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Entre les lignes du destin

De
151 pages
Princesse est une jeune fille comblée. Elle est entourée d'une famille chaleureuse au sein de laquelle règne une parfaite harmonie. Ce qui n'est pas le cas des deux héros des romans qui la passionnent...
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Reine Annaëlle EBA
Entre les lignes du destin
Roman
© L’Harmattan, ʹͲͳ͹ ͷ-͹, rue de l’Ecole-Polytechnique, ͹ͷͲͲͷ Paris http://www.harmattan.fr ISBN : ͻ͹ͺ-ʹ-͵Ͷ͵-ͳʹͳͷ͸-͹ EAN : ͻ͹ͺʹ͵Ͷ͵ͳʹͳͷ͸͹
I« Cocorico », le coq du voisin ne cessait de chanter. Le ciel avait changé de côté et les nuages étouffés de la nuit dernière s’en allaient à la vitesse de l’éclair, laissant place aux nuages frais du matin. La rosée avait déjà fait son œuvre. La nature semblait suivre son cours. – Moungonga, réveille-toi. Niombo, réveille-toi aussi. J’étais sur le qui-vive, à cheval entre la douce étreinte deMorphéela réalité de la chambre. Nous avons tous et dormi sur le même lit : papa, David et moi. Je m’étirais comme un bébé qui venait de naître. À peine ouvrais-je mes yeux qu’un homme se tenait devant moi avec un regard doux et un rictus aux lèvres. – Bonjour Princesse ! dit mon père. – Bonjour papa. – Allez ! David, réveille-toi, tu dors comme une marmotte. Mon père me porta et m’apprêta. – David, tu n’es toujours pas prêt ? Réveille-toi bon sang ! « Grrrrrrr ! » Mon frère s’étirait à son tour et faisait un bruit de chèvre. – Allez ! il faut s’apprêter, on va être en retard. – Elle est où, maman ? – Maman est à la rue Nganya, on s’apprête à y aller. Moungonga c’était moi. Enfin, mon père aimait bien m’appeler ainsi. Cela lui rappelait son unique sœur qui n’était plus de ce monde, paix à son âme. Nous étions tous prêts. Papa me prit par la main et nous partîmes en voiture vers une destination que j’ignorais. À un point du trajet, un
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klaxon brusque me fit sursauter. C’était papa qui venait de l’actionner pour remuer un passant indolent. « Eh ! maisyo, tu ne vois pas la voiture ? Tu veux que je te rentre dedans ? Non, mais ces nègres-là n’ont pas peur des voitures », cria-t-il après le flâneur. Il se retourna et me jeta un regard. – Ça va derrière ? nous lança-t-il. – Oui, lui répondis-je. Quelques mètres plus loin, nous passâmes par le marché du coin. Papa klaxonna de nouveau, puis cria dans 1 la foulée : «BossombaNgo,ibomilakoussou! Tu 2 n’écoutes pas le son du moteur ?Après, soki na touti yo, ce sera de ma faute, non ? » La dame ne se laissa pas faire. Elle hurlait des insultes à son tour. « C’est parce que t’es au volant d’une Mercédès que tu te crois tout permis ? » rouspéta-t-elle. Mon frère ricanait et s’agitait sur le siège avant. Du haut de ses sept ans, on voyait à peine sa tête de l’extérieur. David était le portrait craché de papa. Celui-ci prenait un plaisir fou à insulter les « chauffards de Brazzaville » ; les vert-blanc, en particulier les chauffeurs de bus et de taxi. Tous les matins, sur le chemin de l’école, on avait droit à un petit spectacle. Au volant de sa Mercédès Benz rouge, mon père était un râleur par excellence. 3 Kokon’habitait pas loin. En effet, elle était à dix ruelles de chez nous. La ruelle était tellement ensablée que papa était obligé de stationner sur l’avenue principale pour
