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Le Héros obligatoire

De
126 pages
A Agranta, Andrea, ingénieur dans une usine de produits électroniques dirigée par un général, était en train d'organiser un système politique semblable au système italien : un soi-disant compromis "historique" entre catholiques et communistes, en s'associant à un groupe d'ouvriers presque révolutionnaires. La série d'aventures -le pseudo- amour d'Andréa pour Hélène, son amitié ambiguë pour le général- réunit l'attachement du héros du roman à l'Auteur et l'attachement de ce dernier à la France où il avait vécu pendant plus de dix ans, en apprenant à connaître et à aimer la liberté.
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Dâns certâines pâges le lecteur pourrâ être induit à confondre Agrântâ âvec le Brésil. Lâ ressemblânce est câsuelle, même si je connâis bien ce pâys que j’âi visité mâintes fois pour des râisons inhérentes à mon trâvâil de médecin. J’y âi toujours été âccueilli âvec libérâlité et sympâthie pour lesquelles je renouvelle mâ grâtitude.
G.R.
I
LA TOUR MALADE
L’histoire commença ainsi, à la cantine, observant la tour par la fenêtre, Pietro dit : « Cela fait des jours qu’elle ne fonctionne pas : qu’est-ce qu’elle a ? » « La tour ? » répondit Andrea en souriant, « Qu’est-ce que tu veux qu’elle ait ? Elle est peut-être malade, il faut la soigner. Il est bizarre que ma section n’ait pas été informée officiellement. » Ils continuèrent à en parler après le repas. « Je veux m’en occuper personnellement ; je vais même y monter tout de suite. » « Fais attention, » dit Pietro. « Il paraît qu’à la direction il y a un ordre écrit provenant directement d’Estela : ne pas agir jusqu’à l’arrivée des techniciens de Stockholm. » Puis il ajouta, soudainement inquiet : « Tu ne peux rien faire sans autorisation. » « Je sais ; mais qu’en savent-ils à Estela de la tour ? Nos machines, c’est nous qui les connaissons, nous sommes leur cerveau. Je vais quand même donner un coup d’œil en haut et demain je téléphone à Santi. » L’heure de fermeture était passée depuis longtemps lorsque Andrea se décida à descendre de la tour. Pietro l’attendait à l’entrée du grand bar en face des grilles de l’usine ; dès qu’il le vit, il alla à sa rencontre. Andrea semblait satisfait. «Le problème, c’est de trouver les trous d’infiltration. » « Ecoute, Andrea, j’ai téléphoné à Santi. Il paraît que la chose est directement gérée par le général. A ce point il vaut mieux que tu demandes d’être reçu immédiatement. » « D’accord, mais avant allons boire quelque chose. » Le bar était bondé d’ouvriers et d’autres employés. Pietro et Andrea réussirent cependant à s’approcher du comptoir. Pietro revint sur l’argument. « Fais attention. »
« Mais tu plaisantes ou quoi ? Je suis ingénieur dans cette usine, oui ou non ? J’ai donc le droit, le devoir même, de m’occuper de la tour. L’autorisation viendra après. Du reste le général même a dit plusieurs fois que ces bureaucrates extrémistes lui faisaient horreur. » Un jeune militaire, assis sur un tabouret près du leur, intervint légèrement mielleux. « Vous en êtes vraiment sûr, ingénieur ? Le général vous a dit personnellement ces choses-là ? » Andrea le dévisagea pendant quelques secondes : très maigre, impeccable, les cheveux blonds coupés en brosse ; il portait des lunettes de soleil encerclées d’or. Il lui répondit sans gentillesse : « De quoi vous mêlez-vous ? Je ne vous connais même pas. » Pietro paya, serra le bras de Andrea et l’entraîna vers la sortie. « Fais attention. Le monde est plein de personnes malveillantes. » Andrea remonta sur la tour le lendemain, il y retourna ensuite chaque jour, y travaillant comme un forcené, même le dimanche et souvent jusqu’à des heures tardives. En un peu moins d’un mois, les causes de la panne avaient été découvertes et la machine fonctionnait déjà, même si c’était à un rythme réduit. Andrea commença à préparer un projet pour la réparation définitive. Il invita Pietro et d’autres collègues au bar et fit déboucher une bouteille de mousseux. « J’y suis arrivé. Maintenant je suis prêt à recevoir les fleurs du général. » Mais c’est une amende qui lui arriva, accompagnée par une précise demande d’excuses pour son comportement inconvenant tenu aux égards de la Direction de l’usine. Sans aucun doute un beau cadeau de la part de ce maudit petit officier rencontré dans le bar. Andrea écrit une lettre de proteste au général et téléphona au directeur Santi en lui 10