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Criminalité, police et sécurité publique en République d'Irlande

De
153 pages
La politisation de la question sécuritaire en Irlande est ici resituée dans le contexte de " panique morale " provoquée par les assassinats, à quelques jours d'intervalle, de la journaliste Veronica Guérin et du policier Jerry McCabe en juin 1996. Les circonstances politiques depuis la création de l'Etat irlandais ont fait de la défense des institutions son objectif central ; il s'agit désormais de revisiter cette posture pour mieux relever le défi de la sécurité des Irlandais.
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Eric Meynard
Criminalité, polic et sécurité publiqu en République d’Irla
CRIMINALITE, POLICE ET SECURITE PUBLIQUE EN REPUBLIQUE D’IRLANDE
Logiques Juridiques Collection dirigée par Gérard Marcou Le droit n'est pas seulement un savoir, il est d'abord un ensemble de rapports et pratiques que l'on rencontre dans presque toutes les formes de sociétés. C'est pourquoi il a toujours donné lieu à la fois à une littérature de juristes professionnels, produisant le savoir juridique, et à une littérature sur le droit, produite par des philosophes, des sociologues ou des économistes notamment. Parce que le domaine du droit s'étend sans cesse et rend de plus en plus souvent nécessaire le recours au savoir juridique spécialisé, même dans des matières où il n'avait jadis qu'une importance secondaire, les ouvrages juridiques à caractère professionnel ou pédagogique dominent l'édition, et ils tendent à réduire la recherche en droit à sa seule dimension positive. A l'inverse de cette tendance, la collectionLogiques juridiques des Éditions L'Harmattan est ouverte à toutes les approches du droit. Tout en publiant aussi des ouvrages à vocation professionnelle ou pédagogique, elle se fixe avant tout pour but de contribuer à la publication et à la diffusion des recherches en droit, ainsi qu'au dialogue scientifique sur le droit. Comme son nom l'indique, elle se veut plurielle. Dernières parutions Manuel GROS,Droit administratif. L’angle jurisprudentiel, e 5 édition, 2014. Sous la direction de François Xavier FORT,Contrat et droit des collectivités territoriales,2014. Sous la direction de Michael THALER et Michel VERPEAUX, La recherche en droit constitutionnel comparé,2014. Babacar NIANG,Le « plaider coupable » en France et aux Etats-Unis au regard des principes directeurs du procès pénal, 2014. Sophie COMELLAS,Les titres d’occupation du domaine public à des fins commerciales, 2014. Kadidiatou HAMA,Le statut et les fonctions du juge pénal international, 2014. Sonia LEVERD (dir.),Les nouveaux territoires du Droit, 2013. Julia SCHMITZ,La théorie de l’institution du doyen Maurice Hauriou, 2013. Agnès BLANC, «La langue de la république est le français », Essai sur l’instrumentalisation juridique de la langue par l’État (1789-2013), 2013.
ERIC MEYNARD
CRIMINALITE, POLICE ET SECURITE PUBLIQUE EN REPUBLIQUE D’IRLANDE
© L'HARMATTAN, 2014 5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Parishttp://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-03899-5 EAN : 9782343038995
SOMMAIRE
INTRODUCTION................................................................. 7
PARTIE 1 : L’ÉVOLUTION DE LA CRIMINALITE EN RÉPUBLIQUE D’IRLANDE...................................................................... 13
PARTIE 2 : LA GARDA SIOCHANA, ACTEUR CENTRAL DE LA SECURITE PUBLIQUE : UNE TRADITION DE POLICE D’ORDRE...........................................................47
PARTIE 3 : UNE POLITIQUE DE TOLERANCE ZERO À L’IRLANDAISE ? .............................................................89
PARTIE 4 : LA GOUVERNANCE DE LA SECURITE : VERS LA FIN DE L’AUTARCIE POLICIERE ? ................................. 111
CONCLUSION .................................................................. 125
BIBLIOGRAPHIE ............................................................... 133
TABLE DES MATIÈRES ........................................................ 147
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Introduction
La République d’Irlande a été pendant longtemps réputée pour son faible taux de criminalité comparé aux autres pays européens, constituant ainsi une exception parmi les pays du nord, familiers des taux élevés. Pourtant la question sécuritaire va s’imposer à l’agenda politique dans la seconde moitié des années  au moment même où la criminalité commence à baisser, après certes, une montée presque continue depuis le milieu des années . Si la politisation de la question sécuritaire n’est pas exclusive à l’Irlande-nous entendons par la à la fois le fait de l’inscrire à l’agenda politique et de formuler à son égard une politique publique, mais aussi son exploitation dans le jeu politique-elle prend un relief particulier dans un contexte de ‘panique morale’, provoquée par les assassinats, à quelques jours d’intervalles de la journaliste Veronica Guérin et du policier Jerry McCabe, en juin . Il n’en demeure pas moins qu’au-delà d’un sentiment d’insécurité croissant , qu’amplifièrent à loisir les médias, la criminalité a changé de nature, comme ailleurs en Europe. En effet, si l’ensemble des crimes et délits constatés par les services de police augmente moins vite, leur répartition au profit des catégories les plus graves interpelle. En effet les homicides, dont une bonne part est le fait de rivalités entre groupes criminels autour du trafic de stupéfiants, ont plus que doublé depuis ,
 En , le taux est de  faits pour   habitants contre   pour   en Suède.  Voir les enquêtes de victimisation produites par le ‘Central Statistics Office’.
