbole d’une économie satisfaisante (la « croissance » actuelle) et donc de félicités retrouvées.

Billon (argent 150o/oo ) - diamètre 21 mm. - 3,08 g.

Antoninien, Trèves, 266

Fin de l’« Empire Gaulois » (273) : Probus empereur (276-282) Les luttes intestines de l’« Empire Gaulois » aboutissent à l’assassinat de Postumus par ses propres troupes en 269, puis à la destruction de cet « empire » en 273 par Aurélien (imperator de Rome – 270 à 275 – qui établit un nouvel ordre monétaire avec la création de l’aurelianus en 274), ce qui provoque de nouveaux dépôts monétaires. A nouveau envahi par les Alamans en 275-276, le pays en est délivré par l’imperator Probus (276-282), qui « pacifie » la Gaule en 279.

IMP[erator] C[æsar] M[arcus] AVR[elius] PROBVS P[ius] AVG[ustus] / VIRTVS PROBI AVG Chef des armées César Marc Aurélien Probus, pieux auguste Aux qualités physiques et morales de l’auguste Probus Probus terrassant un ennemi

Billon (argent 50o/oo) - diamètre 23.5 mm. - 3,31 g.

Aurelianus, Serdica (actuelle Sofia), 277

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IMP{erator] C[æsar] M[arcus] AVR[elius] PROBVS P[ius] AV[gustus] / S-OLI INVICT-O Chef des armées César Marc Aurélien Probus, pieux auguste / Au Soleil invaincu Soleil conduisant un quadrige

Billon (argent 50o/oo) - diamètre 21.5 mm. - 4,16 g.

Aurelianus, Serdica (actuelle Sofia), 277

Dyarchie (286-293) et tétrarchie (après 293) La situation militaire de l’empire romain impose une réforme : Dioclétien nomme Maximien « auguste » en 286, les deux augustes ayant les mêmes pouvoirs militaires et politiques (« dyarchie », du grec dyo, deux et arkhê, commandement, autorité). Placé sous la protection de Jupiter, Dioclétien prend en charge les frontières orientales et laisse les frontières occidentales à Maximien, placé sous la protection d’Hercule ; Maximien reste subordonné à Dioclétien. Cependant, qui s’adresse à l’un des Augustes est censé s’adresser aux deux, l’autre étant fictivement présent : la deuxième personne du pluriel alors utilisée deviendra avec le temps notre « vous » de politesse. Le 1er mars 293, deux « césars » sont nommés pour seconder les augustes, Galère auprès de Dioclétien, Constance, père de Constantin le Grand, auprès de Maximien (« tétrarchie », quatre autorités).

Aurelianus de Maximien-Hercule (285-305), Lyon, 288 IMP MAXIMIANVS AVG / VIRTVTI AVGG Aux qualités physiques et morales des Augustes Hercule étranglant le lion de Némée
Billon (argent 50o/oo) - diamètre 24 mm. - 4,08 g.

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Aurelianus de Dioclétien (293-305), Lyon, 294 DIOCLETIANVS P[ius] F[elix] AVG[ustus] / SALVS AVGG Santé des Augustes La Santé nourrissant un serpent
Billon (argent 50o/oo) - diamètre 24 mm. - 4,27 g.

Constantin le Grand : l’empire chrétien et le « solidus » (« sou ») Constantin le Grand succède à son père comme « césar » le 25 juillet 306, et devient officiellement « auguste » le 25 décembre 307. Il élimine ses autres collègues, la victoire décisive ayant lieu contre Maxence en 312, au Pont Milvius sur le Tibre, près de Rome ; c’est là que lui serait apparu un chrisme (monogramme XP, lettres grecques khi et rhô signifiant Christ) tandis qu’une voix lui disait « Hoc signo victor eris » (par ce signe tu seras victorieux), et qu’aurait alors pris source l’empire chrétien.

IMP CONTANTINVS AVG / SOLI INVIC-TO COMITI Chef des armées Constantin auguste / Au Soleil invincible compagnon Remarque : Constantin était un adepte de Sol Invictus, Soleil Invincible, alors fortement vénéré en Gaule ; il se convertit lors de sa victoire décisive sur Maxence en 312, mais ne se fait baptiser que sur son lit de mort le 22 mai 337 à Nicomédie.

Bronze - diamètre 23 mm. - 4,34 g.

