Itinéraire d'un militant

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"Ce ne sont pas des mémoires, mais plutôt des réflexions que m'inspirent des événements que j'ai vécus, le besoin de porter un autre regard que celui habituellement porté. Je décris un itinéraire, celui d'un militant qui a connu des hauts et des bas, des combats plutôt rudes et des déceptions, des ruptures pour rester fidèle. Un certain devoir de transmission..."
Publié le : vendredi 1 février 2013
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EAN13 : 9782296530423
Nombre de pages : 206
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Jean GIARDITINÉRAIRE D’UN MILITANT
Aujourd’hui, je fais mienne cette réfl exion de Marie de
Hennezel: « Une vie accomplie est une vie apaisée. C’est pourquoi
il est si important de mettre de l’ordre dans sa vie avant de quitter la
scène du monde, de faire le bilan. » (La Chaleur du cœur empêche nos ITINÉRAIRE
cœurs de rouiller)
Je reprends ainsi un vieux projet de rendre compte, de m’expliquer D’UN MILITANTsans me justifi er, en prenant le risque de dire « je », un exercice ardu
comme l’écrit Tzvetan Todorov dans L’homme dépaysé : « Cela fait
partie d’une honnêteté fondamentale que de dire où on est et qui
on est quand on affi rme quelque chose. Il est trop facile de faire la
morale aux autres en s’excluant soi-même. »
Ce ne sont pas des mémoires, mais plutôt des réfl exions que
m’inspirent des événements que j’ai vécus, le besoin de porter un
autre regard que celui habituellement porté. Je décris un itinéraire,
celui d’un militant qui a connu des hauts et des bas, des combats
plutôt rudes et des déceptions, des ruptures pour rester fi dèle. Un
certain devoir de transmission…
Né en 1926 à Paris, Jean Giard a fait ses études
de séminariste au Petit Séminaire de Saintes, puis
au Grand Séminaire de l’Houmeau (diocèse de La
Rochelle), et enfi n à la Mission de France à Lisieux.
Arrivé à Grenoble en 1953, il devient secrétaire de
l’Union locale C.G.T. puis de l’Union départementale.
En 1963, secrétaire du Comité de Ville et de la
Fédération communiste, il rejoint le mouvement des
Refondateurs avec C. Fitermann en 1992. Adjoint aux Finances de 1977
à 1983, il est conseiller municipal d’opposition de 1983 à 1995. Vice-
président du Conseil régional (1977-1986), il est élu député de l’Isère de
1986 à 1988.
RUE
DES ÉCOLES978-2-343-00108-1
20 euros
ITINÉR AIRE D’U N MILITA NT Jean GIARD











Itinéraire d’un militant


Rue des Écoles

Cette collection accueille des essais, d’un intérêt éditorial
certain mais ne pouvant supporter de gros tirages et une
diffusion large.
La collection « Rue des Écoles » a pour principe l’édition
de tous travaux personnels, venus de tous horizons : historique,
philosophique, politique, etc.

Déjà parus

Michel JAMET, Trente photos plus une, 2013.
Patrice HAMEL, Il était une fois dans l’Ouest. Une enfance
bretonne et normande, 2012.
Maurice CHALAYER, Mes apprentissages. De l’apprenti au
raconteur d’histoires…, 2012.
Jacques BLOEME, L’Europe médiévale en 50 dates. Les
couronnes, la tiare et le turban, 2012.
Simon JACQUES-YAHIEL, Ma raison d’être, 2011.
Nicole MORIN, Entre-deux, 2011.
Nathalie PEYNEAU, La tactique du bonheur, 2011.
Jean-Louis CHARTRAIN, Sur le pré vert, 3 lignes pour le 15,
Les haïkus du rugby, 2011.
René-Jean ANDERSON, Le Stylibroscope, 2010.
Jacques LESPARAT, Aubépine Brugelade, 2010.
Denise KAWUN, Journal de la vie absente, 2010.
Sakina GAMAZ HACHEMI, Chemins croisés. De Sétif à
Sétif en passant par Lyon, 2010.
Daniel Verstraatt, Carnets de jeunesse d’un dinosaure. 1941-
1943, 2010.
Ange Miguel do SACRAMENTO, Ni noir, ni blanc. Une vie
atypique, 2010.
Véran CAMBON DE LAVALETTE, De la Petite-Bastide à
la Résistance et au camp de Dachau, 2010.
Patrick GERARD, Je n’ai jamais été vieille, 2010.