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pour se situer autour d’une cinquantaine par an. Un phénomène tout aussi inquiétant est la croissance irrésistible des violences, crapuleuses et surtout non-crapuleuses.
L’acteur central de la sécurité des personnes et des biens, la police nationale, An Garda Siochana, semble à chaque fois désemparée pour affronter les évolutions quantitatives et qualitatives de la criminalité. Certes la répression, par la recherche et l’interpellation des auteurs demeure sa prérogative exclusive, d’autant qu’elle peut se prévaloir d’un taux d’élucidation de  %. Mais la montée des incivilités, des violences, notamment à la faveur des troubles à l’ordre public les samedis soir, sont des phénomènes qui choquent les ‘états forts de la conscience sociale’ et font que la criminalité est considérée par les Irlandais comme un problème grave ( % des personnes interrogées) voire très grave ( %), selon l’enquête de victimation du service central des statistiques (CSO) de .
Peu préparées, sauf exception, à cette police de la vie quotidienne et de tranquillité publique, les politiques de sécurité ont balloté depuis plus de  ans entre police communautaire, de proximité ou encore dite ‘orientée vers la résolution des problèmes’, jusqu’aux stratégies plus répressives et punitives, comme la ‘Tolérance Zéro’.
Mais ces approches très typées ne durent qu’un temps et ne doivent pas faire oublier que les politiques de sécurité en Europe procèdent de plusieurs répertoires à la fois comme le rappelle Sébastian Roché : ‘[La politique de sécurité] utilisent des moyens d’action qui sont très hétérogènes, aussi bien la prévention des conduites à risques et la prévention sociale que les actions de police, l’aide aux victimes ou les missions de médiation. L’enjeu était de trouver des alternatives au système pénal, sans écarter pour autant la police et la justice de ces solutions au plan local’.
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L’expression est d’Emile Durkeim. Réformer la police et la sécurité : les nouvelles tendances en Europe et aux Etas-Unis,Paris, Odile Jacob, , p. .
La police occupe une place paradoxale dans cette problématique. Elle reste pour le citoyen ce par quoi le crime est combattu et la paix publique rétablie, alors même que de nombreux criminologues comme John Eck et Edmond Macguire considèrent que l’impact de l’activité policière compte pour très peu dans les évolutions de la criminalité. Plus exactement, ces deux auteurs concluent que s’il y a un effet des actions menées par la police, celui-ci est toujours dépendant d’autres facteurs comme la scolarisation, l’économie, l’implication des citoyens ou le taux d’emprisonnement. Mais la Garda Siochana allait être d’autant plus mise en avant dans la politique de sécurité publique, qu’elle est la seule force publique, et de surcroît très centralisée, sous l’autorité exclusive du ministre en charge de la justice.
En effet, on reste frappé s’agissant de l’Irlande par l’absence de gouvernance locale, et partant, d’une réelle approche partenariale permettant de jouer sur plusieurs répertoires d’actions. L’hyper-centralisation est bien la marque de fabrique de la Garda Siochana, dans la tradition d’une police d’ordre, et dont la territorialisation ne s’envisage qu’à travers une déconcentration plus administrative qu’opérationnelle, au niveau des circonscriptions régionales.
Au regard des ‘dynamiques policières’, telles que les définit Dominique Monjardet , la police de la République d’Irlande partage en effet avec son homologue française, sa nature profonde de police d’ordre : ‘Dans l’institution policière française, on trouve bien le Prince, et la profession, mais la demande sociale ne dispose d’aucun relais sous forme de participation quelconque au système de décision, elle est leabsent tiers de l’institution policière’ . L’échec du programme du ‘Neighbourhood Watch’ et
Policing in Ireland, looking forward,Garda Inspectorate, août , p..  ‘Toute police est mue, mise en œuvre pratiquement […] par trois sources : l’ordre du prince, les appels, demandes, plaintes du public, et l’initiative des policiers. A ces trois sources empiriques correspondent trois principes d’actions, en dénommant par là l’addition d’un acteur et de ses priorités, ou logique d’action : l’autorité du pouvoir, la demande sociale de police, l’intérêt professionnel’.Ce que fait la police, Paris, , La Découverte, p.. Ibid. p..
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