Follis, Trèves, 311

La lutte qui oppose Constantin à ses collègues augustes est fatale au système de tétrarchie, définitivement abolie de fait après 312. Proclamé auguste le 11 novembre 308, Licinius épouse en 313 Constantia, demi-sœur de Constantin, et se met sous la protection de Jupiter. Les conflits

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qui en résultent se terminent par sa défaite et son exil en 324, puis son exécution en 325. Constantin est alors le seul maître effectif de l’empire romain ; les fonctions de l’autre auguste et des césars sont confiées à ses enfants et neveux.

Nummus, Nicomédie (Bithynie), 313 IMP[erator] C[æsar] VAL[erivs] LICI[a]N[vs] LICINIVS P[ivs] F[elix] AVG[vstvs] / IOVI CONSERVATORI AVG - NN Chef des armées César Valère Licianus Licinius Auguste pieux heureux auguste / A Jupiter sauveur de l’auguste Jupiter, debout, un aigle à ses pieds, long sceptre en main gauche, globe nicéphore en main droite.
Bronze - diamètre 20,5 mm. - 3,21 g.

IMP LICI-NIVS AVG / IOVI CONSERVATORI AVG -PTR Chef des armées Licinius, auguste / A Jupiter sauveur de l’auguste Jupiter, le foudre en main droite, prend son envol sur un aigle

Billon (Ag 250o/oo) - diamètre 18 mm. - 3,07 g.

Pseudo-argenteus, Trèves, 313

Constantin complète les réformes de Diocliétien. Il dédouble la province de Belgique ; constituée des cités des Leuques, des Médiomatriques et des Trévires, la nouvelle province de Belgique Première préfigure en quelque sorte la future Lorraine ; peu après, il dédouble la cité des Médiomatriques, créant la cité du Verdunois autour de la « civitas verodunensium », actuelle Verdun.

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Après sa victoire sur Maxence en 312, Constantin le Grand met en forme la réforme monétaire entreprise par Dioclétien ; il crée notamment un « aureus solidus », constitué d’une masse d’or de 24 carats (1/72 de livre romaine, soit 4,51 grammes), lequel doit être (et sera) une nouvelle monnaie « solide » (ce sera plus tard l’ambition du « nouveau franc ») ; cet « aureus solidus », dit plus simplement « solidus » perdurera jusqu’au XIe siècle, moment à partir duquel les dévaluations successives initiées par l’empire romain d’orient (« empire byzantin ») en feront progressivement une pièce de bronze, le « sol » ou « sou » du XVIIIe siècle, dont le nom est resté utilisé jusqu’au milieu du XXe siècle (cent sous pour parler de la pièce de cinq francs, devenue cinq centimes avec le « nouveau franc », c'est-à-dire moins d’un centime d’euro !). Le solidus de Constantin est à l’origine de la désignation du titre de l’or en carats : en effet, les orfèvres fondaient les solidus de Constantinople pour en faire divers objets, et, du fait de sa dévaluation par un remplacement partiel d’or par du cuivre, poids pour poids, ils qualifièrent tout naturellement la qualité de l’alliage d’or ainsi utilisé par le nombre de carats d’or effectivement présents dans les solidus utilisés, d’où un « aloi » (titre) exprimé en « carats », c'est-àdire en vingt-quatrièmes (le titre de l’or à 18 carats est 18/24, soit 750o/oo).

Centenionalis célébrant les deux capitales de l’Empire après la fondation de Constantinople VRBS ROMA / SMKE CONSTAN-TINOPOLIS / TRS Ville de Rome / Cyzique (335) Constantinople / Trèves (331) Louve allaitant Romulus et Rémus Victoire sur une proue de nef Remarque : Les deux étoiles au dessus de la louve représentent les Dioscures, Castor et Pollux, patrons de la classe équestre, qui auraient aidé l’armée romaine à vaincre les Italiens à la bataille du lac Régille (496 av. J.C.).
Bronze - diamètre 18 mm. - 2,20 et 2,65 g.

Pour mieux contrôler les armées destinées à défendre l’empire romain contre les diverses peuplades qui l’attaquent (Germains et Daces notamment), Constantin le Grand décide d’établir une seconde capitale d’empire proche de ces périls ; après avoir envisagé Trèves, il choisit en 326 le site de Byzance, future Constantinople (« ville de Constantin »), actuelle Istanbul, site situé à proximité des frontières menacées par les Daces et de celles menacées par les Perses. La nouvelle ville lui est dédicacée le 11 mai 330 ; des nummus, dits aussi follis ou centenionalis, (pièces de 25 deniers) font alors connaître cette fondation dans tout l’Empire.