Jean Giard










Itinéraire d’un militant





















































































Du même auteur

Demain la ville ?, avec François Ascher, Ed. Sociales, 1975.
Les cadres aussi, avec Bernard Di Crescenzo, Ed. Soc. 1977.
L’enjeu régional, avec Jacques Scheibling, Ed. Soc. 1981.
Cinquante ans aux frontières de l’Eglise, Ed. L’Harmattan, 1994.
A la recherche du citoyen, avec Daniel Hollard, Ed. L’Harmattan,
2000.
L'innovation technologique au service du maintien à domicile des personnes
âgées, Rapport commandité par le Conseil général de l'Isère et la
municipalité de Grenoble, septembre 2004.














































































































© L’Harmattan, 2013
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-00108-1
EAN : 9782343001081


Le devoir de transmission

« Le passé n’est pas mort ; il n’est même pas passé. »
Christa Wolf : « Trame d’enfance »

1995… Mon troisième mandat à la mairie de Grenoble
prenait fin. Une petite fête organisée par ma plus proche
collaboratrice rassemblait celles et ceux qui, pendant 18 ans,
furent mes compagnons de route au Conseil municipal de
Grenoble : quelques communistes, des socialistes, des
écologistes, des amis de Go95. Ils étaient tous là, ou presque,
alors que nous étions en pleine campagne électorale, sur des
listes différentes et concurrentes. J'étais ému et heureux de
les voir réunis pour me souhaiter une bonne retraite. Malgré
les difficultés, on sentait en effet poindre la victoire, et par-
delà les différences, chacun tenait par sa présence à
manifester une amitié. J'avais pensé le faire quatre ans plus
tôt, à 65 ans. J'en avais à l'époque averti la section du parti
communiste, des élus socialistes et quelques amis
personnels. Ils m'en avaient alors tous ou à peu près tous
dissuadé et finalement je les avais suivis, estimant que je
pouvais être plus utile pour la préparation des futures
élections municipales en étant encore élu. Une page se
tournait, « Il y a un temps pour tout », dit l'Ecclésiaste, mais une
autre s'ouvrait qu'il me revenait d'écrire. Dans mon
intervention, je leur dis que j'aimais la traduction espagnole
du mot retraite : « jubilacion. » Mais je n'ai pas été bien
compris et de surcroît, il n’en fut rien…
Je m’imaginais alors que sans me désintéresser de « la
chose publique », j’allais pouvoir faire autre chose et
autrement. J'éprouvais en effet le besoin de me
désintoxiquer, de me cultiver, d'acquérir des connaissances
nouvelles. J'ai toujours estimé qu'un homme politique devait
être un homme cultivé. Mais le temps m'a trop été compté...

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La retraite, telle que je l’envisageais alors, devait être le temps
de la réflexion en dehors de toute agitation.
Bien que sollicité par plusieurs, je n’avais pas l’intention
d’écrire mes mémoires, je ne suis pas un historien et n'ai
guère envie de porter un jugement sur des personnes qui
m'ont été proches et qui de surcroît, sont toujours là.
J'éprouve pour elles, par delà les désaccords qui parfois nous
ont séparés, voire aujourd'hui éloignés, trop de respect.
Mais il ne s’est rien passé de ce que j’avais imaginé. La
maladie de Françoise, mon épouse, m’a complètement
accaparé pendant une quinzaine d’années. Adieu tous nos
projets. Il m’a fallu faire face. C’est ainsi que je suis « entré
en gérontologie » sans préparation, sans connaissance
particulière et sans attrait pour cette discipline.
Aujourd’hui, je fais mienne cette réflexion de Marie de
Hennezel : « Une vie accomplie est une vie apaisée. C’est pourquoi il
est si important de mettre de l’ordre dans sa vie avant de quitter la
1scène du monde, de faire le bilan. »
Je reprends ainsi un vieux projet de rendre compte, de
m’expliquer sans me justifier, en prenant le risque de dire
« je », un exercice ardu comme l’écrit Tzvetan Todorov dans
« l’homme dépaysé » : « Cela fait partie d'une honnêteté
fondamentale que de dire où on est et qui on est quand on affirme
quelque chose. Il est trop facile de faire la morale aux autres en
s'excluant soi-même. »
Ce ne sont pas des mémoires, mais plutôt des réflexions
que m’inspirent des événements que j’ai vécus, le besoin de
porter un autre regard que celui habituellement porté. Je
décris un itinéraire, celui d’un militant qui a connu des hauts
et des bas, des combats plutôt rudes et des déceptions, des
ruptures pour rester fidèle. Un certain devoir de
transmission…



