L'innovation dans l'industrie touristique

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Cette étude nous propose en premier lieu une réflexion sur l'offre touristique s'appuyant sur l'analyse du bien touristique et de la filière de production dont il est issu. En seconde partie, elle s'intéresse à la dynamique du secteur et propose une analyse du processus d'apparition des nouveaux produits touristiques et de leur diffusion et d'apprécier l'impact sur les différents équilibres possibles.
Publié le : vendredi 1 septembre 2006
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EAN13 : 9782336267401
Nombre de pages : 178
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L'innovation dans l'industrie touristique

http://www.1ibrairieharmattan.com diffusion. harmattan @wanadoo.fr harmattan! @wanadoo.fr @ L'Harmattan, 2006 ISBN: 2-296-01005-9 EAN : 9782296010055

Jean-Louis CACCOMO Bernardin SOLONANDRASANA

L'innovation

dans

l'industrie touristique
Enjeux et stratégies

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; FRANCE L'Hannattan Hongrie Kônyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest
Espace Fac..des L'Harmattan Sc. Sociales, BP243, Université Kinshasa Pol. et Adm. ;

75005 Paris

L'Harmattan ltalia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALlE

KIN XI

de Kinshasa

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L'Harmattan Burkina Faso 1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

Tourismes et Sociétés

Collection dirigée par Georges Cazes
Déjà parus
J.-M. FURT & F. MICHEL (dir.), Tourismes & identités, 2006. J.-M. DEW AILL Y, Tourisme et géographie, entre pérégrinité et chaos?, 2006. R.AMIROU, P. BACHIMON, J.-M. DEWAILLY, J. MALEZIEUX (dir.), Tourisme et souci de l'autre. En hommage à Georges CAZES, 2005. A. VOLLE, Quand les Mapuche optent pour le tourisme, 2005. O. GUILLARD, Le risque voyage, 2005. J.SPINDLER (dir.) avec la collaboration de H. DURAND, Le tourisme au;rxè siècle, 2003. J. CHAUVIN, Le tourisme social et associatif en France, 2002. F. MICHEL, En route pour l'Asie. Le rêve oriental chez les colonisateurs, les aventuriers et les touristes occidentaux, 2001. J .L. CACCOMO, B. SOLONANDRASANA, L'innovation dans l'industrie touristique, 2001. N. RAYMOND, Le tourisme au Pérou, 2001. GIREST (Groupement Interdisciplinaire de Recherche En Sport et Tourisme), Le tourisme industriel: le tourisme du savoirfaire?,2001. R. AMIROU, P. BACHIMON (ed.), Le tourisme local, 2000. G. CAZES et F. POTIER, Le tourisme et la ville: expériences européennes, 1998. P. CUVELIER, Anciennes et nouvelles formes de tourisme. Une approche socio-économique, 1998. G. CLASTRES, Tourismes ethnique en ombres chinoises. La province du Guizhou, 1998. G. CAZES, Les nouvelles colonies de vacances? Le tourisme international à la conquête du Tiers-Monde. G. CAZES, Tourisme et Tiers-Monde, un bilan controversé. M. PICARD, Bali: tourisme culturel et culture touristique. D. ROZENBERG, Tourisme et utopie aux Baléares. Ibiza une île pour une autre vie. G. RICHEZ, Parcs nationaux et tourisme en Europe. M. MAURER, Tourisme, prostitution, sida. H. POUTET, Images touristiques de l'Espagne.

A Pascale, Robin, Tom et Jason pour leur dévouement En espérant qu'ils ne me tiendront pas rigueur du temps passé à la recherche et à l'écriture avec mon co-auteur et complice.

A Dominique, Maëlle et Aymeric pour leur patience et leur compréhension.

Dans la collection « Economie et Innovation» :

Jean-Louis CACCOMO [1996], Les défis économiques de l'information, la Numérisation. L'Harmattan, Paris. Jean-Louis CACCOMO [2005], L'épopée de l'innovation. Innovation technologique et évolution économique. L'Harmattan, Paris.

Hors collection:

Jean-Louis CACCOMO (eds) [2006], Actes des Journées Académiques du Tourisme. Tourisme et frontières, L'Harmattan, Paris.

Couverture: Les Trois Ilets (La Martinique) Aquarelle Marie-Noëlle Rinaldi (boutique l'aimable autorisation de l'artiste peintre.