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Constantin nomme aux responsabilités locales des « compagnons » (comes, comitis, ce qui donnera le français « comte » titre ultérieurement attribué aux fonctionnaires de Charlemagne). La religion chrétienne devient officielle à la fin du règne de Constantin ; son fils Constance II frappe des monnaies comportant le rappel de la conversion de son père, notamment le labrarum chrismé (enseigne légionnaire comportant le monogramme grec khi/rhô – X/P – signifiant « Christ ») accompagné de la sentence « Hoc signo victor eris » (Tu seras vainqueur par ce signe, c.à.d. « Tu vaincras avec cette enseigne »).

D[ominus] N[oster] CONSTAN-TIVS P[ius] F[elix] AVG[ustus] / HOC SIG-NO VICTOR ERIS Notre Seigneur Constance pieux heureux auguste (Constance II, 324-361) / Avec cette enseigne, tu seras vainqueur Constance II de trois-quarts face, un labrarum chrismé en main droite, un sceptre en main gauche, couronné par un ange.

Bronze - diamètre 22 mm. - 5,47 g.

Majorina, Siscia (Sisak), 350

D[ominus] N[oster] MAGNEN(TIVS P[ius] F[elix] AVG[ustus]) / / SALVS DD NN AVG ET (CAES) - FPLG Notre Seigneur Magnence pieux heureux auguste (Magnence, 350-353) / Santé à nos seigneurs auguste et césar Chrisme accosté d’alpha et oméga Remarque : Révolté contre Constant (337-350), Magnence se proclame « auguste » à Autun : il vainc Constant et le tue en 350 durant sa fuite vers les Pyrénées. Il nomme « césar » son frère Domitien.

Bronze - diamètre - 21,5 mm. - 3,49 g

Majorina, Lyon, 353

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Fin de l’empire romain d’occident Les IVe et Ve siècles sont marqués par un repli économique, d’où un affaiblissement de la circulation monétaire, effet observable par un moindre nombre de trouvailles de monnaies. Les Alamans envahissent la Belgique Première en 352, puis en 355, ce qui provoque de nouveaux dépôts monétaires. Julien II (355-363) les chasse en 357, mais ils reviennent en 365-366, aussi Valentinien Ier (364-375) renforce-t-il les défenses du « limes ». Celles-ci résistent jusqu’au 31 décembre 406, jour où Vandales, Alains et Quades traversent le Rhin gelé et déferlent sur la Gaule, qu’ils traversent, au nombre d’au moins 150’000, avant de s’établir dans la péninsule hispanique ; les Vandales laissent d’ailleurs leur nom à la région d’où ils sont chassée en 429, l’Andalousie. Après une période relativement calme, les Huns d’Attila déferlent en 451, pillant, massacrant et pillant Metz le jour de Pâques (7 avril 451), avant d’être défaits le 20 juin 451 aux champs catalauniques (les Catalauni sont une tribu gauloise localisée autour de l’actuelle Châlons-en-Champagne) par Ætius aidé des Francs Saliens de Clodion (Mérovée) et des Wisigoths de Théodoric. Mais Ætius meurt en 454, et les chefs régionaux de la Gaule prennent une certaine indépendance : le comte Argobert gouverne la Belgique depuis Trèves, avant de devenir évêque de Strasbourg, au moment où le roi germanique Hérule Odoacre dépose, en 476, le dernier empereur romain d’occident, Romulus Augustule.

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III - Période mérovingienne : l’âme de l’Austrasie
Vers 475, les Francs ripuaires installés en Rhénanie s’étendent en Belgique Première abandonnée par le comte Argobert. En 486, à Soissons, le roi des Francs saliens, Clovis, défait Syagrius qui gouvernait le bassin parisien sous l’appellation « roi des Romains » ; de ce fait, Clovis joint l’ancienne « Belgique Première » à son royaume, et s’appuie sur l’organisation territoriale des évêchés pour assurer son pouvoir, ce qui est concrétisé par son baptême à Reims en 496. A la mort de Clovis le 27 novembre 511, le « regnum Francorum », royaume des Francs qu’il a constitué, est, selon la coutume franque, partagé entre son fils ainé Théoderic Ier (Thierry Ier) qui en reçoit le tiers oriental, et ses trois fils puinés issus de Chlotilde, auxquels sont attribuées la région de Soissons (Clotaire Ier), celle de Paris (Childebert Ier) et celle d’Orléans (Clodomir). Théoderic Ier récupère une partie du royaume de Clodomir, tué en combattant les Burgondes en 524, puis conquiert la Thuringe avant de mourir en 534 ; le royaume de son fils Théodebert couvre l’Europe occidentale des Pyrénées à la Thuringe et de la Sologne à la Carinthie.

