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Marcher des heures durant sous un soleil de plomb, croiser la route de miliciens armés et sans scrupules, ou encore marcher sur une mine. Voici quelques-uns des nombreux risques auxquels pourraient être confrontés deux voyageurs bien particuliers. Sauf que pour Aman – six ans – et sa mère, ce voyage n’a d’autre but que de se rendre au dispensaire le plus proche de leur village, situé à plus de quatre heures de marche soutenue à travers le désert somalien. Souffrant de très graves problèmes de malnutrition, le petit garçon est au plus mal. Et ce ne sont pas les dangers liés à ce trajet qui vont décourager sa mère de lui porter secours au péril de sa propre vie. Guerre civile, attentats, enlèvements… Depuis plusieurs années maintenant la situation du pays ne cesse de se dégrader jour après jour. Les organisations humanitaires quittent le territoire les unes après les autres, incapables de mener à bien leurs missions dans les conditions actuelles. Si bien que, pour se faire soigner, les habitants des villages les plus reculés sont obligés de risquer leur vie pour rejoindre les rares centres médicaux subsistant encore. Arrivant enfin au dispensaire à l’issue d’un périple qui semblait sans fin, Aman est pris en charge par l’une des infirmières présentes sur place. Placé dans un lit au milieu de tant d’autres, tous occupés par des enfants en bas âge, Aman souffre. Malnutrition, infection. Le petit garçon, du haut de son mètre, ne se fait guère d’illusions sur son sort. S’il ne part pas ce soir ou cette nuit, ce sera pour demain matin tout au plus. De toute façon, affaibli comme il l’est, il n’a plus la force de continuer à se battre pour survivre. Las de toutes ces souffrances, de toutes ces injustices, de toutes ces guerres, il serait presque heureux de voir la fin arriver. Non pas qu’il ne veuille pas vivre, mais tout simplement qu’il n’en voit pas l’intérêt. Vivre pour souffrir et souffrir pour vivre, ce n’est pas ce qu’il souhaite. Lui qui aime à s’imaginer vivre dans un pays en paix, avec des écoles, dans lequel il pourrait manger à sa faim au moins une fois par jour. Lui qui ne demande même pas d’argent, mais juste un minimum de bonheur. Il sait très bien, malgré son jeune âge, qu’il n’a aucune chance de connaître tout ceci. La soif de pouvoir, le dictat des religions, la cupidité humaine… Voilà ce qui est la cause de tous les maux qui touchent son pays, et bien d’autres aussi. S’il se bat encore, c’est uniquement pour sa mère, qu’il ne veut pas rendre malheureuse. Même s’il est bien conscient qu’une bouche de moins à nourrir donnerait un peu plus de chances à ses frères et sœurs de peut-être voir, un jour, le monde auquel il aspire tant devenir réalité. La nuit passe, et l’état de santé d’Aman ne cesse de se détériorer. Les seuls soins que peuvent lui prodiguer les soignants sont rudimentaires. Humidifier de temps en temps son corps pour lutter tant bien que mal contre la fièvre et lui faire avaler autant que possible des aliments hyperprotéinés, voilà tout ce dont ils sont capables, par manque cruel de matériel et de médicaments. Pourtant, des dons étrangers sont effectués en grand nombre, en particulier en provenance des Nations-Unies. Mais malheureusement pour elle, la population n’en voit jamais la couleur. Vols, détournements, corruption… tel est le quotidien du pays. Vers sept heures, Aman se réveille, encore plus faible que la veille au soir. Parvenant à peine à ouvrir les yeux ou à serrer la main de sa mère, il sent bien que ce n’est plus qu’une question de minutes. Plus que quelques minutes de souffrances avant d’entrevoir enfin la délivrance qu’il attend depuis sa naissance. Et il n’aura pas fallu plus d’un petit quart d’heure pour que ce moment arrive. Puisant dans ses dernières forces pour dire un dernier «je t’aime» à sa mère, il finit enfin par s’endormir à jamais, l’air paisible et rassuré.
Travail diffusé souslicence Créative Commons by-nc-sa-Clément HOURSEAU / UniversParallele.fr
Il est sept heures et quinze minutes et il s’en est allé, entouré uniquement de sa mère. Fataliste, celle-ci ne peut s’empêcher de fixer le corps de son défunt fils, lequel est marqué par toutes ses souffrances. À seulement six ans, il aura tout connu : guerres, maladies, faim… Rien ne lui aura été épargné durant son court passage sur Terre. Sa mère se sent coupable. Coupable de ne pas lui sauver la vie. Coupable de ne pas l’avoir préservé. Coupable de sa disparition. Mais pouvait-elle réellement faire plus pour son fils? Probablement pas. C’est alors qu’une infirmière s’approche de la mère et prend l’enfant dans ses bras avant de l’envelopper d’une serviette blanche. Visiblement marquée physiquement par l’épreuve qu’elle vient de vivre, elle demande à voir son fils. La soignante refuse. L’accouchement a été très difficile et il est vital de placer au plus vite le nourrisson sous surveillance médicale dans une couveuse. Une fois le bébé mis en sécurité, l’infirmière revient vers le père et lui demande si sa femme et lui ont d’ores et déjà choisi le prénom de leur fils. « Aman» dit-il sans hésiter. Sur ce, il lui demande s’il peut aller voir son bébé en couveuse. Hésitante, elle ne peut pas refuser. Pourtant, juste avant d’entrer dans la salle des nouveau-nés, elle s’arrête devant la porte, bloquant le passage. S’adressant à lui, elle le prévient. Il faut qu’il s’attende à un choc. Pris d’inquiétude, il insiste pour voir son fils immédiatement. La porte s’ouvre, lentement, laissant apparaître un coin de couveuse. Stressé et anxieux, le père entre dans la salle et regarde la couveuse quelques instants. Puis il scrute tout autour de lui, avant de s’adresser à l’infirmière. « Mais où est mon fils ? – Là, juste devant vous. Dans la couveuse. – Vous vous moquez de moi, c’est une blague ? C’est pas mon fils ! C’est impossible ! Vous vous être trompée ! – Je vous assure, Monsieur, qu’il s’agit bien d’Aman, votre fils. – Mais ce bébé est noir! Ma femme et moi sommes blancs! Comment une telle chose serait-elle possible ? Je connais ma femme depuis des années. Je n’ai aucun doute. Je suis le père de son enfant ! – Dans ce cas, il ne peut s’agir que d’un mauvais codage génétique. Est-ce que votre femme ou vous-même avez un ancêtre de couleur noire dans votre famille ? – Oui, c’est possible… Enfin, je sais pas… Peut-être… – Si vous êtes sûr de la fidélité de votre femme, c’est la seule explication possible en tout cas. Vous aviez une chance sur plusieurs millions pour que cela se produise. C’est la première fois de ma vie que je vois une telle chose ! – Oui. Ma femme est quelqu’un de très bien et d’honnête. Nous sommes très heureux ensemble et jamais elle ne me ferait une chose pareille. Si vous m’assurez que vous n’avez fait aucune erreur entre deux bébés, c’est qu’il s’agit bien de mon fils. Mais comprenez ma réaction. – Nous n’avons commis aucune erreur, Monsieur, je peux vous l’assurer. Par contre, je comprends parfaitement votre réaction. D’ailleurs, si j’étais à votre place, je pense que j’aurai certainement réagi de la même manière. » À la suite de cet échange, l’infirmière entame la rédaction de l’acte de naissance d’Aman. Celui-ci est né ce matin… à sept heures et quinze minutes…
--A VOUS D’IMAGINER et D’ĖCRIRE LA SUITE--
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