Colibri),

avec

INTRODUCTION

D'après les rapports officiels, le nombre de touristes étrangers visitant la France en 2005 est resté identique à celui de 2004 et 2003. Faut-il se féliciter de ce résultat. Dans ce secteur en pleine effervescence, la France perd depuis trois ans des parts de marché. Dans la décennie qui vient de s'écouler, les toursopérateurs français sont sortis du classement des dix premiers tours-opérateurs européens. Quand nous avons publié la première édition de cet ouvrage, nous voulions sensibiliser le lecteur en général, et les acteurs publics et privés du développement touristique en particulier, sur le fameux «paradoxe français» qui conduit les rapports officiels à présenter la France comme «championne du monde» dans une activité où, désormais, notre position économique est de plus en plus attaquée et fragilisée. Quatre ans plus tard, le constat reste le même, quand il ne s'est pas aggravé dans certains cas. Au-delà du cas français, ce problème soulève la question de la définition de la performance touristique. La France ferait-elle de moins en moins rêver les touristes étrangers? Pour tenter d'apporter des éléments de réponse, ou du moins des pistes de réflexion permettant de remédier à ce phénomène, il est essentiel se placer sur le terrain de l'analyse économique car développement touristique et dynamique économique sont étroitement imbriqués. Force est de reconnaître que notre pays est, depuis au moins trois décennies, enfermé dans un régime de croissance contrariée. Sans nous attarder ici sur les conséquences sociales (en termes d'emplois notamment) et politiques d'une telle situation, il est certain que l'évolution du secteur touristique s'en trouve affectée à la fois du point de vue de son attractivité (et de son image à l'étranger) que de sa capacité à émettre des touristes. En 2005, le nombre de touristes étrangers dans l'Hexagone a progressé de 0,5% l'an dernier pour se situer aux environs de 75 millions. En 2004, le pays avait enregistré 75,12 millions de visiteurs étrangers, soit une toute petite progression de 0,1% par rapport à 2003, elle-même marquée par une baisse de 2,6% par rapport à 2002. 9

Ce qui pouvait encore apparaître comme un accident de parcours conjoncturel au moment où nous écrivions la première version de ce livre ressemble de plus en plus aujourd'hui à une tendance lourde. C'est une situation d'autant plus inquiétante que, dans le même temps, le tourisme international connaît des taux de croissance qui oscillent entre 5 et 6% en 2005 selon l'Organisation Mondiale du Tourisme (OMT), faisant du secteur touristique une industrie des plus dynamiques et extraordinairement innovante. C'est donc la confirmation de nos craintes ainsi que la volonté de mettre à jour nos analyses dans un domaine en rapide évolution qui ont motivé la publication d'une édition révisée (et augmentée) de notre ouvrage. Il faut dire que le secteur du tourisme international est en proie à de rapides mutations. Pourtant, au-delà des tumultes et aléas qui perturbent la conjoncture des différents marchés touristiques, il existe bel et bien des tendances profondes qui guident et canalisent les mutations économiques en général et le changement industriel en particulier. Seule une analyse économique rigoureuse du secteur touristique, qui s'appuie sur l'application des concepts et outils de la théorie économique, peut nous permettre d'appréhender de telles tendances qui échapperont à l'observateur qui s'en tient à la surface embrouillée des faits éparses et des données brutes. La croissance économique mondiale, parce qu'elle repose sur un accroissement des gains de productivité permettant de libérer du temps et qu'elle se traduit par une progression régulière du pouvoir d'achat, constitue un formidable moteur du développement de la demande touristique. L'évolution de la demande impulse, à son tour, le développement du secteur, qui s'accompagne cependant de profondes transformations: le secteur du tourisme est partie prenante du développement de ce que les commentateurs ont appelé la « nouvelle économie» d'une part, et de la « société des loisirs », d'autre partI.
1 Ainsi, sur l'ensemble de l'Europe, le commerce en ligne grand public est passé de 3,5 à 174 milliards d'euros en 2005 et les secteurs les plus dynamiques sont le voyage avec 40 milliards d'euros en 2005, l'habillement (24 milliards), l'informatique (14 milliards) et l'automobile (10 milliards). P.Y. Lepeltier [2000], «20 valeurs gagnantes de l'e-commerce }),La Vie Financière, n° 2876, pp.l0-14. 10