D[ominus]N[oster] THEODEBE—RTUS VICTOR / VICTORI—A AUCCCI B – O /ICONOS Notre Seigneur Théodebert victorieux (Théodebert, roi des Francs, 534-548) / Victoire des Augustes / Or pur Remarque : Théodebert copie le type du solidus émis par l’empereur byzantin Justinien Ier (527-565) au début de son règne. A l’avers, son buste casqué, diadémé et cuirassé avec une lance sur l’épaule droite ressemble à celui de Justinien de même que la légende (ND IVSTINIANVS PP AVG, notre Seigneur Justinien père de la Patrie, Auguste) ; un bouclier décoré d’un cheval a cependant été ajouté à son côté gauche. Au revers, la Victoire aux ailes déployées tenant une croix en main droite et un globe crucifère en main gauche, avec une étoile à huit branches sous cette main, est identique à celle du solidus de Justinien ; elle est toutefois accostée ici des lettres B et O (rétrograde pour OB, c.à.d. OBRYZUM ,or pur testé au creuset) ; en outre, la mention byzantine en exergue CONOB, c.à.d. « cum obryzo » (en or pur), est altérée ici en ICONOS.

Or – diamètre environ 20 mm. - 4,41 g. (pour 4.51 g. théoriques)

Solidus, vers 540

Photographies Pierre Crinon, « ogn-numismatique.com »

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Se voulant l’égal de l’empereur romain de Constantinople, Théodebert frappe des « sous d’or » (solidi taillés à 72 par livre romaine, c.-à-d. pesant 4,51 g) à son effigie, faisant suivre son nom de « Victor », pour faire connaitre ses succès

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en Italie du Nord. De nombreux ateliers monétaires battent alors monnaie dans tout le territoire de la future Lorraine, au cœur de ce royaume franc, non seulement dans les principales cités (Metz, Toul, Verdun), mais aussi dans de moindres agglomérations telles Dieuze, Marsal, Vic et Moyenvic en Saulnois, ou encore Naix-les-forges, Grand, Scarponne, Sarrebourg, etc. Mort en 548, Théodebert laisse le royaume à son fils Théodebald encore enfant, qui meurt dès 555 ; le royaume échoit alors à son grand oncle Clotaire Ier qui, à la mort de son frère Childebert Ier, devient roi de l’ensemble du « regnum Francorum ».

CHLOTARIVS… / …OTARI VICTVRIA Clotaire / Victoire de Clotaire Remarque : A l’avers, le buste diadémé de profil tourné à droite est une innovation par rapport aux solidi byzantins qui servaient de modèle ; la légende est peu lisible par suite de l’utilisation de cette monnaie en pendentif. Au revers, la croix latine sur une boule évoque les revers byzantins à la croix sur un piédestal à quatre marches ; les lettres M (40 à Byzance) et A qui accostent la croix pourraient être une indication de valeur, le solidus étant compté pour 40 deniers dans la loi salique ; la légende « Victoire de Clotaire » est substituée à « VICTORIA AVGG », Victoire des Augustes des pièces de Byzance.

or - diamètre environ 20 mm. - masse y compris la bélière 4,89 g.

Solidus monté en pendentif

Photographies Pierre Crinon, « ogn-numismatique.com »

A la mort de Clotaire Ier en 561, un deuxième partage du « regnum Francorum » a lieu entre ses quatre fils vivants, les trois aînés Caribert, Gunthram et Sigebert issus de sa première épouse Ingonde et le cadet Chilpéric issu de sa quatrième épouse Arégonde. Sigebert Ier reçoit la Francie rhénane alors prolongée jusqu’à Marseille, à laquelle, à la mort de Caribert en 567, il joint les régions de Reims, Meaux et Tours. Sigebert Ier se marie en 566 à Metz avec Brunichilde (Brunehaut), dont la sœur Galswinthe devient peu après la deuxième épouse de son demi-frère Chilpéric. Galswinthe ayant été assassinée par Chilpéric sur les instances de sa favorite Frédégonde, Brunehaut furieuse incite Sigebert à combattre son demi-frère, ce qu’il fait avec succès en 574575 ; mais Frédégonde fait alors assassiner Sigebert Ier, arrêter et emprisonner Brunehaut. Un duc fidèle (le duc – de « dux, ducis », conducteur – était un chef militaire commandant les troupes de plusieurs comtes) soustrait cependant le jeune fils de Sigebert, Childebert II, à l’ire de Frédégonde et le fait couronner à Metz à Noël 575 : les leudes, aristocratie locale, tiennent en effet à maintenir