1 Une insulte en mboshi. 2 Et si je t’écrase… 3 Mamie.
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ne pas s’embourber dans cette rivière de sable. Ah ! ces rues de Brazzaville, spécialement celles de Talangaï. – Allez ! Princesse, nous sommes arrivés. La ruelle était envahie par une foule bigarrée et inondée de pleurs. Curieusement, j’étais la seule que cela semblait perturber. Papa me prit par la main droite et David par l’autre. Papa avait toujours un ou deux gardes du corps avec lui. Les gens le saluaient avec beaucoup de respect, presque comme des révérences. « Bonjour mon colonel », lançaient-ils obséquieusement. Papa, tout souriant, répondait d’un signe de la main. Des femmes fonçaient droit vers nous, pour nous accueillir. Deux d’entre elles portaient un pagne similaire, seuls les modèles de couture étaient différents. L’une des deux femmes était très grosse et on pouvait deviner le matos qu’elle trimbalait derrière elle sous sa longue robe. L’autre dame portait une camisole et avait attaché son pagne négligemment. Ses cheveux étaient attachés d’une 4 manière assez crue, lessouki ya maboko. Elle était petite, le teint sombre et brillant, un peu huileux. Elle s’accroupit et me pinça la joue tendrement. Princesse, tu as grandi, hein,yaya! Tu me connais ? Elle regarda papa, et papa répliqua : Non, je ne crois pas, elle était encore dans le berceau la dernière fois qu’elle t’a vue. La grosse dame derrière se rapprocha et se mêla à la conversation. 5 Mwana kitoko! Elle ressemble beaucoup à Anaïs, sa 6 maman.Mwana moundele, iyoh!
4 Un modèle africain de tresses. 5 Quelle est belle ! 6 Quelle magnifique enfant !
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La dame qui me pinça les joues protesta et donna son point de vue avec assurance. 7 Ah !yaMarie, non. Elle est le portrait craché de son père. Je levai les yeux du haut de mes cinq ans et regardai papa, qui semblait prendre plaisir à ce que la dame venait de dire. Il souriait avec fierté, en hochant la tête. Oui, elle ressemble à ma petite sœur. Ah ! Mouangonga, elle me ressemblait trait pour trait. Les deux dames lancèrent un rire. La dame revint à la charge et retourna vers moi en disant : Moi, c’est maman Bienvenue, je t’ai portée quand tu étais bébé, je t’ai même changé la couche. Je la regardais avec étonnement et je dois avouer que j’étais désintéressée. Toute mon attention était tournée vers le spectacle qui se déroulait autour de nous. Je semblais ailleurs quand la voix de papa me ramena subitement à la conversation. elle est timide, elle vient de se réveiller, elleAh ! réclame sa maman. YaAnaïs est dans la maison, répondit la grosse dame. Papa la remercia et nous continuâmes notre traversée d’une foule en pleurs. Certains visages autour de nous me semblaient familiers. Les gens me souriaient et d’autres chuchotaient. Je comprenais à peine ce qu’ils disaient, car d’aucuns parlaient en lingala et d’autres en mboshi. Et je ne comprenais aucune des deux langues. Je fréquentais dans une école privée française assez connue de Brazzaville, l’école de madame Assendza. Toutes les vacances, nous partions en France, et, à la 7 Formule de respect précédant un nom propre de personne pour marquer la supériorité d’aînesse de celle-ci par rapport à celui qui parle.
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maison, papa et maman nous parlaient toujours en français. Je connaissais quelques mots, mais mon vocabulaire était limité en lingala. Plus on avançait, plus les rideaux s’ouvraient et le spectacle se dévoilait. La musique traditionnelle était tellement assourdissante que je n’écoutais que ça : « Oyi ! Oyi ! Mwana mba noko Mbama, Oyi… » La langue me semblait familière, plus d’une fois j’ai entendu papa la parler, maman aussi d’ailleurs. Bien que je ne comprisse rien, je pouvais détecter le fort accent français que maman avait quand elle parlait en mboshi. On avait l’air d’entendre une Française parler en langue. « Mwana mba Okassa bounga ba banane oyii… » En effet, je reconnaissais la chanson, papa la jouait souvent dans la voiture quand il nous accompagnait à l’école chaque matin. Papa ne laissait jamais cette tâche qui lui tenait vraisemblablement à cœur à maman ou à quiconque d’ailleurs. Il voulait à tout prix être celui qui nous déposait à l’école. Mais cela ne s’arrêtait pas là, il prenait également plaisir à nous apprêter le matin. Ce n’est que maintenant que je discernai ses intentions ; papa aimait bien attirer l’attention de mes maîtresses d’école. Ah ! papa, un vrai tombeur de ces dames. Nous nous approchions du portail, et je pouvais écouter les gens pleurer, plus fort. À l’intérieur, tous les visages m’étaient familiers. Les femmes étaient toutes d’une complexion claire avec de longs cheveux noirs, les visages étaient des tableaux tristes, on pouvait clairement y voir de la vulnérabilité. Une dame s’approcha et céda sa place à papa. Je me suis rendu compte que je portais une robe en pagne et David portait une chemise aux mêmes motifs que ma robe. Tout le monde dans la pièce était vêtu du même pagne, le même que portaient les deux dames que nous
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