1 Marie de Hennezel, la chaleur du cœur empêche nos corps de rouiller, p. 150

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L'influence des parents...




J'ai eu la grande chance d'avoir eu des parents qui ont
durablement marqué mes options et mon évolution.
A vrai dire, je ne sais pas grand chose d'eux. Ils ont
toujours eu beaucoup de réticences, ou plutôt de pudeur à
parler d'eux-mêmes. J'ai respecté ce choix, comme l'ont
respecté mes frères et sœurs ; et comme nous n'avions pas
de famille connue, il nous a été impossible d'en savoir
beaucoup plus que ce que les parents ont bien voulu nous
révéler de leurs origines. Mais ce n'est pas cela qui m'importe
ici. Ce que je veux montrer, c'est en quoi ils m'ont influencé.

Je leur suis profondément reconnaissant d'avoir toujours
respecté mes engagements, même si ceux-ci ne leur
convenaient pas. Je garde de mon père l'image d'un homme
honnête, ce n'est pas lui qui aurait aggravé le déficit de la
Sécurité Sociale !!! Un homme qui aimait par dessus tout
l'ordre : il me disait souvent qu'après de Gaulle, il voterait
communiste, car pour lui, les communistes étaient avec de
Gaulle les garants de l'ordre républicain. Mais de Gaulle
disparu, je ne crois pas qu'il ait jamais voté communiste, ne
serait-ce que par respect pour la mémoire du Général. Sur le
plan politique, c'était en effet un gaulliste. Son attachement à
de Gaulle tenait sans doute à ses origines militaires (il fut un
militaire de carrière dans les troupes coloniales, et à ce titre
obtint de nombreuses décorations dont une me fit beaucoup
rêver : Chevalier du Dragon d'Annam !) Mais ce fut un
militaire un peu particulier, car sa baguette de chef de
musique lui servit de fusil... Je fus élevé dans cette ambiance
de soldats, et plus particulièrement de Sénégalais dont je

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partageais avec mes frères et sœurs les joies, les peines, la
naïveté, les jeux et les coutumes africaines ; car nous
habitions souvent à la caserne. La guerre a fait parmi eux
d'importants ravages. Je ne sais combien y sont restés, mais
je sais qu'ils furent nombreux et je leur en ai toujours gardé
une grande reconnaissance. J'aime l'Afrique, ses paysages, sa
culture, ses hommes et ses femmes, et beaucoup son
mystère. Je le dois peut-être à cette cohabitation. Mon père a
donc fait la guerre ; il fut décoré de la croix de guerre avec
plusieurs citations. Il a participé à la Résistance. Je me
souviens de mon émotion devant son cercueil recouvert du
drapeau tricolore. J'étais fier de lui. Enfant, mon père me
conduisait à chaque rentrée scolaire, où que nous nous
trouvions, à l'école laïque. C'était pour lui l'école de la
République. Démobilisé, il entre à l'E.D.F. comme releveur-
encaisseur. Je le revois partant par tous les temps, sa sacoche
sur le dos, son vélo à la main, ou faisant méticuleusement ses
comptes au retour de ses encaissements. Il était très attaché
aux nationalisations et il avait une grande admiration pour
Marcel Paul, le ministre communiste qui la mit en œuvre. Il
se syndiqua à la C.G.T. Il fut même le trésorier de la section
de retraités dont il fut membre jusqu'à sa mort. Il fit
d'ailleurs promettre à ma mère de continuer à verser ses
cotisations au syndicat. Il ne comprenait pas qu'un salarié ne
soit pas syndiqué, et pour lui il ne pouvait y avoir qu'un
syndicat : la C.G.T. Si, retraité, je suis toujours syndiqué à la
C.G.T., c’est en pensant à lui que je l’ai fait.
Quant à ma mère, je garde d'elle l'image d'une femme
dont elle disait elle-même qu'elle voulait être une femme
libre. Son histoire a quelque chose d'extraordinaire. Née à
Constantinople, aujourd'hui Istanbul, dans une famille juive
venue il y a quelques siècles d'Espagne, profondément
religieuse (son oncle fut grand rabbin de Constantinople),
elle étudia à l'Alliance française. Elle parlait plusieurs
langues, et devint infirmière. Encore adolescente, elle fut