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l’indépendance du royaume de Théoderic et Sigebert Ier, qui existe depuis une soixantaine d’années, et prend alors le nom d’«Austrasie», c'est-à-dire « royaume de l’est » (de « auster », est). Evadée de sa prison, Brunehaut rejoint son fils en 577 et s’allie à son beau-frère Gunthram, roi de Burgondie (actuelle Bourgogne), père d’une fille unique Chlothilde, lequel accepte d’adopter son neveu Childebert II et d’en faire son unique héritier. Entériné par les leudes, l’accord est renouvelé dix ans plus tard en 587 ; à la mort de Gunthram en 592, Childebert II joint la Burgondie à l’Austrasie. Clotaire II, roi de tout le « Regnum Francorum » (613-629) En 595, Childebert II meurt, laissant l’Austrasie à son fils aîné Théodebert II âgé de neuf ans, et la Burgondie à son second fils Théoderic II (Thierry II) âgé de huit ans. Les leudes s’entendent tout d’abord pour conquérir en 600 une partie de la Neustrie de leur cousin Clotaire II, mais s’affrontent dès 604. Soutenu par sa grand-mère Brunehaut, Théoderic II bat son frère à Toul en 612, le poursuit et le capture près de Cologne, puis le met à mort à Châlons. Il n’a guère le temps de savourer sa victoire, car il meurt l’année suivante 613. Brunehaut installe alors sur le trône de Metz Sigebert II, fils de Théoderic II ; mais les leudes austrasiens ne l’acceptent pas et font appel à Clotaire II ; ils lui livrent Brunehaut qui est mise à mort, de même que Sigebert II. En 613, le « regnum Francorum » est ainsi réunifié sous l’autorité de Clotaire II ; toutefois, afin de maintenir leur autonomie réciproque, les leudes intronisent deux « maires du palais », l’un en Neustrie, l’autre en Austrasie. L’Austrasie est érigée en royaume associé à la Neustrie, son roi étant le fils aîné de Clotaire II, Dagobert, alors âgé de quinze ans, assisté du maire du palais Pépin de Landen (dit Pépin l’Ancien) et de l’évêque de Metz, Arnould. C’est alors que l’orfèvre Eligius (« l’élu », futur Saint Eloi, qui sera intronisé évêque de Noyon en janvier 639 par Dagobert) est nommé « maître des monnaies » par Clotaire II. Dagobert, dernier roi mérovingien effectif A la mort de Clotaire II en 629, le « droit d’aînesse », appliqué pour la première fois par les leudes, fait de Dagobert son successeur unique. L’évêque Arnould rejoint la fondation monastique fondée vers 620 par son ami Romaric dans la vallée supérieure de la Moselle, fondation ultérieurement nommée « Saint Mont » à l’origine de la ville de Remiremont (« Mont de Romaric »), et Dagobert quitte Metz pour Paris. Eloi frappe à ce moment les derniers « tremissis » (tiers de sous d’or) et met en service une monnaie d’argent nommée « denier », sans aucun rapport avec l’antique denier romain malgré cette dénomination : ce denier a une valeur d’un quart de tremissis (soit un sou de douze deniers) et est taillé à raison de 25 sous par livre romaine d’argent, d’où sa masse de 1,088 gramme.