Pourtant, bien qu'il existe une littérature internationale abondante dans le domaine de l'économie du tourisme, le secteur touristique est un champ relativement peu étudié par les économistes en général, par les économistes français en particulier: «Few economists have conducted research into tourism market structure so that, given the prevailing market conditions, what is a well investigated phenomenon in other industries within the discipline has not been brought to the attention ofcommentators on the industry »2. Longtemps perçu comme une activité secondaire et artisanale, le tourisme n'est pas toujours considéré pour ce qu'il représente réellement aujourd'hui, à savoir une industrie mondiale hautement dynamique et, à plus d'un titre, éminemment stratégique. Même des pays comme la Lybie ou la Syrie se tournent aujourd'hui vers ce secteur qui leur permet d'intégrer progressivement la communauté internationale et de participer au processus de mondialisation en cours. Il est donc plus que jamais urgent et nécessaire de saisir les dimensions industrielles, technologiques, économiques et stratégiques de cette activité globalisée. A défaut d'appréhender cette activité avec les outils adaptés, notre pays continuera de perdre pied dans un secteur où il bénéficiait encore hier d'avantages comparatifs incontestables. Il existe aussi de nombreuses raisons pour s'intéresser à l'analyse économique du secteur touristique même si la profession des économistes a longtemps dénigré cette activité de plus en plus stratégique. Pour notre part, nous en avons retenu trois. La première raison est que la France occupe en effet une position privilégiée - mais aussi problématique - en tant que destination touristique dont elle tire insuffisamment partie. Même si elle demeure le pays le plus visité au monde, elle génère relativement moins d'emplois dans l'industrie touristique et de recettes touristiques que l'Italie ou les Etats-Unis. Cette incapacité relative à tirer un moindre bénéfice des retombées de l'activité touristique en termes d'emplois conduit à s'interroger sur les ressorts de la dynamique sectorielle et son implication réelle dans la croissance globale du pays.
2 Evan et Stabler [1995 : 260].

Il

Nous montrerons que la position de pays récepteur dans la filière touristique est un peu comparable à celle de pays producteur dans la filière pétrolière: une grande partie de la valeur ajoutée (qui survient en aval de la filière) échappe aux acteurs économiques purement hexagonaux. Au-delà des enjeux théoriques, l'analyse économique du secteur touristique est cruciale pour un nombre croissant de pays émergeants. Les pays de l'hémisphère sud ou de l'Europe de l'Est parient de plus en plus sur le développement d'une économie touristique comme moyen de l'intégration dans l'économie mondiale. Le cas de la Croatie est à cet égard tout-à-fait remarquable. Dans le cadre de sa modernisation économique, le Gabon a décidé de faire du tourisme une véritable industrie3 alors que ses ressources pétrolières ne sont pas inépuisables. Mais le tourisme au Gabon est encore marginal alors que le potentiel écotouristique est énorme. Avec le même souci d'accélérer son intégration dans le marché international, la Thaïlande fait de l'industrie touristique l'une de ses priorités nationales4. Pourtant frappé par une des catastrophes naturelles les plus meurtrières de I'histoire, l'activité touristique en Thaïlande a quasiment aujourd'hui absorbé et effacé les impacts négatifs du tsunami. On pourrait multiplier les exemples. De manière générale, le secteur touristique est, selon les pays, le moyen, soit de tenter d'enclencher un processus vertueux de développement économique et social, soit de nourrir la phase délicate de transition à l'économie de marché. La seconde raison qui a motivé notre intérêt pour ce secteur est que l'industrie touristique est un secteur hautement dynamique: il est caractérisé à la fois par la progression quantitative (croissance) et le développement qualitatif (redéploiement) des
3 Pour attirer les investisseurs spécifiques, le président Omar Bongo a signé une ordonnance prévoyant des exonérations douanières pendant un minimum de 10 ans, ainsi que des exonérations fiscales pendant 8 ans. Ce texte prévoit aussi l'institution d'un visa touristique gratuit délivré par les ambassades et agences de voyages habilitées. 4 Avec 11,6 millions d'anivées de touristes internationaux en 2004, la Thaïlande compte doubler ce résultat d'ici dix ans. Cet objectif s'inscrit dans le cadre d'un plan décennal de développement de l'industrie touristique. 12

flux touristiques. On peut y voir l'action formidable de ce que Schumpeter a appelé un processus de «destruction créatrice» inhérent aux activités en expansion. C'est que, là comme ailleurs, la mutation se nourrit de la croissance. D'après l'Organisation Mondiale du Tourisme (O.M.T.), il a été enregistré en 2005 808 millions d'arrivées de touristes internationaux dans le monde, soit une hausse de 5,5 % par rapport à l'année précédente: « Ces dernières années, le secteur du tourisme a gagné considérablement en résistance. Malgré les turbulences du monde dans lequel nous vivons, les destinations ont globalement enregistré quelque cent millions d'arrivées
internationales de plus entre 2002 et 2005 »5.