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selon la coutume de son pays et de son peuple, fiancée à un
homme qu'elle n'aimait pas. Elle résolut alors de quitter sa
famille et son pays et vint en France avec l'armée qui
combattait aux Dardanelles. Elle se maria, se convertit au
catholicisme. Ce fut alors la rupture totale et définitive avec
sa famille. Elle a gardé, sa vie durant, un attachement
indéfectible à sa Turquie, à sa religion d'origine, au point
qu'elle éprouvait une peur viscérale à la pensée que sa tombe
pouvait être un jour profanée parce que juive. Mais en même
temps, elle aimait profondément la France, sa langue, sa
culture. Elle m'a souvent surpris par l'étendue de ses
connaissances, sa curiosité. Je suis donc d'origine juive, et il
m'est arrivé de le revendiquer. C’est parce que je suis juif
d’origine que je soutiens la lutte du peuple palestinien pour
son indépendance et sa liberté. Au cours d'une campagne
électorale, je fus invité à un débat par la Communauté juive
de Grenoble. Compte tenu des positions prises par le P.C.F.
sur la question palestinienne, je fus vivement pris à partie par
l'assistance. La discussion, houleuse, dura jusqu'à une heure
avancée de la nuit, jusqu'au moment où je dis à mes
interlocuteurs que mes grands-parents que je ne connaissais
pas, étaient enterrés à Jaffa, et que mon plus grand désir était
de pouvoir un jour me recueillir sur leur tombe. A la grande
surprise de l'assistance, nous nous retrouvions de la même
communauté. J'ai souvent ressenti ce sentiment
d'appartenance à la communauté juive de mon pays. Ainsi en
fut-il lors de Carpentras, ou plus récemment lors de
l'assassinat de Yitzhak Rabin. Mais je suis aussi le fils d'une
immigrée. C'est peut-être pour cela que je me sens si proche
des déracinés, des sans famille. Ma mère m'a bercé de
chansons espagnoles, grecques, juives. Ses lointains ancêtres
ont connu l'errance comme les peuples gitans dont elle
aimait la musique et les rythmes. Elle m'a transmis tout cela.
Elle était très religieuse, profondément croyante. Elle priait
et je l'imagine au moment de sa mort récitant un Psaume,

11
joignant ainsi dans une même prière sa foi juive et ses
convictions chrétiennes.
J'aime mes parents et je n'ai qu'un regret : de ne pas les
avoir d'avantage connus. Quand je mesure mon parcours
personnel, je mesure en même temps tout ce qu'ils m'ont
apporté d'exceptionnel.






























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Première partie


Mon itinéraire grenoblois
























































Chapitre I

Grenoble hier, demain…



2 Daniel Bloch reprend dans son introduction « l’eau, la
montagne et les abeilles » à l’ouvrage collectif qu’il a dirigé sur
« Grenoble, cité internationale, cité d’innovation » ce qu’en disait le
géographe Armand Frémont à l’issue de quatre années de
séjour à Grenoble : « La croissance de Grenoble ne ressemble à
aucune autre en France. Elle doit l’essentiel de ses avancées à une
conjonction très rare d’intérêts dans trois domaines qui interfèrent :
l’industrie, la science et l’enseignement. Depuis au moins un siècle,
Grenoble innove. S’il est une ville de la province française qui participe
à tous les courants de l’innovation contemporaine, c’est bien Grenoble.
Le phénomène a sa traduction dans tous les domaines : industriel, mais
aussi social, urbanistique, architectural, scientifique, artistique… »
Globalement je partage cette analyse, malgré tout quelque
peu flatteuse. Un mythe dont j’avais dans un article publié
dans les « Cahiers du Communisme » en 1967 montré à la
fois les fondements objectifs et les dangers : une évolution
de la démographie en faveur des catégories d’ingénieurs,
cadres, techniciens, chercheurs, enseignants, mais au
détriment des ouvriers… un essor économique dû à de
grandes entreprises innovantes et exportatrices, et à une
main d’œuvre qualifiée… un patronat qui a su s’adapter aux
mutations résultant de la concentration, de la centralisation
du capital et de l’évasion des centres de décision (Merlin en