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Dès 633, Dagobert doit reconnaître l’autonomie de l’Austrasie, où il intronise « roi d’Austrasie » son fils Sigebert III âgé de trois ans. Sigebert III est placé sous la tutelle conjointe de l’évêque de Metz Cunibert et du duc Adalgisel. Prise du pouvoir par les « Maires du Palais » A la mort de Dagobert le 19 janvier 639, ses fils Sigebert III et Clovis II n’ont que neuf et cinq ans, aussi les maires du Palais possèdent-ils le pouvoir réel. Grimoald succède à Pépin de Landen en Austrasie, et persuade Sigebert III d’adopter son fils et de le constituer son unique héritier, lequel est alors renommé Childebert. Mais l’épouse de Sigebert III, Imnechilde, lui donne un fils, Dagobert II, né peu avant la mort de son père, survenue le ler février 656 après une vie exemplaire qui le fait déclarer « saint » (honoré en Lorraine sous le nom de Saint-Sigisbert, il est devenu le saint patron de Nancy, où une école catholique fort renommée est d’ailleurs placée sous son égide). Après avoir tondu Dagobert II pour lui ôter toute dignité royale, puis l’avoir fait enfermer dans un monastère irlandais, Grimoald ose placer sur le trône son propre fils Childebert, dit « l’Adopté ». L’aristocratie austrasienne offusquée fait arrêter Grimoald par Clovis II, roi de Neustrie, frère de Sigebert III ; enfermé dans les geôles de Clovis II, Grimoald y meurt « dans les souffrances ». Clovis II meurt peu après, en 657. Après l’élimination de Childebert l’Adopté, Clotaire III, fils ainé de Clovis II, reçoit la Neustrie, tandis que son cadet Childéric II devient roi d’Austrasie en 662. Clotaire III étant décédé en 673, le maire du palais de Neustrie nomme de son propre chef roi de Neustrie le troisième fils de Clovis II, Thierry III, ce qui entraîne sa destitution immédiate par l’assemblée des « Grands » : tondu, Thierry III est enfermé dans l’abbaye de Saint-Denis. Childéric II réunit ainsi à nouveau le « regnum Francorum » sous sa seule autorité royale. Mais son mariage avec sa cousine Blichilde, fille de Sigisbert III, déplaît aux leudes, si bien qu’il est assassiné en 675, de même que Blichilde et leur fils aîné. Rappelé d’Irlande, Dagobert II redevient roi, mais est assassiné le 23 décembre 679. Thierry III est alors extrait de l’abbaye de Saint Denis, mais les Austrasiens ne veulent pas reconnaître pas la prééminence neustrienne. Pépin II d’Héristal, maire du palais d’Austrasie, petit-fils de Pépin de Landen, engage la lutte contre Ebroïn, maire du palais de Neustrie ; d’abord vaincu par les troupes d’Ebroïn en 680, Pépin II d’Héristal est vainqueur en 687. Il s’empare du roi Thierry III qu’il reconnaît comme roi, tout en le maintenant sous une étroite surveillance, ce qui lui permet de prendre le pouvoir sur tout le « regnum Francorum ». Installé dès lors à Paris, Pépin d’Héristal laisse évêques et religieux gouverner localement et battre monnaie, ce que font notamment les évêques de Metz, Toul et Verdun. A la mort de Thierry III en 691, son fils Clovis III est désigné comme roi par Pépin d’Héristal: l’unité de l’ensemble mérovingien est préservée par l’utilisation politique du « droit d’aînesse ». A la mort de Clovis III en 695, son frère puîné Childebert III est désigné comme roi

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par Pépin d’Héristal. A la mort de son père Childebert III en 711, Dagobert III est de même désigné comme roi et « règne » de 711 à 715.

A la mort de Pépin d’Héristal en 714, sa succession est assurée par Charles Martel, fils de sa seconde épouse Alpaïde, lequel poursuit la désignation de rois mérovingiens fantoches : Chilpéric II (715-718), Clotaire IV (718-719), à nouveau Chilpéric II (719-720), Thierry IV (720-737), Chilpéric III l’Insensé (737-751). Charles Martel meurt le 22 octobre 741, laissant trois garçons, Pépin, Carloman, et Griffon. Carloman, frère de Pépin III, rédige en 743, lors de l’assemblée d’Estinnes, un capitulaire précisant que douze deniers font un sou ; de cette époque date la mise en œuvre d’une monnaie de compte qui survivra jusqu’à la Révolution : « une livre vaut vingt sous de douze deniers ». Pépin III convainc en 747 son frère Carloman de

