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L'imparfait du subjectif

De
149 pages
Père, mère, divorces, frères, couple, désirs d'enfants, suivi d'enfant, folie, rien ne nous est épargné de cette famille où Jean-Pierre "le petit" a fini par grandir et s'affirmer. Cette famille "ordinaire" n'est pas une famille comme les autres. Au fil du récit, nous épousons ses joies, ses craintes, ses souffrances, comme si, de la boite aux souvenirs, surgissait en nous des êtres de chair et de sang dont, tout à coup, nous découvririons la vie intérieure.
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L’imparfait du subjectif

Histoire de Vie et Formation Collection dirigée par Gaston Pineau
avec la collaboration de Bernadette Courtois, Pierre Dominicé, Guy Jobert, Gérard Mlékuz, André Vidricaire et Guy de Villers

Cette collection vise à construire une nouvelle anthropologie de la formation, en s'ouvrant aux productions qui cherchent à articuler "histoire de vie" et "formation". Elle comporte deux volets correspondant aux deux versants, diurne et nocturne, du trajet anthropologique. Le volet Formation s'ouvre aux chercheurs sur la formation s'inspirant des nouvelles anthropologies pour comprendre l'inédit des histoires de vie. Le volet Histoire de vie, plus narratif, reflète l'expression directe des acteurs sociaux aux prises avec la vie courante à mettre en forme et en sens.

Dernières parutions
Volet : Histoire de vie SAPHIRA X, Mémoires d’une fille paumée, 2010. Anne-Marie PIFFAUT, Les secrets de Lina, Persévérance, 2010. Maurice ANDRE, Récit de vie d'un marin, 2010. Maryvonne CAILLAUX, Comme des orpailleurs. De la misère à la pauvreté, les relations comme chemins de libération, 2010. Martine LANI-BAYLE et Marie-Anne MALLET (dir.), Evénements et formation de la personne, Tome 3, 2010. ORÉLIA, Le prix du silence, 2009. François CHAPUT, Profession : chercheur d’emploi. Parcours cahoteux d’un « emploi-zoneur », 2009. Paul SECHTER, Venez nous chercher. Deux petites filles juives dans la tourmente nazie, 2009. Monique BLOCQUAUX, La Vie sans toit, 2009. Christian MONTEMONT et Yonida, Curriculum Evitæ. Une écriture biographique accompagnée, 2009. Jean-Pierre MILAN, Aviateur sans moteur, 2008. Roger BOLZONI, Vivre debout malgré la maladie et le handicap, 2008. Zaze ROUX, Les cent papiers de la mariée, ou comment Sarko m’a passé la bague au doigt, 2008.

L’imparfait du subjectif
Jean-Pierre Weyland

Ré ci t f a m i l i a l

© L'HARMATTAN, 2010 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-12909-2 EAN : 9782296129092

Préface

De la chenille au papillon
« L’individu est le produit d’une histoire dont il cherche à devenir le sujet. » C’est par cette citation de Vincent de Gaulejac1 que commence ce récit. Et cette histoire où s’entremêlent trois générations est bien porteuse de cet effet de recherche. L’auteur en est le sujet principal, mais ce n’est pas une biographie. Une biographie comme l’écrit Bourdieu2 est une illusion dans le sens où celui qui l’écrit, même si c’est l’auteur lui-même, veut prouver quelque chose et présenter les éléments de sa chronologie comme les jalons, les témoins d’une histoire signifiante. Une histoire de vie se présente comme une restitution par l’auteur des principaux moments qu’il a traversés, que ce soit dans l’ordre ou le désordre en soulignant très fort ceux qui lui sont essentiels. D’une histoire de vie on voit surgir non un portrait, un modèle mais une forme humaine qui se construit, qui se détruit au gré des événements qui l’ont frappé. En ce sens, elle est référence pour chacun d’entre nous : nous y trouvons des résonnances, des émotions qui réveillent les souvenirs cachés, enfouis, heureux ou malheureux, comme si l’éclosion de la personnalité qui nous est présentée contribuait à nous éclore nous même là où nous n’avons pas eu le temps ni l’envie d’aller. C’est exactement ce que j’ai ressenti au long de cette lecture : père, mère, divorces, frères, couple, désirs d’enfants, suivi d’enfant, folie rien ne nous est épargné de cette famille où Jean-Pierre « le petit » a fini par grandir et s’affirmer. Cette famille « ordinaire » n’est pas une famille comme les autres, car, de toute façon, sauf convention, il n’y a pas d’histoire familiale identique. Et nous épousons, au fil du récit, ses joies, ses craintes, ses souffrances, comme si, de la boite aux souvenirs surgissait en nous des êtres de chair et de sang dont, tout à coup, nous découvririons la vie intérieure.