Dans cette performance globale, il faut distinguer des évolutions contrastées. En 2005, l'Afrique, qui vient en tête avec une croissance estimée à 10 %, bénéficie d'un processus de rattrapage qui profite essentiellement à l'Afrique du Nord, l'Afrique du Sud et le Kenya. En Asie et dans le Pacifique, la croissance se situe en moyenne à 7 %. Dans les Amériques, la croissance atteint 6 % avec l'Amérique du Nord (+ 4 %) et les Caraïbes (+ 5 %) légèrement au-dessous de la moyenne régionale. Parmi les grandes destinations, les États-Unis (+ 8 % de janvier à septembre) continuent à connaître la reprise qui avait commencé en 2004, tandis que le Mexique (+ 8 % de janvier à novembre) et Cuba (+ 13 % de janvier à novembre) enregistrent des progressions supérieures à la moyenne, et ce malgré les conséquences des ouragans dévastateurs. Le Moyen-Orient semble être entré dans une phase de croissance plus modérée et estimée à 7 % pour 2005. C'est l'Europe qui enregistre la croissance la plus modeste avec un résultat s'établissant autour de 4 %. Certes, l'Europe constitue, avec de plus de 400 millions d'arrivées, le plus gros volume du marché touristique, ce qui lui permet d'afficher la progression la plus importante en valeur absolue avec quelque 18 millions d'arrivées. Mais si les tendances se confirment à long terme, et rien ne permet de dire qu'elles seraient remises en question, les positions relatives évolueront grandement dans les années à venir.
5 Frangialli F., secrétaire général de l'O.M.T, Communiqué de presse de l'O.M.T., Madrid, le 24 janvier 2006. 13

Ces chiffres révèlent en tout cas que le phénomène touristique est d'emblée mondial, participant activement à sa manière au processus de mondialisation des échanges et de globalisation des phénomènes économiques. La troisi~me raison qui nous a amené à développer une approche économique du secteur touristique est que le secteur touristique est un champ d'application privilégié pour les concepts et les modèles économiques6. Il offre en effet une multiplicité de caractéristiques qui ne peuvent qu'interpeller l'économiste soucieux de comprendre le monde réel: l'industrie du tourisme est une industrie mondialisée ; le bien touristique est un bien complexe; la place des fmnes multinationales, des investissements directs et des comportements stratégiques y est
essentielle
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le poids des extemalités y est important; la dimension technologique et l'information jouent un rôle crucial; les flux touristiques sont éminemment dynamiques. La problématique de l'innovation ouvre généralement de passionnantes pistes de recherche dans la théorie économique, notamment en économie industrielle, en économie internationale, en économie de l'environnement et dans la théorie de la croissance. Ces pistes de recherche prennent tout leur intérêt lorsqu'elles trouvent des champs d'applications concrets. L'innovation touristique constitue une problématique largement ouverte. Les pistes de recherches, que nous présentons dans cet ouvrage, sont encore à explorer, bien qu'une grande partie d'entre elles fasse déjà l'objet de développements poussés de la part des chercheurs qui composent notre laboratoires.
6 Eadington et Redman [1991]. 7 A propos de l'analyse des investissements directs dans le tourisme, voir Endo [2005]. 8 Nous encadrons en effet une équipe de doctorants et de jeunes chercheurs dans le cadre de l'Atelier d'Economie du Tourisme au sein du Groupe d'Etude et de Recherche en Economie & Management (G.E.R.E.M.). Le G.E.R.E.M. est une

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Ces orientations académiques permettent de mettre en évidence les spécificités remarquables du secteur touristique, lesquelles nous conduisent en retour à interroger les outils traditionnels de l'analyse économique. Nous sommes profondément attachés à cet aller-retour incessant entre théorie économique et exploration empirique qui permet d'approfondir la connaissance d'un secteur de plus en plus stratégique pour notre avenir, tout en affinant l'outil théorique de l'économiste9. L'ouvrage est organisé autour de deux grandes parties: la première partie développe une réflexion sur l'offre touristique, laquelle implique une analyse du bien touristique et de la filière de production dont il est issu; la seconde partie s'intéresse à la dynamique du secteur touristique, ce qui nous conduit à proposer une analyse du processus d'apparition des nouveaux produits touristiques et de leur diffusion et d'apprécier l'impact sur les différents équilibres possibles.

Equipe d'Accueil habilitée par le ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche. 9 La gestion commence à son tour à s'ouvrir à ce domaine encore en friche: voir Demen-Meyer [2005]. 15

PARTIE I: LA STRUCTURATION DE L'OFFRE TOURISTIQUE

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