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renoncer au partage du « regnum Francorum » et le « persuade » d’entrer dans un monastère, puis élimine son demi-frère Griffon en le nommant « duc du Mans ». Ayant ainsi rétabli la paix, Pépin III le Bref (c'est-à-dire « de petite taille ») demande en 749 au pape Zacharie lequel, d’un roi fantoche sans responsabilité, ou d’un duc exerçant réellement le pouvoir, devait être roi. Le pape Zacharie assure qu’il est juste que règne celui qui possède effectivement la puissance royale ; Pépin le Bref envoie alors le dernier roi mérovingien au couvent après l’avoir fait tondre pour lui ôter la dignité royale. Il se fait proclamer roi par son peuple, comme étant le plus capable d’une famille dont le sang garantit l’aptitude à gouverner. Il se fait ensuite sacrer roi en décembre 751 à Soissons par l’archevêque Boniface (futur saint Boniface), car une onction similaire à celle reçue par les évêques confère au roi la grâce lui donnant le pouvoir, la mission de prendre son peuple en charge, et la première place dans la hiérarchie. Afin de désarmer toute opposition, Pépin le Bref envoie l’évêque de Metz Chrodegang à Rome, avec mission de revenir avec le pape Etienne II pour confirmer par un second sacre le passage du pouvoir de la famille mérovingienne à la famille pépinide ; la cérémonie se déroule à Saint-Denis le 28 juillet 754. L’onction papale est administrée non seulement à Pépin le Bref, mais aussi à son épouse Bertrade, dès lors reconnue apte à transmettre le pouvoir, ainsi qu’à ses deux enfants Charles (futur Charlemagne) et Carloman, lesquels deviennent non seulement rois élus d’une lignée reconnue apte au pouvoir, mais aussi rois chargés par l’Eglise d’une mission divine : ils règnent de concert avec leur père jusqu’à sa mort en 768, puis conjointement jusqu’à la mort de Carloman en 771. Pépin le Bref réorganise le monnayage et redéfinit en 755 le denier d’argent par le capitulaire de Vernon (interdiction de monnayer l’or ; le denier d’argent doit être taillé à raison de 22 sous par livre romaine d’argent, soit 264 deniers par livre, c'est-à-dire constituer une masse d’environ 1,25 gramme). Le rapport argent sur or qui était de 72/20, soit 3,6, passe ainsi à 72/22 soit 3,27 : c’est une réévaluation de l’argent par rapport à l’or.

M et E R en monogramme (pour Metz) / D (pour Denarius, denier)

Argent - diamètre environ 11 mm. - 1,22 g.

Denier, Metz, VIIIe siècle

(Photographies Philippe Saive : www.saivenumismatique.com)

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IV – Période carolingienne
Charlemagne, roi (768-800) puis empereur (800-814) La prise du pouvoir par la famille austrasienne pépinide, puis sa concentration en 771 sous l’unique autorité de Charles, futur Charlemagne, entraîne de fait l’effacement de l’Austrasie, noyée dans ce nouvel état. Par le capitulaire de Francfort de juin 794, Charles conforte la livre de vingt sous, le sou comportant douze deniers ; pour faire cesser les diverses déviations subies par l’antique livre romaine (évaluée 326,337 grammes) divisée en douze onces, il impose également une nouvelle masse étalon correspondant à quinze onces romaines (soit 407,921 grammes), constituant ainsi une nouvelle livre divisée en douze nouvelles onces (« livre de Charlemagne » dite ultérieurement « livre de Paris », restée en usage jusqu’à la Révolution). La masse du denier devient 1,699 gramme, traduisant une nouvelle réévaluation de l’argent par rapport à l’or. Une trentaine d’ateliers monétaires sont alors en activité.

Photographie Alain Weil, vente Chayette/Cheval du 24 mars 2010

Monogramme au chevron/TVRONIS Croix/CARLVS REX FR Tours Charles roi des Francs Remarque : Le chevron au centre du monogramme carolin différentie les deniers de Charlemagne de ceux de son petit-fils Charles II le Chauve (roi en Francie occidentale de 840 à 877), voir page 42.

Argent - diamètre 20 mm. - 1,42 g. (pour 1.699 gramme théorique)

Denier, Tours (793-812)

Dessins de Patrick Nouchy – Monnaies des rois carolingiens de Francie occidentale, 1994

Denier « Christiana religio » (812-814)
Argent - diamètre environ 20 mm. - 1,699 g.