Tout ceci dans un style magnifiquement rythmé, un peu semblable à une écriture cinématographique nous imposant, image après image, une succession de « scènes » qui s’enchevêtrent et tissent la vie. Tant de passions contenues, tant de douleurs assumées, tant d’espoirs entrevus : tout ce qui fait qu’une vie est rien moins que banale. Tout se passe comme si Jean-Pierre avait soulevé le couvercle qui abritait ces vies, pour nous laisser voir les chemins souvent tortueux que suscitent les découvertes et les événements rencontrés. Et de cet ensemble chaotique, l’homme, la femme finissent par surgir comme si, débarrassés de cette gangue lourde à porter, ils pouvaient enfin se trouver. Tout au long de cette lecture, j’ai pensé aux métamorphoses du têtard à la grenouille, de la chenille au papillon, et j’ai compris, pourquoi, enfant, j’ai tant rêvé devant mon petit élevage de ver à soie, comme si à chaque éclosion se présentait l’image de mon futur. Car si nous ne sommes pas maître des rencontres que nous faisons, des événements que nous vivons, nous n’en sommes pas moins responsables de ce que nous en tirons pour nous-mêmes comme pour les autres.

Jacques LADSOUS, éducateur, vice-président des Ceméa (Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active), secrétaire général du Musée social, vice-président du Conseil Supérieur du Travail Social de 1987 à 2002

1. Vincent de Gaulejac – « L’histoire en héritage – Roman familial et trajectoires sociales » - Ed. Desclée de Brouer 2. Pierre Bourdieu – « L’illusion biographique » - Ed. du Seuil

« Si ce mystère nous dépasse, feignons d’en être l’organisateur »
Jean Cocteau

A Théo, le Cadeau de Dieu A Marie-Rêve A mes chers disparus
Merci pour la manœuvre à Fred, Clara et Nadine Clin d’œil aux Arts Mélangers, la compagnie porteuse et à Christian, l’accoucheur d’images Contact : les.arts.melangers@gmail.com

« L’individu est le produit d’une histoire dont il cherche à devenir le sujet (...). [Il] est multidéterminé, socialement, inconsciemment, biologiquement. (...) Le terme "roman familial" renvoie à un fantasme, analysé par Freud, selon lequel les enfants (…) malheureux, imaginent qu’ils sont issus d’une lignée prestigieuse et qu’un jour la vérité éclatera sur leur origine véritable. (...) Le roman familial désigne également les histoires de famille que l’on transmet de génération en génération et qui évoquent les événements du passé, les destinées des différents personnages de la saga familiale. Mais entre l’histoire "objective" et le récit "subjectif", il y a (…) un espace, qui permet de réfléchir sur la dynamique des processus de transmission, sur l’ajustement entre l’identité prescrite, l’identité souhaitée et l’identité acquise, sur les scénarios familiaux qui indiquent aux enfants ce qui est souhaitable, ce qui est possible et ce qui est menaçant. »
Vincent de Gaulejac, L’histoire en héritage - Roman familial et trajectoires sociales


PROLOGUE ACTE I

sommaire
Tu la vois celle-là ? Et si le loup y était
Deux, trois secondes d’oiseau Séance primitive Le petit chiot 19 20 23 13

Scène 1 : Scène 2 : Scène 3 :
ACTE II

Le Cadeau de Dieu
Corde tendue Le flamboyant Moteur à explosion Continent inconnu 27 31 41 48

Scène 1 : Scène 2 : Scène 3 : Scène 4 :
ACTE III

Le miroir brisé
Allô, Maman, bobo Tout puissant Chaton dominant Second de cordée 53 57 67 72

Scène 1 : Scène 2 : Scène 3 : Scène 4 :
ACTE IV

M. Métastase et Mme Infarctus sont dans un bateau...
Le peu qui reste La vie-métastase Glissé entre les draps La gerbe déliée 87 91 104 112 121