2 Daniel Bloch a été président de l’Institut national polytechnique et
de l’Université Joseph Fourrier de Grenoble, Recteur d’académie…

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3est le symbole le plus typique) … un pôle universitaire et de
recherche de qualité, une tradition de libertés et de débats…
une participation à la Résistance reconnue par le Général de
Gaulle qui nomme Grenoble « Compagnon de la
Résistance »… un laboratoire sociologique et politique au
point qu’un ouvrage s’est intitulé : 50 millions de
4Grenoblois… une agglomération dont les élus ont peu à
peu et non sans mal su travailler ensemble et la doter
d’équipements innovants comme en témoignent les
transports en commun, l’université ou l’implantation de
grandes entreprises (Caterpillar, Hewlett Packard…).
Aujourd’hui, j’ajouterai que le mythe grenoblois se
rapporte avant tout à l’expérience de gestion municipale
d’Hubert Dubedout comme signe d’une rénovation de la
classe politique française, d’un renouvellement de la pratique
politique, et d’une implication dans la politique de couches
sociales nouvelles. Le succès des Jeux Olympiques de 1968,
inaugurés par le Général de Gaulle, le rayonnement de la
Maison de la Culture inaugurée par André Malraux,
l’attribution de nombreux prix scientifiques dont plusieurs
Nobel, une politique de la ville audacieuse impulsée par
Hubert Dubedout, des innovations dans le domaine social
en particulier de la gérontologie, tous ces éléments ont
contribué à faire de Grenoble « la ville du possible » comme le
disait Pierre Mendès France, mais pas de tous les possibles.
Je préfère et de loin cette expression à celle du mythe.
En novembre 1964 dans une conférence que je
prononçais au nom du parti communiste, je décrivais en ces

3 Les déclarations de Merlin sur l’insuffisance des crédits pour la
recherche fondamentale, des dépenses de prestige source d’inflation, de
la politique de crédit et d’investissement. Il s’est prononcé contre la force
de frappe gaulliste et en faveur d’une force de frappe multinationale. Il
garde la haute main sur certaines associations comme les Amis de
l’Université, l’association pour le développement culturel, économique et
social…
4 Claude Glayman, 50 millions de grenoblois, 1967.

16
termes la situation économique et sociale à Grenoble : la
caractéristique principale de Grenoble est d’être avec la
montagne, une ville industrielle.
« La découverte de la Houille blanche déterminera le
développement de l’industrie grenobloise. Mais un examen
détaillé de la production industrielle montrera que si elle s’est
longtemps orientée naturellement vers la fabrication
d’équipements hydro-électriques, elle se complète non moins
naturellement dans la gamme de produits qui accompagne le
développement de l’électricité et vers son utilisation
domestique.
Merlin produisait à l’époque le tiers de l’appareillage
électrique national nécessaire à l’équipement des grandes
centrales atomiques et thermiques, les postes de très haute
tension d’interconnexion, des postes de distribution. Un
département d’électronique venait d’être créé.
Le groupe Neyrpic dont le département « turbines » est
l’un des plus connus, construit également des matériels très
divers tels que l’équipement hydromécanique des centrales et
barrages, machines à papier, matériels de broyage et
concassage, matériels de forage. Il a mis au point les groupes
bulbés de l’usine marémotrice de la Rance. Elle a construit la
première turbine de forage occidental. Le développement
des recherches de Neyrpic a donné naissance à la Sogréah
dont les études sur modèles réduits étaient mondialement
connues.
L’usine des Eaux Claires de la société Ugine s’est
spécialisée dans la métallurgie des poudres. Elle produisait
des coussinets autolubrifiants, des électrodes, des alliages
lourds à haute teneur en tungstène, toutes sortes de pièces
mécaniques frittées en acier ou chrome, au nickel...
Nordest, Caterpillar, fabriquent des pelles et grues sur
chenillettes et bulldozers. Dragon s’est spécialisé dans la
construction des matériels de préparation mécanique des
minerais et matériaux.