KARLVS IMP AVG Charles empereur auguste

/

XPISTIANA RELIGIO Religion chrétienne

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Charles conquiert la quasi-totalité de l’Europe occidentale, et veut organiser ces territoires en un empire similaire à l’empire byzantin, reconstituant ainsi l’empire romain d’occident : à Rome, le jour de Noël 800, le pape le couronne empereur (« par surprise », afin de ne pas mécontenter l’empereur byzantin !). Comme Clovis l’avait fait trois siècles auparavant, Charles s’appuie sur l’administration de l’Eglise, dont le sacre l’a fait « envoyé de Dieu ». Selon la coutume franque, Charles, désormais Charlemagne (Karolus magnus, Charles le Grand), envisage dès 806 de partager son empire en royaumes pour ses fils, royaumes qui seraient soumis à l’un d’eux portant le titre d’empereur. Dans ses dernières années de règne, il limite le nombre d’ateliers monétaires à une dizaine, tandis qu’il fait apparaître son buste sur les deniers. Louis le Pieux, empereur (814-840) A la mort de Charlemagne en 814, seul survit son fils Louis, lequel a donc autorité sur tout l’empire ; il introduit l’« obole », monnaie d’un demi-denier. Dès 817, il associe son fils aîné Lothaire au gouvernement de l’empire et le fait sacrer empereur ; l’empire franc est partagé en trois royaumes destinés à chacun de ses trois fils Lothaire, Pépin et Louis, ces deux derniers ne recevant qu’une faible part de l’héritage (l’Aquitaine pour Pépin, la Bavière pour Louis). Vers 821, la livre d’argent est comptée 22 sous, ce qui déprécie l’argent par rapport à l’or : la masse du denier est réduite à 1,55 gramme. Le comportement de Louis Ier le fait ultérieurement qualifier de « Pieux » ou de « Débonnaire ».

Photographie « Corpus du numéraire carolingien » par Georges Depeyrot, 1998

+ HLVDOVICVS IMP Louis Empereur

Argent - diamètre 20 mm. - 1,79 g. (théorique)

Denier, Trèves (819-822)

TREV / ERIS Trèves

Francie médiane – Lothaire Ier empereur (840-855) A la mort de l’impératrice Ermengarde, Louis le Pieux se remarie à Judith, laquelle lui donne un fils, Charles. Judith fait valoir les droits de son fils Charles vis-à-vis de ses trois beaux fils, lesquels, notamment Louis, défendent âprement leurs parts ; il en résulte une diminution progressive de l’importance des territoires attribués à Lothaire au cours des partages effectués successivement en 829, 831, 833, 837, et enfin en 839 après la mort de Pépin en 838. Ainsi, à la mort en 840 de Louis Ier le Pieux, Lothaire devient empereur, mais ne conserve

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ARELATVM / HLVDOVVICVS IMP Arles / Louis empereur

Argent - 20,3/20,8 mm. - 1,71 g.

Denier, Arles (817-822)

Obole, Bourges (817-822)

BITURIGES / LVDO-VVIC Bourges / Lo-uis

Argent - 15,8/16,3 mm. - 0,78 g.

Denier au temple (822-840)

XPISTIANA RELIGIO / . HLVDOVVICVS IMP Religion chrétienne / Louis empereur

Argent - 21,0/20,2 mm. - 1,32 g.

Demi-denier à valeur d’obole (822-840)
Argent - 20,5 x 11,25 mm. - 0,88 g.

en propre comme royaume qu’une sorte de « couloir » joignant l’Italie à la mer du Nord, comportant les deux capitales impériales (Aix-la-Chapelle et Rome) ; ce territoire sépare le royaume de Louis (Louis II le Germanique, roi de Germanie) situé à l’orient et les royaumes de Charles (Charles II le Chauve, roi de France) et de leur neveu Pépin (Pépin II d’Aquitaine) situés à l’occident. Sans aucune considération pour leur neveu, Louis et Charles s’unissent pour contester la part de Lothaire et officialisent leur alliance le 16 mars 842 par le « Serment de Strasbourg », lequel met en évidence une frontière linguistique entre les langages germaniques situés à l’est de l’empire carolingien, et les langages romans situés à l’ouest ; scellé à Verdun en août 843, ce partage crée une « Francie médiane » soumise directement à l’autorité de l’empereur Lothaire (Lothaire Ier), située entre une « Francie orientale » (Germanie) et une « Francie occidentale » (France). Lotharingie – Lothaire II, roi (855-869) A la mort de Lothaire Ier, la Francie médiane est divisée en deux parties destinées à chacun de ses fils survivants : le sud (Italie et Provence avec sa capitale Rome) est attribué à Louis avec le titre d’empereur (Louis II, empereur), le nord avec sa capitale Aix-la-Chapelle est attribué à Lothaire

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