Scène 1 : Scène 2 : Scène 3 : Scène 4 :
ACTE V

Journal d’errance
Sans entracte

EPILOGUE

Exigence de taille

137

P r O l O G U e

Tu la vois celle-là ?
« Le grand problème est de savoir si je décris ce que je vois ou si je vois ce que je décris ? »
Conférence de M. Lupu, ethnologue au musée de l’Homme

Grenoble, le 18 août 2004 Un creux. Plus profond que les autres. L’appétit s’amenuise. La bobine se dévide en désordre. Effilochages de coton. Pris au dépourvu, j’essaie de rebâtir un scénario qui me saute des mains. Grand ménage d’hiver sur fond de tambours. Je fais tourner d’impressionnantes machines de nuit. Ecran noir sans sortie de secours. Laver le linge sale en famille, comme un sourd. Les traces résistent. Chiendent vigoureux. A l’image de ses tâches qu’on essaie d’effacer et qui s’étalent de plus belle. Très énervant. Alors romancer ? Efficacité peu probante. La mise en texte n’a aucune vertu curative. Elle n’accentue pas le drame non plus. Le virtuel est bien plus faible que l’asphyxie du réel. Match nul, la balle au centre. Si, tout de même, écrire met à distance un sujet qui se dérobe. « Tu la vois celle-là ? », dis-je en plaisantant à mon fils en faisant mine de le gifler. Oui, je l’ai vue. Je viens d’accompagner la descente aux enfers de Papa. Et je retiens Maman d’une main moite. Happy end douteux. Je suis une psychothérapie pour chasser l’air vicié. Séances aux couleurs ombres chinoises. Pourquoi remuer la soupe à l’encre ? Je voudrais tant reprendre mon souffle. Recoller des morceaux éparpillés. Me défatiguer de moi. Affronter l’inconnu avec une lampe de poche. Mais les arbres géants de la forêt prolongent leurs branches à l’infini. 13

P r O l O G U e

– Tu la vois celle-là ?

Attendrai-je la fin de Maman pour retrouver un chemin plus sûr ? Clore un chapitre ? Je ne sais pas. Je ne sais plus. Sables mouvants.

Contacthumide
Je passe quelques jours chez ma belle-mère. Cavalcades d’enfants en tous sens. Dans ce maelström, un ersatz de caniche pelé en phase terminale erre dans la maison, aveugle, quasi impotente. Image pénible de l’abandon de soi. La pauvre se cogne sans cesse, reniflant d’improbables odeurs lui permettant de retrouver son coussin fétiche. Se reposer, enfin. Dans ses divagations, elle m’effleure le mollet à l’improviste. Je frissonne vingt fois par jour. Contact humide. Malaise. Fatigués eux aussi, mes deux beaux-parents évoquent leur fin de vie ou leur après vie. Pour couronner le tout, je viens d’écrire au juge des tutelles. Enjeux de taille : nous souhaitons que Fifi, mon frère JeanPhilippe, soit nommé curateur de Patrice, l’aîné de la fratrie, plongé depuis son adolescence dans un clair-obscur psychiatrique. Et lancer une procédure pour Maman qui dérape dans les graviers. N’en jetez plus ! Malgré tout, ce brouhaha de détresse nostalgique, de mort annoncée, ponctué de rires frais si vivants, s’accorde à mon écriture balbutiante qui cherche ses marques. Ton sur ton. Fifi me demande où j’en suis. Que veut-il ? Il pense la créativité vitale pour moi. Il a raison. Et le temps que cela prend ? Du temps qui s’étire et ne rime à rien ? D’un tonneau sans fond où couleraient des mots sans queue ni tête ? Il a raison. J’ai toujours eu peur que cela fuie. Et une grande envie de m’enfouir. Je veux à la fois contenir et laisser déborder. Rêver et agir. Paterner et rester libre. Aimer de peur que le bonheur ne s’en aille. Oublier et me souvenir. Rester et partir. Trouver du sens et apprécier l’absurde. Rire et pleurer. Asséner des certitudes et avouer mes doutes.

A u f o n d
La Boussac, le 26 octobre 2004 Renversement de perspectives. Maman est partie, dix mois après Papa, sans laisser d’adresse connue. Je me remets à la table de travail. 14