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Le centre C.S.F. (Compagnie Générale de Télégraphie
sans fil) de Saint Egrève comprend la Compagnie
européenne de tubes téléphoniques dont les tubes totalisent
plus de 10 millions d’heures de fonctionnement au fond des
mers, la Compagnie générale des semi-conducteurs produit
20 millions de transistors par an, soit 20% de la production
du Marché Commun ; la division Tubes électroniques
produit 1 300 000 tubes par an.
D’autres entreprises métallurgiques importantes
fabriquent des charpentes métalliques, des presses à
emboutir, des engrenages et réducteurs de vitesse, des
chauffe eau, des chasses neige...
Grenoble est également un grand centre de
transformation du papier avec les usines Nicollet, Moyet-
Odet..., de textiles artificiels avec la Viscose, de ganterie et de
cuirs et peaux, de lingerie avec Valisère, Lou.
Ce sont aussi d’importantes entreprises alimentaires avec
les pâtes Lustucru, les chocolats Cémoi, les confiseries, la
biscuiterie Brun...
La montagne a marqué son empreinte avec la société
Pomagalski, fabrique de remonte pentes, Jamet fabrique de
tentes...
Il faut ajouter les usines de ciment de Sassenage, Saint
Egrève, Voreppe, la fabrication de papier d’aluminium à
Froges.
La région grenobloise est un des premiers sinon le
premier centre chimique national avec les usines
d’électrochimie de Brignoud, où Kuhlmann fabrique de
grandes quantités de benzidine, point de départ des
colorants, de Jarrie où Ugine fabrique des produits chlorés,
de l’eau oxygénée à très forte concentration, et Pont de Claix
où Progil fabrique de l’acétone et du phénol, et PBU des
polyesters...
Caractéristiques principales : très grande diversité, production
de plus en plus élaborée et de grande qualité.

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Importance de l’exportation : L’espace géographique
international de Merlin est représenté par 19 pays dont 6
sous-développés, 10 capitalistes, 3 socialistes. Le montant
des exportations de cette firme est passé de 18 millions et
demi de nouveaux francs en 1961 à 30 en 1962.
Chez Neyrpic, 45% du chiffre d’affaires proviennent de
l’exportation.
Chez Pomagalski, 82% des remonte-pentes, téléskis et
télébennes sont vendus à l’étranger.
La filiale de la C.S.F. exporte 25% de sa production en
Europe, et aux Etats Unis...
Les exportations de Valisère sont passées de 5% de la
production en 1958 à 15% en 1960.

Evolution du réseau bancaire : Evincement progressif des
banques locales par les grandes banques parisiennes.
- Banque de Paris et des Pays-Bas dont les
administrateurs se trouvent chez Péchiney, à la C.S.F.,
Progil, Viscose, et qui a des intérêts chez Neyrpic, et à la
Société industrielle de combustions nucléaires à Voreppe.
- Crédit Lyonnais représenté chez Péchiney ainsi qu’à Air
Liquide.
- Le C.C.F. (Crédit Commercial de France) dont Ugine
est la principale affaire et qui est également lié à Kuhlmann,
Alsthom, Péchiney et depuis peu Merlin Gerin.
- Le C.I.C. contrôle la Lyonnaise de Dépôts représentée
chez Merlin et Progil.
- La B.U.P. (la Banque de l'Union Parisienne) est
représentée chez Kuhlmann et contrôle la Banque
Lafanechère ; Worms chez Progil et récemment chez
Merlin ; le Crédit National chez Neyrpic, Ugine...

Evolution de Neyrpic comme illustration de ces mutations :
L’origine du groupe remonte à 1854. Il passe jusqu’en 1862
par trois étapes : la première de 1854 à 1917 est marquée par

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